― (19) ―
Il venait bel et bien de se retrouver attribué le rôle de baby-sitter pour trois adolescents. C'était une plaisanterie ?
Réveillé, par les cris d'Albus et James, Remus avait comme d'habitude attendu d'entendre la voix de Buck leur crier de venir prendre le petit-déjeuner. La voix la moins mélodieuse au monde, ça ne m'étonne pas que sa femme se soit barrée. Tic, tac, tic… Quoi ? Il faisait la grasse matinée aujourd'hui ? Eh, mec, père c'est 24h sur 24. Fais ton Job ! Bouge ton petit cul. Pas si petit que ça, par ailleurs. Qu'est-ce-que tu racontes, Remus ?
Ils vont bien finir par se calmer. Ils vont bien finir…
Ok.
« Pourrais-je savoir ce qui se passe ? C'est quoi ce bordel !
— Pas ton problème ! cria Albus.
— Pas ton problème non plus ! cria James.
— Si c'est mon problème !
— J'ai faim ! dit Lily
— En quoi c'est ton problème ?
— Tu es toujours merlin !
— Tu te mêles de ce qui ne te regarde pas !
— Tu es chiant !
— J'ai faim !
— Va voir tes amis !
— Sans-ami !
— T'es un enfoiré !
— T'es un raté !
— Tu f'ras pas ça !
— J'fais ce que j'veux !
— Serpentard !
— Lionceau de mes deux !
— Il est où papa ?
— T'es un troll !
— Tu vas voir !
— J'ai faim. »
« SILENCIO. SILENCIO. SILENCIO. »
Remus descendit calmement les escaliers, fixant les trois adolescents avec un soupir de soulagement. Est-ce qu'il devait faire le contre-sort ? C'était tentant de les laisser comme ça tant que le père de famille ne revenait pas. Une minute, une minute entière, où les trois adolescents le fixèrent avec hargne enfin unis. Levant le sort, Remus dit calmement.
« On va descendre prendre le petit-déjeuner.
— Même pas…
— Vous préférez peut-être un autre sort, Albus ? »
Attablés les trois adolescents regardaient Remus préparer de quoi se nourrir. C'était la première fois depuis deux ans, qu'ils avaient droit à un repas ne sentant pas le brûlé et les produits industriels. Plutôt heureux de manger un plat potable, ils firent honneur aux omelettes, pancakes et plats préparés. Lily souriait de plaisir, mais les deux autres continuaient à se jeter des regards noirs.
« Alors, quel est le problème ?
— Cet idiot ! Il quitte Hogwarts ! »
Albus jeta un courrier déjà bien chiffonné sur la table. Remus l'attrapa et lu :
« Mon cher enfant,
Je sais les difficultés que vous rencontrez en ce moment et je comprends votre demande. Toutefois, vous n'êtes pas majeur. C'est à votre père de m'informer de votre départ. Je suis dans le regret, de ce fait, de devoir vous informer que vous devrez vous rendre à Poudlard pour clôturer vos études. Je ne contacterai pas votre père pour l'informer de votre demande, mais si je vous conseille, chaudement, de lui en parler. Prenez soin de vous. »
« C'est mon choix !
— Je le dirai à papa !
— Tu n'as pas à fouiller mes affaires !
— C'est la chouette qui frappait depuis des heures devant ta porte ! Tu as qu'à pas l'insonoriser !
— L'insonoriser, se crispa Remus, insonoriser… "J'ai fait une erreur impardonnable, Remus." pourquoi insonorisez-vous votre chambre, James ?
— Parce que j'écoute de la musique pour dormir.
— Menteur ! Tu l'insonorises tout le temps !
— Menteur toi-même ! Tu fouilles toujours mes affaires !
— Tu les laisses tout le temps trainer !
— Vous voulez du silencio ?
— Albus, vous ne devriez pas respecter le choix de votre frère ?
— Quoi ?
— Vous lui avez demandé pourquoi il souhaitait quitter l'école ?
— Parce qu'il est stupide et qu'il abandonne tout !
— Vous êtes inquiet, je le comprends. Ce doit l'être de savoir que votre précieux et admiré grand frère se met en danger.
— Je…, je ne veux juste pas qu'il le fasse à cause de… de…
— Albus, soupira James, je veux juste aider papa.
— Je ne veux pas que tu quittes l'école, murmura Albus.
— C'est ce qu'il y a de mieux…
— Tu as si honte de Rose, Scorpius et moi ?
— Quoi ? Mais non ! Du tout, qu'est-ce qui dis ? »
Tellement compliquée, l'adolescence ! Remus laissa les garçons discuter entre eux. J'étais si inquiet que toi que j'admirais et qui m'était si précieux, tu te mettes en danger et …Arrête de penser. Il jeta un coup d'œil à la pièce et soudainement, il se mit à ranger. Cette maison avait besoin de rangement, de nettoyage, les plantes devaient être arrosées, les tableaux dépoussiérés, les tissus nettoyés, les machines faîtes.
« Faîtes vos chambres.
— Quoi ? Non, mais tu es cinglé de la caboche, mon gars ! Si tu crois qu'on va faire quoique ce soit ! »
Remus jeta un coup d'œil à la chambre d'expériences bactériologiques d'Albus. « On dirait vous n'avez pas rangé cette pièce depuis six mois.
— Deux ans, répondit hargneusement Albus, c'était casse-pieds déjà quand on devait le faire.
— Il va falloir vous y remettre !
— "Si tu faisais au fur à mesure, Albus, tu aurais moins de travail", singea le garçon, nia nia nia, ça m'énervait quand…
— Allons. Ma mère me disait ça aussi et elle avait raison.
— Je déteste ranger ma chambre.
— Je vois et si nous faisions un deal.
— Je range et vous arrêtez de dire que mon père est un taulard !
— Non. Je vais arrêter de faire ça, effectivement et je m'excuse encore une fois pour l'avoir insulté devant vous.
— Devant, derrière, et…
— Je veux dire, de lui avoir manqué de respect, soupira Remus. Et le pire, c'est que je suis sincère.
— C'est quoi votre deal ?
— Je vous aide à ranger, et je vous donne quelques astuces qui m'aidaient à duper mon père et en échange, vous pourriez m'aider à préparer le repas du midi ?
— Oh ! dit Albus, et si vous faisiez un bourguignon végétarien ?
— Euh… ok… t'as la chance, petit, que je sache la recette.
— JAMES ! JAMES !
— Vous ne pouvez pas le laisser trente secondes tranquille ?
— Ce n'est pas possible ! Il a encore insonorisé sa chambre mais…
— Arrêtez de vous énerver pour si peu.
— Vous lui cédez à tout ! Et si quelque chose de grave se passait ici ? Ou derrière la porte ? Si quoique ce soit de grave se passait ?
— Ce n'est qu'un sort d'insonorisation.
— Il n'apprendra jamais rien ! JAMES ! »
« Remus, tu te souviens ? Tu m'avais dit qu'il n'apprendrait rien, que je ne devais pas insonoriser la pièce. Que je ne devais pas… Remus, tu avais raison. Je suis désolé. Désolé. Je dois te di… Je ne peux pas. Je ne peux pas. Remus. J'ai fait quelque chose d'horrible à Sirius. J'ai fait quelque chose d'horrible et je ne pourrai jamais retirer ce sort d'insonorisation que j'ai jeté. »
« Albus… je lui parlerai.
— Pardon ?
— Cessez de vous fâcher, je parlerai à James !
— Vous ? dit douteux Albus.
— Oui, allons ! On va s'occuper de cette chambre ? »
Usant de sa baguette, Remus fit venir à lui plusieurs assiettes de croques-fromages tous avariés, certains en état de décomposition si avancé que Remus devinait juste que c'était ça car c'était la seule chose que Siri… Buck savait faire. Sirius aussi, d'ailleurs. Des croques-fromages et les trifles. Et encore, il arrivait à brûler les premiers… alors que les seconds…
Ce type… il est ce que serait Sirius, s'il n'avait fait le choix de l'homosexualité.
Sois honnête, Remus.
Ce n'est pas l'homosexualité le problème.
Sa sexualité débridée ?
Même pas.
C'était toi.
Cela a toujours été toi.
Ce type est ce que serait Sirius, si je n'avais pas détruit sa vie.
Cet endroit était l'enfer du paradis qu'il avait détruit.
