Chapitre 24 : La mort est peut-être la seule réalité

La mort est peut-être la seule réalité qui a une signification quand on sort du cauchemar de la vie...

- Fernand Ouellette, Lucie ou un midi en novembre


Severus tournait en rond dans l'infirmerie en attendant ses collègues. Il se retenait de toutes ses forces de s'approcher du lit dans lequel était allongé le jeune Malfoy. Les sorts de magie noire se serraient derrière la barrière de ses lèvres et il craignait ce qu'il serait capable de faire s'il faisait face au blond seul.

Mrs Pomfresh fut la première à arriver à l'infirmerie, suivie de quelques pas par la directrice. Sirius arriva quelques minutes plus tard. Severus attendit que tout le monde soit présent pour leur expliquer la situation, ignorant les tentatives des deux femmes et profitant du court laps de temps pour réfléchir à la situation. Il plaça un sortilège d'insonorisation autour des lits des deux jeunes afin de pouvoir discuter sans qu'ils ne les entendent.

- Je crois que monsieur Malfoy a attaqué miss Granger ce matin.

- Comment cela vous croyez ? questionna Mrs McGonagall, intriguée par le choix des mots de Severus.

La voix faible et les hésitations de l'homme n'étaient clairement pas habituelles et les trois autres adultes se tendirent en attendant la suite. Ils pressentaient déjà que ça n'allait pas leur plaire.

- Je les ai trouvés dans un couloir des cachots en train de se battre à mains nues. La tenue de miss Granger me laisse craindre le pire…, ajouta-t-il après un moment d'hésitation.

Il vit clairement Minerva et Poppy porter leur main à leur bouche d'étonnement. Il entendit tout aussi clairement le grondement qui s'échappa de la gorge de Sirius.

- Où est-elle ? demanda ce dernier d'une voix froide.

Severus désigna le lit situé au bout de l'allée. Sirius s'en approcha immédiatement, terriblement inquiet.

- Sirius, je ne pense pas que votre présence soit appropriée auprès de cette jeune fille actuellement si ce que nous dit Severus est vrai.

La voix ferme de Minerva fit stopper net l'homme. Il prit une grande inspiration, pour ne pas dévoiler le secret de leur relation qu'ils avaient déjà eu tant de mal à préserver. Il se retourna vers les autres et croisa le regard de Severus, y cherchant la force de ne pas courir au chevet de la jeune femme. Le maître des potions lui renvoya un avertissement clair du regard.

- Je vais aller voir comment elle va, lança l'infirmière en s'avançant vers le lit où se trouvait la jeune femme.

- Où se trouve monsieur Malfoy ? demanda Minerva d'une voix glaciale.

Severus lui indiqua le lit d'un geste de la main. La directrice s'en approcha immédiatement. Elle ouvrit les rideaux, permettant aux deux hommes de voir le blond. Celui-ci était maintenu immobile par le sort que Severus lui avait lancé. L'homme retira le sortilège d'un coup de baguette, tout en pensant à bien vérifier que le lit d'Hermione était toujours isolé de tout bruit. Elle n'avait pas besoin d'entendre ce qui allait se dire.

Malfoy en profita pour se redresser tranquillement dans son lit, sans même grimacer par la douleur que cela provoqua. Hermione l'avait salement amoché. Un rictus amusé étirait toujours ses lèvres. Les deux hommes et la directrice s'approchèrent du lit en silence.

- Monsieur Malfoy, que s'est-il passé dans ce couloir ? demanda Minerva. Inutile de nous mentir, un simple examen permettra de savoir si vous nous dites la vérité.

- Alors inutile que je parle puisque vous pouvez tout savoir, se moqua le blond.

- Monsieur Malfoy, j'espère que vous avez bien conscience que vous risquez plus qu'une retenue ou une expulsion, le rappela à l'ordre la directrice.

Le blond se remit à rire pour toute réponse. C'en fut trop pour Severus qui, oubliant toute retenue, s'approcha du lit et attrapa le blond par le col de sa chemise.

- Que lui avez-vous fait ? cria-t-il à quelques centimètres du visage du blond.

Il planta son regard dans celui du blond, l'accrocha et pénétra brutalement son esprit. Il navigua rapidement entre les souvenirs de Malfoy sans aucune délicatesse, se moquant bien de la douleur qu'il pouvait provoquer. Toute la scène qui s'était déroulée dans le couloir défila dans son esprit.

Severus sentait vaguement ses mains serrer de plus en plus fort le blond à mesure qu'il visionnait ses souvenirs. Il revit, à travers les yeux du garçon, la jeune femme le supplier de la libérer pour qu'elle puisse tuer le blond elle-même, pour qu'elle puisse se venger. Il regretta ne pas l'avoir laissée faire alors qu'il ressortait, tout aussi violemment qu'il y était entré, de l'esprit de Malfoy.

Il sentit les mains de Sirius attraper ses bras pour le tirer en arrière avec autorité. Il relâcha le blond qui retomba mollement sur le lit et recula en se laissant emporter par l'autre homme, réellement perturbé par la scène à laquelle il venait d'assister. Il croisa le regard surpris de Minerva et détourna les yeux, retenant avec peine sa fureur. Il essayait de prendre sur lui pour ne pas se jeter sur le blond et le tuer de ses propres mains. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait.

Minerva fixait les Severus et Sirius intensément, cherchant à comprendre pourquoi ils réagissaient ainsi, avant de se rappeler qu'ils avaient tous les deux vécus avec Hermione et qu'ils devaient donc forcément se sentir concernés par son sort. Plus que s'il s'était agi de quelqu'un d'autre en tout cas.

- Je vais gérer cette situation toute seule, déclara-t-elle à l'encontre des deux hommes. Il vaut mieux éviter tout débordement…

Elle leur désigna la porte de l'infirmerie d'un geste de la tête. Son regard n'ouvrait la possibilité à aucune discussion. Sirius entraîna Severus dans le couloir, bien conscient que c'était se mettre en danger que d'insister pour rester. Il l'emmena à sa suite jusqu'à son bureau qui était le plus proche de l'infirmerie, le traînant presque tout du long.

Il referma le tableau d'entrée derrière eux et s'approcha de son bureau d'où il sortit une bouteille de whisky. Il fit apparaître deux verres d'un geste de baguette et leur en servit un chacun.

Severus avala son verre cul sec avant de le lancer contre le mur en face, faisant sursauter l'animagus malgré lui. Dans la foulée, le maître des potions fit subir le même sort au deuxième verre avant que Sirius ne puisse l'en empêcher.

L'animagus regarda son homologue pendant quelques secondes avant de finalement poser la question qui lui brûlait les lèvres.

- Raconte-moi ce que tu as vu.

Il était bien conscient que Severus avait utilisé la Legilimancie sur le blond. Il se doutait aussi que ce qu'il avait pu voir dans l'esprit du blond n'allait pas lui plaire mais il avait besoin de savoir. Aussi resservit-il deux nouveaux verres, y cherchant dedans le courage de faire face à ce qu'il imaginait avoir déjà compris.

Sans se faire prier, Severus lui raconta la scène avec rage, sans omettre le moindre détail. Parce qu'il avait besoin de partager ça avec quelqu'un d'autre pour ne pas foncer à l'infirmerie et tuer le blond pour venger Hermione. Ou le faire souffrir autant qu'elle avait dû souffrir. Le verre de Sirius rejoignit bientôt le mur à son tour.

De son côté, lorsque le rideau de l'infirmerie se referma autour du lit où l'avait laissée Severus, Hermione sentit toute sa combattivité l'abandonner brutalement. Finalement, à trop jouer les funambules, elle avait fini par tomber. Si elle n'avait pas été immobile, allongée sur le lit aux draps blancs, la jeune fille était persuadée qu'elle se serait littéralement effondrée pour ne plus jamais se relever.

Le silence se fit sur la pièce et elle sentit les larmes s'échapper de ses yeux et rouler sur ses tempes sans qu'elle ne puisse faire le moindre geste pour les effacer. Les souvenirs de ce qu'il venait de se passer tournaient en boucle dans sa tête et elle avait la conviction qu'ils ne cesseraient jamais. Elle se sentait diminuée, souillée. Elle en voulait à Severus pour l'avoir interrompue et pour la laisser là, seule, faible, impuissante, avec ses pensées. Elle avait envie de hurler sa rage, son désespoir, sa douleur.

Elle observa du coin de l'œil Mrs Pomfresh pénétrer dans l'espace autour du lit, entre les rideaux. La femme eut un instant d'arrêt en découvrant la jeune femme mais elle se reprit rapidement et la libéra du sortilège d'entrave qui la maintenait d'un coup de baguette. Hermione ne bougea pas plus, résignée. Elle ferma les yeux, espérant pouvoir disparaître. Et pour ne plus voir le regard de pitié que posait l'infirmière sur elle.

- Que vous est-il arrivé ? demanda l'infirmière dans un souffle.

Hermione ne rouvrit pas les yeux. Elle ne prit pas plus la peine de lui répondre. À quoi bon ?

Elle sentit la femme s'agiter autour d'elle et lancer différents sorts de diagnostic et de soin. Elle l'entendit renifler et s'éloigner au bout de plusieurs minutes, sans doute pour évacuer sa peine et son horreur face à ce qu'avait subi la jeune fille, là où elle ne pourrait ni la voir, ni l'entendre.

Hermione ne rouvrit les yeux que lorsqu'elle sentit une fiole être portée à ses lèvres. Elle croisa un instant le regard doux de l'infirmière.

- C'est une potion de sommeil sans rêve, ça ira mieux après, lui chuchota Mrs Pomfresh d'une voix douce et chaleureuse.

Hermione but la potion sans plus se poser de question, même si elle ne croyait pas un mot de la femme. Si ça pouvait lui permettre de gagner quelques heures de répit, elle ne pouvait y renoncer. Même si elle sentait que rien n'irait jamais mieux. Elle avait tout juste bu quelques gouttes qu'elle sentit le monde s'obscurcir autour d'elle et elle se laissa emporter dans les ténèbres réconfortantes de la potion.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, la nuit était en train de tomber sur le château, à en juger par la faible luminosité qui régnait dans l'infirmerie. Un violent haut-le-cœur la traversa tandis que les souvenirs repoussaient de manière acharnée le voile apaisant de la potion. Elle eut tout juste le temps de se pencher avant de vomir dans la petite gamelle que l'infirmière avait disposée près du lit en anticipation.

Lorsque les soubresauts de son estomac furent calmés, la brune attrapa le verre d'eau posé sur la table de nuit et en vida le contenu pour se rincer la bouche. Instinctivement, elle porta la main à son ventre. Elle ignorait si l'enfant était encore là ou son possible état de santé. Pour autant, elle n'arrivait pas à s'en émouvoir. Un peu comme si ça ne la touchait plus après ce qu'elle avait vécu.

Parce qu'au final, elle aurait eu bien plus peur de devoir mettre au monde cet enfant dans le monde dans lequel elle vivait. Finalement, la mort semblait plus simple, plus juste, presque une bénédiction, un cadeau. Ce monde ne méritait pas son enfant. Ce monde et les hommes qui le composaient s'étaient depuis longtemps perdus dans les ombres ténébreuses si bien que plus aucune lumière ne pouvait persister.

Hermione laissa son regard las parcourir la pièce. Tous les autres lits étaient vides et elle semblait être seule. Elle se sentait tout autant seule intérieurement. Seule et vide. En elle non plus, plus aucune lumière ne semblait pouvoir briller.

Elle avait cru que sa grossesse serait l'épreuve de trop pour sa santé mentale. Elle réalisait à présent à quel point elle s'était fourvoyée. Parce qu'à présent, elle avait l'impression de ne plus rien ressentir. Elle avait l'impression que son âme avait été aspirée par un détraqueur, ne laissant en elle qu'une enveloppe vide, incapable du moindre sentiment heureux.

Elle n'avait même plus peur, elle ne ressentait plus aucune colère, plus de confusions, plus d'angoisses, plus de souffrance ou de tristesse. Bellatrix l'avait brisée. Ses deux hommes avaient essayé de recoller les morceaux. Sa grossesse avait révélé les nombreuses fissures qui persistaient. Et Malfoy l'avait détruite, ne laissant qu'un petit tas de poussière.

Si elle avait pu se venger, si elle avait pu ne pas le laisser gagner, peut-être ne se sentirait-elle pas aussi vide. Mais elle avait laissé passer sa chance et à présent, elle devrait vivre avec ce fardeau sur ses épaules et ce vide en elle.

Elle repéra sa baguette posée sur une chaise à côté de son lit et l'attrapa. Elle la serra dans sa main quelques secondes, laissant son regard parcourir le bout de bois qui ne lui avait été d'aucune utilité le matin même.

Elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même si les choses avaient dégénéré de la sorte, non ? Si elle n'avait pas repoussé Sirius et Severus, peut-être auraient-ils pu être là à temps. Sans doute aurait-elle été moins faible devant Malfoy, sans doute aurait-elle été capable de lutter plus longtemps.

Elle jeta un tempus avec la baguette. Le dîner était en cours dans la grande salle. Elle la laissa ensuite retomber sur le matelas à côté d'elle.

Elle n'avait pas été capable de fournir le moindre sortilège efficace dans le couloir des cachots. A quoi bon lui servait toutes ces heures passées la tête plongée dans les bouquins si elle n'était même pas capable de mettre en application ce qu'elle avait appris lorsqu'elle en avait besoin ?

Elle s'était sentie abandonnée par sa magie face au blond. Tout ce qu'elle avait appris, toute la puissance qu'elle s'était vantée d'avoir, n'avaient pas suffi. Peut-être Malfoy n'avait-il pas totalement tord en disant que les nés-moldus ne valaient pas tant que les sang-purs. Eux, ils apprivoisaient la magie depuis leur naissance tandis qu'elle, elle avait essayé de se persuader d'être une puissante sorcière en apprenant par cœur des centaines de livres. Ce n'était pas ça faire de la magie.

Lorsqu'Hermione se redressa et que sa baguette magique glissa au sol, elle ne fit pas le moindre geste pour la rattraper. Elle n'en avait pas besoin. Elle ne lui servait à rien si elle lui faisait de toute façon défaut lorsqu'elle représentait son dernier espoir. Elle regarda le bout de bois rouler sous le lit avant de relever les yeux sur la pièce.

Et même si en réalité sa magie n'avait pas répondu car elle-même avait perdu tout espoir dans ce couloir, elle n'était pas en état de le concevoir à cet instant. Parce qu'alors, sa colère ne pourrait être dirigée que contre elle-même, et qu'elle ne pouvait pas faire face à ça.

La brune aperçut un uniforme plié sur le lit adjacent et elle s'habilla avec, ignorant les protestations douloureuses de son corps. Contrairement à l'impression qu'elle avait, ses jambes étaient capables de la porter et elle se dirigea donc vers la porte de l'infirmerie sans un regard en arrière.

Elle prit le plus de chemins détournés possibles pour se rendre dans sa chambre, afin de s'assurer qu'elle ne croiserait personne. Elle appréciait presque son état apathique face au souvenir de tous les sentiments qui l'avaient torturée avant cette histoire. A présent au moins, elle n'avait plus de doutes, plus de regrets, plus d'envies, plus d'espoirs. Plus rien pour chambouler son petit univers, plus rien à perdre ou à gagner.

Arrivée à destination, elle attrapa un peu de poudre de cheminette et la jeta dans l'âtre. Elle pénétra ensuite dans les flammes vertes et prononça à voix haute le bureau de Severus. Elle refit de même jusqu'à arriver dans ses appartements. Elle fut soulagée de les trouver vides, n'ayant pas réfléchi à ce qu'elle pourrait faire ou dire si l'homme avait été présent.

Elle attrapa de nouveau de la poudre de cheminette et pénétra encore une fois dans l'âtre, espérant qu'elle était toujours reliée avec le 12 Grimmauld Place. Elle soupira de soulagement en arrivant dans le salon sombre de la maison.

Elle laissa son regard parcourir la pièce quelques instants avant de se diriger vers le couloir, éloignant de son esprit les souvenirs qui y surgissaient. Là encore, elle ne ressentait rien de ce qu'elle s'était attendue à éprouver : ni déception, ni regrets, ni amour, ni envies.

Elle fit un crochet par la cuisine pour récupérer le petit poste de radio qui s'y trouvait et monta rapidement les escaliers menant à l'étage avant de se glisser dans la salle de bain. Elle le déposa sur un meuble, l'alluma et monta le volume jusqu'à qu'il en devienne assourdissant.

Elle laissa ensuite ses habits tomber au sol, évitant de regarder son corps. Elle n'avait pas envie de se faire face. Elle n'était pas sûre d'être capable de croiser son reflet dans le miroir.

La brune fit couler de l'eau dans la baignoire. Elle attrapa au passage une bouteille de shampoing qu'elle versa généreusement dans l'eau pour créer une mousse épaisse.

Elle pénétra ensuite dans le bain en coupant le robinet. L'eau était brulante mais elle n'y prêta pas attention et se força à rentrer dedans. Elle s'allongea dans la baignoire en essayant de concentrer son esprit sur la musique qui tonnait à ses oreilles, pour ne surtout pas penser à autre chose.

Elle laissa rapidement glisser sa tête sous la surface de l'eau. Elle serra ses poings, enfonçant ses ongles dans ses paumes pour refuser d'obéir à son cerveau qui lui hurlait de remonter à la surface, espérant le saturer ainsi d'informations pour qu'il la laisse gérer sa douleur. Pour qu'il fasse le vide sur tout le reste.

Elle appréciait retrouver cette sensation de contrôle qui l'avait tant aidée au retour du Manoir Malfoy. Elle appréciait l'impression de ne pas simplement partir à la dérive et d'avoir un minimum d'emprise sur elle-même.

Elle était à la limite de l'évanouissement lorsqu'elle remonta finalement à la surface. Elle prit une grande inspiration et plongea à nouveau, ne laissant pas le temps à son corps de se remettre, ne laissant pas le temps à ses pensées de se déployer.

Elle sentait son corps réagir violemment au traitement qu'elle lui infligeait. Elle n'était pas tout à fait remise de ce que Malfoy lui avait déjà infligé. Mais elle voulait effacer la douleur qui l'étreignait, la remplacer par une qu'elle pouvait contrôler. Une qu'elle avait choisi de ressentir. Elle se laissa aller ainsi plusieurs fois de suite, à remonter et redescendre immédiatement sous la surface de l'eau chaude.

La musique tonnait férocement à chaque remontée, l'abrutissant pour lui éviter de penser. Le silence reprenait toute sa place à chaque redescente, lui permettant d'entendre clairement les battements frénétiques de son cœur et le sang qui pulsait dans ses veines.

Ça lui faisait un bien fou. Ça lui permettait d'oublier tout le reste, tout ce qui lui était arrivé, tout ce qu'elle était ou n'était plus. Tout ce à quoi elle ne pouvait pas faire face. Tout ce à quoi elle avait renoncé.

Elle n'aurait su dire combien de temps elle infligea ce traitement à son corps. Parce qu'à chaque fois qu'elle ne faisait qu'envisager d'arrêter, ses pensées et ses peurs revenaient avec encore plus de violence. C'était un peu comme si ses démons voulaient se venger pour ses tentatives de les tenir à l'écart.

Alors, elle finit par perdre peu à peu toute notion de temps. Elle avait juste conscience de repousser toujours un peu plus le moment où elle refaisait surface, comme pour tester les limites de son corps. Elle eut plus d'une fois l'impression d'être sur le point de s'évanouir. Elle n'arrêta pas pour autant. Elle n'arrêta pas plus quand l'eau devint froide et que son corps commença à trembler violemment.

Son jeu finit néanmoins par avoir raison d'elle tandis qu'elle vit son environnement s'assombrir une nouvelle fois en remontant à la surface. La fois de trop. Elle sentit ses ongles libérer les sillons qu'ils avaient marqués à sang dans ses paumes. Elle sentit ses yeux se fermer lentement. Elle n'eut pas le temps de réagir avant de sentir son corps s'affaisser faiblement et glisser dans la baignoire.

Elle n'en eut pas plus l'envie alors qu'elle sentait les ténèbres envahir son esprit, le libérant de toute pensée et de toute souffrance. Enfin, tout n'était plus que néant. Enfin, elle n'avait plus d'efforts à fournir.

À Poudlard, Severus et Sirius passèrent la journée dans le bureau de ce dernier, en silence, ruminant leurs sombres pensées et leurs inquiétudes. Ils ne pouvaient se sortir Malfoy de la tête et les récents événements. Ils ne pouvaient s'empêcher de se fustiger pour ne pas avoir été là pour Hermione.

Toute la distance qui les avait éloignés depuis deux semaines, toute la rancœur qu'ils avaient pu ressentir, leur semblait tout à coup bien futiles. Ils auraient dû réagir autrement. Ils auraient dû être réellement là pour la brune. Ils auraient dû passer outre leur peur primaire de s'attacher à quelqu'un et ne pas laisser Hermione s'éloigner.

Elle n'était qu'une enfant, même s'ils avaient tendance à l'oublier. Elle était encore trop jeune pour gérer tout ça seule. Ils n'auraient pas dû lui reprocher de s'éloigner mais plutôt la forcer à faire avec eux. Ils auraient dû assumer leurs choix et non fuir continuellement comme ils l'avaient fait depuis trop longtemps.

Ils ne se rendirent pas au déjeuner le midi. Ils n'étaient pas prêts à affronter le monde réel tandis que toutes leurs pensées étaient tournées vers Hermione. Ce fut en fin d'après-midi qu'ils réussirent finalement à avoir des nouvelles de la jeune femme tandis que Minerva vint les retrouver dans le bureau du professeur de défense.

Tout en pénétrant dans la pièce, la femme s'étonna un instant de trouver les deux professeurs ensemble, sans qu'une bagarre n'ait éclatée entre eux après l'ambiance pesante qui avait régné ces derniers jours. Elle préférait largement les voir ainsi soit dit en passant.

Et si elle s'étonna du rôle passif d'Hermione dans leur réconciliation, cela ne dura pas plus d'un instant non plus. Après tout, la jeune fille avait également permis aux deux hommes de hisser le drapeau blanc lorsqu'ils avaient tous été enfermés à Grimmauld Place. Même si elle ignorait comment la jeune fille avait pu parvenir à un tel résultat, il n'était guère surprenant à ses yeux.

Minerva s'était souvent fait la réflexion que la petite Granger ressemblait étrangement aux deux hommes. Comme Severus, elle était assez solitaire, toujours plongée dans ses livres et avide de connaissances. Très intelligente aussi, et vive d'esprit, peut-être même trop pour son propre bien, il était parfois difficile de savoir ce qui pouvait bien mijoter dans sa tête.

Comme Sirius aussi, elle était entière, très loyale et prête à tout pour les gens à qui elle tenait. C'était une vraie Gryffondor dans l'âme, comme l'avait montré son entêtement à suivre Harry dans ses aventures ou encore la folie qui l'avait prise d'envoyer ses parents à l'autre bout du monde pour les protéger.

D'ailleurs, devait-elle prévenir les parents de la jeune femme de l'agression dont avait été victime leur fille ? C'était toujours délicat lorsque les élèves étaient majeures et Minerva prit le parti d'attendre le réveil d'Hermione pour en discuter avec elle, même si elle pensait sincèrement que la venue de ses parents pourrait sans doute l'aider à surmonter tout ça. Elle n'en revenait toujours pas de ce que le jeune Malfoy lui avait fait subir. Elle aurait tant voulu pouvoir se réveiller et se rendre compte que tout ceci n'était qu'un affreux cauchemar.

Au fil des années, elle s'était profondément attachée à sa brillante élève. Ce n'était pas tous les jours qu'une sorcière avec des capacités comme les siennes passait les portes de Poudlard et encore moins quelqu'un d'aussi motivé et intéressé par les études.

Et pourtant, la pauvre jeune fille n'avait pas eu des études tranquilles. Être la meilleure amie du Survivant n'était clairement pas de tout repos. Mais elle avait toujours continué à avancer avec force et rien ne l'avait détournée de son envie d'apprendre.

Mais là, le sort s'acharnait réellement contre elle. A sa place, toute Gryffondor qu'elle était, Minerva n'était vraiment pas sûre qu'elle serait encore dans le monde magique. Quand on voyait comment il la traitait...

La directrice espérait que la sanction du jeune Malfoy serait à la hauteur de ce qu'avait subi la jeune fille, tout en ignorant si une telle sanction pouvait bien exister. Ou même si cela aurait le moindre effet sur le Serpentard. Il semblait avoir complètement perdu l'esprit. Ce qui pouvait peut-être expliquer qu'il en soit arrivé à de telles extrémités. Pour un garçon qui avait toujours revendiqué la supériorité de son statut sanguin, il s'était comporté dans ce couloir comme le pire des moldus.

- Minerva ?

La voix rauque du maître des potions fit brutalement sortir la femme de ses pensées en un petit sursaut. Elle avait complètement oublié où elle se trouvait et les deux hommes la fixaient d'une mine inquiète.

- Oh désolée... Je viens vous porter quelques nouvelles… Miss Granger dort, Poppy lui a donné une potion de sommeil sans rêves. Elle a ensuite soigné son bras sur lequel Monsieur Malfoy avait fait réapparaitre les mots que Bellatrix y avait inscrit... Elle lui a fait boire une potion contre les effets du doloris également. Et elle a traité les quelques bleus et entailles que sa lutte avec Monsieur Malfoy lui avait laissés. Pour le reste, il va falloir attendre son réveil. Ce ne sont pas les blessures physiques qui risquent d'être les plus difficiles à supporter…, leur confia la directrice avec un air pincé.

Les deux hommes ne répondirent rien, se contentant de regarder la femme qui se tenait devant eux, analysant ses paroles. Ils n'imaginaient que trop bien les difficultés qu'allait connaître Hermione à son réveil pour supporter tout ça. Elle était encore tellement loin d'être remise de ce qu'elle avait vécu par le passé et ils craignaient qu'elle n'arrive pas à s'en remettre.

Par dessous tout, ils avaient eux-mêmes de grosses difficultés à s'en remettre. Parce qu'ils se sentaient coupables de l'avoir abandonnée, par peur de ce qu'ils risquaient si leur relation venait à se savoir. Et aussi par égo, parce qu'ils n'arrivaient toujours pas à concevoir qu'une jeune femme à l'avenir si prometteur telle qu'Hermione puisse s'intéresser à eux et tout risquer pour eux deux.

- Quant à Monsieur Malfoy, il est actuellement enfermé dans mon bureau. Des aurors viennent le chercher ce soir pour l'escorter à Azkaban. Il faudra que miss Granger témoigne pour qu'il y reste mais le jury ne sera certainement pas difficile à convaincre…

Un grondement monta en Sirius sans qu'il ne puisse le retenir. Ce n'était pas suffisant. Il devait souffrir autant qu'elle avait souffert. Autant qu'elle allait souffrir encore pendant longtemps. Il ne méritait pas de s'en sortir simplement ainsi, en faisant un peu de prison, même si c'était pour le reste de sa vie et même si c'était sous le joug des détraqueurs. Il méritait de regretter son geste. Il méritait de payer pour ce qu'il avait fait. Il méritait de mourir.

Sirius vit parfaitement Severus se raidir à ses côtés bien que ses années d'espionnage lui permissent de camoufler ses pensées. Pensées qui devaient être bien proches des siennes actuellement. Il n'avait aucun mal à le deviner.

Il n'avait même pas besoin de voir la lueur dangereuse qui brillait au fond de ses yeux. Il n'avait pas plus besoin de voir le rictus haineux qui tentait de déformer son visage qu'il essayait de garder impassible pour ne pas éveiller les soupçons de Minerva sur ce qui les liait à Hermione.

La directrice ne remarqua toutefois rien, perdue dans ses propres pensées quant à toute cette regrettable histoire. Elle ne resta pas longtemps après ça. Le dîner n'allait pas tarder à être servi dans la grande salle et elle devait annoncer la nouvelle de l'expulsion de Monsieur Malfoy avant de retourner à son bureau gérer la prochaine venue des aurors. Entre temps, elle se doutait avoir à gérer les amis de la jeune femme qui s'inquièteraient de connaître son état.

Severus et Sirius se servirent un nouveau verre de whisky après son départ. Pour évacuer la tension qui régnait dans leurs corps. Pour se retenir de foncer dans le bureau de la directrice et mettre fin aux jours de Malfoy. Ils n'avaient pas besoin de se parler pour comprendre qu'ils partageaient les mêmes envies, les mêmes ressentiments et les mêmes regrets. Leurs regards reflétaient les mêmes lueurs. Ils se sentaient impuissants et ne savaient pas comment réagir.

Ils se décidèrent finalement à se rendre dans la grande salle pour le dîner. Parce que Minerva le leur avait demandé. Parce qu'ils ne pouvaient agir sans avoir l'air louches. Parce qu'ils n'étaient même pas sûrs qu'Hermione veuille toujours d'eux à ses côtés.

Le silence était palpable quand Minerva fit son petit discours. Des cris de terreur et de consternation retentirent à la fin. Harry, Ron et Théodore se levèrent de concert à la nouvelle. Minerva leur indiqua que la jeune fille était endormie et qu'ils pourraient sans doute la voir le lendemain, qu'elle avait besoin de repos mais qu'elle n'avait pas de grave blessure physique.

Harry et Ron se rassirent. Théodore resta debout quelques secondes supplémentaires, lisant entre les lignes ce que la directrice n'osait dire à voix haute. Il finit par se rasseoir finalement, ne sachant quoi faire d'autre.

Il ne doutait pas que cette histoire était loin d'être finie. Hermione avait surmonté bien des épreuves. Elle avait réussi à remonter la pente, à peu près, malgré les fêlures qui persistaient en son âme. Il n'était pas sûr qu'elle y parvienne encore. Il ne savait pas exactement ce qu'il s'était passé entre elle et Malfoy mais il craignait le pire.

Il se sentait aussi coupable. Parce que leur prétendue mise en couple avait été son idée à la base, même si c'était principalement pour aider Hermione. Et surtout parce que c'était lui qui avait provoqué Draco. Et il sentait que tout était lié.

Le jeune homme observa ses camarades de maison quelques instants. Son regard s'attacha à la petite Isadora Lestrange. L'enfant était rapidement passée de paria de la maison à petite protégée de Malfoy. Son air dépité ce soir-là et sa tête baissée laissaient à penser qu'elle avait joué un rôle dans toute cette histoire.

Théodore soupira, sachant qu'elle n'aurait aucune information importante à lui donner de toute manière. Malfoy n'était pas du genre à expliquer le moindre détail de ses plans, encore moins à ses sous-fifres. Il espérait qu'Hermione tiendrait le coup, sachant pertinemment qu'il serait là pour l'aider à surmonter tout ça, comme ils le faisaient réciproquement depuis plus d'un mois.

Il s'était rapproché d'elle au départ car elle l'intriguait. Il avait entendu Draco raconter maintes et maintes fois ce qu'elle avait subi au manoir Malfoy. Et pourtant, il l'avait vu rire, travailler et continuer à vivre.

Lui-même s'en sentait incapable. Alors qu'il n'avait perdu qu'un ami, comme le lui avait dit la jeune femme à juste titre. Un ami très cher, avec qui il partageait bien plus qu'avec n'importe qui. Un petit ami attentionné avec qui il avait dû cacher sa relation pour ne pas être pris à partie.

Mais lui-même n'avait pas vécu d'horreurs. Il n'avait pas été torturé et n'avait dû torturer personne. Alors il s'était demandé comment la jeune femme faisait pour surmonter bien pire qu'il ne s'en sentait capable.

Et puis il avait découvert qu'elle n'avait rien surmonté. Que les ténèbres n'étaient jamais bien loin, malgré le masque presque parfait qu'elle avait mis en place. Et ils s'étaient compris. Simplement ainsi, sans forcément avoir besoin de mettre les mots dessus.

Ils avaient partagé leurs doutes et leurs craintes, s'appuyant l'un sur l'autre, en silence, pour avancer, s'accrochant à leurs recherches pour ne pas penser au reste. Ils s'étaient mutuellement permis d'avoir quelque chose à quoi raccrocher leurs esprits tourmentés. Il sentait à présent que son rôle allait avoir bien plus d'importance. Il était prêt à être à ses côtés si elle voulait toujours de lui. Et peut-être pourrait-il se reconstruire quelque peu en l'aidant elle.

Il fut sorti de ses pensées par l'arrivée de Mrs Pomfresh qui pénétra dans la grande salle par la petite porte réservée au personnel. La femme s'approcha rapidement de la directrice et lui glissa quelques mots à l'oreille.

Elle répartit immédiatement après, suivie de McGonagall et de Snape qui, assit aux côtés de la directrice, avait entendu leur échange. Sirius les suivit dans la foulée, ignorant les exclamations surprises des élèves. Un très mauvais pressentiment étreignit Théodore alors qu'il regardait les professeurs s'en aller avec hâte.

Les professeurs suivirent Poppy jusque dans l'infirmerie. La femme referma les portes sur eux avant de leur designer le lit vide où s'était trouvée Hermione quelques heures plus tôt. Elle leur indiqua l'avoir trouvé ainsi alors qu'elle revenait du bureau de la directrice où elle s'était chargée de vérifier l'état de santé du jeune Malfoy.

- Je suis venue directement vous trouver. J'ai l'impression qu'elle est partie d'elle-même, j'ai retrouvé son pyjama à côté du lit et elle a enfilé l'uniforme que j'avais posé à côté mais j'ai retrouvé sa baguette par terre à côté du lit…, leur expliqua Poppy.

Elle tendit la baguette de la jeune femme dans leur direction et Sirius s'en empara d'un geste possessif. Il ignora les regards étonnés des deux femmes et laissa son regard parcourir la pièce. Il n'y avait aucun signe de lutte, aucun signe que quelqu'un ait pu forcer Hermione à quitter la pièce pour aller quelque part.

- Peut-être est-elle retournée dans sa chambre, merci de nous avoir prévenus Poppy. Pouvez-vous rester ici au cas où elle reviendrait ? déclara Minerva d'une voix hésitante.

Les deux hommes quittèrent l'infirmerie en compagnie de la directrice. Ils s'arrêtèrent devant les portes, hésitants sur la marche à suivre.

- Nous pouvons aller vérifier si elle est retournée dans sa chambre ou dans la salle de bain des préfets éventuellement. Sirius pouvez-vous aller contrôler la tour de Gryffondor ?

- Je vais d'abord aller dans la grande-salle pour interroger Harry et Ron, peut-être auront-ils une idée d'où elle pourrait être allée…

Minerva et Severus hochèrent la tête pour signifier leur approbation quant à l'idée de l'animagus.

- Interroge Nott également, proposa Severus de son éternel ton impassible.

L'animagus acquiesça et partit sans plus attendre, se transformant en chien pour aller plus vite. Il ressentait le besoin d'agir vite, ayant une très mauvaise impression quant à cette affaire. Il n'avait pas particulièrement envie d'interroger le Serpentard. Il savait cependant qu'il n'avait pas vraiment le choix, pas s'il voulait mettre toutes les chances de leur côté de retrouver Hermione.

Il arriva dans la grande salle quelques minutes plus tard et reprit forme humaine juste avant d'y pénétrer. Les élèves étaient toujours en train de dîner et Sirius s'approcha de la table de Gryffondor. Il ignora les regards qui le suivaient. La sortie précipitée des trois professeurs, surtout après l'annonce de McGonagall, n'était pas passée inaperçue auprès des élèves. Sirius ne doutait pas que plusieurs rumeurs devaient déjà courir tandis que les élèves essayaient de deviner ce qu'il se passait.

Le professeur s'arrêta à quelques pas de là où se trouvaient Harry et Ron.

- Messieurs Potter et Weasley, pouvez-vous me suivre s'il-vous-plaît ?

Sirius n'attendit pas leur réponse pour se retourner et repartir vers le couloir. Il entendit les deux garçons le suivre dans la foulée. Ils s'arrêtèrent à quelques pas de la porte de la grande salle qu'ils refermèrent derrière aux pour gagner en intimité.

- C'est à propos d'Hermione ? questionna Harry immédiatement.

- Oui, lui répondit Sirius. Elle est partie de l'infirmerie…

- Pour aller où ? s'étonna Ron.

- Là est bien toute la question. Harry, peux-tu regarder sur la carte des maraudeurs si tu la trouve quelque part dans le château ? Je vais aller vérifier la tour de Gryffondor donc préviens-moi immédiatement si tu la retrouves.

Harry acquiesça et s'en alla directement vers les escaliers, rapidement suivi de Ron. Il avait laissé la carte dans leur dortoir après qu'Hermione la lui ait rendue le matin même. Heureusement qu'elle la lui avait rendue, remercia-t-il Merlin.

Sirius les regarda monter les marches en courant avant de se détourner et de retourner dans la grande salle. Il se dirigea droit sur la table de Serpentard et s'arrêta face à Nott.

- Veuillez me suivre, monsieur Nott.

Sa voix était froide. Il ne faisait pas confiance au jeune homme. Il ne savait pas exactement ce qui le liait avec Hermione mais il n'appréciait pas leur relation. Il avait eu beaucoup de mal depuis deux semaines à voir les deux jeunes traîner souvent ensemble, se tenir la main, s'embrasser même ce fameux jour dans la grande salle.

Il avait eu plus d'une fois envie de les séparer, de reprendre sa place auprès de la jeune fille. Il avait plus d'une fois jalousé la relation qui semblait les lier et qui semblait si simple, comparé à ce que Severus et lui pourraient lui offrir.

Il avait eu beaucoup de mal à cacher sa possessivité et à ne pas réagir à chaque fois qu'ils travaillaient côte à côte ou qu'ils riaient. Mais il ne pouvait ignorer le jeune homme maintenant, pas alors qu'il pouvait peut-être avoir une idée d'où pourrait être allée la jeune femme.

Sirius prit une profonde inspiration en se retournant vers Nott dans le hall devant les portes de la grande salle.

- Il me semble que vous entretenez une certaine relation avec Miss Granger depuis quelques jours…, commença Sirius en essayant de cacher toute l'amertume qu'il ressentait face à ses paroles.

- En effet, répondit simplement Nott. Y a-t-il un problème ?

- Miss Granger est partie de l'infirmerie et nous ne savons pas où elle a pu aller. Auriez-vous éventuellement une idée ?

Théodore prit quelques longues secondes pour réfléchir à la question avant de répondre, sous l'œil exaspéré de Sirius.

- Pour être honnête, je n'en ai aucune idée… J'aurai bien dit qu'elle aurait pu aller à la volière pour écrire à ses parents mais elle leur a envoyé sa chouette il y a deux jours… Peut-être avait-elle besoin d'être seule et est-elle retournée dans sa chambre…

- Nous sommes en train de vérifier ça.

- Après je suppose que vous avez des moyens de savoir si elle quittait le château…

- Tout dépend de l'accès qu'elle prend…, répondit Sirius plus pour lui-même qu'en retour à la réflexion de Nott.

Sirius se détourna soudainement et partit vers les escaliers. Il s'arrêta au bas des marches et se retourna vers Théodore.

- Merci, Monsieur Nott, vous pouvez retourner finir votre dîner, lui indiqua-t-il d'un ton neutre. Nous vous tiendrons au courant si nous la retrouvons, ajouta-t-il après un moment d'hésitation.

Nott hocha la tête et retourna dans la grande salle sans un mot supplémentaire, pensif sur les raisons qui avaient pu pousser Hermione à quitter ainsi l'infirmerie. Il ne savait pas ce que Malfoy lui avait fait subir mais plus le temps passait, plus il avait l'impression que les choses étaient bien plus graves qu'il ne l'aurait souhaité. Il ne doutait pas de la cruauté dont avait pu faire preuve le blond. Plus le temps passait, plus il s'en voulait d'avoir provoqué son camarade de classe. Il n'avait jamais imaginé que les choses pourraient tourner ainsi. Il ne pouvait qu'espérer qu'Hermione réussirait à faire face.

Sirius n'avait pas fini de grimper la première volée de marches qu'il entendit une voix résonner dans son dos.

- Sirius Black !

Il s'arrêta et se retourna pour distinguer deux hommes, relativement grands et vêtus de longues capes noires. Les deux hommes venaient de pénétrer dans le hall et le fixaient.

- Est-ce qu'on se connaît ? demanda Sirius, circonspect.

- Vous non mais n'importe quel auror du Royaume-Uni serait capable de reconnaître l'homme qui a été l'ennemi public numéro un pendant plusieurs années de suite ! rigola l'un des deux hommes.

Un rictus amusé étira les lèvres de Sirius pendant un temps avant que l'auror ne reprenne son sérieux.

- Nous sommes ici pour arrêter le jeune Malfoy. Savez-vous où nous pouvons trouver la directrice ?

Sirius leur fit signe de le suivre et attendit impatiemment que les deux hommes le rattrapent pour reprendre son chemin vers le cinquième étage où Minerva devait encore être, dans l'appartement des préfets en chef. Ils arrivèrent tandis que Minerva et Severus discutaient dans le couloir, les visages graves. Les aurors se présentèrent à la directrice et celle-ci les escorta jusqu'à son bureau où était retenu Malfoy.

- Prévenez-moi si vous trouvez n'importe quelle information sur le lieu où se trouve cette jeune fille ! demanda-t-elle à Sirius et Severus avant de partir.

Les deux hommes acquiescèrent avant de se tourner l'un vers l'autre.

- Est-ce que ta cheminée est encore reliée à la maison ? demanda Sirius rapidement.

Severus le regarda un instant sans comprendre avant de hausser les épaules.

- Je ne sais pas, pourquoi cette question ?

- Peut-être qu'Hermione aurait pu retourner là-bas… Ça vaut le coup d'aller voir pour s'en assurer.

- Pourquoi serait-elle… D'accord, je vais vérifier, accorda Severus devant le regard insistant de Sirius.

- Je vais dans la tour de Gryffondor ! lança Sirius en s'éloignant.

Severus soupira avant de commander au tableau qui fermait l'entrée de la chambre d'Hermione de s'ouvrir. Il irait bien plus vite en passant par le réseau de cheminette pour rejoindre ses propres appartements. Il attrapa une poignée de poudre de cheminette et s'en alla en direction de son bureau avant de répéter le geste pour rejoindre ses appartements.

Il s'arrêta là un instant. Il n'y avait aucune trace qui pourrait faire penser que la jeune femme était passée par là. Il doutait réellement de la théorie de Sirius, ne comprenant pas pourquoi Hermione aurait pu vouloir retourner dans la maison, surtout après le désastre qu'était devenue leur relation. Surtout après ce qu'elle venait de vivre.

Mais peut-être était-ce à cause de ce qu'elle venait de vivre qu'elle aurait pu y aller. Alors il attrapa une poignée de poudre de cheminette et disparut dans les flammes vertes à destination du 12 Grimmauld Place.

Lorsque Sirius arriva dans la salle commune de Gryffondor, il trouva Harry et Ron penchés sur la carte des maraudeurs à la recherche du nom de leur amie. Le professeur se précipita à leurs côtés pour les aider mais, au bout de cinq minutes de recherches infructueuses, ils durent se rendre à l'évidence. Le nom d'Hermione Granger n'apparaissait nulle part sur la carte.

Avec un soupir désespéré, Sirius passa ses mains lasses sur son visage. Il n'avait plus qu'à espérer que Severus la retrouverait à Grimmauld Place. Parce qu'autrement, il ne voyait vraiment pas où la jeune fille aurait pu aller. Et si elle n'était pas sortie du château et n'apparaissait pas sur la carte, une seule explication était possible. Et cela, il ne pouvait le concevoir. La jeune femme devait être en vie. Parce que le monde n'aurait plus aucun sens sans elle.

La première chose que remarqua Severus en arrivant au 12 Grimmauld Place fut le bruit sourd qui descendait de l'étage. Il ne lui fallut que quelques secondes pour reconnaître les musiques moldues que la jeune femme avait écouté plus d'une fois dans la cuisine, sur le petit poste de radio que leur avait confié Arthur Weasley. Il soupira en réalisant que Sirius avait eu raison et décida de monter à l'étage pour vérifier l'état de la jeune femme et lui parler avant de prévenir les autres.

La musique était de plus en plus forte à mesure qu'il montait les marches et il n'eut pas de mal à comprendre qu'elle s'échappait de la salle de bain. Il frappa deux coups à la porte.

- Miss Granger ?

Il soupira un instant. Il y avait très peu de chances pour que la jeune femme l'entende avec le boucan que faisait le poste de radio. Il inspira un grand coup avant d'ouvrir la porte doucement, ne voulant pas surprendre la jeune femme et lui faire peur. Il se figea lorsque son regard se posa dans la pièce.

La baignoire était pleine d'eau. Ou plutôt d'un mélange d'eau et de sang, d'un rouge profond, vermeil. Une main reposait sur le rebord, pendant mollement vers le sol. C'était tout ce qui dépassait de la surface de l'eau.

Severus sentit son cœur s'arrêter devant la vision qu'il avait devant lui. Ou plutôt il le sentit exploser, de peur et de douleur.

- Hermione… non…


Bonjour à tous et à toutes !

Je ne suis pas bien sûre d'avoir envie de faire une note d'auteur après ça, je vais me faire lyncher... Surtout que la fin du dernier chapitre n'était pas beaucoup mieux...

Pour me faire pardonner, vous remarquerez que j'ai posté ce chapitre en avance ! :D

Pour faire court, après celui-là, il devrait rester 9 chapitres en tout. J'ai pas mal avancé sur l'écriture malgré quelques jours de blocage donc, à partir du moment où j'aurai réussi à finir totalement de tout écrire, j'essaierai de poster plus souvent, peut-être deux fois par semaine. Mais n'ayez pas trop d'espoir pour le prochain, il n'arrivera que la semaine prochaine car je ne vais pas avoir trop le temps pour le poster avant...

Je vous souhaite donc une bonne semaine à tous, en espérant que ce chapitre vous aura plu malgré sa fin horrible !

Et pour finir, petite réponse aux reveiw guest :

Jenny : Malfoy est vraiment horrible dans mon histoire oui, pourtant, de base, c'est un personnage que j'aime bien mais il a l'avantage de pouvoir jouer un rôle de gentil ou de méchant assez facilement donc il est pratique xD La petite Lestrange, on en reparlera plus tard mais autant elle semble horrible, autant j'ai presque envie de la défendre en disant qu'elle n'a que onze ans et qu'elle n'a jamais eu vraiment de modèle digne de ce nom. Quant à Hermione... Bah je n'en dis pas plus pour le moment... Merci beaucoup pour ta review et j'espère que ce chapitre t'aura plu malgré la fin horrible ! Oui je sais, je suis un véritable monstre pour m'être arrêtée là... xD

Fanny 0604 : Je pense que tu n'es pas la seule à vouloir voir Malfoy brûler mais ça ne va pas être pour tout de suite... Quant au fait de devoir attendre pour la suite, je m'excuse d'avance parce que ça va être encore pire là... Non en fait, je l'ai fait exprès, c'est moi l'auteur après tout... :P Merci beaucoup pour ta review et tous tes compliments qui m'ont fait très très plaisir ! J'espère que ce chapitre t'aura plu également !