19h28

Le Lighning Killer poursuivit sa route jusqu'à la prochaine intersection, puis bifurqua à droite. Après avoir longé un trottoir, le meurtrier stoppa à un arrêt d'autobus. L'individu fouilla un instant dans la poche de son jeans, sortant un téléphone à clapet, l'éteignant aussitôt. Quelques secondes plus tard, il extirpa un petit baladeur mp3 de son autre poche, avant de l'allumer. Fixant les écouteurs sur ses oreilles, une mélodie au piano démarra rapidement. Bientôt, l'instrument fut rejoint par un violon, ainsi qu'une contrebasse. La pluie ne s'était pas arrêté depuis le matin, aussi le tueur ajusta-t-il sa capuche sur le haut de son crâne. Il était aisé de choisir des vêtements qui n'attireraient l'attention de personne. La plupart des habitants optaient toujours pour des vestes à capuche ou des manteaux longs, en automne. Seuls quelques travailleurs du quartier des affaires préféraient s'embarrasser des inconvénients d'un parapluie. De son côté, Lightning avait toujours privilégié les vêtements pouvant lui recouvrir le crâne, comme pour l'aider à mieux échapper à son environnement. Justement, ses doigts firent claquer la petite pierre de son briquet pour allumer une cigarette. La flamme dansa un instant devant le petit objet cancérigène, avant de disparaître entièrement. Le briquet fut ensuite replacé dans la poche de son jeans, tandis qu'une légère fumée s'élevait dans le ciel.

Sans grande surprise, Lightning vit deux voitures de patrouilles circuler dans l'avenue. Les policiers étaient tous sur leurs émetteurs, les yeux scrutant les environs à la recherche de quelque chose. Ou plutôt quelqu'un, en fait. Le tueur en série qui avait décimé près d'une trentaine de personnes. Celui que les médias considéraient comme l'un des plus prolifiques de la métropole. Le meurtrier prit une longue bouffée de sa cigarette, savourant les arômes pourtant peu appréciables. Qu'il était bon d'être le centre de l'attention. Soudain, un bus s'arrêta devant le petit panneau indiquant sa direction. Une femme âgée, armée d'un petit caddie marcha à petit pas jusqu'au véhicule. Par réflexe, Lightning l'aida à soulever le carrosse pour qu'elle puisse monter dans le bus. La vieillarde remercia alors le tueur, vantant sa politesse en déclarant que peu de personnes agissaient encore de manière altruiste. Amusé, l'individu lui sourit avant de lui souhaiter une agréable journée.

Les personnes âgées n'étaient certainement pas des victimes attrayantes. Elles n'avaient que peu de moyens de se défendre et surtout une conscience amoindrie. Leur donner le coup de grâce serait, en fait, un véritable jeu d'enfant. L'idée d'un tel acte dégouta d'ailleurs Lightning, tandis qu'il s'asseyait sur un des fauteuils colorés de l'autobus. Assassiner une personne qui avait du mal à soulever son caddie serait, effectivement, bien moins délectable que tuer un innocent, bien plus jeune et en forme. Lorsque leur regard affichait la plus grande angoisse, signe qu'elles se savaient condamnées, les victimes procuraient un plaisir sans nom au Lightning Killer. Parfois, il lui arrivait de repenser à ces moments de grâce pour stimuler son excitation sexuelle…

20h11

« Écoutez, je ne sais pas de quoi vous parlez… » bredouilla l'homme d'un air embarrassé. Si Stevenson se démarquait par son attitude nonchalante, Harry Benfield était véritablement son opposé. Il essayait de se défendre face aux demandes de la profiler, mais paraissait particulièrement mal à l'aise. Sa voix, d'ailleurs, tremblait légèrement quand Emma lui avait annoncé la mort de son ami de toujours.

« Edward nous a parlé du groupe Facebook que vous aviez lorsque Stephanie a disparu, » expliqua alors la blonde. « Avec les autres participants, qui avaient toujours un pseudo plutôt que leur nom réel. Je sais que Stevenson et toi avez fait des recherches d'ailleurs, pour retrouver vos anciens camarades de classe. J'ai besoin de tout ce que tu sais sur le sujet.

-Je ne pense pas… que ça puisse vous aider, » hésita l'homme. « On a répertorié tous les pseudos mais on n'a pas vraiment réussi à établir de véritables liens avec les autres élèves. »

Il se leva alors, indiquant qu'il allait chercher les documents qu'il avait réunis. Il quitta la pièce quelques minutes, avant de revenir avec un petit carnet. Le trentenaire tendit le petit objet à la profiler, presque hésitant. Déterminée, la jeune femme le feuilleta en moins d'une minute. Elle pouvait effectivement lire plus vite que la majorité de ses collègues, lui concédant un certain avantage sur les autres.

« Norra… Faciler ? » demanda-t-elle soudain, atteignant l'une des dernières pages du carnet.

« On… On n'a jamais eu aucune idée de qui était cette personne, » admit Harry. « Les autres nous évoquent des noms d'anciens camarades de classe. Parfois, leur pseudo a un rapport avec leur passion ou leur métier. Mais elle… Enfin, ce profil-là on ne parvient pas à déterminer qui ça pourrait être.

-Edward nous avait parlé d'un certain Tyler Graham, » remarqua Mary-Margaret d'un air sérieux. « Il nous a dit que vous aviez fait un lien entre sa passion pour les mangas et le nom de la personne qui avait créé le groupe.

-Ouais… » souffla l'homme d'un air particulièrement décontenancé. « On pense que son pseudo c'était Eboshi Uchiha, dans le groupe. Ce sont deux noms en référence à des trucs japonais, il me semble. Mais le premier est celui d'une fille, ce qui est un peu bizarre. » Il se gratta le crâne d'un air embarrassé, comme s'il se sentait coupable de ne pas pouvoir les aider.

« Mais s'il fait partie des autres pseudos, » réalisa l'agent-enquêtrice. « Ça ne peut pas être lui, le tueur.

-Au contraire, il pourrait avoir créé un second pseudo, plus évident à deviner, pour éviter d'éveiller les soupçons, » la corrigea Emma. « Il est clair que le Lightning Killer se faisait passer sous deux noms pour le groupe Facebook. Non seulement sous l'identité du tueur, mais aussi sous un autre pseudo. » Elle tourna quelques pages dans le carnet, pour revenir à un autre nom qu'elle avait aisément reconnu. « Vous avez écrit un nom en dessous de ce pseudo-là, » indiqua-t-elle à Harry. « Vous êtes sûrs de votre supposition ?

-Ben… le pseudo c'est Sasha Furry. Ça m'a immédiatement fait penser à Sasha Fierce, qui est genre l'alter ego de scène de Beyoncé. Et comme les amies de Stephanie étaient dans un club de danse, j'ai directement pensé à Olympia Currant. Elle n'arrêtait de se prendre pour une star et de parler de Queen B par ci, Queen B par là...

-C'est assez brillant, » admit la blonde en ramenant son regard vers l'homme. « Remarquable, même. Bien que peu discret de sa part.

-Bah… Ça reste des pseudos et elle devait se douter que si la police nous trouvait, personne n'aurait été assez fou pour dénoncer les autres… Enfin, j'imagine… »

Hochant la tête, Emma revint à la page qui l'avait troublée quelques minutes auparavant. Ce nom lui rappelait vaguement quelque chose, mais il semblait que son incroyable matière grise refuse, pour une fois de coopérer.

« Pourquoi le pseudo de Norra Faciler t'intrigue autant ? » demanda justement Mary-Margaret d'un air curieux. De son côté, elle admirait le génie dans la création des différents pseudos. Si les deux amis n'étaient pas parvenus à trouver les identités de chacun, ils avaient néanmoins réussi à déterminer des références pour la plupart d'entre eux. Sauf celui sur lequel la profiler paraissait buter. D'ailleurs, sa mine renfrognée témoignait de sa véritable perplexité par rapport à ces quelques lettres.

« Je trouve que c'est le seul qui n'a pas une connotation étrange, » expliqua la blonde. « C'est le seul qui ressemble à un véritable nom. Pourtant, je suis convaincue que ça symbolise quelque chose d'assez évident. J'ai l'impression d'avoir déjà entendu cette sonorité mais je suis incapable de la retrouver.

-C'est peut-être un anagramme, comme Lite Kehlr, » suggéra la brunette.

« Sûrement, » admit la criminologue, déçue de sa propre impuissance. « Mais reste à découvrir ce qui se cache derrière ces lettres. »

Comme de fait, elle se leva et remercia l'homme pour son aide. Elle lui expliqua qu'elle garderait le carnet afin de pouvoir faire de plus amples recherches le soir-même. Toujours bouleversé par la mort de son amie, il accepta sans encontre. Les deux femmes quittèrent alors son domicile, dans l'espoir de pouvoir enfin trouver la personne qui avait apparemment décidé de les défier...

21h28

Les enquêteurs et la profiler du poste 4 avaient finalement réussi par s'accorder un moment pour manger, après que Kelly ait été chercher des repas pour emporter. Néanmoins, l'ambiance dans la salle de réunion était des plus moroses. Emma paraissait toujours furieuse par rapport aux évènements de l'après-midi. De son côté, Regina ne la lâchait pas du regard. Elle avait d'ailleurs, plusieurs fois, essayé d'isoler la criminologue pour lui parler. Celle-ci avait alors évité soigneusement de telles conversations, apparemment peu encline à reprendre leur discussion. Désespérée par leurs querelles incessantes, Kelly avait pris le parti de les ignorer. En attendant, elle préférait discuter des similitudes entre les meurtres avec Robin.

Pour sa part, Mary-Margaret essayait, comme Emma, de deviner la signification derrière les pseudos qu'Harry leur avait dévoilés. Selon elle, la piste qu'avait suggéré Stevenson et Benfield n'était pas stupide. Il était véritablement possible de trouver un lien entre Tyler Graham, les meurtres, et sa passion pour la culture japonaise. Toutefois, Regina lui avait indiqué qu'ils ne pourraient interroger l'homme qu'après avoir vérifié l'adresse IP à l'origine de son identifiant sur les réseaux sociaux. Cela devrait d'ailleurs attendre au lendemain, lorsque Belle pourrait faire les recherches nécessaires. Harassée par une telle journée, la portoricaine proposa justement à son apprentie d'aller chercher des boissons pour le groupe. Quelques minutes plus tard, elle se retrouvait dans la salle de réunion seule avec Mary-Margaret. Cependant, la détective ne semblait l'avoir simplement amenée ici pour qu'elle l'aide à ramener des breuvages pour l'équipe. Tandis que la jeune femme allumait la machine à café, Regina se rapprocha d'elle, ne la quittant pas de son regard sombre.

« Je voulais m'excuser, pour tout à l'heure, » hésita-t-elle d'une voix légèrement rauque. Surprise, l'agent-enquêtrice la dévisagea. « Pour la querelle qu'on a eu chez Stevenson. Et… les autres aussi d'ailleurs. » La portoricaine se racla la gorge, comme embarrassée. Évidemment, la brunette ne songeait pas qu'une femme si confiante puisse faire preuve d'une telle humilité. « Je suis désolée que tu sois prise dans une affaire qui dépasse la simple enquête. La poursuite du Lightning Killer est peut-être passionnante, mais tout ce qui se passe à côté doit être particulièrement désagréable. Et je tenais à te présenter mes excuses pour ça. Au début, je pensais peut-être te proposer un transfert ici quand tu auras eu ton concours, mais je ne pense pas que tu désires intégrer une telle équipe.

-Tu… n'as pas à t'excuser pour ça, » bredouilla Mary-Margaret en faisant couler un café noir pour la profiler. « Ce n'est pas comme si ça m'impliquait ou quoi. Je me sens juste parfois assez embarrassée de devoir interrompre vos… enfin les…

-Les querelles, ouais. Tu peux le dire, » reprit la détective. « Mais je sais que ça créé une ambiance des plus détestables. Et ce n'est clairement pas une atmosphère idéale pour commencer ta carrière. J'en ai d'ailleurs parlé à Ingrid, » soupira-t-elle. « On se disait que si tu le souhaitais, on peut demander au district 9 de te reprendre. C'est au sud de la ville, mais c'est là où travaille Victoria Wyvern. C'est une excellente enquêtrice aux homicides.

-Je ne souhaite pas quitter ce poste, » répliqua la brunette sans hésiter. « Ça a peut-être l'air stupide, mais je me sens bien ici. Et je suis convaincue que j'en apprends plus que nulle part ailleurs. »

Face à elle, Regina acquiesça d'un air pensif. Elle se sentait tout de même coupable que la jeune femme ne vive de telles mésaventures en sa compagnie. Si elle n'aimait pas réellement l'idée de devoir former une agent-enquêtrice, elle appréciait particulièrement le sérieux et l'efficacité de Mary-Margaret. De plus, elle devait admettre que sa personnalité discrète lui plaisait. Elle avait déjà été confrontée à de jeunes apprentis très arrogants, convaincus de pouvoir révolutionner les choses. De son côté, la brunette était bien plus à l'écoute et réceptive à ses conseils. Enfin, son tempérament calme serait sans doute le meilleur remède aux changements d'humeur de Regina dans les mois suivants...

« J'ai juste… un million de questions très personnelles, qui ne me concernent évidemment pas, » gloussa justement Mary, comme pour détendre l'atmosphère.

« Quel genre de questions ? » répondit la détective contre toute attente.

« Euhm… » hésita la brunette, prise au dépourvu. « Rien de très… personnel… euhm mais j'ai été troublée par le fait que Belle et Emma sont assez… proches ?

-Oh, ça, » comprit la portoricaine d'un ton légèrement agacé. « Belle a toujours eu ce jeu de flirt assez étrange avec Emma. Pas que ça m'ait déjà inquiétée, mais je dois avouer que ça ne m'enchante guère. Enfin… je veux dire, ça ne m'a jamais enchantée quand on était ensemble. »

Ce nouveau lapsus amusa quelque peu l'agent-enquêtrice, qui préféra néanmoins ne pas en faire cas. Elle prépara un thé noir pour Robin, tout en continuant d'observer sa supérieure.

« D'autres questions ? » la taquina l'enquêtrice.

« Pas le genre de questions que je suis en droit de poser, » sourit la jeune femme. « Enfin… Évidemment, tu dois te douter de ce à quoi je fais allusion…

-Assez, oui, » admit la portoricaine. « Et toi ? Au fait ? Avec ton vétérinaire ? »

Cette fois, les joues de l'agent-enquêtrice s'empourprèrent instantanément. Elle manqua de renverser de l'eau brûlante sur son poignet, avant de reposer la bouilloire qu'elle avait dans la main. Définitivement, cette jeune femme n'était pas très à l'aise avec les relations interpersonnelles.

« Euhm… Il m'a… » Mary-Margaret ouvrit un second sachet de thé pour Kelly, avant de le glisser maladroitement dans un mug. Toujours troublée par ce changement de sujet, elle tâcha toutefois de garder un air assuré. « Il m'a appelée hier soir… Enfin… Il a essayé de m'appeler et comme j'étais indisponible, il m'a envoyé un message…

-Donc tu as son numéro personnel, » sourcilla Regina.

« Oui… euhm… Il voulait juste savoir comment j'allais puisque je ne lui ai pas donné beaucoup de nouvelles dernièrement…

-Beaucoup de nouvelles ? » s'étonna la brune. « Donc… vous vous parlez souvent, en fait ?

-Euhm de temps en temps… » bégaya la jeune femme. « On… On s'appelle parfois pour parler d'un film qu'on a vu ou d'un livre qu'on a lu. En fait… On a commencé à s'échanger des livres qu'on adorait… Et je n'ai pas eu le temps de lui dire ce que je pensais du dernier qu'il m'a prêté alors je pense qu'il s'inquiétait ou il a dû se dire que je l'avais égaré et…

-Vous vous prêtez des livres ? » répéta Regina d'un ton sarcastique. « Genre, des ouvrages que vous aimez ? Pour les partager entre vous ? » Face à elle, la brunette acquiesça avant de détourner le regard. « Et tu te demandes encore s'il est intéressé par toi ?!

-Ben… C'est sûrement juste amical… Fin… On se prête juste des livres parce qu'on sait tous les deux qu'on aime lire et…

-Oh come on, Mary ! » gloussa sa supérieure. « Personne ne fait rien d'aussi mignon sans intérêt amoureux. Je crois que même Emma ne m'a jamais offert un de ses ouvrages pour que je le lise sous prétexte que c'était quelque chose qu'elle adorait… »

Justement, la profiler entra dans la salle de repos, adressant un regard curieux à l'agent-enquêtrice. Horrifiée à l'idée qu'elle avait peut-être entendu des choses compromettantes, celle-ci ramena rapidement son attention sur sa supérieure. Évidemment Regina reprit sa façade nonchalante avant de se retourner vers la criminologue. Emma affichait une moue suspicieuse, mais néanmoins peu agacée. Elle dévisageait les deux femmes, apparemment curieuse de connaître la raison pour laquelle son nom avait fait partie de leur conversation.

« Euhm… Regina me parlait juste de...

-Tu voulais quelque chose, Emma ? » la coupa l'intéressée, face à son ex-petite amie.

« Je venais te prêter un livre, » ironisa la blonde, fidèle à son arrogance habituelle. « On va discuter ? »

La proposition troubla évidemment la détective, qui se sentit prise au dépourvu. Son humeur s'était nettement améliorée grâce à sa conversation avec l'agent-enquêtrice. Mais elle ne savait toutefois pas si elle était prête à reprendre leur conversation de l'après-midi. Elle se doutait que la criminologue lui en voulait encore pour leur altercation. Pourtant, elle prit une grande inspiration et acquiesça poliment. Elle emporta avec elle sa tasse de thé, indiquant à Mary qu'elle les rejoindrait après. De son côté, Emma quitta la salle de repos sans même se retourner sur la brune. Regina la suivit jusqu'à l'extérieur, impatiente de savoir ce que la blonde souhaitait lui dire. De manière générale, la profiler ne parlait que rarement de ce qu'elle ressentait. Si elle désirait ainsi converser avec la portoricaine, cela ne présageait rien de bon. En suivant le corridor jusqu'à la porte arrière du poste de police, la détective laissa justement son esprit divaguer vers des souvenirs plus plaisants afin de calmer le tambourinement incessant dans sa poitrine...

23 février 2012, 1h22

Dans le club bondé, les étudiants dansaient depuis plusieurs heures au rythme de morceaux populaires. La plupart d'entre eux étaient là pour s'amuser, ou simplement se trouver un partenaire, le temps d'une nuit. C'était d'ailleurs le cas de Kelly, qui discutait depuis près d'une demi-heure avec un jeune homme aux cheveux roux. La jeune femme lui adressait des regards aguicheurs, ne lâchant jamais ses pupilles océan. De temps à autre, elle passait une main savante dans ses longues boucles rouquines, comme pour l'attiser encore plus. Évidemment, l'inconnu n'était pas indifférent au charme de la jeune femme. Son regard détaillait régulièrement les courbes avantageuses de l'étudiante, comme s'il songeait déjà à d'éventuelles étreintes. Justement, il se pencha sur le comptoir auquel il était accoudé pour leur commander d'autres verres. Amusée, la rouquine mordilla sa lèvre inférieure afin de lui signifier ses véritables désirs. À quelques mètres du couple, Emma sirotait un verre de vin en les observant d'un air amusé.

De son côté, Regina était assise sur une partie vide du comptoir, le coeur battant à ses tempes. Depuis plus d'une semaine, elle désirait aborder un sujet de conversation particulièrement sensible avec sa petite amie. Néanmoins, elle ne se sentait jamais assez déterminée pour le faire. Elle y pensait pourtant nuit et jour, incapable d'anéantir les doutes qui paralysaient son esprit. Pour l'heure, la criminologue ne se doutait certainement pas de ses intentions. Justement, elle se rapprocha de la portoricaine pour lui voler un baiser, un sourire aux lèvres. Regina saisit alors le col de son chemisier, comme pour l'inciter à rester proche. Peut-être que ce soir, l'alcool l'aiderait à surmonter son angoisse. La brunette rapprocha, une fois de plus, la future profiler de son corps. Elle l'embrassa avec passion, ses doigts glissant bientôt sur la nuque de la blonde. Si elle essayait de rendre leur baiser langoureux, elle se doutait que son comportement trahissait ses craintes. Justement, leur étreinte lui parut plus désespérée que véritablement sincère. Quand Emma se recula, plongeant son regard dans le sien, elle semblait inquiète.

« Qu'est-ce... qu'il se passe ? » bredouilla-t-elle, perplexe.

« J'aimerais qu'on se parle… d'un truc… qui m'empêche pas mal de dormir… » répondit la brune, essayant de garder son calme.

Pourtant, elle pouvait aisément entendre les battements de son coeur à ses tempes. Face à elle, la jeune femme baissa le regard d'un air désolé. Depuis près de sept mois qu'elles étaient ensemble, elles filaient la parfaite idylle. Emma ne s'était d'ailleurs jamais sentie aussi proche d'une personne au cours de sa vie. Elle s'était entièrement éprise de la portoricaine, persuadée qu'elles allaient rester ensemble encore longtemps. Pourtant, l'attitude apparemment désespérée de Regina lui indiquait que le pire était à venir.

« C'est… c'est… fini ? » parvint-elle à articuler, le souffle court.

Dans les yeux de la future détective, elle put lire une certaine détresse. Cela n'était certainement pas de bonne augure pour la suite. Justement, Regina se redressa légèrement, essayant à tout prix d'éviter son regard.

« Je pense qu'il faut qu'on parle… de nous, » reprit-elle, troublée.

« Maintenant ?

-Je n'aurais jamais le courage de t'en parler en étant sobre, » admit la portoricaine. « Alors je pense que c'est le bon moment.

-O… ok… Je t'écoute, » sourcilla la future profiler, décontenancée.

Elle tâchait de garder son habituelle nonchalance, mais se sentait particulièrement désemparée. Elle avait l'impression que Regina allait lui annoncer leur rupture. Brutale. Sans aucun préavis. Aussi, Emma savait très bien qu'elle ne se remettrait pas aisément d'une telle séparation. Depuis plus d'un an, la jeune femme était devenue un véritable repère pour elle. Tandis qu'elle l'observait, elle avait l'impression d'être un enfant pris sur le fait, attendant sa sentence. Comme si la portoricaine avait un détonateur dans les mains, prête à briser son coeur d'une simple pression. Ou d'une simple parole.

« Je ne pense pas que tout ça soit sain pour toi, » reprit justement la brune. « Je sais… je sais que t'avais été prévenue de ce que je suis. Et je sais aussi que tu as envie d'être avec moi, Emma. J'ai juste peur de… t'enfermer.

-De m'enfermer ?

-Je crois que tu ne pourras pas t'épanouir avec quelqu'un comme moi. »

La remarque agaça évidemment la blonde, au contraire de la blesser. Face à de telles excuses futiles, elle préféra opter pour la colère plutôt que la culpabilité.

« Quoi, c'est pas moi c'est toi, c'est ça ? » pesta-t-elle. « Le problème vient entièrement de toi et t'es désolée mais merci bonsoir ?! »

Sous ses yeux émeraude, le visage de Regina parut se décomposer de tristesse.

« Ça fait sept mois qu'on est ensemble, Emma, » lâcha-t-elle d'une voix faible. « Et je sais que c'est particulièrement long pour quelqu'un qui… enfin… Je ne sais pas si je pourrais un jour me remettre de ce que j'ai vécu et… »

Cette fois, la future criminologue afficha une mine décontenancée. Scrutant le regard charbon de sa petite amie, elle paraissait particulièrement frustrée.

« Attends… quoi ?! Tu me fais vraiment une scène de rupture pour ce détail ?!

-Emma, ce n'est pas un détail dans une relation, » admit Regina, le coeur brisé. « C'est juste… J'ai peur de t'imposer quelque chose que tu ne désires pas et je ne veux pas être un fardeau dans ton existence… En plus, il n'y a pas que ça. J'ai l'impression d'être une bombe à retardement, qui risque de te briser le coeur parce que je vais retomber au fond du trou ou fuir parce que j'aurais trop peur de te perdre et… j'ai beau réfléchir à notre relation de toutes les manières possibles, je ne pense pas qu'elle soit vouée à fonctionner.

-T'es sérieusement en train de me dire que tu veux me quitter parce qu'on ne couche pas encore ensemble ? » comprit la blonde, apparemment agacée. « Parce que tu vis ce qu'on appelle un Syndrome Post-Traumatique et que tu suis une thérapie ?!

-Je t'ai dit que je n'étais pas prête à avoir ce genre de relations pour le moment, Emma, » poursuivit la portoricaine. « Mais je ne sais même pas si ça sera possible un jour. Ma psychologue m'a dit que certaines personnes mettent des années à s'en remettre. Et je ne veux pas te faire des espoirs alors que ça ne sera peut-être jamais possible…

-Donc pour toi, c'est une raison valable pour me quitter ?!

-Parce que je sais que je vais toujours être un fardeau pour toi. Quoi qu'il arrive. Et peu importe si je réussis à passer ce cap un jour.

-Qu'est-ce que ça peut me faire ? » ironisa Emma. « Je me fous éperdument que tu vives avec cette difficulté toute ta vie. Si tu crois que ça influence ce que je ressens pour toi, je crois que tu as oublié les sept derniers mois.

-Justement, » bredouilla la portoricaine. « Je t'ai fait vivre bien plus de choses désagréables qu'il n'en faut pour bâtir une relation, Emma. Hier encore, je t'ai empêchée d'aller à ton cours de médecine parce que j'ai fait une crise d'angoisse…

-J'ai déjà réussi ce cours au semestre dernier, » lâcha l'étudiante en haussant les épaules. « Je voulais simplement y aller pour la conférence sur les avancées de la recherche sur les maladies dégénératives.

-Tu sais très bien que je ne fais pas seulement allusion à ce cours-là, Emma, » soupira la jeune femme. « Je pense vraiment qu'on devrait faire chacune notre bout de chemin pour que tu puisses trouver quelqu'un qui te permettra de t'épanouir.

-C'est avec toi que je veux faire un bout de chemin, Regina, » répliqua la blonde. « Pas avec une autre.

-Et si je t'empêche de suivre ta voie ? Et si je retombe au fond du trou dans six mois ? Dans un an ? Et si je n'arrivais pas à surmonter mes angoisses, t'empêchant de rentrer au CSIS ou même de finir ton doctorat ?

-Et si on commençait par être ensemble sans se poser de questions pour la suite ? » rétorqua Emma, lui adressant un regard de défi.

« Tu sais très bien que c'est une requête impossible pour moi, » sourit la brune d'un air mélancolique. « Je vais passer mon temps à douter de tout, et surtout du fait que tu sois heureuse avec moi. »

Dans le club, un morceau des années 1980 débuta, ravivant apparemment l'entrain des danseurs. Justement, Emma finit son verre de vin d'une traite, comme déterminée par le rythme du morceau. Elle reposa ensuite le contenant sur le comptoir d'un geste nonchalant avant de saisir les mains de la brunette pour l'attirer sur la piste de danse. Surprise par son comportement enjoué, Regina la suivit pourtant en silence. D'habitude, la future profiler n'était pas particulièrement motivée à danser. Pourtant, elle se rapprocha de sa petite amie en esquissant quelques pas étranges, comme pour l'amuser.

« Alors je vais t'apprendre à vivre avec moi sans avoir peur des lendemains, » lui déclara-t-elle d'un air confiant. Elle se recula alors, exécutant quelques pas de danse disco, essayant de rester en rythme. La portoricaine ne put évidemment pas retenir un gloussement, amusée par les gestes maladroits de la jeune femme. Aussi, Emma revint vers elle en souriant pour lui chanter les paroles du morceau qu'elle appréciait particulièrement.

« You don't have to be cool, to rule my world. Ain't no particular sign I'm more compatible with. I just want your extra time and your… kiss. »

À ces mots, la blonde vola de nouveau un baiser à l'étudiante avant de lui adresser un clin d'œil. Charmée, Regina la suivit au rythme de la guitare, songeant qu'elle n'avait jamais rien ressenti de tel à l'égard d'une personne. Quelque peu rassurée, elle se dit qu'elle devrait essayer de suivre les conseils de sa petite amie. Peut-être qu'effectivement, elles pourraient faire un bout de chemin ensemble, sans qu'Emma ne finisse par se lasser d'elle...