Chapitre 25 : Vivre ou mourir
La vie est faite de choix : oui ou non ; continuer ou abandonner se relever ou rester à terre… Certains choix comptent plus que d'autres : aimer ou haïr ; être un héros ou un lâche ; se battre ou se rendre ; vivre ou mourir… Je vais le répéter une dernière fois pour ceux qui en douteraient encore : la vie est faite de choix. Vivre ou mourir, le choix le plus important, mais la décision nous appartient rarement.
- Dereck Shepherd, Grey's Anatomy
- Hermione… non…
C'était à peine un murmure. Severus réussit à bouger une jambe péniblement. Puis une deuxième. Et il se précipita au sol, à côté de la baignoire. Il plongea ses bras dans l'eau pour attraper le corps de la jeune femme. Il la tira et la fit glisser hors de l'eau. Il l'entoura de ses bras et la coinça contre lui au sol, se fichant bien de l'eau rouge qui humidifiait et tachait ses vêtements.
La première chose qui le frappa fut son immobilité. Elle ne bougeait pas. Elle ne respirait même pas. Le silence de son cœur était pesant. Et elle était froide, glacée même. Aussi froide que la mort.
Il parcourut son corps nu des yeux pour chercher la raison du sang qui s'était répandu dans la baignoire. Il laissa ses doigts glisser le long des marques rouges et profondes que ses ongles avaient faites dans ses paumes. Il remarqua les marques qui zébraient son ventre, rouge très clair, signe de l'ancienneté qu'elles avaient. Rien de ça n'expliquait le sang. Mais il n'en trouva pas la cause.
Severus inspira profondément, pour ne pas laisser la panique l'envahir. Pour ne pas se perdre dans le chagrin. Il se releva en gardant la jeune femme dans ses bras. Il se rendit droit dans la chambre qu'il avait occupée pendant plusieurs mois et la déposa sur le lit. Ce lit dans lequel ils avaient partagé de nombreuses nuits et tellement plus. Ce lit dans lequel elle reposait à présent, immobile et nue.
Repoussant mentalement les souvenirs douloureux, il recouvrit son corps froid du drap posé sur le lit. Pour la réchauffer. Et pour que la jeune femme paraisse moins fragile.
Il ne voulait pas croire que la jeune femme pouvait être morte. Il ne voulait pas croire qu'elle ne respirait plus. Il ne voulait pas croire qu'il ne la verrait plus jamais rire ou même pleurer. Il ne voulait pas le croire. Et surtout il ne voulait pas y penser. Parce qu'il sentait qu'il allait perdre tous ses moyens et qu'il ne pouvait se le permettre. Pas s'il voulait la sauver.
Il envoya un patronus à Mrs Pomfresh pour lui ordonner de venir de toute urgence. Il lança un premier sort de diagnostic sur la jeune femme étendue sur le lit en attendant l'infirmière.
Celle-ci arriva une minute plus tard, bien que Severus eût l'impression qu'une éternité était passée. Poppy jeta un sort de silence sur le poste de radio dont la musique s'échappait toujours. Elle rejoignit ensuite immédiatement Severus.
- Que s'est-il passé ? questionna la femme.
- Je ne sais pas. Elle était dans la baignoire. Il y avait du sang partout mais elle n'est pas blessée.
La voix de Severus était faible. Bien trop. Mais il ne s'en inquiéta pas. L'infirmière n'y fit pas plus attention. L'urgence était bien trop présente. Poppy s'approcha du corps d'Hermione.
- Je vais l'examiner, peut-être devriez-vous sortir Severus…
- Ne soyez pas ridicule Poppy, je l'ai amenée là et vous allez avoir besoin d'aide pour la soigner, je ne pense pas qu'il soit important de préserver son intimité alors qu'elle est presque…
Il n'arriva pas à finir sa phrase. Il ne voulait pas le dire à voix haute. Il avait peur de rendre tout ça bien trop réel. L'infirmière soupira avant de soulever le drap pour lancer plusieurs sorts de diagnostic sur Hermione.
- Elle s'est noyée, son cœur s'est arrêté, elle a de l'eau dans ses poumons et elle est en hypothermie.
- D'où venait le sang ? demanda Severus que la question hantait.
- Miss Granger était enceinte, Severus. Elle a fait une fausse couche, d'où le sang que vous avez trouvé.
Severus hocha la tête, sans bien savoir ce qu'il ressentait face à la nouvelle. Il n'était pas sûr de réussir à ressentir réellement quelque chose avant de savoir si Hermione allait survivre. Son inquiétude pour la jeune femme prenait beaucoup trop de place dans son cœur et dans son esprit.
Sur ordre de Poppy, il partit dans le laboratoire chercher plusieurs potions qui étaient restées là suite à la fin de la guerre. Il remonta en vitesse, ayant peur de quitter Hermione des yeux trop longtemps. Comme si elle risquait de disparaître pour toujours s'il n'était pas là pour la surveiller et l'en empêcher.
Les deux adultes firent glisser les potions dans la gorge de la jeune femme et la malaxèrent pour qu'elles pénètrent dans son organisme. L'infirmière se plaça ensuite à côté du lit, au niveau du torse de la jeune femme et commença une longue incantation visant à faire repartir son cœur, s'il n'était pas déjà trop tard. Severus se décala vers les pieds du lit et il enchaîna plusieurs sortilèges visant à réchauffer Hermione.
Son regard n'avait de cesse de faire des allers-retours vers le visage et le torse de la jeune femme. Il espérait, à chaque seconde, voir sa poitrine se soulever, son visage tressaillir. Il espérait mais rien ne venait. Plus le temps passait, plus la voix de l'infirmière se faisait faible tandis qu'elle s'épuisait à s'acharner. Lui-même sentait ses forces le quitter peu à peu. Ils ne pourraient pas tenir le rythme bien longtemps. Ils n'avaient aucune idée du temps qu'avait passé Hermione sous l'eau.
Au bout de trente minutes de ce traitement, Poppy commença à vaciller. Severus, qui s'était déplacé pour pouvoir réchauffer l'ensemble du corps d'Hermione à coups de sortilèges, retint l'infirmière alors qu'elle manquait tomber au sol d'épuisement. Celle-ci le remercia d'un signe de tête.
- Je crains qu'il ne soit trop tard…
Severus lança un nouveau sort de réchauffement. Il se tourna vers Poppy.
- Je peux vous remplacer encore un peu. Sa température corporelle est remontée à des valeurs normales, on ne peut pas abandonner maintenant.
- Severus, ça fait déjà bien longtemps qu'on essaye. On aurait dû voir au moins un signe…
L'homme ne l'écouta pas. Il ne voulait pas l'entendre. Il ne pouvait pas l'entendre. Parce qu'il n'était pas sûr de pouvoir continuer à rester debout si ses paroles l'atteignaient et prenaient sens dans son esprit. Il commença la longue litanie que Poppy avait énoncée pendant de longues minutes. Il guida toute sa magie pour essayer d'atteindre le cœur de la jeune femme étendue devant lui. Il ne pouvait pas l'abandonner. Il l'avait déjà bien trop souvent fait dans le passé.
Leur relation était compliquée. Mais il n'imaginait pas qu'elle puisse tout simplement disparaître de la surface de la terre. Le monde n'aurait plus aucun sens sans elle. Parce qu'elle avait réellement marqué sa vie, bien plus qu'il ne l'aurait jamais pensé. Et parce que l'idée de la perdre lui paraissait inconcevable.
Il se rendait compte à quel point il tenait à elle. Bien plus qu'il ne se l'était jamais avoué. C'était loin de n'être qu'une passade. C'était loin de n'être qu'un attachement. C'était de l'amour pur et dur qu'il ressentait actuellement pour elle. Un amour inconditionnel, comme il n'en avait jamais éprouvé. Il lui semblait qu'il dépassait même tout ce qu'il avait pu un jour ressentir pour Lily. Peut-être parce que cet amour-là s'était perdu dans le temps alors que ce qu'il ressentait pour Hermione était bien présent. Ça ne pouvait pas s'arrêter ainsi, pas comme ça.
- Severus ! Severus arrêtez !
Une main se posa sur son bras, le détournant de ses pensées et de la litanie qu'il marmonnait comme un automatisme. Il releva les yeux vers l'infirmière qui le poussait pour le faire reculer de devant le lit. Il voulut résister avant de réaliser qu'il n'en avait plus la force. Il ne savait pas combien de temps il avait continué le sortilège, mais il sentait que toutes ses forces avaient été aspirées dedans.
Il fit un pas vacillant en arrière et regarda l'infirmière se positionner devant Hermione. Il voulut protester, lui indiquer qu'il pouvait continuer le sort, qu'il ne pouvait pas la laisser tomber, qu'il était prêt à mettre toutes ses forces pour la sauver, quitte à risquer sa propre vie. Il n'en eut pas l'occasion.
Dans le silence de la pièce, il avait entendu un souffle. Et une seconde après, Hermione se penchait sur le côté pour tousser et recracher l'eau qui obstruait ses poumons. Severus eut l'impression de respirer pour la première fois depuis longtemps. Il s'appuya contre le mur situé derrière lui, tandis que son corps tremblait d'épuisement.
Hermione avait l'impression que sa gorge était en feu, tout comme ses poumons tandis qu'elle toussait encore et encore. Elle finit par se laisser retomber sur le matelas, la respiration sifflante. Elle se sentait particulièrement faible. Elle laissa son regard parcourir l'espace autour d'elle. Il ne lui fallut que quelques secondes pour reconnaître la chambre qui avait été celle de Severus dans la maison.
Elle se souvenait avoir fui Poudlard pour se réfugier au 12 Grimmauld Place. Parce qu'elle avait recherché un endroit dans lequel elle se sentirait en sécurité. Elle se souvenait avoir essayé de faire taire les rires de Bellatrix et de Malfoy qui la hantait. Elle se souvenait avoir voulu éloigner les ténèbres peuplées de cauchemars qui tournoyaient dans son esprit.
La jeune femme serra ses poings par réflexe. Ses ongles s'ancrèrent dans les marques qu'ils avaient déjà faites dans ses paumes. Elle accueillit la douleur que cela provoqua avec soulagement. Une main se posa sur la sienne. Elle releva les yeux vers l'infirmière qui la força à rouvrir ses poings. Elle n'eut pas la force de résister et elle poussa un profond soupir en l'entendant marmonner un sort qui effaça les marques dans ses paumes.
Son attention fut détournée par un mouvement derrière l'infirmière. Son regard se planta dans celui de Severus. Elle sentit son cœur s'accélérer. La vision de l'homme fit remonter à la surface les événements qui avaient eu lieu dans les cachots. Sa respiration s'accéléra à son tour tandis qu'elle ne parvenait pas à détourner les yeux de l'homme. Elle ne le voyait pas vraiment. Mais les ombres de ses cauchemars se matérialisaient devant elle.
- Severus, allez prévenir tout le monde que nous l'avons retrouvée. Il vaut mieux que miss Granger passe la nuit ici afin d'éviter tout désagrément potentiel à cause du transport. Il faudra trouver quelqu'un pour la surveiller.
Hermione entendit à peine les paroles de l'infirmière. Elle suivit des yeux l'homme qui s'éloigna lentement, sa posture légèrement voutée reflétant la fatigue qu'il éprouvait. Elle eut soudain terriblement envie de le rappeler auprès d'elle. Pour qu'il ne la laisse pas de nouveau seule avec ses démons.
Elle n'était pas bien sûre qu'il soit la cause ou la solution à ses visions cauchemardesques et ses souvenirs douloureux. Parce qu'il l'avait abandonnée plus d'une fois, la laissant seule ou l'empêchant de se venger. Mais aussi parce qu'il avait été présent à ses côtés de nombreuses fois quand elle avait eu besoin de quelqu'un pour veiller sur son sommeil, pour ne pas finir folle. Parce qu'elle le haïssait pour la façon dont il avait réagi et parce qu'elle tenait toujours beaucoup trop à lui.
- Miss Granger ?
Elle tourna sa tête vers l'infirmière.
- Vous allez passer la nuit ici miss pour éviter tout problème lié au transport. Est-ce que vous pouvez me dire ce qu'il vous est arrivé ?
La voix de l'infirmière était douce. Pour autant, Hermione percevait clairement les reproches sous ses quelques mots. La femme n'aimait pas que ses patients se permettent de disparaître sous sa responsabilité. Hermione n'osa pas croiser son regard. Elle ne savait pas plus quoi lui répondre. La femme reprit la parole après quelques secondes de silence.
- Nous en reparlerons demain matin, concéda-t-elle.
Ensuite, la femme aida Hermione à enfiler un tee-shirt et un pantalon qu'elle avait trouvé dans le placard de la chambre. Hermione reconnut sans mal les affaires que Severus avait portées lorsqu'ils étaient dans la maison et qu'il avait dû abandonner derrière lui.
- Pour votre information, vous vous êtes noyée, reprit l'infirmière lorsqu'Hermione fut de nouveau allongée. À la moindre difficulté respiratoire, il faudra prendre la potion violette sur la table de nuit, c'est bien compris ?
Hermione hocha vaguement la tête.
- Vous avez également fait une fausse couche, miss.
Par un réflexe conditionné par des milliers d'années d'évolution, Hermione porta l'une de ses mains à son ventre dans un geste protecteur, bien inutile à présent. A ses côtés, elle perçut distinctement le soupir que poussa l'infirmière mais elle n'y prêta pas attention.
Elle avait voulu se débarrasser de cet enfant depuis qu'il était apparu. Elle n'avait toutefois pas pensé que ça se passerait comme cela. Était-ce à cause de sa noyade ou de Malfoy ? Elle n'était pas sûre d'avoir envie de connaître la réponse à cette question. Dans tous les cas, c'était bien trop loin de la mort propre qu'elle avait voulu lui donner, même si le résultat restait le même. Et elle aurait été bien incapable d'expliquer pourquoi ça lui semblait aussi important.
Snape revint dans la chambre à ce moment-là. Elle n'osa pas porter son regard sur lui. Elle avait peur de ce qu'elle y verrait.
- J'ai réussi à contacter Minerva. Nous avons convenu que je resterai ici cette nuit avec Miss Granger pour la surveiller. Elle vous attend à Poudlard pour avoir votre rapport.
- Merci Severus.
Les deux adultes sortirent quelques minutes, laissant Hermione seule dans la chambre. Severus raccompagna Pomfresh jusque dans le salon en silence, jusqu'à ce que la femme se retourne vers lui, un air incertain sur le visage.
- Essayez de la faire parler un peu si possible et surtout, surveillez-là bien. Je ne peux pas lui donner de potion de sommeil sans rêve à cause du traumatisme qu'à subi son corps donc la nuit risque d'être compliquée et longue. Au moindre problème, appelez-moi immédiatement.
Severus hocha simplement la tête sous le regard perçant de l'infirmière.
- Je ne suis pas sûre que la laisser avec un homme soit la meilleure idée après ce qu'elle vient de traverser mais bon… Vous étiez là à son retour du Manoir Malfoy, sans doute cela pourra-t-il lui rappeler qu'elle est en sécurité. Essayez tout de même de vous reposer, posez un sortilège sur la chambre qu'elle occupe. Vous avez aussi besoin de repos après ce que vous avez fait. Peut-être serait-il mieux de trouver quelqu'un d'autre…
- Ça va aller, grogna Severus.
L'homme avait presque l'impression d'être de nouveau adolescent sous le regard perçant de la femme et la sensation était plus de désagréable. Poppy le scruta pendant quelques secondes supplémentaires avant de finalement se détourner avec un hochement de tête.
- Trouvez-vous quelque chose à manger aussi, ajouta-t-elle tout de même avant de disparaître dans les flammes vertes.
Severus grimaça en fixant les flammes avant de se diriger vers la cuisine. Bien évidemment, étant donné l'identité du propriétaire des lieux, il trouva davantage d'alcool que de nourriture solide dans les placards. Soupirant, il attrapa une boîte de gâteaux et l'ouvrit avant d'en porter un à sa bouche.
Il n'avait pas spécialement faim et le gâteau avait un goût de cendres dans sa bouche. Pour autant, il se força à en avaler trois avant d'envoyer le paquet voler à travers la pièce. Il avait besoin de forces mais il était bien trop chamboulé pour parvenir à se nourrir davantage.
Détournant rapidement les yeux d'une bouteille de whisky-pur-feu pour ne pas se laisser aller à la tentation, il reprit finalement le chemin de l'étage. Arrivé sur le pallier, il se dirigea d'abord vers la salle de bain.
Il avait conscience de retarder le moment où il retrouverait Hermione mais il avait besoin de quelques minutes pour se reprendre avant de pouvoir lui faire face. Ses émotions étaient en vrac, ses pensées tournaient en tous les sens dans son esprit, ses barrières mentales étaient dangereusement fébriles.
Il avait eu peur, pour la première fois depuis longtemps. Il avait été terrorisé, effrayé, paniqué. Et encore maintenant, ces sentiments ne voulaient pas s'éloigner. Son cœur était toujours serré, ratant parfois un battement. Sa respiration erratique reflétait la fatigue qui étreignait son corps. Il se sentait épuisé, vidé. Et il avait peur de retrouver Hermione, peur qu'elle ne veuille pas lui parler et peur de ce qu'elle pourrait lui dire dans le cas contraire.
Lorsqu'il pénétra dans la salle de bain, il marqua un temps d'arrêt devant la vision de la baignoire encore remplie de liquide rouge. Il revit de nouveau la main blanchâtre pendre sur le rebord et retint avec peine un haut le cœur. Il n'arrivait pas à croire ni à comprendre comment les choses avaient pu dégénérer comme elles l'avaient fait.
D'un coup de baguette, il vida le contenu de la baignoire en secouant la tête pour essayer de se reprendre un minimum. Il s'observa ensuite dans le miroir et passa de l'eau sur son visage que des traces de sang tâchaient par endroits. Un rapide sort plus tard, ses habits étaient de nouveau immaculés. Comme si rien n'était arrivé. Ou presque. Parce que son regard reflétait toute la peur qui l'avait étreint et que ça, ce n'était pas habituel. Il avait presque du mal à reconnaître son reflet.
Quand était-il devenu cet homme fatigué, aux traits tirés et au regard apeuré ? Quand avait-il cessé de laisser les événements couler sur lui sans leur permettre de l'atteindre ? Quand est-ce que les brèches de son esprit étaient devenues si énormes que la moindre petite émotion qu'il pouvait ressentir transparaissait clairement sur son visage ?
Il s'était habitué à s'enfermer derrière ses murailles, parfois tellement profondément qu'il ne ressentait presque plus rien. Il s'était forgé une coquille et n'avait même pas eu conscience des craquelures qui étaient apparues au fil du temps, à mesure qu'il se rapprochait d'Hermione et de Sirius. Il ne se reconnaissait plus et il n'arrivait même pas à le regretter. Ce qui le rendait encore plus perplexe.
Attrapant une serviette, il s'essuya le visage en soupirant avant de la reposer, soigneusement pliée, sur le petit meuble à côté du lavabo. Un dernier regard circulaire dans la pièce lui confirma qu'il n'avait plus rien à y faire et il se décida à ressortir. Il était temps de retrouver Hermione. Il était temps d'arrêter de fuir et d'être là pour elle. Il était temps de laisser derrière lui l'homme solitaire et irascible pour devenir celui dont elle avait besoin.
Il pénétra dans la chambre en silence et referma la porte derrière lui. Allongée dans la même position que lorsqu'il était parti, Hermione ne bougea pas d'un pouce, les yeux rivés sur le plafond.
Elle avait failli mourir. Tout avait failli être fini. Et elle se sentait si vide.
Severus se débarrassa de sa sur-robe et de ses chaussures avant de venir s'asseoir, en chemise et pantalon, sur le lit à ses côtés, appuyant son dos contre la tête de lit.
- Tu ne devrais pas… Si quelqu'un revenait…
La voix d'Hermione était rauque. Elle toussa quelque peu et sentit Severus bouger légèrement pour poser un regard inquiet sur elle. La brune garda les yeux rivés sur le plafond.
- Personne ne va revenir.
- Comment m'avez-vous retrouvée ?
- Sirius te connaît mieux que tu ne le penses.
Un silence s'installa quelques secondes avant que l'homme n'ose continuer.
- Comment te sens-tu Hermione ?
La jeune fille considéra quelques instants sa question, incertaine de la réponse à y donner. Contrairement à ce qu'elle avait pensé, malgré le fait que Severus lui ait volé sa vengeance et l'ait forcée à revenir à la vie, elle n'était pas en colère contre lui. Elle était simplement lasse. Peut-être était-ce le souvenir de sa presque mort qui lui permettait de relativiser les choses.
Elle s'était sentie tellement sereine et libérée qu'elle avait moins peur à présent. Parce qu'elle savait que, si les choses dérapaient encore, si elle ne parvenait pas à surmonter tout ça, si les ténèbres devenaient trop envahissantes, elle pourrait facilement retrouver cet état. Et au final, aussi égoïste que ce soit pour tous ceux qui tenaient à elle, cette porte de sortie la rassurait.
- Est-ce que tu sais ce qu'il m'est arrivé ?
- Oui, grogna l'homme en retour.
Oui il savait, beaucoup trop même. Il regrettait presque d'avoir fouillé l'esprit de Malfoy. Parce que les images le hantaient à présent et qu'il se sentait terriblement impuissant face à tout ça.
- Quel effet cela te fait-il ? demanda Hermione en posant finalement son regard sur l'homme à ses côtés.
La question prit Severus au dépourvu. Il n'avait pas réfléchi à tout ça encore. Il n'était toujours pas certain de ce qu'il ressentait par rapport au fait qu'elle ait été enceinte de lui. Il ne savait pas le moins du monde quoi penser du fait qu'elle ait perdu le petit et encore moins du fait qu'elle ait été agressée par Malfoy.
Toute la journée, il avait été en colère contre Malfoy et contre lui-même. Mais quand il avait serré le corps froid d'Hermione contre lui, toutes les émotions autre que la peur l'avaient déserté. À présent, il ne savait plus quoi penser. Il ne savait pas quoi lui répondre. Et il n'était pas habitué à parler de ce qu'il ressentait.
- Qu'est-ce que cela te fait à toi ? éluda-t-il.
Hermione eut un petit rictus amer avant de reporter son regard sur le plafond. Un long moment de silence passa.
- Ça me brise le cœur que tu ais eu à subir tout ça Hermione, murmura finalement Severus dans un soupir, sentant que la jeune femme se refermerait sur elle-même s'il ne répondait pas à sa question. Ça me donne envie de te venger. Ça me donne envie de te prendre dans mes bras et de ne plus jamais te lâcher, pour te protéger du monde… et de toi-même…
Hermione avait reporté ses yeux sur le visage de l'homme, un petit sourire triste aux lèvres.
- Mais rien de tout ça n'est possible n'est-ce pas…, souffla-t-elle. Rien n'est jamais possible avec vous deux… Sauf quand on était ici, tout était tellement plus simple…
- Presque…, soupira Severus en la regardant d'un air sérieux. Mais ce n'était déjà pas simple de te protéger de toi-même à ce moment-là…
Hermione sourit légèrement. Elle comprenait très bien où voulait en venir l'homme. Ils l'avaient trouvée plus d'une fois, terrifiée par ses cauchemars. Surtout Severus. Elle s'était servie d'eux pour essayer de se reconstruire et oublier les démons qui la hantaient. Elle avait fait de même à Poudlard, dès qu'ils l'avaient laissée de nouveau s'approcher d'eux. Mais elle s'était trop rapprochée d'eux. Surtout de Severus. Et encore une fois, elle avait tout fait capoter.
Encore une fois les conséquences désastreuses que tout cela pouvait avoir s'étaient révélées à ses yeux et elle en avait eu peur. Pas pour elle, mais pour eux.
Ce n'était pas vraiment de sa faute. Pas entièrement en tout cas. Severus avait sa part de responsabilité. Ça ne faisait pas grande différence. Elle s'était finalement retrouvée seule de nouveau. Et toutes ses souffrances et peurs avaient tendance à s'emparer de chaque morceau de son âme lorsqu'elle était seule.
Elle avait tant voulu échapper à ses cauchemars qu'elle avait failli échapper à sa propre vie.
Elle n'avait pensé à rien dans la baignoire. À présent, elle se sentait quelque peu coupable. Coupable et en même temps déçue. Déçue de ne pas avoir pu rester dans les ténèbres qui l'avaient accueillie et où plus rien ne pouvait l'atteindre. Déçue et encore plus coupable de ressentir ce qu'elle ressentait.
Parce qu'elle imaginait parfaitement à quel point ça avait dû être pénible pour Severus de la retrouver. Toute l'inquiétude qu'il avait ressentie et qu'il ressentait toujours apparaissait clairement sur son visage, d'ordinaire si impassible.
- À quoi penses-tu Hermione ? Regrette-tu ton geste ou regrette-tu d'avoir été sauvée ?
La voix de Severus était douce, compréhensive. Hermione croisa son regard quelques secondes. Elle chercha dans le noir de ses yeux la réponse à cette question. Parce qu'elle ne savait quoi choisir.
- Un peu des deux, je pense..., avoua-t-elle.
Severus soupira en fermant les yeux quelques instants. Il avait du mal à supporter voir la jeune femme ainsi, aussi apathique, aussi vide, aussi hantée. Il ne savait que faire pour l'amener à reprendre le dessus. Peut-être avait-il eu tort de s'acharner pour la sauver. Il avait été tellement égoïste. Peut-être aurait-il mieux fallu que la jeune femme y reste. Elle n'aurait plus eu à souffrir ou à avoir peur à chaque minute. Mais il n'avait pas pu. Et à présent, il ne pouvait se résoudre à l'abandonner.
- Hermione…, commença-t-il avant de marquer une pause, pas certain de la façon dont il voulait finir sa phrase. Promets-moi de ne pas recommencer.
Un reflet de souffrance passa dans les yeux d'Hermione. La jeune femme détourna le regard. Elle n'avait pas envie de promettre une telle chose. Parce qu'elle savait qu'elle ne pourrait pas la tenir si elle se retrouvait de nouveau seule, hantée par ses démons. Et parce qu'elle savait qu'elle se forcerait à la tenir pour lui si elle le lui promettait. Même si elle devait en souffrir encore plus.
- Hermione, regardes-moi…, demanda Severus en se tournant vers elle et en attrapant son menton d'une main. Promets-le-moi et je te promets de ne plus t'abandonner… Quoi qu'il se passe…
Leurs regards s'accrochèrent. Hermione décelait tout l'attachement que l'homme ressentait pour elle dans ses paroles. Elle n'en oubliait pas moins la situation. Elle ne voulait le forcer à faire une promesse qu'il ne pourrait tenir. Surtout en sachant qu'ils en souffriraient tous les deux.
- Je ne suis qu'une élève Severus. Je dois l'être. Tout cela est bien trop dangereux.
- Tu sais très bien que c'est faux. Tu n'es plus juste une élève depuis longtemps. Je croyais qu'on avait déjà parlé de ça.
- Oui… et puis je suis tombé enceinte.
- Et tu as commencé à fréquenter Nott, ajouta Severus sans pouvoir s'en empêcher, sans bien savoir non plus pourquoi il mettait ce sujet sur la table.
- Tu sais très bien que Nott est loin d'être intéressé par moi tel que tu le sous-entends, soupira Hermione.
- Peut-être, mais ça n'en est pas moins douloureux de te voir l'embrasser en plein milieu de la grande salle.
- J'ai fait ce qu'il fallait pour éviter les questions. Je peux me débrouiller seule. Il le faut si l'on ne veut pas se retrouver de nouveau dans une situation inconvenable et dangereuse.
- Tu es incapable de te débrouiller seule ! s'énerva Severus.
- C'est bien pour ça que je ne peux pas te promettre ce que tu voudrais tant entendre…, souffla Hermione. On ne se sauve pas mutuellement, Severus, on ne fait que se détruire un peu plus à chaque fois. Ça n'en vaut pas la peine.
Le cœur de Severus se serra tant qu'il eut l'impression qu'il allait tout simplement s'arrêter de fonctionner d'une seconde à l'autre. Les paroles d'Hermione étaient terriblement dures à entendre et encore une fois, il ne put que se demander s'il avait pris la bonne décision en s'acharnant pour la sauver.
- Hermione, s'il-te-plaît…
C'était une supplique bien douloureuse à entendre aux oreilles de la jeune femme. Elle savait qu'elle le blessait ainsi. Elle sentait que ce serait pire pour eux deux si elle faisait ce qu'il lui demandait. Parce qu'elle ne pensait pas réussir un jour à surmonter tout ce qu'elle avait vécu. Et que les souvenirs des ténèbres dans lesquels elle avait sombré dans le bain étaient si attirants, tandis que toute douleur l'avait quittée.
Hermione se tourna sur le côté, face à Severus. Elle plaça sa main contre sa joue en une douce caresse. L'homme tendit ses bras en retour et l'attrapa avant de la tirer vers lui. Une seconde plus tard, Hermione était blottie dans les bras de Severus. Elle cala sa tête contre le torse de l'homme, écoutant les battements de son cœur résonner dans sa poitrine.
Il respirait fort. Son cœur battait fort. Elle serra ses bras autour de lui, ignorant les fourmis qui commençaient à envahir celui se trouvant sous l'homme. Elle ne pouvait lui promettre ce qu'il voulait. Elle pouvait au moins essayer de le rassurer ainsi, même si elle savait que ça ne serait pas suffisant. Ça lui permettait aussi de se rassurer elle-même quelque peu au passage.
- Tu es bien plus qu'une élève pour moi Hermione… Tellement plus…, chuchota l'homme.
- J'aimerai tant pouvoir l'être…, murmura Hermione en retour.
- Fuyons. Partons loin d'ici où personne ne nous connaîtra. Où le passé ne nous poursuivra pas.
- C'est impossible Severus. Mon passé est dans mon esprit. Il me suivra où que j'aille. Et puis tu sais très bien que notre relation ne serait pas complète sans Sirius. Où que nous allions, nous ne pourrions jamais vivre tel que nous le voudrions.
Severus ne répondit pas. Il savait qu'elle avait raison. Ça ne l'empêchait pas de sentir la rancœur étreindre son cœur.
- Je ne suis pas non plus sûre d'avoir envie de recommencer une quelconque relation avec qui que ce soit…, murmura Hermione très faiblement.
Severus sentit son cœur se briser lorsque les paroles de la brune atteignirent ses oreilles.
- Pourquoi dis-tu ça ? demanda-t-il dans un souffle, essayant vainement de cacher son trouble.
- Parce qu'aucun de vous ne me verra plus jamais de la même manière après tout ça. Parce que je ne me vois plus de la même façon. Parce que Malfoy m'a pris tout ce qu'il me restait. Comment pourrais-je être encore attirante à vos yeux sachant que je me dégoûte profondément ?
- Malfoy me dégoûte Hermione. Lui et ses actes. Pas toi. Toi, tu es toujours Hermione.
- Hermione a bien changé depuis plusieurs mois Severus. Bien trop changé, trop de fois, pour s'adapter aux événements. Hermione ne sait plus qui elle est. Hermione ne sait plus qui elle a envie d'être. Hermione est devenue faible et miséreuse. Ouvre un peu les yeux et toi-même tu te rendras compte que je ne suis plus, ni l'enfant à qui tu as enseigné, ni la femme que tu as connue dans la maison. Je ne suis plus rien. Ou plutôt je ne suis plus qu'un esprit malade dans un corps malade. Je n'ai plus rien à t'offrir, ni à toi, ni à Sirius. Je suis brisée Severus.
Elle n'avait que trop conscience de toutes les épreuves qu'elle avait traversées. Elle avait cru réussir à les surmonter mais à présent, elle sentait qu'il n'en était rien. Elle ne pourrait jamais surmonter tout ça. Et elle était terrifiée. Parce que si elle n'avait rien surmonté, si le moindre obstacle pouvait la faire de nouveau sombrer, alors quel était l'intérêt de tous les risques qu'elle prenait avec Sirius et Severus ? Et surtout, quel était l'intérêt des risques qu'elle leur faisait prendre ?
- On peut soigner ce qui est brisé, répondit simplement Severus, refusant de laisser la brune s'apitoyer ainsi.
- Vous méritez mieux que la petite chose fragile et inconstante que je suis.
Severus ricana d'un rire jaune.
- Que crois-tu que nous ayons pensé au début de notre relation dans la maison ? Nous étions deux vieux hommes déçus par la vie, abusés, enfermés comme des criminels. Et toi une jeune femme qui, malgré tout ce qu'elle avait pu vivre, rayonnait de détermination et de joie de vivre. Malgré toutes tes peurs, malgré toutes tes souffrances, tu étais toujours là pour nous, toujours prête à nous pardonner nos excès. Et tu t'es attachée à nous quand nous pensions encore que tout ceci ne serait qu'une passade, un moyen de fuir ce que nous étions devenus. Tu t'es attachée et nous nous sommes attachés en retour à toi et à ta façon de nous regarder, comme si le passé ne comptait pas.
Severus marqua une petite pause avant de reprendre, ne quittant pas Hermione des yeux.
- Nous avons longtemps cru que tu t'en irais une fois que nous serions libres. Mais même là tu es restée, malgré tous les dangers que cela représentait. Parce que tu voyais les hommes en nous et pas l'image que chacun à de nous en fonction de notre passé. Nous voyons tous les deux la femme en toi. Peu importe ce que tu traverses et à quel point la vie se retourne contre toi. Même si tu changes à cause de ce que le monde te fait subir. Au fond tu restes Hermione. La Hermione dont on s'est épris et qu'on serait bien incapable de laisser tomber, malgré tout le mal qu'on pourrait mutuellement se faire. Parce que tu mérites mieux que nous. Parce que nous sommes tous pareils au fond. Parce que je t'aime Hermione.
Hermione ne répondit pas, prenant brutalement conscience de la profondeur des paroles de l'homme. Elle n'aurait jamais pensé qu'il puisse se livrer ainsi à elle. Peut-être était-ce ce dont elle avait besoin. Ça lui permettait au moins de se sentir un peu moins mal, un peu moins isolée dans sa douleur.
Elle avait espéré ces mots depuis plusieurs mois. Elle ne s'était pas attendue à les entendre maintenant et pourtant, il lui semblait qu'ils n'auraient pas pu mieux tomber. Ça ne réglait rien, ça n'arrangeait rien, mais pendant une seconde, le temps qu'il lui avait fallu pour les entendre, elle avait eu l'impression que les choses finiraient par s'arranger. Ce n'était qu'une impression fugace mais ça comptait quand même, même si elle ne se sentait pas encore capable d'y réagir.
- Alors s'il-te-plaît Hermione…, reprit finalement Severus d'une voix faible. Promets-moi de ne pas recommencer…
- Je ne suis pas sûre d'en être capable…, avoua Hermione. J'aimerai réellement mais je ne suis pas vraiment sûre de pouvoir surmonter tout ça demain quand je me retrouverai de nouveau seule, ni les jours qui suivent…
- Tu ne seras pas seule. Nous serons là.
- Tu sais bien que c'est impossible… Profitons simplement de cette nuit Severus…
La voix d'Hermione était lasse. L'homme ne répondit pas, pensif. Il ne voulait donner raison à la jeune femme. Parce qu'il sentait qu'il la perdrait alors. Il ne pouvait s'y résoudre.
Ça avait déjà failli arriver aujourd'hui et il ne voulait plus jamais avoir à revivre ça. Alors oui, il était prêt à lui faire des tonnes de déclaration d'amour si c'était ce qui lui fallait. Juste pour voir la lumière s'allumer de nouveau dans ses yeux. Oui, il était prêt à ne plus fuir et à lui prouver ses paroles au quotidien. Il était prêt à tout et n'importe quoi pour ne plus avoir à ressentir ce qu'il avait éprouvé.
Parce que le trou béant qui s'était ouvert dans sa poitrine et la douleur qui l'avait accompagné avaient causé la pire des souffrances qu'il ait un jour connu. Peut-être parce que ce n'était pas de la douleur physique. Peut-être parce qu'il avait cru qu'il n'en serait jamais plus libéré.
Ça lui avait semblé pire encore que lorsque Lily était morte parce que malgré tous les remords qu'il avait gardé par rapport à ça, là, les choses lui semblaient mille fois différentes. Malgré tout l'amour qu'il avait porté à la rousse, il avait rudement conscience qu'il n'avait jamais été réciproque, et ça changeait tout au final.
Alors oui, il entendait toute la raison derrière les paroles de la jeune femme mais cette fois-ci, il était prêt à l'ignorer en toute conscience. Il regrettait déjà bien trop avoir abandonné Hermione quelques temps plus tôt. Il n'était pas près de refaire la même erreur deux fois. Quand bien même essaierait-elle de le fuir.
Tout dans ses gestes, ses regards, ses paroles, lui prouvaient l'attachement qu'elle leur portait. Alors cette fois, il était résolu à s'ouvrir à elle. Il était résolu à ne plus laisser sa peur de l'attachement les éloigner. Si elle n'était pas capable de faire face, il le ferait pour eux deux. Et il se doutait que Sirius serait du même avis que lui.
- Épouses-moi.
Hermione se redressa d'un bond, le regardant d'un air ébahi.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Épouses-moi Hermione. Ou Sirius, peu importe. Épouses l'un de nous deux. Comme cela on ne sera pas obligés de mettre fin à notre relation. On pourra continuer à se fréquenter tous les trois, on pourra veiller sur toi.
- Tu oublies que vous êtes mes professeurs Severus…, soupira Hermione en se rallongeant à ses côtés.
- Tu peux nous épouser dès que tu auras fini tes études à Poudlard. Peu importe ce que penseront les autres, les ragots passeront rapidement.
Il espérait qu'elle dirait oui, pour lui donner une raison de ne pas se laisser envahir par les ténèbres qui l'habitaient. Pour s'assurer qu'elle ne recommencerait pas. Pour s'assurer qu'elle vivrait, au moins jusque-là et pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas du tout envie de s'éloigner.
- C'est ridicule Severus. Qui te dit déjà que Sirius aurait envie de ça ? Et puis à quoi bon en arriver là ? Ce ne sera plus illégal si je finis Poudlard de toute façon, inutile d'officialiser les choses et de faire parler les gens.
- Le problème est bien là Hermione, dans le si tu finis Poudlard au lieu d'un quand. Dis-moi oui. Pour que tu aies une raison de continuer à te battre. Pour que tu ne recommence pas à te laisser aller pour échapper aux ténèbres qui te hantent.
Hermione détourna son regard.
- Ça ne changera rien tu sais, pendant les mois à venir, nous serons toujours professeurs et élève. Que je te promette ou que je te dise oui. Alors à quoi bon ?
Severus soupira. Hermione ferma les yeux. Elle aurait aimé pouvoir le rassurer. Elle n'arrivait pas à lui mentir cependant. Pas quand ses yeux reflétaient tous les sentiments qu'il avait pour elle.
Elle ne savait pas comment elle avait pu douter à la rentrée que ses deux hommes éprouvaient quelque chose pour elle, aussi ténu cela soit-il. Parce que les yeux de Severus à ce moment précis, brillaient de toute l'affection qu'il ressentait pour la jeune femme et s'en était presque éblouissant. Parce que sans bien savoir comment, ils en étaient arrivés à partager bien plus que quelques ébats.
Elle avait longtemps essayé de garder les sentiments à l'écart de leur relation. Elle avait rapidement échoué. Ils avaient échoué également, même si aucun d'eux n'avait osé mettre des mots sur tout cela jusqu'à présent. Elle n'aurait jamais parié sur le fait que le ténébreux Severus Snape serait le premier à le faire.
Pour autant, elle aurait presque préféré qu'il ne le fasse pas. Peut-être valait-il mieux arrêter tout ça avant qu'ils ne partagent trop, même si ça lui semblait déjà être le cas. Parce qu'elle sentait qu'elle perdrait toute possibilité d'agir tel qu'elle le souhaiterait si tel était le cas. Et elle avait peur de devoir s'accrocher à la vie pour eux. Pas tant qu'elle ne savait pas dans quelle mesure elle serait capable de surmonter les épreuves qu'elle avait vécues.
Ils ne discutèrent pas plus cette nuit-là, chacun étant perdu dans ses pensées avant que le sommeil ne les rappelle à lui.
Severus fut réveillé en pleine nuit par des cris de la jeune femme. Il la prit dans ses bras, essayant de la rassurer. La jeune fille se débattit longuement avant de finalement se laisser aller à son étreinte. Elle ne s'était pas réveillée pour autant. Severus l'avait gardée contre lui tout le reste de la nuit, parvenant à peine à grapiller quelques heures de sommeil.
Lorsqu'Hermione se réveilla le lendemain matin, l'homme la serrait toujours fermement contre lui. Il la libéra de son étreinte lorsqu'il la sentit bouger contre lui. Il la regarda se redresser dans le lit, dos à lui. Hermione se leva rapidement, sans un regard pour l'homme.
- Il vaut mieux reprendre nos distances dès à présent. Avant que quelqu'un ne remarque quelque chose. L'enfant n'est plus là, nous n'avons plus rien à craindre, mieux vaut ne pas prendre de risques supplémentaires.
La voix d'Hermione était froide et distante. Severus ne put empêcher son cœur de se serrer. Il avait l'impression de perdre la jeune femme.
- Hermione…, soupira Severus.
- Non Severus, ne reviens pas là-dessus… Je ne veux pas vous attirer d'ennuis, je ne le supporterais pas s'il vous arrivait quelque chose.
- Et crois-tu que l'on serait en mesure de supporter que quelque chose t'arrive à toi ? soupira l'homme d'une voix lasse.
- Je ne sais pas Severus… Mais je vais être égoïste pour une fois. Et je vais te demander de ne plus me demander de te promettre quoi que ce soit, ni de me demander encore en mariage. Tu sais très bien que c'est ridicule au fond.
Hermione n'attendit pas sa réponse. Elle ne se retourna pas non plus vers lui. Elle se dirigea vers la porte de la chambre et sortit pour aller récupérer l'uniforme qu'elle avait abandonné dans la salle de bain la veille.
- Retournons à Poudlard.
Hermione et Severus arrivèrent à Poudlard peu de temps après. Ils se rendirent immédiatement à l'infirmerie, comme ils l'avaient promis à Mrs Pomfresh la veille. La femme les y attendait, accompagnée de Minerva.
- Comment vous sentez-vous miss Granger ? demanda l'infirmière en indiquant un lit de la main à la jeune femme pour qu'elle s'y installe.
Hermione s'assit et Poppy lança plusieurs sorts de diagnostic sur la jeune femme, sous les regards attentifs de Minerva et Severus.
- Je vais bien, mentit Hermione avec le plus d'aplomb dont elle était capable, ignorant le regard perçant de Severus qui ne la quittait pas. Je suis désolée pour hier, c'était un accident, je me suis sentie mal, j'ai eu un peu de mal à gérer ce qu'il m'est arrivé… Mais je ne voulais pas en arriver là…
Elle croisa le regard de la directrice qui la scrutait afin de déceler la vérité et le mensonge dans ses paroles.
- Monsieur Malfoy a été arrêté suite à votre agression. Nous ne laissons pas passer de tels événements. Des aurors sont venus le chercher et son procès aura lieu dans quelque temps. Vous serez amenée à témoigner certainement. Je vous tiendrai au courant lorsque j'en saurais plus.
Hermione hocha faiblement la tête, n'ayant pas spécialement envie de revoir un jour Malfoy.
- Pour votre information, même si cela n'excuse en rien un tel comportement, je me dois de vous annoncer que son père, Lucius Malfoy a été retrouvé mort hier dans sa cellule. Il s'est suicidé, ce qui peut en partie expliquer le passage à l'acte du jeune Malfoy. Encore une fois, cela n'excuse rien.
Hermione ne réagit pas spécialement à la nouvelle, ne sachant qu'en faire. Elle n'avait pas envie de trouver des excuses au blond, elle n'avait pas envie de lui donner un visage plus humain. Elle n'avait même pas envie de penser à lui du tout.
- Je n'ai pas encore informé vos parents des récents événements, étant donné que vous êtes majeure. Si vous le souhaitez, je peux les contacter et m'arranger avec le ministère pour mettre un portoloin à leur disposition.
- Ce ne sera pas nécessaire, répondit simplement Hermione sur un ton qui n'offrait aucune protestation.
- Très bien… Par ailleurs, il est inconcevable que vous puissiez quitter ainsi Poudlard à votre guise, d'autant plus en passant par les appartements de l'un de vos professeurs miss, ajouta Minerva d'un ton sévère. Severus, il va vous falloir revoir les protections placées sur votre cheminée.
L'homme acquiesça d'un mouvement de tête. Son visage était sombre et fermé. Hermione baissa la tête, espérant que cela limiterait les problèmes qu'elle pourrait avoir en raison de sa fuite. La directrice, considérant les circonstances particulières ayant poussé Hermione à de telles actions, décida de passer l'éponge sur ce coup-ci.
Hermione retint de justesse un soupir de soulagement, ayant eu peur de perdre ses fonctions de préfète-en-chef et surtout son appartement séparé de la tour de Gryffondor. Elle avait plus que jamais besoin d'avoir un espace à elle où elle pourrait être seule.
Elle ne manqua pas cependant le long regard que Minerva et Poppy échangèrent. Elle imagina sans difficultés que les deux femmes doutaient que la laisser seule soit une bonne idée alors qu'elle avait manqué se noyer dans son bain, plus ou moins volontairement, la veille.
- Je veux que vous reveniez me voir tous les jours pour la semaine à venir miss Granger, afin de surveiller l'émergence d'éventuels effets secondaires dus à ce que vous avez vécu hier, indiqua l'infirmière. Sachez qu'il est possible pour vous de consulter un psychomage pour surmonter cette épreuve.
Hermione hocha la tête avant d'être libérée. Elle ne s'attarda pas et partit de la pièce sans un regard pour les autres, évitant volontairement celui de Severus. Moins elle le fréquenterait, moins elle serait tentée de céder aux émotions qui brillaient au fond de son regard d'obsidienne.
Bonjour à tous et à toutes !
J'avais pas pensé lorsque j'ai posté le précédent qu'en vous disant le nombre de chapitres restants, vous devineriez qu'Hermione allait s'en sortir... ça m'apprendra à être top bavarde !
Quoi qu'il en soit, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! J'avoue avoir eu pas mal de mal à l'écrire donc n'hésitez pas à me donner votre ressenti !
Une bonne nouvelle : j'ai réussi à mettre un point final à cette histoire (et depuis je me sens très mélancolique...) donc il me reste juste de grosses relectures à faire. Je pense donc pouvoir accélérer le rythme de publication ! Le prochain chapitre arrivera, je pense, en fin de semaine, peut-être jeudi ou vendredi, en fonction du temps que j'aurai pour le poster ;)
D'ici là, portez-vous bien !
Et pour finir, réponse aux reviews guest :
Fanny0604 : Merci beaucoup pour ta review et tes compliments qui me font chaud au cœur ! Un peu de frustration de temps en temps, ça fait pas trop de mal ! Et pour les méthodes d'exécution des centaures, c'est vrai que la tentation est forte xD En tout cas, j'espère que ce nouveau chapitre t'auras plu !
Jenny : Oui le sort de Malfoy est doux mais on reviendra dessus plus tard ;) Un grand merci pour ta review, je suis ravie que ça continue à te plaire et j'espère que tu auras aimé ce chapitre dont Severus occupe une grosse part !
