Après plusieurs heures d'hésitation, Severus avait finalement décidé de faire quelques recherches sur l'occlumancie et la legilimancie. Il n'avait pas forcément envie de savoir mais il ne pouvait s'empêcher d'être curieux, surtout après le dernier cours de potions. Et Hermione ne devait pas venir aujourd'hui, elle avait une ronde à faire.
Après s'être servi un verre de Whisky Pur-feu, après tout il était déjà passé dix-huit heures, et pris quelques livres intéressants dans sa bibliothèque, Severus s'installa dans son fauteuil préféré et commença sa lecture.
Dans le premier livre il ne trouva rien d'intéressant, seulement les informations de bases sur l'occlumancie et la legilimancie. Il n'avait pas espéré grand-chose de ce livre mais avait tout de même tenu à le consulter, par acquis de conscience.
Le second s'intitulait Les dessous de l'occlumancie mais ne contenait au final aucune information qu'il ne connaissait déjà, comme le fait qu'un Occlumens peut se retourner contre la personne qui utilise la legilimancie sur lui pour se retrouver dans son esprit et fouiller à son tour dans la tête de son voisin. Il avait déjà utilisé cette technique plusieurs fois, avec délicatesse évidemment. L'avantage de cette approche était que si la personne était trop concentrée, elle baissait légèrement ses barrières et ainsi il était facile de se glisser sans être repéré dans sa tête.
Le troisième fut plus intéressant. Il ne traitait pas directement de la legilimancie ou de l'occlumancie et s'appelait Voix obscures de la magie. On y retrouvait toutes sortes d'informations très intéressantes. Severus tomba sur quelques pages qui parlaient des dettes de Vie : « Les dettes de Vie sont faites de magie très puissante. Il est impossible de briser un lien de cette nature sans sauver à son tour la vie du sorcier ou bien faire n'importe quelle action qui satisfera le sorcier qui pourra alors décréter qu'il n'y a plus de dette. Cependant, si on peut choisir de mettre fin à une dette assez facilement, le lien se créé le plus souvent sans qu'aucun des sorciers ne s'en rende compte ou ne le veuille. La magie fait la loi pour ces dettes de Vie.
Par ailleurs, beaucoup d'entre nous se sont déjà posé une question : Est-ce que ce lien particulier entre les deux sorciers subsiste encore après l'effacement de la dette ? Dans la plupart des cas, non. Tant qu'il est encore actif les sorciers peuvent ressentir quelque chose mais ensuite ils retournent chacun à leur vie d'avant. Dans de très rares cas, la dette de Vie peut déclencher un autre lien, qu'ignoraient les deux sorciers. Ainsi, même après l'annulation de la Dette, ils conserveront un lien. (Cf. 194 pour en savoir plus sur les liens magiques) »
Curieux, le professeur de potions tourna les pages jusqu'à arriver à la page mentionnée. On y parlait de serment inviolable, de liens entre créatures magiques (comme les loups-garous ou les veela) et d'autres sujets encore qui ne semblaient pas très pertinents par rapport à ses recherches initiales. Severus allait refermer le livre quand son regard fut attiré par quelques mots « … entendre sans le faire exprès l'autre dans sa tête… ». Aussitôt, il remonta au début du paragraphe et commença à lire, plus blanc au fur et à mesure que les lignes défilaient : « Parmi tous les liens que nous avons évoqués plus haut, celui des âmes-sœurs sont de ceux qui font rêver la grande majorité du monde magique. Tout d'abord, il faut savoir que contrairement aux croyances les plus répandues, une grande majorité de la population a une âme-sœur cachée quelque part dans notre monde. Cependant, deux âmes-sœurs peuvent passer leur vie l'une à côté de l'autre sans jamais se rendre compte du lien qui les relie. Beaucoup de sorciers ont découvert ce lien dans des conditions plutôt extrêmes : parmi les plus fréquentes nous retrouvons un manque d'amour qui a conduit l'un des deux à rechercher son partenaire de toute son âme sans le savoir, la contraction d'une dette de vie, une mort évitée de justesse ou encore une attraction physique intense entre deux personnes. Comme peu de personnes sont confrontées à ces épreuves imposées par la vie, il est logique de croire qu'il n'y a pas beaucoup d'âmes-sœurs.
Si cette découverte de l'autre peut être brutale, le lien complet est une chose magnifique qui vaut tous les désagréments du monde. En plus d'une complémentarité parfaite entre les âmes et les cœurs, les âmes-sœurs les plus puissantes peuvent facilement parler l'une avec l'autre et se sentir à travers des dérivés de la legilimancie et de l'occlumancie. Comme la découverte est brutale, les âmes-sœurs sont parfois étonnées d'entendre sans le faire exprès l'autre dans sa tête alors qu'elles ne sont pas particulièrement proche et/ou que l'un voire les deux possède(nt) des barrières d'Occlumens redoutables.
Remarque : une fois qu'ils auront tous deux pris conscience de leur statut d'âmes-sœurs, chaque caractéristique deviendra plus forte amenant une capacité à communiquer à distance assez impressionnante. »
Severus n'avait pas besoin d'en savoir plus. Il avait compris. Et il en était passablement terrifié.
Severus n'avait pas beaucoup dormi de la nuit. Cette histoire d'âmes-sœurs l'avait perturbé au plus haut point. Certes, c'était une chose magnifique et tout ça, mais pourquoi ça lui arrivait à lui ? Lui qui avait vécu toutes ces années dans les ténèbres les plus noires, servi Voldemort, tué, violé et torturé. Comment son âme irrémédiablement tâchée pouvait avoir été choisie par la Magie elle-même ?
Il comprenait bien comment le lien s'était formé. Elle l'avait sauvé, puis il s'était senti redevable et l'avait donc sauvée à son tour. Et maintenant, ils étaient fichus ensemble pour l'éternité. Que faire de cette information ? En parler avec elle ? La garder pour soi ? L'oublier ? Il avait plutôt tendance à choisir la deuxième option. Il n'était pas un foutu Gryffondor. Et la dernière… Ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait laisser impunément de côté. Il savait qu'il ne pourrait oublier.
Il était complètement… ébahi. Il avait été libéré du joug de deux maîtres pour retomber ensuite sous celui d'une femme. Et quelle femme… S'il devait être honnête avec lui-même, il ne la considérait plus comme une gamine depuis longtemps. Elle était belle, et intelligente. Et avait de l'humour ainsi que du sarcasme comme l'avaient prouvé toutes leurs discussions. Mais tout de même ! Il avait l'âge d'être son père. Ce n'était pas raisonnable. Et pourtant, il avait vu au-delà des apparences de bonheur qu'elle affichait en début d'année, alors que les autres restaient aveugles à sa douleur. Et il avait apprécié depuis le début être à ses côtés même si c'était au départ pour des raisons dramatiques, ensuite pour faire des potions et discuter de plein de sujets ou simplement lire en silence, avec juste le bruit des pages qui tournaient. Il l'avait consolée quand elle en avait eu besoin. Avec elle, il avait eu des discussions vraiment stimulantes et s'était senti estimé.
Il avait également remarqué les frissons qui la prenaient quand ils se frôlaient ainsi que ses joues rouges. Heureusement que lui-même ne rougissait pas facilement parce que dans sa bouche, son prénom prenait une connotation totalement différente, loin du mépris habituel et presque… sensuelle.
Par Salazar, il avait vraiment l'impression d'être un adolescent, occupé à vivre ses premiers émois.
Quelques jours plus tard, après avoir passé beaucoup de temps à y penser, le professeur Snape était de nouveau avec son élève, tous deux occupés à lire. Il se dit que c'était le bon moment pour essayer de voir ce qu'elle pensait des âmes-sœurs.
« Hermione ? »
« Oui ? »
Severus réfléchit quelques instants au choix des mots qu'il allait employer.
« Savez-vous pourquoi vous pouvez entendre mes pensées sans rentrer dans ma tête et inversement ? »
« Non, je l'ignore. »
« Croyez-vous aux âmes-sœurs ? »
« J'avoue ne pas avoir eu le temps de me documenter à ce sujet ces dernières années. Et chez les moldus c'est un rêve, je ne suis pas certaine que cela existe. »
« Vous savez, ça existe chez les sorciers. »
« Vraiment ? » demanda-t-elle en fermant le livre qu'elle tenait à la main.
« Vraiment » confirma le professeur d'une voix amusée. « Cependant, ceux qui se trouvent sont assez rares parce qu'il faut un déclencheur assez puissant pour que le lien se révèle. »
« Dans quel sens ? »
« Par exemple si l'un des deux a été en manque cruel… d'affection, ou si des liens d'autres genres ont été tissés. »
« Des liens d'autres genres ? »
« Savez-vous que j'ai contracté une Dette de Vie envers vous ce soir-là, dans la cabane hurlante ? »
« Je l'ignorais, ce n'était pas volontaire, je… »
« Ce n'est pas un reproche, juste une simple constatation. Par ailleurs, cette dette a été annulée le jour où je vous ai retrouvée en haut de la tour d'Astronomie. »
« Ah… Oui, ça me paraît logique. Mais… Severus, puis-je vous poser une question ? »
« Vous venez de le faire, Granger » se moqua-t-il.
Elle leva les yeux au ciel.
« Une autre. »
« Evidemment. Et arrêtez de lever les yeux, c'est impoli. » ricana-t-il.
« Et vous allez faire quoi ? » riposta-t-elle, oubliant la question qu'elle allait poser. « M'enlever des points ? Je regrette mais Gryffondor est déjà dernier. »
« J'avais oublié cet état de fait. Cependant, n'imaginez pas que je ne puisse pas trouver quelque chose… Et que diraient vos amis s'ils vous voyaient me parler aussi impertinemment ? »
« Il y a quelques années ils auraient sans doute tremblé de peur à ma place. Maintenant, je suppose qu'ils me regarderaient juste un peu bizarrement. »
« Vous êtes en train de détruire ma réputation. »
« Comment voulez-vous que je la détruise ? A moins que vous ne me disiez le contraire, je pense que nous ne sommes que deux dans cette pièce. »
« Miss Je-Sais-Tout » grommela Severus dans sa barbe.
« Vieillard acariâtre. »
« Pardon ? » s'étouffa à moitié le professeur. « Vous venez de me traiter de vieillard ? »
« Il se pourrait que ça m'ait échappé. Quel âge avez-vous ? 50 ? » se mit à sourire Hermione.
« Je ne vous permets pas de… Mais enfin, pour qui me prenez-vous ? J'ai 39 ans. Je vous rappelle que j'ai été à Poudlard en même temps que les parents de votre ami Potter. »
« Oups, désolée, je ne voulais pas vous vexer. C'était pour rire. Je sais bien que vous n'en avez pas cinquante. Vous savez, moi je vais avoir vingt ans, je crois que je suis la plus âgée des étudiantes. Alors je ne vais pas vous juger pour si peu. »
« Vraiment ? »
« Oui, en plus comme j'ai utilisé le retourneur de temps, mon anniversaire ne tombera pas en septembre, mais plutôt fin août. »
« Un retourneur de temps ? »
« Oh, vous n'étiez pas au courant ? C'est… Je suppose que c'est logique finalement. » se mit à réfléchir à voix haute Hermione.
« Logique ? » s'offusqua Severus.
« Ce n'est pas contre vous. C'est simplement que j'ai dû jurer au professeur McGonagall de garder le secret. Je crois qu'il n'y a qu'elle et Dumbledore qui étaient au courant. »
« Mais enfin, par Salazar, vous allez m'expliquer ? »
« Oui, désolée. En fait, en troisième année, j'avais pris toutes les options et… »
« Toutes ? Par Merlin, mais pourquoi ? Et comment vous avez fait ? »
« Je ne voulais pas choisir, tout avait l'air intéressant. Alors le professeur McGonagall a réussi à m'obtenir un Retourneur de Temps au ministère et j'ai dû signer une charte. Finalement j'ai abandonné la Divination vers Pâques, je trouvais ça trop absurde mais il me restait quand même trop d'heures. Et puis, le Retourneur de Temps que j'ai reçu au début de l'année pour me permettre d'aller à plus de cours et aussi d'avoir plus de temps pour étudier, a permis de sauver des gens. C'est grâce à la proposition de Dumbledore que nous avons sauvé Sirius et Buck. Avec Harry nous sommes remontés 3 heures en arrière pour sauver la situation. »
« Je vois. Cela explique pas mal de choses. Ceci étant dit, vous savez que vous êtes folle ? Par Merlin, Granger… »
« Oui, on me l'a déjà dit. Mais franchement, ne vous inquiétez pas, je ne le ferai plus jamais. J'étais tellement fatiguée que je m'endormais presque en cours et j'avais perdu plusieurs kilos. »
« C'est absolument hallucinant. Et Dumbledore qui ne m'avait rien dit… Et je suppose que vous avez malgré tout réussi brillamment vos examens de fin d'année ? »
« En effet » rougit Hermione. « Enfin, sauf la partie pratique de la Défense contre les forces du mal. »
« Et pourquoi donc ? »
« Je n'ai pas réussi à faire face à mon épouvantard. »
« Qui est ? » demanda le sorcier en arquant un sourcil, curieux.
« Le professeur McGonagall qui m'annonce que j'ai raté mes examens. » rougit la jeune femme. « Enfin ça m'étonnerait que ce soit toujours le même. Mais je préfère ne pas avoir à vérifier pour être honnête. »
« J'imagine. »
Severus se fit la remarque que la conversation avait beaucoup dévié par rapport à son projet initial mais se dit que ce n'était pas plus mal. Il aurait bien le temps une autre fois de savoir ce qu'elle en pensait. Il devrait bien lui parler à un moment, non ? Il n'était pas un salaud. Enfin, en tous cas pas avec une jeune femme comme elle. En plus, son avenir était quand même en jeu.
Voici un chapitre pour lequel je n'étais vraiment pas certaine de la tournure, et même de la place de l'idée dans cette fic'. J'espère que vous appréciez et que c'est bien amené. En même temps, j'avais déjà prévu le coup avec leurs discussions mentales... Si vous pouviez prendre le temps d'écrire une petite review pour me rassurer, ce serait cool mais sinon, à demain pour la suite !
Suldreen194
