_As-tu déjà rencontré une Promise du nom d'Éleanor ?

Ginny releva le menton de l'ouvrage « Magies Ancestrales » transmis par le Professeur McGonagall, espérant les aider dans leur lutte, et porta son attention sur Harry, installé à son bureau, corrigeant quelques copies.

Elle avait pris l'habitude de venir étudier ici, depuis son accident, espérant pouvoir veiller sur lui. Il était remis sur pied, à son grand damne, et était donc apte à retourner sur le champ de bataille dès que nécessaire. Et elle savait ne rien pouvoir faire contre cela. Il n'avait posé aucune question lorsqu'elle était apparue la première fois, à la fin d'un de ses cours, s'installant face à lui sans dire mot, sortant ses parchemins, sa plume et commençant sans un mot les devoirs qui lui étaient assignés. En réalité, il attendait ce moment toute la journée. Celui où elle apparaissait, relevait ses longs cheveux en un demi chignon lâche et se plongeait, concentré dans ses bouquins.

Elyas lui était réapparu hier soir et lui avait demandé où en était sa recherche. Le jeune Potter lui rappela qu'il avait été légèrement indisponible ces temp-ci, et de ce fait, n'avait pas eu l'occasion de se mettre à sa recherche. Ce à quoi l'apparition lui répondit : « L'occasion se cherche et se saisit. Le temps t'est compté, Élu. Ne l'oublies pas ». Comme si cela lui était possible.

_Non. Qui est-elle ?

Le jeune Potter rempila sa dernière copie et poussa un soupir de soulagement avant de passer une main dans ses cheveux. Un geste suivi par attention par la jeune femme.

_Je ne sais pas grand chose d'elle. C'est Élyas, un des anciens Élus, qui l'a mentionné. Elle détiendrait des informations sur un médaillon portant le sceau de la fée Morgane. Selon lui, ce médaillon nous serait très utile durant cette lutte.

_Et Élyas était son Élu ? Demanda Ginny.

Harry se leva, s'étirant doucement, avant de se poster vers une des grandes vitres face à lui, contemplant un instant la nuit qui se levait, remplaçant peu à peu le crépuscule dorée.

_Non. Il ne se souvient plus du nom de l'Élu d'Éleanor mais il aurait égaré ledit médaillon, ce qui lui aurait coûté l'estime d'Élyas apparemment.

_Dumbledore a-t-il déjà mentionné ce médaillon ? S'enquit la jeune fille en s'avançant lentement vers lui.

Ils se mouvaient par mimétisme. Elle l'avait déjà noté. C'était plus fort qu'eux. Un mouvement répondant à celui du précédent. Elle ne lui en avait jamais parlé mais se doutait bien qu'il l'avait senti également.

Par dessus son épaule, elle pouvait voir les dernières lueurs du soleil caressaient les arbres de la Forêt Interdite, comme si le jour retirait lentement son voile, laissant alors l'obscurité gagnait du terrain.

_Non. C'est la première fois que j'en entends parler, répondit le jeune homme en se tournant vers elle, interrompant sa contemplation.

_Peut-on le croire ?

_ Élyas ? Je suppose. Je ne connais pas encore les origines de ces apparitions. Dumbledore trouve cela normal.

Elle obtempéra, acceptant son explication. Cependant, tout cela lui paraissait bien imprudent. Partir à la recherche d'un objet dont ils ne connaissaient rien, sur la base des dires du fantôme d'un sorcier, lui semblait être exactement la chose à ne pas faire, surtout en ces périodes où Voldemort usait de tous les artefacts possibles pour l'atteindre.

Il perçut son trouble sans qu'elle n'eut à le dire. C'était tout simplement apparu en lui au moment où il s'était dessiné en elle. Il fit un pas vers elle, l'incitant à relever les yeux vers lui, ce qu'elle fit derechef, instinctivement.

_Qu'y a-t-il ?

_Je ne saurais l'expliquer, Harry. Il…Quelque chose me dit que nous sommes en train de faire exactement ce qu'il ait attendu de nous. Comme si…Comme si…nous suivions un scénario préétabli.

_C'est en quelque sorte le cas. Dumbledore nous a parlé de la Providence…

_Oui mais c'est autre chose. Et si nous étions est train de nous fourvoyer ? Si tout cela n'était qu'un piège ? L'interrompit-elle en relevant les yeux vers lui.

Il ne répondit pas tout de suite, cherchant les mots qui sauraient la rassurer mais ils étaient face à une série d'inconnus et lui-même ne maîtrisait pas encore toute l'équation. Et il comprenait son point de vue. Tout cela leur était tombé dessus, soudainement, et ils suivaient le cours des évènements sans réellement pouvoir le contrôler. Il partageait ce sentiment. Cela lui était d'autant plus difficile qu'il n'était pas habitué à accepter de se soumettre si facilement. C'était juste qu'il avait l'impression que c'était la chose à faire. Qu'avec Ginny à ses côtés, il ne risquait rien, qu'il pouvait tout tenter.

Il fit un pas vers elle, levant les doigts vers sa tempe, glissant une des mèches rousses derrière son oreille avant d'empoigner tendrement son cou. Elle pencha légèrement la tête vers ce contact, appréciant sa tentative de réconfort, avant de fourrager dans ses sublimes émeraudes.

_Nous affronterons alors cela ensemble. Ginny, rien n'est clair dans tout cela. Tout ce que je sais c'est que nous devons nous préparer au maximum à ce qui nous attend, quoiqu'il advienne, quoiqu'il nous soit opposé. Nous devons continuer d'aller de l'avant. Et c'est un risque, j'en ai conscience. Et j'aurais aimé que tu n'aies jamais à le prendre. Mais il en a été décidé autrement.

Il se tut un instant afin de lui laisser le temps d'absorber ses propos avant de poursuivre.

_Ma seule certitude réside dans cette force qui nous lie, qui nous permettra d'accomplir ce qui est attendu de nous.

_Tant que nous le pouvons encore, murmura la jeune fille, dans un souffle comme si elle espérait qu'il n'en capte pas tous les mots.

_Que veux-tu dire ?

_Harry…Il nous est offert qu'une seule issue. La mort. Avec un peu de chance, une mort simultanée pour qu'aucun de nous deux n'ait à subir la profonde douleur d'enterrer l'autre…

Elle ne put terminer sa phrase alors que ses yeux s'embuaient des larmes qu'elle aurait tant souhaité contenir mais elle ne pouvait le lui dissimuler. Pas à lui. Il la prit alors dans ses bras, lui permettant d'enfouir son visage dans son cou. Elle enserra sa taille avec toute la force qui lui était permise, et il la laissa faire.

Ils restèrent un moment ainsi, silencieux, laissant les derniers mots prononcés peser tout autour, leur rappelant que chaque instant, celui-ci compris, était unique, leur rappelant leur mortalité, leur vulnérabilité. Le jeune homme se ressaisit le premier, se décalant suffisamment pour pouvoir affronter les prunelles tendres de son amie. Il apprécia un moment la lueur qui y dansait, l'émotion, la crainte qu'elle voulait tant faire taire.

_Je ne peux rien te promettre, Ginny mais j'ai foi en nous, foi en ce qu'il nous est possible de réaliser. Lorsque Dumbledore m'a annoncé que j'étais Élu, j'étais résigné, prêt à faire exactement ce que l'on attendait de moi, sans aucun espoir de survie…Et tu m'as sauvé, Ginny. Tu m'as sauvé dans cette allée. Je ne sais pas où nous allons, mais je sais qu'ensemble, nous y parviendrons.

Il déposa alors un baiser sur son front, scellant ainsi tacitement une secrète promesse.

-A-

Le brouhaha de la Grande Salle lui apporta un sentiment de normalité dont elle avait terriblement besoin en ce moment. Elle se dirigea vers sa maison, identifiant rapidement Neville, riant des échanges qu'il avait avec Dean & Seamus. Elle appréciait un instant l'insouciance qu'ils dégageaient, regrettant de ne pouvoir s'y complaire davantage.

Comme s'il avait sentit son regard, il tourna le menton dans sa direction, lui adressant un large sourire à son arrivée.

_Ginny, mais où étais-tu passée ? Ça fait des heures que je te cherche.

_Je finissais le devoir de McGonagall, répondit-elle en prenant place près de lui.

C'était un demi mensonge. Elle en avait conscience mais ne pouvait en faire autrement. Elle ne pouvait se confier à personne, pour le moment, au risque de se mettre en danger ou pire, quelqu'un qui lui serait proche.

_Je pensais que tu l'avais terminé, hier, s'enquit le jeune homme d'un ton surpris.

Elle s'arrangea pour rester aussi stoïque que possible alors qu'elle se servait du jus de citrouille, ne voulant rien transparaître de son malaise.

_Je voulais rajouter quelques idées, du coup, il m'a fallu creuser davantage.

Neville opina avant de retourner son attention vers ces deux amis, lui permettant de se concentrer sur son assiette. Elle mâcha lentement une pomme de terre, essayant de participer aux conversations ambiantes.

_…Zabini était pétrifié. C'était le meilleur cours de Sortilèges de l'année. Flitwick est définitivement mon héros, s'extasia Seamus.

_Peut-être que ce foutu Serpentard descendra de son piédestal, morigéna Parvati Patil en se rapprochant d'eux.

Elle salua Ginny d'un sourire avant de déposer un baiser sur la joue de Dean à ses côtés. Ce dernier passa un bras par dessus ses épaules avant de s'assurer qu'elle allait bien. Ils s'étaient mis ensemble en début d'année, sans que personne n'eut cru vraiment que cela durerait. La Providence s'était montrée, une fois de plus, plus maline, voyant ce que nul ne parvenait à voir.

_Que t'a-t-il fait ? S'enquit Neville, en se servant une nouvelle fois.

_A part être un cafard misogyne, pas grand chose. Lavande et moi sommes tombées sur lui, en revenant de la Tour d'Astronomie. Il a eu la bonne idée de nous suggérer un plan à trois dans un des placards.

_Quoi ? S'exclamèrent les jeunes hommes en parfaite synchronie.

_Espèce de…, débuta Dean, prêt à se lever pour en découdre avec l'intéressé avant que sa petite amie ne le retienne. Il continua à fusiller Blaise Zabini du regard.

Ginny porta son attention un moment vers ce dernier, le voyant s'esclaffer avec les personnes de sa tablée. Il était sans conteste l'être le plus exécrable qui puisse exister. Enfin, depuis le départ de Drago Malefoy. Elle n'avait eu à le côtoyer que quelques années avant qu'il ne quitte Poudlard lors de l'ascension de Voldemort. Plus personne n'avait eu de nouvelles de lui. Selon Ron, il serait devenu un Mangemort actif qu'il croisait parfois lors des attaques programmées par Voldemort.

_Inutile. Lavande lui a balancé un maléfice de Chauve Furie. Merci Ginny au passage de nous l'avoir enseigné.

_Avec plaisir, répondit cette dernière, en reportant son attention vers elle.

_Il est vrai que Ginny excelle dans ce maléfice, s'esclaffa Seamus, en donnant un coup de coude à Dean au passage.

_Je confirme, répliqua ce dernier, calmé au souvenir du sort que lui avait lancé la jeune Weasley. Il avait réussi à la mettre hors d'elle en la titillant sur sa relation avec Neville. Autant dire qu'après cela, aucun membre de leur maison n'avait osé en faire de même.

_Un remake, Thomas ? Demanda la jeune fille, taquine.

_Je passe, s'exclama-t-il provoquant le rire de la tablée.

-A-

Ce soir-là, elle attendit patiemment que ses camarades de chambre finissent par s'endormir avant de se redresser et de se diriger vers la Salle Commune. Elle trouva celle-ci déserte, le feu ronronnant continuant à diffuser sa chaleur en ces lieux. Elle s'installa alors près du foyer, jetant un coup d'oeil par-dessus son épaule pour s'assurer qu'elle était bien seule avant de se fermer les yeux.

Elle ignorait comment invoquer une promise, préférant laisser son instinct prendre les rennes. Peut-être que si elle pensait suffisamment à elle ? Elle lui apparaîtrait. Généralement, c'était les promises qui venaient à elles. Elle n'avait jamais prémédité ces rencontres et se contentaient de subir les apparitions. Mais aujourd'hui, elle voulait rencontrer Éleanor. Elle devait la rencontrer.

Elle se concentra alors de toutes ses forces sur ce prénom, espérant que quelque chose arrive, apparaisse. Elle percevait le crépitement des flammes à ses côtés, brisant par intermittence le lourd silence qui régnait dans la salle. Il aurait fallu créer un guide sur la manière d'invoquer les Promises. Cela pourrait s'avérer utile ou un manuel de passation transmis à la nouvelle Promise, lui permettant de comprendre les rouages de ce nouveau système. Elle pourrait lancer la tendance. Elle eut un sourire à cette pensée. Comment moderniser la prise en poste de la nouvelle Promise ?

_Une innovation sans aucun doute.

Cette voix la fit sursauter et rouvrir brusquement les yeux. Son coeur tambourinait frénétiquement dans sa poitrine et elle dut le tenir, lui intimant silencieusement de se calmer. Ce qui l'avait tant surprise, n'était pas l'apparition en soit puisqu'elle l'avait invoqué, et s'y attendait plus au moins. Ce qui était étrange était que cette voix était masculine, tout comme la vision qui avait pris sur le fauteuil près d'elle. Il s'agissait d'un jeune homme, d'une vingtaine d'année, vêtu de manière étrange, une sorte de costume Moldu composée de trois pièces. Quelques mèches éparses brunes lui retombaient sur les épaules, constituant un halo sombre, accentué par la cicatrice qui barrait son yeux droit. Cette blessure avait dû être assez profonde puisqu'elle avait rendu sa pupille d'un noir d'encre alors que la seconde était d'un bleu saisissant.

Elle regretta d'avoir laissé sa baguette à l'étage, se demandant ce que pouvait souhaiter l'apparition devant elle. Quelles étaient ses intentions ?

Comme s'il avait lu dans ses pensées, il levait une main en signe d'apaisement.

_Je ne te veux aucun mal. Je suis un Promis.

Ginnu eut du mal à dissimuler son air surpris. Comment avait-elle pu se tromper dans son invocation ? A moins qu'Éleanor soit un homme ?

_Es-tu Éleanor ?

Il partit d'un grand rire ce qui la fit grimacer. Il allait devoir être plus discret s'il ne voulait pas qu'ils soient interrompus. Elle jeta un coup d'oeil derrière lui pour vérifier qu'ils étaient bien seuls avant de reporter son attention vers lui. Il avait changé de position, appuyant sa cheville sur son autre genou. Ce mouvement fit glisser légèrement le col de sa chemise vers la droite, laissant apparaître une marque d'un encre noir, contrastant avec sa peau d'albâtre, le Sceau d'Allégeance. Elle rencontra alors ses prunelles qui la sondaient et sentit ses joues rougir d'avoir été pris sur le fait.

_Mon nom est Raphaël. J'ai vécu au cours des années 30 pendant que ces Moldus se vouaient une guerre sans pareil. Une belle époque, ironisa-t-il en se levant.

Il parcourut la salle, caressant les tapisseries accrochées sur son passage. Il poursuivit son ascension et son récit.

_C'est la première fois que je découvre les quartiers Gryffondor. Classe. J'étais un Serpentard…Enfin, quand tout cela avait un sens.

_Un Serpentard luttant contre la magie noire, ça ne devait pas être aisé, commenta la jeune Weasley.

_C'est un euphémisme. Mais rien ne m'importait à l'époque. J'étais une espèce de paria au sein de ma maison et espérais juste en finir avec Poudlard. Jusqu'à ce que je la rencontre.

Il eut un sourire attendri à cette pensée, un de ses sourires cassés, celui qu'on arbore lorsqu'on a eu à connaître la souffrance assez tôt, assez brusquement. Harry l'arborait parfois. Elle eut une pensée pour lui, en se demandant ce qu'il ferait s'il était là, face à ce personnage. Il laissa un ange passer et elle en profita pour l'encourager à poursuivre.

_Ton Élue ?

Il sembla sortir d'une transe, levant son regard vers elle avant d'opiner lentement.

_Triana. Elle était Médicomage, commençant tout juste son apprentissage et a croisé mon chemin alors que je venais de survivre à un attentat. Elle était…Exceptionnelle. Forte, déterminée, altruiste. Elle pensait devoir se sacrifier pour le bien commun. Et c'est comme cela que je l'ai perdu.

_Que s'est-il passé ?

_Ils l'ont égorgé devant moi… comme un animal. Et je n'ai rien pu faire.

Ses yeux se perdirent alors qu'il revivait le moment, le corps tendu, l'air dément. La jeune femme se leva, s'approchant de lui doucement alors qu'il poursuivait.

_J'ai été faible. Incapable de la protéger. Elle est morte dans mes bras.

Il contempla ses mains, revoyant le corps sans vie de son aimée, le sang qui avait dû y glisser. Il revoyait l'horreur, ressentait la souffrance.

_Nous n'avions jamais voulu cela. Cette mission, cette Providence…Nous n'avions que faire de la gloire. J'avais besoin d'elle, terriblement besoin d'elle. Et ils me l'ont arraché.

Elle aurait voulu avoir un geste réconfortant mais cela n'aurait eu aucun effet sur lui, il n'aurait rien ressenti. Elle aurait voulu dire quelque chose mais ne trouvait pas les mots justes. Elle demeurait à ses côtés alors qu'il retenait de lourds sanglots, que ses yeux s'embuaient et que sa respiration s'accélérait.

_Nous ne sommes que des pions dans cette immense manigance. Nous faisons le boulot et perdons en cours de route ce qui nous est le plus cher. Et c'est ce qui vous arrivera…

Il se tourna vers elle, le visage hanté, laissant transparaître toute la colère, la rancoeur qui le contenait. Il se mit face à elle, plantant son regard dans le sien afin de l'impacter avec chaque mot qu'il prononcerait.

_Ne te fourvoies pas, Ginny. Il n'existe qu'une seule fin. Tu ne connaîtrais aucun fin heureuse avec Harry, quoique tu penses.

_Je ne…

_Inutiles de le nier. Nous sommes liés à nos Élus au delà de cette simple mission. Nos âmes sont liées. Nous vivons avec eux et nous mourrons avec eux. Nous ne sommes qu'une seule et même entité. Ces sentiments qui nous rongent sont à la fois notre plus grande force et notre pire faiblesse. Vouloir vous sacrifier pour l'autre…vous ruinera, tous les deux.

Elle n'aimait pas ce qu'elle entendait. Ce n'était pas ce type de conversation qu'elle voulait avoir ce soir. Elle voulait juste trouver Éleanor et non pas avoir une confirmation crue de leur inéluctable fin.

_Pourquoi me dis-tu cela ? Pourquoi es-tu là ? Je cherchais Éleanor.

_Non, Ginny. Ce n'est pas celle que tu voulais vraiment avoir ce soir. Sinon, je ne serais pas là. Je suis celui qui a échoué et tu voulais me rencontrer. Tu voulais savoir s'il existait un espoir de réussite. Peut-être. Peut-être réussirez-vous à vaincre Voldemort. Nous le souhaitons tous. Mais ne te leurres pas un seul instant. Tu n'auras jamais cette fin heureuse que tu espères parce qu'en libérant le monde des sorciers du sort funeste qui s'abat actuellement sur eux, tu acceptes de t'enchaîner et de le subir à leur place. C'est là, toute la puissance de notre chère Providence. Réussir à te faire croire que tu peux avoir le meilleur des deux mondes. Ce n'est pas le cas. Ce ne sera jamais le cas. Et tous ceux qui viendront te rendre visite, ces Promis & Promises, essaieront par tous les moyens de t'aider, de te fournir les éléments nécessaires à l'accomplissement de ta mission mais nous savons tous que nous te préparons inconsciemment à ta fin et à celle de ton Élu.

Des larmes sillonnèrent les joues de la jeune femme alors qu'elle avait la confirmation de sa plus grande crainte, alors que lui était révélé ce qu'elle avait tant voulu omettre. Et elle les laissa faire. A quoi bon les retenir ? A quoi bon chercher à nier ? En la voyant ainsi, Raphaël émit un soupir, passant une main dans ses cheveux comme Harry l'avait fait tant de fois auparavant, ce qui lui arracha une nouvelle salve de larmes. Cette apparition semblait être un prolepse de ce qui adviendrait sûrement : un fantôme qu'elle ne pourrait jamais toucher, atteindre. Un monde qui les séparerait. Et elle ne pourrait rien y faire.

_Je suis désolé d'être si brut.

_La vérité ne s'en formalise pas…Il ne sert à rien de se complaire dans des mensonges.

_Bon courage, Ginny Weasley.

Il se retira alors comme il était apparu, aussi brusquement et la laissa à ses larmes. Elle ne tint pas sur place et se glissa lentement sur le sol, ramenant ses jambes contre sa poitrine. Elle se plongea dans son giron et laissa éclater sa tristesse.