Un texte assez éprouvant à écrire pour moi, et assez dur aussi pour les personnages. En vous souhaitant une bonne lecture !


Nuit classique du 6 juin 2020, Citation 21h.

"Rien n'est peut-être plus égoïste que le pardon" - André Chamson

George Percy


Miséricorde


Le champ de bataille n'avait été déserté que depuis quelques jours et Fred n'avait été mis en bière que depuis quelques heures que, déjà, l'unité de façade du clan Weasley volait en éclat. George s'était mis dans une colère noire lorsque Percy lui avait officiellement présenté ses excuses :

« Mais tu es tout pardonné ! avait-il ironisé alors que le rouge lui montait aux joues. Comme si la décision de t'accueillir de nouveau dans cette famille m'appartenait pleinement. »

Percy avait posé une main sur son épaule droite, dans une tentative un peu gauche de l'apaiser, mais l'autre l'avait immédiatement rejeté. George semblait se retenir de quitter la pièce, mais cela serait revenu à admettre que c'était lui qui était en tort. Que c'était son traître de frère qui avait gagné.

« Tu sais, Percy, je te pardonne, admit-il après de longues secondes.
— Vraiment ? demanda un Percy plein d'espoir.
— Oui. Mais si je te pardonne, c'est uniquement pour moi que je le fais…
— Tant que tu m'accordes ton pardon… accepta l'autre.
— …pour mieux me délecter de ta souffrance et de ta culpabilité ! acheva durement George.
— Georgie…
— Tu as craché au visage de papa et maman, à nos huit visages, pendant deux longues années…
— C'est plus compliqué que…
— Ah oui ? s'insurgea-t-il. En quoi cela pourrait-il être si complexe ? Nous crois-tu bêtes au point de ne pas avoir compris que ta soif de pouvoir et de reconnaissance importait plus pour toi que tout le reste, y compris ta propre famille ?
— Le monde n'est pas tout noir ou tout blanc. J'ai été pris dans cette zone grise sans pouvoir m'en dépêtrer, sans savoir où devait aller ma loyauté. Au début, je pensais servir la communauté ! Et ensuite… ensuite, c'était trop tard. Tu ne sais rien de ce que j'ai fait pour lutter de l'intérieur !
— Ce que je sais, en tout cas, c'est que tu nous as lâchement abandonnés au moment où nous avions le plus besoin de toi, continua le plus jeune sur un ton accusateur. Quand papa a passé Noël à Ste Mangouste, quand Bill a été défiguré par un Mangemort, quand il était de notoriété publique que Ronald avait attrapé une forme particulièrement sévère d'éclabouille, quand Fred est MORT ! » beugla-t-il.

George reprit son souffle et le regarda en étirant un sourire mauvais :

« Si je te pardonne, Perce, ça n'est certainement pas pour que tu puisses te soulager de ton fardeau. Oh non... Tu ne le mérites pas. Il paraît qu'il n'y a peut-être rien de plus égoïste que de demander pardon, et c'est sans doute vrai. Tu as toujours été d'un égoïsme monstre, et aujourd'hui encore tu ne présentes tes excuses que pour que ta petite personne se sente mieux, sans prêter une seule oreille à tout le mal que tu as causé autour de toi. Alors je vais te dire pourquoi, moi, Grand Miséricordieux, je les accepte tes excuses : pour que tu sentes bien sur tes deux frêles épaules, à chacun de tes pas, le poids de la culpabilité. Pour que tu te rappelles chaque jour à quel point tu as été minable avec la famille qui t'a toujours accueilli et qui continue encore aujourd'hui de t'accueillir à bras ouverts. Il paraît qu'il n'y a rien de plus égoïste que le pardon, et c'est vrai. Je te pardonne mon très cher frère, et c'est mon plaisir le plus égoïste. »