Bonjour à tous,
J'espère que vous allez bien.
Il n'y a pas eu de retour sur le chapitre précédent. Du coup, j'imagine que comme moi, vous l'avez moins aimé. J'espère un peu me rattraper avec celui-ci...
Merci à Fleurs d'Ange pour la correction :)
ps: Pour ceux qui le souhaitent, deux chansons pour accompagner ce chapitre : Bourré du mariage forcé (Jean-Baptiste Lully) pour le début et Mourir vieux de Tim dup (Mélancolie heureuse - Nouvelle impression) pour la seconde partie.
Chapitre 18 : Remords
- Gauche, droite, gauche, gauche. Non, l'autre gauche! s'agaça Drago en stoppant d'un coup de baguette la musique baroque qui flottait dans l'air.
Lui et Hermione occupaient la salle de réception du Manoir Malefoy, pièce qui leur offrait tout l'espace nécessaire à leur cours de danse privé. Depuis plus de deux heures, ils répétaient les pas de la Danse de l'Union Sacrée sans être parvenus une seule fois au bout sans erreur et Hermione commençait à désespérer de pouvoir y arriver pour le jour du mariage.
Drago relança la musique avant de faire disparaître sa baguette dans sa manche.
- Allez, on recommence et depuis le début, dit-il alors qu'ils se remettaient en place sous les soupirs d'Hermione.
De sa main droite, Drago tenait Hermione par la taille. Tandis que de sa main gauche, Hermione le tenait à l'épaule. Leurs mains libres se faisaient face, coudes pliés, sans jamais se toucher.
- Droite, gauche, droite, entonna Drago quand l'air se fît un peu plus rythmé. Droite, on tourne... Pas par là, Granger! Dans l'autre sens! Non, mais sérieusement, fais un effort!
- Mais j'essaie!
- Non, tu n'essaies pas!
- Bien sûr que si! Mais avec ces talons qui me font un mal de chien, c'est difficile de se concentrer. Et puis, c'est facile pour toi, tu fais ça depuis que tu es tout petit.
- Ben, justement. Si j'ai pu apprendre ces pas à six ans, ça devrait être à ta portée.
- Va te faire voir, Malefoy, se renfrogna Hermione.
- Si tu n'y arrives pas, c'est uniquement parce que tu as décidé que tu ne savais pas danser et que tu te braques.
Hermione avait envie de lui dire que si elle n'y arrivait pas c'était uniquement à cause de ses yeux bleus presque translucides qui la fixaient intensément, la troublant plus que de raison. Mais elle se ravisa...
- Donc pour toi, il suffit que je me convainque que je peux y arriver?
Hermione prit une grande inspiration et regarda loin derrière Malefoy.
- Ok! reprit-elle. Donc, droite, gauche, droite, on tourne...
- Voilà! Tu vois quand tu veux, lui sourit Drago après qu'ils aient fait un tour sur eux-mêmes, dans le bon sens cette fois.
Sourire qu'Hermione lui rendit, recroisant par la même occasion ses yeux bleus dans lesquelles elle plongea comme hypnotisée, avant qu'il ne la lâche subitement.
- Put... s'exclama-t-il, étouffant un juron alors qu'elle venait de lui marcher sur le pied.
- J'abandonne! capitula Hermione en s'éloignant pour attraper un verre d'eau.
C'était de sa faute aussi! Pourquoi est-ce qu'il la regardait comme ça, comme s'il allait la manger. La manger, vraiment? Non, elle pensait n'importe quoi, là! Il fallait qu'elle arrête de se trouver des excuses. Elle était une piètre danseuse et rien d'autre!
- Je t'ai connue plus combative, Granger, affirma Drago pour titiller son égo.
Il sortit à nouveau sa baguette et la pointa en direction d'Hermione. Un instant plus tard, cette dernière se retrouva plus basse de quelques centimètres.
- Voilà! Tu n'as plus d'excuses, maintenant. On y retourne, ordonna-t-il en rejoignant le centre de la pièce.
- A croire que tu aimes ça! maugréa Hermione, dorénavant à pied nus.
- Je préfère un autre style, mais j'aime danser, c'est vrai, confessa-t-il.
- Un autre style ? demanda Hermione curieuse. Comme quoi?
- Disons, moins guindé...
- Tu me montres?
- Bien essayé, mais non, tu ne te défileras pas!
- T'es pas drôle! On peut faire une pause, au moins? le supplia-t-elle de son regard de chien battu espérant lui inspirer un peu de pitié.
- Ok, abdiqua Drago. Mais cinq minutes, alors.
.o.
Lucius se réveilla, alerté par un bruit en provenance du couloir. Un faisceau de lumière traversait le bas de porte, signalant une présence. Il se souvenait parfaitement avoir soufflé les bougies avant de rejoindre la chambre à coucher. Était-ce Drago qui avait enfin reprit ses activités nocturnes? Il sonda d'une main la place à côté de lui. Vide. Il attrapa à tâtons sa baguette posée sur la table de nuit et se releva silencieusement. A pas de loup, il atteind la porte qu'il ouvrit doucement.
- ...plus de trace... Il ne doit rester aucune tâche... plus de trace, répétait Narcissa à quatre pattes frottant les lattes du parquet en chêne du hall de nuit avec une petite brosse, étalant de l'eau savonneuse tout autour d'elle.
- Cissa, qu'est ce que tu fais? s'alerta Lucius.
- Il faut que ça brille ! Il ne doit plus rester aucune trace, continua de marmonner Narcissa en chemise de nuit, sans prendre conscience de la présence de son mari.
- Narcissa, regarde-moi, ordonna Lucius avec douceur, après s'être accroupi auprès d'elle.
Elle leva finalement la tête vers lui. Son regard qui semblait habité le scruta quelques secondes, puis se redirigea vers le sol.
- Aide-moi, Lucius! On ne doit plus rien voir, déclara Narcissa en continuant d'astiquer avec ferveur.
- Qu'est ce qu'il se passe? demanda Drago en sortant de sa chambre en caleçon, les yeux mi-clos, baguette à la main.
- Ta mère est en crise, signala son paternel avec sérieux.
- Mais...mais elle n'en a plus fait depuis au moins trois ans?! s'affola Drago incrédule.
- Je sais, affirma tristement Lucius. Narcissa, ma chérie, écoute-moi, dit-il en posant ses mains sur les siennes pour stopper ses mouvements.
Narcissa s'arrêta puis le fixa paniquée.
- On va aller chercher ta potion, d'accord? Tu as sûrement oublié de la prendre ce matin. Viens avec moi.
- Non! refusa-t-elle, à présent furieuse. Il faut que je nettoye tout ce désastre!
- Relevez-vous, Mère, tenta Drago.
- Cela ne sert à rien. Elle n'entend pas, capitula Lucius en se redressant.
- ...elfes... incompétents..., bredouillait Narcissa en trempant la petite brosse dans un sceau rempli d'eau.
- Je vais aller lui chercher, indiqua Lucius à son fils. Reste avec elle.
Alors que son père quittait le couloir, Drago s'accroupit à son tour.
- Mère, c'est propre. Donnez-moi cette brosse, prescrit-il avec toute la délicatesse qu'il lui était possible.
- Non, Drago! Il faut faire disparaître tout ce sang, s'énerva Narcissa.
- Maman, s'il te plaît, donne-moi cette brosse, la supplia Drago désemparé.
Les crises avaient commencé quelques semaines après la défaite de Voldemort. Au début, Narcissa avait prétexté l'incompétence des elfes de maison pour nettoyer méticuleusement, du sol au plafond, chaque recoin du Manoir. Mais rapidement, la propreté était devenue une obsession. Lucius et Drago l'avaient suprise plusieurs fois tentant de nettoyer des taches de sang invisibles, parfois en plein milieu de la nuit, comme ce soir.
Ils avaient alors pris la décision de rénover l'entièreté du Manoir, espérant que le changement aiderait Narcissa à oublier les meurtres et les tortures qui avaient eu lieu ici. Malheureusement cela n'avait pas été suffisant et elle avait dû se faire aider par un professionnel qui lui avait prescrit une médication. Avec le temps, les crises s'étaient espacées pour disparaître, il y a environ trois ans.
Une fois revenu, Lucius s'assit par terre, tant pis, s'il avait l'air ridicule, tant pis s'il était à présent le postérieur trempé. Il retira le bouchon en liège de la petite fiole qu'il avait ramenée et approcha le flacon du visage de son épouse.
- Regarde, ma chérie, c'est une potion qui t'aidera à nettoyer plus efficacement, tenta de l'amadouer Lucius. Allez, bois, dit-il en versant le liquide dans la bouche de Narcissa qui obtempéra sans trop de difficulté. Voilà, doucement...
Après cinq longues minutes, la potion commença à faire effet et Narcissa reprit peu à peu ses esprits. Elle regarda tout au tour d'elle et prenant conscience de la situation, fondit en larmes dans les bras de son époux.
Depuis quelques temps, elle se sentait bien. Elle avait l'impression que ses angoisses avaient disparues. Elle pensait qu'aider Théodore l'aidait à aller mieux. Elle avait cru qu'elle n'avait plus besoin de son traitement, mais elle s'était trompée.
- Je suis désolée, sanglota Narcissa.
- C'est moi qui suis désolé. C'est moi qui suis désolé, répéta Lucius en la serrant fort contre lui.
Lucius Malefoy porterait toute sa vie la culpabilité d'avoir fait entrer le diable dans sa maison. Chaque jour, il s'en voudrait d'avoir fait vivre l'enfer à sa femme car il savait que par sa faute, Narcissa ne se remettrait jamais complètement de toutes les horreurs qu'ils avaient vues se dérouler sous leur toit.
.o.
Une crise de tétanie, deux bras cassés et un cas d'Eclabouille. Voilà, le bilan de sa journée qui n'avait pas été particulièrement chargée pour une fois, permettant à la jeune médicomage de rentrer chez elle, avant la tombée de la nuit.
Hermione ramassa le courrier laissé sur la table de la cuisine ainsi qu'une assiette de pâtes que Luna lui avait gentiment préparée, puis elle partit s'assoir au salon.
Elle pensait retrouver sa colocataire à son arrivée, mais Luna n'était visiblement pas encore revenue de son rendez-vous. Cette après-midi, elle rencontrait un spécialiste du droit animal en prévision de son voyage en Amérique latine. Dans quelques semaines, elle serait repartie pour un périple d'un an, durant lequel elle allait défendre son projet dans les différents pays de cette partie du monde. Il était rare qu'elle parte aussi longtemps, mais la naturaliste avait à cœur de faire voter cette loi interdisant la chasse des demiguises.
Même si elle allait lui manquer, Hermione était fière que son amie se batte pour ses convictions. Elle culpabilisa quelque peu en repensant à la S.A.L.E., la Société d'Aide à la Libération des Elfes qu'elle avait créée lors de sa quatrième année à Poudlard, et qu'elle avait délaissée dernièrement par manque de temps. Elle se promit qu'une fois le mariage passé, elle reprendrait contact avec Shacklebolt pour qu'il sensibilise le Département de contrôle et de régulation des créatures magiques à ce dossier.
En avalant une bouchée de ses tagliatelles, elle parcourut les différentes enveloppes disposées à côté d'elle dans le canapé. Elle venait à nouveau de recevoir une lettre de Théodore alors qu'elle n'avait toujours pas répondu à la précédente.
Depuis que Pansy avait émis des doutes quant à la nature de ses sentiments envers elle, elle n'avait su pas quoi lui répondre, ne sachant pas si elle devait aborder le sujet avec lui. Il lui avait toujours semblé qu'ils étaient au clair sur le caractère platonique de leur relation. Mais si Théo éprouvait réellement quelque chose pour elle, elle avait peur que naissent des rancœurs et des tensions, une fois installés ensemble, quand ses sentiments à elle resteraient inchangés.
- Salut, Granger! surgit Drago en transplanant juste devant elle, la faisant sursauter.
- Malefoy! s'énerva-t-elle alors qu'il prenait place allègrement à côté d'elle. Il va vraiment falloir que tu apprennes à prévenir avant de débarquer ainsi, chez moi. J'ai failli tout renverser.
- Tu n'avais qu'à manger à table! Et puis, qu'est ce que c'est que ça? demanda-t-il à la fois sceptique et dégoûté en désignant de petits pétales bleus qui parsemaient son assiette.
- C'est de la bourrache, l'informa-t-elle. Çaprocure joie et courage!
- Luna?
- Luna! Mais ce n'est pas mauvais, c'est un peu iodé. Tu veux goûter? lui proposa-t-elle en lui tendant sa fourchette.
- Non, merci! Allez, termine. Je t'emmène!
- Et où comptes-tu m'emmener exactement, sans même me demander mon avis?
- Danser!
- Ho non, pitié!
- Cette fois, ce ne sera pas de la danse de salon à deux noises, Granger. Ce soir, tu vas expérimenter de la véritable danse, celle qui t'emporte, qui te fait vibrer! s'enthousiasma Drago.
- Non, merci! Je dois répondre à ces lettres et après, j'ai un bon livre qui m'attend.
- Tu sais que tu es un cliché de toi-même?
Hermione haussa les épaules tout en continuant à manger.
- Allez, fais pas ta grand-mère! reprit-il le regard soudain plus terne. J'ai eu une dure journée. J'ai besoin de changer d'air et Blaise et Pansy sont partis dîner chez les Parkinson. S'il te plaît, Granger...
Après la crise de sa mère la nuit dernière, il avait eu du mal à se rendormir. Cela avait ravivé en lui trop de choses douloureuses pour qu'il puisse fermer l'oeil rapidement. La guerre et les semaines qui avaient suivies, mais surtout ses regrets et sa culpabilité avaient tourné en boucle dans son cerveau. Il était finalement cinq heures quand il avait trouvé le sommeil. Et quand il s'était réveillé, ou plutôt quand un elfe était venu le réveiller, en début d'après-midi, sa mère avait tenu à avoir une discussion avec lui sur ce qu'il s'était passé. Elle voulait s'excuser et le rassurer. Ils avaient beaucoup parlé, enfin il avait surtout écouté sa mère parler. Malgré tout, il restait inquiet pour elle.
- "S'il te plaît", carrément? releva Hermione. Tu veux qu'on en parle? demanda-t-elle comprenant que quelque chose de sérieux avait dû se passer.
- Plus tard, éluda-t-il. Là, j'ai juste envie de sortir, boire un verre, danser et ne plus penser à rien. Je sais que c'est un concept qui t'est inconnu, mais c'est l'occasion d'essayer!
Hermione le regarda l'air contrit et inquiet. Après tout pourquoi pas. Il avait été présent pour elle ces derniers mois. Elle pouvait bien lui rendre la pareille en lui consacrant une soirée.
.
Drago et Hermione avaient atterri sur un trottoir de Camden town. La rue était loin d'être déserte, mais dans ce quartier du Londres moldu, réputé pour sa population punk et gothique, des sorciers pouvaient facilement passer inaperçus.
Ils poussèrent une petite porte ne portant aucune indication, située entre deux pubs londoniens. Une fois à l'intérieur, ils se trouvaient dans un couloir, vide et à priori sans issue, ne menant à rien d'autre qu'à un vieil homme assoupi sur une chaise à bascule. Drago avança jusqu'à lui, suivi d'Hermione qui se demandait bien où il l'emmenait.
- Salsalamandre, prononça Malefoy en jetant une pièce dans une tasse que l'homme tenait dans ses mains.
Sans que cela ne réveille le vieillard, le mur du fond s'ouvrit en deux pour les laisser passer. Drago fit entrer Hermione la première et une fois qu'il fût entré à son tour, le mur se referma.
Hermione découvrit alors l'endroit qui lui était totalement inconnu, elle qui n'avait pas l'habitude de sortir, autre que pour aller boire un verre au Chaudron baveur. Une ambiance feutrée, un bar où dessus duquel flottait le mot Janeiro en lettres lumineuses et des fauteuils cosy à l'entrée, dans le fond de la salle, elle aperçut des gens danser devant une scène sur laquelle se trouvaient quatre musiciens, dont un ressemblait fortement à Kirley Duke, le guitariste des Bizzar' Sisters. La musique était agréable et entraînante, un mélange de Jazz et de musique latine.
- Bonsoir, Pol, salua Drago une fois qu'ils eurent rejoint le bar.
- Heureux de vous revoir, Monsieur Malefoy. Que puis-je vous servir? demanda le serveur.
- Deux Buissoniers, lui répondit Drago.
- Avec supplément de rhum?
- Evidement!
- Je vous prépare cela toute suite, Monsieur.
Une fois servis, Drago paya leurs consommations, puis ils prirent place sur des tabourets attenants au bar. Hermione se tournant légèrement pour continuer à contempler les lieux.
Par dessus l'épaule de Malefoy, elle vit une jeune femme se diriger vers le bar pour passer commande, belle, blonde, élancée, approchant sûrement la trentaine. Elle était habillée d'une robe dorée trop courte pour pouvoir encore se nommer ainsi et d'immenses talons qui lui faisaient des jambes interminables. Bien qu'Hermione n'aurait jamais accepté de se vêtir de la sorte, elle se fit la réflexion que Malefoy aurait pu lui dire de se changer. Elle devait vraiment faire tâche, avec son jeans et ses baskets.
- Salut Drago! sussura soudain la jeune femme à l'oreille de Malefoy.
- Salut, Janis, souffla Drago sans même tourner la tête, visiblement peu ravi de cette arrivée.
- Je commencais à croire que tu étais mort, dit-elle en passant langoureusement un doigt le long de son bras, tout en se plaçant face à lui.
- Toujours en vie, comme tu vois. Mais je suis occupé là,...
- Quoi? Ne me dis pas que c'est pour ça, montra-t-elle Hermione d'un geste dédaigneux de sa main parfaitement manucurée, qu'on ne t'a plus vu depuis des lustres?!
- Je ne vois pas en quoi cela te concerne, s'exaspéra-t-il. Je t'ai déjà dit que ce n'était pas parce qu'on avait partagé nos fluides une fois, qu'on allait passer notre vie ensemble, Janis.
- Quand tu auras fini de t'amuser avec la pucelle, tu sais où me trouver, lança-t-elle sans se démonter.
- Hé! s'exclama Hermione qui commençait à moyennement apprécier le ton employé à son égard.
- C'est bon, Granger. Laisse tomber, murmura Drago pour lui faire comprendre que ça n'en valait pas la peine. Bonne soirée, Janis, la congédia-t-il en pivotant sur son siège pour faire face au bar et lui tourner le dos.
La fameuse Janis fusilla Hermione du regard, avant de tourner les talons en direction de ce qui semblait être ses amies, deux filles portant le même genre d'accoutrement et qui regardaient dans leur direction.
- C'est sympa cet endroit. On se sent toute suite à l'aise, ironisa Hermione.
- Fais pas attention à cette fille. Elle est folle.
- C'est l'effet que tu fais, que veux-tu. Toute médaille à son revers, Casanova, se moqua Hermione en sirotant son cocktail. C'est donc ici que tu viens à la pêche.
- Je pêche partout, moi! ricana Drago. Mais c'est vrai que ça mord bien par ici, se venta-t-il.
- Pourtant, tu ne viens plus trop apparemment...
- Disons que j'en ai un peu marre de manger du petit poisson.
- Drago Malefoy se serait-il assagi au point de vouloir trouver la carpe de sa vie?
- T'as vraiment un grain, Granger, constata Drago amusé en secouant légèrement la tête, mettant fin à leurs sous-entendus métaphoriques.
- C'est à cause du coktail, se justifia-t-elle. Ce n'est pas mauvais ce truc, formula-t-elle plus pour elle-même. D'ailleurs, mon verre est vide. Pol! l'interpella Hermione. Deux autres, s'il vous plaît.
- Bien, Mademoiselle, acquiesça poliment le serveur.
- Attention! Granger se lâche, se moqua Drago qui appréciait malgré tout la voir ainsi, plus décontractée.
- C'est pour ça qu'on est venus, non? lui lança-t-elle le regard malicieux.
- Prête à danser, alors?
- On va attendre encore un verre ou deux pour ça! se renfrogna-t-elle légèrement. Tu pourrais en profiter pour, par exemple, me dire pourquoi on est là? dit-elle innocemment.
- Grangerrrr!
Pourquoi fallait-il qu'elle gâche tout en lui rappelant déjà ses problèmes?!
- Désolée... Tu sais que je n'aime pas ne pas savoir. Mais j'ai compris, je te laisse tranquille. Sache juste que si tu as besoin de parler, je suis là, dit-elle sincèrement.
- C'est ma mère..., lâcha-t-il malgré lui, avant de tout lui raconter concernant ce qu'il s'était passé la veille.
Et voilà encore une fois, il se confiait à Granger! En même temps, cela lui semblait si facile de parler avec elle. Il savait qu'elle ne se moquerait pas, qu'elle ne jugerait pas surtout. Et finalement lui parler lui faisait du bien. Cela ne fit pas disparaître l'inquiétude qu'il éprouvait, mais il se sentait comme soulagé d'un poids.
Ils reprirent un verre, puis deux, tout en continuant de discuter jusqu'à ce qu'une fille qui devait à peine avoir la majorité, les interrompent. Elle avait de grands yeux verts et des cheveux noirs, bien lisses qui lui descendaient jusque dans le bas du dos.
- Bonsoir, tu veux danser? proposa la jeune fille à Drago avec audace.
Hermione termina son cocktail, quelque peu agacée, aspirant rapidement à la paille tout le contenu du verre pour ensuite le reposer vide, sur le comptoir. Décidément, encore une fois, personne ne semblait tenir compte de sa présence!
- Non, désolée! s'opposa soudain Hermione alors que Malefoy n'avait pas encore répondu. Il a déjà une cavalière, assura-t-elle fermement.
Elle avait sauté de son tabouret pour tendre la main à Drago, sans savoir vraiment ce qui lui avait pris. L'alcool embrumait légèrement son esprit et c'est seulement une fois debout qu'elle prit conscience qu'elle avait peut-être un peu abusé sur les cocktails.
Drago la regarda sourire un coin, les yeux rieurs et attrapa la main qu'elle lui tendait, sous la mine déçue de la jeune fille qui fit rapidement demi-tour.
- Tu aurais dû me dire plutôt qu'il suffisait que je te saoule pour que tu te montres un peu plus enthousiaste. Je ne manquerai pas de m'en rappeler pour notre prochain cours. Qu'est ce que tu préfères? Whisky? Rhum? Je peux demander la recette du Buissonniers à Pol, si tu veux?
- Tais-toi un peu, avant que je ne change d'avis!
Hermione se laissa entraîner vers la piste de danse, non sans tanguer légèrement, ce qui ne manqua pas de faire rire Drago.
Hermione regardait les couples qui dansaient déjà et se demanda si elle ne ferait pas mieux de tout suite retourner s'asseoir. Ils étaient bien là à discuter. Pourquoi avait-il fallu qu'elle l'invite à danser?!
Drago ne sembla pas tenir compte de ses doutes intérieurs et lui prit la main, avant de passer l'autre dans son dos la rapprochant vers lui.
- Ne réfléchis pas, lui conseilla Drago. Vide ton esprit. Laisse la musique imprégner ton corps. Fais abstraction du décor, des gens qui t'entourent. Il n'y a que toi, moi et la musique.
Hermione posa son autre main sur l'épaule de Malefoy et sous son regard encourageant, elle se laissa guider. Contre toute attente, elle arriva rapidement à lâcher prise. La chanson jouée à cet instant dégageait une sorte de mélancolie heureuse dans laquelle elle se laissa facilement emporter.
Malefoy la regardait à nouveau de ce regard intense comme il l'avait fait lors de leur cours, mais cette fois elle n'en ressentit aucune gêne. En fait, elle se sentait bien, là, entre ses bras. Elle se laissait totalement porter. La seule chose qui habitait son esprit était le visage de son cavalier qu'elle ne put s'empêcher de trouver beau. Bien sûr, elle n'avait jamais nié qu'il l'était, mais son arrogance, l'avait toujours empêchée d'apprécier pleinement son physique. Aujourd'hui, elle avait appris à apprécier sa beauté intérieure, celle qu'il avait laissée à peu de gens la chance d'apercevoir.
Rapidement, elle ne sentait plus que la chaleur de sa main dans la sienne, le contact de son corps contre le sien. Elle ne voyait plus que ses yeux bleus-gris perçants. Elle n'entendait plus que la musique au loin. Peut-être qu'elle lui marchait sur les pieds, elle n'en savait rien. Elle n'avait plus conscience de rien, à part lui.
Quand Drago s'arrêta, elle mit quelques secondes à comprendre que la chanson avait pris fin. Toutefois, ils ne se lâchèrent pas, ils ne détournèrent pas leur regard non plus, comme s'ils leur étaient impossible de rompre ce moment.
Hermione ressentit alors une envie, un désir insensé qu'elle essayait de refouler depuis plusieurs semaines. Elle ne savait pas si c'était à cause de l'alcool, mais cette envie, à cet instant, se fit plus forte que tout, plus forte que ses peurs, plus forte que sa raison. Alors telle une pulsion, elle monta sur la pointe des pieds, approcha lentement son visage de celui de Malefoy qui avait fermé les yeux. Ce qu'elle fit à son tour, encouragée, avant de franchir les quelques centimètres qui les séparaient encore. Mais alors que ses lèvres effleuraient enfin les siennes, lui procurant des frissons trop rarement ressentis, Drago la repoussa doucement.
Il avait posé ses mains sur ses épaules et s'était reculé lentement, gardant tout les yeux clos encore quelques instants.
Puis Hermione le vit bouger les lèvres, mais elle ne comprit pas les mots qu'il avait prononcés, sans savoir si c'était parce qu'il avait parlé trop bas ou parce que son cerveau s'était arrêté.
- Je.. Je suis désolé, bafouilla-t-elle morte de honte. Tu avais dit que si l'occasion se présentait... Et je pensais que... Je ne sais pas ce qu'il m'a pris. Je suis désolée. Je vais rentrer, dit-elle en quittant la piste de danse.
- Attends! la rattrapa-t-il en lui agrippant le poignet. Je te ramène. Il n'est pas prudent de transplaner avec tout cet alcool dans le sang.
- Parce que toi, tu n'as pas bu, peut-être ? l'interrogea-t-elle l'œil noir en se dégageant de sa poigne d'un coup sec.
- Si, mais j'ai davantage l'habitude que toi, répondit Drago l'air contrarié.
- Merci, mais je suis encore assez grande pour savoir ce qui est bon pour moi, cracha-t-elle, humiliée, juste avant de transplaner.
Elle savait qu'elle n'aurait pas dû transplaner, qu'elle aurait pu se désartibuler, mais elle était tellement honteuse et en colère de s'être ridiculisée de la sorte qu'elle n'avait pu rester une seconde de plus face à Malefoy. Heureusement ce rejet l'avait un peu aidé à dessoûler et elle était finalement rentrée chez elle en un seul morceau.
Elle avait cru voir des signes. La façon dont il la regardait... Ce regard l'avait fait se sentir désirable. Ou du moins la manière dont elle croyait qu'il la regardait. Non, mais quelle idiote!
Hermione essuyait rageusement du revers de sa manche les larmes qui coulaient malgré elle quand Luna sortit de sa chambre, probablement alertée par le bruit qu'elle avait dû faire en rentrant.
- Hermignonne, pourquoi pleures-tu ? demanda Luna à moitié endormie dans son pyjama une pièce en forme de dragon.
- Ho Luna, gémit Hermione en se jetant dans les bras de son amie. Je me sens tellement ridicule. J'ai...J'ai failli embrasser, Malefoy, dit-elle en sanglotant.
- Et tes larmes coulent parce que ça a failli se faire ou parce que ça ne s'est pas fait? demanda doucement Luna.
- Je...Je ne sais pas..., avoua Hermione en relâchant sa prise.
Elle attrapa un mouchoir que Luna venait de faire apparaitre et se moucha bruyamment, avant de reprendre :
- Je vais me marier. Je n'aurais jamais dû faire ça.
- Oui, mais tu ne l'as pas fait, la rassura Luna.
- Uniquement parce qu'il m'a repoussée! Visiblement, je ne suis pas assez bien pour le Grand Drago Malefoy! s'emporta Hermione avec rancœur.
- Ou peut être qu'il te respecte assez pour ne pas profiter de la situation, suggéra Luna à qui l'état d'ébriété de la jeune femme n'avait pas échappé.
- Luna, pourquoi cherches-tu toujours à voir le bien chez tout le monde?
- Parce qu'on est tous fait d'ombre et de lumière, Hermignonne. Bois un grand verre d'eau et va dormir. On en rediscutera demain.
- En espérant que le regret et la honte disparaîtront durant la nuit, se lamenta Hermione en rejoignant sa chambre.
Jamais plus, elle n'oserait regarder Malefoy en face! Ho, par Merlin, qu'est ce qu'elle avait fait?!
