Chapitre 17 : Aveux cachés
Nos mains se touchèrent, nos doigts se joignirent dans un contact qui me fit frémir. Je n'aurais pas dû me trouver là, dans son loft, une erreur à ajouter sur mon ardoise de bêtise à son nom, dont la création datait du jour de notre rencontre. Tout sens commun me fuyait sous l'emprise de cet idiot, il fallait me rendre à l'évidence.
Je tentai pourtant de repousser ses invocations, et pendant une durée limitée, je me pensais à l'abri, à l'intérieur de mon périmètre de sécurité, mais ses prières à l'efficacité toujours plus redoutables augmentaient en intensité. Une fois ma protection envolée, mes pieds me portèrent chez lui dès le premier accord reconnu, sa supplique dans les moindres recoins de mon âme en perdition.
Mon palpitant battait la chamade, à mesure que mes pas me rapprochaient de sa chambre, où il trônait, nu et seul sur le lit. Il m'attendait. La lubricité allumée au fond de mes émeraudes, le souffle rendu court par le désir propulsé dans mes entrailles enflammées, je l'avais contemplé, avant qu'il ne se décide à franchir l'ultime distance entre nous.
À présent à quelques centimètres, ses pupilles dans les miennes, ma lamentable croyance évaporée, je réalisai que ma prétendue maîtrise de la situation n'existait pas. Cette douleur lancinante, diffusée en continu n'était pas apprivoisée non plus. Néanmoins cette illusion m'empêchait de sombrer totalement et permettait de camoufler ma chair brûlée, mon air raréfié, mes os broyés, mon organe vital étouffé dans sa cage, les effets de notre fossé.
Un mois et une semaine sans le toucher, sans la sensation magique de ses mains, sa bouche, sa voix, sa respiration, son cœur, son être entier ; un laps de temps beaucoup trop long, durant lequel, j'avais cru mourir, où le simple fait d'ouvrir les yeux me poignardait, ma vue brouillée à chacun de mes efforts.
Tous les jours. À chaque heure, chaque minute, chaque seconde.
Maintenant proche de lui, cette interminable torture prenait fin, je pouvais enfin joindre les deux bouts de la corde de mon existence.
Ne pars plus, cherchèrent à articuler mes lèvres. En vain, son sourire triomphant coupait cet élan. Cet idiot lisait mes envies qui se résumaient à un unique mot : lui. Sans cesse, en dépit de la souffrance engendrée, les avertissements incessants de chagrin à venir. Je fatiguais de ses assauts répétés, mes défenses à force usées tant par ses appels, que par le trouble de mes sentiments.
Mais je pouvais encore fuir, je devais fuir.
Il devinait mon dilemme, et décida pour moi en réduisant les millimètres, nos bustes en contact. Le sien dénudé, contre le mien recouvert. Cette promiscuité renouvelée ébranla mes sens ; sa peau, son odeur de nouveau à ma portée m'avaient tant manqué... La gorge nouée, je fermais les yeux, afin de mieux m'imprégner de ses effluves enivrants, l'ensemble de mon corps bientôt possédé.
À la lutte pour ne pas me jeter à son cou, je le sentis se pencher vers le mien, la marque de ses dents anticipée. Si les créatures des contes et légendes existaient, il serait sans nul doute un vampire, tant il semblait apprécier ce rituel, pas vraiment douloureux. La douceur esquivait sa personnalité avec précaution, pourtant, il ne me faisait jamais mal physiquement. Sans incarner la délicatesse, il restait attentif, suffisamment pour ne pas le ranger dans la catégorie des causes perdues. Cette étrange attraction à l'intérêt accru au fil de nos échanges ne se limitait pas qu'à une simple attirance sexuelle. Elle touchait un niveau inexplicable de ma logique, frustrée et démunie face à elle. Bien que conscient du cercle vicieux de notre relation, que je le veuille ou non, je revenais encore et toujours vers lui.
À ma grande déception, il se contenta d'un léger souffle, aussi timide qu'agréable. Je compris aussitôt le but punitif de cette manipulation, sa rancœur exposée.
Elle l'aveuglait, l'empêchait de voir combien cette séparation me coûtait. Les règles de l'immense jeu de survie appelé « La vie » maîtrisé par cœur me contraignaient à convaincre tout mon monde de mon état, à commencer par moi-même. J'allais mieux. J'oubliais. Je passais à autre chose. Une auto-persuasion, censée créer la chimère.
Inutile devant lui, elle se volatilisa sans un bruit.
- Baise-moi... murmurai-je, impatient, à son oreille.
En temps normal, j'aurais rougi de la formule. Je ne me croyais pas prude, mais pas tout à fait à l'aise non plus, d'employer un langage si cru, à des kilomètres de mon éducation. Pourtant, aucune gêne, aucune honte ne m'étreignit, les mots choisis avec soin. Il ne faisait pas l'amour, après tout, il baisait, selon sa philosophie. Et c'était ce que je voulais plus que n'importe quoi, ce que j'étais venu chercher, ma dépendance complètement assumée.
Il s'éloigna de moi, tandis que je rouvrais mes paupières.
- Non, refusa-t-il, en souriant toujours. Je vais te faire l'amour.
Avec une tendresse que je ne lui connaissais pas, il me souleva dans ses bras et me déposa sur le lit aux draps immaculé. Il s'installa sur moi en une fraction de seconde, mon visage ensuite caressé par ses lèvres douces et humides.
D'abord, mon front, mes paupières, puis mon nez et mes joues. Il prenait un malin plaisir à éviter mes lippes, mes plaintes néanmoins ravalées. Je le ressentais à la durée de son exploration, sa manière lascive de me déshabiller : il avait souffert bien plus que moi, au point de rêver ce moment, endormi et éveillé.
Mes tentatives de sentir sa peau sous la pulpe de mes doigts se soldèrent toutes par un échec ; il refusait mon touché, mes mains écartées à chaque essai. Son attitude piqua ma sensibilité, toutefois, je m'efforçai de respecter les règles.
Il décidait de tout, comme l'exigeait sa nature dominante, je ne devais pas l'oublier. Ma voix muette réclamait cependant tellement plus, tellement fort, qu'elle devenait impossible à contrôler, mon crâne marteler de désirs malsains. Tout en essayant de solliciter un vide intérieur, j'attendis sans un mot, prisonnier du bon vouloir de cet homme au-dessus de moi.
Au terme de secondes interminables, ma patience fut récompensée, sa bouche sur la mienne.
Le contact nous arracha à tous les deux un gémissement satisfait, nos retrouvailles enfin scellées par ce geste.
La danse de nos langues trahissait autant notre joie que cette nécessité urgente, vitale, de s'unir corps et âmes, l'un à l'autre. Nous en avions besoin pour nous compléter, exister, telles les deux faces d'une même pièce. Toutes les lois de la logique piétinées, j'acceptais finalement mon incapacité à ne pouvoir me passer de cet explosif cendré.
Il ne l'entendait pas tout à fait de cette oreille, de son côté, sa rancune tenace. Il continuait de sévir, mes nouveaux essais sans cesse repoussés. Il m'affamait, me faisait languir pour mieux me punir, déterminé à écraser cette volonté de l'éjecter hors de ma vie. De fait, il ne semblait pas du tout pressé, malgré sa virilité gonflée, à l'agonie. Il se contentait de me dévorer les lèvres, en s'amusant des soupirs que je ne pouvais pas contenir.
Lorsqu'il me laissa reprendre mon souffle, je murmurais son surnom d'une voix désespérée, ma frustration à son paroxysme. Cela n'avait que trop duré, j'étais prêt à le supplier s'il le fallait, hurler mon ordre de le sentir en moi. Je ne vivais plus que pour cet instant.
Il me regarda, ses flammes plus furieuses que jamais. La punition n'était pas la seule raison à sa retenue : il me désirait tant qu'il souhaitait prolonger autant que possible ce moment entre nous.
- Pourquoi as-tu mis si longtemps à revenir ? demanda-t-il d'un timbre aigu qui fendit mon palpitant en deux, je t'ai tellement attendu...
- Tu n'es pas bon pour moi, tu le dis toi-même, répondis-je. Notre relation est toxique, tu le sais aussi bien que moi.
Il parut blessé, le coup tout de même encaissé.
- Tu ne comprends rien, dit-il sur le ton du constat, avant de repartir à l'assaut de ma bouche.
Il consentit enfin à abaisser ses lèvres, mon cou parsemé de baisers, de succions, de tracé langoureux, un cocktail qui me fit perdre pied. Ma respiration s'accéléra, je me surpris à gémir sans discontinuer, à croire qu'il s'agissait de notre première fois ensemble. En un sens, cette pensée contenait un fond de vérité. À l'image de cette fois-là, je me sentais renoué avec la vie, la mienne à nouveau illuminée par ce pouvoir injecté à mes veines, à mon sang, mes sens, mon corps, en éveil.
L'accès de sa peau toujours interdit, je me contentai de subir en silence le plus délicieux des tourments.
Il releva soudain la tête, le visage rouge d'excitation, mais les yeux recouverts d'un voile que je n'imaginais pas voir un jour.
Des larmes.
Il ne me laissa pas le temps de l'interroger, exigeant d'un timbre suppliant, les traits contractés de douleur :
- Dis-le, Deku. Dis que tu ne veux que moi.
La façon dont mon surnom glissait hors de lui me désarçonnait à chaque fois que je l'entendais. Elle me donnait un sentiment d'appartenance tenace, désagréable dans son cas. Une sorte de signature indélébile, apposée au fer, présente dès ma naissance. La marque de ceux qui n'auraient pas dû se rencontrer, que l'âme ne cessait toutefois d'appeler, cette autre moitié.
- Je ne veux que toi, répétai-je, le corps en feu.
Un son étrange sortit de sa gorge, mélange de grognement de colère maîtrisée, et de sanglot étouffé.
- Dis-moi que tu m'aimes.
- Je t'aime.
L'aisance presque abrutissante avec laquelle ces mots brisèrent la barrière de mes lèvres me pris de court, mais je réalisais que je ne mentais pas.
De tout mon cœur, de toute mon âme, depuis ce premier soir, en dépit de cette petite voix qui me hurlait qu'il n'était pas le bon. Quelqu'un d'autre, de bien moins versatile, m'attendait ; quelqu'un avec qui la vie serait un long fleuve tranquille, sans remous ; quelqu'un pour qui je serais l'unique, qui n'aurait pas peur de s'engager, et avec qui je me sentirais en paix.
Seulement, je ne désirais personne à part cet homme, même si cela signifiait ma perte.
Mon impossibilité à expliquer cette certitude, déjà présente, au moment où ce surnom qu'il détestait recouvrit mon murmure, m'emplissait de tristesse. Les signes que j'avais refusé de voir s'additionnaient pourtant en nombre ensuite : la facilité déconcertante avec laquelle j'avais oublié l'autre avant lui ; la façon dont mon corps avait accepté le sien, encore et encore ; et surtout, cette sensation de mort perpétuelle, immiscée dès ma fuite hors de son bureau, greffé depuis à mon cœur.
À partir de ce moment-là, je ne pus me le cacher plus longtemps.
- Alors, ne me quitte plus jamais, ordonna-t-il avec ferveur, avant de remonter à mes lèvres.
Il m'embrassa avec la fougue qui le caractérisait. Cette force, cette passion propagée dans l'ensemble de mon être, je criai sans retenue, quand il me laissa me gorger d'air :
- Je t'en supplie, prends-moi !
Je me fichais de perdre toute contenance devant lui. Son sortilège me possédait, je ne pouvais plus lutter contre. Ou plutôt, je n'en ressentais plus l'envie.
Il gagnait, je me rendais.
Son sourire confirma qu'il suivait le chemin de mes pensées, mais il n'était pas enclin à mettre fin à ma torture pour autant. Avec une lenteur calculée, il descendit vers ma virilité dressée, sans oublier de me marquer d'un filet lubrique au passage à l'aide du muscle buccal. Il prenait un temps infini, savourant le moindre grain de peau à sa portée, et moi, perdu dans le flot de ces voluptueuses sensations, je ne sentais rien d'autre. Et tout à coup, il la recouvrit.
La manœuvre me coupa le souffle durant une seconde complète. Je tentai de stopper l'initiative, mais sa volonté, réunie dans sa bouche m'en empêcha. Experte et en terrain conquis, elle se chargea d'affaiblir ma résistance.
- Non... articulai-je, mon corps électrisé malgré lui, je ne veux pas... pas comme ça...
Bien entendu, il ne m'écoutait pas, concentré à son chef-d'œuvre. Très vite, je ne distinguais plus le décor de sa chambre. Je ne percevais plus que ses mains, ses lèvres, sa langue, chuchotant à l'unisson le début d'une mélodie dont les notes avaient été perdues des semaines durant. Peut-être était-ce dû à notre séparation, je l'éprouvais avec une acuité affolante. J'entendais enfin, dissimulé à l'intérieur de ses caresses parfaites, une partie des accords secrets de sa composition, qui m'avait échappé jusqu'à présent : un désir de pardon, son affection débordante qu'il repoussait par crainte...
Submergé, des perles cristallines naquirent dans les coins de mes paupières.
Bientôt, je laissais ce délice si particulier m'envahir, l'ensemble de mon enveloppe charnelle au supplice. Ma respiration recommença à s'emballer de façon inquiétante, mon corps épousa la vague cajoleuse, ma tête rejetée vers l'arrière, les veines saillantes de mon cou exposé, mes muscles tendus, ondulants à ce rythme divin.
Puis tout s'accéléra. Mes oreilles n'entendirent plus que cette mélopée précipitée, de plus en plus intense, tandis que je haletai de plaisir. Je voulais qu'il stoppe, qu'il continue.
Libère-moi, libère-moi, libère-moi !
Et je criais son surnom, terrassé tant par la jouissance fulgurante que par la puissance de ses sentiments envers moi.
Je n'avais pas encore tout à fait repris mes esprits qu'il fit tournoyer devant moi un préservatif entre trois doigts, d'un œil complice. Je souris, l'invitation saisit : à mon tour, de le contrôler, maintenant.
- Et toi, tu m'aimes ? questionnai-je en inversant nos positions.
- Plus que tu ne le sauras jamais.
Je m'interdisais de remettre sa parole en doute, au vu de ce que je ressentais toujours. Je m'allongeais sur lui, ma main à la rencontre de sa chevelure ébouriffée.
- Pourquoi me repousses-tu alors ? Tu viens pourtant de me demander de ne plus te quitter.
- Parce que tu es à moi, et que je suis un enculé, répliqua-t-il du tac au tac. Tu crois me connaître, mais tu n'arrives pas à me cerner, alors que moi, je sais qui tu es. Tu es aussi facile à déchiffrer qu'un livre, ça me donne un avantage que tu n'as pas, et ce n'est pas très juste envers toi.
- Laisse-moi le temps.
Il secoua la tête.
- Ce serait trop dangereux.
Le sens de ses mots m'échappait, mais je décelai nettement dissimulé au fond de son carmin, ce mystère dont il protégeait farouchement l'entrée.
- Je n'abandonnerai pas, l'informai-je résolu.
Il enfouit ses doigts à l'intérieur de ma forêt, caressée avec tendresse, tout en taquinant le bout du nez avec le sien.
- Je t'y forcerai, dans ce cas.
Je ne répliquais pas, préférant la magie de l'instant à une dispute. Nous verrons tout cela en temps voulu, quand il nous sera rendu.
Je me redressais pour enrouler le préservatif autour de son membre en demande, avant de revenir l'embrasser à pleine bouche. Ma victime poussa une plainte sous forme de râle désapprobateur lorsque ce manège de préliminaires prit fin. J'avais tellement envie de le sentir en moi que contrairement à sa lenteur cruelle et mesquine, je ne souhaitai pas explorer davantage, l'organe de sa virilité guidé sans attendre là où je le désirais, d'un mouvement sec et précis.
Il rit de me voir si pressé, sans faire de commentaires. Je décidai, il le savait. Il me l'avait dit, j'étais le seul à connaître la vision de sa soumission ; un privilège aussi étrange que déroutant, dont je comptais bien profiter, après toutes ces semaines de privation.
Je fermai les yeux quelques secondes, le temps de m'imprégner de sa présence, mon corps l'ayant accepté sans effort, comme toujours. Me retrouver dans cette position noua ma gorge de bonheur. C'était trop beau, trop inespéré, trop irréel. Je me trouvais là où je devais l'être, avec la personne que j'aimais le plus au monde, la souffrance, les doutes jetés à la face du diable.
Mes émeraudes se remirent à briller lorsque, sans m'en apercevoir, je commençais à bouger en douceur. Il me rejoignit, tant et si bien que les foudres du plaisir nous entourèrent sans nous atteindre. Je savourai au maximum la chaleur de son offrande tendue, son besoin de ne la partager avec nulle autre que moi, pleinement ressenti. Avec délectation, j'allais lentement, un sourire allègre sur mon visage irradié d'extase.
Ce moment symbolisait la perfection, je voulais le faire durer une éternité.
Il ne me lâchait pas des yeux, et pria, entre deux soupirs :
- Ne t'arrête pas...
Soudain, il se redressa une de ses mains plaquées sur mon dos, imposant de lui-même une cadence effrénée, que je fus obligé de suivre.
Toujours plus vite.
Toujours plus fort.
Toujours plus loin.
- Attends, suppliai-je, sentant la jouissance me rattraper, ce n'est pas assez !
- On n'a plus... le temps, suffoqua-t-il, c'est presque l'heure !
Non, non, non !
Notre rythme s'accéléra en conséquence, les foudres menaçants de nous toucher d'un instant à l'autre à présent.
Vite. Fort. Loin.
Imperturbable, il continuait de manier sa baguette à la perfection, démontrant sa maîtrise inégalée de la partition qu'il me contraignait à jouer. En vrai prodige, ce grandiose maestro cherchait, élevait, exigeait mes notes les plus hautes avec une facilité admirable. Le son désiré obtenu sans hardiesse rapprochait de façon inéluctable le point culminant de son euphonique mélodie, aussi sensuelle que passionnée.
Devenu fou, je me mis à jurer comme jamais, vociférant des obscénités telles, que je crus mourir d'ivresse, plus que de honte, chassée de ma conscience emprisonnée par une sensation de bien-être encore inexpérimenté. Elle m'inondait en continu, toute contenance égarée. Et j'adorais ça.
Vite. Fort. Loin.
Sans le quitter des yeux, je lui soufflai toute mon exaltation au visage, sans cesser de sourire. Le fil de la lucidité sur le point de se briser, j'écrasais mes lèvres sur les siennes, dans un baiser avide en guise de remerciement. Sa bouche goulûment aspirée, il répondit malgré tout avec une ardeur identique, peut-être plus éperdue, des milliers de gémissements, morts étouffés. Un drôle de poids semblait oppresser sa poitrine, mais l'harmonie ne faiblit pas, tandis que je le pressai toujours plus contre moi.
Vite. Fort. Loin.
Sa présence, sa peau, son odeur, son corps, son âme... Tout ce qui le caractérisait se mélangeait à moi. Acculé par la beauté de cette fusion, je me mis à hurler :
- Je t'aime !
Elle découlait d'un caprice, d'un torrent émotionnel plus puissant que ma frêle volonté à garder ce secret enterré, néanmoins, l'authenticité de cette déclaration, sans commune mesure avec la banale première répétition, m'effraya. La violence de cet aveu dépassait de loin tout ce que j'imaginais, à commencer par l'étendue de mes sentiments, de l'effet d'un coup de poing, envoyé en pleine figure sans aucune retenue. Il ne renchérit pas, bien sûr, mais cette réaction prévisible ne me blessa pas, ces mots adressés à moi avant tout, en moyen de graver cet instant de vérité.
Les éclairs nous foudroyèrent alors dans une parfaite synchronicité, une infinité d'étoiles accessibles devant nous, une poignée de fugaces secondes. Abandonnés, hagards, chancelants, nous essayâmes tant bien que mal de reprendre contact avec la réalité. Le calme reprenait ses droits, malgré nos souffles saccadés d'envie, à la poursuite de cette folle nuit, reflétée à l'intérieur de nos orbes respectifs. Incapables de bouger, nous restâmes immobiles, enfermés dans un cocon protecteur.
Dans un élan de désespoir, je l'entourai de mes bras, m'accrochant de toutes mes forces à la bouée qu'il représentait, mes larmes ruisselantes sur mes joues déjà inondées de sueur.
- Ouvre les yeux, Deku, m'ordonna-t-il.
Je m'éloignai un peu, pour observer son visage trempé, deux lignes invisibles dessinées en zigzag à hauteur de ses pupilles rouges, où le brasier s'éteignait à contrecœur.
Sans un mot, je suivis le tracé à l'aide de mes pouces, le cœur en lambeaux. Il ne me repoussa pas, sa pomme d'Adam agitée.
Il ne désirait pas me quitter, lui non plus.
- Ouvre les yeux, Deku, chuchota-t-il, d'une voix qui n'était pas la sienne.
Les sanglots comprimés à l'intérieur de la poitrine, je hochai la tête.
Ochaco m'observait avec attention, des plis d'inquiétudes sur le front.
