N°18 [ Et la lumière fut ]
Le noir, les ténèbres, rien que les ténèbres qui l'effrayaient et le poussaient à bout. Ces ténèbres qui le terrifiaient, l'emprisonnaient, l'étouffaient au point de le faire crouler sous la terreur et l'angoisse. Ce voile opaque qui dissimulait tant de chose, qui dissimulait cette haine qu'on avait à son encontre, ces noirceurs qui n'étaient que trop semblable à son âme corrompue.
Oui, l'âme de Nyx était corrompue.
Autrefois, dans des temps bien lointain, elle était mauve. Un jolie mauve, doux et tendre, qui donnait envie de cajoler le petit cœur inversé, de cajoler cette âme pas encore souillée.
Ça n'avait pas duré longtemps.
« TU ES FAIBLE ! SI FAIBLE ! »
Ink lui avait hurlé dessus tant de fois, l'avait roué de coups, avait manqué de l'achever ... C'était Nightmare qui l'en avait empêché, Nightmare qui l'avait protégé de la fureur du peintre.
« Tu oses me dire que ce gosse est NOTRE enfant ? s'était exclamé Ink. Ce n'est qu'une piètre erreur ! Débarrassons-nous de lui ! »
Nightmare avait longuement hésité. Si longuement hésité ... Et finalement, il avait jeté un regard à Nyx. Le pauvre petit Nyx à demi-conscient, respirant à peine, qui observait le maître des cauchemars en sanglotant silencieusement, en le suppliant du regard. Ce regard où l'on pouvait lire 'Papa, au secours'
Nightmare avait crû défaillir, avait fait volteface pour fusiller Ink du regard :
« Si tu ne le considère pas comme notre fils, je m'en contre fou. Mais je vais faire de lui mon héritier. C'est MON fils, il est hors de question que quiconque le tue ! »
Utiliser comme un objet ? Oui, sans doute était-ce cela. Sans doute que Nyx n'était rien de plus qu'un vulgaire pion aux yeux de Nightmare. Mais ... le simple fait de savoir qu'il était quelque chose à ses yeux ... de savoir qu'il pouvait lui être utile ... rien que cela, ça poussait Nyx à garder espoir, à continuer à vivre, à faire de son mieux.
[Quitte à devoir manger des pommes noires]
[A en mangé, encore et encore, jusqu'à ce que son âme ne perde sa belle couleur mauve]
[Que son âme devienne plus sombre que les ténèbres]
[Ces ténèbres dont il avait si peur]
Nyx hoqueta. La noirceur de l'inconscience, toujours aussi présente, toujours aussi insoutenable. Prisonnier d'un sommeil sans rêve, d'un cauchemar permanent, incapable de reprendre contact avec la réalité, ni même avec la lucidité. Il se recroquevilla dans cet espace sombre tandis qu'il fermait plus fort encore les yeux.
Il avait peur.
Il avait tellement peur.
« La peur est une chose normale. Tu ne devrais pas en avoir honte ! »
Il sursauta, redressa brusquement le crâne, ses pupilles devenues des points d'interrogations alors qu'il observait autour de lui. Mais il n'y avait rien d'autre que le vide, le vide infini et sombre. La folie avait-elle raison de lui, lui faisait-elle entendre des voix ?
« Ahah, non Nyx, je suis la mieux placée pour savoir que tu n'es pas fou. Pas complètement ! »
Il hoqueta :
« Qui êtes-vous ... ? »
Parler au vide, n'était-ce pas chose stupide ? Oh, au fond ce n'était qu'un détail parmi tant d'autres. Il n'y avait de toute manière personne pour le juger, si ce n'était cette voix inconnue et féminine, qui rit une nouvelle fois :
« Est-ce vraiment important ? Mm ... je suppose que oui. Tu as dû te sentir si seul ... toi qui déteste le noir, le silence et l'enfermement ...
- ... J'aimerai seulement savoir votre identité ...
- Argh, ne me vouvoie pas voyons ! Lorsque je t'ai conçu, je te voyais plutôt me tutoyer ! »
Cette fois-ci, les pupilles de Nyx devinrent des points d'exclamations alors qu'il penchait le crâne sur le côté :
« ... Vous m'avez conçu ?
- Ahah, étrange n'est-ce pas ? Il est vrai que sorti du contexte, ça peut paraître bizarre ! Mais je sais que tu devines déjà qui je suis. J'ai pris le soin de te donner les connaissances nécessaires pour que tu puisses comprendre les événements sans que je n'ai à te les expliquer ! »
Le jeune squelette en resta stupéfait :
« ... Vous êtes une Créatrice ? Ma Créatrice ? L'un de ceux dont Ink parle sans cesse ? »
La voix eut un doux rire. Un rire tendre et emplie d'une amour qui déstabilisa Nyx. Comment ne pas être confus lorsqu'une voix sortit de nulle part semble vous porter une telle tendresse ?
« Créatrice ... Oh, j'aime ce terme ! Ça me donne l'impression d'être toute puissante ! Les Créateurs ne sont-ils pas perçus comme des dieux chez toi ?
- ... Je ne me suis jamais posé la question ...
- Ahah, oui, je sais. Toi tu ne penses qu'à tes parents, qu'à ta timeline. Je le sais ... Je t'ai créé comme ça ... »
Il se figea ... avant que son âme ne pulse de colère, que la rage ne prenne possession de son être et qu'il se redresse, fusillant de ses pupilles rougeâtre l'espace autour de lui :
« POURQUOI M'AVOIR CRÉÉ AINSI ?! POURQUOI M'AVOIR FAIT SI FAIBLE ?! POURQUOI M'AVOIR ... M'AVOIR ...
- T'avoir fait naître ? Tu aurais tant aimé ne jamais exister ... »
Nyx hoqueta, vint se prendre le crâne entre ses mains tremblantes tandis qu'il sentait les larmes lui revenir aux yeux. Pourquoi sa Créatrice lui faisait-elle ça ? Pourquoi venait-elle le narguer de la sorte, lui rappeler sa condition de stupide squelette inutile ?
Mais il lui sembla sentir une caresse. Une douce caresse sur sa joue, comme si une main invisible venait le cajoler, le réconforter, et essuyer les larmes qui commençaient à perler :
« ... Je suis désolée Nyx. J'ai toujours été si cruelle avec toi ... et pourtant je ne veux que ton bien. Je t'aime tellement ... tellement fort ... n'est-il pas narcissique d'aimer sa propre Création ... ? »
Nyx devinait aisément un triste sourire sur le visage de sa Créatrice. Il ferma les yeux, profitant de cette sensation douce sur son corps, de ce câlin invisible qui l'enveloppa.
« ... Tu as aujourd'hui le choix Nyx, d'accord ? Tu as complètement le choix ... Je peux te faire disparaitre dès à présent. J'en ai le pouvoir. Je te ferais disparaitre, et ta famille ira bien. Toute cette histoire n'aura jamais eu lieu. »
Il se crispa. Cette histoire ... n'aurait jamais eu lieu ? Sa timeline dévastée, ses parents haineux, la mort de Error et de Plum ... ? Mais ... Mais également son retour dans le passé ? Son amitié avec ses parents d'un autre temps ? Sa rencontre avec ses frères, avec Insomnia et Paperjam, tous ses moments avec son oncle, son maître, mais également sa chère Lux ? Tout ça ... envolé ? Supprimé ? Comme si ça n'avait jamais existé ?
« Je ... »
Sa gorge s'était nouée.
{La voix de Ink vibrait d'une colère palpable. Une colère qui éclata lorsqu'il planta ses pupilles rouges dans celle de Nyx :
« ABRUTI ! OÙ ETAIS-TU ? TROIS MOIS SANS DONNER DE NOUVELLES, MAIS ÇA VA PAS ? NIGHTMARE ET MOI T'AVONS CHERCHÉ PARTOUT ! »}
« Je ... ! »
{ « C'est juste que ... je ne souhaite pas m'imposer ...
- Non mais c'est une blague ?! explosa Nightmare. Tu t'es imposé dès la première fois où on s'est rencontré ! T'as tapé l'incruste dans nos vies et dans MON château sans nous laisser en placer une ! T'es même parvenu à nous manipuler à ton bon gré ! Alors maintenant tu la boucles et tu nous écoutes !
- Mais ...
- Ta putain de chambre est toujours vide et on y a fait le ménage depuis ton départ ! Alors maintenant tu poses tes bagages et tu te détends, parce qu'on est plus prêt de te lâcher ! »}
La Créatrice s'étonna de son soudain silence :
« Nyx ... ? »
Il souffla longuement, comme pour reprendre contenance ... avant de finalement pouffer... puis d'exploser de rire. Un rire franc, un fou rire qu'il n'avait pas eu depuis des années, un rire qui lui fit un bien fou, qui le délivra de ce poids qu'il s'entêtait à porter.
Il s'écarta de l'étrange étreinte pour ouvrir à nouveau les yeux, laisser voir ses pupilles dorées qui observait malicieusement l'espace où devait se trouver la Créatrice invisible :
« J'ai promis à Ink et Nightmare de ne plus disparaitre. J'ai promis à Paperjam de prendre ma vie en main. Alors non ... Non, je ne compte pas disparaitre. »
Court silence, comme si la jeune fille avait été prise au dépourvu ... avant qu'elle n'éclate de rire à son tour :
« Oh bon sang, c'est mort ! Je t'aime vraiment trop toi ! »
Nyx sentit une tape sur son épaule avant que la voix inconnue ne s'élève encore :
« Okay mon gars, compris ! Il est temps de clôturer cet acte, tu ne penses pas ?
- Ahah, effectivement ! Mais pour cela, s'en doute faudrait-il que je me réveil.
- Je n'en doute pas. Surtout que ta famille a besoin de ton aide, leur plan à très mal tourné ! »
Nyx se figea :
« Pardon ? Et tu ne me l'annonce que maintenant ?
- Ben ... j'étais persuadée que j'allais supprimer cette histoire, donc bon ...
- Mais réveilles-moi maintenant !
- Yep, mais je te rappelle que tu n'as plus de pommes et que ton corps a besoin de sommeil. Pas sûr que tu tiennes plus de quelques minutes éveillé ...
- Quelques minutes seront largement suffisantes. »
La Créatrice rigola :
« Okay Nyxou, puisque tu le demandes si gentiment ...
- Attends !
- Mm ... ? »
Le squelette eut un doux sourire :
« Ton nom ! Comment t'appelles-tu ? »
Il entendit un énième rire, avant que le monde autour de lui de s'illumine et que son corps paraisse subitement tiré, extirpé de l'inconscience ... Mais avant de se réveiller, il perçu un murmure tendre au creux de son conduit auditif :
« Je suis Luna. »
Nyx ouvrit vivement les yeux. La clarté l'aveugla, le poussa à refermer les yeux tandis qu'il grimaçait, mais cela ne l'empêcha pas de se redresser pour chercher à tâtons ses affaires ... Avant qu'une voix ne l'interrompt :
« Nyny ! »
Un poids brusque le fit retomber en arrière, sur un matelas dont il n'avait pas encore pris connaissance. Déconcerté, il cligna encore des yeux, sa vision s'adaptant doucement à son environnement, avant qu'il ne saisisse enfin où il se trouvait : dans sa chambre, au château... avec Lux sur lui.
Il écarquilla les yeux :
« LUX ?! »
Et c'est bien malgré lui que ses pupilles devinrent deux étoiles dorées, signe de sa profonde joie en apercevant sa cousine. Sa chère cousine qui se redressa, elle-même émue de leurs retrouvailles, et qui revint l'enlacer :
« Oh, Nyny, tu es réveillé ! Je ne comprends pas pourquoi, mais j'en suis tellement heureuse ! »
Nyx lui rendit son étreinte en souriant :
« Ahah, je t'avoue que je ne saisis même pas ce que tu fais là... Attends ... Est-ce que je rêve encore ? Mon esprit confond à nouveau les timelines ? »
Elle haussa une arcade et l'observa :
« Confondre les timelines ? Non non, je suis bel et bien là, et nous nous trouvons dans une autre timeline que la nôtre. La timeline dont tu as changé le destin. »
Elle quitta le lit pour se lever, reprenant son habituel sang-froid, et fit un résumé détaillé de la situation :
« Mes pères sont également ici. Ils se sont alliés avec tes amis du passé afin de combattre nos ennemis communs. J'ai été chargé de veiller sur toi et le petit Insomnia en attendant.
- Sur moi et ... attends, et Jammy ?
- Partit avec eux. C'était un élément crucial de leur plan. Ceux de notre timeline ne connaissent pas PaperJam, ils ne peuvent donc pas prévoir son attitude. »
Nyx devint livide. Il se leva brusquement, vacilla quand ses pieds touchèrent le sol, que ses jambes tremblèrent. Lux s'empressa de venir le soutenir mais il refusa son aide d'un geste, avant de se précipiter sur son sac.
Confuse, la jeune fille le suivit du regard :
« Nyny... Nous savons tous deux que tu vas mal. Tu ne dois pas bouger autant, surtout dès ton réveil...
- Notre famille est en danger ! Comment puis-je rester sans rien faire ?
- En danger ?
- PaperJam n'est qu'un enfant ! Comment veux-tu qu'il soit un élément crucial ? C'est un enfant trop innocent et gentil ! Il suffit qu'il voit ses proches en danger pour paniquer ! »
Même si en l'occurrence c'était plutôt lui qui était en train de paniquer, alors qu'il fouillait nerveusement dans son sac.
Sa cousine s'approcha doucement de lui :
« Nyny, inutile de chercher, tu n'as plus de pommes ...
- C'est pas ce que je cherche ! »
Il fit enfin volte-face et la jeune fille écarquilla les yeux, stupéfaite, ses cheveux se dressant dans un crépitement d'incertitude tandis qu'elle fixait sans y croire la boîte en bois dorée que son cousin lui tendait :
« Qu... Nyx, c'est... ? Tu les a volé à mon père ?
- Nightmare me l'avait ordonné, il y a de ça bien longtemps ...
- ... Sais-tu que Dream les cherche depuis des années ? Que leur disparition est l'une des causes qui l'ont poussé à abandonner son rôle de gardien... ? »
Nyx se mordit la langue, en proie à une culpabilité présente depuis déjà bien longtemps. Mais il ne se laissa pas abattre par ce sentiment :
« Je sais, et pour le peu que ça vaut, je m'en excuserai auprès de lui... mais pour le moment j'en ai besoin. Non... J'ai besoin de TOI !
- Qu... Moi ?
- Tu es la seule à pouvoir les activer ! Si c'est moi qui les touche, ma négativité risque de les corrompre ! »
Lux déglutit, pas certaine de saisir où voulait en venir le plus âgé, mais une chose était sûr : il avait raison. Maintenant que son père n'était plus l'incarnation des bonnes émotions, il n'y avait qu'elle pour les utiliser ... Et peut-être le Dream du passé ?
Elle secoua le crâne. Non, elle ne pouvait se permettre d'entrainer une autre version de son père dans leur galère. Elle souffla donc, avant de planter son regard dans celui de Nyx :
« D'accord Nyny. Expose-moi ton plan, je ferais au mieux pour le suivre. »
Son cousin eut un tendre sourire :
« J'ai toujours pu compter sur toi. »
Error fut projeté au sol, balayé sans la moindre difficulté par un tentacule d'encre. Son épaule percuta la terre violemment, et un sinistre craquement accompagna son hurlement tandis qu'il se recroquevillait de douleur, s'agrippant l'épaule qu'il s'était à moitié brisé sous le choc.
« PAPA ! » hurla Paperjam, la voix brisée par les sanglots, tandis qu'il essayait d'échapper aux griffes de Etsuko.
Mais le peintre corrompu le tenait fermement par le col, l'exposant tel un trophée de chasse à la vue de tous, poussant Error à grogner et à se redresser fébrilement.
« Pff ... Décidément, tu es aussi décevant et stupide que mon Error ... » pesta Etsuko tandis qu'il regardait de haut le Destructeur.
Un peu plus loin, Ink tentait désespérément de rejoindre son mari et son fils, mais Oshoku l'empêchait tout simplement de s'approcher. Peu importait ses tentatives, ses attaques, ses téléportations, le gardien du futur réussissait toujours à le contrer, à faire obstacle entre lui et sa famille.
Fou de rage, les pupilles de Ink virèrent au rouge, et il se jeta de toutes ses forces contre le maître des malheurs. Mais celui-ci, sans même lui jeter un regard, l'immobilisa par le biais de ses appendices, avant de faire un simple pas sur le côté qui lui permis d'esquiver une flèche décochée par Yumerai.
Yumerai qui se tenait à genoux, une jambe gravement blessée après avoir essuyé une attaque trop violente un peu plus tôt. Et il ne pouvait rien faire d'autre que tenter de toucher son frère avec ses misérables attaques ...
A bout de souffle, il porta un rapide coup d'œil sur Shiroken qui faisait équipe avec Cross, Killer, Dust et Horror pour combattre les Bads Sans du futur. Il faut dire que dans le futur, Horror et Dust étaient devenus particulièrement puissants, mais surtout leur cruauté c'était renforcée.
L'archer se mordit la langue, tourna la tête pour observer le portail. Ce portail qui n'était qu'à quelques mètres, qu'il suffisait de traverser pour se retrouver dans sa timeline d'origine, cette timeline du futur morbide, au bord de l'effondrement. Si seulement ... Si seulement il pouvait y renvoyer leurs ennemis et les bloquer pour de bon là-bas !
Un hurlement le sortit de ses pensées, le poussa à regarder Etsuko, et un frisson de terreur le parcouru : le petit Paperjam était à deux doigts de se faire briser la nuque, sous les yeux horrifiés de ses parents.
« JAMMY ! »
Le hurlement désespéré de Error résonna dans tout l'AU, fit trembler l'assemblée, et pendant une courte - très courte - seconde, Etsuko parût vaciller, hésiter.
Cette seconde d'indécision lui fut fatale : lui qui tenait l'enfant à bout de bras se trouva contraint de le relâcher lorsque son poignet fut fauché par un appendice sorti des ombres ! Avant que quiconque puisse comprendre, Nyx s'extirpa des ténèbres pour réceptionner Paperjam, pour ensuite se téléporter auprès d'Error. Si son âme crépita de douleur face à l'utilisation de la magie, Nyx ne s'en préoccupa nullement, son regard ancré dans celui de son père.
« QU... TOI ! »
Oshoku se figea également, ne comprenant pas par quel miracle son fils pouvait se trouver là, parfaitement éveillé. Et comme Etsuko, son inattention fut récompensé par une violente attaque, soit une attaque de Lux qui apparut juste devant lui, dans un flash de lumière, pour lui asséner un violent coup de lance dans le ventre.
Stupéfait, le maître des cauchemars hoqueta de stupeur, le souffle coupé par cette attaque, mais avant de pouvoir s'en défendre il s'aperçu que sa nièce avait déjà disparu, se téléportant auprès de Yumerai pour le soutenir.
Bien évidemment, leur arrivée détonante attira l'attention de tous.
« Qu'est-ce que sa veut dire ?! » aboya Etsuko tandis qu'il tenait son poignet blessé.
Nyx ne répondit pas mais planta néanmoins son regard dans celui du peintre corrompu, tout en serrant doucement Paperjam qui pleurait à présent contre lui, complètement chamboulé par la situation.
Le père indigne face au fils non désiré.
Deux regards pourpres qui se rencontrent, des regards de rages, de haines, preuve d'un amour qui n'aura jamais eut lieu, d'une mésentente latente qui ne pourra jamais être résolu. Des regards si semblables, pourtant témoins d'une trop grande différence.
Nyx s'accroupit, confia la garde de son petit frère à un Error toujours à terre, mais qui malgré ses blessures s'empressa de saisir PaperJam pour le garder tout contre lui, le protéger, le rassurer.
Etsuko serra les dents, sa magie crépitante de colère, sa corruption se manifestant pour pester contre Nyx ... et le choc eut lieu. Les appendices des deux squelettes rencontrèrent en contact, se heurtèrent avec une telle violence qu'une vague d'énergie fut propulsée autour d'eux, obligeant les autres à reculer, tandis que Nyx - ignorant sa magie de plus en plus capricieuse - se téléporta pour la seconde fois auprès de son géniteur, pour lui asséner un coup de poing en plein visage.
Trop surpris d'être ainsi agressé, Etsuko parvint pourtant à esquiver mais à répliquer. Il fit claquer sa langue et se téléporta à son tour, mais dans les cieux. Cieux où il fit apparaitre un Gaster Blaster sur lequel il se réceptionna, avant de brusquement tirer en direction de son fils.
Nyx ne laissa pas transparaitre la moindre émotion, à peine paniqué par cette attaque. Les ombres se mouvèrent autour de lui avant de lui créer un bouclier, lui permettant de se protéger du rayon, avant qu'il n'usent à son tour de magie pour faire paraitre des os qu'il projeta sur son adversaire.
Au loin, Shiroken se pétrifia à cette vue et interpella Lux avec anxiété :
« La magie de Nyx est instable ! Il ne doit pas l'utiliser autant ! »
La jeune fille, qui observait son cousin se battre, ne parût pas plus inquiète que cela. Elle semblait plutôt ... fataliste. Ayant déjà accepté la situation :
« Je sais papa ... et lui aussi le sait. »
Elle fronça brusquement les arcades, pour faire volte face et se protéger ainsi que Yumerai lorsque Oshoku les attaque, fou de rage.
« LUX ! » s'écria l'archer en voyant sa fille faire face à son jumeau.
La plus jeune hoqueta, bien plus faible que son oncle, et plia sous le poids des appendices. Tremblante, ses cheveux crépitèrent une nouvelle fois sous l'effort qu'elle prodiguait, elle n'hésita pas le moins du monde à soutenir le regard de Oshoku, la colère et la détermination venant déformer ses traits :
« Je n'abandonnerai pas ! » hurla-t-elle, ignorant son âme qui pulsait de plus en plus vite sous le coup de l'adrénaline.
Yumerai et Shiroken hoquetèrent, ahuris de voir leur fille aussi déterminée ... et cela fut comme un déclic, un rappel qu'ils n'étaient pas les seuls à se battre, que ce n'était pas le moment de lâcher !
Les pupilles de l'archer clignotèrent, s'illuminèrent d'une vive lueur dorée, et il se jeta sur le côté pour viser son frère sans atteindre sa fille, faisant paraître une flèche de lumière, le genre de flèche qu'il n'avait plus matérialisé depuis des années.
Oshoku en fut éblouit, tant et si bien qu'il fut incapable d'esquiver : l'attaque le toucha de point fouet, le fit hurler de douleur alors qu'il était propulsé plusieurs mètres en arrière.
Etsuko, qui était retombé au sol, combattait Nyx dans un duel d'appendice. Mais une réalité dont il avait conscience depuis longtemps le frappa à nouveau : son fils était plus fort que lui, bien plus fort. Du moins quand il était parcouru d'une telle rage. Ah, c'était bien le fils du gardien de la négativité ! Devenir plus puissant sous le coup de la rage ... Quelle plaie.
« JE VAIS TE FRACASSER ! »
Nyx émit un 'tch', agacé par une telle réplique, et cette fois-ci ce ne fut pas avec ses tentacules qu'il arrêta son père. Non ... cette fois-ci, il vint à saisir les bras de son père avec ses propres mains, venant serrer ses poignets aussi fort qu'il le pouvait dans le but de l'immobiliser.
Etsuko eut un hoquet de stupeur et Nyx eut un large sourire, croyant avoir gagné cette manche. Sauf que le peintre n'en avait pas terminé, il avait plus d'un tour dans a manche, et c'est sans prévenir qu'il prit son élan ... avant de jeter son crâne contre celui de son fils.
Ils glapirent tout deux sous l'impact, eurent un mouvement de recule en se lâchant avant de chacun se passer une main sur leur visage douloureux. Chacun à bout de souffle, tout deux arrivant clairement à leur limite, ce fut Etsuko qui prit une nouvelle fois la parole :
« ... tu n'es... tu n'es qu'une erreur ... tu n'aurais jamais dû exister ... et je sais déjà, je sais déjà que tu n'en as plus pour longtemps ... ! Regarde toi, en manque de pommes et de sommeil, à user d'une magie qui va te détruire de l'intérieur ... ! Tu es ... finis ... finis ! »
Nyx, la respiration erratique, essuya la sueur qui perlait sur son front, sa vision devenue trouble au fil du combat. Il ferma finalement les yeux, prit appuie sur ses genoux en prenant de grande bouffée d'oxygène :
« ... Je ... suis peut être une erreur ... mais toute erreur peut-être ... corrigée ... »
Il rouvrit à demi les yeux, observant le sol sans réellement le voir :
« ... et ... rien n'est terminé ... par encore ... je suis encore là, debout, devant toi ... »
Etsuko serra les poings, essayant de tenir sur ses jambes tremblantes :
« ... putain ... pourquoi t'entêtes-tu ... ? Pourquoi ...
- ... Parce que je suis comme toi ... »
Le peintre se figea, perdant ses pupilles sous la surprise, et Nyx se redressa doucement pour lui offrir un piètre sourire :
« ... aussi têtu que toi ... Ahah ... Ca prouve bien que tu es mon père ... que tu le veuilles ou non ... »
Etsuko resta silencieux ... incapable de répliquer quoique ce soit ... alors qu'il n'avait pourtant qu'une envie : hurler ... hurler que non, ce gamin n'était pas son fils ... comme il l'avait fait tant de fois ... affirmer toujours la même chose, la même vérité ...
Pourtant, ce ne sont pas les mots qui sortir de sa bouche :
« ... tu as perdu ... tu as perdu ... ! »
Le sourire de Nyx se fit un peu plus franc :
« Ahah ... pourquoi ?
- Tu vas crever ... et Nightmare va en terminer avec les autres ... !
- ... Dis moi ... suis-je le seul à avoir remarqué ... qu'il manquait un Nightmare, justement ... ?»
Etsuko devint livide : quoi ... ? Il manquait ... ?
Il se retourna vivement. Se retourna ... pour prendre conscience que seul Oshoku était présent. Où était passé le Nightmare du pas... ?!
« AHHHHHHHHHHHHH ! » hurla-t-il, brusquement saisit à la taille par un appendice qui n'appartenait ni à lui, ni à Nyx. Un appendice qui le serra d'un coup sec, manquant de le briser en deux, tandis qu'il hurlait plus fort encore.
Et le second Nightmare apparu, un sourire satisfait aux dents, en ayant guetté le bon moment pour intervenir. Mais s'il fut tenté d'achever le peinte, le cri de Nyx le stoppa :
« Ne le tue pas ! »
Surpris, le gardien du passé regarda son ami ... fils ... enfin ... regarda Nyx :
« Pourquoi ? C'est ton père, mais as-tu vu tout le mal qu'il t'a fait, qu'il nous a fait ? Et tu veux ...
- Je dois lui montrer quelque chose ! »
Il se retourna vers sa cousine :
« Lux ! Maintenant ! »
L'interpellée hocha le crâne avec sérieux, avant de sortir la petit boîte en bois dorée que lui avait confié son ainé. Les yeux de Yumerai s'écarquillèrent au même moment que ceux de Oshoku, tout deux retenant leur souffle avec incertitude et stupéfaction ... et Lux ouvrit ladite boite avec toute la délicatesse du monde, pour finalement en dévoiler le contenu.
[ Des orbes dorées ]
[ Les orbes contenant tout les rêves et les bons souvenirs du multiverse ]
Yumerai hoqueta :
« ... M-Mais ... je croyais ... »
Sa fille lui lança un regard d'excuse mais, n'ayant pas le temps de lui expliquer, elle retourna son attention vers Etsuko tout en saisissant l'une des orbes, pour finalement la tendre devant elle et user de sa magie pour l'activer.
Il y eut une vive lumière, qui vint envelopper tout les monstres présents pour les plonger dans un cocon de chaleur et de douceur. Surpris, chacun ressentit un étrange bien être, même les deux Nightmares qui auraient pourtant dû se retrouver brûler.
[ Mais cette lumière n'était pas de celles qui pouvait leur faire du mal ]
... Et il y eut un rire. Un tendre rire. Celui de Ink.
Mais ... pas le Ink du passé. Car celui-ci ne comprenait pas pourquoi il voyait un autre double de lui-même. Un double ... qui n'était autre que lui, il y a encore quelques années. Lui à l'époque où il tentait de séduire Error.
{ « Pff, tu es trop bête Ruru ! commentait ce Ink des souvenirs en rigolant. Penses-tu vraiment que je vais arrêter de bouger seulement parce que tu me le demande ? »
Et le Error des souvenirs grognait, bougon :
« Oui ! Arrête de bouger, que je te démolisse !
- Own, est-ce une façon cachée de dire que tu m'aimes ?
- Je t'aimerai le jour où tu seras plus aussi chiant ! »}
Leur relation avait toujours été ainsi. L'amour/haine. Les joutes verbales. Les combats. Une rivalité comme on en voit rarement, une symbiose, une fusion. Connaître par cœur son adversaire, leur comprendre d'un simple regard. Et pourtant, il avait fallut que Nyx intervienne pour qu'ils terminent enfin ensemble ...
Mais si Ink fut ému par une telle pensée, ce ne fut pas le cas de Etsuko :
« ARRÊTE ! »
L'assemblée sursauta, se détourna de se souvenir pour regarder le peintre corrompu qui avait baissé le crâne ... jusqu'à redresser les yeux en panique lorsqu'un autre souvenir se lança :
{Ink et Dream, autour d'un thé, riant et discutant comme les meilleurs amis du monde}
Etsuko glapit une nouvelle fois, aussi bien à l'adresse de Lux que celle de Nyx :
« ARRÊTE CA ! »
Et chacun se mit à comprendre.
{Ink en train de prendre du plaisir à Dessiner}
Tout ça ...
{Ink qui découvre le multiverse, qui s'en émerveille, qui le protège}
C'était les souvenirs de Etsuko.
« ARRÊTE ! »
Etsuko dont le hurlement mua en sanglot, un sanglot qui déchira la luminosité, les souvenirs, pour retourner à la brutale réalité, froide et implacable. Cette réalité qui venait de l'assaillir, qui avait fait sombrer ses pupilles dans un bleu terriblement pâle et désespéré.
« A-ARRÊTE ! » hurla-t-il encore à s'en faire mal à la gorge.
Et ses yeux, bientôt emplis de larmes, ne tardèrent pas à laisser s'écouler un torrent de larmes, tandis que son corps se trouvait en proie à des soubresauts terrible :
« J-je suis plus ... je suis pas ... je ... je ... ! »
Il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas pourquoi ces souvenirs lui faisait aussi mal, pourquoi il se trouvait ébranlé pour 'si peu'. Il ne comprenait pas comment il pouvait encore ressentir quoique ce soit vis-à-vis de ceux qu'il avait autrefois aimé, alors qu'il avait cessé de prendre ses fioles, alors qu'il avait mangé une pomme noire, alors qu'il avait sombré dans la négativité.
Pourquoi ... ?
Pourquoi son affection remontait-elle maintenant ?
Et il pleurait, pleurait si fort sans se soucier de ceux qui l'entouraient, accablé par la terreur et la fatalité, sous le regard complètement éteint de Nyx.
Oui ... Nyx le regardait sans la moindre émotion. Ni compassion, ni pitié. Il ... ne savait juste pas quoi ressentir. Ne savait PLUS quoi ressentir. Sans doute aurait-il eut mal, il y a encore quelques temps. Sans doute se serait-il jeté auprès de son père pour l'aider, l'encourager.
Mais quelque chose avait été brisé.
[ Nyx ne ressentait plus rien pour ce parent qui l'avait tant haït ]
Et son corps bougea de lui-même, le poussa à se détourner pour s'intéresser au second problème. Son dernier problème. Cette fois, les émotions revinrent, plus vives que jamais. Elle le submergèrent alors que son regard croisait celui de Oshoku.
Nyx observa son père droit dans les yeux, avec une force et une détermination qui firent trembler le gardien. Son fils ne l'avait jamais regardé de la sorte, n'avait jamais osé le fusiller d'un regard aussi terrible, froid et colérique. Mais ce qui terrifia le maître des cauchemars, ce qui le pétrifia réellement ...
[ Ce fut de sentir ses émotions ]
« Qu ... ? »
Oshoku avait hoqueté, reculé. Pourquoi... ?
[ Pourquoi ressentait-il les émotions de Nyx ? ]
« ... tu ... tu ... »
[ Ces émotions qu'il n'avait plus senti des années durant ... ]
« Tu ... ?! »
Nyx ...
[ Nyx avait retiré le sort qui camouflait ses sentiments ]
[ Colère, rancune, tristesse, déception ]
Oshoku recula encore, frappé de plus en plus fort part ce flot insoutenable.
[ Inquiétude, anxiété, pitié ]
Son corps trembla tandis que l'incompréhension le prenait aux tripes, lui provoquait un haut le cœur qui le poussa encore à reculer, toujours reculer, sans prendre garde à ce qui l'entourait.
Le cri de Nyx ne le ramena que trop tard à la réalité :
« PÈRE ! »
Mais Oshoku avait déjà chuté, tombant droit dans le portail qui se détériorait. Et jamais il ne pourrait comprendre ... jamais il ne pourrait comprendre pourquoi Nyx sauta avec lui.
Nyx ne réfléchissait pas à toutes ses actions, loin de là. Bien qu'il tentait de tout prendre en compte, d'anticiper un maximum, il fallait toujours que la vie le rattrape, lui démontre que le destin n'était qu'incertitude. Il fallait toujours que ses sentiments, ses sentiments qu'il avait tant de fois essayer d'étouffer, reviennent le tirer vers les méandres de l'irrationnelle.
Comme maintenant. Comme à cet instant où il s'était pourtant convaincu qu'il voulait oublier ses parents, les laisser derrière, ne plus rien avoir à faire avec eux afin de sauver ceux qu'il aimait réellement, ces versions d'une autre timeline qui avaient été si doux avec lui.
Alors pourquoi ... Pourquoi avait-il paniqué en voyant Oshoku basculé dans le portail ? Pourquoi son âme s'était-elle arrêtée une demi-seconde, pourquoi avait-il ressentit une vive panique ?
Pourquoi ...
Pourquoi avait-il sauté pour le rattraper ?
Il n'avait pourtant de cesse que de penser à leur passé commun. A toutes les fois où le maître des cauchemars l'avait frappé et humilié, à toute ces fois où il lui avait fait mangé de forces des pommes au point de le rendre dépendant, à toutes ces fois ... ces fois ...
Mais ... de tous les habitants du château ... de tous ceux qui le frappaient sans cesse ... Oshoku était le seul à le faire avec CE regard ... Ce regard sombre, vide, comme s'il tentait de refouler quelque chose. Tentait de refouler ... sa tristesse, sa culpabilité.
Oshoku ... Oshoku avait fait de lui son héritier. Il avait fait de lui QUELQUE CHOSE. Il lui avait donné une identité. Il l'avait considéré comme son fils. Même s'il avait été le pire père de l'histoire... Nyx avait perçu en lui une once de tendresse. Une once d'affection.
Son père l'aimait. Envers et contre tout, malgré les terribles malheurs, malgré sa corruption qui le bouffait de l'intérieur, Oshoku était parvenu à l'aimer.
C'était une raison suffisante pour que Nyx fasse tout pour lui.
C'était une raison pour que son corps agisse de lui-même, le précipite dans ce portail de malheur.
Et voilà. Retour dans leur timeline originelle. Retour dans ce multiverse effrité, dans ce monde d'angoisse et d'horreur, encore plus sombre que la dernière fois où Nyx s'y trouvait. Les cieux qui formaient un tourbillon grisâtre, comme si le ciel allait s'effondre sur leurs crânes. L'air quasi irrespirable, l'atmosphère tellement glaciale qu'on pourrait gelé sur place.
Nyx se redressa lentement, avec prudence, la gorge nouée par cette vision qu'il aurait souhaité oublié. Il tenta de faire abstraction et détourna le regard, cherchant son père des yeux.
Son père qui se trouvait un peu plus loin, dos à lui, recroquevillé sur lui même, les appendices effondrées sur le sol en signe d'abandon.
« ... Balance les autres ici, et referme le portail ... » souffla Oshoku d'une voix morne.
Nyx ne répondit pas, l'observant sans mot dire, pour finalement faire un pas dans sa direction.
Le plus âgé serra les poings :
« ... achève ton travail. Enferme nous ici à jamais, sauve cette timeline que tu aimes tant. »
Toujours aucune réponse de la part de Nyx. Oshoku se mordit la langue, sentant une pression insoutenable peser sur ses épaules.
« Merde ... Pourquoi tu ... ? »
Les pas de Nyx s'arrêtèrent juste derrière lui, à quelques centimètres à peine, et Oshoku tourna finalement le crâne pour ancré son regard dans celui de son fils.
Son corps trembla, frappé par ces nouvelles sensations qui se dégageaient de lui.
[ Tendresse, affection ]
Oshoku scruta Nyx sans saisir pourquoi il ressentait tout cela. Pourquoi il ressentait de telles émotions, une telle positivité à son égard.
« ... Je ne comprends pas ... » souffla-t-il à demi, cherchant une réponse dans le regard de son fils.
Nyx pencha la tête sur le côté, ne sachant pas de quoi il parlait, et le maître des cauchemars se sentit au bord des larmes. Il baissa le crâne, incapable de soutenir plus longtemps le regard du plus jeune.
« ... Comment peux-tu m'aimer ... après tout ce que j'ai fait ... ? »
Il releva la tête seulement pour observer le corps de Nyx, ce corps dissimulé sous des couches de vêtements, ces manches trop larges qui ne servaient qu'à dissimuler les cicatrices, les fissures, les traces de violences trop terribles.
Nyx eut un faible sourire en s'accroupissant à sa hauteur :
« ... je n'en sais rien. Syndrome de Stockholm peut être ... ? »
Une blague qui n'en était pas une. Oshoku se mordit la langue, tendit doucement la main pour venir frôler le bras de son fils, sans oser le toucher de trop.
« ... Je n'ai jamais su ce que je devais faire de toi. Comment te considérer ... »
Il vint poser son front contre son épaule :
« ... Mais ... j'ai toujours été tellement attaché à toi ... »
Sa voix tremblait :
« ... Nyx ... tu es la seule chose de bien que j'ai fait de toute ma vie ... »
Son fils tressaillit, profondément choqué par un tel aveux, mais surtout ... surtout ému. Tellement ému qu'il ne put contrôler les larmes qui vinrent noyer son regard.
« ... père ... je ... »
Un tentacule vint tendrement l'enlacer, tout en lui intimant de se taire, de ne pas en dire davantage. Oshoku ne cherchait pas un quelconque pardon, ne cherchait pas à se trouver d'excuser quant à son comportement. Il n'y avait pas d'excuse à trouver, il avait juste été le pire des enfoirés, ne méritant même pas le statut de "parent".
« ... qu'est-ce que je suis censé faire maintenant ... ? » murmura Oshoku.
Mais Nyx ne savait pas. Il ne savait même pas ce que lui-même devait faire ...
« ... Avant tout, nous devrions refermer le portail ... répondit finalement le plus jeune. Il ne faudrait pas que notre timeline détruise la seconde ...
- ... Et une nouvelle fois, je t'interroge : que faisons nous ? De quel côté devons nous nous trouver pour fermer le portail ? Moi, et les autres de nos temps, devons nous rester ici ? Ou bien rester dans le passé ? »
Nyx hésita. Encore une question ... bien trop compliquée. Si Yumerai, Shiroken et Lux n'auraient aucun soucis à être accepté dans la timeline du passé ... ça allait être autrement pour Oshoku, Etsuko et les autres.
« ... Même si nous étions acceptés ... repris Oshoku. Nous vois-tu vivre dans un monde que nous avons nous même détruit ? Revoir des visages familiers, revoir ceux que nous aimions ... Crois-tu qu'on pourrait rester saint d'esprit avec ça ? ... Et toi, serais-tu prêt à revivre dans la même timeline que nous, après tous ce qu'on t'as fait subir ? »
Le plus jeune dégluti, ses pupilles pâlissant devant ces questions. Il ne savait pas, il n'était sûr de rien ... Il ... Il n'avait rien prévu, il ne s'était pas attendu à ce que tout tourne ainsi, et cela le terrifiait. Ne rien pouvoir contrôler ... Perdre la maitrise totale de la situation ...
« ... Je ... Je ... »
Mais le rire de son père l'interrompit. Déconcerté, Nyx pencha le crâne sur le côté, avant d'être une nouvelle fois surpris par le soudain sourire de son géniteur.
Le gardien se releva, aidant son fils à se redresser à son tour :
« ... Tu n'as pas à prendre cette décision. Tu n'as pas à tout porter sur tes épaules. Tu le fais déjà depuis trop longtemps ... »
Ils se tenaient fébrilement la main, un contact si étrange à leurs yeux ... Mais Nyx y voyait un nouvel espoir, un nouveau départ :
« ... Père ... Nous ne pourrons jamais effacé ce que nous avons fait ... J'ai mes fautes moi aussi... Mais ... Nous pouvons tout recommencer. Nous pouvons débuter une nouvelle vie dans un multiverse en paix, un multiverse que nous pouvons encore choyer et protéger. »
Oshoku hésita :
« Je- »
Nyx n'entendit jamais la fin de cette phrase.
[ Je te rappelle que tu n'as plus de pommes et que ton corps a besoin de sommeil. Pas sûr que tu tiennes plus de quelques minutes éveillé .. ]
Il avait déjà poussé au delà de ses limites.
La dernière seconde venait de s'achever.
Nyx ne perçu même pas que les ténèbres l'emportaient à nouveau.
