Chapitre 21
1
Comment m'occuper pendant 6 heures ? Dans mon appartement en France, j'avais plein de possibilités : discuter via téléphone ou avec l'ordinateur, visionner des films, des séries, écouter de la musique. Ici, je n'avais rien de tout ça.
Lire ? Je détestais ça ! Je n'avais pas de livres à disposition et cela équivalait à demander la permission à Jessika de lui en emprunter. Cuisiner était envisageable, mais seule, ce ne serait pas drôle. Chercher un nouveau lieu où dormir ? Flemme...
D'après Poe, je devais revenir "aux basiques" ? C'était facile de dire ça, il loge H24 dans cette base.
Dans un premier temps, je me persuadai de décrasser mon vaisseau. Ce fut expéditif grâce à BB-8, s'était bouclé en 1 h. Le robot s'était porté volontaire pour la mécanique interne et extérieure pendant que je le dépoussiérais.
Chez moi, je ne priorisais pas cette tâche, mais, ici, ça ne me dérangeait pas. Entretenir un X-Wing était plus cool que de nettoyer sa chambre. Moi ? Finir maniaque à la fin ?
Le parechoc de mon cockpit clean, je balançai mon chiffon noir de suie dessus et poussai un long soupire. L'ennui me regagnait, car la corvée était terminée.
- Que faire maintenant, BB-8 ?
Il exécuta une multitude de bruits pour communiquer.
- C'est insupportable de ne pas te comprendre, un cours de langue droïdien avec C-3PO ou Poe ne se refuserait pas.
Il recommença, je haussai les épaules, désolée.
- Bon, allons ailleurs…
BB-8 obtempéra, également chassé par son maitre. Formel : pas de distraction pendant l'écriture de ses rapports. Son robot ne dérogeait pas à la règle.
Je trainai dans le campement et une idée me vint. Un endroit particulier retint mon attention.
Le bord de mer.
Je n'avais pas pu exploiter son environnement à son maximum à cause de l'enterrement de Han Solo.
2
En bas de la falaise, je me déchaussai, marcher sur du sable avec des talons était inconfortable. Je me rapprochai ensuite du bord et l'eau atteignit mes mollets.
Cet élément n'était pas mon habitat naturel, j'appartenais à la ville et aucun membre de ma fratrie ne possédait de maison secondaire près de la mer. La fois dernière où j'avais posé les pieds sur une plage remontait à mon adolescence lorsque je partais en vacances avec mes parents, mais ces voyages familiaux n'étaient pas nombreux.
Même si ces paysages n'étaient qu'illusion, les sensations ne l'étaient pas. L'air marin me chatouillait le nez, le soleil me réchauffait la peau et les grains de sable m'irritaient les doigts de pied.
J'étudiai à nouveau les alentours et un rocher m'interpella, je m'y installai pour écouter le bruit des vagues. Les jambes pendantes, BB-8 couina.
- Ton maitre veut que je retourne aux basiques, c'est l'endroit rêvé pour méditer. Peut-être devrais-tu faire pareil ?
- Biiiip biiip biipppp…
- Je suis sûre que toi aussi tu peux. Bon, je dois me concentrer.
Voilà une activité saine. Trier, vider ses pensées intelligemment pour repartir sur de meilleures fondations. Je me récapitulai les derniers incidents. En une journée, une quantité d'évènements s'étaient déroulés.
1) 3 personnes connaissaient mon secret. La Générale, Jessika et Rey.
2) Han Solo et Korr sont enterrés.
3) Je sais où se cache Luke Skywalker, mais je dois fermer ma gueule.
4) Jessika me hait.
5) Poe et moi avons lancé cette relation amoureuse.
Sur 5 mésaventures, une seule m'envoyait l'énergie adéquate de poursuivre. L'étape numéro 5. Sans elle, j'aurais abandonné, même son avenir était instable.
Je parlai haute voix et BB-8 prenait un malin plaisir de me répondre. Je me rendais compte qu'un psy m'aurait fait du bien. Peut-être que le droïde avait sans doute de bons conseils à me prodiguer.
Je recommençai mon introspection et je bifurquai sur des images des funérailles du contrebandier. Elles étaient toujours aussi douloureuses. La cérémonie gérée avec finesse par Leïa Organa avait été plus poignante que celle de mon père.
Quand elle déambulait au milieu de tous ses Rebelles pour se diriger vers la plage, c'était comme si la Générale se libérait de ses chaînes invisibles et s'envolait telle une colombe alors que ce n'était que ses émotions négatives qui s'évaporaient. C'était emblématique puisque, quelques secondes auparavant, on la voyait s'effondrer sur l'estrade. En me comparant à elle, je me considérais comme vulnérable. Depuis le début, je cédai à mes pulsions et fantasmes envers Poe.
Au fur et à mesure que je m'éternisai sur mes réflexions profondes, une autre vision se manifesta. J'étais avec Kylo Ren en train de discuter sur cette passerelle. Sa facilité déconcertante de me manipuler me fit prendre conscience de ma faiblesse, je n'en tirerais aucune fierté.
Le décor tournoya brusquement et se transforma en une salle pleine de tableaux de bord. Désormais, mes pieds étaient sur un sol uniformisé et sans vide. Face à ce changement, j'ouvris les yeux.
La silhouette du Chevalier de Ren restait intacte, à un détail près : ses jambes étaient en tailleur et les mains sur ses genoux. J'analysai les lieux, je n'étais plus sur la plage et ma respiration faisait écho.
A son tour, Ren me fixa, ne semblant pas étonné. Pourtant, une part de moi savait que j'étais encore sur ce rocher. Comment ? Pourquoi ? Je n'en avais aucune idée. Depuis notre retour sur D'Qar, je n'avais plus de connexion avec lui. Pensait-il tomber sur Rey ? Mais indisponible, ce fut moi.
Par quel moyen arrivait-il à se transporter dans un autre endroit ? Mes informations sur ce phénomène étaient incomplètes.
- Clara…
Que cela soit dans la réalité ou ici, mon corps se relevait. Hypnotisée, je ne déviais pas de notre contact visuel. Kylo Ren me copia et quelques centimètres nous séparaient.
- Clara...
Ce timbre de voix était le même qu'il avait utilisé pour m'attirer sur cette passerelle.
Clara, réveille-toi. Ne le laisse pas entrer dans ta tête !
Il retira son gant droit et sa main caressa ma joue, elle était froide et rugueuse. Des électrochocs me parcouraient le corps et me sortirent de ma paralysie. Ses doigts qui m'effleuraient me déstabilisaient.
- J'ai besoin de toi, Clara, siffla-t-il doucement.
J'étais consciente de sa énième manipulation pour que je rejoigne leur clan, mais je n'arrivais pas à me débarrasser de sa soumission.
De l'autre côté, BB-8 me voyait en pleine crise de somnambulisme, il s'affolait dans tous les sens et il fonçait sur mes jambes, mais je ne réagissais pas. Anxieux, le droïde se grouilla de trouver de l'aide.
- Besoin de moi ? articulai-je avec difficulté.
- Pour te le prouver, je t'ai préparé une surprise.
Il appuya sur un bouton noir et un homme en hologramme bleu émergea. Lors de sa forme la plus complète, mon cœur bondit dans ma poitrine.
- Comment est-ce possible ?
- Grâce à nos connexions. J'ai réussi à programmer ton père après avoir récolté toutes les informations nécessaires et j'ai employé les meilleurs techniciens de mon vaisseau sur ce projet. Je ne peux pas le ressusciter entièrement, mais je pense qu'il frôle la perfection, nous avons travaillé des heures pour le reconstituer. Je voulais te le montrer hier, seulement l'intervention du mien m'a pris au dépourvu. Nos retrouvailles m'ont permis de me motiver à le peaufiner.
Son récit débordait de démence, c'était effrayant et ingénieux en même temps. Qui oserait inventer ça ?
- Dis-lui quelques mots, Clara.
- C'est-à-dire ?
Kylo arborait un sourire. Sa ressemblance flagrante était perturbante. Etait-il sa copie conforme ?
Réticente, il me saisit la main et dit :
- Attends…
Plus on s'en rapprochait, plus j'en tremblais et resserrais mes doigts contre les siens.
- Monsieur, je vous présente Clara, votre fille.
- Clara ?
L'homme holographique cogitait, ses mimiques étaient identiques.
- Mais oui… Clara, ma chère enfant. Comment vas-tu ?
A sa voix, je fondis en larmes et en perdis l'équilibre. Kylo Ren me retint. De le revoir était intenable, son décès était encore trop frais.
- Eteins-le, s'il te plait. Eteins-le !
Il s'exécuta et l'hologramme se dissipa.
- Ca ne te fait pas plaisir ? Je ne m'attendais pas à cette réaction de ta part.
- J'apprécie le boulot que tu as accompli, mais c'est trop difficile à supporter.
- Clara… Tu es la seule pour qui je le fais. Si tu me rejoins, tu pourras le retrouver autant de fois que tu le souhaites. Ne vois-tu pas que je suis l'unique personne à penser à ton bien ? Les autres s'en moquent et sont égoïstes.
- Je ne peux pas…
Il me redressa, me colla contre lui et m'embrassa avec frénésie. Comment pouvais-je ressentir cette pression sur mes lèvres alors que, physiquement, je n'étais pas à cet endroit ? Est-ce que j'imitais les mêmes gestes sur cette plage ou c'était dans mon imagination ?
Ce baiser doubla la puissance de notre connexion et une multitude de flashbacks passèrent dans ma tête en accélérer. Sans me rendre compte, il se transférait les derniers évènements depuis notre rencontre. Ils commencèrent à partir du moment où j'étais attablée avec Poe et ses amis en train de rigoler puis ils s'acheminèrent vers ce moment plus intime que j'eus avec Poe dans sa chambre.
Kylo Ren s'arrêta, ses traits sur son visage s'étaient tout à coup durcis.
- Ce maudit pilote de la Résistance ! C'est la raison pour laquelle tu ne veux pas te joindre à nous, n'est-ce pas ?
Mon mutisme à lui seul valait tous les mots du monde. Son corps était toujours aussi proche du mien, ses mains restaient en contact de ma peau et ses yeux me fixaient inlassablement.
En une journée, ma bouche avait reçu le baiser de deux hommes ou tout les opposait. Comment en étais-je arrivée là ? Mes sentiments pour lui étaient insignifiants, mais impossible d'y être insensible.
Il excellait dans l'art de la manipulation, il avait réussi à m'affaiblir avec cet hologramme et ce baiser.
- Promets-moi que tu ne feras pas de mal à Poe Dameron, exprimai-je.
- Suis-moi et je l'épargnerai !
- Où allons-nous ?
- Tu verras…
Le Commandant était en danger et mes choix étaient restreints. Je ne voulais pas qu'on le prenne en chasse par ma faute et je n'avais aucune certitude qu'il sera tranquille. Piégée, je me laissai guider dès lors qu'il m'attrapa la main.
Nous quittâmes la pièce et nous entrâmes dans un long couloir aux murs grisâtres et aux plaintes noires. Devant nous, des troupes se promenaient, mais j'étais invisible pour eux.
3
- Lui pardonner est-elle la meilleure solution ?
- En effet, il est préférable. Au départ, j'étais comme vous, il m'a fallu un temps pour m'approprier cette vérité.
- Mais de quelle manière, une humaine comme Clara peut-elle s'introduire dans notre sphère ?
- Notre galaxie est vaste Rey, elle nous réserve bien des surprises.
Rey avait tellement de questions à poser à la Générale, elle ne savait plus où en donner de la tête.
- Comment faire pour préserver son secret et accepter que nous appartenions à l'imagination de quelqu'un ?
- Je n'ai pas la réponse moi-même. Toutefois, Clara est une humaine avec un cœur et des sentiments. Si elle a préféré nous le cacher, c'est pour une bonne raison. Ca doit être aussi pénible pour elle que pour nous.
- Je suis angoissée à l'idée d'avoir un comportement excessif comme Jessika Pava. Je ne suis pas régulièrement avec elles, mais j'ai bien vu qu'elle agissait différemment. J'ai immédiatement supposé qu'elle était au courant.
- Désires-tu être comme elle ?
- Certainement pas !
- Dans ce cas, tu as la réponse à ta question. Le temps sera notre allié, c'est le mieux à faire pour l'accepter.
- Je me décarcasse pour construire mon histoire donc le fait de le savoir ne favorise pas l'approfondissement mes recherches.
- Je suis persuadée que tu finiras par élucider ce mystère. La personne qui nous a créées nous a forcément donné une famille.
Rey soupira, elle se demandait comment la Générale se débrouillait pour ne pas faire de crise d'identité.
Leur entrevue cessa par la précipitation d'un droïde orange et blanc qui fonça brutalement à plusieurs reprises dans les mollets de Rey.
- BB-8 arrête ! Rouspéta Rey.
Faisant le sourd d'oreille, son excitation s'amplifia, il semblait troubler.
- Parle plus lentement BB-8 s'il te plait !
Pressé, il roula vers son ancienne direction.
- Tu devrais le suivre, on dirait que BB-8 veut te montrer quelque chose.
Rey emboita le pas et fila à toute vitesse pour se mettre à son niveau. Plusieurs fois, elle lui ordonna de freiner la cadence, mais il n'en faisait qu'à sa tête. Si ce n'était pas si urgent, il irait automatiquement chercher son maitre.
4
BB-8 s'arrêta net au bord de la falaise et gesticula dans tous les sens. Elle reprit sa respiration.
- Clara ? Sur la plage ? se fâcha-t-elle, le souffle court.
Le rythme cardiaque stable, elle regarda en bas. Une silhouette aux cheveux roux se positionnait au milieu de l'eau, Rey examinait la scène en détail, hésitante. BB-8 avait tiré le signal d'alarme. Le seul point qui la laissait perplexe était de constater que l'eau remontait jusqu'à ses genoux et qu'elle continuait d'avancer la main tendue dans le vide, comme si quelqu'un la possédait.
Le robot descendit en trombe un sentier plus plat pour lui, Rey le suivit.
- Clara !
Elle hurla plusieurs fois et se positionna au milieu de la plage.
- BB-8, pourquoi Clara ne m'entend pas ?
Devait-elle prévenir Poe ? Il était trop occupé avec ses rapports. Elle réitéra ses appels et s'en cassait pratiquement les cordes vocales, BB-8 s'impatientait.
- Je fais ce que je peux. Penses-tu que je suis trop loin ?
Rey s'interrogea, l'eau prenait du niveau et recouvrait de plus en plus le corps, se mouiller était le dernier recours. Elle ferma les yeux, et elle se concentra un maximum sur l'esprit de cette personne. Faire le vide n'était pas évident, Rey n'était pas assez entrainée et cela lui demandait du temps.
Autour d'elle, tout se noircit, il n'y avait plus que la silhouette dans son champ de vision.
5
Ce couloir était interminable, Kylo Ren m'attirait toujours vers la direction qu'il voulait. J'étais complètement déconnectée de mon ancien environnement, mon esprit ne m'appartenait plus, coincé par des barrières psychiques.
- Clara…
Cette voix me dit quelque chose !
- Clara…, répéta-t-elle.
- Rey…, fis-je en me stoppant.
- Rey ?
Kylo se retourna vers moi, l'écho de la voix de Rey continuait en permanence de prononcer mon prénom. Je remuai énergiquement la tête, elle montait en puissance. Lorsqu'elle fut à son pic, le jeune homme la perçut à son tour et il plissa des yeux avant de crier :
- Non, elle est à moi !
Il me plaqua contre lui et une seconde main se plaça devant mon front et il referma son poing. Un hurlement strident s'échappa de mes poumons et un duel entre eux s'engagea pour remporter le commandement. Il est clairement impossible de dissocier l'âme et le corps, sans l'un des deux, j'en mourrais.
Dans cette lutte, mon esprit prenait plus que mon physique, car Kylo en avait la possession et contrait Rey. Tiraillée, je plongeais dans la désolation. Je retirai sa main de la mienne et me cachai le visage avant de me choir sur les genoux.
Kylo Ren s'abaissa, il allait réussir son plan, Rey ne pouvait pas tout foirer.
- Arrêtez, je vous en supplie ! balbutiai-je.
Des larmes coulèrent le long de mes joues. J'avais l'impression que mon âme se déchirait en morceau. La sensation était moins horrible quand Kylo Ren était le seul à me torturer.
- Tu dois la combattre, ta place est ici !
Rey puisait au maximum son énergie pour vaincre le mur invisible qu'avait bâti ce chevalier. Elle s'épuisait, mais sentait qu'elle le domptait de plus en plus.
- Regarde-moi, Clara…
Il me força à lever la tête vers lui.
- Pense à ton père et à tout ce que nous pouvons faire, tous les deux. Reste avec moi !
A cette heure-ci, je me fichais de toutes ces belles choses, je voulais retrouver la sérénité. Seulement quelques heures s'étaient passées tranquillement avant que le camp adverse n'attaque. Visiblement, se reposer n'était pas de leur ressort.
Kylo Ren détendit et resserra ses doigts une seconde fois en me renvoyant une décharge plus imposante, Rey céda et perdit le combat. Elle lâcha prise afin de ne pas envenimer la situation.
Elle rouvrit les yeux et remarqua que je me débattais mentalement. Au moins, elle était parvenue à me relier à la réalité, mais tout restait à faire.
Quelques minutes plus tard, un dernier rugissement, ma vue se flouta et ce fut le blackout absolu. Mes bras descendirent le long de mon corps et je tombai vers l'avant dans l'eau, Rey paniqua.
- BB-8, pourquoi Clara ne sort pas ?
Trop de secondes s'écoulaient sans que je remonte à la surface.
- Attends-moi ici, ce n'est pas normal !
La jeune femme retira des couches de vêtements et ses chaussures puis elle s'aventura dans l'eau. Plus elle avançait, plus son cœur battait, observant que je ne me relevais pas.
A son arrivée, elle vit mon corps flotter sans vie. Elle m'extirpa rapidement, me prit dans ses bras et m'ausculta. Inerte et le teint pâle, Rey me porta jusqu'à la plage et me déposa sur le sable. Le pouls était lent, mais la respiration présente. Alors, elle entama les premiers soins pour me réanimer.
- Allez, Clara... Je sais que tu es là !
Son compagnon robotique fit demi-tour prêt à s'élancer pour avertir son maitre, mais Rey l'interpella.
- Non, BB-8 ne dit rien à Poe, c'est inutile de l'inquiéter, je suis persuadée qu'elle se réveillera !
En effet, les multiples tentatives de Rey réussirent avec brio. Je recrachai sur le côté l'eau que j'avais ingurgitée. Je ne pensais pas en avoir autant avalé même avec si peu de profondeur.
Je relâchai toute la pression en pleurnichant, c'était fatigant de se raccorder en un seul morceau. Je vous déconseille fortement d'expérimenter le voyage astral.
Rey voulait me consoler, mais ne savait pas comment procéder, j'étais plus douée pour ça.
Retrouvant ma rationalité, je réordonnai mes souvenirs avant ce fameux blackout.
6
Kylo Ren explosa de rage contre le mur le plus proche. Ceux qui passaient à côté de lui s'écartaient, espérant ne pas être sa prochaine cible. Le Général Hux qui eut le malheur de l'interrompre fut sa victime. Il l'étrangla et il l'implora de se détendre.
Quelques secondes plus tard, Kylo comprit son attitude, il le libéra et Hux se massa la nuque. A l'intérieur, l'homme aux cheveux roux promettait de le lui faire payer cet acte, même s'il était involontaire.
- J'étais à deux doigts de faire un meurtre, l'informa Kylo Ren tout en montrant un petit espace avec son index et son pouce.
- Qui était la victime ?
Le Chevalier tapa du pied.
- Tu es bête où tu le fais exprès ?
- Je n'y suis pour rien si ce n'est pas facile de te suivre quand tu pètes un câble.
- Je suis entré dans sa tête alors que je cherchais une connexion avec Rey. Clara était sous mon influence et sur le point de la noyer.
- Clara était ici ? Comment ?
- Hier soir, je me suis renseignée sur les différentes façons de voyager à travers les planètes sans bouger de ma place. Un bouquin a révélé que c'était possible via une Dyade. J'ai procédé en deux étapes : j'ai d'abord pratiqué une partie de la nuit. Elle est une forme avancée de la Force et te permet de faire des projections astrales. Et quand j'étais prêt, avec une équipe j'ai fabriqué un hologramme semblable à son père grâce à ma dernière connexion avec elle sur cette passerelle, j'ai eu la chance de détenir des informations sur lui qu'il soit physique ou oral.
Hux était curieux d'en apprendre davantage. Et après on disait de lui qu'il était fou ?
- Elle se rapprochait de moi, mais pas assez, car elle hésitait trop. Je devais me montrer plus convaincant.
- Comment as-tu fait ?
Kylo Ren se souvint encore de ce moment et toucha ses lèvres avec son index.
- Par un baiser. Aucune femme ne résiste à genre de tendresse, peu importe le camp.
- Et cela a fonctionné ?
- Bien plus que je ne l'aurais espéré. Cette méthode m'a permis de me mettre à jour sur ce qu'a vécu Clara après son retour à la base.
- Du coup, Clara est réceptive à la Force ?
- Je ne pense pas qu'elle l'ait comme celle que j'ai avec Rey. A mon avis, c'est sa spiritualité et son intuition se développe principalement et ce n'est que quand elle est vulnérabilité que je l'atteins.
- Qu'est-ce qui a rompu ce lien entre vous ?
- Rey…
Rien que d'articuler ce prénom énerva le Chevalier de Ren.
- Rey ?
- Depuis leur endroit, elle s'est interposée en exerçant progressivement sa Force contre moi. J'ai persuadé Clara oralement de la combattre et je l'ai asséné d'un dernier coup que je pensais redoutable, mais je me suis fait duper, Rey m'a surpassée.
- Comment as-tu su qu'elle était à proximité de l'eau ?
- Même si je ne voyais pas leur environnement, je détectai malgré tout les vibrations des vagues, c'est un mouvement facile à reconnaitre. Je dois en parler à Snoke.
Sur ces mots, Kylo Ren s'empressa de rencontrer son maître.
Délaissé au milieu de ce couloir, Hux n'aimait pas se rendre compte que Kylo prenait l'ascendance sur lui. Il ne l'acceptait pas, il avait peur de se faire disqualifier auprès de Snoke.
7
J'essorais ma robe. Si je rentrais trempée à la base et avec des cheveux qui ne ressemblaient à rien me vaudrait un interrogatoire digne des films policiers par mes camarades.
Je m'assis sur un rocher en plein soleil pour sécher, j'espérais que tout soit prêt avant le diner. A 19 heures, c'était impensable de passer discrètement dans les couloirs, pour récupérer une tenue, ils seraient blindés de Rebelles affamés.
Je regardai Rey en train de m'imiter et elle me joignit sur cette grosse pierre. Par chance, elle n'eut que le bas de mouillé.
- Je te suis reconnaissante de m'avoir sauvée, baragouinai-je en me recoiffant.
- De rien… BB-8 m'a trouvée sur son chemin et m'a expliqué que tu avais des soucis. Comment est-ce arrivé ?
- Je méditais et il est entré dans ma tête. Il devait probablement faire la même chose et il pensait tomber sur toi, cependant ce fut moi.
- Il a dû remarquer une faille et votre lien s'est activé. Je suis désolée de t'avoir infligé cette souffrance quand je réunissais ton corps et ton esprit, c'était indélibéré.
- Ce n'était pas très agréable, mais tu n'y es pour rien.
- As-tu eu d'autres connexions avec lui avant aujourd'hui ?
- Quelques fois, mais pas de ce niveau !
- Ce n'est pas très rassurant...
Je ne la contredirais pas sur ce point. Par précaution, valait mieux ne pas détailler ce moment avec Kylo Ren. Je n'assumais pas de me faire berner par un hologramme similaire à mon père.
- Rey ?
- Oui ? demanda-t-elle en levant la tête vers moi.
- Pas un mot sur mon secret et de ce lien à Poe, d'accord ? Inutile de le faire stresser, il a assez de soucis alors, ne lui en rajoutons pas.
- Ce n'est pas mon rôle, Clara. Ne t'en fais pas.
- M'en veux-tu de t'avoir menti ?
- Sur l'instant, je t'ai détesté... mais, honnêtement, crois-tu que je t'aurais soustrait de Kylo Ren ?
Rey savait trancher quand il le fallait malgré la rage qu'elle pouvait ressentir pour d'autres gens.
Avant, je n'aimais pas ce personnage dans le film, elle était dénuée de sensibilité et nombriliste. J'avais faux, elle débordait de compassion. Rey le refoulait et la découvrir dans son élément modifiait positivement mon avis.
- Avant que BB-8 ne m'amène à toi, je m'entretenais avec la Générale à propos de toi. Je la consultais pour connaitre son opinion, car elle savait d'où tu venais.
J'étais surprise d'entendre que l'on parlait de moi derrière mon dos. Une crainte m'envahit.
- Quand est-il ressorti ?
- D'après ses dires, bien que tu appartiennes à un autre univers, tu es une humaine avec un cœur et des sentiments. Je dois te pardonner et, de ton côté, tu ne dois rien révéler sur mon passé ou mon avenir.
- Heureusement que j'en ai, si c'était l'inverse, je serais antipathique. Es-tu prête à le faire si je reste muette ?
Elle acquiesce et son visage s'illumine.
- Je te promets que je me tairais.
- Même si tu t'énerves comme hier dans le Faucon Millénium ?
- Mmmm…, il va falloir que je travaille ce défaut.
- Toi et moi avons du pain sur la planche là-dessus.
Je m'étirais, cette journée me fatiguait. J'étais courbaturée, car mes émotions s'étaient répercutées dans mon dos.
- Dis-moi, Clara…
- Je t'écoute !
- Tant qu'on est dans les confessions, je suppose que tu aimes sincèrement Poe ? Jamais tu ne te serais lancée dans une relation sans avoir au préalable connaissance de ses retombées ?
- Je n'ai pas foncé tête baissée.
- Poe est mon ami, je ne veux pas qu'il en souffre plus tard. J'en déduis que tu vas rentrer chez toi à un moment donné ?
- Oui, mais si j'avais une date butoir ça serait plus facile. Regarde, ça fait plus d'un mois que je suis dans votre monde, je pourrais retourner dans le mien demain comme dans 5 ans, j'aimerais juste profiter.
- C'est là que tu sais ou non si tu dois vivre au jour le jour.
- Dans mon univers, cette façon de pensée est rare. On apprend au fil des années à raisonner ainsi, mais la réalité est toute autre, on nous pousse sans arrêt vers l'avenir. En habitant ici, vous me l'enseignez.
- Vous êtes chanceux et je vous comprends.
- Pour en revenir à Poe, nous commençons seulement à nous découvrir. Je ne peux pas te dire si nous avons de vrais sentiments, néanmoins, je me suis attachée à lui, le feeling est tout de suite passé.
- Pourras-tu m'en apprendre plus sur l'amour ? Je n'y connais pas grand-chose.
- Un jour, tu le sauras quand ça sera le bon moment. Ca se sent à l'intérieur, ces choses-là.
Rey haussa les épaules, dubitative. Dans un premier temps, avant de penser à un homme, elle devait élucider ce mystère qui planait sur son enfance. Et puis, l'amitié était plus importante pour elle.
- Peut-être… mais ce n'est pas dans mes priorités.
- Dis... si ma relation avec Poe évolue, tu ne seras pas jalouse ?
- Poe n'est qu'un ami, le principal, c'est qu'il est heureux.
Maintenant que je pouvais m'épancher sans que l'on me critique par mes choix, je pouvais l'inaugurer.
- Dommage que tout le monde ne se comporte pas comme toi. Jessika a des sentiments pour lui aussi, sait que j'en ai et, du coup, me menace à propos mon secret.
- Attends une minute…
Je soupirai et Rey grimaça, comprenant le souci, elle poussa un cri d'exclamation.
- Je pensais que nous n'étions que 2.
- Juste après ton départ, Jessika m'a rejointe dans le Faucon Millénium. Pendant notre discussion, ma colère est montée d'un cran et les mots sont sortis de ma bouche.
- Décidément, tu collectionnes les ennuis, Clara.
- C'est pour ça que je dois me contrôler. Si Poe le découvre, je suis fichue.
- Je ne serais pas comme, elle, tu peux compte sur moi. C'est idiot d'en arriver là sous prétexte que l'on est jaloux.
- Tu ne peux pas savoir ô combien tu m'ôtes une épine du pied, Rey.
- La Générale m'a confortée dans l'idée que tu n'étais pas malveillante. Elle ne distribue pas sa confiance à n'importe qui, même si moins choix était fait bien avant mon entretien de cet après-midi.
- Ha bon ? A quel moment ?
- A l'enterrement, lorsque tu as poussé Poe à aller la soutenir sur l'estrade et ensuite, quand tu as entrepris de me réconforter. J'ai apprécié le geste.
J'étais apaisée de pouvoir compter sur cette nouvelle alliance. La jeune femme me posa une main sous les yeux.
- Amies ?
A cette proposition, mes lèvres s'élargirent à leur maximum et nous nous les serrâmes.
- Amies ! répondis-je.
Nous passâmes le reste du temps sur la page. Depuis ma venue, je savourais pour la première fois leur coucher de soleil et d'être en compagnie de Rey rendait ce spectacle féérique et plaisant. Bien entendu, cela aurait été mieux avec Poe.
8
C'était l'heure de diner. Nos habits étaient en totalité secs et nous venions de faire la file pour récupérer le menu du jour. Mon Dieu, j'avais une faim de loup.
A l'origine, nous n'étions que deux sur une table de 10 personnes, mais Pamich et Keydel se succédèrent.
- Clara, tu tombes à pic, j'ai une bonne nouvelle pour toi ! S'attela Kaydel, dès qu'elle s'installa.
- Raconte-moi tout, je suis tout ouïe.
- Tu auras un nouveau dortoir pour ce soir. Karé Kun et Suralinda vont prendre le relais, communiqua Kaydel.
- Sérieusement ?
A dire vrai, j'avais zappé ce désagrément, merci, Kaydel, de l'évoquer.
- Pourquoi es-tu obligée de changer de chambre ? Votre amitié est à ce point tendue avec Jessika ? demanda Rey, surprise.
- Si tu les avais aperçus tout à l'heure en train de se chamailler, Jessika n'était pas loin de la tuer, authentifia Kaydel.
- Merci Kaydel, pour tout ce que tu fais.
- C'est triste de vous quereller pour un garçon, il y a plus grave dans la vie, soupira Pamich.
- Je n'ai jamais voulu ça…, tiquai-je. Je m'en serais bien passée.
Sauvée par le gong, l'invasion de la seconde partie de la troupe suspendit notre conversation. L'apparition soudaine de Jessika et Poe ensemble me répugna. La jeune femme s'assit à côté de Pamich et les autres se calquèrent sur elle et les places restantes.
C'était inhabituel de tous nous réunir à la même table. D'une façon ou d'une autre, ça démontrait que peu importe les difficultés que chacun vivait, nous étions soudés. Jadis, nous pleurions la mort de Han Solo, et, là, c'était comme s'il n'y avait rien eu. Etait-ce ça le fameux : "il y a un temps pour être triste et un autre pour s'amuser" de Poe Dameron ?
- Jess, tu étais de corvée de dossiers ? Nota Pamich.
En présence de Jessika, ma bouche devait rester celée tant que Poe était dans les parages. Etait-elle capable de me démolir si je la désobéissais ? Assurément !
- Pas du tout, je les ai croisés quand je me dirigeais vers le réfectoire.
- Tout s'est bien passé, Poe ? continua Pamich.
Pamich remplissait à merveille le rôle de Korr, même si elle ne la remplacera pas. Pamich, future Commandante ? Actuellement, il n'existait aucune information supplémentaire pour ces personnages. Serait-ce l'ascension fulgurante de Pamich dans les mois à venir ?
- On avance doucement, mais sûrement, fit Poe.
- Poe ment comme il respire, nous en avons pour une semaine, si ce n'est plus, se lamenta Temmin. Nous avons besoin d'aide pour les terminer plus vite.
- J'aurais aimé, mais, connaissant Poe, il aurait dit non.
- Je regrette le temps ou il n'était qu'un pilote.
Pendant que Temmin se plaignait pour la énième fois et que Pamich faisait semblant de l'écouter, Poe observa tous ses camarades et son attention s'arrêta sur moi. Je papotais et riais de bon cœur avec Finn, Kaydel et Rey.
L'ancien Stormtrooper blaguait pour détendre l'atmosphère, même si elles n'étaient pas forcément drôles, mais le résultat était là. Il était plus en forme que jamais, ce bougre lui avait manqué le temps qu'il récupère.
Le Commandant l'enviait et s'interrogeait : avait-il choisi la bonne place ? Se retrouver près de Jessika ne l'enchantait guère. Le jalousait-il ? Certainement puisque lui aussi avait la capacité de plaire aux femmes. Un sentiment négatif lui monta jusqu'aux joues quand il vit poser une main sur mon épaule qui était amicale. Le poteau rose fut de constater que je répondais avec enthousiasme à son geste. Il garda son sang-froid et se consacra à nouveau sur son groupe.
Ce repas était tellement convivial que cela se ressentait. Le moral de l'escouade repartait en hausse.
Finn finit par me glisser quelques mots à l'oreille :
- Ce soir, rendez-vous 21 heures à la salle de réunion, Clara ?
- Pourquoi ? L'interrogeai-je immédiatement, surprise.
- La laverie. On m'a dit que tu ne savais pas où elle était.
- Les nouvelles vont vite… 22 heures, c'est mieux. Kaydel doit me montrer quelque chose avant et après je serais disponible.
- Très bien, ça me convient !
Le diner touchant à sa fin pour Kaydel et moi, on s'éclipsa pour partir à la rencontre de mes nouvelles colocataires.
9
Depuis quelques heures, Kaydel veillait sur mon bien-être alors je pouvais me débrouiller seule. Elle semblait s'être portée garante. Je lui étais redevable de tout, sans elle, je logerais ce soir dehors.
Mon nouveau dortoir était un étage plus bas et le chiffre 7 en or y était inscrit. Leur système de numérotation n'était pas plus incompréhensible que dans mon monde. Ici, il était dix fois pire, tu te prenais 50 nombres de plus d'un coup à la porte d'à côté. Au lieu d'avoir une suite logique, tu passais du 27 au 77.
Le couloir, lui, n'était pas différent de l'ancien.
Kaydel frappa pendant que je me cachais timidement derrière elle, les mains chargées de vêtements. Une créature à la peau bleue, aux oreilles pointues et une crête qui ornait sa tête nous ouvrit. Je n'avais encore jamais vu ce personnage dans l'un des films.
- Kaydel, s'exclama l'être anormal.
- Suralinda, affirma-t-elle en s'inclinant légèrement.
- Karé vient, notre nouvelle camarade de chambre est là !
Suralinda agrandit la porte et une humaine aux cheveux blonds se révéla. Kaydel m'incita à être plus avenante.
- Elle est timide, faut l'en excuser, notifia Kaydel.
- Je m'appelle Suralinda Javos, je suis une Squamatan, se présenta la jeune femme bleue.
Suralinda lança une poignée de main à laquelle je répondis maladroitement et je le fis également pour Karé.
- Je suis Karé Kun, enchantée, Clara ! Kaydel nous a exposé ton problème.
- Kaydel…, grognai-je.
- J'étais obligée, se défendit-elle. Vous avez plus de points communs que tu ne le penses.
- Ha oui ? Lesquels ?
- Depuis le début, Jessika ne me fait pas confiance, Poe aussi. Et d'après ce que j'ai compris, même la Générale. Lors de mon arrivée, elle m'a préposée aux tâches ménagères. Estime-toi heureuse d'avoir au moins 2 personnes sur 3 à tes côtés.
- On n'est pas étonné d'entendre que vous vous embrouillez, constata Karé. Cette fille a un caractère de merde.
- Je crois que Clara est son double, c'est pour ça qu'elles se fritent sévères, expliqua Kaydel. Mais je ne me fais pas de bile, ça va s'arranger.
Quelle rapidité d'analyse Kaydel nous faisait part, j'étais estomaquée. Certains auraient mis des années avant de s'apercevoir de la vraie mentalité d'une personne.
- Tu peux rester autant que tu le désires dans notre chambre, nous avons toujours été deux colocataires même avec 4 lits.
- Vous avez l'embarras du choix au moins, c'est cool ça sur le long terme, remarquai-je.
- Clara, tu es entre de bonnes mains, je dormirais tranquille ce soir. Pamich est la seule au courant donc si je ne suis pas disponible, tu peux la solliciter.
- Je vais devoir te payer ma dette.
- On peut toujours compter sur Kaydel, admit Suralinda. Je ne sais pas comment elle fait pour voir le bien en chacun de nous.
- Arrêtez, je vais rougir ! Je vais vous laisser, prenez soin de Clara, d'accord ?
Je culpabilisai vis-à-vis de Kaydel, elle se pliait en quatre pour moi. Par quel moyen pouvais-je lui retourner cette faveur ? J'aurais été chez moi, une invitation à la maison avec un diner fait main ou, alors, un restaurant où un verre payé de ma poche aurait suffi, mais, ici, j'étais fauchée.
Elle nous laissa toutes les trois et je franchis le palier. Par rapport à mon ancien dortoir, seule la couleur de la chambre changeait. Je passais d'un vert foncé à un bleu nuit, les rideaux tirés quant à eux étaient émeraude.
- Installe-toi où tu veux, Clara, s'exclama Karé.
- Je ne sais pas quoi vous dire, répondis-je. J'apprécie vraiment l'effort que vous faites pour m'accueillir.
- Le plus important est que tu te sentes bien et en sécurité, dit Suralinda.
Je pris le lit du bas et regardai l'heure. 21 h 50. Je n'avais plus que 10 minutes avant mon rendez-vous avec Finn et la salle de réunion n'était pas toute proche.
- Je vais à la laverie pour nettoyer mes vêtements. Pensez-vous que demain je pourrais en emprunter dans la garde-robe de la Résistance ?
- Evidemment, ils sont là pour ça, affirma Suralinda. Par compte, ne fais pas trop de bruit en revenant, nous dormirons.
10
A 2 minutes près, j'arrivais en retard. La salle était calme alors qu'il y a quelques heures, elle était blindée et les lumières tamisées. Le bruit des ordinateurs qui résonnaient et le tableau de bord étaient encore branchés et allumés. Je déposai mes affaires sur un bureau et parcourus minutieusement la pièce.
Ce matériel paraissait plus évolué en puissance que le nôtre.
Avec une main, je caressai les boutons qui se trouvaient sur son passage et m'aventurai jusqu'au tableau de bord. Il n'y avait rien dessus, juste un quadrillage virtuel.
Mon inspection s'acheva par l'apparition de la silhouette imposante de Poe à l'opposé. La lumière de l'écran éclairait son visage. Nous restâmes un moment à nous regarder sans rien dire.
- Tu fais ta ronde ? Amorçai-je en première.
- Non ! Je pensais voir Finn, il m'avait donné rendez-vous à 22 hures ici. Et toi ?
Mon étonnement montrait que quelque chose clochait dans cette histoire.
- Même proposition.
- Le petit chenapan, il nous a piégés, rétorqua Poe, mécontent. Qu'elle était ton le programme ?
- M'amener à cette laverie légendaire…
Il réfléchit pendant quelques secondes.
- Alors, il m'a devancé, car mes rapports prenaient plus de temps que prévu. C'était à moi de t'accompagner là-bas.
- Voyons-le comme un cadeau. Si tu veux mon avis, il l'a fait exprès afin de nous offrir cette occasion. Tu lui dois une dette, mon pauvre.
- De ce point de vue c'est clair et net.
Pour une fois, je n'étais pas la seule à devoir à quelqu'un.
11
Après avoir contrôlé les alentours, il referma la porte derrière lui. Je me retournai vers lui en l'entendant claquer.
- Pourquoi la fermes-tu ?
- Pour être plus tranquille !
J'avais le sentiment que ce que nous faisions était mal, nous cacher aux yeux d'une fille à cause de sa jalousie nous faisait passer pour des amants. Jessika n'était pas mon père, ni ma mère et encore moins ma sœur.
Qui était-elle pour nous imposer son jugement ?
- Normalement, personne ne sait que nous sommes là s'il a élaboré son plan correctement.
- D'ailleurs, comment se fait-il que Finn soit au courant ?
- Par lui-même. Il m'en a parlé tout à l'heure lorsqu'il nous a retrouvés à la sortie du bureau. Pour la laverie, c'est de ma faute, j'ai omis le désir que je voulais t'y amener.
- Tu n'as pas peur que certaines caftent le morceau à Jessika ?
- Bien sûr, mais j'ai confiance en eux, ils sauront parfaitement nous couvrir.
Je jetai mes vêtements dans la machine et cherchai les produits.
- Ca ne me plait pas de nous planquer tout ça parce que cette fille le prend mal.
- Je te rassure, je n'aime pas non plus. Patientons encore un peu, le temps que sa colère se dissipe. Il est préférable d'y aller en douceur.
- Tu connais mieux que moi. Penses-tu qu'elle finira par se détendre ?
Il ne disposait pas de réponse. Remarquant que je prospectai dans les placards, l'esprit rapide, il comprit ce que je recherchais. Quelques secondes plus tard, sous mes yeux débarqua une bouteille en plastique remplie de liquide.
Je virevoltai en matant son long bras avec des veines qui ressortaient et mon regard atterrit sur ses pupilles brillantes. Je n'envisageais pas son corps si près du mien. Il raviva immédiatement cette effervescence en moi.
Reste concentrée, Clara… con-cen-trée !
Je le chassai et esquivai sa tentative en me baissant pour lui voler le produit puis je me plaçai en face de l'appareil électronique.
Ouf, elle n'a pas l'air si compliquée. Je commençai à mettre le liquide dans un des bacs et je sentis mes cheveux se soulever et des lèvres chaudes se posèrent sur ma nuque. Mon cœur s'ébranla et mes doigts se crispèrent contre le bord de la machine et la poignée de l'emballage.
- Tu devrais plus souvent porter des robes, Clara, me susurra-t-il de sa voix suave à l'oreille.
Je ricanai nerveusement à sa remarque. Sa seconde main se nicha sur mon genou et remonta lentement vers le milieu de ma cuisse.
Ce matin, je le rendais fou et, présentement, les rôles s'inversaient.
- On pourrait nous surprendre, Poe…
- Ce n'est pas grave, cela sera plus excitant !
- Mais je…
Pendant que je me réappropriai le peu d'esprits qui demeurait en moi, je fermai le capot de la machine et l'enclenchai.
La main du pilote se dissimula sous ma robe et je la retirai illico et fis volte-face. Un sourire espiègle se dessinait sur sa bouche.
- Waouh, waouh, waouh… Que faites-vous, monsieur ?
- J'explore ce qui m'appartient !
- Parce que je suis à toi ?
- Oui, alors ne laisse personne te toucher et t'embrasser. Pas même Finn !
Je captais son sous-entendu.
- Serais-tu jaloux de lui par hasard ?
- Moi ? Pas du tout..., ironisa-t-il.
Il me souleva de toutes ses forces pour m'asseoir sur le capot de la machine. Sa tête posée contre mon ventre, une de mes mains caressait ses cheveux.
1 h ne suffisait pas. Un jour, je rattraperais ce temps perdu.
Quand il ne jouait pas, il était d'une douceur inégalable et je jubilai de plaisir tellement c'était agréable.
Dans mes anciennes rencontres amoureuses, la partie câlin était primordiale, sans cette affection, je ne reconduisais la plupart du temps pas la relation. Je n'ai pas eu beaucoup de petits amis, car mes critères étaient élevés et sévères. Je préférais être seule que mal accompagnée.
- Parle-moi de toi, Clara…
- De moi ?
En général, je n'étais pas très à l'aise quand il s'agissait de faire ça. Que pouvais-je bien lui raconter ?
- Je connais que peu de choses sur toi. Quand j'essaie, tu fuis. Tu ne m'as jamais expliqué pourquoi ce pendentif est important. Jusque-là, j'ai fait mon mea-culpa, car tu en souffrais dès qu'on prononçait ces mots. Rappelle-toi cette nuit où tu avais cauchemardé sur ton père et de la fois où tu m'avais parlé de ton tatouage en forme de rose qui avait un lien avec ta tante sur Jakku.
C'est vrai, je ne m'étais pas réellement dévoilée. Poe était d'une patiente admirable. Me donner autant, je ne le méritais pas, sa confiance en moi fut imminente.
- Il comptait énormément, commençai-je la voix tremblante. Poe se redressa pour écouter mon histoire. Il y a quelques années de cela, il est mort d'une maladie grave. Les infirmiers n'ont rien pu faire pour le sauver, son stade était trop avancé. Dans ses derniers instants, avant qu'il ne ferme les yeux, il m'a offert ce pendentif.
Je soufflai, délaissant cet air supérieur que j'aimais prendre pour l'agacer. Je baissai la tête, la mine déconfite.
- J'ai mal vécu sa mort. Les mois d'après furent un enchainement de destruction mentale et physique. Je n'ai pas toujours été celle que je suis aujourd'hui, je ne veux plus être cette fille, Poe.
Il releva son menton et planta ses yeux dans les siens.
- Aucun de nous n'était clean avant de rejoindre la Résistance, je n'étais pas parfaite, non plus, au départ. On a tous bataillé et subit des échecs pour devenir ce que nous sommes. L'ancienne Clara est révolue.
- Mais ce Chevalier de Ren a percé cette faille, je suis terrifiée à l'idée qu'il déterre au plus profond de mes entrailles et en tire profit.
- Tu es bien plus solide qu'avant et tu as du soutien maintenant. C'est à cela que servent les amis, non ?
- Si ce jour arrive, promets-moi que tu ne m'abandonneras pas ?
- Je ne te lâcherais pas, ne t'inquiète pas pour ça.
Je peinai à le croire. Je ne lui avais pas tout dit, mais ces éléments suffisaient.
Dans cet univers, j'accentuai ma nouvelle personnalité et m'amusai à jouer un rôle, mais ma vie antérieure était bien plus chaotique.
Mon hypersensibilité était développée, je me vexais facilement et le combo avec ma dépendance à l'alcool rendait ma relation avec ma tante tendue.
Ma rébellion ressemblait à des crises d'adolescentes prépubères et se décuplait. Elle dut appeler les policiers plusieurs fois parce que je fuguais. Ce n'était pas dans le but de lui faire peur, c'était ma façon de libérer mon esprit de toutes ces addictions et de cette ambiance sinistre. Ma chambre n'était plus un lieu chaleureux, mais une prison froide.
Je ne comprenais pas pourquoi la mort le choisissait, lui, et pas quelqu'un d'autre, il avait tout le temps de vivre. Aurait-ce été plus acceptable s'il avait eu un accident de voiture ou juste prit par la vieillesse. Cette maladie était un véritable fléau.
Depuis ce jour, je ne voulais plus perdre mes proches et j'ai réalisé que la vie ne tenait qu'à un fil, que personne n'était éternel, ce fut un tel choc dans ma tête.
Mon silence montrait que je me déconnectais et me plongeais dans des flashbacks. Ceux dont Kylo Ren n'avait pas consulté.
Poe claqua des doigts pour me faire revenir sur Terre.
- Allô, ici D'Qar, Clara est demandée !
- Désolée, je me suis emportée dans une vague de souvenirs.
- Je vois ça. Tes yeux étaient ouverts, mais ton esprit était dans une contrée lointaine.
La minuterie nous rappela que le temps s'était écoulé. Poe s'écarta et j'installai mes habits mouillés dans le sèche-linge. C'était reparti pour attendre. 2 heures pour cette maudite lessive, mes nouvelles colocataires allaient me détester, si je les réveillais. Revenir au dortoir à minuit, ce n'était pas normal.
- Et tes parents, d'où viennent-ils ? Quel travail font-ils ?
- Mes parents ?
- Etaient-ils des contrebandiers ? Des passeurs ?
- Ils étaient vendeurs de pièces détachées sur Tattoine.
A l'heure actuelle, ce fut le plus gros bobard que je sortis de ma bouche. Mes connaissances étaient limitées dans les métiers en provenance de ce film, à part ceux que j'avais retenus. Je n'étais pas incollable non plus, s'il avait le malheur de m'interroger sur un matériel précis, j'en serais incapable.
- Jakku aurait dû être un jeu d'enfant si tu as passé des années sur Tattoine. Comment se fait-il que le désert t'affaiblît ?
Vite, Clara, trouve une entourloupe sinon c'est terminé pour toi !
- C'est simple… Je restais la plupart de mon temps chez moi à l'ombre et dès que je sortais dehors, mes parents me protégeaient la moitié de la tête jusqu'à la taille pour éviter les insolations. Ce n'est pas parce que tu habites dans un lieu ultra ensoleillé que ton corps s'habitue.
Je devrais peut-être me reconvertir en experte des mensonges, plus tard ?
- Ce n'est pas faux. J'imagine que tu dois aimer ce climat plus tropical et frais.
Me découvrir plus équilibrée et calme l'enchantait grandement, il avait bien fait d'insister, ses efforts payaient.
Pour me récompenser, le jeune homme me câlina et me caressa la joue. Il remarqua que mes yeux respiraient de nouveau la joie de vivre, remettant ses pensées à leur place.
Nous passâmes cette dernière heure à nous embrasser, nous arrêtant et reprenant dès que nous entendions un bruit suspect.
12
Dans l'ascenseur, Poe appuya sur nos numéros cependant, j'en ajoutai un troisième.
- Tu ne vas pas à te coucher ?
- Je dois d'abord me rendre à cet étage. Si tu le croises, pourras-tu le remercier de nous avoir accordé ce moment ?
- Je lui dirais sans faute.
Il laissa un léger silence avant de répondre :
- Pourquoi ne viens-tu pas dormir dans notre chambre comme Temmin et Asty connaissent la situation.
- Je ne veux pas prendre de risques et donner d'autres occasions à Jessika de me fliquer au réveil.
- Elle n'en saura rien pour ce soir, elle doit se reposer à l'heure qu'il est…
- Allons-y doucement, Poe…
Sur la pointe des pieds, je l'embrassai sur la bouche avant de quitter l'ascenseur et de lui envoyer un dernier baiser volant avec la main.
En entrant dans ma chambre, je vis les filles en train de dormir profondément. Je marchai discrètement et remarquai des vêtements sur son lit. Un pyjama tout neuf, quelle délicate attention. Kaydel avait probablement dû leur dire que je manquais de rechange et leur en suggéra l'idée en mon absence.
xxx
Hi à tous. Nouveau chapitre.
Non, je n'ai pas oublié de vous poster le chapitre suivant. C'est juste que je n'ai plus de bêta et les derniers sont longs donc je prends du temps à corriger. J'espère donc qu'il n'y aura pas trop de fautes ni de phrases mal écrites.
D'ailleurs, si une bêta lit ma fic et veut bien m'aider je suis toute ouïe.
Mais je vais finir cette histoire, ne vous inquiétez pas.
C'est encore un long chapitre. J'espère que vous l'avez aimé.
Ou sinon, qu'est-ce que vous n'avez pas aimé ?
Qu'avez-vous pensé du passage entre Rey et Clara ? Ou encore celui où elle rencontre ses nouvelles colocataires ?
J'essaie de reprendre plus humain les personnages et de rester cohérente même si j'ai pris plus de liberté sur les prochains chapitres.
Le chapitre 22 sera dispo le mois prochain. Je pensais pouvoir en faire un tous les 15 jours mais sans bêta c'est impossible surtout s'ils sont longs comme ça.
Bon courage à tous ceux qui reprennent le boulot. Portez-vous bien.
Judy Oswald.
