Ciel poussa un soupir d'aise en entrant dans l'eau brûlante de son bain. Il avait peiné à en supporter la chaleur au départ, mais ça fit tellement de bien à ses muscles endoloris qu'il ne songea même pas à se plaindre. Il avait mal partout, tant aux hanches, qu'au dos, sans parler de ses reins. Il avait même des courbatures dans ses bras et jambes...Pendant un instant il se demanda même si l'équilibre entre le plaisir et la douleur que ça induisait valait le coup, mais il réalisa rapidement que c'était une question stupide qu'il n'avait pas envie de se poser. Pourquoi devait-il être si raide, d'abord ? Il grimaça en songeant au fait que si Sebastian s'était trouvé dans la pièce en ce moment, il aurait sans doute laissé échapper un sarcasme ou deux. Il ne s'était d'ailleurs pas abstenu lorsqu'il était venu le réveiller le matin même et qu'il s'était trouvé face à l'amas de grognements et de complaintes qu'il était à ce moment-là. Comme quoi, le démon s'obstinait à conserver le fragile équilibre entre admiration et profond agacement que Ciel éprouvait à son égard. Ce dernier râla mentalement. Ce qu'il pouvait le mettre hors de lui, dans tous les sens du terme, lorsqu'il le voulait. Il n'eut pas le temps de continuer à tergiverser avec lui même car il fut interrompu par des coups brefs à la porte. Il invita l'importun à entrer d'un ton presque las et tourna la tête pour croiser le regard de Sebastian qui s'avançait vers lui après avoir refermé la porte derrière lui.
« Jeune Maître, une lettre prioritaire est arrivée à l'instant à votre adresse. Elle est cachetée des armoiries de Sa Majesté. » Annonça le démon. Ciel fronça les sourcils et tendit la main, restée sèche car hors de la baignoire. Sebastian approcha le plateau d'argent sur lequel reposait l'enveloppe et le jeune comte s'en saisit immédiatement pour l'ouvrir et lire le message. Plus ses yeux parcouraient le papier, plus son expression s'assombrissait.
« Bon sang... » Marmonna-t-il à la fin de sa lecture alors qu'il reposait la lettre sur le plateau. « Je n'aurais jamais dû m'absenter aussi longtemps. »
Sebastian haussa un sourcil. Bien sûr, songea-t-il, cette réflexion valait bien un "n'était-ce pas ce que je vous avais dit ?" mais il s'abstint. Il devait rester neutre dans ce genre de situations.
« Est-ce en rapport à cette affaire de meurtres ? » S'enquit-il donc d'un ton détaché. Ciel concentra son attention sur lui, presque hésitant, comme s'il jaugeait son expression pour savoir s'il pouvait se risquer à avouer sans s'exposer aux sarcasmes ou aux leçons. Avisant la neutralité de son air, il jugea qu'il pouvait se jeter à l'eau -au sens figuré du terme- peut être que son crétin de démon serait de bon conseil.
« Oui. On dirait que ça s'est aggravé. Les agents de Scottland Yard sont complètement largués, les pistes se dispersent et les victimes s'accumulent... » Expliqua-t-il d'un ton sombre.
« Puis-je ? » Demanda Sebastian en désignant la lettre. Ciel approuva d'un signe de tête et le majordome s'en empara pour la lire.
« Oh...Il semblerait que Sa Majesté la Reine soit également très inquiète à votre sujet, n'est ce pas valorisant ? En l'absence de vos nouvelles Elle a dû songer qu'il vous était arrivé un malheur... »
Ciel détourna la tête, un petit pic de culpabilité venant érafler son cerveau.
« Je ne dois plus La décevoir. » Décida-t-il.
« En effet. »
« Nous devons partir pour Londres dans les plus brefs délais et régler cette affaire une bonne fois pour toutes, Sebastian. »
« Très bien, jeune Maître, je vais faire préparer une voiture. » Obtempéra ce dernier. « Que devons-nous faire de Maître Trancy ? » Demanda-t-il ensuite naturellement. Préoccupé, Ciel ne releva pas l'inhabituelle marque de respect. Il fronça les sourcils, réfléchissant à toute vitesse.
« Va le chercher. Je dois lui parler. » Ordonna-t-il. Sebastian inclina légèrement la tête et tendit une main pour aider Ciel à sortir de l'eau. Ce dernier la fixa d'un air perplexe.
« Qu'est ce que tu fais ? » S'enquit-il, intrigué. Sebastian haussa un sourcil.
« Ne me dîtes pas que vous allez vous sécher et vous habiller seul, j'ai passé l'âge de croire aux miracles. » Dit-il avec flegme. Le jeune Phantomhive se sentit rougir alors qu'une vague de rage remontait en lui, prête à faire siffler ses oreilles. Mais il la contint et détourna la tête.
« N-Non je...Je veux rester encore un peu dans l'eau. »
Le démon se redressa, perplexe puis, lorsqu'il comprit ce qu'il voulait faire et ce que ça impliquait, il sourit. Décidément, il n'était jamais au bout de ses surprises.
« Comme il vous plaira, jeune Maître. » Obtempéra-t-il donc en s'inclinant légèrement avant de quitter la pièce.
