CHAPITRE XV

Lena avalait les kilomètres au volant de son Aston Martin, ses larges lunettes de soleil sur le nez. Le temps était magnifique, l'autoroute s'était vidée à mesure qu'elle s'éloignait de National city. Elle vit son téléphone vibrer. Elle lut le message, lancée à 140 km/h. « Où est-ce que tu vas, Lena ? » Alex. Ses maudits satellites de géolocalisation. Elle ne répondit pas. Alex savait probablement déjà. Elle monta le volume plus fort encore. Une version étendue de Time, des Pachanga Boys. Elle appuya sur l'accélérateur pour atteindre sans peine les 200 km/h. Certes, elle ne pouvait pas se déplacer à la vitesse de la lumière. Mais elle pouvait s'en rapprocher.

Elle venait de passer une semaine étrange. Tout le monde s'était félicité de la revoir, lui avait demandé comment s'était passé ses travaux, sans qu'elle n'y croit vraiment. Sauf peut être Jess, son assistante, qui lui avait adressé un long regard, en la voyant arriver au bureau. « Miss Danvers n'est pas venue depuis un moment. À Catco, on dit qu'elle est partie enquêter sur la disparition de Supergirl », avait-elle dit en réarrangeant un bouquet de fleurs dans son bureau, après lui avoir laissé une montagne de documents à parapher.

Lex s'était désintéressé d'elle et de ses recherches à la minute où elle lui en avait parlé. Les prototypes d'objets qu'elle avait créé dans son laboratoire clandestin ne l'avait pas plus excité. En vérité, il semblait se désintéresser de la ville toute entière, maintenant que Supergirl n'était plus là. Son esprit se portait de plus en plus vers Metropolis. C'était là qu'était son vrai défi.

Lena avait enchaîné les journées à rallonge au bureau, les galas de bienfaisance. Le soir, elle s'endormait sur le divan de son bureau, les écouteurs de l'Ipod dans les oreilles, emmitouflée dans l'affreux plaid, un verre de scotch à portée de main sur la table basse. Chaque enregistrement se finissait par ces mots. « Nous sommes liées ». Ce fut le troisième jour qu'elle sut où elle devait aller.

Mais elle n'avait pris la route que le vendredi après-midi. Elle était partie avec le sentiment confus qu'elle ne manquerait pas à grand monde en ville, mais que ses obligations professionnelles sauraient se rappeler à elle. Il lui avait fallu se préparer mentalement, du moins essayer, à ce qui l'attendrait. Elle savait qu'elle allait droit vers une acmé, sans pouvoir contrôler quoique ce soit de ce qu'il allait advenir.

Dans sa tête, elle avait préparé son discours un million de fois. Des arguments, des contre-arguments, tout un inventaire rationnel qui valserait à la seconde où Kara ouvrirait la bouche. Elle le sentait. Son masque de réflexion et de dureté ne tiendrait pas longtemps face à ses grands yeux bleus. Mais elle fonçait malgré tout. Il fallait en finir.


La maison de la famille Danvers était perdue au milieu de la forêt, à quelques kilomètres de Midvale. Il n'y avait pas moyen de trouver l'endroit, si ce n'était pas exactement là où on voulait aller. C'était tout à fait ce que Lena s'était imaginé. La petite maison respirait quelque chose de... serein et bienveillant qu'elle n'arrivait pas à expliquer. Elle arrêta sa voiture à côté d'un vieux pick-up poussiéreux. La maison était petite, mais semblait animée. Le jardin vivait sa propre vie, plantes et pelouse paressaient au soleil. Elle voyait tout à fait Kara et Alex faire les quatre cent coups, enfants, jusqu'à en perdre la notion du temps et finir par rentrer au crépuscule.

Sous le porche, une femme était assise dans un rocking-chair. Elle se leva, un livre de physique quantique à la main. Lena remarqua la carabine posée à portée de main contre le mur. Contre toute attente, la blonde lui souriait. Lena ôta ses lunettes de soleil tout en s'avançant, jusqu'aux pieds de marches.

- Bonjour, je suis...

- Lena Luthor. Sois la bienvenue chez nous, fit-elle en descendant, pour venir l'enlacer. Lena fut surprise de cette étreinte aussi franche et naturelle. « Alex », ajouta-t-elle en observant Lena. « Elle m'a envoyé un message il y a quelques heures, pour me prévenir qu'on allait peut-être avoir de la visite. Ça m'a laissé le temps de préparer une chambre, et d'aller faire quelques courses en ville ».

- Madame Danvers, ce n'était pas la peine de se donner autant de mal, je ne vais pas rester longtemps. Ou je pourrais prendre une chambre en ville...

- Eliza. Appelle-moi Eliza s'il te plaît. C'est hors de question, on voit que tu n'as jamais mis les pieds dans ce bouge au centre-ville ! Non, non, tu vas rester à la maison ce soir. Avec toute la route que tu as fait... Mais je crois que tu n'es pas venue discuter matière noire avec moi.

Lena hocha la tête, en rougissant.

- Elle est au bord du lac. Elle y passe tout son temps depuis un mois. De temps en temps, elle revient à la maison. C'est par là, lui indiqua Eliza, en pointant du doigt un chemin à peine défriché qui s'enfonçait dans les bois.

La brune la remercia d'un murmure avant de partir dans la forêt. Eliza Danvers s'assit sur les marches, son livre posé sur ses genoux. « Elle est là, Kara. Elle est venue », pensa-t-elle, avec un sourire appréciateur avant de se replonger dans ses équations.


Même si elle n'était pas équipée pour faire de la marche, Lena atteignit le bord du lac en moins de cinq minutes. Elle déboutonna la veste de son tailleur sombre, puis l'ôta. Sa chemise et les pans de son pantalon flottaient sous la brise qui se levait. Une averse approchait. La vue était splendide. Il n'y avait rien d'autre à perte de vue que l'étendue d'eau et les arbres. Ça et le silence. Comparé aux bruits de la ville auxquels elle était habituée, l'ambiance au bord de l'eau était feutrée. Paisible.

Elle n'eut pas à chercher. À quelques mètres, une tente était plantée au bord du lac. Une table et une chaise pliante étaient disposées dans l'entrée, à côté des restes d'un feu de bois. Au bord de l'eau, une silhouette blonde était allongée sur les coudes, à côté d'une canne à pêche.

« Lena », fit Kara sans se retourner, les yeux fixés sur sa ligne. « Kara... » souffla la brune, immobile. Kara ferma les yeux quelques secondes, pour rassembler ce qui lui restait de courage. Lorsqu'elle les rouvrit, elle se leva pour lui faire face. Lena Luthor était venue. Elle était comme elle l'avait quittée, avec quelque chose de changé dans le fond du regard. La brune déglutit péniblement.

- Kara... Je suis venue parce qu'il faut qu'on parle. En fait, non, je dois te parler. Je te dois... Une explication.

Elle aurait voulu dire des excuses, mais le mot n'avait pas réussi à sortir. Elle plongea ses yeux verts dans ses yeux bleus.

- Tu avais raison. Je voulais disparaître. Faire disparaître toute cette rage que je ressentais. Le problème, c'est toi. Je t'ai haï parce que tu m'as cachée ton identité. Je t'ai haï parce que je pensais que tu me le dirais, parce... Parce que je t'ai fait confiance. J'ai fait cette erreur, je me suis attachée à toi ! Je me suis ouverte et tu m'as trahi, comme tous les autres. Je me suis détestée pour avoir été aussi faible, aussi... Stupide. On se fait toujours, toujours avoir par ses émotions, je devrais pourtant le savoir !

La brune faisait les cent pas, n'arrivait pas rester en place. Chacune de ses phrases étaient accentuées de gestes inconscients. Elle aurait aimer se contrôler, rester froide, raisonnée, mais c'était plus fort qu'elle.

- Le pire, c'est que ça me rendait folle, de te détester ! Parce que... Je ne peux pas te détester vraiment. Je n'arrive pas à rester en colère contre toi. Tu me regardes avec tes grands yeux et ce n'est juste plus possible, parce que je...

Lena s'était courbée en deux, les mains sur les cuisses. Les mots qu'elle voulait dire restaient coincés. « Ah, c'est pas possible », s'énerva-t-elle. Il se mit à pleuvoir. Pas une petite pluie fine, agréable. C'était de grosses gouttes, serrées, qui s'écrasaient en tâches sombres sur son chemisier. « Ah, et maintenant il pleut ! C'est la meilleure ! », s'emporta-t-elle en se relevant avec un sourire ironique. D'un coup de tête, elle renvoya en arrière ses cheveux qui lui tombaient sur les yeux. Altière, elle regardait Kara droit dans les yeux. La blonde lui faisait face. Elle s'était rapprochée, sans rien dire, sans paraître ressentir la pluie qui plaquait sa chemise contre son torse. Son visage paraissait traversée d'émotions contradictoires.

- Eh bien dis quelque chose, Kara ! Bon sang, dis quelque chose ! N'importe quoi !

Kara soupira. Baissa les yeux. Les braqua de nouveau sur ceux de Lena. Pour seule réponse, une seconde plus tard, ses lèvres s'écrasaient sur celles de Lena. Elle l'enlaçait pour ne plus la laisser partir, les mains sur ses hanches, empoignant son tailleur pantalon. Surprise, Lena le fut pendant une fraction de seconde. Puis elle n'hésita pas. Elle l'embrassa en retour. Accrocha ses mains derrière sa nuque. Fiévreusement, elles s'embrassèrent de longues minutes. Lorsqu'elles rompirent le baiser, le souffle court, Lena posa son front contre celui de Kara. La pluie semblait s'évaporer autour d'elle. C'était sans doute le cas.

Sans un mot, Kara souleva Lena de terre. Celle-ci accrocha ses jambes autour de sa taille, vint chercher sa bouche de nouveau. Elle ne pouvait se lasser de cette bouche. Elle lui mordit la lèvre. Kara gémit, et raffermit sa prise sur ses fesses, tout en rejoignant la tente. Elles s'embrassaient toujours lorsque Kara se laissa tomber sur son duvet, en s'enfonçant dans le sol de quelques centimètres. Lena était sur elle, la dominait de toute sa hauteur.

Elle s'empressa de jeter son chemisier trempé au loin. Kara fit remonter ses mains de ses hanches à son ventre. Lorsque Lena fit sauter l'attache de son soutien-gorge et se retrouva à moitié nue sur elle, Kara suspendit ses caresses. Lena était... Magnifique. Son regard était sûr. Et elle était entre ses mains. Ses mains à elle. Sans attendre, elle se releva, ôta sa propre chemise, fit valser son propre soutien-gorge, avec l'aide empressée de Lena, qui lui arracha un baiser. Kara passa une main dans le dos de Lena, la maintenait contre elle, alors qu'elle plongeait son visage sur la poitrine de la brune, qui s'appuyait sur ses cuisses. Lena soupira quand la bouche de Kara trouva un de ses tétons. Elle suçait, mordillait. De sa main libre, elle mettait au supplice son autre sein.

Rapidement, il lui en fallut plus. « Je te veux, je te veux... », susurra la blonde à l'oreille de Lena. Elle la fit basculer, s'allongea contre elle. Sa poitrine s'écrasa contre le dos de Lena, qu'elle tenait fermement. Ses mains se faisaient insistantes, sur sa poitrine, son ventre, descendaient vers son pantalon. Elle fit sauter le bouton sans effort, puis s'arrêta avant de passer sa main plus bas, vers la chaleur. « Baise-moi », fit Lena en tournant la tête pour capter son regard. Kara s'exécuta, électrisée par ses mots. Elle glissa ses doigts dans le sexe humide de Lena, qui ne put contenir un gémissement. « Vas-y, vas-y... » Kara entama des vas et viens, trouva le rythme rapide qui faisait soupirer Lena de plus en plus fort. Elle jouait avec son clitoris, le pressait de ses doigts. Elle sentait Lena se tendre contre elle, chercher de l'air.

Lorsqu'elle jouit, Kara laissait sa main en place quelques secondes. Lena se retourna pour l'embrasser. Un long baiser. Lena lui prit le bras, vint prendre ses doigts en bouche, les suça, un par un, sans quitter des yeux Kara, qui souriait. « Tu m'allumes, Luthor ? », furent ses premiers mots. « Je vais faire plus que ça, Danvers. Je vais te baiser. Et tu vas adorer », répliqua-t-elle avec de la malice dans les yeux.

Les gestes étaient naturels, leurs corps se trouvaient sans efforts. Lena prit le dessus sur la blonde, commença par l'embrassa dans le cou, puis descendit, doucement. Elle s'attardait, faisait languir Kara. Elle déposa des baisers entre ses seins, qu'elle effleura de ses doigts fins. Kara lui plaqua les mains dessus. Lena ne se fit pas prier, les prit en mains alors qu'elle laissait sa bouche vagabonder sur ses abdominaux serrés. Quand elle atteignit le jean de Kara, elle leva la tête, croisa son regard. Elle sourit. Et arracha le pantalon, avant de faire la même chose avec sa culotte.

Kara était là, offerte, les jambes ouvertes pour elle. Elle plongea son visage sur son sexe, passa ses bras autour des cuisses de Kara, s'agrippa à ses hanches, qu'elle maintenait fermement. Lorsqu'elle passa sa langue entre les lèvres de Kara, la blonde lui saisit les cheveux, la plaquant plus encore contre son sexe. La brune poursuivit ses mouvements, alors que Kara renversait la tête en arrière dans un gémissement. Elle ajouta deux doigts, enroula sa langue autour de son clitoris, le suça. Elle accentuait la pression, sur le rythme que lui donnait les hanches de Kara, qui ondulait frénétiquement. « Je... Oh Lena... » Elle jouit, une main accrochée dans les cheveux de Lena. Celle-ci remonta doucement contre elle. Elle vint s'allonger à moitié sur elle, enserrant sa taille d'une jambe, la tête calée entre son menton et sa poitrine, où ses doigts traçaient des lignes invisibles. Kara lui fit relever la tête, pour croiser son regard et l'embrasser.

- C'était... Fantastique. Je n'avais jamais fait ça... Comme ça. Avec une humaine.

- Je n'avais jamais fait ça avec une Kryptonienne non plus. Mais ça ne change pas grand chose, sourit Lena. Je voulais te dire...

- On a encore des tas de choses à régler. Je sais. Mais c'est un bon début, je trouve.

- C'est un bon début, acquiesça Lena, en se rencognant contre Kara, qui l'enveloppa de ses bras, en souriant. Elle tira une couverture sur elles deux.

Elles restèrent là, sans bouger, alors que la pluie tambourinait toujours dehors. Lena ferma les yeux, et finit par s'endormir. Elle se sentait vidée, fatiguée, mais sereine. Enfin sereine. Les battements de son cœur n'avaient jamais été aussi lents, calmes, nota Kara, qui se laissait bercer par cette mélodie, grisée. C'était compliqué pour elle de savoir ce qu'elle ressentait à cet instant précis. Beaucoup de choses, mais surtout du contentement. Une certaine complémentarité.

Ce n'est que deux heures plus tard qu'elles remontèrent vers la maison, après s'être rhabillées. Sur le chemin, leurs mains se cherchaient, s'effleuraient. Sur le pas de la porte, Kara prit le temps d'embrasser Lena. Un baiser doux. Tendre. Comme pour vérifier que tout cela était bien réel. Lena devina ses pensées. « Je suis bien là. Je suis bien avec toi ». Elle en était la première étonnée.