« Bonjour, jeune Maître... » Entendit-il contre son oreille, ce qui le fit sourire et ouvrir les yeux. Il poussa un petit soupir ensommeillé et se recula un peu pour pouvoir se blottir contre le démon derrière lui. Ce dernier resserra sa prise autour de sa taille et embrassa son épaule.

« Quelle heure est-il ? » Marmonna-t-il alors qu'il voyait l'aube à peine poindre le bout de son nez par la fenêtre dont il avait exigé de conserver les rideaux ouverts la veille. Sebastian soupira légèrement. Son souffle caressa son visage et il frissonna. Tout était parfait et sentait si bon...

« Très tôt, je suis navré d'avoir dû vous tirer de votre sommeil, mais vous m'avez ordonné de rester avec vous jusqu'à votre réveil et, malheureusement, je ne pouvais plus attendre... » Se justifia le majordome en le serrant encore davantage dans ses bras.

« Ah oui ? » Souffla-t-il, un sourire au coin des lèvres.

« J'ai hélas un travail colossal à accomplir pour que la maison fonctionne comme elle le devrait...Mais je vous en prie, reposez-vous encore. Je reviendrais vers vous après avoir préparé le petit déjeuner. » Reprit Sebastian alors que sa main parcourait lentement son torse et son ventre pour caresser sa peau.

« Très bien, vas-y, ne fais pas attention à moi. » Répondit-il d'un ton lent.

« Ne me dites pas ça, vous êtes une de mes priorités. » Répliqua instantanément le majordome. Il rit doucement. Il n'était pas la seule et unique, il le savait, mais c'était déjà plaisant à entendre. Il s'empara de la main qui le caressait pour la relever près de son visage et en embrasser la paume. La vague de frisson qu'il ressentit à ce contact le fit sourire davantage. Il était complètement apaisé et il réalisa par ailleurs qu'il se sentait terriblement bien, ça faisait longtemps qu'il n'avait pas aussi bien dormi.

« Va. » Ordonna-t-il, bien qu'il aurait voulu plus. Il mourrait d'envie de se consumer dans les bras de son démon, mais il voulait faire les choses correctement et ne pas les lui imposer, pas tout de suite, il avait suffisamment reçu d'attention ces dernières vingt-quatre heures, bien plus qu'il n'en avait eu au cours de sa nouvelle vie, il ne ressentait, pour la première fois depuis longtemps, plus le besoin d'être collé à qui que ce soit. La solitude, quand elle n'était pas quotidienne, avait des avantages. Il frissonna de nouveau en sentant le majordome se détacher de lui pour se lever, il n'avait pas réalisé à quel point il lui tenait chaud. Mais il ne le retint pas. Sebastian s'habilla en silence, le regard perdu sur les courbes de son jeune maître à peine couvert. Il ne se sentait pas coupable, pas vraiment, pas encore. La culpabilité n'était pas une émotion qui touchait les démons de manière générale, d'ailleurs, ils n'étaient pas vraiment impactés par le spectre émotif. Au contraire il se sentait bien, complet, comme repu bien que, techniquement, il était toujours aussi affamé. C'était une sensation étrange. Mais il sourit en regardant la paume de sa main gauche. Plutôt ironique. Songea-t-il avant de jeter un œil au dos de la même main puis de la recouvrir de son gant étincelant. Il se rapprocha du lit pour rabattre la couverture sur le corps de l'adolescent qui semblait déjà s'être refroidi un peu, puis il glissa les doigts dans ses cheveux pour les caresser et les dégager de son joli visage avant de se redresser. Dès qu'il entendit la porte se refermer après le départ de Sebastian, il se redressa. Il se passa une main sur le visage et soupira. Il avait l'impression de s'être réveillé d'un sommeil trop profond ou d'un rêve incompréhensible. Est-ce qu'il avait vraiment parlé à Sebastian ? Est-ce qu'il avait vraiment sentit sa chaleur sur sa peau ? Ses caresses ? Ses baisers ? Il se leva en silence, comme par peur d'être réprimandé, et fit quelques pas hagards dans la chambre. Il se rapprocha de la coiffeuse dans un coin de la pièce et leva une main tremblante pour diriger le miroir vers lui. Il sourit légèrement. Son reflet lui renvoyait une image qu'il avait très peu vu au cours de sa vie. Il avait l'air en pleine santé pour une fois, pas trop pâle, pas trop cerné, son regard turquoise pétillait et ce n'était pas simulé pour une fois, il se sentait absolument vivant. Mais ce n'était pas tout. Il voulait s'assurer de ne pas avoir rêvé parce que ça l'aurait vraiment mis hors de lui. Alors il prit une inspiration et ouvrit lentement la bouche pour tirer la langue.