Bonsoir les gens, voilà un chapitre qui sort tôt parce que j'ai ADORE l'écrire.

Enfin, le climax. On y est. Soyez prêt.e.s ! Vous allez enfin savoir si je suis team happy end ou team sad end…


Ca fait à peu près dix minutes que je suis assis-là, à jouer avec un coupe-papier, et je commence à bouillir d'impatience.

C'est normal, j'attends ce moment depuis l'instant où j'ai reposé le pied sur le sol de l'île. J'aurais pu foncer dans le tas, lui attraper le col et lui demander des comptes, mais j'ai réfléchi. J'ai fait les choses comme il fallait et j'ai pris mon temps, histoire de savourer un peu. Je suis rentré hier soir et j'ai fait comme si de rien était auprès de tout le monde. J'ai discuté avec des gens, j'ai mangé, dormi et me suis replongé dans mes notes avant de faire quoi que ce soit. Il fallait que je sois sûr de moi et que je trouve le bon moment pour lui parler seul à seul.

S'infiltrer dans sa chambre n'a pas été aussi dur que ce à quoi je m'attendais. Mes nouvelles compétences en crochetage m'ont permis de faire ça vite et j'ai surestimé sa prudence, il n'y avait personne pour m'empêcher d'entrer. La pièce était vide, je me suis assis dans ce qui semble être son fauteuil et depuis j'attends son retour. Sa chambre n'a rien à voir avec le cagibi dans lequel Kid et moi sommes obligés de dormir : c'est un vrai petit studio.

Mais qui m'impressionne le plus, c'est à quel point il se prend au sérieux. Il a aménagé la pièce en gigantesque bureau – enfin, du moins une partie, son colocataire s'est réservé l'autre moitié de la chambre et ce n'est pas du tout la même ambiance il a accroché des candélabres au mur à côté de son lit. Du côté de Drake, c'est comme si je me retrouvais dans une salle d'attente particulièrement austère, il ne me manque que les magazines pour patienter.

J'aurais pu fouiller dans ses tiroirs, mais ce n'est pas la peine. J'aime autant qu'il me voit les mains vides, comme ça il n'aura pas la moindre idée de ce que je peux faire ici. J'ai hâte de lire la surprise sur son visage. Heureusement pour lui, ma colère s'est calmée. Je suis toujours aussi furieux mais je n'ai plus trop envie de lui mettre mon poing dans la figure maintenant. Tout ce que je veux, c'est le voir patauger dans ses explications.

Mon téléphone vibre, c'est sûrement Cora, je lui répondrais plus tard. Le voir m'a fait un bien fou, je me sens moins seul désormais. Et plus déterminé : je suis revenu de la prison avec pas mal d'idées en tête concernant cet endroit. J'ai plus d'une conversation à avoir. Surtout avec Kid, mais ce sera pour plus tard. En attendant, c'est sur Drake que je dois me concentrer, je suis sûr qu'il ne s'attend pas à me voir ici. A présent, je comprends mieux pourquoi il avait l'air de me détester à ce point-là. J'aurais dû fouiller dans sa vie bien plus tôt, ça m'aurait épargné pas mal de soucis.

Quand enfin il arrive, il ne me voit pas tout de suite, il a le nez sur son téléphone. C'est encore plus grisant pour moi. Il lève les yeux après avoir passé une minute à écrire je ne sais quoi et il se fige. Il semble scandalisé que j'ose me vautrer sur son fauteuil comme si c'était le mien.

– Bonjour Drake, dis-je en souriant.

Je suis vraiment en train de me mettre en scène mais je dois avouer que c'est jouissif. Je comprends pourquoi Doflamingo adore le faire.

– Qu'est-ce que tu fais ici ? Réplique-t-il d'un ton calme, mais dans lequel je perçois l'inconfort.

Quitte à m'inspirer de Doflamingo, autant l'imiter dans ce qu'il fait de mieux : l'intimidation.

Je ne réponds pas tout de suite je me détends, j'étire mes membres, je prends mon temps afin de faire monter la tension. Plus j'aurais l'air sûr de moi, plus il comprendra qu'il a des raisons de s'inquiéter de ma présence. Enfin, je croise les bras sur mes genoux et me lance.

– Je crois qu'il faut qu'on discute, toi et moi.

Il plisse ses yeux bleus sans rien dire.

– Depuis qu'on se connaît, je me posais une question, je me demandais pourquoi tu me détestais alors que je ne t'avais strictement rien fait, continue-je.

– Parce que tu te permets de rentrer dans ma chambre quand je n'y suis pas, par exemple, grogne-t-il.

– C'est tout de même dommage, parce qu'on a un gros truc en commun finalement, je poursuis sans l'écouter. N'est-ce pas ?

– De quoi est-ce que tu parles ?

– Je pense que tu le sais.

Je me tais quelques secondes pour voir s'il va deviner tout seul mais il persiste à rester muet.

– Ok, je vais te donner la réponse : on déteste tous les deux nos pères. Toi encore plus que moi je pense.

Un éclair d'angoisse passe dans son regard. Je le tiens.

– Vous vous ressemblez beaucoup d'ailleurs, c'est troublant.

C'est un euphémisme. C'est bien plus que troublant, c'est flagrant. Son père, c'est lui avec trente ans de plus et des cheveux en moins. Bien sûr, après l'avoir aperçu dans la prison, je me suis assuré qu'ils étaient bien parents mais ça m'a suffit pour comprendre ce que j'avais manqué. Grâce à Cora, j'ai appris plein de choses intéressantes.

– Je savais qu'on était nombreux ici à avoir des daddy issues mais je crois que c'est toi qui explose le record. Je suis curieux de savoir ce qu'il a bien pu te faire pour que tu veuilles te venger à ce point-là, mais ça ne me regarde pas.

– Qu'est-ce que tu veux ? Gronde-t-il, d'une voix blanche.

Il a les poings serrés, je vois bien qu'il attend de savoir s'il peut se permettre de me frapper où s'il est plus prudent d'attendre que je termine. Il ne va pas être déçu du voyage, je n'ai pas l'intention de lui laisser une chance.

Je me lève du fauteuil et lui fait face. Même s'il fait une tête de plus que moi, je m'assure que ce soit lui qui recule.

– Je veux que tu écoutes ce que j'ai à dire jusqu'au bout.

Il ne répond pas mais attends que je m'exécute. Il paraît tiraillé entre l'envie de me provoquer et celle de rester impassible. Je n'ai pas le temps de lui laisser décider.

– Tu avais raison, je suis un terrible limier. Si je n'avais pas miraculeusement croisé ton père – Diez Barrels c'est ça ? – en prison l'autre jour, je n'aurais jamais deviné ce que tu manigançais. Et j'ai honte, parce qu'on ne peut pas dire que tu sois très fin en matière de camouflage, « Xsword ».

Je vais jusqu'à l'épeler pour bien lui prouver que je ne fais pas erreur sur la personne.

– Je me sens vraiment stupide de ne pas avoir fait le lien avec ton propre nom, Diez.

Il pâlit un peu et fuit mon regard, je crois qu'il a honte aussi d'avoir choisi un pseudonyme pareil. Avant qu'il ne puisse me demander comment je connais ce nom, je sors le portable de Ace de ma poche.

– Et si je peux me permettre, tu n'es pas très fin limier non plus sinon tu aurais retrouvé ça depuis longtemps.

– D'où tu sors ce téléphone ?

Il essaye de me l'arracher des mains mais je ne le laisse pas faire.

– Peu importe. J'ai lu ce qu'il contient et je sais quel était ton projet : dénoncer ce qu'il se passe sous ce toit c'était ton idée, je me trompe ? Je suis même sûr que tu n'es là que dans ce but, après tout, tu es un des seuls à te trouver ici de ton plein gré. Tu as demandé à être pris dans cette école.

Voilà une chose que j'ai appris en faisant mes recherches sur lui et sur son père. Sous couvert de perpétuer la tradition familiale peut-être, il est arrivé ici sans qu'on le soupçonne de vouloir faire tomber tout ce business. Je trouverai ça ambitieux, voir admirable, si je n'étais pas aussi en colère.

– Qu'est-ce que ça peut faire ?

– Je trouvais étonnant que quelqu'un comme Ace, apparemment plus véhément et rebelle que ça d'après ce qu'on m'a raconté, se contente de prendre deux ou trois photos puis de filmer quelques rixes au hasard dans les couloirs dans le but de les exposer au monde. Je pense que sa méthode était plus proche de celle que Sabo essaye d'appliquer, non ? Genre : casser le matériel, pirater les heures censé faire de nous des malfrats, faire péter des bombes artisanales… Des trucs qui emmerdaient concrètement nos directeurs quoi. Attention, je ne suis pas en train de dire que ton idée était mauvaise à la base, au contraire, je l'approuve. Seulement, j'ai du mal à m'expliquer pourquoi tu as mis aussi peu d'énergie à continuer ce que vous aviez commencé après sa mort ?

– Qu'est-ce que tu en sais ?

Je vois une veine palpiter sur son front. Il est furieux.

– C'est moi qui pose les questions pour l'instant, tu veux ? Pourquoi tu as laissé tomber ?

– Je n'ai pas laissé tomber ! S'énerve-t-il tout à coup. J'ai bien l'intention de faire fermer cet endroit, je n'ai rien abandonné.

Il ouvre la bouche puis la ferme aussitôt en réalisant qu'il ne sait rien de mes intentions et qu'il n'a pas intérêt à me révéler ses plans. Tant mieux, je n'en ai rien à faire, je veux juste en venir au fait.

– Je vois. Tu veux faire fermer cet endroit et tu t'es dit que Ace ferait un bon allié, un meilleur que Sabo certainement, puisque lui n'avait pas un père complètement corrompu pour surveiller ses faits et gestes. Seulement, vous aviez une petite divergence d'opinion sur le sujet : Ace voulait sauver tout le monde ici alors que toi tu n'en as rien à faire. Je pense même que ça t'a bien fait chier qu'il fasse passer son frère avant ton plan. Sinon tu aurais continué ce qu'il avait commencé avant de mourir, tu aurais fait sortir Luffy d'ici. Avec l'argent que tu te fais sous prétexte de couvrir les paris, je suis sûr que tu en as les moyens. Mais non, t'as ignoré ça et continué en douce tes trucs dans ton coin. Qui sait ce que tu as bien pu balancer sur nous tous, juste pour te venger d'un père criminel…

La colère recommence à monter. Je fais de mon mieux pour rester calme et posé, mais c'est un exercice vraiment très difficile.

– C'est pour ça que tu m'as dit de me méfier de Kid. Tu n'avais aucune preuve contre lui, mais tu n'avais pas envie que je mette mon nez dans tes affaires et grille ta petite couverture – moi, le pupille de Doflamingo, qui se trouve être aussi le patron de ton père – tu savais que j'enquêtais mais tu ne savais pas quel était mon projet, alors tu as jeté Kid sous le bus, car s'il prenait le blâme pour un autre après tout ça n'avait rien de grave, il ne vaut pas mieux que ceux qui nous ont collés ici. C'est ce que tu penses, je me trompe ?

Maintenant certain que je l'ai percé à jour, Drake soupire un grand coup. Je décèle une certaine défiance, peut-être même une fierté, dans son regard.

– Si tu espères me donner une leçon, abandonne immédiatement. Je n'en ai aucune à recevoir de toi. Tu veux savoir ce que mon père m'a fait ? Très bien, dit-il doucement.

Il s'installe sur son lit et prend bien son temps avant de commencer son histoire.

– Sache qu'il n'a pas toujours été ripou. A l'origine, c'était un flic comme les autres, qui faisait son job comme il pouvait. C'était dur, il n'avait ni argent ni reconnaissance, mais il tenait bon. Jusqu'à ce qu'arrive le scélérat qui te sert de tuteur. Il l'a tenté, il a flatté son égo, lui a fait miroiter de l'espoir et il est s'est transformé en criminel lui aussi. Il falsifiait des preuves pour satisfaire Doflamingo, couvrait ses méfaits en échange de pots de vin, il arrêtait des innocents sur son seul ordre puis progressivement il s'est mis à passer ses nerfs sur moi. Je me prenais raclée sur raclée, parfois pour me faire comprendre qu'il fallait que je la boucle parce que j'en avais trop vu. J'ai grandis avec ça, un père cruel, sans aucun respect pour le bien ou le mal.

– C'est pour ça que tu l'as dénoncé et qu'il a fini comme simple maton ?

Il hoche la tête.

– Oui. Il n'a jamais su que c'était moi mais il n'a pas arrêté ses actions pour autant. Il aurait préféré être gardien ici, mais Doflamingo disait qu'il était plus utile à l'extérieur.

– Alors tu t'es dit que le mieux c'était de te faire inscrire ici sous prétexte de grimper les échelons, incognito, et avec la bénédiction de papa. Ingénieux.

– Et tout ce que j'ai vu depuis mon arrivée me donne envie de vomir, un peu plus chaque jour. Je n'ai pas fini d'en accumuler des preuves. Et si tu comptes m'arrêter, j'aimerai bien te voir essayer de m'en empêcher.

Il se gonfle soudain comme un chat en colère, s'attendant sûrement à ce que j'en prenne à lui physiquement. C'est mal me connaître.

– T'as rien compris. Tu veux faire fermer cet endroit ? Grand bien te fasse, vas-y. Ce n'est pas ça qui me pose problème.

Il fronce les sourcils, inquiet.

– Tu es prêt à tous nous sacrifier pour arriver à ton but. T'en as rien à foutre de ceux qui sont là contre leur gré, qui n'ont pas eu le choix. T'as même pas hésité une seconde avant de me dire que c'était Kid le premier suspect dans la mort de Ace alors que tu ne savais pas ce que j'aurais pu faire de cette information. Tu sais ce que Doflamingo fait à ceux qui osent mettre leur nez dans ses affaires, j'aurais pu agir pour son compte et j'aurais tout aussi bien pu faire buter Kid. Mais tu t'en foutais, tu voulais avoir le champ libre pour agir.

– Parce que tu crois peut-être que je vais éprouver de la compassion pour un individu comme Kid ? Même si ce n'est pas lui le coupable, tu as vu les vidéos, tu sais ce dont lui et une bonne partie des résidents de ce château sont capables ! La majorité d'entre eux ne vaut pas mieux que les parents qui les ont collés ici. Ils sont déjà corrompus.

– Espèce de connard.

Cette fois je ne tiens plus. Il ose me dire ça en face, sans trembler des genoux. A moins, mon insulte a le mérite de lui clouer le bec. Il affiche un visage franchement déconcerté par mon ton.

– Tu as voulu jouer au justicier et tu t'es foiré. Tu crois vraiment qu'un mec comme Kid est comparable à quelqu'un comme moi ou aux gars de la fratrie Vinsmoke ? Tu ne crois pas que tu as oublié quelques éléments dans ton analyse ? Regarde cet endroit, à ton avis, nous étions tous comme ça avant où c'est l'environnement nous a filé un petit coup de pouce ? Pour la majorité, on nous a foutu dans cette cage contre notre volonté en nous montant les uns contre les autres avant de nous observer à la loupe comme des cobayes et tu ne prends même pas ça en compte ? C'est normal que les résidents se comportent comme des criminels, c'est ce qu'on veut faire d'eux !

Ma voix commence à monter dans les aigus mais je fais en sorte de ne pas trop m'énerver, il ne faut pas que je perde le contrôle.

– C'est pareil pour ton père, ne puis-je m'empêcher de lui cracher au visage. Tu crois vraiment que Doflamingo est arrivé tel le diable et qu'il lui a fait signer un pacte dans le sang pour le pervertir à jamais ? Non. Ton père était déjà un salaud avide de pouvoir, on lui a simplement donné la possibilité d'être encore plus craint, d'avoir plus de gens à menacer et de thunes à se faire. Tu es naïf de croire que tout est déjà écrit et qu'il faut une intervention quasi divine pour tout stopper.

Un silence s'installe. Il ne dit rien, je sens qu'il a très envie de ma frapper mais qu'il est paralysé par la rage.

– Tu ne vaux pas mieux que ton père, tu nous aurais tous livrés en pâture pour satisfaire ta petite vendetta personnelle. T'es juste un mouchard, conclus-je pour l'achever.

C'est efficace. Après plusieurs minutes de lutte, il finit par baisser les yeux. C'est exactement ce que je voulais, qu'il se sente idiot. Je ne pense pas vraiment qu'il soit aussi mauvais que son père, c'est sûrement la dernière chose qu'il veut. Je le comprends dans le fond, moi aussi j'ai souhaité me venger de Doflamingo, mettre le feu à son business et ruiner ses plans. Peut-être même l'aurais-je fait sans même éprouver un semblant de remord pour ceux que j'aurais laissé mourir dans son sillage. Depuis, j'ai revu mon point de vue. J'ai toujours le même objectif mais je vais changer de méthode.

– Pourquoi tu me dis tout ça ? Demande finalement Drake, confus.

Je ne peux pas lui répondre franchement parce que ça ne le regarde pas. Je ne supporte pas l'idée de m'être fait mener par le bout du nez par ses accusations, même si au final il avait raison. Et c'est aussi parce quelque part, je le comprends. On se ressemble un peu.

– Tu veux faire payer à Doflamingo ce qu'il a fait à ta vie ? Alors fais-le plus intelligemment que ça. Lui voler des infos sous le nez et lui faire perdre la boule c'est mon rôle. Pas le tiens. Contente-toi plutôt de finir ce qu'Ace avait commencé avant de mourir : oublie les autorités, sers-toi de toutes tes infos pour alerter l'opinion publique sur nos conditions de vie.

– Je ne peux pas faire ça comme ça…

– Si, il faut juste s'adresser aux bonnes personnes. Je peux t'aider pour ça, tant que tu ne te sers plus des plus désavantagés pour arriver à tes fins.

Il me répond par une grimace.

– Et j'ai une dernière question.

Il lève les yeux au ciel mais attends patiemment que je trouve quelque chose au fond de mes poches. Quand je lui mets sous le nez la dernière petite carte que le corbeau m'a laissée, il ne bronche pas.

– Est-ce que c'est toi qui as déposé ce truc sur mon lit ?

– Non, répond-il avec sincérité.

La déception s'empare de moi. Je m'en doutais mais il faut me rendre à l'évidence, encore une fois : c'est sûrement Kid qui en est l'auteur.

– Tu crois que c'est l'assassin de Ace qui te l'a laissée ?

Me posant cette question, il me confirme bel et bien qu'il a accusé Kid sans avoir de réelles preuves que c'était lui, sinon il le saurait. Mais ça, c'est une information que je ne révélerai à personne. Je suis venu ici pour laver son honneur alors je ne vais pas me risquer à lâcher la moindre miette là-dessus.

– Non, pour être tout à fait franc avec toi, je pense que finalement il s'est réellement suicidé, mens-je. Maintenant, ne t'inquiète pas : je ne grillerai pas ta couverture.

Je m'apprête à sortir et à le laisser à sa chambre. Il m'arrête.

– Pour un mec qui dit ne pas vouloir faire parti des gros bonnets du château, tu as pourtant l'air d'aimer ça.

– Tu te trompes, j'ai dit que le prochain serait choisi et ce ne sera pas moi.

Je souris mais au fond il n'a pas tort. Peut-être que si on m'en donnait les moyens, je serais aussi impitoyable et sournois que ceux que je méprise. C'est pour ça que je ne dois pas devenir un roi, il ne manquerait plus que je succombe à l'ivresse du pouvoir et devienne pire que Doflamingo par simple désir de l'écraser. Crocodile a raison, je joue mieux dans la catégorie de la ruse : je préfère tisser ma toile dans l'ombre sans récolter la moindre gloire.

Je quitte la chambre de Drake le cœur un peu plus léger. Je ne sais pas si ça aura servi à quelque chose à part soulager mes nerfs, au moins j'aurais lavé l'honneur de Kid. Et avec un peu de chance, maintenant il s'impliquera davantage dans la chute de cet endroit. Il n'y arrivera certainement pas tout seul mais je n'ai pas terminé. J'ai encore quelqu'un à voir pour faire progresser les pièces de mon échiquier. Il faut que je trouve Luffy. Naturellement, je me dirige vers la cuisine, à cette heure-ci, c'est l'endroit le plus probable où je puisse le trouver.

J'y vais en courant et en bousculant deux ou trois personnes au passage. Je me fais grogner dessus mais c'est sans importance, je suis pressé.

Tout à coup, venue de nulle part, une sensation désagréable de malaise s'empare de moi, à l'intersection d'un couloir. Je ralentis un peu en regardant par-dessus mon épaule. Mes sens entrent en ébullition et mon instinct se réveille : je me sens comme une proie prise pour cible par son plus féroce prédateur, sans pouvoir expliquer pourquoi. Je m'arrête une seconde et observe les environs, est-ce que je suis suivi ?

J'ai beau chercher, je ne vois personne. Les couloirs sont quasiment vides en dehors de quelques résidents qui ne me portent aucune attention. Il n'y a rien qui peut expliquer l'apparition de ce sentiment de danger. Je reprends ma route, un peu déconcerté et méfiant. Ce n'est pas étonnant que je devienne paranoïaque à force de suspecter tout le monde pour tout et n'importe quoi mais tout de même... Le frisson sinistre qui m'a parcourut le dos à l'instant ne m'était pas étranger. J'ai l'impression d'avoir déjà vécu ce moment. Je jette un dernier coup d'œil derrière moi avant de reprendre ma course.

Comme prévu, Luffy est sur le point d'aller chercher à manger. Je n'ai qu'à lui taper sur l'épaule pour l'atteindre. Je le salue brièvement – heureusement, il n'a aucun problème à ce que je ne fasse pas semblant de faire la conversation, je peux aller directement à l'essentiel :

– J'avais une question à propos de ton podcast…

– Ah cool, tu veux revenir ?

– Non, je voulais savoir si tu avais vraiment une grosse communauté à l'extérieur du château.

Il fait la moue et le temps de réfléchir à sa réponse.

– Ouais, un peu. Pourquoi ?

– Et tu as eu des bons retours sur le dernier épisode ?

Il semble étonné que je pose la question mais content de pouvoir en parler.

– Oui ! On a eu plein de messages de soutien et tout. Il y a plein de gens qui ne nous croient pas et qui pense qu'on lance une creepypasta mais dans l'ensemble ça a été pas mal partagé.

Je ne peux m'empêcher de sourire. J'avais dit que je risquais de casser l'ambiance en tant qu'invité et maintenant j'apprends que l'épisode où j'apparais à des airs de creepypasta, je suis un peu fier. Mais ce n'est pas ce qui m'intéresse pour l'instant.

– Est-ce que tu crois que tu pourrais de nouveau raconter les coulisses de ce qu'il se passe ici ? Avec un peu plus de matière disons ? Des enregistrements à diffuser par exemple ?

– Je pense oui, mais c'est pas trop dans le thème, si ?

– Je sais, je voulais juste savoir si c'était faisable. Merci !

Je déguerpis aussitôt, j'ai eu ma réponse. Je l'entends qui m'appelle pour en savoir plus, mais j'ai encore plus urgent. La confrontation avec Drake m'a permis de me gonfler de courage, il ne me reste plus qu'à me lancer. Il faut que je retrouve Kid.

J'ai eu le temps de répéter intérieurement ce que je voulais lui dire des centaines de fois mais j'ignore si c'est la bonne chose à faire. Ni même si ce sera suffisant pour lui mais peu importe, je ne veux pas faire ça pour obtenir son pardon. Je ne peux pas effacer ce que j'ai dit mais je peux essayer d'adoucir les choses. Je ne pense pas qu'on fera le lien entre lui et Ace maintenant que je sais que Drake y est allé au bluff. Je suis le seul à véritablement savoir ce qu'il s'est passé, toutefois, je ne peux pas prendre le risque que le secret s'ébruite. Comme il se trouve que j'ai ce qu'il faut sous le coude, autant m'en servir.

L'argent que Sabo m'a prêté ne sera pas inutile. Il m'en a donné autant qu'à Ace la première fois, quand il voulait l'utiliser pour exfiltrer Luffy d'ici. Je vais prendre exemple sur lui et le confier à Kid pour lui permettre de s'évader. Je vois l'ironie qu'il peut y avoir à faire sortir le mec qui est responsable de l'accident ayant entraîné sa mort mais comme l'a dit Cora, s'il n'avait pas été enfermé ici à l'origine, rien de tout ça ne se serait produit. Finalement, s'il y a bien quelqu'un à sauver ici, c'est lui.

Je n'ai pas touché au sac que Sabo m'a donné depuis que Doflamingo est venu me voir, il est à sa place, dans la chambre, planqué parmi les vieux paquets de gâteaux. Il n'a pas bougé d'un centimètre, d'ailleurs je devine à l'odeur de renfermé qui inonde la pièce que rien n'a bougé. Kid n'a pas remis les pieds ici depuis des jours. Ca confirme mon intuition et me pince un peu le cœur. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même sur ce coup-là. Je ramasse le sac, vérifie son contenu et quitte la chambre précipitamment, direction le toit.

Je suis sûr qu'il est là-bas, où pourrait-il aller autrement ? Je sais que j'ai déjà essayé de l'y trouver, sans succès, mais c'est le seul endroit où je suis vraiment sûr qu'il y est retourné. Avec un peu de chance, je vais le prendre au dépourvu. Je ne sais même pas s'il sait que je suis parti quelques jours. J'aurais cru qu'il profiterait de mon absence pour revenir dans la chambre mais il ne l'a même pas fait. Rien que d'y penser, ça me fait mal. J'ai vraiment tout dévasté en le confrontant. Sans le vouloir, je l'ai privé du peu de confort qu'il avait. J'espère qu'il acceptera l'argent et pourra se sortir de cette prison.

Plus je progresse vers mon but, plus la petite voix égoïste qui cavale dans ma tête essaye de me faire changer d'avis, parce qu'au fond je n'ai aucune envie qu'il parte. Mais ce n'est pas le moment de faire passer mon ressenti avant les dégâts que j'ai causé. Je dois aller jusqu'au bout.

Au moment où mes doigts touchent la poignée de la porte qui cache l'escalier menant vers le toit, la sensation de malaise que j'ai ressenti plus tôt refait surface. Mes poils se hérissent dans ma nuque, j'ai l'horrible pressentiment qu'on m'observe. Je me retourne vivement, presque persuadé de me retrouver nez à nez avec un ennemi, mais encore une fois : il n'y a personne. Le couloir est désert. Je lâche la porte une seconde et tends l'oreille, attentif au moindre son qui pourrait trahir la présence de l'hypothétique rôdeur. Encore une fois, le silence me répond. Bizarre.

D'ordinaire j'aurais blâmé mon manque de sommeil, parfois prompt à me causer des hallucinations légères, seulement là, c'est différent. C'est la deuxième fois en même pas une demi-heure et je fais confiance à mon instinct quand il cherche à m'avertir d'une menace, j'ai toutes les raisons du monde de ne pas être tranquille. J'attends encore quelques secondes – le couloir est totalement vide, si quelqu'un veut me faire la peau, c'est le moment rêvé – mais il ne se passe rien. Je me résous à entrer dans la cage d'escalier en claquant fermement la porte. J'ai déjà la boule au ventre, je n'ai pas besoin de ça en plus.

Impatient de soulager mon stress, je gravis les marches quatre à quatre mais m'arrête en plein milieu de mon ascension pour vérifier si je suis suivi ou non et ce n'est pas le cas. Après une longue montée, j'arrive enfin à destination, j'expire un bon coup pour me donner du courage, puis j'entre sur le toit.

La lumière du soleil me brûle la rétine, je suis obligé de mettre ma main devant mes yeux pour ne pas être aveuglé. Je n'en reviens pas qu'il fasse déjà si beau. Quand je parviens finalement à y voir clair, la déception me gagne tout de suite après : Kid n'est pas là. Je m'en doutais, mais ça reste décevant. J'aurais préféré lui parler en face mais tant pis. Je n'ai qu'à lui laisser l'argent à portée de main – je sais qu'il reviendra – avec un mot d'excuse rédigé de ma main. Je lui dois au moins ça. Je m'approche de son coin favori, dans le but de lui laisser le sac bien en évidence sur ses affaires, et je vois qu'il y a des outils, des pinces et autres machins qui traînent sur le sol, un peu en vrac, comme si dans la surprise, il les avait jeté précipitamment.

Je souris d'amusement malgré moi. Je crois que je commence à comprendre pourquoi je n'ai jamais réussi à lui mettre la main dessus ces derniers jours.

– Je sais que t'es là ! Je m'exclame.

Evidemment, je ne reçois aucune réponse. Dans le doute, il ne va certainement pas griller sa planque que je reconnais volontiers comme étant ingénieuse. Je devrais être agacé par toutes les fois où je suis venu le chercher ici et suis reparti en pensant qu'il n'était pas là mais je suis assez admiratif. Peut-être même que c'est un élan d'affection que je sens monter en moi, cependant, je me dépêche de le réprimer. Je n'ai pas envie de me faire du mal inutilement, c'est déjà assez compliqué comme ça.

Je m'éloigne de l'abri improvisé et me rapproche de la gouttière, en restant tout juste assez loin pour ne pas tomber dans le vide.

– Je suis venu pour m'excuser, je commence, en élevant un peu la voix.

C'est un peu difficile d'évaluer la distance à laquelle il se trouve, aussi j'espère qu'il peut m'entendre.

– Je n'aurais pas dû…

Maintenant que je sais qu'il m'écoute, je n'arrive plus à lui dire ce que je veux. Merde, pourquoi faut-il que ce soit si difficile ?

– Je n'aurais pas dû spéculer sur ce qu'il s'est passé et te laisser le temps de me donner ta version avant de t'accuser. J'ai réagis bêtement parce que j'ai pensé que tu m'avais manipulé. Tu avais raison, si ça n'avait pas été toi, je n'aurais pas eu le même discours.

Je ne me suis jamais senti aussi mal de ma vie et je me sens un peu con à parler tout seul sur le toit. Car c'est bien ce que j'ai l'air de faire.

– Il est trop tard pour revenir en arrière mais je voulais que tu saches que je regrette. Et que je t'ai laissé quelque chose qui pourrait t'aider. Si quelqu'un mérite d'être libre ici, c'est toi, alors dès que tu en auras l'occasion, sers t'en.

Seul le vent me répond. Je ne sais pas s'il a entendu ou s'il va me rejoindre mais au moins c'est dit. Je me fiche bien qu'il me pardonne, tant qu'il trouve son compte dans tout ça. Mais je n'arrive pas à bouger, qu'est-ce que je dois faire maintenant ? Est-ce que je dois vraiment partir, comme ça sans rien tenter de plus ? C'est si frustrant.

Je rassemble mes dernières forces pour prendre la décision de partir quand soudain ça revient. Cette sensation de danger. Un bruissement furtif suivi d'un tintement métallique me fait sursauter et me pousse à me retourner.

J'aperçois alors une silhouette extraordinairement massive occupée à retourner les affaires de Kid. Il me tourne le dos, mais je le reconnais tout de suite. Ce n'est pas le genre de physique qui s'oublie, je comprends mieux pourquoi je me sentais observé et pourquoi j'étais si effrayé, il y avait de quoi.

Après avoir bien fouillé dans ce qui ne lui appartient pas, le gigantesque Teach se retourne pour me faire face, le sac d'argent tenant tout entier dans la paume de sa main.

– Et bien ! Je ne pensais pas toucher un bonus pour cette mission, merci Trafalgar.

Des milliers de questions s'enchaînent en même temps dans mon esprit, dont la principale : « Qu'est-ce qu'il fait ici ? » ce que je m'empresse de lui demander.

– Qu'est-ce que vous tu fais là ?

Il éclate d'un rire sonore et sans joie qui donne froid dans le dos.

– Je croyais que t'étais un malin, tu devrais pouvoir deviner tout seul.

Pendant qu'il engouffre l'argent de Sabo dans les grandes poches de son long manteau, je réfléchis à toute vitesse jusqu'à ce que l'évidence me frappe et que tout s'éclaire.

– Tu viens effacer les traces de ta dernière mission ?

Il me fixe sans rien dire, les yeux vides. Je n'ai pas besoin de plus pour me confirmer ce que je viens de comprendre.

– C'est toi qui as tué Ace, dis-je dans un souffle.

Il ricane encore et détache l'arme à feu qu'il porte à la ceinture.

– De quelles traces tu parles ? C'était un suicide, ricane-t-il en montrant les dents. C'est la conclusion officielle.

Une bouffée de haine me dévore les entrailles lorsqu'il redresse le bras et pointe le canon de son arme sur moi.

– Et ce sera bientôt ton cas à toi aussi, minus.

Un frisson d'horreur parcourt mon corps, mais je reste impassible. Je ne vais certainement pas lui donner satisfaction en me mettant à le supplier. Je vais plutôt en profiter pour avoir des réponses, enfin.

– Pourquoi Ace devait mourir ? Il avait contrarié lequel de tes employeurs ?

– Tu crois vraiment que tu es en position de poser des questions ?

– Quitte à me faire tuer, oui. J'aime autant savoir pourquoi, histoire de ne pas mourir ignare.

Encore une fois, il éclate de rire en renversant la tête en arrière. Je ne vois pas ce qui le rend aussi hilare, mais au moins ça me fait gagner du temps. J'en profite pour jeter un petit coup d'œil derrière moi, afin d'évaluer la distance qui me sépare du vide.

Une fois qu'il a fini de s'esclaffer, Teach pointe son puissant index sur sa poche et me répond :

– Tu ne crois quand même pas que vous, les gosses, vous pouvez dérober tout ce fric sans en subir les conséquences ? Ace encore, je comprends pourquoi il pouvait en avoir besoin mais ça m'étonne de toi. Il te suffisait d'aller pleurer chez Doflamingo pour en avoir un peu, tu aurais été tranquille.

Je savais que j'aurais dû me fier à mes premières interprétations sur cette affaire. J'avais raison depuis le début : tout ça était n'était rien de plus qu'une histoire de pognon.

– Aucun de nous ne l'a dérobé.

– Vous en avez fait la demande auprès de la mauvaise personne, corrige-t-il d'un ton léger.

– Sabo ? Ace était son meilleur ami, tu ne vas pas me faire croire que c'est lui qui…

– Pas lui, son père.

Il me faut plusieurs secondes pour assimiler l'information. Son père, évidemment. Ce fameux père qui surveille ses faits et gestes et déplore que son fils ne se comporte pas comme il l'avait prévu et sur qui Ace avait, selon ses dires, une très mauvaise influence. Le prêt que Sabo lui a fait est sûrement la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

– Je vois, je réponds. Non seulement Ace dévergondait son fils mais en plus il lui volait de l'argent, alors il a voulu s'en débarrasser. Il est mort pour avoir eu l'audace de soutirer un peu de thunes à un bourge.

Rien qu'en le disant, ça me rend fou de rage. On l'a tué parce que le père de Sabo le trouvait gênant, on l'a tué pour avoir mis cet argent de côté afin de faire sortir son frère du château. Et moi, comme un con, j'ai soupçonné Kid. Il ne mentait pas, il n'a rien fait.

– T'as tout compris, me dit-il sur le même ton que l'on prendrait pour féliciter un enfant de trois ans d'avoir fait un dessin.

– Je comprends mieux l'absence de preuve, puisque c'est un pro qui s'en est occupé.

Cela se voit que j'essaye de gagner du temps mais ma flatterie semble marcher. Il se gonfle d'importance et balaie ma phrase d'un revers de la main.

– Personne ne s'est vraiment donné la peine de chercher. A part le tiens de père, qui a flairé le truc louche tout de suite mais qui n'a rien trouvé de probant. Je dois dire que ça a été beaucoup plus facile que je ne l'aurais cru, c'est une chance que les gamins comme vous, vous aimiez vous percher sur le toit, ça évite les effusions de sang. Je n'ai eu qu'à le pousser. Il s'est un peu débattu mais c'était vite réglé.

Son aveu me pétrifie. Je serre les dents. Je ne peux m'empêcher d'imaginer la scène et la surprise qu'à du ressentir Ace au moment où un être humain de la taille d'un véhicule tout terrain l'a poussé du toit.

– Et moi ? Pourquoi je dois mourir ?

– Pourquoi je m'en fous, tant qu'on me paye à la fin, soupire-t-il en haussant les épaules. Mais d'après ce que j'ai compris, tu usurpes une place qui aurait dû revenir au cadet de mon client après la mort de Ace et ça ne lui plaît pas du tout parce que ce n'était pas ce qui était convenu. Et tu es peut-être un gros poisson comparé à Ace, mais tu as la réputation d'être dépressif, ton suicide ne devrait pas surprendre grand monde…

Il parle de Stelly ? Ce minable ?

Dire qu'il est le premier ennemi que je me suis fait ici, je n'aurais jamais cru que ce serait bel et bien de lui que viendrait le plus grand danger. Mais c'est logique, si ce père est assez cruel et déterminé pour tuer un ami de son fils aîné, il l'est assez pour tuer le fils d'un rival venu faire concurrence à son propre poulain. Quand bien même je n'avais pas l'ambition de devenir quoi que ce soit.

– Ton client espérait que ses deux enfants soient les mieux placés ici sauf qu'il y en a un qui s'est rebellé et l'autre qui est si ridicule que personne ne le prend au sérieux, à tel point qu'il se voit obligé de me descendre pour arriver à ses fins. Je suppose que c'est lui qui a récidivé pour le compte de son père en laissant de nouveau un petit mot dans ma chambre pour me menacer, afin que je n'avertisse pas Doflamingo si jamais je venais à découvrir son implication dans tout ça, ce serait gênant. Ma dernière question est : pourquoi maintenant ?

– J'avais à faire, dit-il simplement. J'ai perdu un peu de temps à cause du môme quasi muet que tes supérieurs m'ont collé dans les pattes.

Une nouvelle bouffée de haine m'envahit.

– Qu'est-ce que tu lui as fait ?

– Je l'ai collé ailleurs, le temps de venir ici. Ne t'inquiète pas, il a le cuir plus solide que je le croyais. Mais assez parlé.

Il fait quelques pas vers moi, tout en prenant garde à ne pas trébucher sur les tuiles, toujours en brandissant son arme dans ma direction.

– Tu vas me faire le plaisir de sauter.

J'ai l'esprit embrumé et confus par tout ce que je viens d'apprendre. Il faut que je me ressaisisse. Rien n'est fini ! Si je joue bien, je peux encore m'en tirer mais il faut que je sois sûr de moi. Je regarde de nouveau par-dessus mon épaule. Je peux le faire, j'ai la trouille mais ça devrait bien se passer.

– Ca va, je vais le faire. Pourquoi crois-tu que je suis venu ici à parler au ciel ? Dis-je à Teach, bien fort, le plus insolemment possible. J'avais déjà l'intention d'en finir, je n'ai pas besoin de ton aide pour sauter, je vais le faire tout seul.

Son éclat de rire résonne tout autour de moi.

– Parce que tu crois que je vais te croire sur parole ? Je ne bougerai pas tant que tu n'auras pas sauté.

– Très bien.

Une fois sûr que notre dialogue à bien résonné dans l'air, je positionne mes pieds sur le rebord, dos au sol. Je tremble de partout et j'ai mal au ventre, mon instinct me hurle de ne pas faire ça – étonnant tiens, de constater que je ne tiens pas tant que ça à mourir finalement – mais je tiens bon. Aie confiance, je me répète intérieurement. Je tends les bras en croix et souffle un grand coup, prêt pour le saut de la foi.

Pourvu que ça marche.

– Allez, saute, grogne Teach qui perd patience.

Je ferme les yeux, c'est le moment où jamais. Je fais un pas en arrière… et le vide m'aspire.

La chute est rapide, j'entends le vent siffler à mes oreilles alors que mon corps se précipite vers le sol. Je rouvre un œil et constate la vitesse à laquelle je tombe. Je retiens ma respiration, sentant la panique refaire surface, mais je me force à rester calme. Ca va bien se passer, je le sais.

Les secondes défilent et contrairement à ce qu'on pourrait croire, je n'ai pas le temps de voir ma vie défiler, j'ai juste une idée fixe qui me permet de ne pas craquer. Et c'est assez plaisant finalement, d'être certain de ce qu'il va se passer. Je ne suis prêt qu'à ça et quand enfin je sens la main de Kid qui m'empoigne le bras je peux respirer.

Le choc est très violent, ça fait beaucoup plus mal que ce à quoi je m'attendais, il m'a vraiment foncé en plein dedans. C'était ce que j'avais prévu mais il m'a presque assommé. J'y réfléchirai mieux la prochaine fois, si d'aventure je dois de nouveau me jeter du haut d'un toit. En attendant, je m'agrippe à lui tant que je peux, même si ce n'est pas vraiment nécessaire parce qu'il me serre à m'en casser les côtes.

– Mais ça va pas non ?! Qu'est-ce que tu fous abruti ! Me hurle-t-il dessus, suspendu par le fabuleux câble qu'il s'était conçu il y a quelques temps, pour descendre en rappel.

Il faudra que je pense à le féliciter de fabriquer tout ces trucs un de ces quatre.

– Quoi ? Tu m'as rattrapé non ?

– Et si je t'avais loupé ? Refais un truc comme ça et je te tue moi-même, continue-t-il de hurler jusqu'à ce que je lui recouvre la bouche de la paume de ma main.

– Ne crie pas comme ça, tu as entendu notre conversation, non ? Il ne faut pas qu'il comprenne que je ne suis pas mort.

Il hoche la tête à l'affirmative pendant que je lève les yeux pour voir si Teach est bien parti. Par chance, il n'a pas jugé bon de vérifier si je suis bel et bien tombé. L'imbécile, il n'aurait jamais pu deviner que Kid serait là. Moi non plus, je ne l'aurais pas deviné du premier coup.

Et maintenant que je l'ai sous la main et qu'il n'a pas d'autre choix que de m'écouter, j'en profite pour réitérer mes excuses.

– Je suis désolé pour tout ce que je t'ai dit, j'avais tort, tu avais raison. Et si tu penses que je pourrais encore douter de toi : je viens de sauter dans le vide parce que je savais que tu allais me rattraper.

Il évite mon regard et je ne peux pas lui en vouloir. Il a toutes les raisons du monde de ne plus me faire confiance, tout ce que je veux c'est qu'il sache à quel point je m'en veux et comme je me sens stupide d'être tombé dans le panneau et d'avoir choisi de soupçonner un suspect beaucoup trop idéal. Inquiété par son absence de réaction, je colle mon front au sien. C'est tout ce que je trouve à faire pour adoucir sa colère et calmer les tremblements qui parcourent mes membres.

Je décolle doucement ma main de sa bouche et il resserre encore plus son étreinte. Quand enfin il ose me regarder, je suis soulagé. Ses yeux n'expriment plus aucune colère. Il m'a entendu. Je ne sais pas s'il me pardonnera mais j'espère qu'il ne me fuira plus.

Soudain, quelque chose attire notre attention. On se tourne en même temps vers la fenêtre devant laquelle nous nous sommes arrêtés et croisons le regard impassible de Mihawk, qui nous observe depuis son bureau, un téléphone contre son oreille.

– Doflamingo ? Je t'appelle pour te demander si c'est normal que ton chouchou se mette à sauter du toit maintenant ? Parce qu'il vient de passer devant ma fenêtre… Oui, tu as bien entendu. Non, il y en a deuxième qui l'a attrapé au vol, mais je préférais demander, explique-t-il, avec son timbre de voix désintéressé.

Je me tourne lentement vers Kid, comme si bouger trop brusquement risquait de faire exploser Mihawk comme un essaim de guêpes.

– Est-ce que tu peux te décaler jusqu'à une autre fenêtre, s'il te plaît ?

Il hoche le menton et sautille contre le mur jusqu'à atteindre une pièce voisine, sans me lâcher. Le grincement du câble tendu au-dessus de nos têtes me fait frissonner. Je réalise à présent ce à quoi j'ai échappé, s'il n'avait pas été là, à jouer les casse-cou, je serais mort. Je repense à Ace et à ce qu'il s'est vraiment passé.

Il est donc mort, tué sur ordre du père de Sabo, pour avoir volé de l'argent en plus d'avoir « perverti » son fils et usurpé une place de roi qui ne lui revenait pas. Encore une fois, le visage de ceux qui tirent les ficelles du château devient de plus en plus net. Mêmes s'il reste des zones d'ombres Kid va pouvoir enfin me donner sa version. Mais j'ai un autre problème à régler, un tueur vient d'essayer de se débarrasser de moi et même si pour l'instant il croit le contraire, il n'a pas réussi. C'est de ça que je dois m'occuper en premier.

Dès que Kid parvient enfin à atteindre une fenêtre un peu éloignée – suffisamment pour que Mihawk ne l'atteigne pas tout de suite – il l'explose à coup de pied et m'aide à m'y glisser. Je manque de m'embrocher sur un débris de verre mais l'adrénaline me fait trop d'effet pour que je m'attarde là-dessus.

Kid s'engouffre dans la pièce juste après moi et commence à détacher la ceinture qui lui permettait de se balader sur le mur. Nous sommes dans un débarras vide, seuls. C'est le moment où jamais pour évacuer toutes les informations que j'ai dans la tête.

– Tu as entendu n'est-ce pas ? Je lui demande.

– Pas tout mais j'ai l'essentiel : je suis innocent et le vrai tueur a aussi essayé de te tuer.

– Oui, c'était Teach. Il l'a fait pour le compte du père de Sabo.

Le visage de Kid s'assombrit.

– Le mec qui a embarqué Killer ?

– Lui-même, je réponds tout en commençant à faire les cent pas. Mais je ne pense qu'il lui a fait du mal. Pour l'instant, le problème, c'est qu'il me croit mort et qu'il risque de vite s'apercevoir que je ne le suis pas.

– C'est sûr que l'absence de corps ensanglanté sur le parking va le mettre sur la voie. Tu crois qu'il va revenir pour finir le boulot ?

– Oui.

Même si Doflamingo est prévenu et qu'il va sûrement essayer de me retrouver aussi, je ne sais pas où est Teach. Qui sait lequel des deux pourra m'atteindre en premier ? Et je n'ai pas envie d'y mêler Kid.

– C'est ça, qu'il vienne, grogne Kid. J'ai deux ou trois trucs à lui dire.

– Jamais de la vie, tu ne fais pas le poids. Il se débarrasserait de nous en un clin d'œil.

Le temps presse, si Teach a franchi les portes, il s'est peut-être déjà aperçu que je n'étais pas mort. Il faudrait trouver un moyen pour qu'il ne puisse pas re-rentrer sans avoir l'air suspect. L'empêcher de se planquer et de marcher discrètement en rasant les murs comme il l'a fait jusqu'au toit. Il n'oserait sûrement pas me buter sous le nez de Doflamingo.

– J'ai une idée, dis-je soudain à Kid.

Il me regarde sortir mon téléphone de ma poche, sans comprendre. Je cherche le numéro de Sabo dans mon répertoire et l'appelle.

– Qu'est-ce que tu fais ? Me demande Kid, un peu énervé de ne pas savoir ce que j'ai derrière la tête.

Après plusieurs sonneries, Sabo décroche, apparemment surpris que je l'appelle.

– Law ?

– Sabo, désolé de te prendre au dépourvu mais j'ai encore un service à te demander.

– Décidément, ricane-t-il.

– Je voulais savoir combien de temps il te fallait pour foutre la merde dans tout le château, genre grosse manif, avec des trucs à faire exploser, tout ça ?

– Franchement, même pas un quart d'heure. Je suis bien motivé en plus là, pourquoi ?

– Génial, tu peux le faire genre maintenant ?

Un petit silence s'installe. J'espère qu'il va accepter. Kid, comprenant mon idée, se met à sourire.

– Euh, oui. Je pense. J'ai pas de revendication bien précise mais c'est faisable. Pourquoi tu me demandes ça ?

Je me sens désolé pour lui. Si je lui disais la vérité, il aurait peut-être encore plus envie de tout démolir lui-même, pierre par pierre. Mais je ne peux pas le faire comme ça, il mérite une explication digne de ce nom que je me jure de lui fournir.

– Je t'expliquerai en temps et en heure.

– Ok. Dans ce cas donne-moi dix minutes, le temps de trouver une idée, dit-il en raccrochant, l'air content.

Je range mon téléphone et le contrecoup de toutes ces émotions me frappe soudain. J'ai l'impression que je vais tomber dans les pommes. Je m'appuie contre le mur et me laisse glisser au sol, pour me reposer un peu.

Ca fait beaucoup trop d'informations en même pas une heure. J'espère que mon plan va marcher et que je ne vais pas me faire tuer d'ici un quart d'heure. Je ne devrais pas relâcher ma vigilance mais c'est plus fort que moi, j'ai peur, mais je suis épuisé. Au moins, je peux mourir en paix maintenant. J'aurais revu Cora et présenté mes excuses à Kid.

Lui aussi se laisse tomber au sol juste en face de moi. On reste là, pendant plusieurs secondes, à se regarder sans rien dire. C'est reposant.

– On a dix minutes devant nous, dis-je doucement, sentant la fatigue dans ma propre voix.

– Ouais, dit-il, un peu gêné.

– Est-ce que… tu peux me donner ta version de l'histoire maintenant ? J'ose demander, en espérant qu'il ne prenne pas la mouche.

Il inspire bruyamment mais je ne le sens pas contrarié. Je crois plutôt qu'il n'attendait que ça.

– Je t'ai un peu menti, moi aussi, dit-il en grimaçant. J'ai bien vu Ace sur le toit ce jour-là, mais on ne s'est pas engueulé.

Je le laisse parler. Je ne compte pas l'interrompre une seule fois.

– Je ne sais pas vraiment ce que tu découvert au cours de ta dernière petite enquête, tu ne m'as pas donné le détail, mais on a bien été hospitalisés tous les deux après une grosse baston. Et sans aller jusqu'à parler de réconciliation, pendant notre séjour, on a eu le temps de parler et de faire une trêve. On a su qu'on était arrivés dans ce château de la même façon et qu'on venait du même monde : on nous a ramassés comme des chiens errants et on nous a foutus ici. Ca expliquait pas mal de choses, notamment pourquoi on avait le même langage. Après qu'on se soit bien tapé dessus, c'était bon. Le problème était réglé. Alors on ne s'est pas trop mal entendu – ce n'était pas mon ami non plus mais il y avait une forme de respect mutuel – alors forcément j'ai peut-être laissé échapper une information disant que je dormais sur le toit.

Il fait une pause. J'écoute attentivement.

– Je ne pensais pas qu'il en ferait toute une histoire, je ne l'ai pas vu venir et ça ne le regardait absolument pas mais ça l'a scandalisé d'apprendre que j'étais le seul du château à ne pas avoir de piaule. En même temps, j'en ai jamais réclamé. Depuis le temps que je suis là, personne n'a jamais fait gaffe au fait que je ne me trouvais dans aucun dortoir et vivre sur le toit ça m'allait très bien. Mais le jour de sa mort, il s'est bien pointé – ça m'a tellement surpris qu'il vienne m'épier alors que j'étais censé être coincé au mitard que je l'ai envoyé chier assez fort, j'avais peur qu'il me balance. Mais non, il m'a juste gueulé dessus en retour et refilé la clé de la chambre que tu connais. Je ne sais pas comment il s'y est pris, ni pourquoi il l'a fait, mais il m'a filé une chambre. Sur le coup j'ai un peu mal réagis, je lui ai dit que je ne voulais pas de sa charité, ou un truc comme ça, et je suis parti en le plantant sur le toit. C'est Killer qui a dû me patater pour que j'arrête de faire ma diva et que je dorme dans cette foutue chambre. Je m'y suis jamais vraiment habitué d'ailleurs, j'ai essayé d'y rester mais je préférais le toit, j'avais plus l'habitude. Mais bon, au moins j'y étais peinard parce que j'étais tout seul et que j'avais une salle de bain où je pouvais m'isoler, bref. C'était mieux que rien. Je n'ai su qu'il était mort que le lendemain et j'ai retrouvé son collier sur le toit. Je me suis senti atrocement con.

Plus il parle, plus je le comprends et plus moi-même je me sens con. J'aurais réagis exactement de la même façon tout du long. Je trouvais étrange qu'il soit seul dans sa chambre mais je ne pensais pas qu'il la devait à Ace. Il doit culpabiliser depuis le début.

– Franchement, quand c'est sorti j'ai pas douté un instant de l'hypothèse du suicide. Je me suis dit que je n'aurais peut-être pas dû l'envoyer se faire foutre, je ne pensais pas que j'en étais responsable non plus mais je me disais que si je ne m'étais pas barré, il n'aurait peut-être pas sauté, alors j'ai gardé le collier parce que je ne savais pas quoi en faire. J'avais l'impression que c'était à moi de le faire. Et dire qu'en fait il a bien été assassiné, ça me débecte. Je n'ai même pas croisé le gars sur le chemin…

Il se tait un instant et j'hésite à le relancer. J'ai peur que de nouvelles questions le blessent davantage.

– Pourquoi tu ne m'as rien dit de tout ça quand tu as su que j'enquêtais sur la question ? Pourquoi tu m'as aidé ?

– Euh…

Il se gratte la nuque d'un air embarrassé.

– Parce que, euh, bégaye-t-il en cherchant ses mots. Parce que ça me servait de prétexte, c'est tout.

– De prétexte pour quoi ?

– A ton avis ? S'énerve tout d'un coup, le visage légèrement rouge. Pour passer tu temps avec toi.

Je me retiens de rigoler parce que ce n'est pas vraiment le moment mais c'est difficile.

– Je suis flatté.

– Rigole et je t'en mets une.

Je lève les mains en l'air en signe de reddition, le sourire aux lèvres. Il se met à bouder en croisant les bras mais je pense qu'intérieurement il est soulagé.

– Ca ne me dit pas pourquoi tu n'as rien dit.

– Je te l'ai dit : au début, je ne comprenais pas pourquoi il y avait une théorie du complot, je trouvais ça absurde. Je n'y croyais pas. Puis plus ça allait et plus tu découvrais des preuves bizarres, j'ai fini par y croire aussi et me dire qu'il y avait peut-être vraiment un truc. Alors à aucun moment je ne me serais tiré une balle dans le pied en te parlant de mon implication alors que je me savais innocent. J'ai pensé que si je te confiais tout ça, tu me soupçonnerais instantanément, soupire-t-il tristement, en plantant ses yeux dans les miens. Et j'ai eu raison de le croire.

A mon tour de rougir. C'est vrai, s'il m'avait dit tout ça dès le début, je ne l'aurais pas cru non-coupable. Je peux me persuader que si mais je sais que non. Je lui adresse un nouveau regard d'excuse qu'il accepte avec un sourire en coin.

Gêné, je lui pose une ultime question.

– Et j'ai une dernière question, qu'est-ce que tu as volé à Luffy ?

Cette fois, la question ne semble pas lui demander de plonger dans des souvenirs douloureux : il affiche un air malicieux et extrêmement satisfait qui me surprend.

– A quoi bon, il l'a récupérée depuis, minaude-t-il en jouant avec ses ongles vernis.

Devant mon air effaré, il sourit de contentement.

– La clé de la salle où il enregistre son truc, dit-il, triomphant. Ca faisait un petit moment qu'il disait vouloir faire ça, alors je l'ai planquée et j'ai fait chier le monde pour qu'il ne puisse pas y accéder.

– …C'était toi ?

– 'Fallait pas me faire chier.

Quel gamin. Cet aveu est tellement absurde que je me sens encore plus stupide de l'avoir soupçonné d'être un mastermind du crime. Il est bien trop immature pour ça.

– Quand je pense que je t'ai cru coupable…

– Décevant, hein ?

– Et je suppose que c'est Killer qui t'as dit que je cherchais cette clé, puisqu'il m'épiait dans la bibliothèque à ce moment-là.

Il affiche un sourire narquois pour toute réponse. Dire qu'il m'a filé cette clé exprès pour que je lui sois redevable, quelle subtilité. Il ne pouvait pas m'inviter à bouffer, comme tout le monde ?

– T'avais bien manigancé ton approche, salopard.

– Je ne regrette rien du tout.

Une explosion accompagnée de hurlements retentit soudain dans les couloirs et nous interrompt. Sabo à tenu sa promesse, il n'a pas été long. Bientôt, des bruits de cavalcade résonnent de partout, avec une ampleur surprenante.

– Allons-y.

[Ellipse]

Non seulement Sabo a réussi à rassembler beaucoup de monde en très peu de temps mais il a aussi trouvé la revendication idéale. Celle qui empêchera Teach de se montrer, à coup sûr.

Je n'avais jamais vu autant de résidents rassemblés, occupés à hurler des insultes et à démolir les horribles statues qui décorent les couloirs. Le hall, lui aussi s'est transformé en un vrai champ de bataille. Les gardiens sont dépassés par les mouvements de foule, ils n'arrivent pas à se coordonner et sont surpris de se prendre des coups sur le crâne. C'est une véritable colère qui gronde, un gigantesque ras-le-bol qui n'est pas seulement du fait de Sabo.

De partout, les voix scandent le même slogan : « Libérez Killer ! » Sabo en est à l'origine, c'est sûr, mais d'autres résidents se sont joints à sa bande pour gonfler les rangs. Quand je demande pourquoi ce choix, certains nous expliquent que son départ était la menace de trop. Tout le monde a compris qu'il n'a fait que servir d'exemple pour nous faire nous tenir à carreau. Ca ne demandait qu'à exploser et Sabo a allumé la mèche.

Kid et moi nous nous sommes faufilés dans la masse avec aisance, ravis de nous joindre à la meute. Ma propre peur s'est envolée pour laisser place à la rage qui me bouffe depuis des années, c'est libérateur. Je ne me prive pas pour casser tout ce que je peux. C'est encore plus réjouissant de savoir que tout cela va rendre fou Doflamingo et qu'il ne fera rien quand je lui expliquerai que tout ça n'était qu'une simple manœuvre pour empêcher Teach de s'en prendre à moi. Je ne me suis jamais senti aussi victorieux de ma vie. J'ai des années de frustration et de douleur à évacuer et je ne suis pas le seul. A mes côtés, Kid casse encore plus que moi et cogne violemment tous les gardiens qu'il croise. Cette fois, ils ne l'enverront pas au mitard, ils n'ont plus l'avantage du nombre.

D'autres sont moins virulents mais tout aussi malins, je croise Luffy dans la mêlée, un micro à la main. Il me hurle dans l'oreille : « C'était de ça que tu parlais quand tu disais qu'il fallait des enregistrements ? Parce que ça va faire un épisode cool ça ! » Il trouve même le moyen d'interviewer des gens, l'air de rien, pour leur demander pourquoi ils ont envie de tout casser. C'est presque ridicule de le voir se balader comme un touriste au milieu des insurgés mais c'est une excellente idée de sa part. S'il y a bien quelqu'un qui n'a jamais eu peur de se retrouver ici, c'est bien lui.

Au loin, contemplant les dégâts, se tiennent nos directeurs. Aucun des trois n'ose nous confronter, ils sont désavantagés et ont l'intelligence nécessaire pour savoir qu'ils n'y peuvent rien pour l'instant. Mon regard croise celui de Doflamingo.

Je sens toute la rage et l'humiliation qui bouillonne en lui rien qu'en le regardant. Je ne peux m'empêcher de lui sourire et de lui lancer un petit signe de la main. Quoiqu'il fasse, j'ai gagné cette manche et la bataille n'est pas finie. Il reste une vérité à rétablir et un assassin à confondre.


RAH. Tellement satisfaisant.

Ce n'est pas encore la fin, il reste un ultime chapitre à écrire.

J'espère que celui-ci vous a plus, moi je l'aime beaucoup et… ils sont trop mignons donc je suis contente. La scène ou Law saute du toit je la fantasme depuis très longtemps. J'aime bien en faire une princesse en détresse, j'avoue… C'est mon pêché mignon.

J'ai très envie de savoir ce que vous pensez de cette résolution (même si tout n'est pas encore fini) et si vous avez-vous-même envie de renverser le système maintenant. (J'espère que oui xD)

Mais concrètement on arrive au bout. Plus que un chapitre final histoire de conclure les choses. Enfin, presque. Il reste le bonus aussi :x

En attendant, j'espère que ça vous a plus et je vous dis à la prochaine !