Bonjour à tous ! J'espère que vous allez bien.

Je poste aujourd'hui le chapitre du fameux « date » que vous m'avez tant réclamé.

J'ose espérer qu'il vous plaira.

J'y fais une référence à un film que j'affectionne tout particulièrement. Un film canadien, Laurence Anyways, par Xavier Dolan, un très bon film que je vous conseille fortement, c'est peu commun, mais c'est incroyable.

Que voulez-vous, les canadiens ont du talent.

Big up à une canadienne en particulier qui m'aide à écrire mes chapitres, tu te reconnaitras x) !

En attendant je vous remercie tous pour vos joyeux messages et en attends évidemment de nouveau.

Je vous embrasse,

Affectueusement,

Lou De Peyrac.

Chapitre 16 :

Mak entendit du mouvement derrière la porte. Celle-ci s'ouvrit et l'adolescente trouva une vision d'Elsa qui lui coupa le souffle.

Wow... pensa-t-elle sans oser dire quoi que ce soit ou faire quoi que ce soit.

Elle jura qu'elle ne l'avait jamais vu aussi belle. Ses cheveux relevés en un chignon désordonné, ses yeux légèrement maquillés, le parfum de son appartement… tout ceci lui avait tellement manqué. Et elle la trouva grande, très grande, bien plus grande que d'habitude, perchée sur des talons indécents qui lui allaient pourtant si bien… Mak eut envie de l'embrasser, mais n'osa tout simplement pas le faire.

- Lichtenstenner bonsoir, je ne pensais pas te voir arriver à l'heure, sourit Elsa en se décalant légèrement pour que son élève puisse entrer.

L'enseignante préférait davantage ça que trouver la jeune fille en larmes sur son pallier. Tandis que Mak passait devant elle pour pénétrer dans son appartement, Elsa décortiqua rapidement la tenue de celle-ci. L'enseignante cru mourir de désir quand elle nota que son élève avait, par un désastreux hasard, décidé de porter le fameux mini short qui lui avait déjà fait tant d'effet par le passé.

Elsa avait espéré secrètement que Mak trouverait l'air trop froid pour porter ce genre de chose, mais il semblait, même si elle ne savait si elle devait qualifier ça comme une chance ou comme un drame, que Mak ne craignait pas le froid.

- Tu dis ça parce que je suis arrivé en retard à ton premier cours ? Demanda Mak en retirant son manteau et son sac pour les accrocher au porte-manteau de l'entrée.

- En partie oui, taquina Elsa en invitant la jeune fille à la suivre dans le salon, peinant à ne pas se concentrer sur le petit short.

- Je ne serais pas arrivée en retard à ton premier cours si tu n'avais pas manqué de m'écraser, répondit l'adolescente en la suivant docilement, se disant que leur joute verbale habituelle commençait fort ce soir-là.

- Je n'aurais pas manqué de t'écraser si tu n'avais pas grillé cette priorité à droite, contra Elsa en prenant place dans le canapé, bien vite imitée par son élève.

- Ok, t'as gagné, soupira Mak en souriant malgré tout.

- Je t'ai connu plus combative, s'étonna Elsa en plissant les yeux, presque déçue que son élève abandonne si vite.

Mak sourit en se laissant aller contre le dossier du canapé alors que Joséphine lui sautait dessus pour s'installer confortablement sur ses genoux, à la grande surprise d'Elsa.

- Pourquoi tu la détestes ? Demanda soudain Mak.

- Qui ça ? Demanda Elsa ne comprenant pas la nature de la question.

Mak offrit une caresse à Joséphine qui frottait sa tête contre sa main.

- Ton chat, sourit l'adolescente.

Elsa grimaça en levant les yeux au ciel.

- Je ne la déteste pas, c'est elle qui me hait. Qu'elle s'estime heureuse, j'ai pensé à lui donner à manger ce soir, se justifia Elsa qui avait rayé cette tâche de sa liste dès qu'Anna eut quitté l'appartement. Il ne lui restait plus qu'à embrasser Mak et à s'amuser selon les recommandations de sa sœur. D'ailleurs Anna t'embrasse.

Et toi, tu comptes m'embrasser quand ? Pensa l'adolescente dont le regard passait sans cesse entre les yeux et les lèvres d'Elsa. Cette dernière ne semblait pas s'en rendre compte, ou ne voulait pas le voir.

- Elle est chez Kristoff, c'est ça ? C'est lui son mec ? Demanda Mak bien plus pour s'empêcher de l'embrasser, là tout de suite, que pour en apprendre plus sur la vie privée d'Anna.

- Oui, depuis quelques années déjà.

Une question brûla soudain les lèvres de la fille aux cheveux bleus. Elle fronça les sourcils, évitant le regard d'Elsa. Cela ne passa pas inaperçu auprès de la blonde, qui ne dit rien. Mak se racla la gorge et demanda finalement :

-… Et… toi, ça fait longtemps que tu es… célibataire ?

Elsa sourit en fixant son élève, mesurant le courage qu'il lui avait fallu pour lui poser cette question. Elle dissimulait avec peine un sourire attendrit face à cette touchante naïveté.

Voyant que son professeur tardait à répondre Mak grimaça, totalement mal à l'aise en raccrochant son regard au sien, et demanda, tout à fait incertaine :

- Tu n'es pas célibataire ?

Elsa sourit davantage quand elle comprit qu'il y avait un malentendu chez Mak.

- Lichtenstenner, si je n'étais pas célibataire, je ne t'aurais pas invité ce soir, assura-t-elle, désirant plus que tout mettre son élève à l'aise alors que cela ne semblait pas être le cas du tout.

Et en même temps, Elsa pouvait la comprendre. Un premier rencard n'était déjà pas une évidence alors un premier rencard chez une adulte, chez une prof… l'enseignante ne voulait même pas imaginer ce qui se passait dans la tête de Mak. Si je te parlais un peu de moi, ça te détendrait ? Demanda Elsa en souriant tendrement, penchant légèrement la tête sur le côté.

- Tu me trouve tendue ? Demanda Mak en essayant de paraître innocente.

Tu es tellement tendu que je crains que tu ne fasses une crise cardiaque, pensa l'enseignante, presque attendrie par cette petite boule de nerf.

- Légèrement, rit Elsa, faisait rire nerveusement Mak à son tour.

L'adolescente se frotta les yeux en soupirant, reprenant une respiration qu'elle voulait normale et maîtrisée.

- Tu veux boire quelque chose ? Demanda Elsa, foncièrement bienveillante.

- Oui, merci, accepta l'adolescente, jurant que ça l'aiderait à se détendre.

- Bière ?

- Parfait, sourit Mak.

- Ne bouge pas, je reviens, ordonna l'enseignante avant de se lever pour se diriger vers la cuisine, suivie de près par le regard de l'adolescente qui n'en perdait pas une miette.

Elle revint quelques secondes plus tard, deux bières fraîches décapsulées entre les mains et en offrit une à Mak.

- En parlant d'alcool, tu savais que les statistiques démontrent que 0,7 % de la population est constamment bourrée, déclara Mak sans vraiment y penser, ressentant seulement le besoin de dire ça à ce moment-là, exactement comme elle le faisait à chaque fois qu'elle était nerveuse.

Elsa, peu étonnée, sourit en se tournant pour faire face à son élève, s'accoudant au dossier du canapé.

- Alors, ne pense pas que je n'apprécie pas tes éclairs de science, mais tu sais que tu recommences à débiter tout ce que tu sais ? Qu'est-ce qu'on a dit sur le fait de se détendre ? Taquina-t-elle en haussant un sourcil amusé, posant distraitement une main sur celle que Mak avait abandonné sur le dossier du canapé.

Mak rougit en baissant les yeux, affichant un sourire coupable, osant pourtant entremêler leurs doigts. Le geste tendre fit doucement sourire Elsa, qui resserra doucement sa prise.

- Je peux fumer dans ton appart' ?

Demanda-t-elle finalement voyant qu'un cendrier avait déjà été déposé sur la table basse. Elsa devait sans doute se douter qu'elle allait avoir besoin d'une cigarette.

- Autant que tu veux, soupira Elsa, faussement exaspérée, priant pour que la cigarette aide son élève à lâcher prise.

- Tu as dit que tu me parlerais de toi, commença l'adolescente en coinçant une cigarette entre ses lèvres avant de l'allumer. Je t'écoute.

- Que veux-tu savoir ? Demanda Elsa, se prenant au jeu avec plaisir.

Tout… eut envie de répondre l'adolescente, mais se ravisa et haussa simplement les épaules avant de déclarer :

- Ce que tu veux bien me dire.

Elsa leva les yeux au ciel, réfléchissant une seconde, puis commença :

- En ce qui concerne mon célibat, je suis seule depuis deux ans. J'ai eu des relations plus ou moins longues, avec des filles plus ou moins sérieuses, qui m'ont rendu plus ou moins heureuses…

- Seulement des filles ? Demanda Mak.

- Toujours, assura Elsa après s'être offert une gorgée de bière.

- Et pourquoi tu as voulu faire prof de philo ?

Un léger rire s'échappa des lèvres d'Elsa.

- Quand j'avais ton âge, j'avais vraiment du mal avec la nature humaine, avoua-t-elle encore quelque peu honteuse de cette époque-là de sa vie. J'étais quelqu'un de très angoissée, très renfermée, je ne comprenais pas vraiment les gens qui m'entouraient. J'ai voulu étudier le genre humain et c'est comme ça que je me suis intéressé à sa façon de penser. Et puis j'ai voulu transmettre, c'est ce qui m'a amené à faire ce métier.

- Que tu réussis très bien, n'en doute pas, sourit Mak, flattant son professeur.

- Et toi ? Qu'est-ce que tu veux faire après le lycée ? Demanda Elsa en se disant qu'il était tout de même fou que, en tant que professeur principal, elle n'ait jamais eu cette conversation avec l'adolescente.

Mak soupira sans se cacher, puis répondit :

- Je n'en sais absolument rien… j'aime l'Art, le cinéma et je sais maintenant que j'aime la philo, mais je trouve révoltant le fait de nous demander, à 17 ans, de choisir ce qu'on veut faire pour les cinquante prochaines années…

- Je comprends, assura Elsa, rassurant Mak qui avait peur que sa réponse soit jugée trop puéril. Mais tu as encore le temps. Tu es jeune, tu peux y réfléchir. Il n'y a rien de définitif.

Mak grimaça à la suite de cette dernière phrase. Elle hésita une seconde, puis demanda :

- … Tu me trouve trop jeune ?

Elsa sourit, se doutant bien que son élève et sa peur incontrôlable qu'elle la quitte, dont elle lui avait déjà donné un aperçu, poserait ce genre de question. Elle se leva en silence, se pencha en dessus de Mak et posa une main rassurante sur la tête bleue.

- Je te trouve parfaite, assura-t-elle déposant un rapide et doux baiser sur le front de l'adolescente avant de faire un pas pour se diriger vers la cuisine, pensant commander les pizzas.

Mais l'enseignante sentit du mouvement derrière elle et une petite main tremblante vint attraper la sienne.

Elle s'arrêta aussitôt et se retourna, croisant le regard apeuré mais suppliant de son élève, maintenant debout face à elle. Elsa devina que le pauvre cœur de l'adolescente devait battre à un rythme fou et que ses jambes devaient sans doute trembler. Alors, parce qu'elle savait qu'il était son rôle de la rassurer, elle passa de nouveau une main, beaucoup moins timide cette fois, dans ses cheveux. Voyant que Mak se laissait faire, elle murmura :

- N'ai pas peur…

- Je n'ai pas peur, répondit Mak d'une voix si faible que même un silence aurait pu la faire taire. Voilà donc le feu vert qu'Elsa attendait. Le petit quelque chose qui lui prouvait que Mak était ici, avec elle, de son plein gré. C'est juste que je ne suis pas… habituée, enfin tu vois… balbutia l'adolescente jurant qu'elle allait bientôt tomber dans les pommes si Elsa ne l'aidait pas un peu.

- Alors fais ce qui te semble bien, sourit l'enseignante en laissant sa main venir caresser tendrement la joue de la jeune fille, désirant encourager son élève à l'embrasser en refusant pourtant de formuler ces mots-là.

Mais Mak n'avait pas besoin de mot, juste d'un petit coup de pouce qu'Elsa était à présent passé maître dans l'art de lui donner. Alors l'adolescente lâcha prise et fit ce qui lui semblait bien. Elle prit la main d'Elsa dans la sienne et se hissa sur la pointe des pieds.

- Tu es tellement grande… murmura-t-elle en souriant nerveusement tout près de ses lèvres, faisant presque rire Elsa qui ne pouvait s'empêcher de trouver un charme fou en cette sensibilité à fleur de peau que Mak ne semblait montrer que pour elle.

- Je t'aurais bien dit que tu ne resteras pas si petite éternellement mais je n'en suis pas certaine, taquina Elsa en un simple et doux murmure, rassurant un peu plus son élève, sentant que celle-ci avait besoin d'une certaine légèreté pour continuer.

Puis toutes deux décidèrent qu'il était temps de se taire et alors qu'Elsa se baissait un peu plus, Mak ferma les yeux et vint poser délicatement ses lèvres sur les siennes.

Le baiser, comme ce qui les liait, était encore timide et fragile mais existait véritablement par sa tendresse inégalée. Mak se laissa aller contre les lèvres de son professeur comme elle se plaisait à le faire depuis la première fois qu'elle l'avait embrassé. Ce contact, ce geste d'une valeur inestimable, la détendit immédiatement comme la meilleure des drogues. Elsa, qui s'y attendait un peu, sentit presque le corps faiblir et passa alors un bras protecteur autour de sa taille de peur qu'il ne s'effondre. Mak enroula, avec un peu plus d'assurance, ses bras autour du cou de l'enseignante qui se ravie de cette prise d'initiative, rassurée que la jeune fille réclame encore ses baisers. Mak imagina une nuée de papillons monarque s'affoler dans son ventre, faisant s'envoler avec eux la crainte que son professeur ne l'abandonne.

Les lèvres d'Elsa étaient si douces. Ce baiser était pareil à une caresse presque imperceptible, quelque chose qu'on emprunte au détour d'un sentiment. Il semblait être capable de cautériser toutes les plaies pourtant encore à vif de son petit cœur inexpérimenté d'adolescent.

Mak peinait à croire qu'elle était vraiment là. Dans l'appartement d'Elsa, à embrasser Elsa.

Elle se sentait un peu comme dans ces clips américains ultra clichés qu'elle avait pourtant critiqué tellement de fois. Elle s'imaginait dans les bras d'Elsa au centre d'une piste de danse entourées d'une ribambelle de personnes qu'elles ignoreraient totalement, celles-là ne faisaient pas partie de ce plan rapproché de leur court-métrage, ne faisant ici office que de figurants. Et la musique ne serait plus qu'un brouhaha artistique pour que le silence ne les arrête pas, alors on n'entendrait seulement leurs murmures à travers un micro pendant qu'un cameraman filmerait la lumière que des trombinoscopes feraient courir sur elles, rendant leurs visages plus beaux à ce moment-là.

Enfin, après quelques minutes de pure libération, leurs lèvres se séparèrent enfin mais elles restèrent encore quelques instants dans les bras l'une de l'autre. Mak, n'étant pas prête à délaisser ainsi son professeur, cacha un sourire niais impossible à retenir dans le cou d'Elsa, s'imprégnant de son parfum, respirant mieux, respirant comme pour de vrai au creux de ses bras.

- Eh bien, si j'avais su qu'un baiser te détendrai tant, je t'aurais embrassé plus tôt. J'ai bien cru que tu allais faire une crise de panique, se moqua gentiment Elsa en passant une main dans les cheveux bleus.

- Aucun risque, j'ai toujours un carnet recensant la procédure à suivre dans ces cas-là dans mon sac, précisa-t-elle alors qu'Elsa se demandait si c'était une blague d'humour noir ou si elle était sérieuse, si Mak avait véritablement une fiche technique d'elle-même dans son sac. On le regarde ce film ? Demanda Mak en souriant.

Elsa hocha simplement la tête en arborant le même sourire.

- Choisis en un dans le tiroir du meuble télé, je vais commander des pizzas, déclara-t-elle en se détachant du petit corps.

Mak obéit docilement et trouva un nombre incalculable de DVD rangés méticuleusement dans le grand tiroir, alors qu'Elsa pianotait déjà sur l'écran de son téléphone.

- Qu'est-ce que tu aimes ? Demanda la blonde en s'asseyant sur le canapé, décortiquant la carte d'une pizzeria en ligne alors que Mak avait le nez dans le tiroir.

Toi, eu envie de répondre l'adolescente avant de se souvenir qu'Elsa parlait sans doute de pizza.

- Quatre fromages, s'il te plaît.

Heureuse coïncidence… Pensa Elsa en souriant, se disant qu'aussi différentes soient-elles, Mak et elle avaient au moins les mêmes goûts en matière de pizza.

Elsa finalisa alors la commande, puis reposa son téléphone sur la table basse avant de prendre une gorgée de bière

.

- Tu ne trouves pas ton bonheur ? Demanda-t-elle alors que Mak fouillait toujours dans le tiroir.

- Je trouve beaucoup trop mon bonheur justement ! Tu ne te rends pas compte de la collection que tu as ! S'exclama l'adolescente, peinant à faire son choix. Au fait, tu crains le piment en cuisine ? Demanda-t-elle sans se retourner.

Elsa haussa un sourcil en se laissant aller dans le canapé, croisant les bras sur sa poitrine.

- Pourquoi tu me demande ça ?

L'enseignante vit Mak, toujours dos à elle, hausser les épaules.

- Je ne sais pas, je me posais la question depuis un moment, répondit-elle simplement, se souvenant que c'était une des premières choses qu'elle avait tant voulu savoir sur Elsa quand elle n'était encore pour elle que Madame Lange.

Elsa sourit, ne cherchant finalement plus à essayer de comprendre le cerveau parfois curieux qu'était celui de Mak.

Depuis un moment… nota la blonde. Depuis combien de temps est-ce que je t'intéresse exactement ? Se demanda-t-elle tout de même.

- Oui, je crains énormément le piment, répondit l'enseignante, toujours aussi amusée par la jeune fille. Il y a autre chose que tu voudrais savoir ?

Mak sembla réfléchir tout à fait sérieusement une seconde, stoppant même sa recherche de film.

- Non, c'est bon pour l'instant. Je reviendrais vers toi si j'ai d'autres questions, répondit-elle, faisant cette fois rire l'enseignante qui avait, dans l'instant, davantage l'impression de vivre un entretien d'embauche qu'un rencard. Je crois que j'ai choisis, déclara Mak en tendant un DVD devant Elsa.

L'enseignante fut surprise en voyant la pochette.

- Laurence Anyways ? Tu aimes ce film ? Demanda-t-elle en s'étonnant qu'un film qui se confondait davantage avec un long-métrage d'auteur qu'avec une comédie romantique américaine puisse plaire à une gamine de 17 ans.

Mak haussa les épaules en se disant que si Elsa était surprise qu'elle aime les projets de Dolan, elle le serait d'autant plus lorsqu'elle lui dirait qu'elle aimait tout autant ceux de Charlie Chaplin…

- Je ne peux qu'aimer l'histoire d'un homme qui trouve le courage d'être une femme, répondit-elle comme si c'était une évidence, une règle de vie, une phrase toute faite qui se transmet de génération en génération, une réplique de film, un vieux proverbe que tout le monde connaissait.

Elsa plissa les yeux devant tant de

conviction.

- Tu penses qu'il faut du courage pour être une femme ?

Mak plissa les yeux à son tour, fronçant les sourcils, s'indignant presque que son professeur ait besoin d'explication à ce sujet alors qu'un million d'arguments lui venaient déjà en tête.

- Bien plus que pour être un homme en tous cas, répondit-elle en sentant la part de féminisme en elle se mettre à clignoter. Mais pas de philosophie ce soir, juste le film, sourit-elle finalement se disant qu'Elsa et elles auraient bien le temps de débattre à ce sujet une autre fois.

- Excuse-moi, sourit la blonde en attrapant le DVD. Déformation professionnelle, précisa-t-elle en se levant pour insérer le DVD dans le lecteur.

Mak enleva ses chaussures et se glissa sous un plaid bleu, s'enivrant du parfum qu'Elsa laissait sur tout objet de son appartement, soulevant au passage Joséphine pour la poser sur ses genoux pour le grand bonheur du gros chat.

Elsa sourit en l'observant du coin de l'œil, heureuse de la voir interagir si naturellement dans son appartement, avec son chat, comme si elle était toujours venue ici. Elle ressentit la même sensation que lorsque Mak se détendait dans sa voiture, passant distraitement un bras par la fenêtre comme si c'était quelque chose qu'elle avait déjà fait si souvent. Il plaisait à Elsa de penser qu'il était une des habitudes de Mak que de se sentir bien avec elle. Et l'enseignante ne pouvait que se plaire à construire, étape par étape, un monde clandestin avec elle, priant pour que ce monde dans lequel son élève trouvait le temps de souffler un peu ne s'effondre jamais.

Après avoir également ôté ses chaussures, Elsa vint s'asseoir sur le canapé non loin de Mak et lança le film.

C'est alors que, l'une comme l'autre, se laissèrent emporter dans l'histoire de Laurence et Fred qu'elles avaient déjà pourtant toutes deux visionné tellement de fois.

Les dimanches pluvieux d'automne, Alice avait l'habitude d'inviter Mak et de lui faire découvrir tout un tas de films plus différents les uns que les autres. Ainsi, appréciant ce genre de marathon en compagnie de sa meilleure amie, Mak avait été amené à regarder des films qu'elle n'aurait jamais visionné d'elle-même. Un jour, Laurence Anyways s'était retrouvé à faire partie de l'un de ces marathons et Mak et son hypersensibilité avaient tant aimé ce film, qu'elle l'avait regardé une deuxième fois le soir même dès qu'elle fut chez elle. Pour être honnête, au même titre que Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, elle ne comptait plus le nombre de fois où elle s'était laissé avoir par ce film. Ce fut donc avec un bonheur incomparable qu'elle l'avait trouvé entre les DVD d'Elsa.

Le film défilait et l'une et l'autre n'avaient pas bougé. Elsa, pourtant, n'était pas tant concentré sur le film que ça. Son regard ne pouvait s'empêcher de dériver sur la droite, rencontrant avec bonheur et désir le profil de Mak, qui, complètement happée par le film, analysait chaque scène. Ses lèvres bougeaient distraitement aux rythmes des dialogues et après quelques minutes, Elsa, amusée, s'était rendu-compte en lisant sur ses lèvres que, depuis que le film avait commencé, l'adolescente ne s'était pas trompé une seule fois sur une seule réplique. L'enseignante se doutait bien que ce petit cerveau d'enfant précoce devait avoir un stockage de mémoire inégalable.

- Si vous êtes méprisant… disait la journaliste qui interviewait Laurence au cœur du long-métrage sans oser la regarder alors que les lèvres de Mak ondulaient au rythme du dialogue sous les yeux curieux d'Elsa.

- Et vous alors ? Hein ? Vous n'êtes pas un peu méprisante aussi ? Bon je comprends que je sois arrivé un peu en retard mais... Depuis qu'on a commencé vous ne m'avez pas regardé une seule fois dans les yeux. Ça vous donne de la contenance c'est ça ? Vous avez peur de vous changer en statue de pierre ? Se défendait Laurence alors que Mak l'admirait faire face à cette journaliste peu sympathique.

- Ça vous importe les regards ? Demanda la journaliste alors que Mak roulait des yeux à cette question.

- Bah et vous ? Vous avez besoin d'air pour respirer non ? Répondit Laurence alors que Mak haussait les épaules à sa place, faisant sourire Elsa, dans l'instant, plus du tout concentrée sur le film.

- Tu as finis de m'analyser ? Demanda soudain Mak sans détourner le regard de l'écran plat et Elsa se rendit compte que ce qu'elle venait de dire, n'était cette fois pas une réplique de film.

Prise en flagrant délit, Elsa voulu répliquer, mais savait que c'était inutile et finit par rougir en souriant.

- Je n'arrive pas à croire que tu arrives à retenir des dialogues entiers d'un film de deux heures et pas tes cours d'Histoire. Tu avoueras qu'un 6 à ton dernier DS avec une mémoire comme la tienne, c'est quand même révoltant, répliqua Elsa en tentant de reprendre une certaine contenance.

Mak fronça les sourcils et daigna enfin jeter un regard à Elsa.

- Comment tu sais ça ? Demanda-t-elle stupidement.

- C'est maintenant que je te rappelle que j'ai accès à ton dossier scolaire étant donné que je suis ta prof principale ? Taquina Elsa en haussant un sourcil réprobateur faussement sévère.

- T'as jamais assisté à un cours de Fredicksen toi, ça se voit, râla Mak.

- Non, mais moi je supporte des réunions avec Weselton, contre-attaqua Elsa en sachant que son argument était imparable.

Mak grimaça, vaincue.

- Ok, j'ai pas mieux, tu es la plus à plaindre.

- D'ailleurs, tu étais obligé de le provoquer ce matin avec Kuzco ? Gronda l'enseignante.

- Oh ça va, ne fais pas l'innocente, je t'ai vu rire, rappela Mak en pointant un index taquin vers Elsa, haussant un peu le ton, faisant fuir Joséphine. Et alors qu'Elsa ouvrait la bouche, Mak poursuivit, et ne me dit pas que tu n'écoutais pas, je sais que tu fais semblant de regarder tes mails uniquement pour passer inaperçu ! Sourit Mak en se souvenant qu'elle avait vu son professeur pianoter sur son téléphone comme à chaque fois qu'elle était en manque de potins.

Prise de court, Elsa se contenta de sourire en roulant des yeux.

- Lichtenstenner, toi et ton fichu caractère m'exaspérez, soupira-t-elle.

- C'est un peu pour ça que tu m'aimes, répondit Mak sans véritablement se rendre compte de ce qu'elle venait de dire.

Ce ne fut qu'une seconde trop tard, quand les paroles furent sorties, qu'elle réalisa l'importance de celles-ci. Face au visage d'Elsa qui avait perdu son sourire, l'adolescente paniqua et balbutia :

- C'est… excuse-moi, c'est pas ce que je voulais dire. Enfin si, mais…

- Eh, c'est bon, tout va bien, je comprends, coupa Elsa en prenant la main de l'adolescente dans la sienne, se doutant bien que ces mots étaient sortis tous seuls, que son élève devait encore apprendre que certaines choses ne se disaient pas à un premier rendez-vous et qu'elle ne lui en tiendrait jamais rigueur.

Mak sourit, un peu gênée de sa seconde de stupidité et préféra recentrer son attention sur le film. Elsa sourit en l'observant, l'analysant encore un peu, apprenant doucement à la connaître en remarquant que le malaise ne l'avait pas tout à fait quitté.

Alors, l'enseignante, ne serait-ce que pour la faire sourire, attrapa soudainement son élève par les épaules d'une main, le plaid de l'autre et força l'adolescente à se coucher près d'elle. La jeune fille lâcha un cri de surprise quand elle se retrouva allongée en cuillère sur le canapé, chaudement recouverte du plaid dans les bras de son professeur qu'elle sentait rire derrière elle.

- Met ton petit cerveau survolté en pause, sourit l'enseignante en embrassant le haut de la tête bleue.

Mak, étant donné la montagne de sensations qui la traversait alors qu'elle se retrouvait là, dans les bras d'Elsa, si proche d'Elsa, voulu répliquer que, là tout de suite, ce n'était plus son cerveau qui était aux commandes de son corps mais plutôt autre chose qu'elle ne connaissait pas encore. Mais elle devina sans mal que ce n'était pas la meilleure chose à dire et sourit simplement en jetant un regard d'une infinie tendresse sur son professeur. Elle osa même poser une main sur sa joue.

Elsa la regarda avec les mêmes yeux une seconde, puis, n'y tenant plus, s'empara de ses lèvres avec envie. L'enseignante sentit l'adolescente répondre, elle ne savait pourquoi, bien moins chastement cette fois. Mak ne savait pas véritablement sur quel terrain elle s'engageait, mais, ne prêtant plus de tout attention ni à Laurence, ni à Fred, elle sentit que le truc étrange qui contrôlait à présent son corps voulait plus. Voulait plus de baisers, plus de caresses, plus d'Elsa…

Elsa fronça les sourcils en sentant la langue de l'adolescente caresser ses lèvres.

Wow… elle n'essaie pas un peu de t'allumer, là ? … c'est maintenant que je te rappelle qu'elle est mineure ? Chantonna la petite voix qu'Elsa n'avait plus entendu depuis longtemps.

Elsa sentit la main de la jeune fille se perdre dans ses cheveux, les lèvres de cette même jeune fille se mouvant de manière totalement indécente contre les siennes. Elle jura d'ailleurs que Mak, maladroite au départ, l'embrassait mieux de jour en jour, l'embrassait mieux que n'importe qui d'ailleurs...

Si elle n'arrête pas ça tout de suite, je ne réponds plus de rien, pensa avec effroi l'enseignante qui sentit les dents de l'adolescente au creux de ses bras venir mordre légèrement sa lèvre inférieure.

Malgré toutes ses convictions, Elsa ne parvenait pas à mettre fin à ce baiser qui devenait à chaque seconde, un peu plus criminel.

Euh… détournement de mineur ? Ça te dit quelque chose ? Se manifesta encore la petite voix qui voyait Elsa fondre sous le baiser.

Elsa, ou seulement sa raison, voulait arrêter ça, désirant plus que tout repousser cette petite chose bien trop douée dans ce qu'elle entreprenait. Mais l'enseignante en était tout bonnement incapable et jura que si Mak décidait de la dévorer, là tout de suite, elle ne pourrait que lui succomber.

La blonde sentit une petite main baladeuse se poser sur sa hanche alors que l'adolescente s'était pratiquement tournée pour se retrouver face à elle, dieu lui pardonne, allongé dans les bras d'un professeur bien incapable de lui résister.

Lichtenstenner, tu ne te rends pas compte de ce que tu fais, tu es bien trop jeune, tu ne peux pas te rendre compte… se répétait Elsa, se demandant bien quand est-ce que Mak cesserait de l'allumer ainsi, persuadée que l'adolescente ne souhaitait pas véritablement aller jusqu'au bout de ce dans quoi elle s'engageait.

Pourtant, Mak semblait en avoir une idée très précise au contraire, il suffisait à Elsa de sentir le petit corps se presser contre le sien, faisant fi de tout le reste.

Et au moment où Elsa, en manque insoutenable de contact, allait passer une main sous le pull de son élève sans jamais cesser de l'embrasser, la sonnerie de l'appartement retentit, les faisant sursauter toutes les deux.

Elles se séparèrent et se fixèrent une seconde. Elsa trouva son élève à bout de souffle, les yeux brillants, la pupille dilatée, les joues rougies. L'enseignante n'était pas mieux d'ailleurs, les lèvres rougies et la même lueur de désir au fond du regard.

Tu serais allée jusqu'au bout… devina l'enseignante alors qu'une deuxième sonnerie retentissait.

- Les pizzas sans doute, dit simplement Mak en se redressant, maudissant le livreur qui les avaient empêchées de faire, oh mon dieu, elle le savait parfaitement.

Mais qu'est-ce qui lui avait pris ? Elle n'avait rien contrôlé, rien vu venir… elle s'était juste laissé porter par ses envies.

Presque heureuse d'avoir été interrompue, Elsa se leva rapidement et ouvrit la porte pour saluer le livreur qui lui tendait deux pizzas. Celui-ci la trouva d'ailleurs bien essoufflée pour quelqu'un qui venait seulement récupérer des pizzas sur le pallier, il n'aurait jamais pensé que les appartements de cet immeuble puissent être si grands qu'il était fatiguant de les traverser.

Elsa remercia poliment le livreur, lui glissa un billet pour le pourboire, et revint vite dans le salon les pizzas en main.

Les deux jeunes femmes mangèrent en appréciant la fin du film, échangeant par moment sur telle ou telle scène. Mak apprit qu'en réalité ce film était le préféré de son professeur et en fut ravie. Longtemps, Elsa lui parla de ses amis, de ceux qui étaient avec elle au nouvel an, ceux que Mak avait vu sur le cliché dans la chambre. L'enseignante raconta leur rencontre, les caractères de chacun, où ils habitaient, dans quoi ils travaillaient. Et c'est une Mak toujours plus curieuse d'en savoir plus sur son professeur qui posa tout un tas de question.

- Mais du coup, elle a voulu faire pneumologue juste parce qu'elle dormait tout le temps en cours ? Demanda l'adolescente alors qu'Elsa venait de lui raconter les années lycée qu'elle avait partagé avec Aurore.

- Juste pour contredire notre prof de l'époque, rit Elsa, se plaisant à raconter ainsi cette époque de sa vie à la jeune fille. Wow, ça me paraît tellement loin maintenant, souffla l'enseignante en se calmant doucement.

- Eh ça va, t'es pas vieille du tout arrête, soupira Mak, craignant de voir Elsa lui faire une dissertation sur sa première ride alors qu'elle la trouvait si jolie. Je te trouve parfaite, avoua Mak, faisant volontairement référence à ce que lui avait répondu Elsa quand elle avait encore peur que l'enseignante ne la trouve trop jeune.

Les heures étaient passé et les deux jeunes femmes, malgré leur différence d'âge, malgré la situation, profitaient d'une merveilleuse soirée qui avait su les rassurer sur le fait que malgré les opposés qu'elles semblaient être, sauf pour les pizzas, elles aimaient toujours autant passer du temps ensemble.

Elles étaient restées sur le canapé et Mak s'était naturellement faufilé dans les bras d'Elsa pour le bonheur de son professeur. Mak s'était détendu en se dévoilant quelque peu à une Elsa curieuse mais jamais intrusive.

- Et Kuzco ? Tu l'as aussi rencontré au lycée ? Demanda l'enseignante en passant distraitement une main dans les cheveux bleus un peu comme on caresse un chat, se disant tout de même que Mak était bien plus affectueuse que Joséphine.

- Pas exactement, rit Mak. On était bien dans la même classe mais on ne se parlait pas et puis un jour on s'est retrouvé par hasard dans la même manifestation pour le droit à l'avortement.

- Improbable, commenta Elsa en souriant.

- Le plus improbable reste à venir, rit de nouveau l'adolescente. Des religieux sont venus foutre le bordel, ça a dégénéré. Bref, je te passe les détails, mais on s'est retrouvé dans le même fourgon de flic.

- Tu as fait de la garde à vue ? S'étonna en baissant les yeux sur le petit corps au creux de ses bras.

- On est mineur, alors on a juste eu droit à un sermon mais très franchement, si j'avais à la refaire, je n'hésiterais pas une seconde.

- Pourquoi ça ne m'étonne pas de toi, rit Elsa en imaginant une Mak enragée haute comme trois pommes sauter sur un CRS sans se soucier des conséquences.

Soudain, les arrachant à la douceur de cette soirée qui les enveloppait, le portable de Mak sonna.

- C'est le mien, déclara l'adolescente en se redressant, puis fronça les sourcils en voyant que le numéro qui s'affichait était celui de sa mère. Excuse-moi, dit-elle alors qu'Elsa l'encourageait à répondre.

La jeune fille reprit sa place dans les bras de son professeur avant de décrocher.

- Allô ?

- Chérie, où es-tu ? Demanda une voix qu'Elsa devina comme étant celle de la mère de l'adolescente, entendant malgré elle chaque mot.

- Je suis chez Kuzco. Tout va bien ? Demanda Mak, surprise que sa mère ne dorme pas à cette heure tardive.

- Je ne sais pas, je m'inquiète, ton père n'est pas rentré, dit la voix qui paraissait sincèrement inquiète.

Mak, fronça les sourcils bien plus qu'il n'était humainement possible, bien vite imitée par Elsa qui avait senti le petit corps contre elle se tendre comme un arc. L'adolescente se tut pendant une seconde ou deux, grimaça, passa une main sur son visage, puis inspira profondément, et murmura :

- Maman… va te coucher d'accord ? Je ne vais pas tarder à rentrer.

- J'ai essayé de l'appeler, il est sur messagerie. Il t'a dit comment il travaillait cette semaine ? Entendit Elsa alors qu'elle voyait Mak se redresser pour s'asseoir au bord du canapé, les coudes posés sur les genoux, le corps soudainement las comme s'il abandonnait.

L'enseignante posa une main tendre sur le dos de la jeune fille, désirant lui faire comprendre qu'elle était là, la trouvant à bout de nerf alors qu'elle avait tant aimé la voir si détendu tout au long de la soirée.

- Ne t'inquiète pas trop, ok ? Sourit tristement Mak en se frottant les yeux de peur qu'ils se remplissent de larmes avant qu'elle n'ait eu le temps de raccrocher.

Intérieurement, elle maudissait sa mère de l'exposer à une telle situation maintenant, et qui plus est, devant Elsa.

- Mak, il est 23h, ton père n'est pas rentré, évidemment que je m'inquiète, renchérit sa mère en commençant à hausser le ton.

Elsa vit son élève serrer les poings et elle l'entendit inspirer et souffler longuement alors qu'elle ne la voyait que de dos, désirant lui montrer qu'elle n'était pas seule sans pour autant se mêler d'histoires qui ne la regardaient pas.

- M'man, je vais rentrer et on va en parler tranquillement d'accord ?

- Je vais appeler ton frère, peut-être que lui saura où il est, affirma la mère de Mak en ignorant complètement les dires de sa fille.

- Non, n'appelle pas Jim, tu vas l'inquiéter pour rien. Attends-moi, je n'en ai pas pour longtemps, essaya encore une fois l'adolescente, peinant à garder son calme.

Elsa l'observait douloureusement sans rien dire, ne sachant quoi faire, prenant seulement conscience qu'on avait enlevé à cette adolescente depuis bien longtemps le droit d'être une enfant.

- Mak, tu peux rester avec ton amie, je veux juste avoir des nouvelles de ton père, et si ton frère le sait mieux que toi, j'ai encore le droit d'appeler mon fils, continua amèrement sa mère, enfermée dans sa folie.

Elsa grimaça en entendant les mots tranchants de la mère de Mak et s'acharna à continuer ses caresses sur le dos de l'adolescente qui, elle le sentait, n'était pas loin de craquer.

- Maman, Jim ne sait pas plus que moi ou est Papa, d'accord ? Alors va te coucher et ça ira mieux demain, soupira la jeune fille qui perdait patience.

- Bon écoute Mak, je vais essayer de le rappeler. Tu n'as pas l'air de t'en inquiéter, mais je te tiendrais au courant, soupira sa mère sur le même ton.

Ce fut la phrase de trop. Elsa sentit le corps de Mak trembler, si bien que l'enseignante se redressa pour voir avec effroi le visage dur et fermé de Mak, visage qu'elle n'avait jamais vu et qui prenait possession de son élève. C'était presque terrifiant, Elsa peinait à reconnaître la jeune fille qui était pourtant lover dans ses bras quelques instants plus tôt.

- Il est mort, putain ! T'arrive pas à te souvenir qu'il est mort ! Grinça Mak en serrant les dents, essayant de ne pas crier dans l'appartement d'Elsa, se maudissant de devoir remettre le cerveau de sa mère à l'endroit une énième fois.

Elsa s'agenouilla face à Mak, prit la main de de celle-ci dans la sienne et la serra doucement alors que l'adolescente, sans douceur, broyait la sienne entre ses phalanges.

Un long, très long silence suivit cette déclaration. Seule la respiration de Mak se faisait entendre dans l'appartement. Elsa retenait son souffle, n'osant rien dire et encore moins bouger.

- … je ne voulais pas me souvenir, entendit-elle finalement.

La voix paraissait plus calme et totalement dépourvue de vie. L'enseignante se sentait presque de trop face à ce qui se passait. Elle savait, de ce qu'elle avait pu entendre depuis le début de l'année, que la mère de Mak n'allait pas bien, mais elle n'aurait jamais pensé que ça soit si grave. Mak ne répondit pas, toujours terriblement en colère. La voix de sa mère reprit :

- Je suis désolée, ma puce…Tu rentres bientôt ?

Mak souffla un bon coup, alors que la colère laissait place à une profonde tristesse et que les larmes menaçaient encore de couler.

- Oui, je ne vais pas tarder, ne t'inquiète de rien. Tu vas te coucher, d'accord ? Tu vas juste te coucher et j'arrive, supplia presque Mak d'une voix qui luttait pour ne pas se briser.

- Oui, d'accord. J'ai fait des crêpes pour toi. Arrête de partir au lycée l'estomac vide, entendit l'enseignante, ce qui la fit presque sourire même si elle ne comprenait pas comment la mère de Mak pouvait ainsi passer d'un extrême à un autre. Un rire triste s'échappa des lèvres de l'adolescente alors qu'elle levait les yeux au ciel, remerciant intérieurement son père, se disant que si sa mère était revenue encore une fois d'on ne sait où, c'était sans doute un peu grâce à lui.

- Merci Maman, à tout à l'heure.

- Sois prudente sur la route, chérie. Je t'aime.

- Moi aussi, répondit tendrement l'adolescente, bien incapable d'en vouloir à sa mère lorsqu'elle redevenait sa maman.

Mak raccrocha, soupira, puis se leva et rassembla ses affaires, refusant en bloc l'idée de pleurer devant Elsa une nouvelle fois.

- Merci pour les pizzas, je te dois quelque chose ? Demanda-t-elle en mettant ses chaussures comme si de rien n'était. Elsa fronça les sourcils, ne s'attendant pas à une réaction tout à fait normal telle que celle-ci.

- Euh… non… répondit-elle en observant son élève qui fit un pas pour se diriger vers l'entrée afin de récupérer son manteau.

Elsa, qui ne se laissa pas duper par cette attitude truquée, se leva, attrapa le poignet de son élève qui se retourna pour lui faire face.

- Eh, ne fais pas ça. Pas avec moi, murmura-t-elle en sondant l'âme de la jeune fille, se souvenant qu'à une époque, elle avait été comme elle. Elle connaissait tous les moyens de défense que Mak utilisait simplement parce qu'elle les avait utilisés avant elle. Alors s'il y avait une personne que l'adolescente ne pourrait pas tromper, c'était bien elle.

- Quoi ? Demanda Mak en plissant les yeux et Elsa devait l'avouer, elle jouait son rôle à merveille, car si elle-même ne l'avait pas vécu, si elle ne connaissait pas tous les rouages de cette arnaque, elle se serait sans doute laissé berner.

- Tu n'es pas obligé de faire semblant avec moi, commença l'enseignante en posant une main douce sur la joue de son élève qui affichait pourtant un sourire convaincant. Je sais que tu penses que c'est la meilleure chose à faire, mais crois-moi ça n'arrange rien, et je sais de quoi je parle, assura Elsa en affichant un regard si doux, si compatissant, que le cœur de Mak se mit soudain à battre plus vite, que ses mains devinrent moites et qu'une chaleur affreusement désagréable vint l'étreindre.

L'adolescente connaissaient ces signaux, des signaux qui indiquaient que les larmes n'étaient plus qu'à quelques secondes de couler… Comment faisait-elle ? Comment faisait cette femme pour anéantir toutes les murailles qu'elle s'était acharné à construire pendant deux ans… Jamais personne n'était parvenu à lire en elle comme le faisait Elsa.

Soudain, sans qu'elle n'ait pu contrôler quoi que ce soit, Mak sentit les larmes tant de fois rejetées dévaler ses joues. Elle était toujours parvenue à contrôler ses peurs, ses doutes et ses tristesses. Alors pourquoi est-ce que, face à cette femme, elle ne contrôlait plus rien ?

Elsa ne bougeait pas, l'observait simplement se décomposer devant elle. L'enseignante savait que son élève devait avouer une faiblesse pour avancer, et personne, ni même elle, ne pouvait le faire à sa place. Elle était déjà passé par là et elle savait que la première étape était la plus douloureuse. Elle était seulement rassurée d'être là pour amortir la chute de Mak quand celle-ci serait décidé à se laisser tomber.

Mak se noya une seconde dans le bleu de ses yeux, luttant encore un peu pour rester à la surface. Puis son visage, comme de son propre chef, se déconfit. Sa lèvre inférieure se mit à trembler, ses dents se soudèrent, ses muscles se tendirent et son cœur s'affola encore un peu plus.

Elsa sourit tristement, ne sachant que trop bien ce qui se passait dans le cœur et dans la tête de Mak alors que celle-ci se battait pour ne pas craquer, parce que c'est quelque chose qui s'était mis en place comme un mauvais virus dans son cerveau, comme un réflexe de survie. Elsa savait toutes ces choses-là. Exactement comme un saut à l'élastique, il fallait que son élève se décide à sauter si elle voulait que quelqu'un puisse la rattraper.

- Je ne te laisserai pas partir comme ça, ma belle… murmura Elsa, caressant doucement la joue de son élève en sachant qu'elle en avait besoin. Mak ne l'admettrait jamais, mais elle ressentait malgré tout le besoin qu'on la pousse dans le vide.

Mak avala difficilement, et enfin, le visage enlaidit par la tristesse qui l'accablait, affirma d'une voix qui se brisa dans un sanglot :

- J'en peux plus…

Elsa était, quelque part, fière du courage dont avait fait preuve la jeune fille. Elle ne perdit pas une seconde et attira le petit corps contre elle, la serrant aussi fort qu'elle le put. Mak, s'accrochant aux épaules de son professeur, inspira profondément et retint son souffle, incertaine de la chute qu'elle était en train de vivre.

- Ne retiens rien… murmura Elsa au creux de son oreille, jurant silencieusement qu'elle serait là pour la rattraper, que l'adolescente pouvait se laissait tomber, ne se souvenant que trop bien combien de fois Anna avait été là pour elle, pour l'empêcher de se faire mal.

Mak relâcha enfin sa respiration et éclata en sanglot, cachant honteusement son visage larmoyant dans le cou de son professeur, humidifiant le tissu de sa chemise. Elsa enfouit l'une de ses mains dans les cheveux bleus alors que l'autre entourait la taille de l'adolescente qui se laissait aller dans ses bras.

Mak pleura quelques secondes dans les bras protecteurs comme si elle rechargeait ses batteries grâce à celles d'Elsa, liant entres elles, bien plus qu'un câble d'alimentation.

Enfin, les sanglots se calmèrent et l'adolescente se détacha de son professeur en passant une main sur son visage, essuyant rapidement ses larmes.

- Je suis désolée, soupira-t-elle sans oser regarder Elsa.

- Tu n'as pas à t'excuser, assura l'enseignante. Ça va aller ?

- Oui, je vais rentrer, dormir avec elle et demain, elle aura sans doute tout oublié. J'ai l'habitude, sourit tristement l'adolescente.

- Elle… ça arrive souvent ? Demanda Elsa, incertaine d'être en droit de poser cette question.

- Qu'elle oublie que mon père est mort ? Non pas vraiment. En générale, ça lui arrive quand elle a pris des médocs pour dormir et qu'elle finit par rêver de lui. Quand elle se réveille, elle ne sait plus trop où elle en est, expliqua Mak en attrapant son sac.

- Tu veux que je te ramène ? Proposa Elsa qui peinait à ne pas s'inquiéter.

- Non, j'ai mon vélo, assura Mak en se dirigeant vers l'entrée. Elle s'arrêta juste avant d'ouvrir la porte, se tourna vers son professeur. J'ai passé une soirée merveilleuse, sourit-elle. Ça m'a fait du bien, merci.

Elsa sourit en retour, sachant qu'elle devait à présent la laisser partir. Elle avança d'un pas et prit le menton de son élève entre le pouce et l'index avant de délicatement lui offrir un tendre et dernier baiser. À ce contact, les larmes de Mak ne furent qu'un lointain souvenir. De peur que la situation ne dérape encore, elle brisa le contact et colla son front à celui de son élève qui sut profiter de cet instant.

- Je ne suis pas loin si tu as besoin, assura-t-elle en se retenant de lui proposer de dormir ici, de lui dire que la soirée pouvait durer encore un peu, que si elle voulait cet appartement comme havre de paix, elle serait d'accord, qu'elle accepterait tout pour la protéger…

- Je sais, sourit Mak avant d'ouvrir la porte. Bonne nuit, Elsa, chuchota-t-elle avant de sortir, offrant un regard rempli de remerciement à une Elsa heureuse mais inquiète.

Mak passa la porte de chez elle. L'adolescente ôta ses chaussures et prit quand même le temps d'envoyer un message à Elsa.

-message de Mak à E.-

Merci pour tout. Bonne nuit Elsa.

Elle sourit encore un peu en envoyant le message, sachant que celui-ci serait la dernière douceur dont elle profiterait ce soir. Elle souffla un bon coup avant de pousser la porte de la chambre de sa mère. La voix de son père lui parvint et lui serra l'estomac. Son père ne disait plus rien ou alors toujours les mêmes mots, les seuls qui restaient dans ce monde.

Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Monsieur Lichtenstenner, je ne suis pas disponible pour le moment. Laissez un message et je vous rappellerai ultérieurement.

Mak vit sa mère allongée sur le lit, son téléphone près d'elle qui appelait encore et encore ce même numéro en espérant que le destinataire réponde un jour, ne serait-ce qu'une fois. L'adolescente, voyant sa mère si démunie, comme toujours, ne put lui en vouloir plus longtemps malgré son coup de gueule au téléphone.

- Tu me manque tellement, entendit Mak en sachant que sa mère n'avait même pas remarqué sa présence.

La jeune fille sourit tristement et approcha lentement du lit, s'allongeant près de sa mère. Elle trouva ses yeux rougis et son cœur sans doute en miette.

- Hey, murmura-t-elle en prenant la main de sa mère dans la sienne.

- Hey, répondit seulement Madame Lichtenstenner en séchant difficilement ses larmes, son visage enfouit contre le matelas à seulement quelques centimètres de celui de sa fille, le téléphone entre elles.

- Combien de fois tu as essayé de l'appeler ? Demanda l'adolescente comprenant malgré tout le fait que sa mère ne soit jamais parvenue à résilier cet abonnement téléphonique.

- Au moins un million de fois, soupira sa mère, honteuse de son attitude.

La main de Mak se pressa contre celle de sa mère, elle sourit, puis déclara :

- Ok, une dernière fois alors.

Alors l'adolescente sélectionna le contact de son père et à la suite de plusieurs bips sonores la voix, quelque peu transformée par le micro, renouvela son discours. L'adolescente attendit patiemment le dernier bip, celui qui annonçait la fin du message puis opta pour un sourire qui illumina son visage, approcha sa bouche de l'appareil, et déclara :

- Salut Papa ! J'espère que tout va bien pour toi. Nous ça va, Jim épluche des patates à l'armée et Maman nous a fait un super bœuf Bourguignon pour Noël, bien mieux que le tajine d'il y a deux ans, rit-elle, faisant sourire sa mère à travers ses larmes. Et moi… réfléchit l'adolescente, bah moi ça va, ne gueule pas mais je n'ai toujours pas mis de pneus neige sur mon vélo, mais ne t'inquiète pas je fais attention. Et en dehors de ça, j'ai une copine, elle est vraiment cool, sourit-elle amoureusement en sachant que cette information, pour sa mère, n'était plus un secret depuis longtemps. Tu nous manque, souffla-t-elle parce qu'elle avait tant besoin de le dire. Tu veux rajouter quelque chose ? Demanda-t-elle en souriant à sa mère que les larmes avaient finalement quitté.

- Non, tu as été parfaite, sourit Madame Lichtenstenner en observant sa fille avec tellement de fierté dans le regard. Alors, Mak sourit davantage, heureuse d'être parvenu à chasser la mélancolie destructrice du cœur de sa mère.

- Enfin bon, voilà les dernières nouvelles, déclara l'adolescente au téléphone. On se tient au courant s'il y a du changement. Bisous Papa, prends soin de toi, on t'aiiiiime, chantonna la jeune fille comme elle le faisait souvent pour dire au revoir à son père avant sa disparition, faisant rire sa mère.

Puis elle raccrocha, pausa le téléphone sur la table de chevet et se logea dans les bras que sa mère lui tendait.

- De tous les enfants qu'on aurait pu me donner, je suis heureuse que ça soit tombé sur toi, affirma Madame Lichtenstenner après un silence en embrassant la tête bleue de sa fille.

- Moi aussi Maman, sourit Mak en respirant le parfum de sa mère, logeant son visage dans son cou, appréciant la douceur de ses cheveux, soulagée de partager une nuit tranquille dénuée de toute tristesse, même si, au départ, ce n'était pas gagné.