Twenty-First letter
Après s'être rapidement changé, elle avait accompagné sa mère jusqu'à la gare. Elle serra une dernière fois celle-ci dans ses bras, ressentant un pincement au cœur en la regardant monter dans un des wagons. La prochaine fois qu'elle la verrait ne serait qu'à Noël. Être séparé aussi longtemps de ses parents était surement ce qu'il y avait de plus difficile à Poudlard. Parfois elle appréciait cette indépendance et parfois, comme en cet instant, elle n'avait qu'une seule envie, prendre le prochain train et retrouver son père, sa chambre et même Pétunia. Alors qu'elle s'apprêtait à faire demi-tour pour retourner au château, elle se retrouva face à Dorea Potter. Elle était encore plus belle que la première fois qu'elle l'avait vu sur le Chemin de Traverse alors qu'elle-même devait faire peine à voir avec ses cheveux encore à moitié mouillés par la pluie battante qui leur avait fait le plaisir de sa présence pendant le match.
– Bonjour Lily, la salua la sorcière en lui souriant aimablement, ses yeux gris brillant d'une lueur sibylline.
– Bonjour Madame Potter, répondit-elle en lissant son pull comme si cela avait pu lui donner plus fière allure.
– Je ne savais pas que tu étais dans l'équipe.
– C'est plutôt récent, expliqua-t-elle en essayant de ne pas être blessée par le fait que Potter n'en ait pas parlé, au moins pour se plaindre.
– Un excellent choix, commenta Dorea.
– Je ne suis pas sûre... répondit la petite rousse d'un ton incertain, en évitant le regard de son interlocutrice.
– James n'est pas de cet avis.
– Quoi ? s'étonna Lily en relevant les yeux vers la sorcière.
Le coup de sifflet annonçant le départ imminent du train les interrompit. La jeune femme s'excusa, lui souhaita bon courage et grimpa dans le wagon le plus proche. Lily avait l'impression que le monde ne tournait plus rond. Lorsqu'elle avait dit à Emmeline qu'elle allait se ridiculiser, celle-ci lui avait répliqué que ce n'était pas ce que Potter avait dit. Et voilà que la mère du garçon affirmait qu'il pensait que comme attrapeuse, elle n'était pas un mauvais choix. Sans compter la révélation de Dorcas concernant l'entrainement qu'il avait soi-disant annulé pour elle. À quoi est-ce qu'il jouait ? Est-ce qu'il faisait ça pour se faire bien voir ? Jouer au plus mature d'entre eux en feignant de donner un avis positif sur elle malgré leur différend ? Peut-être qu'elle faisait preuve de mauvaise foi. C'était toujours plus facile que d'essayer d'assimiler l'idée que Potter avait une bonne opinion d'elle et qu'il était capable d'être attentionné à son égard. Elle aurait presque lâché un rire à cette pensée. Il devait y avoir une autre explication. Un entre-deux logique, cohérent.
Alors qu'elle remontait la rue principale de Près-au-lard, elle vit arriver vers elle, l'équipe au complet ainsi qu'une bonne partie des élèves de Gryffondors. Elle lança un coup d'œil vers la gauche, un autre vers la droite. Aucune échappatoire possible si ce n'est le pub des Trois Balais qui était de toute manière leur destination. Elle avança dont en baissant la tête, priant pour que personne ne l'arrête. C'était sans compter sur Dorcas qui glissa un bras sous le sien, son visage en forme de cœur affichant une expression tout sauf angélique.
– Pas si vite Lily Bertha Evans, lui dit-elle.
– C'est toujours pas mon deuxième prénom, répondit Lily en essayant de se dégager de son emprise. J'ai plein de choses à faire...
– Ça devra attendre demain parce qu'on va d'abord fêter ta victoire.
– J'ai aucune envie de faire la fête avec une équipe qui me tolère à peine, Potter et Black qui me détestent et leurs groupies qui veulent ma tête.
– Tu penses pas que t'exagères, soupira son amie en levant les yeux au ciel. Kate t'adore. Les jumeaux Prewett aussi. Remus et Peter n'ont absolument rien contre toi. Et Emmeline et Marlène ont déjà viré les groupies. T'es une star pour le reste des Gryffondors.
– C'est toi qui exagères là, lui fit remarquer Lily sans pouvoir retenir un sourire.
– Peut-être. Viens.
La joyeuse troupe était déjà entrée dans le pub. Alice était restée en arrière, tenant la porte en les fixant. Elle fit un mouvement de tête qui n'admettait pas de réponse négative avant d'entrer. Lily se laissa donc entrainer par Dorcas en râlant quand même, se sentant obligée de dire qu'elle ne resterait pas longtemps. Juste le temps de trinquer. Un seul verre et elle devrait partir. C'était sans compter sur Marlène et Emmeline qui l'encadrèrent sur la banquette où elle s'était installée, l'empêchant de partir et s'assurant que son verre soit toujours rempli. Peut-être était-ce dû à l'alcool ou à la bonne humeur suite à leur victoire, mais le reste de l'équipe ne lui était plus du tout hostile. Jessica et Suzanne l'avaient même félicité. Lorsque le groupe avait commencé à jouer, Caleb l'avait entrainé sur la piste de danse. Elle était passée de ses bras à ceux de Gideon puis à ceux de Flynn qui lui avait avoué qu'il était amoureux de Rosmerta, une jolie Poufsouffle qui se trouvait être la fille du propriétaire du pub. Elle avait été heureuse de le voir suivre ses conseils et la convaincre de lui accorder une danse. Dorcas l'avait ensuite monopolisée une partie de la soirée avant que Marlène ne se mette à râler qu'elle voulait aussi danser avec la batteuse. Cette dernière ne s'était pas faite prier, glissant une main sur la taille de la petite blonde pendant que celle-ci s'accrochait à son cou, laissant échapper un rire adorablement satisfait. Lily avait vu une opportunité de s'éclipser mais Sirius lui barra la route, lui offrant son bras. Elle hésita à refuser mais il semblait être de nouveau lui-même. Doux, pacifique et comme toujours d'une beauté renversante.
– Pourquoi est-ce que tu ressembles autant à la mère de Potter, demanda-t-elle en passant ses bras autour de son cou, se laissant conduire au rythme de la musique.
– Parce que c'est la cousine de ma mère, répondit-il en souriant amusé, faisant tourner la tête de la plupart des personnes qui dansaient autour d'eux.
– Arrêtes de faire ça, soupira-t-elle, son propre cœur malmené.
– Quoi donc ? s'enquit-il trop innocemment pour que ce soit crédible.
– Pourquoi est-ce que tu voulais danser avec moi ? demanda-t-elle, changeant de sujet puisqu'elle se doutait qu'il continuerait de jouer les ingénus.
– Pour me venger.
– C'est pas vraiment une torture de danser avec toi tu sais ? lui fit-elle remarquer.
– Qui a dit que je me vengeais de toi ? répondit-il, souriant une fois de plus et lui tirant un sourire en retour.
– T'avais l'air de me détester ces derniers temps.
– Peut-être, admit-il en réduisant la distance entre eux au-delà de ce qui était considéré comme "normal" entre deux amis.
– Ça fait partie de la vengeance ? demanda-t-elle maudissant sa respiration qui était légèrement plus rapide que d'habitude.
– Oui, répondit-il en riant, ayant probablement suscité la réaction qu'il désirait chez la personne visée par sa petite vendetta.
– Est-ce que tu vas me donner des détails ? l'interrogea-t-elle quelques minutes plus tard après avoir enfin repris ses esprits, le rire du garçon lui ayant fait perdre tous ses moyens.
– Bien-sûr que non, répondit-il comme s'il avait trouvé l'idée absurde.
– Tout vas bien entre nous au moins ?
– Pour le moment, répondit-il en s'écartant, la gratifiant d'un délicat baisemain avant de disparaitre dans la foule, l'abandonnant au milieu des danseurs.
Elle ne bougea pas immédiatement de la piste, posant même une main sur son cœur qui tambourinait de toutes ses forces, l'autre glissant sur sa joue bouillante et qui devait être d'un rouge vif. Sirius Black devait avoir des vélanes dans ses ancêtres. C'était une certitude dont elle ne découdrait pas. Elle se tourna et se retrouva nez à nez avec la personne qu'elle aurait voulue éviter le reste de la soirée.
– Je quitte l'équipe, annonça-t-elle de but en blanc optant pour arracher le pansement d'un coup sec.
– Quoi ?
Elle le planta là, sortant du bar sans demander son reste, espérant que personne ne la retiendrait. Elle pressa le pas autant que le lui permettait le taux d'alcool dans son sang. Inutile de préciser qu'elle marchait plus en diagonale qu'en ligne droite et que sa vitesse de marche était inférieure à la moyenne enregistrée pour les personnages âgés en déambulateur. Ce ne fut donc pas vraiment étonnant que Potter la rattrape. Il se mit en travers de son chemin et lorsqu'elle tenta de le contourner, il l'en empêcha. Elle poussa un grognement de frustration, levant les yeux vers lui, ne pouvant pas éviter la conversation. Elle aurait probablement pu prévoir que ça tournerait comme ça si elle n'avait pas autant bu. Qu'est-ce que tu pensais Lily, lui chuchota sa voix intérieure. Que t'allais balancer ta bombe et qu'il te répondrait "oh oui pas de soucis !".
– Oui, répondit-elle à voix haute.
– Oui quoi ?
– C'est pas à toi que je parle, répondit-elle, agacée.
– T'aurais pas dû boire autant si tu tiens pas l'alcool.
– C'est par l'expérience qu'on s'améliore, répondit-elle perdant temporairement l'équilibre, s'écroulant au sol puisqu'il n'avait pas tenté de la rattraper.
– On en discutera demain quand tu seras en état, dit-il en poussant son pied du sien. Lèves-toi, je te raccompagne.
– Je veux pas en discuter demain ! Je te dis que j'arrête ! Tu devrais être content ! Je te laisse tranquille !
– Arrête de hurler. Lève-toi, répéta-t-il en regardant autour d'eux comme s'il avait été inquiet qu'on les voit ensemble.
– Arrêtes de me donner des ordres. Si je te fais honte t'as qu'à te barrer.
– Qui a dit... Bordel, jura-t-il en se penchant, lui attrapant l'avant-bras.
Elle le repoussa, tombant pour la seconde fois en l'espace d'à peine quelques minutes. Elle pouffa en imaginant ses fesses bleues demain. Il abandonna l'idée de la faire se lever, s'asseyant face à elle. Pourquoi est-ce qu'il ne partait pas ? Pourquoi est-ce qu'il avait l'air aussi inquiet ? Pourquoi est-ce qu'il ressemblait autant à Sirius et à Dorea ? Elle avait définitivement trop bu si elle se mettait à trouver Potter agréable à regarder. Elle le vit passer une main dans ses cheveux et elle l'imita puisqu'elle avait la même coupe que lui maintenant. Il poussa de nouveau son pied du sien, lui disant d'arrêter de le copier. Elle l'imita en réponse.
– Qu'est-ce que vous faites ? demanda Alice.
– Elle refuse de bouger, répondit James.
– Je m'en occupe, lui dit-elle comme pour le congédier.
– Alice, soupira-t-il.
– J'ai dit, je m'en occupe.
Il n'insista pas, rejoignant le pub. Alice lui tendit la main et Lily la saisit et se releva. Elles marchèrent doucement et silencieusement vers le château, leurs mains toujours entrelacées. Lily serrait parfois la paume d'Alice et celle-ci lui rendait la pression en réponse. Elle aurait voulu lui demander ce qu'il s'était passé avec Potter. Pourquoi est-ce qu'ils avaient rompu ? Pourquoi est-ce qu'elle lui en voulait autant ? Est-ce qu'elle l'aimait encore ? Mais aucune de ses questions n'avait franchi la barrière de ses lèvres. Alice était une personne secrète et elle n'apprécierait certainement pas son indiscrétion. Elle se rendit compte qu'elle tenait vraiment énormément à leur relation. Elle ne voulait pas perdre ce qu'elles avaient aujourd'hui. Encore moins à cause de Potter. Elle fit donc taire ses questions, intimant le silence à sa curiosité.
– Je lui ai dit que je quittais l'équipe, lui dit-elle, cherchant à justifier le fait qu'elle les ait trouvés seuls, ne voulant pas qu'Alice se fasse de fausses idées et la déteste.
– Pourquoi est-ce que tu lui as dit un truc pareil ?
– Parce qu'il ne veut pas de moi dans l'équipe. Les autres non plus d'ailleurs.
– N'importe quoi, répondit la petite brune. S'il n'avait pas voulu de toi, tu n'aurais pas fait long feu crois-moi. Il était dur avec toi, mais c'était pour que tu t'améliores. Le reste de l'équipe avait besoin que tu fasses tes preuves pour t'accepter. Je pense que plus personne ne doutera de toi après aujourd'hui.
– Je suis stupide.
– Oui.
– Alice ! protesta-t-elle en riant un peu, remarquant que le coin des lèvres de sa camarade s'était légèrement arquée pour former un demi-sourire.
La Gryffondor la raccompagna jusqu'à son dortoir, l'aida à se changer, et la mit au lit. Lily s'entendit lui proposer de rester dormir ici pour cette nuit et elle accepta sans qu'elle eût besoin d'insister. Elle n'en aurait de toute manière pas eut la force. Alice se glissa sous la couette à ses côtés.
– Lily.
– Hm ? répondit-elle, ses paupières déjà trop lourdes pour qu'elle puisse garder les yeux ouverts.
– Au sujet de James...
Lily n'entendit jamais la suite, les bras de Morphée l'enveloppant.
