- Je ne saurais pas t'expliquer pourquoi, Potty. Mais juste de voir Ombrage, cette résurgence des tréfonds d'un enfer pas encore assez lointain me laisse bras ballant.

- C'est beau ce que tu dis, Dray. Moi je me serai contenté de dire que ça me donne la gerbe.

- Ah, oui. C'est un bon résumé.

Le vieux crapaud rose prit la parole.

- Confrères, ce soir, nous nous réunissons pour une raison grave. La société nous a oublié, nous, les combattants de la dernière guerre, qui étions pourtant si seuls à nous opposer à Vous-savez-qui.

- Je n'arrive pas à croire mes oreilles, s'étouffa Harry.

- Il n'y a que nous qui puissions défendre ce en quoi nous avons cru et ce qui est si menacé, continua Ombrage. On nous ignore, mais nous sommes puissant et nous savons !

- Elle n'a donc pas de… Draco cherchait ses mots, la bouche bée.

- Décence ? Vergogne ? Cracha Harry

- Peur du ridicule ? Proposa Malfoy

- Les gens ne vont rien dire ? Se demanda Harry.

- Elle les flatte trop. C'est ce qu'ils ont envie d'entendre, lui répondit Draco.

Apres s'être tue momentanément, pour accueillir les applaudissements, Ombrage reprit, un air d'enfant gourmand sur le visage.

- Accueillons maintenant le premier à avoir pris la mesure du retour de Vous-savez-qui, et qui a payé son engagement au prix de sa carrière… Cornelius FUDGE !

Le tonnerre d'applaudissements qui répondit à Ombrage plongeait Harry dans un abîme de perplexité.

Les gens n'avaient donc aucune mémoire ? Personne n'allait s'élever contre cette réécriture répugnante de l'histoire ?

- De mieux en mieux, grogna Draco.

- Mais pourquoi les gens les laissent parler ?!

- Potty, regarde autour de toi. Ils n'avaient certainement pas l'âge de lire les journaux à l'époque.

- Personne ne leur a raconté ?

- Qui ? Leur famille décimée ou moldue ? Leurs amis traumatisés ? La presse en laquelle on n'a aucune confiance ? Le prof d'histoire fantôme pour qui ce qui est postérieur au XIXeme relève du journalisme ?

- Merlin…

Fudge monta difficilement sur l'estrade pour prendre la parole.

Son costume de tribun devenu flottant sur ce corps de vieillard croulant, donnaient l'impression d'une marionnette désarticulée.

Le regard de Ombrage, victorieux et propriétaire, semblait transpercer le vieux ministre qui tentait d'adopter une posture de meneur.

- Confrères, mes amis, mes camarades de combat, chevrota le vieux Fudge. En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C'est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut reprendre le combat pour protéger notre société.(*)

Sa voix faiblarde nuisait à l'effet d'ensemble. Mais Harry ne douta pas de l'effet du discours. Les "confrères" buvaient ses paroles.

- je te parie que le discours vient d'Ombrage, lui dit Malfoy.

- Je vais arrêter tout ça, dit Harry.

- Attend encore, lui conseilla le blond. Pour le moment, il n'y a rien d'assez grave pour les condamner.

- Les portoloins illégaux.

- Oui, ça te permettra de les retenir un peu et de fouiller chez eux, mais idéalement, avec des menaces explicites contre des personnes ou biens, les charges seraient plus solides.

Ils n'eurent pas longtemps à attendre. Ombrage, leur conversation chuchotée avait attiré le regard perçant de Ombrage qui depuis son perchoir, surveillait les réactions de la foule.

Reconnaissant Harry, elle se mit soudainement à glapir dans une crise de panique.

- Là ! Là ! Arrêtez-les, arrêtez-les !

La foule se tourna pour observer les deux hommes.

Malfoy s'enfonça plus dans le coin, mais Harry retira soudainement sa casquette en se redressant.

- Madame Ombrage, je suis content de voir que vous prenez à coeur la défense de notre société, aujourd'hui.

- Potter ! Saisissez vous de lui ! Il ne doit pas sortir d'ici.

La foule marqua un moment de flottement. Mais Ombrage ne perdit pas de temps pour dégainer sa baguette et hurler un doloris, pendant que Fudge lançait mollement un sortilège de saucisson.

Les sorts ne donnèrent aucun résultat visible, mais ils firent exploser le charme des discours, qui avait jusque là maintenu l'audience euphorique.

Harry, qui avait craint la réaction de la foule, entendit que les gens s'étonnaient d'avoir vu leurs meneurs tenter d'attaquer Harry Potter le survivant.

Il en profita pour faire signe à ses hommes, monter d'un bond sur l'estrade et annoncer à la cantonade que dans le cas d'une intervention auror, les organisateurs de ce rassemblement étaient en état d'arrestation pour utilisation de portoloins interdit, utilisation de sortilèges impardonnables et tentative d'agression sur un officier auror dans l'exercice de ses missions.

Tous les meneurs furent arrêtés de façon très moldue, sans opposer de résistance dès qu'ils comprenait que rien ne sortait de leur baguette.

Il n'y eut qu'Ombrage, tentant le tout pour le tout, pour tempérer et hurler à l'illégalité de cette opération.

L'audience assistait aux arrestations, tétanisée, horrifiée.

Harry hésita, puis décida de prendre la parole.

"- Vous avez assisté à une arrestation pour des motifs légalement fondés. En tant qu'auror, j'ai juste à vous dire que l'enquête va suivre son cour dans le respect du droit, et que les gens venus pour écouter ne sont pas poursuivis mais sont invité à quitter cette résidence privée. Vingt minutes de marche dans n'importe quelle direction vous permettra d'atteindre une zone où le transplanage sera possible.

Si, par contre, vous souhaitez écouter Harry Potter, sorcier qui a pris part au combat contre Voldemort, j'ai plus à vous dire.

Ces personnes vous ont manipulées. A l'époque du retour de Voldemort, elles ont volontairement freiné toutes les mesures qui auraient pu accélérer la prise de conscience de la menace. Et ce, uniquement par ambition personnelle, pour protéger leurs postes et carrière.

Aujourd'hui, elles essaient de vous monter contre d'autres groupes de personnes. Personne n'est seul responsable de la crise, mais tous ceux qui cherchent des coupables nous empêchent d'en sortir.

Il faut que nous nous réconcilions, il faut qu'on travaille tous ensemble, il faut que chacun se sente en sécurité chez lui et dans son travail.

Sinon des politiciens véreux profiteront de notre division pour reprendre encore les rênes du pays, sans proposer plus de solution.

Je ne vous demande pas d'oublier, au contraire. N'oublions rien et racontons ce qu'on a vécu. Mais pardonnons. Ou on n'aura échoué et notre monde restera invivable."

Un silence suivit, puis quelques applaudissements discrets répondirent. Néanmoins la majorité de l'auditoire préféra quitter la salle en ordre dispersé.

- Potter ! Ce type, là !

Malfoy lui avait indiqué un homme menaçant que l'on voyait au travers de la baie vitrée se diriger vers le menhir toujours abaissé où attendaient Gabrielle et les deux aurors.

Harry emboîta rapidement le pas de Malfoy, qui se précipitait à la poursuite de l'homme.

Ils grimpèrent rapidement jusqu'au menhir.

L'homme était arrivé à peine quelques instants avant eux.

Très nerveux, il tenait en tremblant un pistolet, avec lequel il menaçait à tour de rôle Gabrielle et les aurors.

- Doll ! Ruben Doll. Harry reconnut le jeune homme de la presse qu'il soupçonnait d'avoir agressé Malfoy.

Le jeune homme, fébrile, dévisagea Harry.

- Remettez, Remettez… REMETTEZ LA MAGIE ! Vous avez… Vous avez tout gâché !

- Doucement, doucement Doll. Vous allez baisser cette arme, lui dit Harry.

Vous étiez mon héro ! VOUS ÉTIEZ MON HÉRO ET VOUS ÊTES DU CÔTÉ DES MANGEMORTS !

- Doll, je ne suis que du côté de la justice, vous allez baisser votre arme et…

- ET LUI ! VOUS AURIEZ DÛ VOULOIR ÉLIMÉ SON ACTE DE NAISSANCE !

Doll retourna soudainement son arme vers Malfoy.

- Doucement mon garçon. Vous faites un contresens linguistique qui à la longue devient ridicule… Lui dit Malfoy, les mains dans une position de défense illusoire.

- VOUS ÊTES UN MANGEMORT !

- Oui, ça fait partie des choses irréfutablement vraies. Lui répondit Malfoy sans quitter des yeux le pistolet.

- Draco, tais-toi ! Il va te tuer ! Cria Gabrielle.

- Doll ! Doll, regardez moi ! Reprit Harry.

Doll, les yeux dans le vide, tourna très lentement sur ses pieds pour pointer l'arme sur Gabrielle.

- "Draco". Vous êtes sa poule ?

- DOLL ! REGARDEZ MOI ! C'est moi, le mangemort responsable de tous vos malheurs ! Hurla Draco.

Le jeune homme armé ne tremblait maintenant presque plus. Le regard complètement perdu, des spasmes agitaient ses doigts. Il levait lentement le pistolet en direction de la tête de Gabrielle, qui se recroquevillait affolée.

- NON ! Hurla Draco.

Une énorme explosion retentit projetant tout le monde au sol. Harry et Gabrielle, les plus promptes à reprendre leur esprit, se précipitèrent sur Ruben Doll pour le plaquer et écarter l'arme.

La confusion qui suivit dura quelques instants. Quand le jeune homme fut bien retenu par les deux collègues de Harry, celui-ci se tourna vers Gabrielle.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? D'où est venu ce sort !

Gabrielle, en état de choc, fouillait les bruyères. Elle hoqueta entre ses sanglots.

- Ce… ce n'était pas un sort. C'était… De la magie spontanée, comme celle des elfes ou des enfants… Merlin, elle ne pouvait venir que de … Merlin… La balle, la balle qu'il a tiré sur moi ! Draco ! Draco !

Dans la bruyère, elle s'affala sur le corps gisant de Malfoy, la tête en sang.


Voui, je sais, j'ai honte de finir (le chapitre) là dessus...

J'allais dire que ça pète un peu trop, mais c'est peut etre pas le terme le mieux choisi.

(*) Ici, là, le discours de Fudge est librement inspiré d'un discours tristement célèbre. 10 points pour la maison de celui ou celle qui trouvera.

Réponse aux revieuw (nombreuses et adorables, vous etes des amours) :

jane9699 tu as raison, je crois que je n'ai jamais vu une autre fic sur Gabrielle. Pourtant, je me suis dit que c'etait la personnage idéale pour Draco. Elle n'a pas vraiment rencontré ni Draco ni Voldemort dans le canon, donc elle pouvait donc le rencontrer et apprendre à le connaitre sans préjugé. Elle est "hybride" alors que la famille de Draco (surtout Bellatrix) pronait la haine des sang mélangés, donc ça serait une preuve de plus de la façon dont Draco a renié les préjugés familiaux, et si elle resssemble un peu à Fleur, son coté distingué, disons "classe" s'assort bien avec Malfoy.

djennys Désolée pour les fautes... J'ai pas de beta, donc je manque souvent d'un deuxieme regard sur l'orthographe et la façon dont je raconte. Des fois en me relisant, je me flagelle mentallement de la longueur des phrases et de certaines fautes affreuses...

brigitte26 Le crapaud est de retour, et non, serieusement, personne ne peut l'aimer :D Je crois qu'elle est dans mon top 3 des mechants les plus mechants. Ya rien de pire que les gens injustes. Même Voldemort est moins effrayant. Il est mauvais. Mais Ombrage te pourrirait ta vie juste comme une façon de parler.