Hermione roula de côté dans son grand lit, ouvrant lentement les yeux. La nuit n'avait pas été simple, agitée de divers rêves peu agréables dont elle ne se souvenait plus. Ça lui arrivait encore parfois de faire des cauchemars, même si ça allait mieux. C'est pour ça qu'elle dormait autant. Quand elle rêvait, elle avait l'impression que ça lui prenait toute l'énergie qu'elle aurait dû récupérer de son sommeil. Distraitement, Hermione lança un Tempus informulé à l'aide de sa baguette, pour voir l'heure qu'il était. Regardant du coin de l'œil, elle se figea.

Il était 6h43, elle avait donc un peu de temps. Mais surtout, on était le 19 mars*. Aujourd'hui, c'était l'anniversaire de sa mère. Et en plus de n'avoir pas pu lui envoyer un hibou – elle se serait demandé comment elle connaissait la date – elle ne pourrait pas passer la journée avec elle. En cette journée particulière le manque se fit plus vif et Hermione se morigéna de n'avoir pas osé lui rendre la mémoire. Se remettant sur le dos, la jeune femme fixa le plafond d'un air absent, se souvenant des moments passés en compagnie de sa mère. Tous ces moments où elle avait pris soin d'elle, l'avait écoutée, consolée, encouragée, engueulée… Même leurs disputes lui manquaient.


Ce fut une Hermione aux traits tirés et aux yeux rouges qui pénétra dans la Grande Salle une demi-heure plus tard, se cachant sous sa masse de cheveux. Elle s'assit à sa place habituelle, en milieu de table, face aux quelques Serdaigle déjà présents. La jeune femme regarda les plats alignés devant elle avec peu d'envie mais finit par se saisir d'un toast qu'elle tartina de marmelade ainsi que d'une tasse de thé au Jasmin et commença à manger sans appétit, son regard vagabondant distraitement dans la salle. Comme d'habitude, les immenses bannières aux couleurs des quatre maisons ornaient les murs de pierre. Le plafond magique était aujourd'hui d'un bleu éclatant parsemé de quelques nuages. Le temps n'était même pas foutu de s'accorder à son humeur, ce qui déprima encore plus la préfète qui aurait désespérément voulu un câlin de sa mère. Elle avait l'impression d'être une gamine en pensant cela mais ce n'était pas parce qu'on vivait en pensionnat dix mois sur douze, qu'on était une sorcière avec des pouvoirs magiques, qu'on s'était battue pendant une guerre, ou qu'on approchait de la vingtaine qu'on n'avait pas besoin de sa mère dans les moments difficiles. Hermione avait juste envie de pouvoir retourner au lit pour pleurer de toutes les larmes de son corps.

Lorsque Ginny arriva, elle vit que quelque chose n'allait pas mais eut la bonne idée de ne pas poser de questions. Hermione lui parlerait – enfin, à elle, ou à un autre… – seulement quand elle serait prête. Elle serra simplement son épaule en guise de soutien et puis s'assit et commença à manger, échangeant un regard sans équivoque avec Neville et Luna qui étaient avec elle, disant : « si ça ne va pas mieux ce soir, on lui parlera. » Ils acquiescèrent et tentèrent de parler d'autres sujets tout en lui lançant des regards inquiets de temps en temps. Enfin, au moins elle ne se cachait pas, pas comme les mois d'avant. Ce n'était sans doute pas une rechute.


Un autre qui avait remarqué cette douleur était évidemment Severus, qui n'essayait même plus de se mentir et de se persuader qu'il ne regardait pas plus que de raison la table des Gryffondor. Il espérait que ce n'était rien de grave ou d'insoluble. Il essaierait de lui poser la question à l'occasion, mais il n'avait pas cours avec elle aujourd'hui et ils n'avaient pas prévu de se voir avant le lendemain.


La journée pour Hermione fut catastrophique : elle s'endormit en Histoire de la magie, manqua de blesser ses amis en Défense contre les forces du mal, ne parvint pas à produire son Patronus, manqua rendre tout son repas de midi tellement son estomac était noué (elle était passée par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et avait bien eu du mal à rassurer ses amis et à les convaincre de ne pas l'emmener à l'infirmerie, arguant qu'elle irait le soir si son état empirait, ce qui ne serait pas le cas promit-elle, et refusa d'entendre leurs arguments plus longtemps), faillit se faire amputer d'un doigt en rempotant une plante particulièrement vicieuse pour le cours de botanique et inversa les inconnues dans ses équations d'Arithmancie, l'obligeant à tout recommencer.

Après son dernier cours, la Gryffondor n'avait qu'une envie, aller se creuser un trou au fond de la forêt interdite et ne plus jamais en sortir. Malheureusement pour elle, les choses ne se passèrent pas exactement ainsi. Se dépêchant pour aller prendre l'air et fuir ses amis, Hermione ne fit pas attention à ce qu'il se passait autour d'elle et rentra donc dans quelqu'un. Manquant de tomber, elle fut rattrapée par une main qui ne lui était pas inconnue. À vrai dire, cette main était raccrochée à son professeur de potions qui avait l'air furieux. C'était vraiment sa veine de tomber sur lui alors qu'elle voulait juste être seule. Ce fut encore pire lorsqu'il dit d'une voix basse mais cependant audible par tous les élèves présents aux alentours, dont des Serpentard qui ricanaient bêtement :

« Granger, 10 points en moins pour Gryffondor, pour avoir bousculé votre professeur de potions. Venez avec moi. »

Sans attendre de réponse, il la prit par le poignet et elle se laissa entraîner sans résistance, trop abasourdie par la tournure de la situation pour dire ou faire quoi que ce soit. Elle ne comprenait pas pourquoi il semblait aussi furieux. Elle n'avait pourtant rien fait de mal. Peut-être en avait-il marre d'elle ?


Severus la mena jusqu'à son laboratoire, puis passa par la porte dérobée qui conduisait à son salon. Là, il la lâcha et l'observa quelques instants avant de finalement demander, brisant le silence :

« Hermione ? »

Elle ne manifesta aucun sentiment ou aucun signe montrant qu'elle l'avait entendu.

La jeune femme ne comprenait pas pourquoi il avait tout d'un coup perdu son air fâché et la regardait comme ça. Elle s'en fichait un peu à vrai dire et voulait juste s'en aller dehors, s'asseoir au pied d'un arbre et écrire à sa mère une longue lettre qu'elle ne lirait jamais.

Le professeur de potions s'approcha et prit le menton de son élève de sa main gauche, la forçant relever la tête pour le regarder.

« Hermione, que se passe-t-il ? »

Il scruta ses traits tirés, son teint pâle et ses yeux rouges. Sa détresse formait des vagues presque palpables autour d'elle.

« Rien » répondit-elle finalement d'un ton las, détournant le regard une nouvelle fois.

« Ne me mentez pas. Qu'est-ce qui vous tourmente ? Je m'excuse pour les points que je vous ai retirés, je voulais juste trouver une excuse pour vous parler, je vous les remettrai. Que s'est-il passé ? Est-ce que vous… »

« Je m'en fiche des points. » le coupa-t-elle d'une voix éteinte. « Et je n'ai rien fait de grave à part pleurer. N'allez pas imaginer que je replonge ou que… Je ne sais pas, moi. Vous n'avez pas besoin d'être aussi… protecteur, ou quoi que ce soit. Pas besoin de me surveiller. »

« Je ne vous surveille pas, Hermione. J'ai juste remarqué que vous n'alliez pas bien aujourd'hui. Je ne vous accuse de rien du tout et je sais que vous avez passé cette période. Cependant, n'ai-je pas le droit de m'inquiéter ? »

« Si vous voulez. Puis-je aller dehors ? » demanda Hermione, butée.

« Pas tant que vous ne m'aurez pas dit ce qui vous tracasse. » Un silence. « Est-ce seulement si difficile à concevoir que je puisse m'inquiéter ? »

« Mais pourquoi ? » interrogea Hermione, se mordillant nerveusement la lèvre, des larmes se formant au coin de ses yeux puis roulant le long de ses joues.

Severus les essuya doucement d'un geste du pouce.

« Dites-moi ce qui ne va pas. »

« C'est… c'est l'anniversaire de ma mère aujourd'hui et… et… » hoqueta Hermione, son barrage se fissurant.

En un éclair la situation devint plus compréhensible. Il savait qu'Hermione n'avait pas encore rendu leurs souvenirs à ses parents et cette situation la faisait souffrir. Et qu'elle ne puisse pas être avec eux en cette journée particulière devait être dur pour elle. Il n'avait jamais vraiment été à sa place mais pouvait tout de même comprendre ce qu'elle ressentait.

« Je suis tellement une mauvaise fille… Elle-elle ne mérite pas ça et-et moi je suis là à pleurer alors que-que c-c'est ma faute et… quand elle va savoir elle va m'en vouloir à mort et… »

« Chut… » murmura Severus au creux de l'oreille de son élève pour la calmer, l'amenant plus près de lui pour la serrer contre son torse tandis qu'elle tremblait de tous ses membres.

« Ce n'est pas de votre faute, Hermione. Vous avez fait ce que vous pensiez être le mieux pour eux. Une fois vos ASPICs en poche vous irez leur rendre leurs souvenirs et ils comprendront, et la situation redeviendra comme avant. Ne pleurez pas. » murmura-t-il tout contre elle, une main traçant lentement des cercles imaginaires dans son dos pour la réconforter.

« Je suis tellement fatiguée de toute ça, je… »

« Ne dites rien, vous n'êtes pas obligée. Je suis là. »

Ils restèrent ainsi pendant quelques minutes puis Severus recula doucement pour s'asseoir dans le fauteuil, Hermione toujours agrippée à lui. Blottie contre son torse elle continua à pleurer, chamboulée par cette journée, par toutes ces émotions et par la douceur qui émanait de son professeur. Celui-ci, une main jouant avec ses boucles souples, continuait à lui murmurer des paroles réconfortantes.

Un long moment passa ainsi, et quelques minutes après que l'horloge ait sonné 17 heures, il la sentit devenir plus lourde contre lui, assoupie.

Son corps épousait parfaitement les courbes du sien et il pouvait sentir sa poitrine se soulever et se baisser au rythme lent de sa respiration. Par Merlin, il n'avait jamais autant eu envie de l'embrasser qu'à ce moment, mais ne voulait pas profiter de son moment de faiblesse. Il était heureux d'avoir su débloquer la situation. Il avait été un peu énervé en voyait qu'elle ne voulait pas lui répondre mais il n'avait pas pu rester fâché bien longtemps en voyant son air bouleversé. Et maintenant, elle était là, contre lui, avec lui, apaisée, au lieu de pleurer dans un coin du parc seule.

Il sentait son cœur se serrer à l'idée qu'elle puisse rester dehors sans personne pour la soutenir et se félicita de lui avoir forcé la main. Il fallait parfois être un peu dur pour arriver à un résultat.


Quelques minutes avant l'heure du souper, il la réveilla doucement. Il y eut un moment de gêne mais cela ne dura pas. Il lui indiqua simplement qu'il était l'heure d'aller manger et se releva tandis qu'elle prenait son sac, tout ankylosé d'être resté un long moment sans bouger avec son poids sur sa poitrine – pas que ça le dérange. Ils firent un bout de chemin ensemble et avant qu'ils ne se séparent elle le remercia, le teint moins pâle et les yeux moins rouges qu'avant. Il esquissa un simple geste puis la laissa entrer dans la Grande Salle.

« Hermione, comment vas-tu ? On t'a cherchée dans le parc et on a demandé à ton portrait si tu étais là mais on ne t'a pas trouvée. »

« Effectivement, j'étais… ailleurs. »

« Je vois. » dit Ginny, comprenant très bien la situation. « Tu as l'air d'aller mieux. »

« C'est le cas. Je suis désolée, je n'ai pas été très correct avec vous aujourd'hui. C'est juste… c'est l'anniversaire de ma mère, et elle ne souvient pas de moi alors… »

« Ne t'inquiète pas Hermione, on savait que tu avais juste besoin d'espace. » Ginny s'approcha d'elle pour lui faire un câlin, compatissante. « Tu ne dois pas t'expliquer. »

« Merci Gin'. »

« Tu as faim ? »

« Oui, beaucoup trop ! »

« Essaie quand même de ne pas passer par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, ce serait dommage de finir à l'infirmerie à cause d'une indigestion alors que tu vas bien. »

« C'est vrai. Je vais faire attention, t'inquiète. »

« Et, Neville ? »

« Oui ? »

« J'avais oublié il y a quelques jours de te demander comment ça s'était passé avec le professeur Chourave. Tu es arrivé en retard ? »

« Non, tout juste. On a discuté de tellement de choses ! C'était trop bien. J'ai hâte de finir Poudlard pour pouvoir me consacrer à la botanique et ne plus devoir suivre les cours qui ne m'intéressent pas. »

« Pareil ! »

« Tiens donc, Hermione Granger dit que des cours ne l'intéressent pas ? Tu es certaine que tu vas bien ? Tu as peut-être de la fièvre. Attends, laisse-moi vérifier » dit Ginny en posant sa main sur le front de son amie.

« Merlin, c'est grave ! Tu vas devoir aller à Sainte-Mangouste, dans le département des cas psychologiques je crois » explosa de rire la rouquine.

Les trois amis rirent à la suite de la benjamine Weasley et le repas se passa dans la bonne humeur. Vers la fin du repas, Hermione remercia silencieusement Severus, qui lui rendit son salut d'un hochement de tête.


*On ne connaît pas la date d'anniversaire des parents d'Hermione alors j'en ai inventé une.

Chapitre à la fois triste et mignon aujourd'hui, il fallait bien une petite rechute pour Hermione, pour que Severus puisse venir la sauver. Et puis, c'est normal qu'en une date aussi particulière elle se sente mal. Enfin, rassurez-vous ce n'est qu'une passade.

A demain soir.