18
MEGAN ET LES FRERES WEASLEY
Megan et Ron quittèrent la fête tard, mais l'agitation qui régnait dans la salle commune le lendemain matin – premier week-end depuis la rentrée – les tira du lit plus tôt qu'ils l'auraient voulu. Mal réveillés, ils écoutèrent d'une oreille Hermione qui leur racontait sa joie de voir les chapeaux disparaître à grande vitesse de la salle commune alors qu'ils prenaient leur petit-déjeuner dans la Grande Salle.
- Bonjour ! lança Potter d'une voix claironnante en venant les rejoindre, frais comme une plante à Pipaillon.
Megan lui jeta un regard noir.
- Qu'est-ce qui te met de si bonne humeur ? demanda Ron en le dévisageant d'un air surpris.
- Heu... de jouer au Quidditch tout à l'heure, répondit Potter d'un ton joyeux en se servant une grande assiettée d'œufs au lard.
- Ah oui...
Ron reposa le toast qu'il était en train de manger et but une longue gorgée de jus de citrouille avant de poursuivre :
- Écoute... Est-ce que ça te dirait d'y aller un peu plus tôt avec moi pour... heu... que je m'habitue un peu avant la séance ? Que je puisse me mettre au niveau, tu comprends?
- Oui, d'accord, assura Potter.
- Eh bien, moi, je crois que tu ne devrais pas, intervint Hermione. Vous avez tous les deux beaucoup de retard dans vos devoirs et je pense que...
Elle fut interrompue par l'arrivée du courrier. Comme d'habitude, un hibou moyen duc fonça vers elle, La Gazette du sorcier dans le bec, et atterrit dangereusement près du sucrier, la patte tendue. Hermione glissa une Noise dans sa bourse et parcourut la première page du journal d'un œil critique tandis que l'oiseau reprenait son vol.
- Rien d'intéressant ? demanda Ron.
Il cherchait surtout à détourner la conversation sur un autre sujet que les devoirs.
- Non, soupira Hermione, juste des idioties sur la bassiste des Bizarr' Sisters qui va se marier.
Elle ouvrit le journal et disparut derrière. Megan se mit à somnoler, la tête dans les bras, menaçant de renverser son verre de jus de citrouille.
- Oh, mais attends... dit soudain Hermione. Oh non... Sirius !
Megan releva la tête d'un mouvement brusque qui déclencha une douleur dans sa nuque.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? s'exclama Potter en arrachant le journal des mains de Hermione d'un geste si violent qu'il le déchira par le milieu, chacun gardant une moitié dans les mains.
- « Le ministère de la Magie a reçu d'une source digne de foi une information selon laquelle Sirius Black, l'assassin de sinistre réputation... bla, bla, bla... se cacherait actuellement à Londres » ! lut Hermione dans un murmure angoissé.
- Ça, je suis prêt à parier n'importe quoi que c'est un coup de Lucius Malfoy, dit Potter à voix basse, le regard furieux. Il a dû reconnaître Sirius sur le quai de la gare...
- Quoi ? s'écria Ron, affolé. Tu ne m'as pas dit...
- Chut ! ordonnèrent les trois autres d'une même voix.
- ... « Le ministère a le devoir d'avertir l'ensemble de la communauté des sorciers que Black est un homme très dangereux... a tué treize personnes... s'est évadé d'Azkaban... », les imbécillités habituelles, conclut Hermione qui posa sur la table sa moitié de journal en regardant Megan, Ron et Potter d'un air effaré.
- Il ne pourra certainement plus quitter la maison, murmura Megan.
- Dumbledore lui avait pourtant dit de ne pas sortir.
Megan était agacée de l'admettre, mais il était fort probable que Lucius soit responsable de cette fuite. Pendant que le ministère se concentrait sur Sirius, Voldemort continuait de se faire oublier, et c'était un coup porté à un des membres de l'Ordre du Phénix.
- Hé ! dit soudain Potter en étalant sur la table la page du journal qu'il tenait sur. Regardez !
- Je n'ai pas besoin de robes, j'ai tout ce qu'il me faut, dit Ron en baissant les yeux sur une publicité pour Madam Malkin.
- Non, pas ça. Regardez, là, cet entrefilet...
Megan, Ron et Hermione se penchèrent un peu plus. L'article ne faisait que quelques lignes, tout en bas d'une colonne. Il avait pour titre :
CAMBRIOLAGE AU MINISTÈRE
Sturgis Podmore, trente-huit ans, domicilié au 2, Laburnum Gardens, à Clapham, a été déféré devant le Magenmagot pour effraction et tentative de vol au ministère de la Magie, le 31 août dernier. Podmore a été appréhendé par le sorcier-vigile du ministère, Éric Munch, qui l'a surpris à une heure du matin alors qu'il essayait de forcer une porte de haute sécurité.
Podmore, qui a refusé de présenter sa défense, a été condamné pour ces deux chefs d'accusation à six mois de prison au pénitencier d'Azkaban.
- Sturgis Podmore ? dit lentement Ron. C'est bien ce type qui a l'air d'avoir un toit de chaume sur la tête, non ? Il fait partie de l'Or...
- Ron, chut ! l'interrompit Hermione en jetant un regard terrifié autour d'elle.
- Six mois à Azkaban ! murmura Potter d'un air choqué. Simplement pour avoir essayé d'ouvrir une porte !
- Ne sois pas stupide, ce n'était pas seulement pour ça. Que pouvait-il faire à une heure du matin au ministère de la Magie souffla Hermione. Peut-être qu'il était en mission pour le compte de l'Ordre…
- Non, souffla Megan. Vous ne vous souvenez pas ? Podmore devait nous accompagner à King's Cross le lendemain, Fol Œil était furieux qu'il nous ait fait faux bond. Donc il n'était pas en train de travailler pour eux.
- Peut-être ne savaient-ils pas encore qu'il s'était fait prendre ? dit Hermione.
- Ou peut-être que c'est une machination ! s'exclama Ron surexcité. Non... Attendez ! poursuivit-il en baissant brusquement la voix sous le regard menaçant d'Hermione. Le ministère le soupçonne d'être un allié de Dumbledore, alors, ils l'attirent là-bas, mais en fait il n'a pas du tout essayé de forcer cette porte. C'était tout simplement un piège pour pouvoir l'arrêter !
Il y eut un silence pendant lequel Megan, Hermione et Potter réfléchirent à cette hypothèse. Quel intérêt le ministère aurait-il à élaborer un tel stratagème pour renvoyer un employé ? Il y avait des méthodes plus simples. Mais l'idée semblait avoir fait plus grande impression sur Hermione.
- Vous savez, je ne serais pas surprise que ce soit vrai.
Elle replia sa moitié de journal d'un air songeur.
- Bon, dit-elle après quelques secondes de réflexion, je pense qu'on devrait s'occuper d'abord du devoir pour Sprout sur les arbrisseaux autofertilisants. Avec un peu de chance, nous aurons peut-être le temps de commencer celui pour McGonagall sur le sortilège Inanimatus Apparitus avant l'heure du déjeuner...
Ron et Potter ne l'entendaient cependant pas de cette oreille : malgré les terribles prédictions de Hermione selon lesquelles ils s'exposaient à rater leurs BUSE, ils montèrent chercher leurs balais et prirent la direction du terrain de Quidditch dès qu'ils eurent fini de manger. Megan et Hermione, plus consciencieuses, se rendirent à la bibliothèque. Elles consacrèrent leur matinée à la lecture des chapitres de Milles herbes et champignons magiques et d'Arbres carnivores du monde traitant des arbrisseaux autofertilisants. Ces plantes magiques ne poussaient que dans des conditions très strictes et le professeur Sprout avait l'intention de mettre ses élèves au défi d'en faire germer un. Le sujet était bien moins passionnant que leur devoir de métamorphose sur le sortilège d'Apparition.
- Il faut absolument qu'on parle de la loi de Gamp, affirma Hermione alors qu'elles faisaient une pause pour aller déjeuner.
- Je suis d'accord, acquiesça Megan. Je pensais faire ma deuxième partie sur le détail des cinq exceptions.
- Oui, c'est aussi ce que je me disais, dit la voix de Ron.
Celui-ci venait d'arriver à leur hauteur, son balai sur l'épaule. Potter n'était pas loin derrière.
Megan et Hermione lui jetèrent un regard sceptique et leur ami éclata de rire.
- Je n'ai aucune idée de ce dont vous parliez ! s'esclaffa-t-il. Eh, pourquoi on n'a pas des devoirs sur les balais volants, plutôt ? Je pourrais vous parler de la Compagnie Ellerby et Spudmore au lieu de vos lois.
Une moue échappa à Megan. Elle ne serait en effet pas opposée à étaler ses connaissances en matière de Quidditch.
- Oh mais tu auras tout le temps de disserter là-dessus quand tu devras redoubler ta cinquième année parce tu n'auras pas eu de BUSE !
- C'est possible, ça ? s'enquit Ron.
- En général, on te fait repasser tes BUSE l'année suivante mais tu passes quand même en sixième année, le rassura Megan. Il n'y a qu'en septième année où tu es obligé de redoubler si tu t'es complètement planté aux ASPIC. Mais pas de panique, Ronald, il n'y a quasiment jamais eu de redoublement dans l'histoire de Poudlard, et si tu es arrivé jusqu'en cinquième année sans souci ce n'est pas maintenant que tu vas te planter. Laisse-le un peu tranquille, Hermione.
- S'il est arrivé en cinquième année « sans souci », c'est bien parce qu'on l'a aidé, lui fit remarquer son amie d'un air buté.
- Et tu ne comptes plus le faire ? s'alarma Ron.
- Je te passerai mes notes, soupira Megan. Maintenant mange ou tu vas tomber de ton balai pendant l'entraînement de cet après-midi.
Ron ne se fit pas prier, et Hermione n'adressa plus la parole à Megan jusqu'à la fin du repas. Mais lorsque toutes deux reprirent seules le chemin de la bibliothèque, elle ne put résister à un besoin pressant de poser à Megan toutes ses questions au sujet du sortilège d'Apparition.
Leur devoir le plus long consista en deux rouleaux de parchemin en runes anciennes qu'elles devaient traduire pour le vendredi suivant. Depuis que Bill lui avait indiqué que cette matière était nécessaire si elle envisageait de devenir Briseuse de sorts, elle y témoignait un regain d'intérêt. Le nez plongé dans son Syllabaire, elle balayait la bibliothèque des yeux chaque fois qu'une difficulté de traduction se présentait à elle. Les tables voisines étaient toutes occupées par des cinquième et septième année aux fronts plissés. Lorsque ses yeux se posèrent sur Chad, elle se détourna avant qu'il ne la remarque également. Depuis qu'elle avait renoué avec lui une semaine plus tôt à bord du Poudlard Express, il était devenu un peu envahissant. Elle s'absorba plutôt dans la contemplation d'un petit groupe de deuxième année. Des Serdaigle, bien sûr : personne d'autre n'aurait l'idée de passer son premier samedi après-midi, ensoleillé de surcroît, dans la bibliothèque à cet âge-là. L'une des filles du groupe lui était familière. Il fallut à Megan quelques minutes et des froncements de sourcils pour parvenir à la reconnaître : elle ressemblait à son frère.
Megan avait complètement oublié que Cal lui avait demandé de garder un œil sur Cathy pour lui. Il n'y avait cependant rien à faire à ce sujet : cette année, il n'y avait à Poudlard ni chien géant à trois têtes, ni Basilic, ni Détraqueur guettant les élèves à chaque coin de couloir. Il ne fallait d'ailleurs pas que Megan attire l'attention de la jeune Mutmag sur elle : Cal ne savait pas qui elle était vraiment, et elle ne voulait pas que sa petite sœur fasse un lien entre l'inquiétante Meganna Buckley dont on disait qu'elle avait tué un élève l'année précédente et Demi la gentille sorcière qui avait offert à son frère moldu une librairie et passé une partie de l'été dans ses bras.
- Harry et Ron parlent de devenir Aurors, mais s'ils passent autant de temps à jouer au Quidditch plutôt qu'à réviser, ils finiront plutôt par trier des Veracrasses sur le marché de Pré-au-lard, maugréa Hermione alors qu'elles quittaient la bibliothèque après plusieurs heures studieuses.
- Ils ne « jouent » pas, ils s'entraînent, lui fit remarquer Megan. C'est important, le Quidditch. Et puis ça permet à Ron de prendre confiance en lui.
- Oui, bien sûr, et c'est très très bien ! Mais tu as entendu Angelina, c'est très prenant, aussi. S'ils rataient leurs examens…
- Le monde ne s'arrêterait pas de tourner pour autant, compléta Megan. Dis, tu peux remonter mes livres dans la salle commune pour moi ?
- Où est-ce que tu vas ? s'étonna Hermione.
- Faire un tour.
- Voir Kevan ? s'enquit timidement la jeune fille.
- Par exemple.
Avec son plus joli sourire énigmatique, Megan remit ses livres à Hermione et leurs chemins se séparèrent au pied de l'escalier qui menait au cinquième étage. Megan poursuivit sa route en sens inverse, se dirigeant vers les étages inférieurs. Elle venait d'atteindre le premier étage lorsqu'elle se retrouva nez-à-nez avec Fred et George, qui soutenaient Katie à grand peine, laquelle se vidait de son sang par le nez, le visage livide sous cette marée écarlate qui tâchait leurs tenues de Quidditch.
- Sainte Mangouste, souffla Megan, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Ron, répondit Fred en grimaçant.
- Et puis une petite erreur avec un Nougat Neansang, ajouta George.
Megan s'empressa de leur ouvrir la porte de l'infirmerie, où ils déposèrent leur coéquipière avec un soupir de soulagement. Madame Pomfrey se précipita vers eux, l'air alarmé.
- Elle a reçu un Souafle dans la figure, expliqua Fred.
- C'est quoi le problème avec les Nougats ? murmura Megan, inquiète, alors que l'infirmière se lamentait sur les dangers du Quidditch dans une école en s'agitant autour de Katie.
- On lui a peut-être donné la mauvaise moitié à manger.
- Bande de trolls. Madame Pomfrey, reprit-elle à voix haute, elle a aussi ingéré des graines de Sanguinole.
- C'est pour ça que ce saignement ne veut pas s'arrêter normalement, pesta l'infirmière. Comment est-ce qu'elle a pu avaler ça ?
- Oh, vous savez…
Le ton de George était évasif. Habituée à ne pas recevoir d'explications honnêtes lors des passages des élèves sur son territoire, Madame Pomfrey ne lui accorda aucune attention.
- Je vais m'occuper d'elle, annonça-t-elle. Débarrassez le plancher.
Sans demander leur reste, Megan et les jumeaux quittèrent les lieux.
- Alors, ce premier entraînement ? lança la jeune fille d'un air enjoué tandis que ses deux amis allaient s'affaler sur un banc dans le couloir.
- Consternant, répondit Fred.
- Épouvantable, renchérit George.
- Angelina est une si mauvaise capitaine que ça ?
Fred lui jeta un regard de reproches.
- C'est plutôt Ron qui est un mauvais gardien, répliqua-t-il. Il a encaissé je ne sais pas combien de buts bêtement, il a presque cassé le nez de Katie…
- Je suis sûre que tu exagères, le rabroua Megan. Je me suis entraînée avec lui avant les sélections, il ne se débrouille pas si mal que ça.
- Il faut croire qu'il a tout donné pendant vos entraînements, répondit sombrement George. Et puis bon, les Serpentard n'ont rien arrangé. Désolé, hein, mais si je chope Malfoy au coin d'un couloir, je lui –
- Quel rapport avec Draco ? l'interrompit Megan en fronçant les sourcils.
- L'équipe de Serpentard et leurs sales copains étaient venus assister à l'entraînement. Autant te dire qu'ils s'en sont donné à cœur joie…
Megan poussa un profond soupir. Parfois Draco se comportait vraiment comme le pire des crétins.
- C'est pour ça que Ron a si mal joué, fit-elle observer. La pression ça ne lui réussit pas.
- Alors il aurait peut-être dû s'inscrire dans un club de lecture ou se contenter de rester préfet, répliqua Fred.
- Ce n'est pas drôle. Ce rôle dans l'équipe, c'est important pour lui ! Je te conseille de ne rien dire de ce genre devant lui.
- Ça va, Meggie, on rigole, dit George d'un ton apaisant.
- Ça ne me fait pas vraiment rire.
- Bon, qu'est-ce qui te ferait rire ? Qu'on aille verser de la poudre de Bulbonox dans la baignoire des préfets ? Avec un peu de chance, Garrow passera par là et –
- Vous êtes encore en froid avec Kevan ? l'interrompit Megan.
Fred et George échangèrent un regard. Ils attendirent qu'un bruyant groupe de sixième année passe pour répondre.
- Non, enfin, ça va, on est toujours amis, mais étant donné que vous êtes séparés, si on doit choisir de soutenir un camp, ce serait plutôt le tien, expliqua Fred. Donc, comme j'ai justement un sachet de poudre dans ma poche…
- Pas besoin de choisir un camp, on n'est plus séparés.
Les jumeaux écarquillèrent les yeux. Megan ne parvint pas à déterminer s'ils étaient satisfaits ou non de l'apprendre.
- Mais euh… depuis quand ? s'enquit George.
- Hier, en fait. Et je n'ai pas envie d'en discuter.
- Oh. Eh bien, c'est Lee qui va être déçu.
Megan leva les yeux au ciel, mais l'expression de ses meilleurs amis était de nouveau rieuse.
- Allez vous laver, vous puez, leur lança-t-elle avec un sourire. J'avais justement prévu d'aller voir Kevan, mais si Ron a eu un mauvais entraînement, il vaudrait mieux que je retourne dans la salle commune.
- Tu nous aideras demain pour avancer sur les Feuxfous Fuseboum ? lui lança George alors qu'elle s'éloignait vers l'escalier. Il fera suffisamment beau pour qu'on n'attire pas trop l'attention si on se cache au fond du parc.
Elle leva le pouce en l'air tout en gravissant les escaliers en direction de la tour de Gryffondor. Elle venait à peine de rejoindre la salle commune lorsque Ron et Potter arrivèrent à leur tour, la mine sombre. Megan n'avait pas eu le temps de demander à Hermione de faire preuve de tact :
- Comment s'est passé l'entraînement ? leur demanda-t-elle d'un ton plutôt froid.
- C'était..., commença Potter.
- Complètement lamentable, acheva Ron d'une voix caverneuse en se laissant tomber dans un fauteuil près d'Hermione.
Elle leva les yeux vers lui et sa froideur sembla fondre aussitôt.
- C'était seulement la première séance, dit-elle pour le consoler. Il te faudra forcément du temps pour...
- Qui a dit que c'était lamentable à cause de moi ? répliqua sèchement Ron.
-Personne, répondit Hermione, prise au dépourvu. Je pensais...
- Tu pensais que je serais forcément nul ?
- Non, bien sûr que non ! Tu comprends, tu m'as dit toi-même que c'était lamentable, alors j'ai...
- Je vais me mettre à mes devoirs, coupa Ron d'un ton furieux.
Il s'éloigna à grands pas vers l'escalier qui menait aux dortoirs des garçons et disparut. Megan et Hermione se tournèrent vers Potter.
- Il était vraiment lamentable ? s'enquit Hermione.
- Non.
Les filles haussèrent les sourcils.
- J'ai croisé les jumeaux, lui dit placidement Megan.
- Oh, bien sûr, il aurait peut-être pu jouer mieux, marmonna-t-il, mais comme l'a dit Hermione, ce n'était que la première séance...
Megan ayant terminé ses devoirs, elle put se consacrer aux jumeaux dès la fin de son déjeuner le lendemain, alors que Ron et Potter s'enfermaient dans la salle commune pour s'occuper des leurs malgré le temps magnifique au dehors. Elle retrouva Fred et George de l'autre côté du lac, à l'abri de grands et hauts arbres.
Les Feuxfous Fuseboum étaient des pétards inspirés de ceux du Dr Flibuste, en plus élaborés. Fred et George étaient parvenus à créer de véritables soleils géants aux couleurs criardes et des fusées argentées mais travaillaient à élaborer des formes de dragon. C'était probablement bien plus technique que tous les devoirs que Megan aurait à faire au cours de l'année, et elle se fit un véritable plaisir d'aider les jumeaux à accomplir cet exercice magique. De nombreuses explosions manquèrent de mettre le feu à ses longs cheveux et brûlèrent les pans de sa robe, mais elle ne se souvenait pas avoir autant ri depuis longtemps. Ils durent cependant interrompre leurs travaux en fin d'après-midi, lorsque le jour commença à s'assombrir, risquant de révéler aux regards indiscrets ce qu'ils étaient en train de faire. Allongés dans l'herbe, les yeux levés vers le ciel, ils savourèrent un instant le silence uniquement rompu par les chants des oiseaux et les voix lointaines des autres élèves.
- Je vais m'ennuyer, l'année prochaine, dit enfin Megan, sans bouger.
- Ah oui, soupira Fred. Plus de BUSE à passer et un an à attendre avant de pouvoir passer tes ASPIC, quel ennui, la sixième année…
Megan lui décocha un coup de coude qui le fit plus rire que crier de douleur. Elle n'eut cependant pas besoin d'exprimer à voix haute qu'elle s'inquiétait plutôt du fait que tous deux auraient quitté Poudlard, ils la connaissaient suffisamment pour l'avoir compris.
- Et puis qui va commenter les matches de Quidditch quand Lee ne sera plus là ? ajouta-t-elle pour ne pas risquer des effusions d'amitié qui la mettraient mal à l'aise.
- Kevan ne sera plus là non plus, fit observer George.
Elle ne répondit pas, elle n'y avait pas pensé.
Après le dîner, alors qu'elle somnolait dans la salle commune en écoutant d'une oreille Hermione lui parler de ses réflexions sur une éventuelle carrière au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques afin de faire évoluer le statut des elfes de maison, Megan ne put s'empêcher de repenser au départ prochain de Kevan. Poudlard n'allait plus être le même une fois que lui, Lee, Fred et George seraient partis. Allait-elle rester en contact avec lui ? Elle ne pourrait plus le voir que pendant les vacances, à condition qu'elle choisisse de consacrer celles-ci à lui rendre visite. Elle s'aperçut qu'elle ignorait tout de ses projets d'avenir. Que savait-elle de lui, d'ailleurs ?
Hermione dut s'apercevoir qu'elle ne l'écoutait pas vraiment, car elle s'interrompit au milieu d'une phrase pour se lever de son fauteuil et aller inspecter l'avancée des devoirs de Ron et Potter, attablés un peu plus loin, les yeux rougis par la fatigue. Il était déjà onze heures et demie.
- Vous avez bientôt fini ? demanda Hermione en bâillant.
- Non, répliqua Ron d'un ton tranchant.
Megan, un peu honteuse de n'avoir pas été très polie avec Hermione, se leva également et jeta un coup d'œil à la rédaction que préparait son ami pour le cours d'astrologie.
- La plus grande lune de Jupiter, c'est Ganymède, pas Callisto, dit-elle en lui montrant une ligne par-dessus son épaule.
- Et c'est sur Io qu'il y a des volcans, ajouta Hermione.
- Merci, grogna Ron en rectifiant les phrases offensantes pour les lunes de Jupiter.
- Désolée, je voulais seulement...
- Bon, écoute, si vous êtes simplement venues pour critiquer...
- Ron...
- Je n'ai pas le temps d'écouter un sermon, d'accord, Hermione ? Je suis jusqu'au cou dans...
- Mais non, ce n'est pas ça... Regardez !
Hermione montrait la fenêtre la plus proche. Megan, Ron et Potter tournèrent la tête. Un magnifique hibou moyen duc se tenait sur le rebord, les yeux fixés sur Ron.
- Ce ne serait pas Hermès ? demanda Megan, surprise.
- Mais si, ma parole, c'est lui ! dit Ron à voix basse.
Il jeta sa plume et se leva.
- Je me demande bien pourquoi Percy m'écrit.
Il se dirigea vers la fenêtre et l'ouvrit. Hermès entra dans la pièce, se posa sur le devoir de Ron et tendit sa patte à laquelle un parchemin était attaché. Ron prit la lettre et le hibou repartit aussitôt, laissant des traces d'encre sur le dessin que le garçon avait fait de Io, la lune de Jupiter.
- C'est bien l'écriture de Percy.
Il se laissa retomber dans son fauteuil et regarda l'adresse rédigée sur le parchemin : « Ronald Weasley, maison Gryffondor, Poudlard ». Puis il leva les yeux vers les trois autres.
- Qu'est-ce que vous pensez de ça ?
- Ouvre-la, dit Hermione avec impatience.
Megan et Potter approuvèrent d'un signe de tête. Ron déroula le parchemin et commença à lire. A mesure qu'il parcourait les lignes, son visage se renfrognait de plus en plus. Lorsqu'il eut fini, il paraissait dégoûté. Il tendit alors la lettre à Megan, Hermione et Potter qui la lurent en même temps, penchés les uns vers les autres.
Cher Ron,
Je viens d'apprendre du ministre de la Magie en personne, qui le tient de ton nouveau professeur, Dolores Umbridge, que tu viens d'être nommé préfet à Poudlard.
J'ai été très agréablement surpris d'entendre cette nouvelle et je dois commencer par t'adresser toutes mes félicitations. J'avoue que j'ai toujours eu peur de te voir prendre ce que l'on pourrait appeler la « voie de Fred et George » plutôt que de suivre mes traces, aussi peux-tu facilement imaginer mon soulagement quand j'ai su que tu avais cessé de mépriser l'autorité et décidé d'endosser de véritables responsabilités.
Mais je veux faire plus que t'exprimer de simples félicitations, Ron, je souhaite également t'offrir quelques conseils et c'est la raison pour laquelle je t'envoie cette lettre le soir plutôt que par le courrier du matin. J'espère que tu pourras la lire loin des regards indiscrets et des questions embarrassantes.
D'après ce que le ministre a laissé échapper en m'annonçant que tu avais été nommé préfet, je conclus que tu vois toujours très souvent Harry Potter et Meganna Buckley. Je dois t'avertir, Ron, que rien ne peut menacer davantage ton insigne de préfet qu'une fraternisation prolongée avec ces deux-là. Je sais, bien sûr, que tu seras surpris de lire ces lignes – tu me diras sans doute que Potter a toujours été le chouchou de Dumbledore et que Meganna est une brillante sorcière – mais j'estime de mon devoir de te prévenir que Dumbledore ne sera peut-être plus très longtemps en poste à Poudlard et que les personnes qui comptent aujourd'hui ont une façon très différente – et probablement beaucoup plus juste – de juger les comportements de Potter et Buckley. Je n'en dirai pas plus pour l'instant mais si tu prends la peine de lire La Gazette du sorcier demain, tu auras une assez bonne idée de la direction dans laquelle souffle le vent – et on verra si tu reconnais la marque de ton serviteur !
Sérieusement, Ron, il ne faut pas que tu sois mis dans le même sac que Potter et Buckley, cela pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour ton avenir et je parle également de ta vie après l'école.
Buckley, sûrement à la demande de Dumbledore, a su faire profil bas ces derniers mois, mais personne au ministère n'a oublié ses disparitions répétées de l'année passée et sa soi-disant soumission à l'Imperium par le fils de Mr Crouch. En réalité, personne ne sait vraiment où elle se rendait lorsqu'elle se trouvait hors des murs de Poudlard, et son implication dans la mort de Cedric Diggory ne serait peut-être jamais établie, mais il va de soi qu'elle constitue un danger – tu ne dois pas ignorer qui étaient ses parents.
Comme tu dois déjà le savoir, puisque notre père l'a accompagné au tribunal, Potter, quant à lui, a été convoqué cet été à une audience disciplinaire devant le Magenmagot au complet et il n'en est pas sorti sans dommages. Si tu veux mon avis, il n'a réussi à échapper aux mailles du filet que grâce à des finasseries juridiques et nombre de personnes avec lesquelles je me suis entretenu restent convaincues de sa culpabilité.
Peut-être as-tu peur de rompre les liens avec Potter et Buckley – je sais qu'ils ne sont pas très équilibrés et qu'il leur arrive, autant que je le sache, d'être violents – mais si tu as quelque souci que ce soit à ce sujet, ou si tu as remarqué dans leur comportement quelque chose d'inquiétant, je te conjure d'aller en parler à Dolores Umbridge, une femme véritablement charmante qui ne sera que trop heureuse de te conseiller, tu peux m'en croire.
Voilà qui m'amène au deuxième conseil que je voulais te donner. Comme je te l'ai laissé entendre, les jours de Dumbledore à Poudlard pourraient bien être comptés. Ce n'est pas à lui que tu dois manifester ta fidélité, Ron, mais à l'école et au ministère. Je regrette infiniment d'apprendre que, jusqu'à présent, le professeur Umbridge ne rencontre guère de coopération de la part des autres professeurs dans ses efforts pour mettre en œuvre les changements que le ministère désire si ardemment introduire à Poudlard (bien que sa tâche puisse être facilitée à compter de la semaine prochaine – là encore, tu en sauras plus en lisant La Gazette du sorcier demain !). Je te dirai simplement ceci : un élève qui montre sa volonté d'aider le professeur Umbridge aujourd'hui pourrait se retrouver en bonne position pour devenir préfet-en-chef dans deux ans !
Je regrette de n'avoir pas pu te voir davantage cet été. Critiquer nos parents me chagrine profondément, mais j'ai bien peur qu'il me soit impossible de vivre plus longtemps sous leur toit tant qu'ils continueront à fréquenter la redoutable bande qui tourne autour de Dumbledore. (Si tu écris à maman, tu peux lui dire qu'un certain Sturgis Podmore, qui est un grand ami de Dumbledore, a été récemment envoyé à Azkaban pour avoir tenté de cambrioler le ministère. Voilà qui l'aidera peut-être à ouvrir les yeux sur le genre de délinquants qu'ils côtoient). Je m'estime pour ma part très heureux d'avoir échappé à la honte d'être associé à de tels personnages – le ministre ne saurait être plus aimable avec moi – et j'espère vraiment, Ron, que tu ne laisseras pas les liens familiaux te dissimuler la nature erronée des croyances et des actions de nos parents. Je souhaite sincèrement qu'avec le temps, ils comprennent à quel point ils se sont trompés et je serai bien entendu tout disposé accepter leurs excuses lorsque ce jour viendra.
Réfléchis très attentivement, s'il te plaît, à ce que je t'ai dit, particulièrement en ce qui concerne Harry Potter et Meganna Buckley, et reçois à nouveau mes plus sincères félicitations pour ta nomination au poste de préfet.
Ton frère,
Percy
