Bonsoir, bonjour. Cela fait très longtemps que je n'ai pas posté un texte sur OP. Octobre dernier il me semble. La page blanche, les études, le confinement...Je reviens avec un nouveau jeu du Forum de Tous les Périls. Pendant une semaine, des thèmes sont proposés chaque jour et nous devons écrire sur une catégorie de personnages particuliers. Cette semaine, c'est la SpecialShip Week, avec à l'honneur les couples rares et improbables. Je vous présente donc un texte sur Shakky et Brook !

Disclaimer : Rien ne m'appartient, tout est à Oda !


Les notes flottaient dans l'air et accompagnaient les bruits alentours. Les caisses tombaient sur le sol, le bois frappant contre la pierre. Le son se répétait sur tout le quai, agrémenté des grognements et des insultes murmurées par les marins. Les mouettes chantaient, au-dessus de leur tête, une mélodie connue d'elles seules.

Certains matins, Brook imaginait qu'un grand compositeur se terrait dans le fond des océans. Il se cachait dans des eaux que même les monstres marins peinaient à atteindre. Depuis sa cachette, il orchestrait chaque son, chaque cri et chaque bruissement des vagues pour créer une symphonie unique au monde. Le chant de l'océan.

Yorki riait aux éclats dès qu'il évoquait sa théorie farfelue. L'hilarité saisissait tout l'équipage, avant qu'il ne le réserve pour le faire taire. Mais le frisé prenait une grande inspiration pour entamer une balade, rapidement rejoint par ses camarades. Alors, les échos de la voix de Laboon les hantaient tous, il ne leur restait que leur chant pour lui rendre hommage.

La vieille aussi, il avait chanté. Les cordes vocales du musicien brûlaient, abîmées par l'effort. Cela ne l'empêchait pas d'humer durant sa balade sur le port. Sa démarche sautillante le plongeait dans l'inconnu et la découverte. Sa canne tournoyait autour de lui vigoureusement et suivait sa mélodie. Des malfrats lui jetaient parfois un regard sombre, auquel il répondait par un grand rire. Les apparences étaient trompeuses, il n'était guère désarmé et sans défense.

Les voyous devaient le deviner, puisqu'ils gardaient leur distance malgré ses provocations. Alors, le violoniste poursuivait sa route et admirait le paysage. Leur escale était une petite île printanière, recouverte de fleurs colorées. Les pétales parsemaient les routes et des arbres apportaient de la pénombre dans les allées. Le havre de paix était connu pour produire un alcool doux et sucrée, conçu à partir de pétales de cerisier.

Brook envisageait presque de prendre sa retraire dans cet endroit paisible. L'idée lui arracha un sourire. Le pirate ne coulerait jamais de vieux jours, son destin était déjà tout tracé. Les aventures s'enchaîneraient jusqu'à ce que mort s'en suive. La possibilité était amusante, presque ironique. Au milieu du chaos de Grand Line, ce petit bout de terre était un appel à la rédemption et à la fin des rêves.

Soudainement, le corps du musicien bascula. Le soleil l'éblouit et le força à plisser les yeux. La chute fut rude et un grognement menaça de lui échapper. Sa canne avait roulé à quelque pas de lui, tandis que ses lunettes de soleil étaient tombées de son nez. Sans ses verres, les bâtiments devenaient des tâches vagues et les personnes des silhouettes grossières. Toujours allongé, il tâtonnait du bout des doigts, quelque peu frustré.

Lorsqu'enfin le frisé remit ses lunettes, il aperçut une bande noir. Perplexe, il fronça les sourcils, tentant d'identifier l'objet. Une fine dentelle recouvrait le morceau de tissu qui se perdait entre deux globes de chaire. L'ouvrage était fin et délicat, surprenant même. Il cligna des yeux plusieurs fois, perturbé. Puis brusquement, sa respiration se coupa alors qu'il comprenait. Une petite culotte.

Dans la seconde, un pied s'abattit contre son visage avec violence. Le sang envahit sa bouche et sa tête frappa de nouveau la pierre. Brook porta ses doigts à son nez douloureux et s'aperçut qu'il saignait. Il pressa l'appendice pour arrêter l'hémorragie, soufflé par la puissance de l'attaque. Il était incapable de dire si l'écoulement avait été provoqué par le coup ou par l'émotion. Mais les images impies continuaient de tournoyer dans son esprit.

— Je peux savoir ce que tu as essayé de faire, pervers ? l'interrogea une femme.

La voix était douce et sensuelle. L'intonation était lente et caressante, comme le son d'un saxophone. Elle appelait à la débauche et à la danse. Une partition apparaissait sous ses paupières, composée de contrebasse et de piano. Il se retenait difficilement de fredonner et ses doigts de chercher les touches d'un clavier. Ses hanches désiraient se mouvoir, dans un tempo que seul lui entendait.

Lorsque le pirate se redressa sur ses coudes, il aperçut un sourire en coin qui illuminait le visage d'une femme aussi sombre qu'électrique. Ses bras étaient croisés sous sa poitrine et une cigarette était coincée au coin de ses lèvres. Elle l'observait, mi-taquine, mi-sérieuse. Ses courts cheveux noirs encadraient son visage rond et ses yeux noirs étaient plus obscures que les nuits sans lune.

Sur son chemin, Brook avait côtoyé des femmes de tous les horizons. De l'épouse à la pirate, de la noble à la serveuse d'un bar dansant. Il avait chanté et joué pour toutes les femmes de ces mers. Pourtant, aucune n'avait la force tranquille de l'inconnue. Elle lui souriait comme si elle le connaissait depuis toujours, sans crainte. Il se rassit, les jambes croisées et une main perdue dans sa tignasse obsidienne. Il n'avait jamais eu l'intention de jeter un œil aux dessous de la demoiselle. Les excuses étaient sur le bout de sa langue, brûlantes de remord. Mais il croisa une fois de plus ses yeux et la lueur amusée dans ses prunelles balaya tous les pardons.

— Pourriez-vous me remontrer votre petite culotte ? demanda-t-il brusquement d'une voix sérieuse.

Un silence de marbre entoura les deux étrangers. Les mouettes s'étaient tues, tout comme les bruits du village. Le violoniste blanchit en réalisant qu'il avait osé émettre une telle demande. Le pirate se crispa, les yeux fermés et se prépara à encaisser le prochain coup. Son expérience lui permettait d'imaginer toutes les répliques possibles de la jeune femme. Elle pourrait l'étrangler ou le brûler vif. Peut-être même le soulager de sa virilité. Ou pire. Lui trancher les cordes vocales.

L'épéiste sursauta quand il sentit deux doigts soulever son menton. Stupéfait, il observa l'inconnue qui s'était accroupie, un sourire plus grand aux lèvres. Elle souffla sa fumée sur son visage, provoquant une petite toux chez le musicien. Toujours choqué, il resta immobile quand elle se pencha pour chuchoter quelques mots au creux de son oreille :

— Seulement si tu me chantes un air.


— Pourrais-je voir votre petite culotte, mademoiselle ?

La claque résonna dans tout l'établissement sous les rires gras des clients. Le gifle était accompagnée du cris d'indignation de la jolie serveuse et de menaces s'il s'approchait encore. Brook soupira de dépit, sous le rire de Yorki. Son capitaine était tordu de rire contre le comptoir et sa choppe tressautait dans sa main. Il finit par le rejoindre, son rire particulier résonnant dans l'espace clos.

Ses camarades le chambrèrent devant le vent qu'il s'était pris. Ils tentaient de lui expliquer qu'il n'aurait plus jamais de conquêtes s'il sortait cette phrase perverse à chaque jeune femme qu'il croisait. Mais le pianiste faisait la sourde oreille, grattant son violon avec un air distrait.

Les choppes vides s'accumulèrent à leur table et les cris se firent plus fréquents. Les hommes devenaient rouge et suaient, sous le regard lucide du frisé. Ses yeux s'égarèrent sur les autres ivrognes, voguant de table en table.

Brook reconnut immédiatement la chute de rein et la position provoquante. Penchée contre le comptoir, Shakky fumait une de ses précieuses cigarettes. Un sourire éclaira le visage du plus âgé, tandis qu'il quittait sa table et ses camarades. Comme toujours, la jeune femme l'avait repéré bien avant qu'il ne remarque sa présence. Elle l'attendait, patiemment, avec un verre d'alcool fort. Le chanteur héla le patron, réclamant un autre verre et se posa aux côtés de sa compagne de buverie.

— C'est une mauvaise habitude que tu prends, Brook, l'avertit-elle de sa voix chaude et taquine.

L'épéiste pouffa de rire à l'avertissement à peine voilé. Sa route avait croisé plusieurs fois celle de la pirate. Leurs Log Pose se rejoignaient de temps à autre. Il profitait alors de la compagnie de la brune, pour une nuit ou une journée. Ou même quelques heures. Son capitaine avait notifié ses disparitions, mais il n'avait fait aucun commentaire. Comment reprocher à un musicien de tomber pour une sirène ?

À force de jouer, Brook se perdait dans les parties. Lorsque la fumeuse disparaissait au petit matin, il cherchait sa présence. Il taquinait les autres femmes et les outrait. Ses propos dépassaient un peu plus les limites à chaque fois. Les gifles étaient plus fréquentes, tout comme les insultes. Aucune n'avait le répondant et la répartie de son amie. Aucune n'avait le culot de lui glisser des mots aguicheurs avant de le mettre à terre. Aucune ne maîtrisait l'art du chaud et du froid mieux que la pirate.

Ainsi, lorsqu'ils se retrouvèrent après tant d'années, Brook ne put se retenir. Ses muscles avaient disparu, tout comme ses yeux noirs. Ses cheveux et ses os persistaient mais son cœur s'était décomposé. La mort l'avait cueilli une fois, avant que Davy Jones ne le ramène. Mais sa voix et ses mauvaises habitudes restaient.

— Brook, si tu finis cette phrase…le menaça Nami sous le rire de Shakky.

La rouquine le frappa, pourtant, le bretteur termina sa phrase. Son regard soutenait celui rieur de la fumeuse, qui n'avait pas pris une seule ride. Elle était aussi intemporelle que lui, piégée dans une époque qui n'existait que dans leur mémoire. Il n'expliqua pas à ses camarades qu'il connaissait la gérante du Bar de l'Arnaque. Il n'écouta pas la navigatrice le sermonner. Il se contentait d'écouter la douce voix de Shakky qui lui remémorait la douleur de ses coups et la tendresse de ses caresses.