Raël et Riley atterrirent devant une immense grille en fer forgé, rongée par la rouille et couverte de lierre. Au loin, la silhouette d'une grande bâtisse se dessinait dans la brume. L'endroit était plongé dans le silence.
Raël n'aurait pas su dire si ce silence était apaisant ou au contraire, annonciateur du calme avant la tempête.
Raël et Riley échangèrent un regard. Ils devaient faire le moins de bruit possible, sinon ils seraient immédiatement repérés.
Les deux Aurors escaladèrent le mur de pierre sans difficulté et se dirigèrent vers la maison en restant sous le couvert des arbres qui longeaient la grande allée principale. Ils contournèrent le bâtiment à la recherche d'un point d'entrée. Le manoir semblait inhabité depuis des années. Le porche s'effondrait à moitié, les ronces grimpaient le long des murs et les fenêtres étaient couvertes d'une épaisse couche de poussière.
Raël priait pour ne s'être pas trompé. Il repéra une longue fenêtre au pied du mur à l'arrière du bâtiment. Elle devait sûrement conduire à la cave. Elle était protégée par une grille en métal rouillée qui céda sans effort quand ils tirèrent dessus.
Raël fit un signe de tête à son coéquipier et les deux hommes se glissèrent l'un après l'autre dans l'ouverture. Ils touchèrent le sol sans faire un bruit, comme on leur avait appris à l'entraînement. Ils inspectèrent la cave dans laquelle ils étaient entrés.
Raël s'avança au milieu de la pièce. Celle-ci n'avait pas été visitée depuis des années, semblait-il. La poussière et les toiles d'araignées recouvraient divers meubles et bibelots entassés un peu partout. Il y avait quelques vieux tableaux abîmés adossés à un mur, des petites statuettes, des armoires, des chaises empilées,.. L'endroit devait sûrement servir de débarras. La petite cave sentait le renfermé et était faiblement éclairée par l'ouverture par laquelle ils étaient entrés. Il fit courir son index le long d'un vase, laissant une empreinte de doigt nette.
Raël sentit soudain des mains l'attraper par la taille pour le retourner et le coller contre un torse dur. Tout d'abord surpris, il fut très vite happé par le regard sombre de Riley. L'intensité des sentiments qu'il y déchiffra lui coupa le souffle. Riley continua à l'observer pendant un long moment sans rien dire, leurs lèvres à quelques centimètres seulement.
« Je t'aime. » murmura Riley dans le silence. C'était la première fois qu'il avouait ses sentiments pour Raël aussi clairement. Son ton était presque urgent, comme s'il avait peur que Raël ne comprenne pas la force de ses sentiments. Raël sentit un élan de possessivité monter en lui. Il posa ses mains sur le visage de Riley et l'attira dans un baiser passionné. Il murmura ensuite à son oreille : « Je t'aime aussi. »
Riley le repoussa pour mieux voir son visage, puis lui fit un sourire étincelant avant de l'embrasser à nouveau.
« On devrait avancer. On a peut-être pas beaucoup de temps » lui rappela Raël.
Riley hocha la tête, toujours l'air béat, et se dirigea vers un escalier qui menait à l'étage supérieur. Ils débouchèrent au bout d'un petit couloir sombre et froid.
« Lumos. » souffla Riley.
Sa baguette éclaira des murs recouverts d'un papier peint jaunis, qui avait un jour dû être blanc. Le sol était carrelé et curieusement celui-ci semblait propre nota-t-il. Raël avança prudemment, Riley couvrait leurs arrières.
Il s'approcha d'une première porte. Il tendit l'oreille, mais ne perçut aucun son. Il fit signe à Riley de le couvrir et ouvrit brusquement la porte. Il découvrit un petit bureau dont les épais rideaux étaient fermés. Aucune trace de Canmore.
Ils progressèrent en silence à travers les pièces de la maison, ouvrant chaque porte les unes après les autres. Tout était poussiéreux. Les rares tableaux étaient vides. La demeure était déserte et silencieuse.
Ils s'étaient trompés, Canmore n'était pas ici et il n'était sûrement pas venu depuis très longtemps. Pourtant, Riley semblait de plus en plus nerveux. Il ne pouvait pas s'empêcher de lancer des coups d'œil de tous les côtés comme s'il s'attendait à ce qu'on se jette sur lui. Après avoir inspecté le rez-de-chaussée sans rien trouver d'intéressant, ils empruntèrent le grand escalier dans le hall.
Le premier étage était encore plus sombre. L'atmosphère était radicalement différente de celle de l'étage inférieur. Raël sentait la magie noire dans l'air lui donner la chair de poule. Probablement un sort puissant et toujours actif. Riley avait dû le sentir aussi. Raël lui fit signe de se tenir prêt en cas d'attaque et continua à avancer.
Riley lui attrapa le bras au bout de quelques instants et lui montra du doigt une porte au bout d'un couloir latéral d'où un rai de lumière s'échappait. Raël lui fit signe d'avancer dans cette direction d'un geste de l'index et du majeur.
Il tendit l'oreille, à l'écoute du moindre bruit derrière la porte, mais il n'entendit aucun son. Il échangea un regard avec Riley. Il fit un décompte sur ses doigts puis tout deux s'engouffrèrent dans la pièce d'un seul mouvement.
Ils se retrouvèrent aussitôt sous le joug d'une quinzaine de baguettes.
Les hommes et les femmes qui les encerclaient portaient des protections de combat. Ils étaient prêts à se battre.
Ils n'étaient pas de taille contre un groupe aussi nombreux. Ils devaient battre en retraite sinon ils perdraient. Raël jeta un coup d'œil circulaire à la pièce et évalua très vite leurs options.
Il porta sa main à sa cuisse droite où se trouvait son portoloin d'urgence, prêt à s'enfuir pour se sortir de ce mauvais pas. Mais la poche de son pantalon était vide. Un sentiement de terreur le prit à la gorge. Comment avait-il pu oublié de son portoloin ? Riley, toujours derrière lui, dû se rendre compte de son erreur, car il ne l'entendit pas non plus activer son portoloin, ne voulant pas abandonner Raël.
Raël leva lentement les mains et lâcha sa baguette en signe de reddition. Il entendit Riley suivre son exemple derrière lui. Il n'osa pas quitter ses adversaires des yeux pour regarder son partenaire juste derrière lui.
Ils se trouvaient dans une grande salle à manger tout en longueur et dépouillée de meubles. De vieilles armures médiévales étaient alignées le long des murs. Au fond de la pièce, se trouvait une imposante cheminée dont le feu éclairait la pièce d'une lumière douce.
Un homme que Raël n'avait pas encore repéré sortit de l'ombre de la cheminée et s'avança vers eux d'un pas tranquille. Même sans voir son visage, il savait de qui il s'agissait rien qu'à sa silhouette.
« Raël ! Enfin ! » le salua Prospero Canmore d'un ton enjoué, comme s'il accueillait une vieille connaissance.
Raël se tendit et se plaça lentement entre Riley et Prospero. La peur l'étouffait. « Riley va t'en. » souffla Raël. Mais Riley ne bougea pas.
« Riley ! Ton portoloin ! » Raël siffla un peu plus fort. Tant pis si on l'entendait, Riley devait se reprendre et sortir de son état léthargique. Personne ne savait où ils se trouvaient, c'était leur seule chance d'aller chercher de l'aide.
Prospero se rapprochait : « Tu en as mis du temps, mais je t'ai attendu, tu vois ! Je ne voulais pas partir sans te dire au revoir. »
Paniqué, Raël s'écria : « Riley ! » Et se retourna, contre tous ses instincts qui lui disait de ne pas lâcher Canmore des yeux, pour secouer Riley avant qu'il ne soit trop tard.
Il se figea.
Riley n'était pas paralysé par la peur comme il le pensait. Sa posture était relâchée, ses mains le long de son corps, tenant sa baguette. Il le regardait d'un air calme avec une expression indéchiffrable.
« Riley ? » l'appela à nouveau Raël, d'une voix qu'il aurait voulu moins hésitante.
Prospero gloussa : « Merci pour votre aide Monsieur Wesson. Je n'aurai pas eu le temps de faire mes adieux à Raël sans vous. »
Riley se contenta de hocher la tête en direction de Canmore.
Raël se tourna à nouveau vers Prospero, coi. « Oh, ne prends pas cet air Raël ! Je t'avais bien dit que j'étais le seul à sincèrement me préoccuper de toi. Je ne t'aurais jamais laissé sans protection. Monsieur Wesson a parfaitement rempli sa mission. »
Raël ne parvenait pas à assimiler ce qui était en train de se passer. Oh, il comprenait parfaitement ce qu'il se passait ! Mais comment était-ce possible ? Son partenaire, son meilleur ami, son amant l'avait trahi. Il avait encouragé les sentiments que Raël lui portait pour mieux le tromper.
Ce fils de pute.
« Fouillez-le et passez lui les menottes anti-magie. Je ne voudrais pas qu'il fasse de bêtises. » ordonna Prospero. L'un des sorciers qui les entourait s'exécuta rapidement.
« Non, ce n'est- » commença Raël. Il ne put rien faire pour empêcher les menottes de se refermer sur ses poignets. Il sentit immédiatement sa magie se sceller.
« Raël » le gronda Prospero comme à un enfant qui n'écoute pas. Prospero posa ses mains sur ses joues pour le forcer à le regarder lui. « Pourquoi es-tu toujours si difficile ? Monsieur Wesson va te raconter lui-même notre petit arrangement. Tu le croiras peut-être lui. »
Il y eut un silence. Raël ne pouvait pas croire ce qui était en train d'arriver.
« C'est vrai. J'étais chargé de te protéger. » finit par admettre Riley avec réticence.
« Allons Monsieur Wesson ! Ne soyez pas avare de détails, notre ami a besoin de savoir. Reprenez tout depuis le début. » ordonna Prospero à Riley.
Après un moment, Riley poursuivit d'un ton sans émotion : « Je suis entré chez les Aurors pour aider ma famille. Ce n'était pas une vocation, contrairement à toi. Mon salaire nous permettait de joindre les deux bouts, mais ça ne suffisait pas toujours. Quand on était encore à l'entraînement, un type est venu me voir un jour pour me faire une proposition. Je devais devenir ton partenaire et garder un œil sur tout ce que tu faisais. En échange j'étais payé tous les mois. J'ai accepté, le job n'était pas difficile et je ne te connaissais pas. Je ne t'aurai jamais fait de mal Raël, je devais juste te protéger. »
Raël n'en croyait pas ses oreilles. « Donc depuis le début... Depuis le jour où on s'est rencontré, tu m'as menti ? »
Raël sentit son cœur se déchirer. Riley ne répondit rien, le visage impénétrable.
Comment avait-il pu être aussi aveugle ? Il s'en voulait de ne pas avoir vu que l'intérêt de Riley n'était pas sincère. Toutes ces années, à jouer son ami alors qu'il n'était là que pour l'argent. Raël sentait un mélange de colère, d'humiliation et de désespoir l'étouffer.
Raël fit un pas en direction de Riley. Il avait peur de demander : « Et... et nous ? Tout ça ? C'était du vent ? On t'a payé pour ça aussi ? » La voix de Raël tremblait sous la colère. Riley détourna les yeux.
Raël ne pouvait pas le croire. La trahison de Riley était comme un coup de poignard. Naïf, il avait cru à l'affection que Riley lui montrait. Riley avait juste profité de lui pour passer du bon temps.
Prospero lui saisit les bras pour attirer son attention et l'éloigner de Riley. Ne sachant plus quoi faire, Raël se laissa aller. « Tu vois ? Je t'avais dit que sans moi, tu marchais seul. J'ai toujours été là pour toi Raël et je n'ai jamais rien attendu en retour. Nous aurions pu tout avoir ensemble. J'aurais pu te donner tellement plus. »
Raël ne bougeait plus, contenant sa rage. Ce n'était pas le moment de perdre la tête. Prospero soupira : « Hélas ! Tu n'en as fait qu'à ta tête et tu ne m'as pas écouté. » Prospero écarta une mèche du visage de Raël, presque avec tendresse.
« Tu m'as causé de sérieux problème, tu sais... » Il s'adressait à présent à Raël comme s'ils n'y avaient plus qu'eux dans la pièce. « J'ai presque tout perdu ici et pourtant, je suis incapable de t'en vouloir. J'ai essayé, mais je n'y arrive pas. Je suis fier de ce que tu as accompli en vérité. Je ne me suis pas trompé sur toi. Toi et moi, nous sommes pareils, nous allons jusqu'au bout et nous ne cédons pas. Je regrette simplement que tu ne voies pas les choses à ma façon, mais je suppose que c'est ce qui fait ton charme. »
« Laisse moi partir. » demanda Raël d'un ton doux. Il se fichait éperdument des délires de Prospero, mais s'il pouvait utiliser l'étrange obsession que l'homme nourrissait pour lui à son avantage, alors il ne se priverait pas.
Les yeux sombres de Prospero plongèrent dans les siens. Prospero lui caressa la joue et Raël pressa son visage contre la main de l'homme.
« Ça me fend le cœur de ne pas pouvoir t'emmener avec moi. » Raël fut un moment soulagé, mais Prospero poursuivit : « Mais je ne peux pas non plus te laisser. Ma faiblesse pour toi a failli me perdre. »
Raël sentit une peur sourde monter en lui. Prospero allait le tuer. Il devait trouver un moyen de s'enfuir et vite.
« Je tenais à te faire mes adieux avant de quitter l'Angleterre. Je ne pouvais pas laisser quelqu'un d'autre... » Prospero hésita sur la formulation « faire ce qui doit être fait. »
L'homme sortit une longue baguette en ébène de sa manche. Ses yeux brillaient comme jamais, traversés d'une multitude d'émotions contradictoires : « Quel gâchis... » souffla Prospero à voix basse.
Raël cherchait une échappatoire autour de lui. Il se tourna vers Riley qui semblait tendu à l'extrême, mais qui ne fit aucun geste pour lui venir en aide. Sans sa magie, il ne pouvait pas se battre.
Raël regarda à nouveau Prospero et supplia : « Non ! Attends, ne- »
Mais Prospero avait déjà commencé à prononcer la terrible sentence : « Avada K- »
Une énorme explosion se fit entendre et des gravats volèrent partout dans la pièce. Raël fut projeté au sol. Il vit ensuite tout un bataillon d'Aurors envahir la pièce dans un grand vacarme. Les sorts commencèrent à fuser entre les deux camps.
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Ne m'en voulais pas pour cette fin de chapitre ! La suite arrive bientôt ;)
