Note de la traductrice : Et voici l'épilogue de cette histoire ! Merci à toi, Boby-Angel, pour ton commentaire, tu auras la réponse à ta question dans ce chapitre, j'espère qu'il te plaira tout autant que le dernier ! Merci beaucoup à vous de m'avoir accompagnée dans cette traduction, n'hésitez pas à laisser des commentaires si vous avez aimé et je vous dis à une prochaine fois sur d'autres traductions !
Epilogue : Un nouveau monde
Cette nuit-là, Otabek n'arrive pas à dormir. Il tourne et se retourne dans son lit, fronce les sourcils, plisse les yeux en voyant l'heure affichée sur le réveil sur sa table de nuit.
2 heures 35 du matin. Génial.
Il s'extirpe hors de sa couchette, allume la lumière et farfouille à la recherche d'un T-shirt propre. S'il ne peut pas dormir, autant faire quelque chose d'utile.
Tout est silencieux sur le bateau alors qu'il sort discrètement dans le couloir. La plupart des chercheurs suivent des horaires réguliers, couchés tôt et levés tôt. Yurio et Viktor se sont retirés peu après la fin de l'histoire dans les quartiers mis à leur disposition, Viktor s'excusant en souriant d'avoir à reposer ses vieux os fatigués.
"Je ne peux malheureusement plus rester debout toute la nuit," avait-il dit. "Pas comme vous, les jeunes."
Otabek bâille tandis qu'il ouvre la porte d'un coup d'épaule, s'avance sur le pont, frissonne un peu quand la brise fraîche de l'océan décoiffe ses cheveux. Il s'emmitoufle un peu mieux dans sa veste, puis s'immobilise soudain.
Car se trouvent un peu plus loin Viktor et Yurio en train d'observer la mer côte-à-côte. Viktor tient quelque chose dans sa main, s'apprête à le jeter dans l'eau, et ce n'est que lorsque les lumières du navire se reflètent sur l'objet que Otabek réalise ce dont il s'agit.
"Non !" crie-t-il instinctivement, et il court dans leur direction. Yurio fait volte-face et le fusille du regard.
"Reste où tu es," siffle-t-il. A côté de lui, Viktor se retourne également, plus doucement. Il est en train de sourire, d'un sourire un peu triste.
"Ce n'est rien, Yurio," dit-il. Il fait signe à Otabek de venir les rejoindre. "Approchez-vous."
Otabek s'exécute maladroitement, le regard fixé sur le bijou que tient Viktor, qui étincelle dans la nuit. Il n'arrive pas à en détacher les yeux.
"Vous l'aviez," chuchote-t-il d'une voix rauque. "Vous l'avez gardé avec vous pendant tout ce temps."
"Oui," acquiesce Viktor. "Je l'avais mis dans ma poche cette nuit-là. En réalité, je ne l'ai jamais mis dans le coffre à ma disposition. Il n'avait pas de valeur à mes yeux."
Otabek lève la tête, croise le regard de Viktor. Il s'attend à y voir une lueur de satisfaction, de la fierté peut-être - après tout, cet homme a réussi à induire en erreur une équipe entière de chercheurs et scientifiques qualifiés - mais ce n'est que de l'empathie et de la gentillesse qui brillent dans ses yeux. "Et la photographie ?"
Viktor rit. "C'est drôle, vous savez. Phichit me l'a donnée au dîner, la nuit où le bateau a coulé. C'était la première photographie prise de moi en train de sourire, en train de sourire vraiment. Pour moi, cela avait beaucoup plus de valeur qu'un vulgaire vieux caillou."
"S'il vous plaît," insiste Otabek, haïssant le tremblement de sa voix. "S'il vous plaît, je cherche ce collier depuis tellement longtemps. Laissez-moi juste..." Il déglutit. "Laissez-moi juste le voir de plus près."
Viktor hésite, puis acquiesce lentement. Yurio les regarde faire, méfiant tandis que Viktor dépose dans la paume de la main d'Otabek la chaîne et le diamant.
Et le voilà enfin. Dans sa main, brillant à la lumière des étoiles. Le plus gros diamant bleu au monde. Le diamant des Nikiforov.
"... Vous allez le jeter à la mer," devine-t-il calmement, refermant ses doigts sur le bijou.
"Oui," confirme Viktor, la voix égale.
"Pourquoi ?"
Viktor tend la main et pendant un instant, Otabek songe à ne pas lui rendre le diamant. Il pourrait le serrer dans sa main, s'en aller et -
Il laisse tomber le collier dans la paume tendue de Viktor. Otabek n'arrive toujours pas à en détacher les yeux. Viktor s'accoude à la rambarde. Soupire.
"Viktor Nikiforov," dit-il lentement, "est mort il y a de cela des années. Juste là." Il désigne d'un geste les vagues qui viennent lécher la coque du navire, où en-dessous de leurs pieds à plusieurs kilomètres de profondeur gît la carcasse du Titanic. "Le diamant, c'était son héritage à lui. Pas à moi. Je suis là pour le lui rendre."
La gorge sèche, Otabek se tait.
"Monsieur Altin," demande à voix basse Viktor. "Est-ce que vous le voulez ?"
"Oui."
"Plus que tout ?"
Il ouvre la bouche et s'apprête à répondre, mais une brise s'élève soudain, ébouriffant les cheveux de Yurio, et Otabek parvient enfin à détacher son regard du collier. A côté de Viktor, Yurio le fixe, l'air impassible, les yeux perçants, attendant sa réponse.
"... Non."
Le sourire de Viktor transparaît dans sa voix.
"Bien," acquiesce-t-il doucement. Otabek entend à peine le léger bruit d'éclaboussement que fait le collier lorsqu'il tombe de doigts fatigués et disparaît dans l'eau sombre en contrebas.
Otabek sait que lorsque le Titanic a sombré, il s'est passé sept minutes pour qu'il atteigne le fond de l'océan. Que pour ce petit collier, cela prendra bien plus longtemps, emporté par les courants. Il n'a aucun moyen de déterminer avec certitude où il va atterrir, un millier de variables à prendre en compte - des vagues dominantes aux poissons des profondeurs - qui rendent toute approximation impossible.
Mais il sait que cela n'a pas d'importance.
Il y a de cela des années, à des kilomètres de là, dans un petit appartement à New York, Viktor, Yuuri et Yurio construisent leur chez-soi.
Ils ont de l'argent. Les avocats et les experts-comptables de la famille de Viktor se sont révélés plus qu'efficaces. Même si officiellement Viktor Nikiforov est porté disparu en mer, ils parviennent grâce à leur aide à récupérer suffisamment d'argent pour qu'ils puissent mener tous les trois une vie plus que confortable.
L'appartement est petit - juste assez d'espace pour eux trois et Makkachin. Il n'y a ni marbre précieux ni lustres brillant de mille éclats. Yuuri le trouve quand même un peu trop richement orné par rapport à ses origines, comme il le dit lui-même, aussi Viktor lui sourit juste et lui propose de se débarrasser de ce qu'il ne lui plaît pas. Yuuri se met à rire, et ne le prend jamais au mot.
Les funérailles de Viktor sont célébrées en grande pompe. Y assistent toute la crème du monde aristocratique et mondain et - secrètement - Viktor lui-même. La cérémonie était très émouvante, raconte-t-il à Yuuri par la suite. Christophe, mû par son amour des grandes envolées dramatiques, avait même trouvé le moyen de se jeter en pleurant sur son cercueil vide.
"J'aurais dû être à sa place !" avait-il hurlé, son cri de désespoir parfaitement simulé résonnant dans l'église tandis que les prêtres tentaient en vain de le consoler. "Oh ! Il était trop jeune et trop beau pour mourir !"
Viktor avait réprimé un rire, et quand la femme à côté de lui l'avait fusillé du regard, il avait fait mine de tousser.
Yuuri ouvre une école de danse classique. Yurio est son premier élève, et bien vite Yuuri devient le professeur de danse le plus recherché et le plus réputé de tout New York. Il demande un jour à Lilia si elle y est pour quelque chose, mais cette dernière n'a qu'un reniflement dédaigneux en réponse.
"Je ne vois pas de quoi tu parles. Ce n'est pas comme si je me rappelais de toutes les petites choses dont je fais part à mon cercle de connaissances."
Yuuri sourit et lui propose une autre tasse de thé.
On ne reconnaît Viktor qu'une seule fois, à Central Park alors qu'il est en train de promener Makkachin. C'est un ami de ses parents, celui qui lui a suggéré d'embarquer sur le Titanic pour faire la traversée d'ailleurs. La White Star Line, avait-il vanté, n'avait pas d'égale dans le milieu des compagnies maritimes. Il y était actionnaire.
Quand il aperçoit Viktor, il le fixe, les yeux écarquillés, s'avance d'un pas vers lui. Viktor panique. Et fait la seule chose qui lui vient à l'esprit.
L'air impassible, il le pointe d'un doigt accusateur. Puis, profitant qu'un groupe de touristes leur bouche la vue, il se cache derrière un arbre.
L'homme pâlit brusquement, puis s'enfuit comme si le Diable était à ses trousses. La rumeur court qu'il serait enfermé dans un hôpital psychiatrique. Viktor se sent coupable à chaque fois qu'il y pense.
Yurio fait son éducation dans une école réputée. Il ne l'aime pas au début. Ses camarades sont horriblement coincés ("On dirait qu'ils ont une cuillère en argent fourrée dans le cul," se plaint-il à Viktor une fois, et ce dernier éclate de rire tandis que Yuuri tente en vain de paraître scandalisé), et ils le méprisent.
Les tensions finissent par se cristalliser quand un garçon plus âgé que lui le voit déballer de son sac à dos son déjeuner que Yuuri lui prépare tous les jours affectueusement. Il grimace d'un air railleur.
"C'est quoi, cette bouffe ?" se moque-t-il.
"Ce sont des plats japonais," répond froidement Yurio, sachant pertinemment que cette conversation va dégénérer.
Elle dégénère tellement qu'ils sont tous les deux convoqués dans le bureau du directeur. Et après ça, il rentre à la maison avec un œil au beurre noir et un mot. Yurio s'attend à tout, des cris, des gros mots, des portes qui claquent - sauf à leur réaction.
Parce que Viktor et Yuuri ont l'air terrifié. Ils remarquent l'ecchymose autour de son œil, et inquiets, remplis d'affection, ils le font s'asseoir sur le sofa, caressent ses cheveux d'une main excessivement douce. Viktor lui tend un gant froid à appliquer sur son visage pour atténuer la douleur tandis que Yuuri s'agite nerveusement, ignorant totalement le mot du directeur que Yurio serre dans ses mains.
"Cela n'a pas d'importance," déclare Viktor.
"Le plus important, c'est que tu ailles bien," ajoute Yuuri.
Yurio essaie de ne plus se bagarrer après ça. Quelques personnes lui cherchent des noises, mais il apprend comment les gérer. Il déteste que ses parents s'inquiètent.
"Je m'ennuie," se plaint un jour Viktor, allongé sur leur lit comme la baleine échouée la plus élégante du monde. Yuuri, assis à la coiffeuse, est en train d'écrire des conseils à donner à ses élèves plus âgés pour leur prochain récital de danse.
"Oh ?"
"Je n'ai rien à faire." Viktor soupire, roule sur le ventre et le menton dans une main, regarde le dos de Yuuri. "Tu enseignes et Yurio va à l'école. L'appartement est tellement vide quand vous n'êtes pas là. J'ai envie de hurler."
Yuuri sourit. C'est tout Viktor, ça, songe-t-il avec affection, de trouver à redire avec une vie d'oisiveté.
"Tu pourrais trouver un travail."
"Oh, je t'en prie," renifle Viktor, sceptique. "Quelles compétences j'ai à offrir ? Bonjour, je m'appelle Viktor Katsuki -" Yuuri fait de son mieux pour ignorer le petit frisson de plaisir qui le traverse à chaque fois qu'il l'entend s'appeler comme ça. "- et je suis très doué aux jeux de palets et à faire la conversation en étant poli et courtois en toutes circonstances."
"Tu sais jouer du piano."
Viktor acquiesce vaguement. "Oui, j'imagine. Mais je n'arrive jamais à m'en tenir à la partition."
Yuuri lui jette un regard par-dessus son épaule.
"Alors compose."
Les mois se transforment en années, puis en dizaines d'années, et le diamant des Nikiforov prend la poussière dans un écrin posé sur la coiffeuse de Viktor.
Jusqu'à ce qu'un jour, Yuuri surprenne le visage de son mari aux nouvelles télévisées.
"Viktor," dit-il doucement. Ce dernier lève la tête.
"Oh," murmure-t-il, parce que soudain le passé semble si proche, si net, si saisissant que l'inspiration qu'il prend se fait tremblante.
Yuuri s'approche. Prend la main de Viktor dans la sienne.
Quelques jours plus tard, Viktor rentre à la maison. Sa démarche est plus légère, son sourire plus large. Yuuri, assis sur le sofa, rit quand Viktor met de la musique, lui prend les mains, l'incite à se mettre debout.
"Fais attention," dit-il en souriant. "Ta hanche."
"Ne t'inquiète pas pour ça," répond Viktor, prenant Yuuri par la taille. "Danse avec moi."
Yuuri obéit avec plaisir. Et peu importe le nombre de fois où ils ont dansé tous les deux, joue contre joue, les yeux brillants dans la lumière chaleureuse et douce des lampes, pour eux, c'est toujours aussi magique que comme si c'était la première fois.
Des années auparavant, à des kilomètres de là, dans une salle bondée, Viktor et Yuuri ont dansé en chœur, ri ensemble, sont tombés amoureux. Et ils ne sont pas prêts de s'arrêter.
FIN
Note de l'auteur : Wow, regardez-moi ça. J'ai fini. Honnêtement, je ne pensais pas y arriver, mais j'imagine que parfois on se surprend soi-même ! Et c'est une très bonne chose.
J'aimerais remercier toutes celles et ceux qui ont lu cette histoire, qui ont laissé des commentaires, qui ont aimé. Sans votre soutien, je vous assure que cette fanfiction se serait arrêtée aux alentours du chapitre 5 ! Cela me fait vraiment plaisir que vous appréciez mon travail ! Et si jamais vous aimez mon style d'écriture et que vous en voulez plus, n'hésitez pas à jeter un œil à mes autres fanfictions sur Yuri on Ice. Certaines sont terminées, d'autres non, et j'espère pouvoir écrire bientôt une fanfic située dans le monde de la Belle et la Bête.
Remerciement spécial à mes très chères amies Lisa et Megan, qui ont créé des œuvres d'art magnifiques pour cette histoire et qui ont supporté mes messages et appels à toute heure du jour et de la nuit quand j'étais submergée par le scénario sans rame pour m'en sortir. C'est grâce à vous si j'ai pu aller jusqu'au bout, et vous ne pouvez pas savoir à quel point je vous en suis reconnaissante.
Et enfin, parce que je ne peux pas vous laisser partir sans une dernière anecdote historique sur le Titanic, voici votre petit 'Le saviez-vous' du jour :
Le naufrage du RMS Titanic a été la catastrophe maritime la plus grave en temps de paix que l'histoire ait connue. Aucun naufrage hors temps de guerre n'a causé autant de victimes. C'est aussi peut-être la raison pour laquelle nous racontons cette histoire encore et encore, avec d'autres mots, d'autres témoignages, parce que nous sommes fascinés par l'ampleur de ce drame. Le grand public qui vivait à cette époque a lui aussi été très choqué, et peu après le naufrage s'est déroulée la première conférence internationale sur la sécurité maritime en mer. Elle a eu lieu à Londres en janvier 1914 - moins de deux ans suivant le départ du port de Southampton du Titanic pour sa première et dernière traversée.
Aussi, si jamais vous vous trouvez sur un paquebot en pleine mer, souvenez-vous de vous préoccuper des mesures de sécurité mises en place à bord. L'équipage vous dira qu'ils font régulièrement des exercices d'évacuation d'urgence, que le nombre de canots de sauvetage, leur emplacement et leur entretien sont soigneusement contrôlés. Ils vous expliqueront que dans l'éventualité d'une situation d'urgence, chaque personne à bord a la certitude d'avoir une place dans un de ces canots.
Oui, le Titanic a été une terrible tragédie. Mais un jour, il pourra sauver votre vie.
Et pour contempler le fanart hilarant de cet épilogue réalisé encore une fois par leapinglisa, n'oubliez pas d'aller jeter un œil à son tumblr !
