Merci à Shadedwords et Vagabondedarcy pour leurs reviews.

Et merci à Vagabondedarcy pour avoir mis la fic en Alert et Favoris !

Bonne lecture !

DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.


L'horreur

Mélanie

C'était mon premier raid en compagnie de Jared et les autres.

Gaby n'avait pas pu venir, évidemment, mais elle m'avait donné quelques conseils au cas où on tomberait sur un Traqueur ou une âme.

J'avais repris ma fausse identité : Épine-de-Feu. Avant de partir, Gaby m'avait fait revoir mon scénario d'âme venue du Monde de Feu. J'avais avoué que j'aurais aimé qu'elle vienne, mais elle avait refusé. Malgré l'amour qu'elle nous portait, elle ne se sentait pas capable de voler les siens. Je la comprenais, au fond, même si ça me désolait.

Et ce qui me chiffonnait encore plus était que Jared ne me laissait pas beaucoup participer. Nous avions beaucoup roulé puis attendu la nuit, près d'un grand magasin, pour entrer dedans et prendre tout ce qu'on pouvait.

Non, en fait, ce que j'espérais, c'était trouver un moyen de me renseigner au sujet d'Espérance. Mais Chicago était loin, et je ne voyais pas pourquoi ses parents feraient un déplacement par ici. J'étais tentée d'interroger d'autres âmes, mais je ne pouvais pas interroger le premier venu ! Les âmes étaient peut-être une grande famille, mais elles ne se connaissaient pas toutes à travers la planète !

Le voyage était crevant, nous ne faisions aucune pause entre les magasins. Si Gaby était là, elle aurait pu nous trouver un refuge, nous réserver des chambres d'hôtel…

Une autre chose retenait mon attention : la médecine. J'en avais parlé à Doc et Jared. Le premier était très tenté, mais le deuxième n'aimait pas trop l'idée. Qui sait ce que ces produits nous feraient ? Je leur avais rappelé que Gaby les avait utilisés pour me sauver, mais ils n'avaient pas accepté l'idée qu'on tente de piller une pharmacie ou une clinique.

Autant dire que je ne sers à rien, pensai-je en soupirant.

Nous roulions sur une route en bordure d'une station-service, quand Jared dut s'arrêter. Les jauges étaient presque vides.

Enfin, on pouvait bouger un peu ! Il me dit de rester pendant qu'il faisait le nécessaire. Ce n'était pas dur, on n'avait plus à payer, une seule personne pouvait sortir faire le plein puis repartir.

Dépitée, je m'affaissai sur mon siège, quand j'aperçus une personne qui sortait de la boutique. Je me raidis en voyant son visage. On aurait dit… Feuille-qui-Danse, le père d'Espérance !

Je ne réfléchis pas plus, j'enfilai mes lunettes de soleil et sortis du véhicule.

« Mel ! À quoi tu joues ? » siffla Jared en manquant lâcher la pompe.

Je lui fis signe de se taire, puis marchai vers l'homme.

« Feuille-qui-Danse ? »

Il se tourna vers moi et parut un peu perdu.

« Je suis Épine-de-Feu ! Vous vous rappelez ? J'étais chez Vagabonde, à Chicago, pendant quelques jours ! »

« Oh ! Oui, ça me revient. Bonjour, Épine-de-Feu. Vous avez des nouvelles de Vagabonde ? Elle semble avoir disparu, ma femme et moi sommes très inquiets. »

« Non, je ne savais pas. Elle a disparu, vous dites ? Comment c'est possible ? »

Un bruit dans mon dos m'indiqua que Jared avait reposé la pompe et qu'il s'approchait de moi, maintenant. Feuille-qui-Danse leva la tête vers lui avec l'air interrogateur.

« Oh, pardon ! C'est mon compagnon, Parle-dans-le-Vent. Chéri, je te présente Feuille-qui-Danse. »

« Bonjour », dit Jared d'une voix neutre.

« Bonjour, Parle-dans-le-Vent. Pour revenir à votre question, Épine-de-Feu, des Traqueurs ont mené l'enquête, mais ils n'ont pas retrouvé Vagabonde. Et vous ? Vous n'avez aucune idée d'où elle pourrait être ? »

« Peut-être qu'elle avait envie de changer de décor ? Voir de nouveaux lieux, vivre de nouvelles expériences… »

« Sans prévenir l'université ni sa Tutrice ? Ça m'étonnerait. Et puis, elle ne nous a pas prévenus, du coup nous avons dû chercher quelqu'un d'autre pour garder Espérance. »

Voilà, on y était ! Le sujet important.

« Comment va la petite, à propos ? »

Je vis le visage du mille-pattes s'assombrir.

« Elle est impossible ! Je… je ne sais pas quoi faire. Elle a eu une longue crise pendant plusieurs jours, parce qu'elle faisait ses dents. Nous avons bien utilisé notre médecine pour l'aider, mais… ça ne résout pas le problème sur le long terme. Et puis, je crois que l'absence de Vagabonde l'affecte. Plus le temps passe et plus je pense qu'une insertion serait la solution à tous nos problèmes. »

Je serrai les poings et voulus rétorquer, quand Jared intervint.

« En quoi mettre une âme dans le corps du bébé changerait les choses ? Elle poursuivrait sa croissance et ce serait toujours aussi douloureux. »

« Moins pour une âme adulte. Elle endurerait plus facilement les sensations et se calmerait vite, après ça. »

Je regardai cette âme avec incompréhension. Pourquoi semblait-il si acharné à l'idée de lui faire une insertion ? On aurait dit qu'il en avait personnellement après le bébé…

« Excusez-moi, je dois y aller. Ma femme et ma fille m'attendent. »

« Vous n'habitez plus à Chicago ? »

« Non, nous avons déménagé à Tucson. »

Je lançai un regard en coin à Jared. Cette ville était très proche de notre cachette, du coup personne n'avait jamais fait de raid là-bas, c'était trop dangereux. Mais si Espérance y était…

Je saluai l'âme et nous remontâmes en voiture. Nous roulâmes un moment en silence.

« Tu as pris de très gros risques ! » gronda Jared.

« Je devais lui parler. Il fallait que je sache. »

« Au risque de nous griller ? »

« Jared, est-ce que tu réalises que rien de grave ne s'est produit ? Ce n'est pas la première fois que je fais ça. Je gère ! Et j'ai appris des choses qui vont faire plaisir à Gaby. La petite est tout près ! »

« Non. C'est hors de question ! »

« Quoi ? »

« On n'ira pas à Tuscon chercher la petite ! Pourquoi crois-tu qu'on n'a jamais fait de raid là-bas ? Ça pourrait tous nous condamner ! »

« Tu as vu comment ce mille-pattes parlait d'elle ? Il ne supporte pas qu'elle soit humaine ! »

« Oui et c'est bizarre, d'ailleurs. On dirait qu'il a une dent contre elle. »

Je pensais la même chose. Il y avait quelque chose de louche là-dedans.

Finalement, nous rejoignîmes les grottes. Tandis qu'on déchargeait celui contenant la nourriture et le matériel, je regardai les autres décharger celui contenant des corps. Nous avions deux personnes sur lesquelles tenter une extraction.

Lorsque nous arrivâmes à l'infirmerie, je fus surprise de voir Jamie en sortir avec Trudy. Tout content, il me fit un câlin, quand je remarquai qu'une manche de son pantalon était déchirée et tachée de sang. Il avait un bandage.

« Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »

« Je suis tombé avec un couteau à la main. Doc vient de me soigner, il m'a dit d'aller me reposer. »

« Gaby est dans le coin ? » demanda Jared en regardant alentour.

« Non, elle est avec Ian, Lily et Wes. Ils jouent au foot. »

« Bien, alors veille à ce qu'elle ne s'approche pas de l'infirmerie. Dis-lui de m'attendre dans ma chambre ! J'ai une super bonne nouvelle à lui annoncer. »

« Mélanie… » m'avertit Jared.

« Oh, tais-toi ! »

Il soupira, puis poursuivit son chemin vers l'infirmerie avec les autres.

Je regardai Jamie s'éloigner avec inquiétude. Comment avait-il pu se faire ça ? J'avais presque envie de le gifler, mais il souffrait déjà. Inutile d'en rajouter.

Je suivis Jared et Kyle à l'intérieur. Là, je regardai Doc commencer son travail. Enfin, si on peut appeler ça un travail. C'était… horrible ! Il ouvrait le crâne et puis tentait d'enlever le parasite, mais ça tournait toujours à la boucherie ! Ces saletés semblaient très résistantes et s'accrochaient au cerveau comme des sangsues.

Il finissait toujours par les enlever et les mettait sur un torchon à part. Quand il eut échoué avec le dernier, je portai la main à mon ventre pour me retenir de vomir.

Mon regard se posa sur les âmes mortes, posées sur la table d'opération. C'était une bouillie de petites choses argentées, avec du sang très clair mêlé à celui des humains. C'était donc à ça que Gaby ressemblait ?

L'opération avait été dure, Doc avait tant bataillé que du sang argenté avait giclé par terre et sur les murs. Il avait visiblement le cœur moins bien accroché que moi, car il tomba à genoux et prit son visage dans ses mains en sanglotant.

« Là, là… C'est fini, Doc. C'est fini. Ne le prends pas trop à cœur », dit Jeb.

J'entrepris de mettre des couvertures sur les corps des humains morts. Encore des gens qu'il faudrait enterrer dans le désert…

« NOOOOOOOOOOOON ! »

Surprise, je me retournai et vis que Gaby se tenait dans l'entrée. Elle avait l'air horrifiée, son visage était méconnaissable.

« Doc, à l'aide ! » dit Jeb.

« Qu'est-ce qu'elle a ? » demanda Kyle.

« Une crise ? » demanda Doc.

« Qu'a-t-elle vu ? » demanda Jared.

« Rien… rien. Les corps étaient couverts ! » dit Doc.

Gaby releva brusquement la tête avec l'air outré. Je réalisai alors que tous les corps n'étaient pas couverts. Ceux des humains, oui, mais les âmes, non.

Elle tomba en avant, quand Jared courut la rattraper. Elle fut prise d'un violent soubresaut et sembla se retenir de vomir.

« Gaby ? Gaby, tu m'entends ? » lui dis-je en me penchant vers elle.

« Elle est consciente ? » demanda Jeb.

« Je crois qu'elle va vomir », dit Jared.

Et c'est ce qu'elle fit. Je lui mis les cheveux en arrière pendant qu'elle vidait son estomac.

« Qu'est-ce qu'on peut faire, Doc ? » demanda Jared.

« Tenez-la. Empêchez-la de se blesser. »

Quand elle eut fini de vomir, elle se mit à se débattre.

« Lâchez-moi ! Ne me touchez pas ! Vous êtes des monstres ! Des barbares ! »

Elle se mit à se débattre encore plus fort. Je ne l'avais jamais vue réagir comme ça. On aurait dit qu'elle avait la rage.

« Du calme, Gaby ! Du calme. Tout va bien », dit Jared sans la lâcher.

« MONSTRES ! »

« Lâche-la, Jared », lui dis-je.

« Quoi ? Mais elle… »

« Elle a une crise d'hystérie », dit Doc. « Tenez-la. »

« Non ! Laissez-la partir ! »

Je saisis Jared aux épaules et l'écartai d'elle. Je la regardai courir vers la sortie, quand Kyle se précipita pour la retenir. Je me plantai devant lui et esquissai le geste de le frapper, ce qui le retint aussitôt. Bien !

Pourtant, j'entendis un bruit dans mon dos signalant qu'on retenait Gaby. Je me retournai et compris en voyant que Ian venait d'arriver dans la pièce. Il avait percuté Gaby alors qu'elle sortait.

« Gaby ? »

Elle me tournait le dos, je ne pouvais pas voir son visage, mais son expression devait être mauvaise, car il parut choqué, presque effrayé. Elle en profita pour sortir de la pièce en courant.

« Gaby, attends ! Gaby… » criai-je en courant après elle.

« TOI, NE M'APPROCHE PLUS ! DÉGAGE ! »

Ces mots me firent ralentir, puis arrêter de courir. Ian me dépassa pour continuer de la poursuivre.

Je me penchai pour poser mes mains sur mes genoux et fermai les yeux. Quelle imbécile ! J'étais la reine des idiotes. Tout était de ma faute, du début à la fin.

Je n'entendis pas Jared me rejoindre, mais quand je sentis ses mains se poser sur mes épaules, je me dégageai. Il me dégoûtait, mais pas autant que moi-même. J'étais écœurée par tout ça. Le sang, la haine, cette situation, le fait que Gaby se sente trahie, que je lui en veuille pour ce carnage que les siens avaient commencé en premiers, puis ce que nous faisions depuis lors pour contre-attaquer… Je détestais tout ça ! Je détestais les âmes, je détestai Gaby pour sa faiblesse et ses réactions, je détestais ma propre hypocrisie et je détestais le fait de… de détester !

Fatiguée, je marchai mollement vers ma chambre. Arrivée là, je m'assis sur mon matelas et attendis un peu.

Environ une heure plus tard, Jared revint me voir et me dit qu'on avait retrouvé Gaby. Elle s'était isolée au fond du stade, près du mur de l'autre côté de la source.

J'attendis l'heure du dîner pour aller la voir. Je pris un plateau avec un peu de nourriture, dans l'espoir que ça aiderait.

Arrivée là-bas, je la trouvai assise contre le mur. Les mains nouées autour de ses genoux relevés, elle fixait le vide avec un visage dépourvu d'expression. C'était comme si elle s'était isolée à l'intérieur du corps qu'elle occupait. Elle semblait s'être coupée de tout, du monde et de ses horreurs.

Je m'approchai. Le bruit de mes pas la fit sursauter. En me voyant, son visage se ferma comme une huître et ses yeux brillants de fureur me scrutèrent.

« Je… Je t'ai apporté à manger. »

Elle ne réagit pas. Toujours ce masque de colère.

Je posai doucement le plat devant elle, comme si je risquai de le briser, puis regardai autour de moi avec l'air perdu. Quand je fis un pas sur le côté pour venir m'asseoir près d'elle, elle se recroquevilla. Cela me fit plus mal que toutes les injures ou les cris qu'elle aurait pu me jeter à la figure.

« Gaby, je… je suis désolée. »

Elle se contenta de me regarder sans rien dire.

« Je te jure que je ne savais pas. Avant qu'on arrive ici, j'ignorais ce qu'ils faisaient ! Plus tard, après avoir empêché les garçons de te tuer, Jared m'en a parlé. Il m'a avoué pour les extractions. Il… Il se demandait si on pouvait tenter ça sur toi. »

Je crus voir un léger tic agiter son visage, mais peut-être avais-je rêvé ?

« Je lui ai demandé de te laisser. Je ne voulais pas qu'on te fasse ça, parce que je tenais déjà à toi. Je… S'il te plaît, dis quelque chose ! »

Elle resta de pierre. Là, je sentis la colère monter.

« Sérieux, tu te prends pour qui, hein ? Miss sainte nitouche qui vit au pays des licornes et des bisounours ?! C'est vous qui avez commencé en nous effaçant ! À cause des tiens, j'ai perdu mon père, ma mère, j'ai perdu toute ma vie ! »

Tandis que je crachais ces mots, les larmes me montèrent aux yeux et mes épaules furent agitées de soubresauts.

J'entendis du bruit dans mon dos. Je vis Ian sortir de l'ombre et me regarder avec un avertissement dans les yeux, mais je m'en fichais. Il était aussi hypocrite que nous, voire plus. Il avait eu le culot de la séduire alors qu'il aidait aux extractions, avant.

« Mélanie, laisse-la tranquille. »

« Oh, toi, la ferme ! Et toi… »

Je la pointai du doigt.

« Je me fiche de ce que tu penses. Tu n'es pas humaine, tu ne peux pas comprendre ! Tu n'es qu'un parasite et je te déteste. JE VOUS DÉTESTE TOUS, SALES MILLE-PATTES ! »

Je donnai un coup de pied dans le plateau, renversant son contenu qui roula au pied de Gaby. Elle ne tressaillit même pas. Je compris qu'elle n'en attendait pas moins de moi : de la violence, de la haine. Des choses typiquement humaines.

Ne pouvant en supporter davantage, je quittai la pièce à grands pas.

Malgré les larmes et le chagrin, je courus jusqu'à ma chambre et là, je me laissai retomber sur le matelas.

Je pleurai vaguement. Je sentais les larmes couler, mais je restai immobile.

Vidée par tous ces événements, je cédai à la fatigue et m'endormis.