Chapitre 17 :
Azgueda, royaume de l'eau.
Nia avait eu raison...
La reine l'avait prévenue. Son fils n'était peut-être pas une flèche, mais on s'y attachait et Echo s'était fait avoir.
Assise sur le lit, la jeune femme observait l'homme qui l'avait comblée une partie de la nuit avant de s'endormir et son cœur se serra devant les traits apaisés du roi.
Puis son regard se durcit. Un roi satisfait et qui pourtant ne la demandait toujours pas en mariage, après plusieurs années de relations, après plusieurs mois de règne...
Un autre avertissement de l'ancienne reine lui revint en mémoire. Nia ne lui avait avoué qu'une fois. Une nuit, après que leur intimité eut atteint un paroxysme que le prince n'avait jamais réussi à lui faire ressentir, elles avaient parlé plus librement. La reine lui avait confié une nouvelle mission sur son fils et ajouté dans un murmure :
« Ma plus grande honte, Echo, est que j'ai échoué dans mon éducation, tu le découvriras... Roan est un lâche. »
Devant le roi endormi, les yeux rivés sur ses lèvres fines, Echo hocha inconsciemment la tête à ce souvenir. Nia, comme toujours, avait vu juste. Roan était bel et bien un pleutre.
Elle savait qu'il l'aimait, que Roan désirait ardemment l'épouser. Sauf que... Il n'avait pas obtenu l'approbation de sa mère. Elle était morte avant.
Et sans ce consentement, son courage s'évanouissait. Echo n'était qu'un soldat. Certes, le lieutenant de la garde royale et proche de l'ancienne reine, mais un soldat, pas la fille d'un baron ou d'un chef d'une tribu. L'épouser serait une entorse au protocole et sans l'assentiment de sa mère, sa dernière mission, celle de devenir reine pour mieux influencer le roi se solderait par un échec.
Echo avait voulu en parler avec Roan. Lui faire comprendre que leur « amour » était plus important que d'anciennes règles avant de se cogner à un mur... de couardise.
La jeune femme sortit du lit, s'habilla et regagna sa chambre toujours aussi affectée par l'attitude du roi. Un homme qui contre toute attente avait réussi à l'émouvoir, la troubler et, chose étrange, à qui elle tenait vraiment.
S'il trouvait le courage de l'épouser, peut-être formerait-il un couple réellement heureux...
Toujours perdue dans ses pensées, Echo ne remarqua pas la présence dans la pièce à son arrivée, mais seulement alors qu'elle fermait la porte.
Le lieutenant de la garde du roi, ancienne espion pour la reine Nia, se redressa et fit appel à sa magie, prête à l'utiliser face à l'intruse, d'un calme olympien, installée dans un fauteuil devant sa cheminée, et qui lui souriait avec sensualité.
– Sommes-nous vraiment obligées d'en arriver là ? Demanda la femme en noire qu'Echo ne connaissait pas.
– Qui êtes-vous ? Qui vous a permis d'entrer ? Interrogea une Echo toujours sur ses gardes.
– Asseyez-vous, s'il vous plaît. Je veux simplement vous parler, répondit l'inconnue d'une voix aux intonations envoûtantes.
Echo resta de marbre, toujours à l'affût du moindre mouvement chez l'étrangère, qui se contenta d'inspirer profondément et de préciser :
– Nous désirons toutes les deux la même chose.
– Vraiment ?
Echo méfiante plissait les yeux attendant cette fameuse révélation commune.
– Je peux faire de vous la reine du royaume de l'eau, répondit celle en noir.
Le lieutenant se rapprocha lentement en commentant :
– Je ne pense pas. Vous vous prenez pour quelqu'un que vous n'êtes pas. La gardienne de la Flamme est la seule personne de tous les royaumes autorisée à porter du noir et vous n'êtes pas la gardienne...
– Vous avez raison. Je ne le suis plus, approuva Alie.
Echo s'arrêta et fixa la femme toujours aussi tranquille dans sa chambre, réalisant enfin qui elle était.
– Vous êtes celle qui a échoué à sa mission, dit-elle avec mépris. Celle qui n'a pas su protéger la Flamme, il y a des années, celle responsable de la mort de l'ancienne porteuse Astra...
Alie resta silencieuse, invitant Echo à s'asseoir, n'entrant pas dans le jeux de manipulation du lieutenant qui avait pour intention de la faire sortir de ses gonds pour mieux la cerner et d'une certaine façon l'achever, afin d'asseoir son autorité sur elle. Cherchant à lui prouver que même si Alie s'était crue plus forte qu'elle en la surprenant dans sa chambre, Echo pouvait parfaitement, une fois la surprise passée, retourner la situation à son avantage. La métamorphe attendit, la main toujours tendue vers le mobilier en se disant que l'élève de Nia avait dû rendre, plus d'une fois, fière sa maîtresse et ce dans tous les sens du terme. L'infidèle se souvenait d'ailleurs avoir assisté à leurs ébats, cachée dans la chambre de la reine quelques années plus tôt avant de prendre l'apparence de Nia pour tuer le roi Roark.
Et les cris de plaisirs entre elles n'étaient pas feints.
Voyant qu'Echo ne bougeait toujours pas, Alie répéta :
– Je peux faire de vous la reine du royaume de l'eau... N'est-ce pas ce que vous désirez ?
– Comment ? Voulut savoir Echo en acceptant de prendre le fauteuil en face d'elle.
– Peu importe comment, répliqua la métamorphe. Ce qui est essentiel c'est que j'y arrive et que vous fassiez quelque chose en échange pour moi...
– Ah... nous y voilà, ironisa Echo, le contraire m'eût étonné. Un simple service n'est jamais gratuit...
Alie sourit, charmée de la répartie.
– Je n'appellerai pas votre couronnement « un simple service ».
– Que voulez-vous ?
– Vous acceptez ?
– Disons simplement que je vous écoute et que je vous donnerai ma réponse après.
La métamorphe la regarda un long moment en silence puis expliqua :
– Vous vous êtes trompée sur mon compte. A vrai dire tout le monde m'a cru responsable de la mort de l'ancienne porteuse. Mais je n'ai rien pu faire. Son accident, sa chute de cheval m'a autant bouleversé que le reste du monde, plus même, car je pense que vous n'ignorez pas le lien qui existe entre une porteuse et sa gardienne, dit-elle en baissant la voix et la tête.
Elle releva les yeux vers une Echo silencieuse et continua :
– Vous avez raison, je ne suis plus la gardienne de la Flamme, cependant ma mission n'a pas changé... Le besoin de protection de la Magie vibre toujours en moi...
Le visage d'Echo ne trahissait pas la moindre émotion. Alie ne s'en formalisa pas et reprit :
– Vous connaissez la loi qui régit l'équilibre de la Magie ?
– Oui.
– Et quelle est-elle ?
– Les royaumes n'ont pas le droit de se déclarer la guerre sous peine de faire disparaître la Magie de notre monde et de nous plonger tous dans le chaos...
– Exactement, confirma Alie.
– Où voulez-vous en venir ?
Alie s'installa plus confortablement dans son fauteuil.
– Je vous avoue que je suis étonnée que personne n'ait pensé avant moi à ce que je vais vous dire. Il s'agit pourtant là de l'évidence même...
La métamorphe laissa le silence s'installer entre elles quelques minutes et poursuivit :
– Vu que nous ne pouvons pas nous battre les uns contre les autres. Pourquoi ne pas nous allier ?
– Parce que c'est interdit, répondit Echo du tac au tac.
– Vraiment ? S'étonna Alie. Comment le savez-vous ? Où réside donc cette loi si arbitraire ?
Echo ouvrit la bouche pour lui donner une réponse et la referma, réalisant que la femme en face d'elle avait raison. Rien n'interdisait une union entre les royaumes. Alors pourquoi avait-elle si ardemment proclamé l'inverse ?
– Parce que c'est quelque chose qu'on vous a soufflé, ou du moins qu'on s'est toujours gardé de vous présenter comme possible, précisa la métamorphe comme si elle lisait dans ses pensées. Et savez-vous où vous avez « appris » cette absence de possibilité ?
Echo chercha dans sa mémoire et souffla :
– Elrach...
– Exactement, appuya Alie.
– Pourquoi m'en parler à moi ?
– Parce que vous aimez un homme qui peut faire de vous une monarque puissante et juste envers son peuple. Non, l'arrêta Alie, je sais ce que je dis. Nia n'avait peut-être pas les meilleures qualités du monde, mais elle se préoccupait réellement des habitants de son royaume et son fils lui n'a pas vraiment l'air de s'en soucier...
– Alors que moi, oui ?
– Vous étiez une enfant de l'eau avant d'être la maîtresse de Nia et Roan. Vous connaissez les souffrances de ce peuple plus que le roi actuel et saurez y répondre équitablement en tant que reine. Dites-moi si je fais erreur...
Echo détourna le regard. Cette femme lui énonçait ce qu'elle désirait au plus profond d'elle. Une chose que lui avait promis Nia qui avait elle aussi décelé cette envie chez le lieutenant avant d'en faire la femme de ses nuits et de celles de son fils avec pour but de contrebalancer la cupidité de Roan à l'aide d'une épouse plus juste. Voyant également en Echo une femme qui s'entendrait avec sa fille Lexa sur le bien être de son pays.
Nia avait été une monarque jugée cruelle, mais qui n'avait à cœur que l'avenir de son peuple. Et pour ce faire, ne reculait devant rien, même si cela signifiait faire disparaître des êtres qu'elle jugeait trop dangereux pour sa famille comme cette Costia, la maîtresse de sa fille qui aurait eut, à la longue, une emprise néfaste sur celle qui deviendrait aux yeux de sa mère la plus grande diplomate de son royaume.
Le lieutenant revint vers l'inconnue et secoua la tête :
– Non, vous ne faites pas erreur. Si vous arrivez à faire de moi la reine du royaume de l'eau comment voulez-vous que je vous aide ?
Alie posa les mains sur les accoudoirs du fauteuil.
– Quelqu'un au nom du roi du feu viendra rendre visite à Roan sous peu... Lui proposant une alliance, lui proposant d'épouser sa sœur Octavia...
Echo fronça les sourcils.
– Ne craignez rien, d'ici-là Roan sera plus que convaincu de vous épouser. Je suppose que pour faire bonne figure, il fera mine d'hésiter. Et ce sera là que vous interviendrez, lui faisant comprendre toute la sagesse de la proposition du roi Bellamy sur cette alliance... Mais en lui suggérant une échappatoire au mariage entre lui et Octavia...
– Laquelle ?
– Si Roan refuse d'épouser la sœur de Bellamy, que pourrait-il proposer en échange pour ne pas blesser le roi ?
Echo réfléchit un instant et hocha la tête en comprenant :
– Il lui donnera sa sœur Lexa...
– Oui. Un mariage aura bien lieu au final...
Le lieutenant se tut méditant ces éléments.
– Le grand prêtre n'acceptera jamais, finit-elle par dire.
– Et pourquoi ?
– …
– Cela le surprendra, vous avez raison, mais sur quelles bases pourra-t-il fonder son refus ? Vous offrez la paix suprême entre deux pays. Avouez que même si aujourd'hui une certaine entente existe, elle est toujours tangible. Avec un mariage vous assurez cette paix. Quels seront ses arguments à son refus ?
– Je ne sais pas, pourquoi pas que l'eau et le feu se mettent ensemble pour faire bloc contre l'air et la terre ?
– Oui, admit Alie, ce n'est pas une mauvais idée, exceptée que...
– Vous allez proposer la même chose à la terre. Et maintenant qu'il vous reste Octavia vous allez la donner en pâture au prince Lincoln.
– Oui.
– Et nous ? Comment consolider notre entente avec la terre ?
– Vous pourriez renoncer au trône et laisser à Roan le soin d'épouser Gaya...
Echo sourit vaguement.
– Si c'était ce que vous vouliez vous ne seriez pas là.
– C'est vrai, sourit Alie en retour.
La métamorphe inspira puis avoua :
– Je ne pense pas vous apprendre grand chose en vous révélant que l'homme que vous aimez, le roi Roan n'a pas une très bonne réputation hors du royaume...
Le roi Bellamy non plus, rétorqua Echo.
– Tout à fait, mais ne parlons pas de lui pour le moment. Au vu de ce que je viens de dire, à votre avis, que ressentira la reine Indra lorsque, comme vous, elle en viendra au point de vu qu'après que le feu et la terre aient fait alliance, la logique voudrait qu'un accord soit signé avec l'eau, mais que malheureusement le roi qui pourrait prétendre à épouser sa fille est déjà pris ?
– Du soulagement, répondit Echo.
– Oui. Roan n'est pas aimé par la terre, mais le chef d'une tribu, un baron peut-être, pourrait trouver grâce aux yeux de la reine...
– Ou encore quelqu'un d'autre, l'interrompit Echo qui comprenait l'enchainement d'idées.
– Oui, mais qui ?
– Le prêtre de l'eau, conclut le lieutenant. Sauf que tout le monde sait qu'il aime les hommes et il est trop vieux pour Gaya...
– Donc...
– Son apprenti pourrait faire l'affaire, le jeune John Murphy.
Alie sourit, contente qu'Echo en vienne au même point qu'elle.
– La reine Indra ne voudra pas, argua Echo.
Une lueur d'amusement brilla dans les yeux de la métamorphe.
– Pourquoi, parce qu'il prêtant au titre de prêtre ?
– Non. Gaya est une princesse, elle a le droit de se marier avec un prêtre ou un futur prêtre, seule une reine ne peut pas. Et même à supposer que le futur roi Lincoln lui laisse son titre, Gaya aurait épouser le prêtre avant de devenir reine, et cette union ne lui serait pas reprochée... Non, ce qui me gêne dans cette histoire, c'est que Murphy ne sera pas accepté justement parce qu'il est l'apprenti de Titus. Et Titus, au même titre que Roan est considéré comme dangereux.
– Oui, mais il est jeune et ne dépasse Gaya en âge que de quelques années.
– Et alors ?
Alie sourit avec mystère.
– Avez-vous déjà été au royaume de la terre, rencontré la famille d'Indra ?
– Non, reconnut Echo.
La métamorphe observa un instant le feu sur sa gauche dans la cheminée et poursuivit :
– La famille royale de la terre a peu de défauts je vous l'accorde, mais il en est un qui les fera accepter Murphy parmi eux...
– Lequel ?
– Le complexe du héros.
– Je ne comprends pas.
– Ils voudront « sauver » Murphy, Gaya la première, et tout ça au nom de l'équilibre de la Magie. Car n'est-ce pas l'argument principale ici ? Si nous faisons tout ça c'est pour que les générations futures ne connaissent pas nos tourments. Qu'elles vivent dans une paix que nous aurons eu la sagesse de vouloir mettre en place... Indra le comprendra comme vous et moi, Gaya également et Murphy connaîtra la douceur de la terre...
– Et l'air ?
–Le royaume de l'air n'a rien à craindre, il possède la porteuse de la Flamme et la gardienne. Clarke n'aura aucune descendance et...
– Justement, comment sera choisi la prochaine porteuse ? S'interrogea Echo.
– Je ne sais pas, reconnu humblement la métamorphe. Mais je suis certaine que les Dieux ont un plan. Pourquoi sinon avoir fait de l'unique héritière du royaume de l'air la porteuse de la Flamme ? Cela dit, si vous voulez être rassurée, je pense que la Porteuse devra être celle au-dessus de toutes les familles royales... Elle seule en aura la sagesse... Grâce à la Flamme, elle pourrait même devenir l'Impératrice des quatre royaumes, laissant cependant les familles royales continuer à gouverner en son nom...
Echo ouvrit la bouche sans qu'aucun son n'en sorte. Son cerveau tentait désespérément de trouver un contre argument, mais l'idée même que la Flamme soit au-dessus de tous était si évidente... Après tout n'était-elle pas déjà au centre de leur monde ? Elle opina finalement à cet argument qu'elle ne pouvait réfuter pendant qu'Alie contemplait avec délectation l'acceptation de son plan sur les traits du lieutenant.
– Je dois pourtant vous avouer, dit-elle, que quelque chose me chiffonne.
Echo l'encouragea :
– Quoi donc ?
– Dante Wallas. Je pense qu'il s'opposera à tout cette idée.
– Pas si c'est pour l'équilibre de la Magie.
– Il pourrait trouver autre chose pour expliquer son refus.
– Comme quoi ?
– Je ne sais pas, mais plus j'y pense plus je me dis qu'il fera tout pour empêcher tout ça. N'oubliez pas qu'il est celui qui apaise chaque famille royale et s'il ne tient plus ce rôle, alors que deviendra-t-il ?
– Il sera encore le directeur d'Elrach.
– Seulement le directeur d'Elrach, releva Alie. Son rôle de diplomate suprême que lui donne son titre de grand prêtre lui sera enlevé...
– Vous avez raison, convint Echo. Mais je ne le vois toujours pas s'y opposer...
Alie se leva et soupira :
– Dante Wallas est le grand prêtre depuis cinquante ans, cela laisse des traces... mais j'espère sincèrement me tromper. Je suppose que l'avenir nous le dira...
La métamorphe contempla le jeune lieutenant toujours assis :
– Alors, quelle est votre réponse ?
Echo sourit avec une certaine suffisance :
– Vous m'avez fait là un beau discours, sans pour autant me dire ce que vous y gagnerez...
Alie lui sourit complice :
– Je savais bien que j'avais raison de vous choisir vous plus que les autres. Rien ne vous échappe, n'est-ce pas ?
– Seriez-vous en train d'essayer de gagner du temps ?
Alie parut peser le pour et le contre et finit par hocher la tête :
– Je veux qu'une fois les contrats d'alliances signés entre les royaumes et la paix inévitable, que tout le monde sache que l'idée vient de moi.
– Pas avant ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Parce que depuis la mort d'Astra, vous me méprisez tous, vous la première. Je veux être blanchie, je veux que l'on sache que mon plan avait à cœur de sauver la Magie, la Flamme et que au-delà de la mort de la porteuse que je servais, je n'ai pas totalement failli à ma mission.
Echo attendit puis demanda :
– Et... ?
L'ancienne gardienne parut énervée qu'Echo comprenne qu'un élément manquait.
– Très bien, oui, je l'avoue ! S'agaça-t-elle. Si je peux au passage me venger de celui qui m'a banni, de celui qui a traîné mon nom dans la boue, eh bien, je ne m'en priverai pas. J'étais la gardienne pas une sainte ! Et si Dante Wallace avait bien joué son rôle, il aurait compris que je n'étais pour rien dans la mort d'Astra !
Echo inspira en souriant.
– Je préfère ça, dit-elle avec sympathie. Au fond, vous êtes comme nous tous... Votre intérêt personnel aussi intervient dans cette histoire.
Alie fit semblant de paraître un peu coupable, puis répéta :
– Alors ?
– Si vous arrivez à faire de moi la reine de l'eau... J'accepterai de convaincre Roan...
Alie sourit heureuse, troublant Echo qui pour la première fois depuis le début de leur entretient se rendait compte que son corps n'était pas indifférent à la femme devant elle.
Alie se garda de l'encourager et la salua poliment :
– Considérez-vous déjà sur le trône...
Echo tourna la tête au son de la porte qui se fermait et regarda son lit, se disant qu'elle ne pourrait pas s'endormir. Roan ne voudrait pas qu'elle revienne cette nuit, il avait besoin de reprendre des forces après leurs heures ensemble et Echo n'avait pas envie d'un homme. Elle se demanda qui pourrait remplacer le roi et réchauffer son lit jusqu'à l'aube puis sourit en pensant à celle qui ne dirait sûrement pas non...
.
Une Nia aux yeux rouges debout devant le grand lit, écoutait le ronflement relativement discret du roi de l'eau. Quand Alie estima qu'elle avait assez attendue, elle s'écria :
– Debout, incapable !
Un Roan, complètement envahi de sommeil se réveilla en sursaut, s'assit sur le lit, regarda autour de lui et croisa enfin le regard dur de l'ancienne reine.
– Mère ?
– Bien sûr ! Qui veux-tu que ce soit ?
Il cligna plusieurs fois des paupières et demanda tout haut :
– Suis-je en train de rêver ?
La reine soupira avec lassitude.
– Évidemment que tu rêves Roan, je suis morte. Comment pourrais-je te parler si ce n'est pas à travers tes propres songes ?!
Il parut encore un peu hébété et observa sa mère de haut en bas. Alie se rapprocha et susurra à quelques centimètres de son visage :
– Je t'ai manqué ?
Il déglutit difficilement en contemplant sa bouche. L'image du corps totalement nu de la reine se matérialisa dans son esprit et il ramena malgré lui le drap un peu plus haut sur sa taille.
Ce geste n'échappa à la métamorphe, comme ce que le jeune roi tentait de cacher. Elle posa une main sur le torse de Roan qui tressaillit, mais ne recula pas. Alie descendit la main et caressa langoureusement ses abdominaux remarquant la respiration saccadée d'un roi toujours aussi immobile. Sa main continua son chemin plus bas, alors qu'elle demandait :
– Echo est toujours ta favorite, non ?
Il hocha la tête, n'osant bouger, remarquant la main se rapprocher du drap qu'il tenait vaguement serré.
Alie agrippa le drap, arqua un sourcil en direction du roi qui lâcha le tissu et le souleva. Roan retint sa respiration et la métamorphe sourit à ce qui s'offrait à ses yeux, regrettant presque de ne pas jouer un peu plus avec sa proie.
Elle recula et jeta le drap sur « son fils » qui, elle le savait, pourrait se sentir encouragé si elle restait trop près de lui à sourire au spectacle de son anatomie dressée, révélatrice de ce qu'il ressentait pour la reine.
Nia s'éloigna en commentant aigrement :
– Alors qu'attends-tu pour l'épouser ?!
– Je... Je...
– Je... je, répéta-t-elle agacée. Crois-tu vraiment que je n'aurais pas approuvé ?!
Le roi ne répondit pas tout de suite, cherchant désespérément son pantalon par terre et ne le trouvant pas, tira sur le drap en se levant pour le nouer maladroitement autour de sa taille, ne voulant pas perdre des yeux ou laisser partir celle qui avait mis tant de temps à venir le revoir.
Alie debout dans la pièce le laissa la rejoindre. Il s'arrêta, maladroitement à moins d'un mètre et précisa :
– Mais elle n'est qu'un soldat...
Nia tiqua.
– Imbécile ! N'ai-je pas accepté votre union quand j'étais encore en vie ? Crois-tu que je n'étais pas au courant que tu la culbutais chaque fois qu'elle était à Azgueda et non en campagne pour moi ?! Si j'avais pensé comme toi, je l'aurais fait tuer ! Echo vaut bien plus à mes yeux que n'importe qu'elle fille d'un des barrons ou d'un chef d'une tribu reculée !
Il fuit le regard furieux de sa mère, rentrant la tête dans les épaules et hocha pathétiquement la tête en signe d'approbation.
Alie décida qu'il était temps d'enfoncer le clou une bonne fois pour toute. Elle s'approcha d'un Roan aux allures toujours penaudes et encore une fois posa une main sur son torse en murmurant à son oreille d'une voix innocente :
– Ne veux-tu pas me faire plaisir, Roan ?
– Si, dit-il d'une voix rauque.
– Ferme les yeux...
Il s'empressa d'obéir. Alie descendit la main et la posa sur celle du roi lui ordonnant silencieusement de se débarrasser du drap encombrant.
A nouveau le souffle de Roan se fit plus court pendant qu'Alie guidant toujours la main du roi continuait :
– Epouse-la et tu feras mon bonheur...
Il gémit quand sa propre main se posa sur son sexe.
– N'est-ce pas ce que tu désires le plus au monde, me combler ? Susurra-t-elle sans bouger la main entourant celle de Roan autour de son sexe, sachant que le prince espérait désespérément qu'elle entame un va et vient.
– Si, répéta-t-il d'un ton suppliant.
Alie ferma les yeux, réalisant qu'elle commençait à se prendre à son propre jeu et murmura : « Alors fais-le » dit-elle d'un ton ferme avant de se transformer en mouche et de fuir la tentation que représentait le roi de l'eau.
Devant le silence qui s'éternisait et la disparition de la pression de la main de sa mère sur la sienne. Roan ouvrit les yeux, attristé d'être seul dans la chambre. Sans se rendre compte qu'une mouche volait quelque part, il regarda sa main toujours dans la même position et se dit qu'il fallait qu'il retrouve Echo au plus vite.
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Echo fut la première surprise de la réaction du roi. Elle ne s'attendait pas à ce que l'ancienne gardienne réussisse l'exploit de faire agir le roi dès le lendemain. Il lui expliqua qu'elle avait eu raison depuis le début, leur amour dépasserait les anciennes lois ou les protocoles. Il comptait annoncer leurs fiançailles à son peuple d'ici la fin de la semaine et ce ne serait pas elle qui s'en plaindrait. Il ne lui restait plus qu'à guetter l'arrivée de la proposition du royaume du feu.
Celle-ci arriva sous les traits du prêtre du feu lui-même, Cage Alexander. Echo assista à l'entrevue qu'il sollicita auprès du roi qui refusa d'un bloc son alliance.
Cage ne parut pas étonné, et après avoir jeté un coup d'œil à la futur reine, qui sous-entendait le rôle qu'elle devait tenir auprès de lui, précisa en laissant le contrat signé sur la table de la salle du trône qu'il restait encore un peu à Azgueda si le roi désirait le revoir.
Echo passa la nuit à le convaincre, comprenant que ce qui gênait Roan n'était pas l'entente mais l'idée même de devoir épouser Octavia. Rassurée par cette information, Echo, maligne, l'amena à lui même énoncer l'échappatoire donnée par l'ancienne gardienne, voyant les traits de Roan se détendre devant le génie de cette proposition qu'il croyait avoir trouvé seul.
Elle l'entendit même marmonner un : « Mère avait raison, tu es parfaite pour moi », persuadée que la présence de sa future femme avait fait éclore en lui une intelligence insoupçonnée.
Cage revint et écouta ce que Roan lui dit. Il ne commenta pas, mais précisa qu'il en parlerait à son roi et lui ferait connaître sa réponse sous peu.
Une semaine passa sans nouvelle et la préparation du mariage avançait.
Lexa se félicitait que son frère ait enfin franchi le pas. Echo était une femme intelligente qui, elle le sentait après plusieurs entrevues entre elles, avait envie de régner en écoutant son peuple et qui saurait glisser à l'oreille du roi quelques bonnes idées si besoin.
La jeune diplomate se préparait pour un voyage au royaume de la terre quand elle apprit que le roi voulait la voir.
Elle se dirigea vers la salle du trône et remarqua la mine réjouie de son frère. Roan n'était pas du genre à sourire, encore moins à elle. Elle se raidit légèrement et demanda :
– Tu voulais me voir ?
– Oui, j'ai une grande nouvelle.
– …
– Un mariage !
Elle le regarda d'un œil vide. Pensait-il vraiment qu'elle n'était pas au courant pour Echo et lui ?
– Tu ne veux pas savoir de quel mariage il s'agit ? L'interrogea-t-il.
Lexa fronça les sourcils puis répondit, ne voyant pas où son frère voulait en venir :
– Si bien sûr, le mariage de qui ?
Le roi Bellamy et la princesse de l'eau, dit-il triomphalement.
Lexa le regarda sans comprendre puis répéta :
– La princesse de l'eau ? Tu veux dire la princesse du feu ? Tout le monde sait que Bellamy a un « petit » penchant pour sa propre sœur...
– Non, Lexa. La princesse de l'eau. Bellamy m'a demandé ta main et j'ai accepté.
La jeune femme recula de quelques pas n'en croyant pas ses oreilles.
– Non, c'est impossible...
– Au contraire, c'est tout à fait possible et ce mariage aura lieu.
– Non, je ne l'épouserai pas, affirma Lexa, se demandant si son frère lui jouait une mauvaise blague.
– Et pourquoi ? Demanda-t-il d'une manière trop douce.
– Je ne le veux pas.
– Et si moi je le veux ? Oserais-tu dire non à ton roi ? Oserais-tu me désobéir.
Lexa ouvrit la bouche pour répondre puis la referma devant le sourire de son frère.
– Tu ne peux pas, sous peine de mort ou de bannissement...
– Je...
Il ne lui laissa pas le temps de continuer.
– Lexa, cette union permettrait de garantir la paix entre nos deux royaumes à tout jamais... Et de protéger la Flamme... Ne veux-tu pas protéger la Flamme ?
L'image de Clarke passa devant ses yeux et Lexa ne comprit pas pourquoi elle souffla un « Si » avec tant de conviction.
– Alors tu feras ce que ton roi exige, tu épouseras Bellamy.
Il n'attendit pas sa réponse et agita la main pour lui signifier que la conversation était close.
Une Lexa ahurie par ce qui venait de se passer marcha comme une automate vers sa chambre et s'arrêta devant une autre pièce, frappant pauvrement à la porte.
Luna vint lui ouvrir et s'inquiéta en voyant l'expression de la princesse.
– Lexa ? Qu'est-ce que se passe-t-il ? Lui demanda-t-elle en la tirant dans la chambre.
La princesse se recentra dans ce décors qu'elle aimait en compagnie de sa meilleure amie et expliqua :
– Roan veut que j'épouse le roi Bellamy...
– Quoi ?!
Luna vint se poster devant elle et chercha son regard en répétant :
– Il veut que tu épouses le roi du feu ?
– Oui.
– Mais pourquoi ?
– Pour consolider la paix entre nos peuples, pour protéger la Flamme...
Luna se tut en réfléchissant, réalisant toute le bien fondé de cette union puis demanda :
– Et que vas-tu faire ?
– Je ne sais pas. Je ne peux pas lui désobéir...
– Sinon il te tueras, ou tu seras bannie du royaume de l'eau, finit à la place Luna.
La chamane regarda Lexa qui n'avait pas acquiescé.
– Tu veux épouser Bellamy ?
– Non !
La virulence de la réponse de Lexa confirma la décision qu'elle avait déjà prise et Luna trancha pour elle deux.
– Alors, il ne te reste plus qu'une chose à faire.
– Quoi ?
– Demander la clémence de la Porteuse elle-même, faire en sorte que la Flamme te pardonne pour ton choix de ne pas la soutenir complètement et de te sacrifier pour elle.
