Il y a un an de ça, jour pour jour, à l'occasion de l'anniversaire d'Alycia Debnam Carey, je publiais le premier chapitre de cette histoire.

Je comptais publier l'épilogue un peu plus tard, mais finalement, je trouve que c'est plutôt bien tombé, donc ce sera ce soir.

Un an, ça m'aura pris un an pour terminer (car j'ai commencé à l'écrire bien avant ça) et publier cette histoire en entier. Bien plus de temps que j'aurais imaginé. Mais finalement, malgré toutes les difficultés que j'ai eu à l'écrire, et malgré que le résultat ne soit pas à la hauteur de mes espérances, je me dis que l'essentiel c'est d'être allé au bout de l'aventure.

Et je me dis aussi que si vous, les lecteurs, n'aviez pas été là, je n'aurais peut être pas été jusqu'au bout. Alors merci, mille fois merci, à vous tous, aux fidèles, aux guests de passage, aux réguliers, à ceux qui ont lu jusqu'au bout, ceux qui se sont arrêtés à mi chemin, ceux qui laisse leur petit mot à chaque chapitre, aux timides, bref, merci à tous.

Sur ce, je vous laisse à la lecture de cette courte conclusion,

May we meet again.

F.


EPILOGUE


Elle émerge péniblement. Entre deux mondes, entre les rêves et la réalité. Elle sait qu'elle n'est pas dans son lit, l'odeur n'est pas la même. Elle reconnaîtrait ces odeurs entre milles, elles ont accompagnées les longs mois difficiles où elle veillait son père à l'hôpital. Un rapide inventaire ne lui permet pas de détecter la moindre douleur suspecte, qui lui indiquerait pourquoi elle se trouve là. Malgré elle, son nez se fronce, tentant de se débarrasser de cette odeur qui lui amène des souvenirs trop désagréables, et elle force ses yeux fatigués à bouger dans le but de les ouvrir.

- Clarke ? S'exclame une voix pleine d'espoir.

Au son de cette voix, un sourire vient s'étaler sur ses lèvres, bien plus instantanément qu'elle n'arrive à ouvrir les yeux. Malgré la lumière tamisée de la petite chambre austère, elle met un moment à faire le point. Se demandant vaguement depuis combien de temps ses yeux sont fermés pour avoir autant de mal, elle repère une silhouette familière debout juste à côté d'elle, qui lui tient la main.

- Lexa. Répond-elle simplement la voix enrouée.

Elle se racle la gorge, ne comprenant toujours pas ce qu'il s'est passé, mais heureuse de se réveiller aux côtés de la femme qu'elle aime.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demande-t-elle, la gorge la brûlant à chaque mot.

Elle tousse un peu tandis que Lexa s'installe sur le lit, prenant garde à ne pas la bousculer, et lui tend un verre d'eau dont elle prend immédiatement une gorgée, qui lui fait un bien fou. Sans répondre, Lexa cherche à croiser son regard, et accroche celui-ci avant de parler.

- Tu t'es fait hypnotiser, par Gaïa, tu te souviens ?

La bouche un peu pâteuse, Clarke hoche la tête pour acquiescer, avant de prendre une autre gorgée d'eau.

- Tu as trouvé...l'anomalie, l'autre, et tu t'es...battue ? Je crois, ou quelque chose comme ça.

- J'ai gagné ?

Les yeux verts posés sur elle la dévisagent avec insistance, comme s'ils cherchaient quelque chose. Clarke fait un signe de la tête, trahissant son impatience d'entendre la réponse à sa question.

- Alors ? Fait-elle un peu brusquement.

L'eau a hydraté sa gorge et sa langue, rendant moins douloureux le fait de parler. Sans dire un mot, Lexa passe un bras de l'autre côté de Clarke, et prend appuie tout en se penchant sur elle, approchant leurs bouches à quelques centimètres l'une de l'autre.

- A toi de me le dire...chuchote-t-elle sensuellement, éveillant d'un coup tous les autres sens de Clarke.

Oubliant l'hôpital, sa question, et le verre en plastique qui éclate en s'échouant sur le sol, elle passe ses bras autour du cou et attire Lexa dans un baiser passionné. Un léger grognement de frustration lui échappe lorsque celle-ci se recule en souriant.

- Oui. Tu as gagné. Annonce-t-elle finalement, en lâchant un petit rire soulagé.

Lexa bouge légèrement, sans pour autant s'éloigner. Un pincement sur le dos de la main ramène Clarke à la réalité. Elle observe curieusement le cathéter qui s'enfonce entre les os fragiles, et lève les sourcils en regardant Lexa.

- Tu es tombée dans une sorte de coma. Suite à l'hypnose. En réalité tu ne t'es jamais réveillée. Je t'ai fait transporter à l'hôpital.

Le visage de Clarke blanchit sous le coup de l'effarement.

- Combien de temps...commence-t-elle.

-...cinq ans. Finit Lexa la tête baissée.

Juste avant d'éclater de rire devant le visage décomposé de Clarke.

- Non je plaisante, c'était il y a trois jours. Rectifie-t-elle en riant toujours malgré le regard noir que lui lance la jeune blonde.

Si un regard pouvait tuer.

- Tu devrais avoir honte de toi Lexa Wood ! Crie-t-elle en la repoussant et la faisant presque tomber du lit.

Elle croise les bras et se détourne pour bouder tandis que Lexa reprend peu à peu contenance suite à sa plaisanterie de mauvais goût.

- Désolée, c'était...ce n'était pas très gentil je l'avoue. Mais...c'était une blague entre Octavia et moi, elle t'a veillée aussi quasiment tout le week-end, d'ailleurs elle ne devrait pas tarder à arriver. Ça m'a fait du bien de savoir que je pouvais compter sur elle.

- Grumpf...grogne Clarke, toujours pas disposée à se retourner. Évidemment, il n'y a qu'Octavia pour penser à faire ce genre de blague d'un goût douteux.

- Clarke, je suis désolée. Je ne te jouerai plus de tour. Promis. Même si tu me refais un coup pareil. Ce que tu n'as pas intérêt à faire je te préviens. Je n'en supporterai pas plus. Tu as épuisé ton quota de trucs bizarres pour toute la vie.

Relâchant bruyamment une profonde inspiration, et bien décidée à se venger, Clarke fini par se retourner pour lui faire face. L'once d'irritation encore présente dans ses yeux est vite effacée, quand Lexa, se penchant rapidement, lui vole un baiser, et se réinstalle sur la chaise qu'elle a tirée plus près du lit.

Une voix claire se fait entendre derrière la porte, et un médecin d'une quarantaine d'années fait son entrée, accompagné de deux hommes plus jeunes, probablement des internes en formation. Clarke le reconnait immédiatement, Marcus Kane a été un collègue de sa mère pendant quelques années, et avait clairement un faible pour celle-ci.

- Docteur Kane ? S'étonne-t-elle alors qu'il s'approche, un sourire doux et charmeur sur le visage.

En se tournant avec inquiétude vers Lexa, elle l'interroge du regard sur la situation. Aucune chance qu'elle se soit retrouvée à l'hôpital sans que sa mère ne soit au courant.

- Abby ne sait pas que tu es là. La rassure Lexa immédiatement, échangeant un regard discret avec le docteur.

Celui-ci fait sortir les étudiants, avant de s'approcher de nouveau de sa patiente.

- Bonjour Clarke, je suis content que tu te sois réveillée. Cela faisait longtemps que je ne t'avais pas vu.

- Presque dix ans je dirais. Confirme-t-elle.

Il décroche son stéthoscope d'un geste expert, et commence à l'ausculter, tout en posant quelques questions sur son réveil et ses souvenirs. Clarke se laisse manipuler, en répondant sporadiquement. Son regard se promène dans la salle, remarquant le bouton d'appel près de la table de chevet, probablement actionné par Lexa quelques minutes auparavant. Une fois le bilan effectué, le docteur Kane se redresse, écrit quelques gribouillis sur la fiche de suivi au pied du lit, et fourre ses mains dans les grandes poches de sa blouse blanche.

- Mademoiselle Wood, ici présente, a su se montrer convaincante sur les personnes à prévenir. Vous êtes en pleine forme, vous allez pouvoir sortir bientôt. Je compte sur vous pour prévenir votre mère vous-même à présent.

Il repart comme il est venu, ses élégants cheveux gris ondulants sur sa nuque alors qu'il s'éloigne.

- Comment tu as fait ? Demande Clarke dès que la porte se referme sur l'homme.

- Disons que Marcus et mon père sont de vieux amis. J'ai usé de toute l'influence et du pouvoir que j'avais pour qu'il ne prévienne pas Abby. En tout cas pas avant qu'on n'ait plus le choix.

Clarke prend un instant pour apprécier l'immense faveur qu'on lui a faite, si sa mère avait été au courant qu'elle avait perdu connaissance aussi longtemps, elle s'en serait sans aucun doute servit contre elle.

- Alors ? Gaïa a dit que tu avais réussi. Tu te souviens de quelque chose ? Est-ce que tu l'as...enfermée ? Ou...

- Je ne me souviens pas. Pas précisément. Mais je ne l'ai pas enfermée. C'est certain.

- Comment peux-tu en être sure ?

- Déjà parce que, je me sens en paix. Je ne pense pas que ça pourrait être le cas si j'avais cette bête en cage quelque part au fond de moi. Et ensuite...

- Ensuite ?

- Mes souvenirs me sont revenus. Marmonne Clarke en grimaçant de dégoût.

À cette annonce, passe sur le visage de Lexa une panoplie d'émotions indéchiffrables. Soulagement ? Répulsion ? Douleur ? Amusement ? Peut-être un peu de tout ça.

- OK. Tu te souviens, et tu es toujours la même. Ma Clarke. C'est bien fini.

- Comment peux-tu être certaine que je suis bien moi ? Demande Clarke, que cette question effraie au plus haut point.

- Je le sais. Tes yeux ne mentent pas. Ni tes baisers.

Rougissant profondément, les paroles de Lexa atteignent leur but, et Clarke se sent rassurée. Lexa s'avachit, son menton se posant sur ses mains, placées au bord du lit, non loin du bras de son amante. Elle laisse son regard se perdre dans le vague, et laisse courir ses doigts. Clarke soupire et se laisse aller sur l'oreiller, profitant du doux contact de Lexa sur la peau fine de son avant-bras.

- Qu'est-ce qu'on va faire avec ma mère ? Demande-t-elle finalement après un long moment de silence.

Le sourire confiant que Lexa lui adresse fait s'envoler immédiatement toutes les inquiétudes qui venaient de l'assaillir, à la pensée désagréable, qu'il lui restait encore un problème de taille à régler.

- J'ai mis mes avocats sur le coup. D'après eux, sans l'amnésie, elle ne pourra rien contre toi. Tu as trop de témoins de ton côté maintenant. Ce manque de souvenirs était la seul chose qu'elle pouvait utiliser pour te ramener à elle. C'est du passé maintenant.

Clarke lui adresse un sourire triste pour toute réponse.

- Quoi ? S'inquiète Lexa qui pensait que ces bonnes nouvelles apporteraient du baume au cœur à sa petite amie. Ce sont les souvenirs ? C'est si dur que ça ?

- Étonnement, non. Ce n'est pas agréable, loin de là. Mais c'est moins difficile que ce que j'imaginais. C'est comme si quelqu'un d'autre les avaient vécus. Ce qui est la vérité d'ailleurs. C'est juste que j'ai les images.

- Alors quoi ? C'était quoi cette tête ?

- Ma mère. Je n'arrive toujours pas à croire qu'elle ait tenté de...me contrôler.

- Elle ne peut rien faire Clarke. Je t'assure. Fait-moi confiance.

- Elle a failli me détruire Lexa. Moi, et toi avec. Cette...autre personnalité, c'était elle. La responsable, c'était ma mère. La fille qu'elle avait toujours voulue. Forgée dans mon obsession à ne pas être comme elle, à ne pas suivre sa voie, à refuser systématiquement tout ce qui venait d'elle.

- Tu sais Clarke, je ne suis pas la plus grande fan de ta mère, mais je suis sûre qu'au fond, elle t'aime. A sa façon. Dit tendrement Lexa, tout en capturant les doigts fins pour venir les embrasser délicatement.

- Je suis persuadée qu'elle m'aime. Que tout ce qu'elle a toujours fait, elle l'a fait pour moi, parce qu'elle m'aime. Comme quoi...certaines personnes aiment terriblement mal. Finit Clarke, les yeux baignés de larmes.

Lexa se soulève de sa chaise et vient rejoindre Clarke dans l'étroitesse du lit pour la prendre dans ses bras. Un premier sanglot secoue la jeune femme à l'instant où elle l'enlace fermement. Elles restent là, Clarke relâchant une tension accumulée depuis son enfance, et Lexa la rassurant, passant ses mains dans son dos pour la calmer, en lui murmurant des mots apaisants.

Finalement, Clarke relève la tête, tournant son visage strié de sel vers sa compagne. Le flot de larmes s'est tari. D'un geste impatient, elle saisit un bout du drap blanc et impersonnel, et s'essuie la figure, faisant disparaître la trace de son chagrin. Elle s'assied dans le lit, repoussant la couverture.

- C'est fini. Dit-elle, prenant doucement conscience de ce que cela signifie, dans toutes ses implications.

C'est fini. Sa mère ne sera plus jamais un obstacle à sa vie. C'est fini. Son double maléfique a été vaincu et ne réapparaîtra plus jamais. C'est fini, et en même temps, c'est un nouveau départ qui s'offre à elle. Une nouvelle vie avec Lexa, avec toutes les possibilités que ça implique. Elle tourne son attention vers sa compagne, toujours allongée sur le lit, la regardant avec attention, prête à intervenir en cas de signal de détresse. Mais elle n'en voit aucun, Clarke va bien. Alors Lexa se détend, et, la fatigue des longs jours de veille la rattrapant, ferme les yeux quelques instants.

Des pas se font entendre, les chaussures qui couinent sur le lino, caractéristique des couloirs hospitaliers. Clarke tend l'oreille et croit reconnaître une voix familière. Elle n'est donc pas surprise de voir Octavia rentrer avec fracas dans la pièce sans même frapper, suivie de Lincoln. Son amie s'immobilise en ne voyant pas Lexa dans son habituel fauteuil au pied du lit, et penche la tête pour avoir une meilleure vue sur le lit. Sa mâchoire tombe en voyant Clarke l'observer d'un air curieux, assise sur le lit. Octavia ne prend même pas le temps de remarquer Lexa qui se réveille en sursaut suite à son entrée peu discrète. Elle lève les bras en l'air alors qu'un sourire vient envahir son visage.

- Tu es réveillée ? Commence-t-elle ravie et soulagée.

Et Clarke répond le plus sérieusement du monde, bien décidée à savourer sa vengeance sur la petite blague à son réveil.

- Qui êtes-vous ?

THE END