Vingtième réunion du Club des Créateurs

Bonjour à tous, et bienvenue à notre nouvelle réunion.

Vanille a terminé sa cinquième année à Poudlard. Elle a intégré le Club des Créateurs, un groupe d'élèves de cinquième, sixième et septièmes années qui crée des sortilèges et des potions pour le plaisir de créer et de découvrir la magie. En cinquième année, Vanille était Novice : elle assistait Oreste qui travaillait sur la magie sans baguette.

Elle a intégré le Club avec deux amies, Leanne et Ambre, et a rencontré Nathan, un garçon aux pouvoirs étranges avec qui elle a eu du mal à s'entendre.

Elle a également rencontré Alexandre, d'un an son aîné, avec qui les début ont également été difficiles, mais qui a avoué son histoire de famille qui l'a rendu très ambitieux.

C'est tout pour le récap de changement d'année : commençons tout de suite la sixième année de Vanille !


Assise sur son lit, un livre ouvert sur les genoux, Vanille regardait dans le vide. La chambre de son enfance n'avait plus la même chaleur. Les peluches et les jeux sur l'étagère étaient incrustés d'une fine couche de poussière, les couleurs des affiches étaient devenues fades. Lointaine était l'époque où les vacances lui procuraient la joie d'être chez elle.

Pendant qu'elle était à Poudlard, sa mère avait changé les meubles et les peintures des couloirs et du salon, pour en faire la maison classique d'une quarantenaire célibataire avec deux chambres à coucher de trop, sans enfant pour les occuper.

Vanille était seule chez elle, comme chaque jour ou presque depuis le début des vacances. Son frère n'était pas encore rentré de son voyage. Son retour n'était pas encore prévu. Leur père était avec lui, tous les deux lui manquaient. Elle se surprit à éprouver un brin de jalousie.

Et sa mère s'était trouvé un ami. Un copain. Elle passait ses journées chez lui, "pour ne pas te l'imposer ma chérie". Elle rentrait des fois le soir dîner avec elle, puis repartait dans la nuit.

Et donc, Vanille s'ennuyait. Elle pensait à sortir, à aller au cinéma, au théâtre. Des activités moldues qui ne l'intéressaient plus.

Ambre et Leanne étaient toutes les deux occupées dans leurs propres familles.

Elle pensait parfois à Alexandre. Quelques jour après la fin des cours, elle avait reçu une lettre de sa part : il lui souhaitait simplement de bonnes vacances. Il ne lui proposait pas de se revoir avant la rentrée, ce qui la soulagea : se voir directement en dehors de l'école aurait peut-être été trop pour elle. Les jours passaient et elle se demandait si, sans l'atmosphère magique dans laquelle ils s'étaient embrassés, elle ressentirait encore ces émotions. Après un an de relation froide et compliquée, elle aurait besoin de temps pour se sentir vraiment bien avec lui. Si cela arrivait un jour.

Les vacances avaient commencé depuis dix jours et elle avait déjà lu plus de la moitié des livres qu'elle avait empruntés à la bibliothèque de l'école et celle du Club pour ses recherches personnelles. Mais elle était limitée par un manque d'information - et peut-être aussi d'inspiration. Pourtant, la motivation elle était bien là.

Elle avait bien entendu ramené ses notes. Dedans était consignée une grande partie des conclusions d'Oreste, qui l'avait aidée à étoffer ce qui concernait la matérialisation de la magie.

Puis elle avait cherché de nouvelles pistes. Elle avait retrouvé sa note "étudier la magie des Elfes" et l'avait élargie en "étudier la magie des créatures magiques". Malheureusement, elle n'avait pu que concilier ses propres connaissances, aucun des livres qu'elle avait emprunté n'avaient pu l'aider.

Elle baissa les yeux sur celui qu'elle était en train de lire, un peu barbant, mais il fallait bien qu'elle le lise. Elle n'avait rien d'autre à faire. Au détour d'un paragraphe, qu'elle lisait en diagonale sans en retenir le moindre sens, son regard s'accrocha sur le mot Mahoutokoro. Intriguée de voir le nom d'une école de son Club, elle lu le paragraphe. Il était question de capacités en Quidditch supérieures à la normale, en raison de différentes façons d'étudier la magie.

Décidément, même dans un livre intitulé Lire dans les étoiles et sortilèges potagers, les sorciers sont bien incapables de ne pas parler de Quidditch.

Pourquoi avait-elle emprunté un livre de divination et cucurbitacées ?

Elle pensait peut-être aider sa mère dans son jardin avec un peu de magie quand elle aurait le droit de pratiquer en dehors de l'école.

Mais pourquoi avait-elle l'impression d'avoir pensé à quelque chose d'important ?

Elle retourna en arrière dans ses pensées, et retrouva ce qu'elle cherchait : le Club des Créateurs de Mahoutokoro, qu'elle rencontrerait certainement l'année prochaine. Lorsqu'Oreste était revenue de la rencontre internationale, elle avait trouvé une nouvelle motivation et des idées grâce à des discussions avec ces sorciers qui avaient "différentes façons d'utiliser la magie" selon son livre. Elle lui avait appris qu'au Japon, les sortilèges n'étaient pas invoqués avec les mêmes formules.

Une lumière s'alluma dans sa tête. Et si elle tentait d'en savoir plus sur les différentes cultures magiques ? Elle réfléchit à toute vitesse. Il n'y avait aucun livre chez elle pour commencer ces recherches, et elle ne savait même pas à quoi elle pensait vraiment. Mais cela faisait deux fois que la magie d'Asie venait à elle, s'imposant maintenant par ses différences avec la magie occidentale.

Découvrir les origines et la nature de la magie, qui était son premier et principal but, pouvait débuter par l'étude des différentes manières de l'utiliser. Et quoi de plus différent que la culture d'un autre continent ?

Mais comment faire ces recherches en étant coincée ici ? Ses livres ne parlaient pas plus d'Asie que de créatures magiques. Mais il y en aurait certainement chez Fleury & Bott : elle pouvait s'organiser une journée dans le Londres sorcier. Elle espérait seulement que sa mère accepterait de la laisser y aller seule.

Mais au fond de ses pensées, quelque chose la bloquait. L'image d'elle-même ne recopiant que des extraits de livres pour compléter ses recherches s'imposa à elle. C'était comme avancer sur des routes déjà tracées en espérant un jour découvrir un nouveau monde.

Elle repensa au Club et des possibilités immenses qu'il offrait. La chance qu'était celle de pouvoir créer, et de pouvoir échanger. D'être en contact avec des sorciers du monde entier.

L'évidence la frappa ; elle se précipita sur son bureau pour rédiger une lettre à Oreste. Elle lui demanda de lui donner un contact du Club des Créateurs de Mahoutokoro auquel elle pourrait poser ses questions.

Fini les routes tracées, elle allait commencer à marcher dans l'herbe.

Elle en profita pour préciser où en étaient ses recherches, et s'enquérit de l'entrée d'Oreste au Ministère de la Magie. Elle se sentait fière de son amie, qui avait été sa première mentor.

Elle envoya sa lettre et replongea dans un ennui quasi instantané.

L'attente ne fut heureusement pas longue, Oreste, d'une écriture un peu précipitée, lui répondit par retour de chouette. Elle lui proposait de se voir quelques jours plus tard au Chemin de Traverse autour d'une bièraubeurre pour discuter.

"Le hasard te sourit à pleines dents. Mon amie japonaise du club de Mahoutokoro passe ses vacances en Europe, et viendra passer deux jours à Londres. Elle sera là ce samedi, tu pourras lui poser toutes tes questions. Je vais lui envoyer un hibou pour la prévenir, la connaissant, elle se fera un plaisir de te préparer un petit exposé sur nos différences magiques culturelles."

En effet, Vanille était épatée de la coïncidence qui se présentait devant elle.

Le soir même, sa mère rentra pour manger. Pendant le repas, Vanille lui demanda la permission de se rendre à Londres le samedi.

- A Londres ? Mais tu as tout ce qu'il faut ici, en ville ! Et puis si tu t'ennuies, tu peux toujours accueillir tes amies, c'est pour ça qu'on a relié notre cheminée.

- Elles sont occupées, tu le sais. Laisse-moi y aller s'il te plaît, si je prends le Magicobus, j'y suis en une heure et il me déposera exactement aux bons endroits. Je retrouverai directement Oreste.

- Tu n'as jamais été aussi loin toute seule…

- Si, je suis allée à Poudlard. Ce n'est qu'un trajet en Magicobus, avec la magie tout est plus proche que dans le monde moldu. Je l'ai déjà pris, la première fois que je suis allée au Chemin de Traverse avec le professeur McGonagall.

Sa mère se mordit un instant les lèvres.

- Vanille, je suis désolée de ne pas être à la maison souvent tu sais…

- Ne le sois pas, je sais que c'est plus arrangeant pour vous, avec vos horaires, votre intimité… Mais tu dois au moins me laisser organiser ma vie ici. Me laisser étendre mes ailes et m'envoler vers mon destin. Sinon j'aurais l'impression d'être comme une princesse dans son donjon.

- Bon, je t'arrête là, sinon d'ici deux minutes je suis un terrible dragon.

Vanille et sa mère se sourirent, complices.

- D'accord, mais tu ne rentres pas après dix-neuf heures, et tu prends le portable de ton frère.

- Je ne pense pas que le réseau passe chez les sorciers, mais merci, dit Vanille.

En entrant dans sa chambre, Vanille s'adossa à sa porte un instant. Sa mère ne lui avait pas demandé pourquoi elle comptait se rendre à Londres. Elle s'y était pourtant attendue, préparée même, puisque sa mère n'était pas au courant pour le Club des Créateurs, ni de ses recherches. Vanille avait pensé lui en parler dès le premier jour des vacances, de manière détournée sans évoquer directement le Club puisque cela lui était impossible, mais ce jour s'était avéré être celui où sa mère lui avait présenté son ami. Après, elle n'avait pas trouvé de bon moment pour évoquer le sujet. Et comme cela lui faisait taire une grande partie de son année, sa mère ressentit que Vanille ne lui racontait pas tout comme elle en avait l'habitude. Elle prit cela pour un rejet, et mère et fille tombèrent dans une spirale infernale, chacune croyant que l'autre voulait de l'espace, et chacune respectant la volonté de l'autre, en s'éloignant.

Vanille avait conscience de tout ça, mais n'avait pas vraiment envie de faire d'effort.

Le samedi, Vanille sortit devant chez elle et empoigna sa baguette qu'elle brandit devant elle. Quelques instants passèrent, pendant lesquelles elle se demanda si elle avait le droit de faire ça en étant mineure. Puis déboula dans un grand bruit un bus à double impériale violet qui s'arrêta exactement là où Vanille se serait tenue sur elle n'avait pas reculé d'un bon pas une demi-seconde plus tôt.

C'était peut-être le moyen de transport le plus dangereux finalement… pour peu qu'on ne soit pas à l'intérieur.

- Bienvenue dans le Magicobus ! beugla le contrôleur à qui elle acheta un billet pour Londres, Chemin de Traverse. C'pas souvent qu'on s'arrête dans des coins aussi sympas. Merci d'avoir pensé au Magicobus pour votre trajet. Ern ! lança-t-il soudain alors que Vanille s'asseyait sur le premier fauteuil pour profiter de la vue - et tenter de ne pas être trop malade, on fait un détour pour voir la mer ?

- On voit la mer à chaque fois qu'on passe chercher la vieille Mrs Parkson, cinq fois par semaine, répondit le conducteur.

- La mer ici, l'est bien plus belle !

Le conducteur lança un regard désolé à Vanille, qui haussa les épaules. Finalement, le bus passa par des routes qui n'étaient sûrement pas les plus directes car ils longèrent la mer de longs moments alors que la route de Londres s'enfonçait vers les terres.

Ce détour plut beaucoup à Vanille, qui aimait profondément les côtes, la mer, les falaises. Plusieurs fois, des oiseaux marins s'approchèrent pour voler près d'eux. Le bus sautait d'à-pic en presqu'îles, roulait quelques instants à chaque fois pour profiter des paysages. Il était déstabilisé par ses deux étages de prise au vent, et du vent, il y en avait. Quand le teint de Vanille commença à tirer sur le jaune, le contrôleur accepta qu'ils arrêtent là leur balade.

Ils déposèrent une Vanille titubante sur le chemin de Traverse une demi-heure plus tard, et lui offrirent un sac en papier avec un dessin du Magicobus pour pouvoir vomir sans crainte.

Oreste était déjà assise avec son amie sur la terrasse d'une brasserie. Vanille jeta son sac (plein) et les rejoint.

- Vanille ! Je me demandais quand tu arriverais. Ca va ? On dirait que tu viens de prendre le Magicobus.

- Précisément.

- Assied-toi, je te présente Mai Ishii.

Vanille prit place face à la japonaise qui lui tendit la main, souriante. Elle avait de longs cheveux noirs brillants, et le regard sérieux, qui lui rappelait beaucoup celui d'Oreste.

- Ohayô gozaimasu ! O-genki desu ka ? lui lança Mai en lui serrant la main.

- Oh, tu ne parles pas anglais ?

- Tiens, bois une gorgée de ça, dit Oreste en lui tendant une petite bouteille bleue.

Vanille s'exécuta.

- Est-ce que tu me comprends maintenant ? demanda la japonaise.

- Oui ! Oh, qu'est-ce c'est que cette potion ? s'étonna Vanille en la rendant à Oreste, qui la posa au milieu de la table.

- Il a bien fallu qu'on trouve des solutions pour pouvoir communiquer, apparemment pendant des années il fallait qu'on apprenne les langues les uns des autres.

- Enfin c'était surtout à Beauxbâtons, Durmstrang et Mahoutokoro d'apprendre l'anglais, lança Mai dans un faux regard de reproche. Du coup on a créé cette potion. Elle fait partie des rares créations communes à toutes les écoles, qui en plus n'a été vendue à aucun des gouvernements. C'est notre bijou.

- Comment ça marche ? demanda Vanille.

- Une gorgée par heure, et tu peux comprendre toutes les langues que tu entends.

- C'a dû être un casse-tête à créer. C'est une traduction directe ? Ou est-ce que c'est notre cerveau qui comprends les idées principales et les interprète ?

Oreste lança un regard à Mai qui fit rougir Vanille, c'était un regard plein de fierté.

- Je t'avais dit que c'était une créatrice dans l'âme, répondit-elle. Tu entends très bien qu'il ne s'agit pas d'anglais, expliqua-t-elle, mais ton cerveau te le fais croire, parce que tu comprends parfaitement ce qu'elle dit.

- C'est bien une interprétation de ton cerveau, poursuivit Mai, qui comprends parfaitement les émotions qui passent dans mes mots, et les traduit dans des mots qu'il connaît. Avec le temps, on peut s'entraîner à remarquer qu'il ne s'agit pas de sa langue natale. Là, tu m'entends parler anglais. Mais mettons que tu t'entraînes : tu finis par m'entendre en japonais mais tu comprends parfaitement. Une fois l'effet de la potion terminé, il te reste forcément des traces, des souvenirs, et tu peux apprendre une langue facilement.

- C'est simplement génial.

La petite bouteille bleue trônait au milieu des trois filles, prête à être utilisée à tout moment. Elles commandèrent trois bièraubeurres. Mai se présenta comme une future Grande Créatrice, ce qui ne signifiait pas forcément septième année, mais qu'elle entrerait dans sa dernière année d'étude dans son école. Elles parlèrent du Club, et Oreste leur raconta son travail au Département des Mystère où elle poursuivait ses recherches.

- Je crois savoir que tu as des questions pour moi ? demanda alors Mai à Vanille.

- Oui. Je vais commencer à la rentrée mes propres recherches, j'aimerais étudier en profondeur la magie. Ce qu'elle est, sa nature ses origines.

Vanille se demande un instant s'il était bien sage de révéler ainsi le détail de ses projets à une fille qu'elle ne connaissait pas. Puis elle se dit que parmi tous les membres du Club, Oreste faisait partie de ceux en qui elle avait une confiance aveugle. Et il en allait de même pour ses amis.

- Elle poursuit un peu mon héritage d'être au Club des Créateurs pour ne rien créer mais simplement comprendre des choses.

- Je ne sais pas si "simplement" est adéquat, répliqua Mai. C'est un énorme sujet auquel tu t'attaques, tu dois en avoir conscience.

- Je sais surtout que je ne sais rien et que je ne sais pas vraiment où je vais, si j'aurais un résultat ou même si je finirai ces recherches un jour. Mais il y a des questions que je me pose et qui tournent toutes autour de ces mêmes thèmes : la nature et les origines. Du coup, je pense que ce sera le nom de mon projet.

- Et comment dois-je intervenir ? demanda Mai poliment.

- J'ai lu il y a quelques jours qu'à Mahoutokoro, vous étudiez la magie "différemment", je suppose que l'auteur a voulu dire différent de l'Europe. Est-ce que tu connais assez la culture sorcière Européenne pour avoir remarqué des distinctions ?

Mai prit un instant pour réfléchir, et Vanille sortit un petit carnet.

- Je crois que la principale différence se situe dans les tout premiers cours de magie, ensuite tout découle en suivant ces premières méthodes. Les enfants sorciers arrivent très jeunes à Mahoutokoro, et ils y développent leur… instinct magique. Leur spontanéité. Ils apprennent à sentir les sortilèges, presque à sentir la magie et à l'utiliser. Tout cela est très théorique, bien sûr. En cours, on nous apprend à trouver nous-même les sortilèges. Les professeurs nous donnent le plus souvent les bases, puis nous demandent de nous concentrer sur des effets de tel ou tel sort. Il en résulte souvent des sortilèges identiques avec des formules différentes. On essaye celles des autres, on voit laquelle nous convient le mieux. Il y a beaucoup plus d'informulé chez nous, mais on ne nous impose pas d'apprendre certains sort spécifiquement en informulés, simplement si ça marche mieux, on va l'utiliser. Pour résumer, je dirais que notre magie est spontanée. Sanguine. Instinctive. Comme si nous avions tous un sixième sens qui nous permet de déterminer le plus rapidement possible, et sans y réfléchir, quel sortilège sera efficace. J'aurais sûrement une centaine de détails, d'exemples à te proposer, je te les enverrai dans une lettre.

- Est-ce que tu avais déjà réfléchis à tout ça avant ?

- Pas avant d'avoir rencontré des sorciers d'autres cultures, non. J'ai baigné toute ma vie dans cette façon d'appréhender la magie et il ne me serait jamais venu à l'idée qu'il y ait d'autres manières de faire.

Vanille était en effet étonnée qu'il y ait autant de différences dans les manières d'apprendre la magie.

- Nos cultures ont des origines communes tellement lointaines, ce n'est pas étonnant qu'il y ait des différences majeures dans nos manières même d'appréhender la magie. Je suis certaine que chez les Moldus, c'est la même chose, dit Oreste.

- J'espère pouvoir aller voir par moi-même ces différences un jour. Peut-être qu'en étudiant plusieurs cultures, je pourrais essayer de trouver des similitudes. Et si des peuples aussi éloignés culturellement que les nôtres ont des similarités dans leur magie, alors peut-être que celles-ci m'aideront à comprendre la nature de cette magie, à laquelle aucun peuple ne saurait échapper.

Oreste et Mai échangèrent le regard complice de ceux qui voient les jeunes prendre la relève.

- Pourquoi n'irais-tu pas voir un élève de Durmstrang ? proposa Mai. Un élève du Club. Là-haut, ils apprennent aussi la magie différemment d'ici où de chez moi.

- Aller là-bas ?

- Oui, les membres du Club sont des sorciers de confiance, ils t'accueilleront chaleureusement. Et je pense qu'il ne verraient pas de soucis à parler de leurs traditions à un autre membre du Club, affirma Mai.

- Mais c'est quand même… enfin, loin.

- Avec un aller-retour en Portoloin international, tu peux ne passer qu'une seule journée là-bas. Ce ne sont pas les plus chers, ceux qui vont au grand nord. Tiens, dit Oreste en récupérant le carnet de Vanille, je te donne les coordonnées de Peter. C'est, je pense, celui de Durmstrang avec qui je suis le plus proche. Je lui enverrai une lettre ce soir, envoie-lui en une aussi, quand tu te seras décidée.

- Merci, dit Vanille avec un sourire crispé.

- C'est l'idée de voyager aussi loin qui te fais peur ? demanda Mai.

- C'est aller dans un endroit que je ne connais pas, chez des gens que je ne connais pas… Je suis encore mineure vous savez.

- Tu peux prendre un Portoloin seule pour l'étranger à partir de 15 ans, affirma Oreste, toujours au courant des lois.

- Tu vas adorer le grand nord, affirma Mai, qui ne devait pas être à son premier voyage. Même pour une journée. Les sorciers de là-bas sont incroyables.

Vanille les remercia pour leurs encouragements. Elles finirent leurs bièraubeurres et partirent faire le tour du chemin de Traverse. Elle passèrent l'après-midi ensemble, puis Vanille les quitta, son carnet de notes dans son sac, et un grande satisfaction dans son cœur.

Elle avançait. Et se dit que maintenant, elle ne marcherait plus dans l'herbe, elle marcherait dans la neige.

Le conducteur du Magicobus ne fit pas de détour en la ramenant chez elle, pour le plus grand plaisir de Vanille qui se sentait décidément bien mal dans ce bus, malgré les paysages.

Vanille hésita quelques jours avant d'envoyer de lettre à Peter, le Créateur de Durmstrang.

Mai tint parole et lui envoya une lettre foisonnante de détails sur la Magie Asiatique, en particulier Japonaise.

Après tout ce qu'elle avait appris, Vanille ne voulait pas s'arrêter en si bon chemin. Elle voulait découvrir plus mais était bloquée par la peur de l'inconnu. Elle n'était encore jamais sortie du pays, encore moins seule.

Puis dans un bref élan de courage (elle n'était décidément pas une Gryffondor), elle osa envoyer sa lettre pour proposer une rencontre avec Peter. La réponse mit quelques jours à arriver, sans surprise, Peter acceptait avec plaisir de la recevoir. Il attendait sa lettre depuis qu'il avait reçu celle d'Oreste. Il lui proposa une date, l'informa qu'il avait déjà réservé un aller-retour en Portoloin au cas où. Il lui disait qu'il était ravi d'aider les recherches d'une "petite nouvelle du Club".

Il ne lui restait plus qu'une chose à faire : convaincre sa mère. Et pour cela, elle n'allait plus pouvoir se contenter de dire le strict minimum. Elle ne voulait ni mentir, ni lui parler du Club.

Elle décida d'y aller en douceur.

- Tu sais, lança Vanille en se servant de la salade (les repas sont d'excellents moments pour demander quelque chose), j'ai appris beaucoup quand je suis allée à Londres.

- Ah oui ? Sur quoi ?

- Eh bien, j'y ai rencontré deux amies à moi, et l'une des deux fait ses études à Mahoutokoro, l'école du Japon. On a beaucoup parlé de sa culture, de la magie de là-bas…

Sa mère avait l'air sincèrement étonnée :

- Je croyais que tu voulais aller à Londres pour voir quelqu'un ?

- Oui, c'est ce que j'ai fait.

- Eh bien j'imaginais, en fait, que peut-être il s'agissait de… d'un garçon, dit-elle en murmurant le dernier mot.

- Qu'est-ce que cela aurait changé que je rencontre des amis fille ou garçon ?

Elle ne s'attendait pas à cette tounure de conversation.

- Que ce soit un garçon, tu vois. Le garçon.

- Oh !

Vraiment pas.

- Non je… heu… non.

Elle rougit sous le regard tendre de sa mère.

- Ce n'est pas de ça dont je voulais te parler, maman.

Sa mère prit un air décontracté, l'air de dire "On n'en parle pas si tu ne veux pas".

- Je voulais te parler, se lança-t-elle avant que sa mère ne lui pose plus de question, de cette amie qui connaît également un élève de Durmstrang, l'école du nord.

- Cette amie de Mahou… de l'école du Japon ?

- Oui et d'Oreste, mon amie de Poudlard.

Sa mère était un peu perdue.

- J'aimerais aller rencontrer Peter, un ami d'Oreste, qui va à l'école de Durmstrang.

- Bien sûr, ton premier trajet jusqu'à Londres s'est bien passé, je ne m'inquiète plus.

- Il n'est pas à Londres, il est au nord. Vers la Scandinavie. Je ne sais pas vraiment trop où en fait, il m'a déjà réservé des billets de Portoloin.

Sa mère ouvrit de grands yeux.

- Tu veux aller dans un pays que tu ne connais pas chez un garçon que tu ne connais pas ? Toute seule ?

- Je ne le connais pas mais on fait partie du même… groupe d'amis, je lui fais vraiment confiance et ça ne serait encore qu'une seule journée.

- Hors de question que je te laisse aller là-bas.

- Mais...

- Si je pouvais au moins voir chez qui tu veux aller, ça me rassurerait.

Vanille lui montra la lettre qu'elle avait reçue. En fait, il s'agissait d'un faux, fait avec une plume à réplication d'écriture. Elle avait prit soin de cacher certaines parties, comme lorsqu'il évoquait le Club ou le fait de faire des recherches. Le résultat était assez bancal mais sa mère n'y vit que du feu. L'effet de la magie, sûrement. Elle se mordit l'intérieur des lèvres, coupable de manipuler ainsi sa mère.

- Il dit qu'il connaît bien tes amies... ils se sont rencontrés avec l'école ?

- Oui, c'est ça, affirma Vanille, vague.

Sa mère eu l'air suspicieux encore quelques instants et abdiqua à la condition que Vanille lui montre ses deux billets de Portoloin. Elle les commanda (en envoyant quelques Noises dans une bourse pour chouette, objet qu'elle n'avait encore jamais utilisé sur la sienne, Filéone) et sa mère accepta de la laisser partir.