POV Loki

Une fois que ma blessure fut refermée grâce aux bons soins, je pouvais bouger librement... Enfin, presque. Sur le qui-vive, Fandral restait auprès de moi. J'aurais bien voulu le réconforter, cependant aucun mot ne me venait. On ne dirait pas, mais il avait été grandement affecté par la trahison de Sif.

Cette dernière avait été reconnue coupable de haute trahison et elle avait été condamné à l'exil à vie. Son départ me faisait penser au mien. J'hésitais. Devrais-je vraiment partir ? Devrais-je fuir ? La menace de Thanos rôdait depuis ce cauchemar. J'aurais souhaité en parler avec une des Norne, mais nul trace de Verdandi. Je ne pouvais pas la demander à mère sans éveiller les soupçons.

Par ailleurs, depuis qu'une partie de la garde ait appris ma véritable nature, j'ai remarqué les changements. La plupart d'entre eux évitaient de croiser mon regard, d'autres essaient de faire comme si rien n'étaient... sauf que la gêne se voyait dans leurs yeux. Cela était même le cas chez Thor. Pourtant, je n'en étais pas surpris. Je n'étais pas ce qu'il attendait comme petit frère...

Fandral et moi nous arrêtâmes devant la salle du trône. Depuis là, nous pouvions voir l'édifice du lieux. L'or n'était pas froid avec le soleil venant briller. Les corbeaux d'Odin passaient au-dessus de nous pour se poser sur le dossier du trône puis se pencher vers les oreilles du roi borgne. Je me tournai vers mon compagnon. Il n'avait encore aucune idée de mon voyage.

- Fandral...

- Je sais ce que tu as envie de faire, m'interrompit-il en s'approchant vers moi en soignant nos mains.

Ahuri, je le laissai se comporter comme le bel amant.

- Je sais que tu as envie de découvrir tes racines, mais peu importe ta couleur, peu importe tes origines... saches que je t'aime, me confirma-t-il en murmurant au fur et à mesure.

Ses paroles furent tout de même marquées en moi. Si nous n'étions pas en public, je l'aurais embrassé longuement pour garder ses lèvres dans ma mémoire. Hélas, je pouvais sentir d'ici l'impatience d'Odin. Je me séparai de lui sans le quitter des yeux. Nos mains ne quittèrent qu'à la fin. Il ne pouvait pas me suivre et tant mieux... C'était pour lui que je devrais quitter Asgard. Il ne devrait pas connaître le titan. Je m'en faisais la promesse !

Je marchai d'un pas assuré vers le trône. Je devais quitter la terre de mon enfance pour qu'elle survive au chaos titanesque. Je m'arrêtai à quelques pas de mon soit disant père et plantai mon regard dans son œil. Je claquai haut et fort que j'étais prêt.

- Qu'il en soit ainsi... Souffla-t-il dans un semblant de regret.

Il quitta son siège. Hugin et Munin restaient sur leur poste en ne nous quittant pas du regard. Odin me rejoignit, posa ses mains calleuses sur mes épaules et me souffla dans mon oreille "Tu seras toujours la bienvenue à Asgard Loki, prince héritier de Jotunheim et prince d'Asgard, Odinson". Cela me fit frissonner... Pourquoi?!

Il ne me laissa pas le temps de répondre qu'il se retira. Je sentais mes larmes couler. Je les essuyai grossièrement. Il était hors de question que je pleure pour lui ! Fandral s'approcha vers moi pour me prendre dans ses bras. Mon départ était maintenant imminent.

Avec lui, je fis alors mes adieux à tout ce que je connaissais personnellement. Il me donnait sa force de le faire et de ne pas partir comme un voleur. Je m'étais attendu à des reproches, ou au moins du mépris, mais au contraire. Par exemple, quand je venais voir Idunn, elle fut peinée d'apprendre mon départ. "Tu viendras nous rendre visite, n'est ce pas?" Je lui avais seulement déclaré que j'essayerais.

Le plus dur, c'était avec mère. Je savais qu'elle ne l'était pas, mais mon cœur me disait le contraire. Elle avait essuyé ses larmes naissantes pour me faire promettre de faire attention à moi. Peiné, je lui donnai ma parole.

Je n'avais pas trouvé Thor. Était-il en colère ? M'avait-il oublié ? Je ne saurais sûrement jamais...

Une fois sur le Bifrost, Heimdall m'attendait pour mon ultime voyage. Je regardais Fandral un long moment. J'aurais pu faire ça pendant des heures. Là où j'irais, je voudrais garder son visage, au moindre trait lui appartenant, dans ma mémoire. Il en faisait de même. Ses mains serrèrent une dernière fois les miennes, nos yeux se mouillèrent, mes genoux tremblèrent, et nos lèvres s'égarèrent dans la folie de la douleur.

Mes mains étaient veuves quand les siennes prirent mon visage en coupe. J'aimerais tellement m'enfouir sous cette chaleur, mais je devais aller dans ce pays froid...