BPOV
Je me tournai et retournai dans mon lit. Mon matelas me paraissait inhabituellement inconfortable et la couette me suffoquait.
Soufflant d'irritation, je rejetai la couette au loin, sentant immédiatement l'effet apaisant de l'air frais venant de la fenêtre.
Mes yeux étaient ouverts. Je regardai par la fenêtre, les rideaux se gonflant doucement presque comme s'ils soupiraient. Je pouvais entendre les bruits étouffés du traffic de la ville.
Je laissais la brise me passer dessus, suppliant qu'elle efface la confusion imprégnée dans mon esprit. C'était comme si un mur avait été construit dans ma tête, m'empêchant de dormir ou de réfléchir. Et jusqu'à ce que je trouve un moyen de le contourner, le traverser, l'éviter ou je ne sais quoi, j'étais coincé avec la gêne qu'il provoquait.
Je me retournai dos à la fenêtre, fermant a nouveau les yeux, essuyant de me calmer l'esprit et je succomber au sommeil dont j'avais désespérément besoin et envie.
Finalement, le bruit de Chicago s'effaça pour laisser place à la surréalité des rêves. Je réalisai rapidement que mon rêve tenait plus du souvenir que de l'imagination. Je fus transportée dans un endroit où j'étais déjà allé, mais ne voulais plus jamais retourner…
« Jake, stop ! » riai-je alors qu'il me chatouillait les flancs, j'avais du mal à respirer. A travers mes yeux plissés, je pouvais distinguer les murs de ma chambre de dortoir.
Son sourire faisait écho au mien alors qu'il riait et continuait de chatouiller la peau exposée là ou mon t-shirt s'était soulevé sur le côté.
« Je déconne pas ! » dis en m'esclaffant et en essayant de le repousser. Je devais aller quelque part, mais j'avais vraiment du mal à me rappeler où à cet instant. « Sérieusement, je dois partir ! »
« T'es sûre que tu ne peux pas rester encore un jour ? » demanda-t-il en faisant la moue.
« Tes yeux de chien battu n'ont pas d'effet sur moi. » dis-je en me relevant et en remettant mon t-shirt en place.
« T'en est sûre… ? » demanda-t-il avec un sourire conspirateur, les yeux brillant de gaieté.
Je plissais les yeux, mais ma fausse hostilité fut rapidement brisée par un sourire qui apparu sur mes lèvres contre ma volonté.
« Je m'en vais juste voir mes parents pendant une semaine, ce n'est pas comme je serais partie longtemps. », répondis-je, sachant très bien que ces jours allaient paraître une éternité sans lui.
« J'imagine… », dit-il, le coin des lèvres tiré vers le bas.
Je me penchai et effleurai rapidement ma bouche contre la sienne, et nous souriions tous les deux lors que je m'éloignai.
« Je serais de retour avant même que tu t'en rendes compte ».
Les murs de ma chambre s'effacèrent pour former une nouvelle scène. Un souvenir encore plus ancien que j'aurais préféré laisser intouché.
« Dix dollars qu'elle arrive pas à la faire. » annonça Emby en regardant Quil et Jacob tandis que nous marchions côte à côte.
« Je tiens le pari ! », répondit Jacob, passant son bas autour de mes épaules pour me rapprocher de lui.
« Tu crois vraiment qu'elle peut l'ouvrir ? » demanda Quil, incrédule.
« Eh, quelle sorte de petit ami je serais si je ne la soutenais pas ? », dit-il, me serrant encore plus fort contre lui. Je levais la tête pour lui sourire.
Quand je lui avais dit que j'étais plutôt doué avec les serrures, je n'y avais pas trop réfléchi sur le coup.
Mais ensuite il m'avait demandé de lui faire une démonstration.
'Pourquoi pas ?' avais-je pensé. C'était un temps avant que je ne fasse confiance qu'à mes tripes.
Son père avait un vieux coffre dans son bureau, et Jacob avait dit que je pouvais l'utiliser. Ainsi, nous marchions vers la maison de Jake où il me mena au bureau et poussa un petit meuble pour révéler un petit coffre-fort dans le mur.
« Allez vas-y. » dit-il avec un sourire, les yeux plissés.
Je luis rendis son sourire et commencer à travailler sur la serrure, exaltée par sa foi en moi.
Je pressai ma joue contre le métal froid et implacable du coffre. Mes mains était posée doucement contre lui. La dernière chose que je voulais était de décevoir Jacob.
J'inhalai, laissant tout autour de moi disparaitre jusqu'à ce qu'il ne reste plus que moi et le coffre.
J'avais demandé à Jacob au préalable, donc je savais que j'avais trois nombres à découvrir, et qu'il y avait donc trois rouages dans le coffre.
Je plaçai délicatement ma main droite sur le cadran et laissai les émotions du moment m'emplir.
Il me fallut tourner un petit moment, mais je trouvai rapidement la zone de contact, sentant le levier entrer en contact avec l'encoche dans le rouage.
Ensuite, d'une main experte, je tournai le cadran jusqu'à ce que les trois roues internes reposent sur zéro.
Je respirai profondément.
La partie difficile allait arriver…
Je commençai à tourner le cadrant dans la direction opposée, fermant les yeux et retenant ma respiration je tendais l'oreille.
Je ne savais pas comment je l'avais fait, mais je l'ai senti. Le changement était infime, mais il était là. N'importe qui aurait pensé que j'étais folle, qu'il n'y avait pas d'encoche dans le rouage, mais il aurait eu tort. Je ne savais pas pourquoi j'en étais sûre, mais je le savais.
J'ouvris les yeux et regardai le nombre sur lequel je m'étais arrêtée : quatorze.
'Une de fait, plus que deux.'
Je retournai à la zone de contact, et commençai à tourner dans la direction opposée une nouvelle fois, lentement, très lentement.
J'ouvris les yeux lors que je sentis la deuxième encoche : cinquante-sept.
J'exhalai encore avant de refermer les yeux.
Une dernière fois, je tournai le cadran pour retrouver la zone de contact pour la dépasser et retourner le cadran dans la direction inverse.
Silence…
Silence…
'Click.'
Je souris en ouvrant les yeux : vingt-huit.
A partir de là, c'était du hasard. J'avais les bons chiffres, mais pas l'ordre. Avec un code à trois nombres, il n'existait que six combinaisons possibles. Avec un code à quatre, ça passerait à vingt-quatre. J'avais de la chance dans ce cas, parce que si le coffre avait eu six nombres, j'aurais dû passer par sept cents vingt combinaisons possibles avant de trouver la bonne.
Je commençai par le premier ordre dans laquelle j'avais trouvé les nombres.
'Quatorze…' je tournai le cadran dans le sens horaire.
'Cinquante-sept…' dans le sens anti-horaire.
'Vingt-huit…' je continuai de tourner jusqu'à tomber sur le bon nombre.
J'essayai de tirer la poignée…
Rien.
'Okay, prochaine combinaison.'
Je continuai de faire tourner le cadran encore et encore, essayant chaque paire dans un ordre jusqu'à ce que finalement…
La poignée tourna.
Je soupirais de satisfaction au son.
J'ouvris la porte du coffre et recula d'un pas, permettant à ceux qui se tenait derrière moi de voir ma réussite.
Quil et Emby étaient choqués et impressionnés, avançant immédiatement pour jeter un coup d'œil.
Je regardai Jacob qui m'envoya un sourire éclatant qui me fit sentir des papillons dans l'estomac. Il avait cet effet là sur moi.
Je ne le savais pas à cet instant, mais j'en viendrais à regretter le jour ou que jui avait révélé ce que je savais faire.
Pour certains talents, il est impossible de les récupérer une fois que quelqu'un sait qu'on les possède.
Je me réveillai en haletant, aspirant une grande bouffée d'air. Je me redressai, passant une main dans mes cheveux – ma main tremblait légèrement.
Une fois que je pu me reconcentrer sur mon appartement, un immense soulagement me traversa et me calma instantanément.
'Reprends-toi ! Tu as déjà sauté d'un immeuble de vingt mètres, été suspendue de voitures allant à cent kilomètres heure et maintenant c'est un rêve stupide qui t'ébranle ? Reprends. Toi.'
Je me recouchai sur le lit, couvrant mes yeux avec ma main et pris une grande inspiration.
« Pourquoi maintenant ? Je pensais avoir laissé ça derrière moi. » je grognai dans l'obscurité, mais ne reçu aucune réponse.
Après un moment, ma main retourna à mes côtés, et je me forçai à ne pas regarder mon réveil sur la table de nuit sinon il n'allait être que d'autant plus évident que je n'allais pas beaucoup dormir.
Je me retournai dos à lui pour ne pas me laisser tenter, fermant les yeux pour ce que j'espérais être la dernière fois avant le lendemain matin.
EPOV
Il était rare que je fasse des rêves. Ou plutôt, il était rare que je me souvienne avoir rêvé.
Habituellement, j'étais tellement épuisé quand j'allais dormir que la seule chose que je voyais était l'arrière de mes paupières.
Mais pour une raison ou une autre, cette nuit-là était carrément différente...
Du vert émergea de l'obscurité autour de moi, recouvrant tout. Il fallut un moment avant que des feuilles et de grands arbres commencèrent à se dessiner en des formes réalistiques.
Je levai la tête et plissai des yeux à cause de la luminosité qui passait à travers les feuilles, donnant un doux halo à l'endroit où j'étais, quel qu'il fut.
C'était cette partie de la phrase qui m'inquiétait, 'l'endroit quel qu'il fut'. Je regardai encore une fois autour de moi, déconcerté.
Finalement, mes alentours se précisèrent suffisamment pour que je discerne être debout au bord d'une sorte de clairière.
Il y avait de l'herbe sous mes pieds-nus – la raison pour laquelle je ne portais pas de chaussure me paraissant étrangement importante sur le moment – et sentis sa douceur qui me manquait régulièrement dans l'espace urbain de ma vie de tous les jours.
Plus je me tenais là, plus les détails semblaient de dessiner. Arbre après arbre emplirent mon champ de vision, certain arborant une grande quantité de mousse. Je me retrouvai et remarquai que les fleurs étaient dispersées sporadiquement dans l'herbe, parfois regroupées dans de petits tas – des petits points violets et bleues clairs éclaboussant délicatement l'herbe. La clairière elle-même ne pouvait pas faire plus de dix mètres en diamètre, mais donnait l'impression d'une mer de vert sans fin.
'Où suis-je ?' me demandais-je sans être sûre de l'avoir dit à voix haute ou si je le pensais seulement. Je pouvais m'entendre, mais comme un écho de la même manière que l'on entend ses propres pensées dans notre tête.
Je tournai sur moi-même, mais je n'étais pas inquiet. Il n'y avait que moi, et un nombre incalculable d'arbres. Je commençai à remarquer des oiseaux pépier au loin, mais quand bien même je me tordais le coup pour essayer de les voir, je n'arriver pas à les repérer.
Je haussai les épaules et me dirigeai vers le centre de la clairière, mes pieds laissant une empreinte effervescente contre l'herbe.
Une fois au centre, je levai a nouveau la tête vers le ciel, sentant les chaud rayons de soleil contre mon visage, et souris.
C'était l'endroit le plus calme et serein que je n'avais jamais vu. Pour la majorité de ma vie, j'étais été entouré du ciment et de la pierre de la ville, être ici était un changement rafraîchissant. J'inhalai profondément, remplissant mes poumons au maximum d'air frais.
Parce que sur le moment, c'était la chose la plus naturel à faire, je décidai de m'allonger pendant un moment.
Je fermai les yeux, sentant le soleil réchauffer mes paupières, et m'allongeai avec les mains derrière la tête, complètement confortable.
Je respirai profondément, sentant ma peau picoter sous la chaleur
« Ça s'appelle un rêve lucide. »
Mes yeux s'ouvrirent brusquement. Je tournai la tête pour voir Scarlet, allongée dans la même position que moi à quelques centimètres à ma droite. Son visage était tourné vers le ciel mais ses yeux étaient fermés, bloquant les rayons du soleil, se prélassant dans sa chaleur.
« Quoi ? »
Ses yeux s'ouvrirent et elle tourna la tête vers moi.
« Un rêve lucide. C'est quand vous êtes conscient que vous êtes en train de dormir et vous pouvez manipuler vos alentours à volonté. » répondit-elle, tournant une nouvelle fois sa tête vers le soleil et refermant les yeux.
« Donc c'est un rêve ? » demandai-je.
« Eh bien, je ne pense pas que ces arbres soient natifs du centre-ville de Chicago. », dit-elle avec son usuel sourire sarcastique.
J'encaissai la nouvelle. Je pouvais encore entendre les oiseaux chanter.
« Okay, donc si j'ai bien compris… », dis-je, la faisant se tourner vers moi. «… je peux changer ce rêve comme je le veux ? »
Elle acquiesça.
Je détournai le regard et déracinai une fleur bleue de l'herbe.
« Donc si je voulais changer la couleur de cette fleur, je peux juste – » Je vis le bleu s'effacer de la fleur pour laisser place à une nuance d'orange foncé. Je souris, faisant tournoyer la nouvelle fleur par la tige avant de la replacer à côté de moi.
« Du coup si c'est mon rêve… que faîtes-vous là ? » l'interrogeai-je.
Elle sourit, « J'imagine que votre esprit de pouvais pas attendre demain matin pour la revoir. »
« Qui ? »
« Scarlet. »
« Vous n'êtes pas– »
« Non, je ne suis qu'un fragment de votre subconscient crée pour ce rêve. Donc l'étendu de mes connaissances dans cette situation est restreint à ce que vous, vous savez. »
« En gros, je suis en train de me parler à moi-même.' » concluais-je.
« Ouais, en gros. » répondit-elle.
Je n'étais pas sûre de savoir quoi faire avec cette information, donc je laissai juste mes yeux parcourir mes alentours.
« Donc, quel est cet endroit ? Je veux dire, pourquoi sommes-nous là ? » demandai-je, laissant mes yeux vagabonder sur les arbres.
Elle regarda autour d'elle, comme si elle réfléchissait à la question. « Je crois que c'est un paysage que vous avez vu sur une carte postale dans un magasin une fois. Souvenez-vous, vous étiez coincée dans une longue file d'attente, comme si c'était le jour où toute le monde s'était décidé de bouger à deux à l'heure. Vous aviez parcouru le stand de carte postale et celle-ci avait attiré votre œil. J'imagine qu'elle est restée gravé dans votre esprit, pour une raison ou une autre. » Dit-elle. « Bien que, il me semble que vous avez ajouté des détails vous-même. »
« Ouais, je ne pense pas être assez créatif pour imaginer cet endroit. » dis-je, légèrement déçu.
« Eh bien, si ça peut vous consoler, vous avez capturé Scarlet au détail près. » dit-elle avec un sourire entendeur. « Ça devrait vous dire quelque chose, non ? »
« Eh, je vous- je la côtoie quasiment tous les jours. » rétorquai-je. « Et j'ai une bonne mémoire. »
Elle se contenta de lever légèrement le sourcil, dessinant avec expertise un air de 'tu te fous de ma gueule ?'.
Je soupirais, et détournai le regard vers le ciel, n'aimant pas beaucoup la direction que prenait la conversation.
« Vous ne pouvez pas le nier éternellement. », dit-elle avec une voix omnisciente.
« Nier quoi ? » demandai-je.
« Et bien pour commencer, le fait que vous soyez attiré par une criminelle. Ce qui va à l'encontre de toutes les règles que vous avez dans votre livre de code de morale. »
« Je ne nie pas qu'elle soit attirante. » répondis-je d'un ton défensif.
« Oh, je pense que votre niveau d'attirance va au-delà d'un simple flirt autour d'une tasse de café. », elle rétorqua avec un sourire caché dans la voix.
Je déglutis difficilement.
« Je veux dire, sérieusement, vous êtes en train de rêver d'elle – une fille qui vous plaît mais vous n'avez pas le courage de faire quoi que ce soit. »
« Qui dit que je n'ai pas de courage ? Je suis un agent fédéral bon sang ! » rétorquai-je abruptement.
« Dois-je vous rappeler que je ne suis qu'une fraction de votre inconscient ? Ce qui veut dire que quand je vous traite de lâche, c'est en fait votre propre esprit qui l'avoue. »
Je plissai les yeux.
« Ce n'est pas aussi facile. »
« C'est difficile seulement si vous le voulez. » dit-elle, fermant les yeux pour faire face au soleil avec un doux sourire arborant ses lèvres, se prélassant à la chaleur qu'il offrait.
« Qu'est-ce que je suis sensé faire alors ? »
« Comment suis-je sensée le savoir, je suis uniquement là pour que vous ayez quelqu'un avec dit débattre de vos sentiments indécis » répondit-elle, s'arrêtant in instant avant de reprendre avec un sourire. « Quoique, ça en dit beaucoup sur vous. »
« Quoi donc ? »
Elle tourna la tête vers moi, « La plupart du temps, quand un homme rêve d'une femme, il y a en général beaucoup moins de discussion. »
Le silence grandit alors que mon esprit essayait de faire sens de ça.
Avant que je ne puisse réagir, elle se mit au-dessus de moi, plaçant une main de part et autre de mes épaules pour soutenir son poids. Ses cheveux tombaient dans de douces boucles, le soleil couchant leur donnant une certaine brillance.
« Vous devriez faire attention à laisser votre esprit vagabonder dans un rêve. » murmura-t-elle.
Ses yeux bruns brillaient et quand elle sourit, je vis des petits éclats d'or les illuminer.
Elle se pencha jusqu'à ce que ses lèvres effleurent les miennes, ses cheveux caressant mon visage.
« Si vous la désirez… », chuchota-t-elle.
Mes yeux se fermèrent automatiquement tandis que l'odeur de fraise et de vanille bataillaient pour envahir mon esprit, se mélangeant, perturbant tous mes sens jusqu'à oblitérer complètement tout raisonnement logique.
« Faîtes donc quelque chose… », murmura-t-elle, son souffle contre mes lèvres.
J'ouvris les yeux avec l'attente de voir des yeux ambrés éclatant au-dessus de moi, pour voior à la place la peinture craquelée de mon plafond. Je grognai. Qui sait où ce rêve aurait pu aller si j'étais resté endormi.
Ensuite, après une seconde de réflexion, 'peut-être que c'est mieux comme ça'. Je n'aurais pas été capable de penser à quoique ce soit d'autre de la journée.
Une chose était certaine.
J'allais pour sûr me souvenir de ce rêve.
BPOV
Les doigts de ma main droite tapotaient la table alors que ma main gauche agrippait une tasse de café, plus fortement qu'il n'était nécessaire.
Lorsque je réalisai à quel point je la serrais fort, je relâchai immédiatement mon emprise, pinçant les lèvres quand je vis que mon gobelet était déformé.
Mes yeux se levèrent quand j'entendis un bruit de pas derrière moi, de longue et lourdes foulées qui traînaient légèrement.
Je fermais les yeux avec un soupir, ne prenant même pas la peine de me retourner pour dire « Non Mike, je ne suis pas intéressée. »
Il me contourna pour me faire face, s'essuyant les mains sur son tablier. « Vous êtes sûre ? Je pourrais vous offrir un autre café… ou un dîner ? » demanda-t-il, le visage rouge et plein d'espoir avec un sourire exubérant que j'avais pris l'habitude de voir sur son visage.
« Mike, on en a parlé à multiple reprise. » dis-je en plissant les yeux. « Ma réponse est toujours non. »
« Oh allez, je vous parie qu'on amuserait bien. » Il sourit, visiblement ne comprenant rien à rien.
« Non », dis-je avec finalité.
« On pourrait– »
« Non. »
« Vous êtes sû– »
« Dégagez. » dis-je avec un ton lourd de sens. « Maintenant. »
Ses yeux s'écarquillèrent de surprise, mais il obéit néanmoins et recula doucement.
Je relâchai le soupir qui avait menacé se s'échapper, me sentant légèrement coupable pour lui avoir parlé sur ce ton. Je doutais que ça allait réellement l'affecter cependant. Je ne serais pas surprise de le voir revenir tout aussi déterminé la prochaine fois que je mettrais les pieds ici.
Je me frottai les yeux puis attrapai mon gobelet distordu pour prendre une gorgée du liquide brulant, râlant quand je me brûlais le bout de la langue.
Je n'avais aucune idée de ce que j'étais en train de faire, et c'était inquiétant. J'avais tellement l'habitude que tout soit méticuleusement planifié à la seconde près, qu'aucune variable ne puisse m'affecter. Maintenant par contre…
'Concentre-toi ! Tu es juste sensé entrer, sortir et en finir.', me rappela mon esprit. 'C'est trop important pour laisser quelque chose de stupide tout faire capoter.'
J'avais envie de me taper la tête contre la table d'exaspération.
« Désolée pour le retard. », je levai la tête pour voir Alice se glisser sur une chaise en face de moi, un énorme sourire sur le visage qui radiait presque comme le soleil, illuminant les personnes l'entourant – qu'elles le veuillent ou non.
Malheureusement, ce rayon de soleil disparu aussi vite qu'elle posa les yeux sur moi.
« T'as pas l'air bien. »
Je plissai les yeux même si je savais qu'elle avait raison, je n'avais pas l'air bien.
J'avais des cernes du au manque de sommeil, mes cheveux étaient frisés et mal coiffés, et j'avais assez de bleus partout pour que le moindre contact physique me donnait l'impression de me prendre un nouveau coup. De plus, j'avais encore un bandage blanc super stylé autour de mon bras qui serait mon irritable et constant compagnon jusqu'à ce que la blessure guérisse.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé », demanda-t-elle, l'air alarmé.
Je soupirai et changeai de position pour que ma main soutienne ma tête.
« Une longue histoire qui implique beaucoup de combat de corps à corps », dis-je en sirotant précautionneusement ma boisson. Le fait que ma caféine ne soit toujours pas à température buvable n'arrangeai pas ma mauvaise humeur.
« Eh bien, je ne vois pas Jasper avant plus tard ce soir, donc j'ai bien assez de temps. », rétorqua-t-elle avec un sourire.
'Donc c'es pour ça qu'elle est aussi contente. », pensai-je.
« Du coup j'en déduis que les choses vont bien entre toi et Jasper. », dis-je.
A la seconde ou son nom fut mentionné, elle sourit, et je sus immédiatement que c'était du sérieux.
Je levai les yeux au ciel, ce qui ne lui échappa pas.
« Ah allez Scarlet, je peux pas m'en empêcher. Il est juste… parfait. », gloussa-t-elle.
« Bien sûr oui. », répondis-je sarcastiquement. Je portai la tasse de café à mes lèvres, ne faisant plus attention si j'allais me brûler la langue ou non, le besoin de caféine était plus puissant
« Et bien peut importe ce que tu penses de ma relation, parce que j'ai envie de savoir ce qu'il s'est passé hier. », dit-elle en me regardant droit dans les yeux.
J'hésitai à me lancer dans le récit de la longue histoire. Après un petit moment, je pensai 'Pourquoi pas ? Ça me fera pencher à autre chose.'
« Très bien. » Je soupirais et commençai à lui raconter ce qu'il s'était passé depuis le moment où Edward et moi étions arrivé à la vente aux enchères jusqu'à la fin. Je décidai d'omettre ce qu'il s'était passé sur le toit pour une raison ou une autre, je ne sentais pas de partager ce moment en particulier.
Lorsque j'eu fini, ma tasse était vide et le rush du matin s'était vidé, laissant uniquement quelques personnes éparpillées sur les tables.
Elle fut silencieuse pendant quelques instants, absorbant tout ce que je venais de lui dire.
Je commençai à tapoter mes doigts contre la table, attendant toujours une réaction.
« Attends, pour être claire. », commença-telle en me regardant d'un air incrédule. « Tu l'as embrassé ? Tu l'as vraiment embrassé ? »
« Sérieusement ? Je te raconte tout ça et c'est la seule partie qui t'intéresse ? » demandai-je, me disant que je ne devrais pas être surprise.
Elle avait un sourire suffisant sur les lèvres, un de ceux qui disait clairement 'je le savais'.
« Arrête de me regarder avec cet air, il ne te va pas du tout. », ordonnai-je.
Elle essaya avec peine de masquer son sourire.
« Okay, ouais, je l'ai embrassé, mais simplement parce que je devais garder notre couverture et c'était ma seule option si je voulais éviter de me prendre une balle. », me défendis-je.
« Continue de te dire ça. » Elle sourit narquoisement dans sa tasse de café je pouvais encore voir le coin de ses lèvres trembler.
Après un moment, elle demanda « Du coup, c'est quand la prochaine fois que tu le revois ? »
Je m'adossais contre ma chaise, « Pas sûre. Il fait juste de la paperasse aujourd'hui, mais dès qu'on a une nouvelle affaire, il viendra me chercher. », répondis-je en traçant la bordure de mon gobelet de café avec le doigt.
« Super, comme ça vous allez pouvoir retourner 'travailler' », dit-elle en mimant des guillemets sur son dernier mot.
Je plissai des yeux automatiquement alors que j'essayer de comprendre ce qu'elle voulait dire.
EPOV
« Retenez la porte ! », entendis-je faiblement et je poussai rapidement le bouton pour garder les portes de l'ascenseur ouvertes.
Un gars de mon âge se précipita à l'intérieur, essayant d'équilibrer quelques gobelets de café dans une main et des dossiers dans l'autre.
« Merci. », dit-il a bout de souffle, et je pouvais sentir qu'il était réellement reconnaissant.
« Pas de soucis, où allez-vous ? » demandai-je, mes doigts flottant au-dessus des boutons.
« Trente-sixième étage. »
Je fronçai les sourcils. C'était mon étage.
Néanmoins, je poussais le bouton.
Le silence dura pendant quelques étages avant que ma curiosité ne l'emporte.
« Alors, qu'est-ce qui vous amène chez les Crimes Majeurs ? Je ne vous ai jamais vu avant, vous êtes nouveau ? », demandai-je en tournant la tête vers lui.
Il sourit. « Eh bien, non en fait, je travaille pour les archives. Je viens juste déposer ces documents. » Il leva le bras avec la pile de dossiers. « Mais pour être honnête, je viens surtout voir la fille qui travaille là-bas. Quand j'ai su que des dossiers devaient être transféré là-bas, j'ai sauté sur l'occasion, je me suis dit que je pouvais lui apporter un café, vous savez ? »
Je lui rendis son sourire mais devins immédiatement suspicieux.
Quelques étages plus loin, je braisai encore le silence.
« Quelle fille ? », demandai-je nonchalamment.
« Hein ? » fit-il, ne m'ayant pas écouté.
Je haussai les épaules. « Je connais la plupart de gens à cet étage, peut-être que je la connais. »
« Ummm… Je crois que j'ai entendu quelqu'un l'appeler Scarlet. » répondit-il.
Mon esprit n'arrête net et mes yeux se plissèrent automatiquement.
J'essayai de bien regarder ce gars du coin de l'œil. De le jauger. Dans ma tête, peut importait s'il allait me faire de la compétition, il devait disparaître.
Les portes lâchèrent un 'ding' à notre étage avant de s'ouvrir.
Il commença a s'avancer et je le dépassai, cognant son bras qui tenait le café qui valdingua et répandit le liquide brûlant sur la chemise tout droit sortie du pressing.
« Oooh, désolé mec. Tu devrais faire plus attention avec les liquides chauds, il ne faudrait pas te brûler. » dis-je en me glissant hors de l'ascenseur. Je souris, satisfait, quand les portes se fermèrent devant lui qui essayait d'essuyer le café de sa chemise en jurant profusément.
J'aurais probablement pu lui dire que Scarlet ne travaillait pas aujourd'hui, mais il serait probablement revenu le lendemain.
I sifflotait gaiement quand je rentrai dans mon bureau, ne remarquant les regards étranges que les gens me jetèrent en passant.
Pas plus tard que deux secondes après que je fus assis, Jasper ouvrit la porte et entra.
« Tu pourrais frapper. » dis-je, faisant allusion à sa tendance à débouler comme ça.
Il me regardait qu'un air étrange, et ignorant complètement mon commentaire, il s'assis en face de moi.
« Quoi ? » demandai-je, haussant les sourcils, irrité, alors que je posais les papiers que j'avais dans la main.
« Tu as l'air… content aujourd'hui. » dit-il.
« Et alors ? », pressai-je, toujours énervé par son attitude bizarre.
« Alors… est-ce qu'il y a quelque chose que tu aurais oublié de me dire ? » il interrogea.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. »
« Edward, bon sang, tu sifflotais quand t'es rentré ! Sifflotais ! » s'exclama-t-il en secouant la tête. Je m'attendais presque à ce qu'il jette les bras en l'air pour l'emphase. « Et tu veux me faire croire que rien n'a changé ? »
Je lui jetai un coup d'œil avant de retourner vainement à mon courrier. « Oui, exactement. » dis-je sèchement.
Il se contenta de secouer tristement la tête, n'en croyant pas un mot.
Quelques instants passèrent en silence alors que je feuilletais quelques dossiers, mon esprit occupé ailleurs. Avant que je ne puisse l'arrêter, il repassa dans ma tête le rêve et un petit sourire étira mes lèvres.
« Tiens, regarde ! Ça. Juste là. » insista Jasper, se levant et pointant son doigt vers moi. Le sourire s'effaça rapidement et le levai la tête vers lui.
« Là où ? » demandai-je d'air air énervé.
Il plissa les yeux et commença à se diriger vers la porte. « Tu sais quoi, je vais aller parler à Emmett. Peut-être que lui saura me dire ce qu'il se passe. »
Je ricanai tandis qu'il ferma la porte et baissa les yeux vers la paperasse sur mon bureau.
Je soupirai et regardai l'horloge avant de me laisser distraire par mon téléphone portable sur mon bureau. Je passai cinq bonnes minutes à espérer qu'il sonne pour que je puisse avoir une bonne excuse pour aller chercher Scarlet.
Mais à la place, j'étais forcer de continuer de remplir la paperasse, et attendre que quelqu'un dans la ville fasse quelque chose d'illégal.
