When you believe-Whitney Houston
Vendredi 26 février 2016
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Madison était confortablement installée sur son lit, dans la chambre spacieuse qu'elle occupait depuis son arrivée sur Arcturus IV. Elle se trouvait assise, une jambe tendue, l'autre repliée et le dos appuyé contre la tête de lit. Elle tenait un livre entre les mains, dont la tranche était appuyée contre sa cuisse. Son transmetteur était posé un peu plus loin sur le matelas et était actionné. Un hologramme représentant un homme visible de la tête à la ceinture était matérialisé grâce à l'appareil et il s'agitait un peu, car de son côté, il était en train de précautionneusement nettoyer son arc noir avec un chiffon propre.
–Alors, tout s'est bien passé ? lança la jeune femme, à moitié plongée dans sa lecture.
–Ouais, super. Par contre, ça a été assez compliqué de convaincre le personnel médical de l'hôpital de laisser Cole sortir, mais Naldry nous a fait confiance et a réussi à faire changer d'avis ses collègues. Bon, ensuite, on a été voir Charles au manoir pour qu'il nous dise quoi faire, et puis pour nous aider un peu, lui expliqua Clint. Apparemment, il n'y a pas de quoi s'inquiéter pour le moment, mais il préfère le garder en « observation » pour le moment, ajouta-t-il en mimant des guillemets, histoire de s'assurer qu'il n'y a vraiment aucun souci. Je te tiendrai au courant au fur et à mesure…
–Et je prendrai quelques nouvelles de mon côté aussi. Quand toute cette histoire de tribunal sera terminée, je passerai le voir.
–C'est gentil… Au moins, il ne s'est pas renfermé sur lui-même, soupira l'archer, parce que c'est ce que je craignais par-dessus tout… Mais justement, il a tout de suite accepté qu'on le prenne en charge. Je crois qu'il a un peu peur de ce qui est en train de lui arriver, et qu'il n'a pas envie de se retrouver seul…
–C'est bien qu'il soit entouré et protégé, confirma la brune. Tu as demandé à Peter s'il pouvait garder un œil sur ton frère à son retour ? lui demanda-t-elle en levant les yeux vers lui.
–Tu parles de l'espèce d'énergumène qui te sert de protégé ? lança l'homme d'un ton faussement ennuyé, ce qui amusa son amie. Je lui ai envoyé un message tout à l'heure, et pareil avec sa sœur. Les deux m'ont répondu qu'ils veilleraient sur lui le temps qu'il faut, et qu'ils feront tout pour le mettre en confiance. J'ai laissé Cole au manoir en attendant, et je ne te cache pas que même si je fais entièrement confiance à Charles, je suis quand même inquiet, souffla Clint. Bordel, j'arrive toujours pas à réaliser.
–Ça viendra avec le temps, commenta Madison. Lui aussi s'y fera, et il finira par se dire que c'est tout à fait normal, et qu'au final, rien n'a changé en lui, dit-elle en tournant la page de son livre pour passer à la suivante. Et n'oublie pas qu'en cas de besoin, vous pourrez passer n'importe quand à la tour, ou alors je me déplacerai, ok ?
–Je te remercie, vraiment, lui dit Clint. Sincèrement, je crois que je risque de t'appeler encore plus souvent qu'avant…
–Ce n'est pas un problème, lui assura-t-elle.
–Dis-moi, qu'est-ce que tu lis ? l'interrogea-t-il, curieux, sans pour autant interrompre son activité. J'ai l'impression que c'est distrayant, puisque tu n'as presque pas lâché ce bouquin des yeux depuis qu'on a commencé à parler…
–Désolée, s'excusa-t-elle avec un petit sourire gêné. Je l'ai emprunté à la bibliothèque d'Arcturus IV. Ils ont de ces histoires… Et celle-ci en particulier est vraiment prenante et je n'arrive pas à refermer le livre… J'ai envie de le terminer avant tout, et même si je lis beaucoup, c'est assez rare que je sois aussi happée par un récit.
–Ça parle de quoi ?
–De trois sorcières. Des personnes assez puissantes venant de trois mondes différents : Vanaheim, Alfheim et Asgard, énuméra-t-elle. Ça retrace leur vie, leurs actions, leurs expériences, les combats menés, les recherches effectuées… Il y a tellement d'éléments, j'ai l'impression de m'y perdre… Peut-être que je pourrai en parler à Thor.
–Pourquoi, parce qu'il est asgardien ?
–Déjà, oui, mais aussi parce que la sorcière asgardienne dont il est question dans ce livre était sa mère, lui apprit-elle, ce qui étonna l'homme. Et puis, celle qui venait d'Alfheim…
–Oui ?
–C'était Eléa. Celle qui m'a transmis sa magie et qui a donc fait de moi ce que je suis aujourd'hui, soupira-t-elle. Elles se connaissaient bien, visiblement… Quant à la troisième, Mériana, je compte vraiment sur l'aide de Thor pour me parler d'elle, parce que je n'avais jamais entendu ce prénom avant…
–Ça t'intéresse, tout ça, on dirait…
–Et comment ! C'est tout un univers différent du nôtre qui évoluait autour de nous sans qu'on le sache… Tu te rends compte de tout ce qu'i apprendre ? Je n'en suis qu'à l'un de mes premiers livres, et je crois qu'il va me falloir au moins un an pour le terminer tant il est fourni en détails… Oh, et regarde-ça, s'exclama-t-elle en plaçant une main au-dessus de sa page, et cette dernière se dédoubla plusieurs fois, sous le regard ahuri de son ami. En apparence, cet ouvrage est déjà imposant, mais il est soumis à une sorte de sortilège qui lui permet en fait de stocker encore plus d'éléments.
–Au moins, tu ne risques pas de t'ennuyer… Et tu crois que tout ce qui se dit là-dedans est vrai ?
–Pourquoi pas ? J'ai entendu bien plus délirant, tu sais… Et j'ai envie d'y croire, alors je me dis que si j'y crois autant, c'est que c'est vrai.
–Vu comme ça… Mais dis-moi, n'étais-tu pas supposée te préparer pour aller à cette espèce de soirée ou je ne sais quoi ?
–Si, si… Mais il me reste encore environ quarante minutes avant que Natasha ne débarque pour venir m'engueuler, alors ça va, j'ai encore le temps, déclara Madison. Tu penses que ça va se remarquer si je n'y vais pas ? lui lança-t-elle ensuite en le regardant, connaissant déjà la réponse qu'elle allait obtenir.
–Bah, qui sait… Peut-être qu'ils se diront simplement que tu es tombée gravement malade à cause de la connerie de certains ? proposa-t-il en haussant les épaules, ce qui surpris la jeune femme car celle-ci ne s'était pas attendue à ce qu'il aille dans son sens, même avec humour. En vérité, je n'en sais rien, reprit-il, si ça se trouve, ils s'en ficheront pas mal, ou alors au contraire, ils se demanderont où se trouve la plus intelligente des personnes qui se trouve sur la planète, songea-t-il, pensif, et ils se lanceront à ta recherche…
–En gros, je dois y aller, c'est ça ?
–Bingo, répondit-il.
Madison soupira et referma l'ouvrage à contre cœur d'un geste très lent. Elle aurait pu passer toute la soirée à dévorer ce livre tant elle le trouvait intéressant, plein d'action et d'aventures en tous genres. Elle le reposa sur le lit et recroisa le regard de Clint.
–Tu n'auras qu'à prétexter un appel important si tu veux à tout prix t'éclipser, lui suggéra-t-il. Ou alors, si tu t'ennuies vraiment, c'est moi que tu appelles et on discutera.
–Tu es un ange tombé du ciel, Clint Barton, souffla Madison. Mais je crois que je vais tenir le coup. Ça ne va durer que quelques heures au grand maximum, et je suis une grande fille, donc je vais réussir à prendre sur moi, ne t'en fais pas. Merci quand même pour la proposition, j'y repenserai lorsque je ressentirai le besoin de quitter l'une de ces réunions interminables avec Fury…
–Toujours là pour te soutenir, affirma-t-il, amusé. Dis-donc, tu n'as vraiment pas envie de le lâcher, commenta-t-il en riant légèrement, désignant le livre sur lequel elle avait une main posée. Tu sais qu'il ne va pas s'envoler ?
–Je sais, je sais… Mais il y a quelque chose dans ce livre qui m'attire, on va dire. J'ai envie de percer tous ses mystères, de finir par connaitre par cœur toute l'histoire des Trois Sorcières… Et visiblement, je ne suis pas la seule à m'y intéresser, à en croire le registre, déclara-t-elle en le rouvrant à la dernière page, où une liste de noms assez fournie était affichée. Eléa elle-même l'a plusieurs fois consulté, même chose pour Frigga…
–Il manque une ligne, non ? remarqua l'archer en plissant les yeux.
–Oui, apparemment, répondit la mutante en regardant également la ligne blanche qui se situait entre les titres « Frigga, Reine d'Asgard » et « Radriel, général de guerre d'Alfheim », vers le milieu de la feuille. Une erreur, peut-être ?
–Quelqu'un de décédé ? proposa l'homme en allant se laver les mains, et la vision qu'offrait le transmetteur suivit son mouvement. Mais tu as raison, beaucoup de gens ont l'air de vouloir en savoir davantage sur le sujet… Trente-cinq minutes, Madison.
–Ça t'amuse de me mettre la pression comme ça ? plaisanta-t-elle en se redressant. Pas très sympa…
–Allez, file te préparer, je ne voudrais pas réveiller la furie qui sommeille en Natasha, dit-il en s'essuyant les mains avec un torchon clair. Et si jamais elle s'énerve, au pire, tu n'auras qu'à dire que c'est parce que c'est moi qui ai fait en sorte que la conversation s'éternise à n'en plus finir… Tu vas mettre une robe ?
–J'y suis obligée, soupira la brune, dépitée.
–Je me demande ce que j'aurais donné pour voir ça, se mit à rire Clint, mais il se calma rapidement en voyant le regard assassin que lui jetait son amie. Eh oh, ça va, je plaisante… Mais bon, si c'est une soirée qui exige une tenue classe ou formelle… Tu es certaine que tu vas tenir le coup ?
–Je me le demande, concéda-t-elle. Sinon, je dis que je suis vraiment malade ?
–Va te préparer, répéta Clint avec un sourire. A plus tard.
–Mh, répondit-elle simplement en raccrochant, et elle s'empara du livre pour aller le déposer sur la table qui se trouvait à quelques pas de là.
Elle marcha ensuite vers son sac posé sur la chaise, en sortit un petit objet qui se matérialisa ensuite en une large house opaque dans laquelle se trouvait sa robe, qu'elle était donc condamnée à porter. Elle posa délicatement le tout sur son matelas et mit ses mains sur les hanches en soupirant.
–Bon… j'imagine que je n'ai pas le choix…
–Pas le choix de… ? lança Peter en entrant en trombe dans la pièce.
–Dis donc, jeune homme, on ne t'a jamais appris à frapper ?
–Heu… Si… Mais je voulais savoir si je pouvais pas me cacher quelque part au lieu de venir à cette fichue soirée… Sérieusement, j'ai pas envie de mettre un costume, ça va me rendre passablement ridicule, affirma-t-il en croisant les bras d'un air boudeur digne d'un enfant de cinq ans. Tu peux pas inventer une excuse quelconque avant que Nat me croise et me force à y aller ?
–Il faudrait déjà que j'en trouve une pour moi, soupira-t-elle. Ne t'en fais pas, je compatis, déclara-t-elle presque solennellement, ce qui le rassura grandement. Mais je crains que l'on doive vraiment y aller… Si on fait bonne figure pendant quelques heures, ça devrait passer assez vite, enchaina-t-elle, mais ce fut surtout pour se convaincre elle-même.
–Super… Pourquoi les trucs cools comme les voyages spatiaux doivent forcément être accompagnés de mauvais moments ?
–Tu t'y feras, dit-elle en soutenant son regard. Après tout, ça ne peut pas être si terrible que ça…
–T'en es sûre… ?
–Ai-je déjà été sûre de quoi que ce soit auparavant ? lui rappela-t-elle, puisque c'était ce qu'elle disait assez régulièrement. Allez, vas-y, je te rejoindrai plus tard.
–Je te promets que si on m'oblige un jour de reporter un costume, je ferai un scandale, s'exclama-t-il en sortant, sans fermer derrière lui.
–Peter, la porte !
–Pas l'temps ! lui lança-t-il depuis le couloir, et Madison leva les yeux au ciel, mi-ennuyée, mi-amusée par son comportement presque enfantin, et elle alla pousser la porte, qui ne se ferma pas totalement, puis elle traversa la pièce et alla à nouveau se poster devant sa tenue encore protégée par sa housse.
–C'est juste quelques heures… Ça passera vite… répéta-t-elle pour elle-même.
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Thor arpentait l'étage réservé aux cinq terriens. Il s'était préparé en enfilant sa tenue de combat habituelle, qui ferait parfaitement l'affaire pour la soirée, et s'était assuré que les trois guerriers asgardiens avaient bien fait de même, même chose pour Sif avant de les laisser descendre dans la grande salle où se déroulerait la soirée. Il avait eu l'idée d'aller ensuite vérifier que ses amis midgardiens étaient également en train de se préparer avant de lui aussi se rendre là où tout le monde se rassemblerait. Il marchait donc d'un pas décidé, engagé, les pensées mélangées. Il avait l'impression que quelque chose d'autre l'avait poussé à venir jusqu'ici, mais il ignorait quoi, ce qui le travaillait énormément. Il s'arrêta d'abord devant la chambre de Bucky, frappa trois coups et n'attendit que quelques secondes avant que le soldat ne vienne lui ouvrir.
–Tout va bien ? lui demanda l'asgardien.
–Je suis en retard ? l'interrogea le brun, une lueur d'inquiétude se lisant dans son regard.
–Non, pas du tout, le rassura-t-il. Je venais simplement voir si tout allait bien.
–Oh… Eh bien, oui. Je serai prêt d'ici quelques minutes, l'informa-t-il. Et toi, ça va ?
–Oui, pourquoi ?
–Je ne sais pas… Tu sembles… Un peu perdu, fit-il remarquer. Comme si tu ne savais pas trop ce que tu faisais là, en déduit-il. Peut-être que je me trompe, mais en tous cas c'est l'impression que tu donnes.
–C'est possible, concéda le dieu nordique. Je vais aller voir les autres…
–Très bien, répondit Bucky, un peu perplexe. Si jamais ça ne va pas, hum… Parles-en, d'accord ? dit-il ensuite, se demandant si l'homme se sentait bien.
–Je n'y manquerai pas. A plus tard.
Le soldat, toujours surpris, referma lentement la porte, n'ayant pas spécialement compris le fond de cet échange tandis que Thor poursuivit son chemin, tout aussi étonné que l'était l'autre homme. Il n'avait pas la moindre idée du pourquoi il avait fait le déplacement jusqu'à cet étage, puisqu'il se doutait bien que ses amis étaient bel et bien en train de se préparer à se rendre à cette soirée. Il avançait, tête baissée, le regard rivé sur le sol qu'il foulait rapidement et presque nerveusement. Il sentait que quelque chose clochait chez lui, depuis quelques temps. C'est donc très hésitant qu'il s'arrêta devant la porte de la chambre qu'occupait Madison, et qu'il frappa avec moins d'énergie qu'il l'avait fait en allant rendre visite à Bucky. Il n'obtint pas de réponse, mais en revanche, la porte bougea, n'étant pas fermée, simplement posée contre l'encadrement.
D'abord toujours très hésitant, il décida quand même de pousser lentement la porte et jeta un discret coup d'œil à l'intérieur, pour au final découvrir qu'il n'y avait personne. La chambre était vide. Il appela son amie, qui ne répondit pas, et ouvrit en grand en soupirant. Il avait espéré la trouver là, même si une part de lui appréhendait le moment où il la verrait. Il ne savait pas pourquoi il était inquiet à l'idée de lui parler, ou simplement la croiser. Il secoua la tête et fit un pas dans la pièce, observant les alentours avec attention. La pièce n'était pas très différente de celles qui avaient été mises à disposition des asgardiens. Ce qui différait principalement était la vue que l'on avait sur la planète depuis les larges vitres, puisque l'angle n'était pas le même.
Ses yeux se posèrent alors sur un livre posé sur la petite table ronde qui se trouvait non loin des fenêtres. Il ne sut trop pourquoi, mais cela l'intriguait, il marcha dans cette direction et s'arrêta une fois devant. Il effleura ensuite l'ouvrage du bout des doigts, curieux, se disant que cela lui rappelait vaguement quelque chose. Il se permit de retourner l'objet afin de voir sa couverture et écarquilla brièvement et légèrement les yeux. Il savait bien évidemment ce que c'était, puisque cela concernait l'un des membres de sa famille. Jamais il n'avait eu l'occasion de le lire, mais il en avait suffisamment entendu parler pour pouvoir en retranscrire quelques passages sans trop de difficultés, mais de nombreuses parties demeuraient encore un mystère pour lui. Tant de choses y était écrites qu'il lui aurait été impossible de toutes les connaitre dans les moindres détails sans avoir lu le livre.
Il fut alors étonné d'entendre une porte s'ouvrir sur sa gauche et il se rappela alors que chaque chambre de la plateforme était associée à une salle de bain personnelle séparée de la pièce. Il tourna la tête et aperçut alors Madison, qui parut aussi surprise que lui de le voir. Elle était enroulée dans une serviette et avec une autre, elle était en train de s'essuyer les cheveux, qui laissaient quelques gouttes d'eau sur le sol qu'elle avait arpenté. Il regarda un instant la cicatrice qui marquait son épaule gauche.
Madison se contentait de l'observer avec un mélange de stupeur et d'incompréhension.
–Tu…
–… J'ai frappé, se défendit maladroitement l'homme.
–Dans ce cas, il faudrait peut-être que je songe à mettre un panneau pour avertir les invités qu'il faut attendre une réponse avant d'entrer… songea-t-elle à haute voix.
–La porte était déjà ouverte lorsque je suis arrivé, lui expliqua-t-il, gêné par son intrusion.
–Oh… Je vois… Alors c'est moi qui n'ai pas fait attention, affirma-t-elle en s'excusant. Je… Peux t'aider ? lui demanda-t-elle ensuite en continuant à frotter sa chevelure avec l'essui, qui s'imbibait peu à peu d'eau.
–Je voulais simplement m'assurer que tout allait bien, dit-il en répétant presque la même phrase qu'il avait sortie au soldat quelques instants auparavant, l'esprit confus.
–Hum… oui, je suppose que ça va, répondit-elle, prise de court. C'est juste que je ne m'attendais pas à tomber sur quelqu'un, ajouta-t-elle avec un petit sourire rassurant, car elle remarqua qu'il semblait être un peu mal à l'aise.
–Je suis désolé pour le dérangement, s'excusa-t-il avec un sourire similaire au sien, puis son regard se reporta une nouvelle fois sur l'ouvrage fermé qui était déposé sur la table.
–Il n'y a pas de souci, le rassura-t-elle, puis elle vit ce qu'il regardait et elle s'approcha. Tu as l'air de savoir ce que c'est, devina-t-elle.
–Ma mère m'en a parlé quand j'étais enfant… lui apprit-il. Elle m'a expliqué qu'une partie de ses aventures avait été retranscrite dans un livre.
–On dirait qu'elle était très proche d'Eléa et Mériana, souffla la brune en le regardant ouvrir avec beaucoup de précaution le livre dont il était question. Donc, tu savais qu'elles se connaissaient ?
–Oui, mais j'étais loin de m'imaginer que c'était d'Eléa que tu tenais une partie de tes pouvoirs. Mais maintenant que cela a été confirmé, cela me saute aux yeux comme une évidence. Jamais je ne l'avais rencontrée avant que ce Tribunal ne survienne, mais j'avais entendu parler de ses prouesses, bien évidemment. Des prouesses similaires aux tiennes, précisa-t-il en la regardant. Je trouve cela un peu dommage qu'elle ait dû s'en aller, parce que tu avais l'air d'avoir beaucoup de questions à lui poser…
–C'est vrai, soupira Madison, repensant à leur conversation. Plein de choses sont encore dans l'ombre, mais je pense que tout finira par s'éclaircir avec le temps.
–Sûrement, confirma-t-il d'un air confiant.
–En tous cas, c'est très intéressant, comme histoire, déclara-t-elle. Je savais qu'il pouvait se passer plein de choses à travers la galaxie, mais de là à découvrir tout cela… Très beau parcours. Et puis, je me demande à quoi cela devait ressembler, la puissance de ces trois femmes réunies… Ça devait certainement être magnifique, mais également potentiellement ravageur, en déduit-elle. Autant de pouvoirs concentrés, ça peut causer des dégâts, d'après ce que j'ai pu lire à certains endroits, commenta-t-elle en tournant quelques pages pour enfin tomber sur celle qu'elle cherchait. Ici, par exemple, il est écrit qu'il y a environ trois-cent cinquante ans, elles se sont retrouvées bloquées sur Niflheim face à une armée de Géants de feu qui cherchait à s'emparer des lieux… Et quand on regarde ce qu'elles ont fait pour empêcher ça, poursuivit-elle tandis que les esquisses au crayon s'animèrent partiellement, il y a de quoi être vraiment impressionné.
–Tu sais, même si je connais quelques récits de ses quêtes, je n'ai jamais vraiment embêté ma mère avec ça. Je voyais bien que quelque part, c'était une page qu'elle essayait de tourner, déclara-t-il.
–Peut-être qu'un événement est survenu et qu'elle a eu envie de passer à autre chose ? proposa Madison.
–Peut-être… J'imagine que cela a un lien avec Mériana, dont plus personne n'a entendu parler depuis une centaine d'années…
–Que lui est-il arrivé ?
–Personne ne le sait. Apparemment, du jour au lendemain, elle a disparu sans laisser la moindre trace. Mais cette partie de l'histoire est justement celle que j'ai évité d'aborder avec ma mère pour ne pas la rendre malheureuse, quoi qu'il ait pu se passer. Un peu de la même manière que c'est arrivé pour toi il y a plus de vingt ans, toute image d'elle a disparu, comme si elle n'avait jamais existé. Seuls ceux qui l'ont rencontrée se souviennent toujours d'elle, mais plus personne n'en parle, à croire que c'est presque devenu un sujet tabou.
–Une fois encore, le jour viendra sûrement où tout sera enfin résolu, affirma la mutante, et l'asgardien approuva en hochant la tête. Rien ne reste mystérieux pour toujours, n'est-ce pas ? Tôt ou tard, la vérité finit par ressortir, et parfois, plus longtemps ça a été caché, plus c'est difficile d'exposer les faits au grand jour sans blesser qui que ce soit.
–Il est vrai qu'il existe des vérités difficiles à entendre, soupira le dieu nordique, pensant alors à Loki puis à Odin, qui avait caché la véritable nature du dieu de la malice. Par exemple, je ne cesse de me dire que si mon père nous avait dit beaucoup plus tôt d'où venait Loki, les choses se seraient certainement déroulées différemment, et peut-être que New-York n'aurait pas subi d'attaque en deux-mille douze. Et bien sûr, si j'avais été plus attentionné et moins arrogant, Loki ne m'en aurait pas forcément autant voulu qu'aujourd'hui, et peut-être aurais-je réussi à le raisonner…
–Tu n'as pas à te sentir responsable de ce qu'il s'est passé, répliqua Madison. Et puis, c'est arrivé, c'est tout, et on ne peut rien changer à ça. En revanche, on peut tout faire pour empêcher que cela ne se produise à nouveau en se montrant prudents, d'accord ?
–D'accord… finit-il par soupirer.
–Hum… Ce n'est pas que je te chasse, enchaina-t-elle d'un ton un peu plus enjoué, mais je dois… Tu sais, me préparer.
–Oh, bien sûr ! s'exclama l'asgardien, se rendant compte du temps qu'il avait passé dans la pièce. Je vais te laisser, dans ce cas. Pardonne-moi pour le dérangement, s'excusa-t-il une nouvelle fois en inclinant légèrement la tête, tout en se dirigeant vers la porte. A tout à l'heure.
–A tout à l'heure, lui répondit-elle, le voyant ensuite sortir et bien refermer derrière lui.
Madison soupira. Elle avait été surprise de voir Thor au beau milieu de sa chambre, mais sa présence ne l'avait pas dérangée. Elle avait toujours apprécié leurs conversations, et même si le moment n'avait pas été spécialement bien choisi, ils avaient pu discuter un bon moment de plusieurs choses. Perplexe, elle se passa une main dans ses cheveux encore humides et ces derniers se séchèrent instantanément grâce aux pouvoirs de la jeune femme, qu'elle chérissait particulièrement pour effectuer quelques petites « tâches » comme celle-ci, puis elle retourna dans la salle de bain avec sa robe.
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–Lui as-tu dit ?
–Je lui ai dit ce qu'elle devait entendre, soupira Eléa. Mais le moment n'est pas encore venu pour qu'elle sache toute la vérité. Elle n'est pas encore prête.
–L'était-elle lorsque tu l'as choisie ? lui lança Lenrad, lui tournant le dos, faisant face à la magnifique vue qui s'offrait à lui, mains dans le dos. Je comprends pourquoi c'était elle en particulier que tu avais repéré, mais Eléa… Une enfant ?
–Te souviens-tu au moins de pourquoi il a fallu que je me dépêche de transmettre ma magie à quelqu'un ?
L'arcturien baissa la tête en soupirant.
–Comment l'oublier…
–Je n'avais pas le choix, mais je croyais qu'elle serait en sécurité. Le fait est que je n'ai pas eu le droit d'intervenir par la suite, la règle était claire… Je devais laisser le temps agir et me contenter d'observer… Ne crois pas que cela m'ait plu.
–Et après toutes ces années, tout ce qu'elle a traversé parce nous n'avons pas su faire notre travail convenablement, tu penses toujours qu'elle n'est pas prête.
–Pas à savoir, non. Nous pensions qu'elle l'était, Lenrad, il y a déjà un moment, et j'imagine que tu te rappelles de la façon dont les choses se sont déroulées par la suite, des mesures qu'il a fallu prendre pour tout arranger, lança-t-elle, et le tressaillement qu'eut l'homme lui confirma le fait que ce dont elle parlait venait de refaire surface dans son esprit. Tu te souviens de la colère monstre dans laquelle est entré Brann ? Les dégâts qu'il aurait pu causer, si personne n'était intervenu, et que les autres l'avaient rejoint ? ajouta-t-elle un peu plus vivement. Le moment n'est pas venu, et on ne peut pas prendre de tel risque. On ne peut plus prendre de tel risque. De plus, je ne pense pas qu'elle se rende vraiment compte du potentiel qu'elle a.
–Je croyais qu'elle en avait eu un aperçu il y a quelques années, lorsqu'elle affrontait ce mutant qui se prenait pour une divinité, déclara-t-il, faisant allusion à Apocalypse. Il lui a fallu un élément déclencheur, terrible et traumatisant pour que cela arrive. Elle a perdu un proche et sa planète a failli être partiellement détruite.
–Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait appel à une telle puissance, même si elle ne s'en rend pas compte, soupira-t-elle. Mais elle n'est pas prête à utiliser cette magie à son maximum.
–Que comptes-tu faire, alors ? Partir ?
–Tu le sais déjà. Il est temps que je rejoigne Frigga et Mériana. Mais tu sais qu'en cas d'extrême urgence, mon esprit saura venir jusqu'à toi pour te porter secours.
–Tu n'es pas venue pour vérifier que les réunions se déroulaient bien, reprit Lenrad, tu voulais simplement t'assurer que la midgardienne s'en sortait, malgré les épreuves terribles qu'elle a dû surmonter parfois seule, n'est-ce pas ? lui demanda-t-il d'une voix calme, ce à quoi elle répondit positivement. Et tu comptes revenir la voir ?
–Peut-être. Seulement lorsqu'elle en ressentira vraiment le besoin, lui apprit-elle.
–Et je présume que tu ne peux pas me dire si tout va bien se terminer, soupira l'arcturien.
–En effet, répondit-elle avec un petit sourire triste. Quoi qu'il se passe, si je le disais à qui que ce soit, cela ne se produirait pas… C'est frustrant, je sais.
–Tu n'as pas idée…
Lenrad soupira et baissa la tête. Il faisait confiance à son amie, mais tout restait toujours très vague lorsque ça la concernait de près ou de loin, et il détestait ça. Il préférait lorsque tout était clair et concis, pas compliqué et brumeux comme ça l'était pour lui actuellement.
–Elle n'est pas la seule à croire que ses pouvoirs ont presque atteint leur apogée, reprit la femme en venant se placer aux côtés de l'homme, tout en observant la vue époustouflante.
–Je sais. Mais ce n'est pas encore le moment pour lui de monter sur le trône, même s'il dispose du soutien des autres peuples de l'Yggdrasil. Même lui n'en a pour le moment pas envie, nous le savons. Seulement, il suffirait d'un rien pour réveiller ce qui sommeille en eux.
–Pas maintenant, souffla Eléa. Ça viendra, et peut-être plus tôt que prévu. Mais en attendant, poursuivit-elle en faisant apparaitre entre ses mains la représentation holographique d'un cercle constitué des neuf ambassadeurs, aucun d'eux ne doit savoir. Cela risquerait de provoquer des dégâts irréparables.
–Tu me dis ça parce que tu l'as vu ? l'interrogea-t-il. Oui, tu ne peux rien dire, ajouta-t-il en soupirant, las. Ce que je sais déjà, c'est que cela risque d'être dangereux.
–Pour qui ? Ceux qui se retrouveront face à eux, ou bien eux-mêmes ? l'interrogea-t-elle, et il prit quelques secondes pour réfléchir avant de tourner la tête vers elle.
–Tu le sais déjà, affirma-t-il de la même manière qu'elle l'avait fait quelques instants auparavant.
