Chapitre 18 : Dangereux déni.

OoOoOoO

L'opération devait durer six mois. Elle a duré près de dix ans.

- « Hyrule est plus qu'un royaume, c'est une raison de vivre ». Sa Majesté Éléonore Bosphoramus Hyrule prononçait ces mots chaque jour. Elle y prouvait l'importance qu'elle apportait à chacune de nos contrées, de nos régions et de nos peuples. Sa générosité, sa gentillesse et sa détermination faisaient d'elle… une reine extraordinaire…

Dur pour un roi de se canaliser devant des dizaines de personnes à son écoute. Il ne laissait transparaître aucune émotion.

- Tout le monde se souviendra de la sagesse dont elle faisait preuve envers chacun d'entre nous. Elle était juste et prenait les bonnes décisions pour le royaume d'Hyrule. Je jure, devant vous tous, que même seul, je gouvernerai votre pays comme votre reine le faisait si bien à mes côtés.

Le capitaine de la garde attendit que tout le monde sorte de la cathédrale, bouleversé par les récents évènements et par le discours du souverain, il allait lui falloir du temps pour accepter la tragédie. Tout comme Urbosa qui n'était toujours pas sortie, la Gerudo se tenait debout face au portrait de sa défunte amie posé au fond du bâtiment. Le chevalier la rejoignit discrètement pour ne pas la déranger dans ses pensées.

- Dame Urbosa ? fit-il.

La suzeraine se tourna vers lui, jamais il n'avait vu un visage aussi triste, Urbosa gardait les yeux fermés, refusant de croire à toute cette histoire.

- Je ne pensais pas qu'une telle chose pouvait arriver aussi vite, soupira la Gerudo.

- Nous n'oublierons jamais tout ce qu'elle a fait pour Hyrule.

- C'était ma meilleure amie, et ma Cité ne serait plus que ruines si elle n'avait pas été là. Je lui dois beaucoup. Alors la perdre aussi brutalement…

- Je comprends.

Un court instant de silence s'installa.

- Si Sa Majesté a besoin de quoi que ce soit…

- Vous savez, il ne demande jamais d'aide, il pense pouvoir surmonter cette épreuve seul, informa l'Hylien.

- Et ma petite princesse… Cela fait si longtemps que je ne l'ai pas vue… Je n'ai même pas eu le temps de lui parler tout à l'heure. Vous pensez que…

- C'est une vraie petite courageuse, elle a fait preuve de calme et de maintien. Elle a tenu son rôle dignement, coupa-t-il.

- Je voudrais la revoir, discuter avec elle, avoua la suzeraine.

Le capitaine eut un léger rictus empathique.

- Je crois qu'elle n'a pas prononcé un seul mot depuis hier, d'après ce que l'on m'a dit, continua-t-elle.

- J'ai l'impression d'avoir le même à la maison…

- Un vrai petit timide, votre fils, n'est-ce pas ?

- Absolument, il ne parle qu'à sa mère, quasiment.

La Gerudo posa les mains sur ses hanches.

- Comment va Diane ? demanda-t-elle, à la grande surprise du capitaine.

- Vous… vous connaissez ma femme ?

- La reine m'a beaucoup parlé de vous, elle vous considérait comme des amis, expliqua Urbosa.

- Eh bien, oui, elle se porte bien, c'est aimable de votre part de demander, remercia-t-il.

La suzeraine lui sourit.

- C'est normal.

Sa Majesté n'a jamais accepté la mort de votre mère. Même encore aujourd'hui. N'assumant pas sa faiblesse due à la tristesse qui l'envahissait chaque jour, il transforma celle-ci en colère, en haine, en soif de vengeance.

Rhoam Bosphoramus Hyrule attendait le retour d'Impa et de Zelda, la Sheikah avait eu l'idée d'aller étudier un sanctuaire avec la princesse pour la faire penser à autre chose. Elles arrivèrent devant lui et celui-ci ne tarda pas plus longtemps.

- Dame Impa ! Je dois vous parler en privé, fit-il sur un ton presque agressif.

Elle acquiesça sur-le-champ.

- Attendez-moi dans la bibliothèque, Zelda, je vous rejoins dans quelques minutes, fit-elle à la princesse.

- D'accord, répondit la fille du roi.

- Vous appelez ma fille par son nom ? s'étonna le souverain.

- C'est… elle qui m'a demandé de le faire.

- Tâchez de l'appeler autrement afin qu'elle ne s'attache pas à vous trop rapidement ! ordonna le roi.

Impa fronça les sourcils.

- Pourquoi donc ? demanda-t-elle.

- Suivez-moi.

Il l'emmena dans une petite salle accessible par la droite du Grand Hall, une salle qui disposait d'une petite table autour de laquelle ils s'assirent face à face. La discussion allait s'avérer sérieuse, très sérieuse. Le roi fixa du regard la Sheikah qui ne comprenait pas ce qu'il lui voulait. Le souverain se redressa et posa ses deux mains à plat sur la table.

- Dîtes-moi, Impa. Comment se passe votre rôle de cheffe au village de Cocorico ? commença-t-il.

Une question aussi étrange cachait forcément quelque chose, quelque chose que le roi ne voulait pas révéler à la concernée dans l'immédiat. Impa répondit tout de même à la question.

- Tout se passe bien dans l'ensemble. Le village se porte correctement. Nous avons enfin mis un terme à la querelle avec le village d'Adeya, nous avons trouvé un accord.

- Une querelle ? Je n'étais point au courant, affirma le roi.

- Oh… Une simple histoire de commerce. J'ai pensé que vous auriez eu mieux à faire que régler un conflit aussi minime. De plus, cette histoire est terminée à présent.

- Fort bien.

Le silence revint, ne sachant plus quoi dire, Impa comprenait de moins en moins ce que le roi lui voulait.

- J'ai pensé qu'amener Son Altesse au niveau d'un sanctuaire à proximité aurait pu l'aider à se changer les idées, j'espère que cela ne vous a dérangé… continua-t-elle.

- C'est très bien. Il n'y a pas de problèmes. Dîtes-moi, vous sauriez si quelqu'un d'autre que vous pourrait vous remplacer à Cocorico durant quelques semaines ? lâcha soudainement Rhoam Bosphoramus.

La Sheikah sentit qu'on voulait qu'elle reste au château un peu plus longtemps que pour s'occuper quelques jours de la princesse en tant que nourrice temporaire. Car en effet, depuis la naissance de Zelda, sa mère insistait pour garder une bonne relation avec sa fille et refusait qu'une autre personne s'occupe d'elle à sa place durant une journée entière. Le roi et la reine arrivaient ainsi à passer du temps avec leur fille tout en gérant les affaires du royaume.

- Que voulez-vous dire ? s'interrogea Impa.

- Répondez à ma question, insista le roi.

- J'ai… J'ai ma sœur et mon frère, Pru'ha et Rodric, qui pourraient effectivement prendre ma place mais je ne…

- Parfait. Cela tombe bien, j'ai quelque chose à vous proposer, Impa.

Cela n'étonnait guère la cheffe au vue du comportement du père de Zelda. Celle-ci comprit mieux la raison de cet étrange entretien en face à face.

- Je… vous écoute, fit-elle, un peu inquiète.

Elle connaissait bien le caractère du roi, celui-ci ne se comportait pas comme d'habitude. Plus agressif, encore plus sûr de lui, et capable de changer d'humeur en quelques instants, cela tourmentait la Sheikah qui resta tout de même compréhensive.

- Accepteriez-vous de me venir en aide, une nouvelle fois ? demanda-t-il.

- Vous avez besoin de moi assez longtemps, je présume, si je dois être remplacée au village…

- Six mois.

Impa déglutit, elle ne s'attendait pas à si longtemps.

- Votre Majesté, six mois ? Que voulez-vous que je fasse durant six mois ?

- Vous êtes la personne idéale pour mener à bien cette mission.

- Une mission ? Quel genre de mission ?

- Une mission d'infiltration.

Elle se demanda s'il n'était pas devenu fou, peut-être supportait-il très mal le décès de sa femme et qu'il avait besoin simplement de faire son deuil. Malgré cette pensée, Impa n'était pas rassurée.

- Ils doivent payer pour ce qu'ils ont fait, Impa, ajouta le roi.

Celle-ci comprit le stratagème.

- Les… les Yigas ? suggéra-t-elle.

- J'ai besoin de vous pour les infiltrer. Il s'agirait de récupérer le maximum d'informations sur leur mode de vie, leur activité quotidienne et sur l'intérieur de leur repaire durant une période de six mois. Une fois ceci fait, vous disparaissez et revenez au château, et nous les attaquerons avant même qu'il ne puisse vous retrouver.

C'était de la folie. Un plan aussi dangereux n'était pas possible. Du moins, c'était ce que la Sheikah pensait. Le souverain avait l'air déterminé.

- Votre Majesté, je ne puis faire une telle chose, c'est une mission d'une dangerosité extrême. Comment vais-je faire pour m'allier à eux sans soupçons ? Pour rester des mois dans le clan ennemi sans me faire repérer ? Et pour disparaître d'un jour à l'autre ? Ce n'est pas si facile… Et surtout, pourquoi moi ? Des tas d'autres Hyliens seront meilleurs que moi pour une mission pareille…

- Vous êtes la personne la plus apte à mener à bien ce que je vous demande. Vous êtes confiante, intelligente, vous savez manier une lame, et enfin, vous êtes une Sheikah. La Sheikah en qui j'ai le plus confiance. De ce fait, vous possédez beaucoup plus de connaissance sur leur clan que n'importe qui d'autre. Dès votre retour, je vous offrirai le privilège de devenir magistrat adjoint. Un titre très bien payé, je puis vous l'assurer ! s'exclama le roi.

- Même si je venais à vous donner mon accord, ce ne serait pas pour l'argent, Votre Majesté, répondit Impa.

Il soupira nerveusement. Cela lui tenait beaucoup trop à cœur, il ne désirait qu'une seule chose : se venger, mettre un terme à l'existence des Yigas. Ces pensées l'obsédaient, et cela se voyait dans son regard.

- Imaginez la nouvelle vie que vous pourriez mener en rentrant ! Personne ne refuserait une telle offre comme celle-ci !

- Sauf tout votre respect, Votre Majesté, je crois que vous êtes encore sous l'influence des récents évènements, et c'est tout à fait normal, je…

- Vous croyez que je n'ai pas assez de recul sur mes propres propos ?

- Non, ce n'est pas ce que je voulais dire, je…

- Alors ? Acceptez-vous, ou non ? insista Rhoam Bosphoramus.

Impa prit deux appuis sur la table, la tête baissée.

- Je ne sais pas quoi vous dire…

- Cette mission devra également rester confidentielle, ajouta-t-il.

- Confidentielle ? Confidentielle comment ?

- Confidentielle au point où nous seuls seront au courant…

Pour Impa, le roi accumulait les folies.

- Mais… que vais-je dire au village, à ma famille ? Écoutez, je ne suis pas contre vous venir en aide, mais… Je ne suis même pas certaine de revenir, il me faut du temps pour réfléchir et vous répondre.

- Soit, comme vous voudrez, mais réfléchissez vite car une escorte est prête dans dix jours pour les Hauteurs Gerudo, lieu potentiel de leur repaire.

Sur ces mots, le roi se leva et sortit de la pièce rapidement, laissant seule la cheffe de Cocorico ne sachant plus quoi penser. L'opération n'était même pas prête à démarrer. Comment pouvait-il supposer de partir dans dix jours seulement ? Impa se leva et sortit digérer toute cette histoire improbable et encore irréelle à ses yeux.

Je crois bien que je l'ai fait pour vous, Princesse. Je savais ce que votre père attendait de vous. Il ne cessait de vous parler de votre pouvoir, vous étiez alors une petite fille angoissée par la peur d'échouer, déjà à l'époque.

Durant les derniers jours avant mon départ, je ne le voyais qu'amplifier sa colère, il était devenu terriblement invivable. Heureusement, mon accord l'a rassuré et cela l'a calmé…

Mais il ne pensait même plus à votre mère, tout ce qu'il voulait, c'était une extermination des Yigas. S'il n'avait pas sa vengeance, sur qui allait-il reporter toute sa colère, selon vous ?

La nuit avait débuté depuis bien longtemps déjà, il faisait noir, seules les étoiles et la lune éclairaient le chemin d'Impa.

Ils avaient vu juste. C'était l'endroit.

Armée de son sabre de la défiance et de son bouclier de l'égide, la Sheikah était à présent seule, elle prit une grande inspiration afin de se préparer psychologiquement à ce qu'elle allait vivre. Elle ne devait pas faiblir, cela lui coûterait la vie. D'après les nombreuses études menées sur ce site, le lieu était dissimulé derrière la pierre même des montagnes qui entouraient la Vallée de Caltice.

Elle ne se rendait pas compte de ce qu'elle faisait. Avait-elle réellement fait le bon choix ? Lorsqu'elle avait vu le visage dur et animé par la haine du roi et celui doux et innocent de la princesse, Impa pensait qu'elle n'avait pas à hésiter. Cette situation avait plus que duré, et en acceptant cette mission d'infiltration, la cheffe pensait que le souverain reprendrait ses esprits et redeviendrait raisonnable. Ce qui était mieux pour lui et pour sa fille. Son inconscience le menait à prendre des décisions inimaginables, et personne n'osait remettre en question sa parole.

Impa fit quelques pas en avant, elle arrivait au bout, le fond de la vallée se situait une trentaine de mètres devant elle. Discrète, elle s'arrêta devant le mur. L'ambiance sembla changer d'une seconde à l'autre. La nuit n'était plus paisible mais lugubre, et le silence n'était plus apaisant mais angoissant. Des murmures incompréhensibles se firent entendre de part et d'autre de la vallée, ils ressemblaient à des sortes d'échos. La Sheikah comprit qu'elle était arrivée, elle savait pertinemment où elle se trouvait et qui elle allait rencontrer.

- Quelle surprenante rencontre… ricana une voix.

- Accueillons notre invitée comme il se doit, ajouta une autre voix.

Impa regardait tout autour d'elle sans repérer un quelconque Yiga dans les parages. Elle débuta alors son plan.

- Je suis Impa, une Sheikah ! Je veux rejoindre votre clan ! déclara-t-elle.

Le silence se rabattit et on révéla un passage dans le mur de pierre, l'entrée du repaire. Deux assassins en sortirent et attrapèrent Impa par les bras, celle-ci se laissa faire.

- Une Sheikah qui veut changer de camp ? On n'a pas vu ça depuis des années, lança un Yiga.

- Je vous le jure. Je me suis enfin rendue compte que la famille royale se servait de nous, et que les Sheikahs ne possédaient aucune liberté ! Ne me laissez pas continuer à vivre une telle vie, je vous en supplie !

Impa s'avérait très convaincante et courageuse. Un des deux sous-fifres dégaina sa lame courbée et plaça la pointe sous le menton de sa prisonnière.

- Tu penses réellement nous avoir comme ça ? dit-il hautainement.

- Je veux simplement vous aider, insista Impa.

- Comment connais-tu l'emplacement de notre repaire ?

- Je vous l'ai dit, je veux vous rejoindre, j'ai tout fait pour vous retrouver, j'attends ce jour depuis des années.

Le Yiga qui la tenait toujours ricana.

- Mensonge… murmura-t-il à l'oreille de la cheffe.

Soudain, ils la frappèrent à la tête et elle tomba violemment au sol. Son crâne heurta un rocher et elle perdit connaissance. Les deux hommes masqués se regardèrent.

- Tuons-la.

Le premier Yiga s'apprêta à abattre sa serpe sur le corps d'Impa lorsqu'un troisième membre du clan débarqua et repoussa l'assassin.

- Mais vous êtes stupides ?! cria-t-il.

La voix claire du troisième Yiga retentit dans toute la vallée.

- C'est une Sheikah, elle n'a rien à faire ici, on ne peut pas lui faire confiance, se justifia le premier homme en rouge.

- Elle a dit qu'elle voulait nous rejoindre, pauvre idiot !

- Comment peux-tu être sûr que ce n'est pas un piège ?

- Par Ganon ! Ça vous arrive d'écouter notre cheffe ?

Ils soupirèrent, preuve qu'ils avaient tous les deux fait fausses routes.

- Elle seule vous dira s'il faut la tuer, termina le troisième assassin.

Lorsqu'Impa se réveilla, elle était assise sur une chaise en bois, au milieu d'une salle éclairée d'une simple lanterne au plafond. On lui avait retiré son équipement. Son sabre et son bouclier étaient entre les mains d'un Yiga sur sa droite. Celui sur sa gauche la regardait étrangement et un dernier se tenait devant elle.

- Elle se réveille, dit-il.

Il se recula sur le côté et Impa put apercevoir une femme, vêtue elle aussi de cette même combinaison rouge et de ce masque blanc que tous les Yigas portaient. L'intrigante dame tourna autour de la chaise où la Sheikah était assise et l'observa attentivement, sous le regard vide de l'infiltrée.

- Nous avons pour habitude de massacrer les voyageurs qui s'aventurent trop près d'ici… dit la femme.

Malgré la douleur que lui procurait son crâne, Impa répondit difficilement.

- Je ne suis pas une voyageuse.

La femme s'arrêta net devant elle, les mains derrière le dos.

- Non, je vois ça, répondit-elle, il paraît que tu veux prêter allégeance au Seigneur Ganon ?

- Ou… oui…

- Impa ? C'est ça ? Je suis Katlyn, cheffe du clan Yiga. C'est très noble de ta part de vouloir nous rejoindre.

Celle-ci se recula afin de s'asseoir à son tour.

- J'aurai seulement une petite question pour toi, Impa.

La Sheikah mourait d'envie de venger sa reine, mais elle se contrôla et resta dans son rôle jusqu'au bout. Elle dévisagea la cheffe du clan.

- Sais-tu comment devient-on un Yiga ?

- Par l'incantation, Madame, répondit poliment Impa.

Soudain, la concernée fut prise d'un fou rire.

- Madame ? Tu te fiches de moi ? Ici, on m'appelle « cheffe », alors tâche de faire de même à présent !

Un des trois Yigas pouffa discrètement.

- C'est drôle peut-être ?! fit Katlyn.

Le concerné se tut immédiatement.

- Incapable ! Bref, Impa, je vois que tu es très bien renseignée.

- J'ai voulu me montrer la plus prête possible à devenir comme vous.

- Mais tu n'as pas le choix, ma jolie ! Tu te trouves au cœur même de notre repaire, tu ne crois quand même pas que je vais te laisser repartir ainsi ? Tu ne sortiras d'ici qu'en ayant fait le serment !

Les trois assassins présents ricanèrent simultanément. Ces paroles glacèrent le sang d'Impa qui espérait de tout cœur que son stratagème fonctionnerait. Sera-t-elle encore assez lucide après cette fameuse incantation pour éviter le pire ? C'était la seule interrogation qu'elle avait.

- J'ai fait le choix de ne pas tuer les potentiels volontaires, afin de gagner en effectifs, ajouta Katlyn, bref, je ne vais pas perdre plus de temps. Vous trois, amenez-nous tout ce qu'il faut !

Le trio de Yigas s'exécuta. Impa se retrouva seule face à l'intimidante cheffe. Un seul faux pas et la Sheikah y laissait sa vie. C'était déjà incroyable d'être arrivé jusqu'ici pour elle. Il fallait passer l'étape de l'incantation, celle sur laquelle elle avait le plus de doute, les risques étaient très élevés.

- Je vais t'expliquer le déroulement de l'incantation en détails. On va bien s'amuser, déclara Katlyn.

- Je n'en doute pas…

Il s'agissait d'invoquer la « rancœur de Ganon », autrement dit, une portion minime du Mal qui envahirait la pièce sous forme de brume et rougeâtre et obscure. Impa allait devoir jurer d'être digne de confiance pour les membres de son nouveau groupe. Si elle venait à le trahir, une malédiction s'abattrait sur elle pour le restant de ses jours. C'était le « Serment ». Un pacte.

Quelques minutes plus tard, les sous-fifres ramenèrent une dizaine de serpes ainsi qu'une torche. La Yiga disposa les dix serpes en cercle, la lame vers le centre, puis, elle ordonna au trio de partir.

- Si tu le veux bien, ma chère Impa, assieds-toi au centre, et ferme les yeux, je ferai le reste, affirma la cheffe des Yigas, pressée d'invoquer le Mal comme si elle en était dépendante.

La Sheikah, tremblante, prit son courage à demain et exécuta les ordres de Katlyn.

La mission prit une autre ampleur lorsque j'ai appris que vous étiez surveillé constamment en tant que sous-fifre Yiga. Il vous fallait passer officier, le grade supérieur, pour que vous ne soyez plus observé. L'horrible acte de commettre un certain nombre de meurtres était la clé pour devenir officier, ce qu'il me fallait pour pouvoir rejoindre le château sans crainte.

Mes semaines se ressemblaient toutes, je remplissais un bilan hebdomadaire pour le roi, j'étais accompagnée et je faisais semblant de tuer, mais je revenais bredouille au repaire. Et vint évidemment le moment où cela remettait en doute chez mes camarades ma fiabilité au sein de leur clan. Je suis consciente que cette infiltration n'avait aucun sens, à quoi bon risquer sa vie alors qu'il y avait tant d'autres manières d'éliminer ces traîtres ?

Mais je devais terminer ce que nous avions commencé, votre père et moi. Que cela soit une erreur ou non.

Dans la forêt de Firone, ils attendaient leurs proies, comme chaque semaine. Ce jour-là, on leur avait dédié la zone sud d'Hyrule. Vêtue de rouge et masquée, Impa était semblable à son coéquipier. Elle tenait une serpe coupe-gorge à la main qui pouvait s'apparenter à une neuve tellement son utilisation se faisait rare. Mais en tout cas, la lame brillait, la fausse Yiga le répétait sans cesse.

Les années avaient passé, et la Sheikah s'était habituée à son drôle de quotidien. Elle passait la plus grande partie de sa semaine au repaire, afin de s'occuper de corvées que personne ne voulait effectuer mais que, étrangement, Impa prenait plaisir à faire. Cela lui permettait d'éviter de se risquer à tuer un innocent, à l'extérieur. Néanmoins, un sous-fifre devait « partir en chasse » au moins une journée. Impa et Kal, surnom que l'assassin qui l'accompagnait se donnait, se postèrent près de la source du courage, lieu calme et perdu mais très touristique. Les voyageurs y étaient fréquents.

- Il est presque midi, l'heure la plus propice pour croiser quelqu'un, dit Kal.

- Je ne suis encore jamais venue chasser par ici, alors je ne te promets rien, rappela Impa.

- Je t'en prie ! Tu es toujours aussi peu confiante ?

- Je n'y peux rien, je te préviens, c'est tout.

Ils s'assirent au pied d'un arbre.

- Je meurs d'envie de faire goûter ma lame à un pauvre Hylien, déclara le Yiga.

- Toujours aussi à l'affût, à ce que je vois…

Kal la regarda puis grogna, il sortit d'une de ses seules poches un flacon rempli d'un liquide bleuté.

- Bois-moi ça, au lieu d'être aussi pessimiste, maugréa-t-il.

- C'est quoi ?

- Ce que mon frangin a concocté hier soir, tu t'en souviens pas ? Un délicieux mélange de rapidité et de force. Ça endolorit un peu la gorge mais sans plus.

Impa attrapa le récipient et le scruta en l'approchant de son masque.

- Fais pas ta chochotte, Impa ! Ça a le goût de banane.

- Comme tout ce que l'on mange je te signale… Toujours de la banane lame…

- Tu peux pas être une vraie Yiga si t'aimes pas les bananes !

La Sheikah retint son souffle un instant, Kal ne savait pas qu'il avait vu vraiment très juste.

- Tu ne crois pas si bien dire… assura l'infiltrée.

- C'est pas ce que je voulais dire, mais bon… ça fait combien de temps que tu es là ? Sept ans ? En sept ans, tu as tué vingt personnes, vingt seulement ! Tu es un sacré phénomène, ironisa Kal.

Ces vingt personnes étaient évidemment des leurres, Impa ne s'était jamais sentie capable de tuer un être humain, même en vivant au milieu d'assassins.

- Je suis désolée, mais je n'ai pas eu beaucoup de chance ces dernières années !

- On l'avait remarqué, ricana le sous-fifre.

- Tais-toi une bonne fois pour toutes.

- Je faisais que te taquiner, madame susceptible !

- Kal, j'ai dit tais-toi ! Quelqu'un approche !

Le duo se releva et se cacha derrière le tronc d'arbre sur lequel ils s'étaient adossés. Il y avait effectivement quelqu'un qui approchait.

- Je te le laisse, ça t'en fera vingt-et-un, rit le Yiga.

- Non, vas-y toi, je te couvrirai si jamais les choses tournent mal.

Kal soupira avec nervosité.

- Par Ganon, j'arrive pas à croire que tu laisses passer une chance pareille !

- Par Ganon, si tu pouvais la fermer, ça nous éviterait de nous faire repérer, crétin !

La cible était de plus en plus proche. Impa pouvait à présent l'entendre parler.

- Ça parle, ils sont plusieurs, informa la Sheikah.

- Ils sont deux ? On s'en fait un chacun ! s'excita son coéquipier.

- Ils sont trois, pauvre sot. Regarde !

Les futures victimes se dévoilèrent soudainement aux yeux du binôme. Elles semblaient se diriger vers la source du courage, à proximité.

- Peut-être que je ne suis pas obligée de respecter à la lettre les mots que je dois me réciter, je devrais essayer de les modifier, qu'en pensez-vous ? affirma une voix féminine qui semblait être celle d'une des trois voyageurs.

Impa reconnut cette voix. Elle la connaissait très bien même. Son sang se glaça lorsqu'elle comprit que c'était celle de la jeune adolescente blonde, vêtue d'une longue robe blanche qu'elle voyait au loin, accompagnée de deux gardes munis d'une lance.

- Attends, mais dis-moi que je rêve ! s'exclama Kal.

- Qu… Quoi ?

- C'est pas elle quand même, si ?

- De qui tu parles ? fit la fausse Yiga qui tentait de retarder le moment où Kal se lancerait à la poursuite de la jeune fille.

La respiration d'Impa s'accéléra. Elle était partagée entre le sentiment de joie de pouvoir réentendre cette douce voix et celui de peur que l'assassin lui fasse du mal.

- C'est une blague, c'est ça ? Tu la reconnais pas ?

- Je…

- C'est la descendante de cette stupide Hylia… grogna Kal en sortant délicatement sa lame de son dos.

Celui-ci s'apprêtait à bondir sur sa victime, lorsque la Sheikah l'arrêta.

- Arrête ça ! C'est typiquement ta précipitation qui la fera s'échapper ! dit-elle.

Il souffla derrière son masque. Décidément, son associée de la journée commençait à sérieusement l'énerver. De plus, il ne la comprenait pas, elle et son parcours au sein de leur clan.

- Elle se dirige vers la source du courage, c'est là-bas qu'elle sera le plus vulnérable, ses gardes ne la suivront pas jusqu'à la statue. Alors si tu tiens absolument à l'avoir, tu ferais mieux de te dépêcher d'y être avant elle !

- Tu te rends compte que c'est la Princesse d'Hyrule ? On dirait que tu t'en fiches, alors qu'elle nous est inaccessible depuis toujours ! C'est le moment où jamais !

- Dépêche-toi ! insista Impa pour éviter le sujet.

Ils foncèrent vers la source, au sein même d'un bâtiment en pierre en forme de tête de dragon. La Sheikah cherchait encore un plan, arrivée sur les lieux, elle dut improviser.

- Va te cacher derrière la statue et attends qu'elle soit seule, déclara-t-elle.

- Tu vas faire quoi, toi ? demanda Kal.

- Je reste ici, je surveillerai les gardes.

- Je ne comprends pas pourquoi on se prend la tête comme ça alors qu'il nous suffisait de leur tirer une flèche…

- Ne discute pas, allez !

Le Yiga pénétra au cœur de la source du courage par l'arrière, c'était un endroit qu'il détestait, il mourait d'envie de voir cette immense statue se faire détruire par Ganon en personne. La princesse et ses gardes arrivèrent face à la source, Impa se cacha derrière un pilier de pierre. Elle retira son masque blanc qui l'empêchait de respirer, malgré la règle très stricte à ce sujet.

- Restez ici et attendez mon retour, dit la jeune Zelda qui avança jusqu'à entrer dans cette cavité.

Les gardes acquiescèrent. Impa n'avait plus le temps de réfléchir, si elle ne faisait rien, elle allait livrer la fille du roi en personne aux Yigas. Une chose que jamais elle ne pourrait se pardonner. Soudain, elle vit en hauteur une petite bande de lézalfos qui ne l'avait pas vue. Sur le moment, elle pensa que c'était sa seule option de sauver la vie de la princesse. Alors, elle sortit son arc à double encoche, arme qu'elle ne pouvait plus voir depuis la mort de la reine mais qu'elle se voyait obligée de garder avec elle, telle une Yiga. Impa banda l'arc et visa avec précision un lézalfos parmi les quatre.

- Déesse Hylia, venez-moi en aide, murmura-t-elle.

La Sheikah tira, et deux flèches vinrent atteindre leur cible, le lézalfos s'étala sur le sol tandis que les trois autres aperçurent Impa. Les trois monstres s'excitèrent et s'énervèrent avant de descendre en rappel.

Du côté de l'assassin caché derrière la statue, celui-ci entendit des pas dans l'eau de la source, lorsque ceux-ci cessèrent, l'élue des déesses soupira, ferma les yeux et joignit ses deux mains. Le Yiga empoigna pour de bon le manche de sa serpe et fit preuve de discrétion. Kal entendit Zelda marmonner des phrases incompréhensibles. Il sentit l'adrénaline monter en lui. Il ne pouvait s'empêcher de penser à ce qu'il allait pouvoir recevoir en guise de récompense. Peut-être serait-il reconnu comme meilleur sous-fifre Yiga de tous les temps ? Celui qui avait capturé la princesse en personne sans faiblir…

- Attention ! s'écria un garde à l'entrée.

Zelda se retourna subitement, intriguée par l'exclamation de l'homme.

- Votre Altesse, revenez vite, des monstres rôdent, nous devons les éliminer avant de pouvoir rester ici sans crainte !

La blonde fit marche arrière et retourna à l'entrée de la source. Kal se précipita sur elle mais en vain, donna un simple coup de serpe qui fendit l'air car la princesse s'était mise soudainement à courir. Il ne pouvait pas la poursuivre par peur de se faire repérer par les deux gardes, et Impa s'était volatilisée ! La frustration de l'assassin était plus qu'immense. Une opportunité comme celle-ci n'allait pas se reproduire tous les jours, comment a-t-il pu la laisser s'échapper aussi facilement ? Une voix chuchota son nom derrière lui.

- C'était quoi ça, hein ? fit Kal, furieux.

- Ces monstres sont arrivés par surprise et se sont jetés sur les gardes ! mentit Impa.

- Non, je parle pas de ça ! Je parle de ton comportement, j'ai jamais vu une Yiga aussi pacifiste que toi ! s'emporta l'assassin.

La concernée lui fit signe de parler moins fort pour ne pas se faire remarquer, mais Kal n'en avait que faire.

- Calme-toi un peu, Kal…

- Tu veux que je me calme ? Après ce qu'il vient de se passer ? On aurait pu surgir de nulle part dès leur arrivée et les coincer tous les trois, je comprends pas comment j'ai pu t'écouter !

Impa tourna le dos à son interlocuteur.

- Ça suffit, je rentre au repaire, suis-moi, déclara-t-elle.

Je leur disais à tous que je n'étais qu'une malchanceuse, mais en vérité, j'étais le contraire absolu.

Puis, vint le jour fatidique où cela ne pouvait plus durer.

Je ne sais comment j'ai pu survivre à autant d'années en tant que Yiga, et aujourd'hui encore, je suis persuadée que c'est la Déesse Hylia qui m'a sauvée.

Essoufflée, elle continuait tout de même sa route, il fallait tout donner pour éviter à un innocent de mourir, très paradoxal lorsque l'on est soi-même un Yiga aux yeux des autres. La victime avait été capturée dans la forêt des esprits, sur le Plateau du Prélude par deux autres Yigas. Impa accourut les rejoindre, la scène qui se déroulait sous yeux était très particulière. L'innocent, un homme brun d'une vingtaine d'années, avait été attaché autour d'un tronc d'arbre, à l'abri des regards. Il se débattait en vain. Ce n'était pas la manière de procéder des Yigas, la Sheikah en avait conscience, elle savait un nombre incalculable de choses sur eux après presque dix ans à leurs côtés.

- Impa ! Te voilà ! s'exclama Kal, de nouveau en mission avec l'infiltrée.

- Mais… qu'est-ce que vous faîtes ? s'inquiéta-t-elle.

Le second sous-fifre présent s'approcha de la Sheikah, celle-ci put reprendre son souffle.

- On voulait que tu sois là, répondit l'homme masqué.

- Ce n'est pas comme ça que l'on est efficace !

- Mais est-ce que l'on a déjà été efficace avec toi dans nos pattes, Impa ? lâcha méchamment Kal.

Sur le coup, elle fut bouche bée, c'était la première qu'un Yiga lui parlait aussi violemment. On lui fit signe de s'approcher de la victime.

- À quoi jouez-vous ?

- On veut juste t'aider, tu sais, fit Kal.

- Répondez-moi, il y a quelque chose que je ne comprends pas.

- Alors ça non, c'est nous qui ne comprenons pas !

Il planta sa serpe dans le tronc d'arbre, quelques centimètres au-dessus de la tête du pauvre homme apeuré, puis il s'approcha lui aussi d'Impa.

- Sors ta lame, ordonna-t-il sur un ton intimidant.

- Quoi ? Mais…

- Sors ta lame !

Voyant qu'il commençait à devenir violent, elle prit sa serpe dans sa main droite et Kal vint lui prendre aussitôt.

- Tu as vu ça ? dit-il en s'adressant à l'autre Yiga.

- Elle est comme neuve ! répondit-il.

- Exactement.

Il s'avança vers leur prisonnier qui se retenait de crier sous peine de ne plus jamais pouvoir le faire…

- Je te parie qu'elle n'a encore jamais tranché une gorge.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Rends-moi mon arme, Kal ! fit Impa.

Il la rendit aussi facilement qu'il ne l'avait prise, l'autre assassin partit surveiller si personne ne s'approchait trop près.

- Tue-le, Impa, ajouta l'assassin.

Ses coéquipiers l'avaient attirée dans un piège. Les doutes sur elle se faisaient beaucoup trop nombreux. Mais elle ne pouvait pas faire une telle chose. Sans rien dire, elle recula d'un pas, signe qu'elle ne voulait pas faire ce qu'on lui demandait.

- Et bien quoi ? T'en es pas capable ? provoqua Kal.

- C'est une perte de temps…

- J'ai toujours su que quelque chose clochait chez toi, tu nous caches des choses.

Impa répondit par un soupir, geste qui fit tout basculer, car son absence de réponse admettait tout ce que le Yiga disait.

- J'en étais sûr, tu n'es pas une Yiga et tu n'as jamais tué personne.

La colère montait chez la Sheikah, cette mission était une erreur depuis le début, et cela durait depuis beaucoup trop longtemps. Il fallait y mettre un terme, de toute manière, elle était démasquée.

- J'en ai assez de ton comportement, Kal !

Celui-ci attrapa par le bras Impa et la poussa vers l'arbre où l'innocent était attaché.

- Alors tue-le et je te laisserai tranquille !

Son regard croisa celui de l'homme ligoté, elle lui fit un clin d'œil pour essayer de le rassurer. Elle n'allait pas le tuer.

En tout cas, pas lui.

- Allez, vas-y, continua l'assassin qui s'avança juste derrière la Sheikah, prouve-moi que tu n'es pas une traîtresse.

- Tu ferais mieux de te taire, conseilla-t-elle en resserrant l'emprise qu'elle avait sur son arme.

- Par Ganon ! Tu vas tuer, oui ou non ?! cria Kal.

Impa obéit aux ordres du Yiga et planta sa lame dans l'abdomen de celui-ci, geste qu'elle avait du mal à comprendre. Mais elle se rassura en se disant qu'elle n'avait pas le choix et qu'au nombre de meurtres que Kal avait commis, ce n'était pas un homme qu'elle avait éliminé. Le sous-fifre s'écroula au sol, la Sheikah s'empressa de libérer l'innocent. Celui-ci fuit sans un remerciement, ce qui devait être dû à la tenue dans laquelle se trouvait Impa.

Elle retira son masque blanc et le jeta au loin. Cet acte de trahison allait réveiller la malédiction, celle qui tombait sur les traîtres. Pourtant, elle se sentait très bien, et son hypothèse qu'elle avait depuis quelques mois se confirma. Ganon ne perdait pas son temps à châtier des traîtres, les Yigas n'étaient que des simples pions sans importance comparé à sa puissance. Tout cela se révéla évident pour Impa. Le dernier Yiga du trio revint en courant et découvrit la scène.

- Katlyn vous ment, il n'y a pas de malédiction, il n'y en a jamais eu ! Vos incantations ne servent à rien, vous ne croyez que ce que vous voulez croire. Ce ne sont que des paroles, un simple moyen de pression sur vous ! Je viens de le comprendre, expliqua Impa à l'assassin qui avait la ferme intention de mettre fin à ses jours.

Celui-ci la poussa et elle tomba au sol, il la menaça avec sa serpe.

- Qui es-tu, traîtresse ?!

- Retire ton masque et cesse de vivre dans le mensonge comme je l'ai fait pendant dix ans, fit la Sheikah.

Le Yiga abattit son arme en direction de la traîtresse de son clan, mais celle-ci roula sur le côté et se redressa rapidement avant d'assommer l'homme en rouge avec une pierre qu'elle avait ramassée.

- Je suis Impa, cheffe du village de Cocorico et au service de la famille royale, et j'ai deux mots à dire à Sa Majesté.

OoOoOoO

- Alors… Je… Je suis rentrée au château, je me suis excusée à l'avance auprès de votre père pour ce que j'allais lui dire mais je devais le faire. Et j'ai laissé éclater ma colère sur lui, je lui ai dit ce que je pensais. Je lui ai dit que ce qu'il m'avait fait subir était impardonnable, que la mission d'infiltration avait duré presque dix ans pour rien. S'il avait accepté sa faiblesse, s'il avait accepté d'être humain lors de la mort de votre mère, nous n'en serions pas là aujourd'hui…

Le magistrat adjoint était en pleurs devant les deux élus qui l'écoutaient attentivement.

- Et… comment a-t-il réagi ? demanda Zelda.

- Il m'a comprise. Il s'est vaguement excusé et m'a dit qu'il me laisserait vivre ma vie comme je l'entendais, et qu'il ne recommencerait plus jamais… Je ne pensais vraiment pas réussir à lui faire comprendre, mais en dix ans, il était passé à autre chose, son deuil avait été fait.

- Vous avez sacrifié dix années de votre vie… pour ma famille…

Link, lui, hésitait à dire quelque chose, et bien qu'il n'était pas relié à cette histoire, celle-ci le bouleversait.

- C'est de ma faute… Je n'aurai jamais dû accepter cette mission… sanglota Impa.

- Non, vous n'y êtes pour rien, Dame Impa, assura la princesse qui prit la main de la Sheikah pour la rassurer, il est entièrement responsable, tout le monde se soumettait à ses ordres et personne n'osait s'opposer à lui jusqu'à vous.

- Vous étiez trop jeune, mais si vous aviez vu comment il se comportait envers les autres, personne ne le reconnaissait, et je ne voulais pas que… que vous subissiez cela vous aussi. Je vous jure qu'il vous aurait détruite moralement…

- Je comprends.

- C'est un père très dur, encore aujourd'hui même si toute cette histoire l'a bien fait changer.

- Pourquoi ne m'avoir rien dit lorsque nous nous sommes retrouvées, à Cocorico ?

- Le roi n'assumait pas sa bêtise, il lui a fallu du temps pour accepter mais j'ai finalement réussi à le convaincre. Il est donc venu me donner son accord tout à l'heure.

Link et Zelda se regardèrent, cette révélation les touchait.

- Je ne sais si… je pourrais pardonner mon père, avoua la princesse.

- Je suis de tout cœur avec vous, Dame Impa, fit Link.

Surprise des paroles du héros, la Sheikah fut touchée.

- Merci, Link.

- J'aimerais pouvoir vous aider davantage, déclara Zelda.

- C'est gentil de votre part, Princesse. Mais je vais m'en sortir, je ne suis rentrée que depuis deux mois, je vais passer à autre chose.

Désolés pour la cheffe de Cocorico, les élus la rassurèrent en lui affirmant qu'elle avait fait les bons choix. Il était rare de voir Impa pleurer, cela émut la princesse. Maintenant qu'il n'y avait plus de secrets, Zelda voulut parler à son père. Mais un étrange bruit qui venait de la citadelle retentit.