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Chapitre 17 : Les bons gars finissent les derniers


Lundi 7 juillet 2014

Nous avions passé un jour de plus dans la chambre d'hôtel, dormant et mangeant toute la nuit et la journée, d'un commun accord, afin de prendre un repos mérité. J'avais discuté avec mes amies des ombres, des monstres, partageant nos hypothèses, mais évidemment, nous n'étions pas arrivées à grand chose. Ma plus grande inquiétude sur le moment, c'était la réaction des militaires face à la nature de Mio. Car c'était qu'il y avait à Hachinohe. On n'avait même pas eu besoin de conduire longtemps avant de les rencontrer.

Ce fut évidemment la première chose qu'ils vérifièrent à l'instant de notre rencontre avec eux.

Les hélicoptères nous avaient repérées beaucoup plus vite que je ne l'aurais pensé. À peine notre camion roulait sur la grande route, que des immenses faisceaux lumineux nous avaient éblouis, le bruit de leurs hélices brassant l'air était si assourdissant que je ne comprenais qu'à peine leurs ordres crachés à travers un mégaphone.

Ils ne nous avaient pas tiré dessus. Ils n'avaient pas exécuté Mio même en ayant découvert sa nature. Ils nous avaient seulement dit qu'ils nous emmenait à l'hôpital de Hachinohe. C'était tout ce que j'avais eu besoin de savoir sur le moment.


Le voyage fut beaucoup plus long que je l'aurais pensé. Ou plutôt, coincée ainsi entre des soldats armés jusqu'aux dents à l'arrière d'un camion roulant vers un sort incertain, le tout dans un silence de mort, le trajet me paraissait durer dix fois plus longtemps. J'avais l'impression d'étouffer, les odeurs de transpirations, de poudre et de métal se mélangeait pour former une atmosphère pesante et lourde. Je sentis une goutte de transpiration couler lentement sur ma tempe, autant par la chaleur que par le stress. Dans quel bourbier on allait se retrouver, cette fois ? Qu'est-ce qu'ils allaient nous demander de faire ? Un tas de scénarios possibles tournaient dans ma tête. Je savais parfaitement ce qui pouvait être encore pire que ce que j'avais déjà vécu. Et si on tombait dans un camp similaire à celui du camping, avec Ren ? Mais tenu par des soldats déserteurs ou ayant juste complètement pété les plombs ? Je réfléchissais déjà à un moyen de nous en sortir. Il fallait que j'observe le plus de choses possibles dès que le camion s'arrêtera. Voler un groupe de jeunes et s'enfuir, d'accord. Mais des militaires entraînés ? Je jetais plusieurs coups d'œil à mes amies. Yui avait les genoux serrés contre elle, je ne voyais pas son expression, étant du côté de son cache-œil, mais elle semblait juste s'être résolue à son sort. Contrairement à Mio, qui gardait la tête droite, fixant un point invisible en face d'elle mais ne bougeant pas d'un iota comme si elle savait que le moindre de ses mouvements allait faire réagir les soldats.

Le véhicule fini enfin par ralentir, et à peine le moteur éteint que le tissu fut relevé, laissant apparaître une zone bétonnée plongée dans la pénombre. Plusieurs des hommes descendirent avant nous, avant qu'ils ne nous autorise à sortir.

Exactement comme ils nous l'avait annoncé, le camion était garé devant un hôpital, dont on pouvait voir l'intérieur à travers les baies vitrées, baigné de lumières tamisées. Ils avaient de l'électricité... j'avais perdu l'habitude de voir des grands pièces autant éclairées. Je regardais autour, l'entièreté du parking était occupé par des véhicules, des tentes, et un nombre impressionnant de soldats s'affairaient à leurs affaires, participant à l'ambiance bourdonnante de la zone.

En entrant dans le bâtiment, un homme en blouse blanche étonnamment propre nous accueilli d'un air avenant.

– Des enfants ! C'est tellement rare...

Je n'aimais pas qu'on me désigne ainsi, mais je gardai mes mâchoires closes, peu enthousiaste à l'idée de recevoir un coup si je commençais à les ouvrir. Je l'entendis demander "laquelle ?" avant que l'un des soldats ne pointe Mio d'un geste du bras. Heureusement, la seule chose dont s'occupa le médecin, ce fut de passer un bracelet rouge et blanc sur le poignet de mon amie, le genre de bracelet en plastique avec une attache autobloquante. Voilà qu'il l'a marquait comme du bétail, maintenant. Aucune d'entre nous n'osait décrocher un mot, comme si on se demandait quelle épreuve nous attendait cette fois. Au milieu de ces adultes agissant habituellement, on ressemblait à trois animaux sauvages maltraités essayant de prendre le moins de place possible. Yui avait saisit mon poignet en tremblotant légèrement, et moi, je me sentais comme prête à exploser. J'étais définitivement sur mes gardes, attentive à chaque mouvement, et je reculais instinctivement dès qu'un étranger réduisait la distance entre nous.

Ayant remarqué nos attitudes méfiantes au possible, le médecin se mit à tenter de nous rassurer, en nous disant qu'il n'y avait rien à craindre et d'autres paroles creuses que je n'écoutais pas. Néanmoins, il commença également à nous expliquer que si on avait des blessures ou des douleurs, tous les soins nécessaires nous seraient apportés. Cette fois, je réagis.

– Et combien ça va nous coûter ? Qu'est-ce qu'on va devoir faire en échange ?

Le docteur sembla surprit de ma question. Je n'eus aucune réponse de sa part, car l'un des militaire sembla vouloir accélérer les choses. Il se posta devant nous, droit comme un piquet.

– Bien, voilà ce qui va se passer. Premièrement, douche pour tout le monde. Ensuite, examens physique et psychologiques complets. Après, quartier libre et repos. Allez.

Il fit plusieurs gestes avec son fusil pour nous inciter à avancer. J'avais presque envie de me mettre au garde à vous et crier un "oui chef" devant le ton employé. Il nous fit pénétrer dans une grande pièce, refermant les portes à double battant derrière nous. Il s'agissait d'une douche commune. Les murs et le sol était couverts de carrelage blanc, légèrement creusé au niveau de la bouche d'évacuation au milieu. Il y avait des miroirs, des lavabos, des rampes accrochées au mur, à côté des tuyaux de douche en métal. Des serviettes blanches étaient pliées sur un unique meuble, à côté des portes, avec ce qui semblait être des habits bleus clairs. Alors ce n'était pas une plaisanterie ou un piège ? On avait vraiment le droit de se laver ? Je regardais les murs et les coins du plafond, mais ne repéra aucune caméra ou quoi que ce soit de suspect.

Je tournais le robinet de l'un des lavabo. De l'eau translucide coula. Jamais je n'aurais cru être aussi heureuse de voir ça, et en profita pour boire. À côté de moi, Yui avait déjà commencé à retirer ses vêtements, sans se poser de questions, et je devais dire que moi aussi, j'avais envie de profiter d'une douche sans me poser de questions. Seule Mio restait très nerveuse.

– Ça va aller, non ? J'veux dire, tu serais pas ici avec nous si..., commença Yui.

Elle ne termina pas sa phrase, mais chacune d'entre nous avait comprit. Moi, je n'en étais pas totalement convaincue, il y avait quelque chose, c'était certain que les adultes n'allaient pas juste laisser une personne comme Mio libre d'aller et venir sans surveillance. Cette dernière resta silencieuse, donnant le change, mais je pouvais voir toute son angoisse dans ses mouvements légèrement saccadés.

Je commençais à me déshabiller aussi. Bon sang que mes habits étaient sales, j'avais l'impression de me retirer la peau en enlevant mon t-shirt tellement le tissu de ce dernier était gras et collant. Mon jean était couvert de tâches, presque raide et huileux par endroit. Sans parler de leur odeur, ça sentait la décharge, le vieux vestiaire et la viande avariée en même temps. Comment est-ce que j'avais pu porter ces trucs horribles aussi longtemps ?

Je me fixais ensuite dans les miroirs, passant mes doigts sur les balafres de mon visage. Ma peau était d'une pâleur morbide, tout comme le reste de mon corps, on voyait clairement mes côtes et la plupart de mes os ressortir. Je retirais en dernier le bandage jaunit recouvrant ma main gauche, découvrant les chairs mutilées et cicatrisées couvertes de sillons. Ma main droite portait également les stigmates de la pire nuit de ma vie, sous la forme d'une cicatrice circulaire sur la paume et le dos. Et ce n'était pas tout, la seule marque s'étant plus ou moins bien soignée trônait au niveau de ma clavicule, au-dessus de mon sein droit. La balafre formant trois feuilles se rejoignant en un point, forme taillée au couteau par Anko. Je n'avais toujours pas compris pourquoi elle avait tranché ce signe spécifique dans ma chair. Alors que j'étais occupée à faire l'inventaire de mes trophées de bataille, je vis le regard de Mio se pencher vers moi dans le miroir.

– Qu'est-ce que c'est ? On dirait une... morsure... ?

Elle pointa les deux trous sur mon épaule gauche.

– Tout à fait. Offerte par une personne apparemment peu enthousiaste à l'idée d'être bloquée avec moi dans un plafond.

Une demi-seconde d'incompréhension, puis la réalisation, et enfin un regard confus et peiné, toutes ces émotions passèrent sur le visage de mon amie. Comme je l'avais supposé, elle ne se souvenait pas de ça.

– Ritsu, je-

– Tu es désolée et tu ne voulais pas faire ça, je sais bien..., la coupais-je.

Elle ne sut pas quoi ajouter, et moi non plus, alors je retournais à mes soins. J'ouvris le robinet de la douche et attrapai le pommeau. L'eau était à peine tiède, et pourtant, aucun mot ne serait décrire la sensation de bien-être que procura ce liquide sur ma peau. Nous avions l'habitude de nous baigner ensemble, et par curiosité, je jetais quelque coups d'œil aux corps de mes amies. Yui était déjà en train de se savonner les cheveux, et en plus de son orbite noir et vide, sa peau blanche était marquée de multiples petites balafres à plusieurs endroits, majoritairement sur les bras et le dos. Mio venait juste de retirer son haut, laissant apparaître son épaule et son bras entaillés par les crocs-lames d'un Trancheur. Elle ne m'avait jamais vraiment racontée comment ça lui était arrivé, mais-

– N'en profite pas pour te rincer l'œil.

La voix de l'ancienne bassiste me coupa dans mes pensées. Je souris légèrement en me passant la main dans les cheveux... uniquement pour voir des saletés non identifiées couler avec l'eau. Cette dernière était d'ailleurs d'une couleur particulièrement noirâtre. Difficile de deviner qu'un corps humain pouvait accumuler autant de crasse.

Je me savonnais et me rinçai plusieurs fois de suite, autant le corps que les cheveux, vidant presque la moitié de la bouteille de savon. Sur les lavabos se trouvait également plusieurs effets de toilette. Ils avaient pensé à tout. Je pu me brosser les dents, nettoyer les oreilles et même enfin couper mes ongles noircit. Il s'agissait d'hygiène basique, pourtant j'avais l'impression de me mettre sur mon trente-et-un pour une soirée.

Ils nous avait donné des tenues de patients d'hôpital. Ce n'était pas les blouses habituelles, mais plutôt des espèces de pyjamas bleus clairs, t-shirt à manches courtes et pantalons avec une ceinture élastique. Après m'être séchée, j'enfilais les deux habits, tirant et nouant sur les lanières du pantalon pour le tenir sur mes hanches. Il y avait aussi des chaussures d'hôpital, des sabots en plastique blanc. Je me sentais un peu ridicule la dedans.

– C'est fini, la dedans ? lança une voix masculine à travers la porte.

La suite se passa exactement comme le médecin nous l'avait expliqué. Pour l'instant, on ne nous avait rien demandé en échange, mais hors de question de baisser ma garde. Après avoir déambulé dans les couloirs blancs de l'hôpital, ils nous séparèrent, chacune dans une pièce différente. Je détestais ça. Être obligée d'obéir sans aucun contrôle sur rien, sans rien savoir de leurs intentions à long terme. De plus, en voyant la pièce blanche ou j'étais, ressemblant en tout point à un cabinet médical, et la vieille femme en blouse blanche qui m'attendait, je savais parfaitement ce qui allait se passait. J'avais déjà vécu ça.

– Bonjour jeune fille, je suis le docteur Saera, se présenta la femme. Quel est ton nom ?

Son visage ridé et marqué par l'épuisement témoignait des années d'un travail usant. Elle était plutôt petite, et semblait pouvoir s'écrouler sous le poids de sa grande blouse blanche. Bien que j'étais consciente de ne pas devoir me fier aux apparences, elle semblait déjà bien moins austère que les militaires. Je devrais pouvoir obtenir quelques explications.

– Ritsu. Dites, ou est-ce qu'on est, ici ?

La femme tapota la table d'auscultation, et après un peu d'hésitation, je grimpais dessus, lui faisant face.

– C'est un point de ralliement. L'armée en a mis plusieurs en place dans les ports de la côte est. Ils essayent de ressembler un maximum de survivants pour le départ du bateau. Vous arrivez juste, il part dans deux jours.

Docile, je l'a laissais m'ausculter sans opposer de résistance. Un bateau ? On était effectivement dans une ville portuaire, mais je n'aurais pas parié sur un bateau... ou trouvaient-ils les tonnes de carburant nécessaires pour faire avancer ce genre de transport ?

– Et où est-ce qu'il va, ce bateau ? continuais-je.

– En Russie. La ville de Ioujno-Sakhalinsk sert de refuge à l'empereur et à plusieurs membres du gouvernement. Tu veux bien retirer ton haut ?

J'obéis, et alors qu'elle faisait le tour de la table pour me coller un stéthoscope froid sur le dos, je pris quelques secondes pour bien assimiler l'information. C'était bien la première fois que j'entendais parler du gouvernement, ou ce qu'il en restait !

– L'empereur Naruhito est... toujours en vie ? Et pour le Premier Ministre ?

Elle resta silencieuse quelques secondes alors qu'elle déplaçait son instrument entre mes omoplates.

– Inspire profondément, dit-elle avant de répondre à ma question. L'empereur assure actuellement ses fonctions. Il est aidé de plusieurs membres de la Diète et de la Cour suprême. Je ne suis pas au courant de tout, mais il semble que la ville fonctionne, vu que l'armée continue à y envoyer des survivants. J'ai entendu dire qu'il y a deux mois, ils ont même réussi à redémarrer une centrale thermique.

Je l'écoutais attentivement. Alors même dans ce monde, il restait un semblant d'organisation ! À ce moment, un sentiment me passa sur le cœur, étrangement... de l'espoir ? Un petit soulagement ? Si cet endroit était sous contrôle du gouvernement, alors ça irait pour nous, n'est-ce pas ? C'était... quelque chose d'officiel. Une autorité censé être plus... humaine, en quelque sorte. En tout cas, c'était moins terrifiant qu'un chef de groupe psychopathe ou un camp sans foi si loi. Mais... il fallait rester lucide et réaliste. Ne pas commencer à se bercer d'illusions ou quoi que ce soit.

Alors que je restais plongée dans mes pensées, la vieille docteure appuya un coton humide sur la morsure de mon épaule, ouvrant les croûtes de sang séché fusionné de saletés. J'inspirais en serrant les dents lorsque la douleur me lancina. Après avoir désinfecté, elle appliqua une compresse, et entreprit d'examiner chacun des endroits mutilés de mon corps.

Il y avait un moment que j'avais complètement changé d'attitude par rapport aux adultes en général. Depuis le basculement, je ne les voyais que comme des menaces, des sources d'insécurité constante. Jamais je n'aurais cru pouvoir une fois me reposer sur l'expérience d'un adulte. Ou de qui que ce soit.

– Donc vous... vous n'allez pas nous faire de mal... pas vrai ? murmurais-je bêtement.

Cette question stupide franchit mes lèvres avant que mon esprit ait le temps d'y réfléchir. Évidemment que s'ils comptaient nous faire du mal, ils n'allaient pas nous l'avouer. La docteure passa un gel froid sur mes cicatrices, et fit un "non" de la tête avec un léger soupir compatissant.

– J'ai l'impression que vous revenez de loin, vous trois.

– Et qu'est ce que vous allez faire de Mio ? m'enquis-je. La fille qui... à qui ils ont mit le bracelet rouge ?

La vieille femme leva les yeux vers moi l'air légèrement surprise, mais se reprit rapidement.

– Elle ne craint rien, ne t'inquiète pas. Dis moi plutôt si tu as des douleurs quelque part ou quoi que ce soit.

Cela faisait déjà plusieurs fois qu'on me répétait qu'il n'y avait rien à craindre, et j'avais peur de commencer à y croire. Puisque je ne savais pas quand j'aurais l'occasion d'être soignée ainsi, je lui parlais de mes douleurs au ventre. La docteure m'allongea sur la table pour m'appuyer à divers endroit du ventre. Je me contractais soudainement lorsqu'elle pressa un point précis au niveau de mon estomac.

Et si j'avais su ce qui m'attendait, j'aurais probablement évité de mentionner ce problème. La docteur Saera me demanda de m'allonger sur le côté, et décida de vérifier immédiatement ce qui clochait, à savoir en me passant un immense tuyau à caméra directement dans la bouche. Elle m'avait juste anesthésié la gorge à l'aide d'un spray, et je dû rester le plus immobile possible alors que la tige en plastique noir se forçait un passage dans mon œsophage. Ça ne faisait pas spécialement mal, mais c'était affreusement inconfortable, je faisais de mon mieux pour ne pas bouger, car chaque minuscule mouvement me provoquait une terrible nausée. La vieille femme examinait un moniteur relié à la machine, je ne savais pas ce qu'elle vit, je l'entendais seulement émettre des "mh" pensifs. Heureusement que cela ne dura pas trop longtemps. Une fois assise, je toussais en me raclant la gorge, et la docteure me fit enfin son diagnostique, à savoir, un ulcère à l'estomac. C'était don ça, le fin mot de cette histoire. Elle me donna des cachets, et me précisa en insistant que je devais attendre au moins deux heures avant d'avaler quoi que ce soit, le temps que l'anesthésie de la gorge se dissipe.


Après l'examen physique, ce fut au tour du psychologique, dans un bureau puant le renfermé avec un soldat me posant tout un tas de questions sur mon identité, en tapant sur un ordinateur. Je fus très surprise lorsqu'il tourna l'appareil vers moi, assise en face de lui, pour me montrer mon dossier scolaire affiché sur l'écran.

– Tainaka Ritsu, élève au lycée de Sakuragoaka.

C'était bien moi. Je lui fis un signe affirmatif de la tête. Sur la photographie du dossier, j'avais pourtant l'air d'une toute autre personne. Mais ce qui m'étonnais le plus, ce fut qu'il ait réussi à trouver ça. Est-ce qu'il avait un genre de connexion internet ? Ou qu'il avait accès à une base de donnée quelconque ? Dans les faits, si les serveurs fonctionnaient toujours, il suffisait de l'électricité pour les refaire fonctionner, mais... je doutais que les fournisseurs internet soit encore en état de faire marcher tout un réseau. Sans doute avait-il une sorte de connexion locale, ou je ne sais quoi.

– On a une certaine Tainaka Naomi qui est arrivée il a trois semaines. Tu la connais ?

Il me montra une photographie. Je fis "non" de la tête. Alors ils tenaient une sorte d'inventaire des survivants qu'ils arrivaient à récupérer, pour avoir une chance de réunir les familles. Je n'avais malheureusement pas d'espoir de ce côté là.

J'eus droit à des tas et des tas de questions. Si j'avais déjà tué un être humain, ce que je savais faire, depuis combien de temps je côtoyais Mio, pourquoi on avait des affaires militaires avec nous. Et je répondis par la vérité. Je lui balançais toutes les informations que j'avais, et surtout ce qu'il s'était passé avec le camp et le sergent. J'avais été particulièrement concise, et avait fait attention à reporter toute la faute sur Anko... c'était la vérité, après tout !

– Et cette Anko, ou est-elle maintenant ?

– Je ne sais pas. On ne la plus revue, depuis...

Durant tout mon récit, il n'avait pas cessé de taper sur le clavier de son ordinateur. Cela me sembla durer des heures, et pourtant, à chaque fois que je jetais un œil par les fenêtres, il faisait toujours aussi noir dehors. Les lumières étaient si blanches dans les couloirs de l'hôpital. J'avais presque l'impression que mes yeux avaient du mal à le supporter, à force.

Une fois que le militaire fut satisfait, on me conduisit encore vers une autre pièce, et j'étais vraiment agacée de me faire balader comme un toutou, qu'est-ce que ça allait être, cette fois ? Ça m'énervait... ce sentiment disparu à l'instant où on me laissa devant cette fameuse pièce. Une simple chambre d'hôpital avec plusieurs lits blancs, et je m'empressais d'entrer pour retrouver Yui, assise de dos sur l'un d'eux.

– Yui, ça va ?

Elle se retourna, et je remarquais une perfusion accrochée sur son bras. Elle m'offrit un rare sourire en hochant la tête, la bouche visiblement pleine.

– Mh-mh. Ils ont dit que j'avais plein de carences, mais que globalement, ça allait. Oh, ils m'ont même soigné des caries. Et toi ?

– Apparemment, j'ai un ulcère à l'estomac... il m'ont filé plein de cachets. Je n'ai plus mal au ventre, c'est déjà ça.

Je m'assis mollement à côté d'elle, sur le lit, agréablement surprise que mon amie soit en train de se régaler avec une brioche. Une simple brioche sucrée... ils avaient même des choses aussi rares ? Quoique, avec de l'électricité et un four, il suffisait d'avoir de la farine, de l'eau et du sucre, et c'était fait. Je fis une moue faussement irritée lorsque Yui m'en proposa, si je mangeais quelque chose avec ma gorge toujours anesthésiée, il y avait un risque que la nourriture passe dans le mauvais tuyau et finisse dans mes poumons.

– Alors ? Quel truc t'as trouvé pour tout faire foirer, cette fois ? plaisanta Yui.

S'il n'y avait aucun reproche dans son ton, je me sentis tout de même un peu attaquée. Bien qu'elle n'ai pas tord.

– Me charrie pas comme ça ! marmonnais-je en lui donnant un petit coup de coude.

Je lui racontais ma conversation avec la docteure concernant le gouvernement. Mon amie sembla y accorder beaucoup moins d'importance que moi, mais tant pis. Nous partageâmes ensuite nos propres expériences des discussions avec les militaires et leurs dizaines de questions. Nous avions globalement eu les mêmes.

Ce fut au milieu de notre parlotte que Mio débarqua dans la pièce... et je fus soulagée de voir son air calme et détendu. Elle n'avait pas l'air d'avoir passé un difficile moment, ou d'avoir subit des brutalités. Ils avaient également soigné sa blessure par balle, en témoignait le bandage blanc entourant son coude. Nous étions donc toutes les trois, assises sur un même lit, dans des espèces de pyjamas. On aurait dit une soirée entre filles, si l'on oubliait l'hôpital et notre situation. L'ancienne bassiste nous raconta également ses dialogues avec les soldats.

– Il m'ont posé plein de questions sur moi, mon passé... J'ai eu droit à un vrai examen psychologique. Je crois qu'ils voulaient savoir si je n'étais pas dangereuse.

– Alors... tout ira bien, pas vrai ? hésita Yui.

Mio baissa les yeux, et je sentis immédiatement qu'il y avait plus que ça. Je n'attendis pas pour poser la question.

– Mais il y a autre chose, Mio ?

– Ils veulent... que je rejoigne un village en Russie. Ils m'ont expliqué que les monstres ne s'approchent pas des... personnes comme moi. Ils ne savent pas pourquoi, mais on a tendance à faire office de... répulsif à monstre, même pendant le jour. Donc ils veulent que je rejoigne le village pour les protéger, en quelque sorte.

C'était... c'était donc ça. J'avais envisagé cette hypothèse, honnêtement, après notre aventure avec Anko.

– L'enfant dans la citerne, alors c'était... ils s'en servaient bien pour repousser les monstres, murmurais-je pensivement.

Tout collait, maintenant que j'y repensais. Les Trancheurs avaient attaqués à l'instant ou l'enfant avait été enlevé. Alors le sergent Shinjô avait enfermé ce garçon dans la citerne pour l'obliger à rester près d'eux, même pendant le jour, pour protéger tout son camp des monstres. Il avait littéralement torturé un jeune enfant pour assurer la sécurité de son groupe. Je... ne le jugeais pas. Il avait sacrifié une personne pour en sauver d'autres. Cela ne justifiait pas son choix, ça ne faisait que l'expliquer, je ne savais qu'en penser. Je n'avais jamais eu à prendre une décision pareille, mais la question me traversa l'esprit : qu'aurais-je fais à sa place ?

Je fixais Mio avec un air paniqué. Le manque de soleil avait transformé l'enfant en... chose famélique, à peine vivante. Je retins un haut-le-cœur lorsque les images de sa peau pâle pendant sur ses os me revint, les images de son visage aux orbites et aux joues creuses, à l'aspect cadavérique, poussant des raclements agonisants. Hors de question que Mio subisse un truc pareil ! Cette dernière sembla deviner mes pensées, car elle me répondit avant même que je n'ouvre la bouche.

– En fait il y a déjà quatre personnes comme moi, la-bas, assura t-elle. Alors il font un roulement. Avec moi en plus, je n'aurais qu'à rester une fois tout les cinq jours. Ils disent que grâce à ça, on arrive à rester en plutôt bonne santé.

– Et... ça te va ? hésita Yui.

Mio secoua doucement la tête, l'air résignée.

– Je ne pense pas avoir le choix...

La chose positive – ou plutôt la moins négative – que je retins, ce que s'ils avaient besoin de personnes comme Mio pour tenir à distance les monstres, alors ils n'allaient pas la tuer, et plutôt faire en sorte de s'assurer son accord. Il serait sans doute plus facile pour eux d'avoir un hybride consentant à se faire enfermer pour le bien de tous, qu'un rebelle indiscipliné maîtrisé par la force. D'un autre côté, Yui et moi étions des moyens de pression qu'ils pouvaient utiliser, même si j'espérais qu'on en arrive pas jusque là. Beaucoup de questions me taraudaient, mais je les firent taire pour l'instant.

Nous restâmes un moment dans le silence, visiblement toutes les trois résignées à devoir partir en Russie par le prochain bateau pour rejoindre les restes de société. Quitter mon pays natal ne m'inspirais aucune tristesse, compte tenu de ce qu'il était devenu. Je me demandais comment les autres pays s'en sortaient, si c'était mieux ou pire qu'ici. Dans tous les cas, je savais que Mio n'étais jamais restée une seule journée sans soleil, et que cette expérience n'allait pas être quelque chose d'agréable. Perdu dans mes pensées, je posais machinalement ma main sur celle de l'ancienne bassiste, légèrement anxieuse.

– Tout à l'heure j'ai vu plein de mangas dans la salle d'attente, annonça Yui. Je vais aller bouquiner.

Elle avala la dernière bouchée de sa brioche, et se leva lentement, en s'appuyant sur la barre de métal sur laquelle était accrochée sa perfusion.

– T'es sûre que tu veux pas te reposer ? demandais-je.

– Ben Ricchan, t'sais... j'ai déjà du mal à tenir debout, alors me rajoute pas une chandelle en plus.

Elle fit le tour du lit pour se diriger vers la porte, et je pris plusieurs secondes à comprendre le sens de sa phrase. Avant de pouffer légèrement. D'accord, y avait-il en ce moment une certaine ambiance qui m'avait échappé, entre Mio et moi ? Je fixais cette dernière, elle détourna un regard gêné. Je souris bêtement.

L'ambiance était particulièrement agréable. Ce n'était pas totalement silencieux, le bruissement de la vie dans le bâtiment emplissait les murs, des voix, des pas, du matériel qu'on déplace. Ce bruit de fond était plutôt rassurant, beaucoup moins envahissant que le silence sinistre de la chambre d'hôtel. Les lumières n'étaient pas allumées dans la chambre, mais les vitres donnant sur le couloir illuminé étaient amplement suffisantes pour y voir clair. Parfois une personne passait, un docteur en blouse blanche, un soldat, et deux ou trois fois, un survivant comme nous. Laissées toutes les deux en tête à tête, je me penchais légèrement pour attraper les pupilles gris-bleues de mon amie.

– Ritsu, hm...

Elle semblait légitimement inquiète. Moi, je sentais une certaine sensation de bien-être me parcourir le corps, et j'avais la ferme intention de la rassurer du mieux que je pouvais. Partager mon nouvel espoir d'un lendemain moins terrible qu'hier, lui offrir un optimisme trop rare, qu'elle se dise, tout comme moi, que l'avenir n'était pas entièrement noir. Je me déplaçais doucement pour venir entourer les épaules de Mio de mes bras, blottissant ma tête dans le creux de son cou.

– Ne t'inquiète pas, je resterais avec toi quoi qu'il arrive, chuchotais-je.

Je la sentis passer ses bras autour de ma taille, se réfugiant dans le câlin en me serrant contre elle comme si j'étais un ours en peluche. Mio renifla doucement, sa respiration discrète et imperceptiblement hachée alors qu'elle retenait des larmes de couler. Je ne savais pas exactement s'il s'agissait de larmes de tristesse, de joie, ou juste le relâchement de toutes ces émotions à la fois, mais je n'hésita pas à lui caresser la dos avec toute la tendresse dont je pouvais faire preuve. Tout contre moi, mon amie se calma doucement, moi-même mes inquiétudes semblaient s'évaporer à mesure que mon cœur se mettait à s'agiter plus intensément.

Même si ça faisait longtemps, on s'était déjà avoués nos sentiments l'une pour l'autre. Nous n'avions pas prit l'occasion d'en parler ouvertement, mais j'étais sûre d'une chose : j'étais claire avec les miens. Ils n'avaient pas changés. L'absence les avaient peut-être même rendu plus forts. Juste en cet instant, plus rien n'existait à part nous deux. Je l'observai essuyer ses yeux humides d'un revers de main, sans me départir d'un sourire affectueux.

Ne serait-ce pas le moment parfait pour revenir sur un sujet laissé en suspend depuis trop longtemps ? Et puis, finalement, quoi de mieux qu'une discussion gênante pour clore cette longue nuit ?

– Dis, ou est-ce qu'on en est, toutes les deux ? lançais-je sans prévenir.

– Que... que veux-tu dire ?

Oh je savais parfaitement que Mio avait compris le sens de ma question, mais qu'elle était trop timide pour y répondre directement, et que par conséquent, elle posait une autre question pour se donner le temps de rassembler ses sentiments. Bien, si elle voulait jouer à ça, moi je n'avais pas peur d'exprimer les choses clairement à voix haute. Je la fixais dans les yeux pour profiter de la belle expression d'embarras qui allait s'installer sur ses joues.

– Oh allez, tu n'as pas oublié ce qu'on a fait ensemble ? Et que tu m'as dis que tu m'aimais ? Tu penses vraiment que je vais ignorer ça comme si de rien n'était ? Je t'aime aussi et j'ai envie qu'on soit plus proches. Qu'on soit ensemble... euh, en vrai.

Et je ne fus pas déçue le moins du monde. Elle se prit le visage entre ses mains avec un gémissement embarrassé.

– Hhhh Ritsu, comment peux-tu dire ce genre de choses tout haut sans mourir de gêne.

Je ne retins pas grand sourire. Pour être honnête, j'étais tout aussi gênée, mais je taisais ce sentiment pour prendre les devants. Et j'avais bien envie d'en rajouter une couche.

– Si tu veux, je peux te faire une demande officielle, annonçais-je avant de m'éclaircir la gorge. Mio Akiyama, voudriez-vous me faire l'honneur d'être ma petite-amie ? Ou de devenir ma femme ? C'est comme tu préfères.

Pour toute réaction, l'ancienne bassiste me frappa doucement le front et émit un "mmh Ritsu !" rempli de faux agacement. Absolument adorable.

– On... va commencer par petite-amie, articula t-elle avec un sourire.

Je lui aurait bien sauté dessus de joie, mais mon cerveau me rappela qu'il valait mieux éviter des mouvements brusques vu notre état de fatigue. Il y avait un paravent de séparation la gauche du lit. M'écartant un peu, j'attrapais le rideau blanc, et le tira pour nous soustraire aux regards du couloir. J'avais envie de profiter de cet instant, et lui fis savoir en appuyant son front contre le sien. Elle me rendit mon sourire, les joues légèrement rouges, et pouvoir admirer cette expression si rare me donnait l'impression de flotter.

Mio écarta les mèches de ma frange, et posa sa main contre ma joue alors que je l'embrassais. Et je ne pensais pas en avoir autant besoin ! Mes lèvres entre celles de mon amie d'enfance, bien plus que cela en cet instant, faisait renaître une chaleur que je croyais avoir perdue après autant de difficultés traversées. La sensation enivrante d'aimer et d'être aimée en retour n'avait pas d'équivalent, c'était juste magique. Cela faisait si longtemps qu'on avait pas eu de moment à nous. Évidemment il fallait dire que, maintenant qu'on s'était lavées et changées, le contact physique était bien plus engageant.

Je ne rompis l'embrassade qu'avec l'intention de l'approfondir. Lorsque je me redressais, Mio suivit mon mouvement, et s'allongea sur le dos, m'acceptant entre ses bras alors que m'installais au-dessus. Malgré la pénombre je discernais ses joues rouges. Je n'attendis pas pour me perdre dans un baiser, cherchant ses lèvres chaudes et sa langue avec la mienne. Les paupières closes, je me souvenais de la première fois, de l'audace de Mio, de ses yeux rouges me fixant avec une expression nouvelle. Oh bon sang, je ne pensais pas pouvoir encore ressentir ça. Des papillons dansaient dans mon ventre, je leur obéis alors, passant une main sous le t-shirt bleu clair. Je la perçu frissonner sous mes doigts explorant ses hanches puis descendre jusque sur sa cuisse, j'adorais la sensation de douceur naturelle. Mio émit un court geignement et faufila ses mains sur mon dos, caressant timidement ma peau. Bien sûr l'endroit serait mal choisi pour nous laisser entièrement aller sur le corps de l'autre, alors je retenais mes désirs à juste des caresses et des baisers, malgré mon envie d'en avoir plus, malgré l'excitation me brûlant le corps, à chaque respiration profonde que je sentais contre moi.

– A-attend Ritsu, doucement..., gémit Mio.

J'inspirais en relâchant le cou que j'avais commencé à mordiller. C'était frustrant mais il valait mieux éviter d'aller trop loin, je ne voulais pas penser à l'embarras que ça serait si Yui ou un adulte nous interrompait en pleine action ! Je me redressais, une douleur me lancina le bras gauche, au niveau du coude, et je frottais machinalement l'endroit avec mon pouce, jetant un coup d'œil. Évidemment il n'y avait rien, peut-être que mon articulation était trop épuisée et me le faisait savoir. Je m'allongeais sur le côté, beaucoup trop essoufflée pour ce que c'était. Mio soupira et s'allongea à ma droite, sa tête contre mon épaule, se serrant tout contre moi. Je me sentais tellement bien, en cet instant, ma poitrine battante m'affirmait que j'étais toujours en vie, et bien que mon cerveau me criait qu'il fallait rester sur ses gardes, que dehors le monde était toujours aussi dangereux et cruel, pour cette soirée j'autorisais mon cœur à se laisser aller dans des divagations insouciantes.


Mercredi 9 juillet 2014

Le vent salé agitait mes cheveux libres à mesure que le bateau fendait lentement les vagues noires. Appuyée contre la balustrade, je regardais la côte s'éloigner, les lumières ne devenant plus que des petits points telles des étoiles. Le clapotis de la mer contre la coque rythmait l'ambiance tranquille du navire, seulement dérangés par les murmures discret des autres passagers. Si la plupart étaient à l'intérieur des cabines, certains courageux n'ayant pas peur de braver les embruns déambulaient sur le pont, leurs pas sans énergie traînaient sur le sol. L'air était lourd et humide, la tiédeur de la nuit n'ayant pas eu le temps de s'installer avant notre départ.

J'allais quitter le Japon, le pays ou j'étais née, avait grandis, et je ne savais pas si j'allais avoir l'occasion d'y retourner un jour. Les mains jointes et les coudes contre la rambarde en fer, je me souvenais des épreuves traversées. Impossibles des les oublier, gravées à tout jamais dans ma chair et ma mémoire. Est-ce que tout cela m'avait réellement rendue plus forte ? Ou avais-je perdu un peu de moi-même à chacune ? Allais-je vers la récompense de mes efforts, ou la punition pour mes fautes ? Est-ce que quitter le Japon allait véritablement nous permette de recommencer une vie en s'adaptant à ce nouveau monde ? Ou est-ce qu'on allait vers un enfer encore pire ?

– On est parties, constata platement Yui.

Mes amies vinrent également s'appuyer contre la balustrade, à mes côtés. Nous étions toutes les trois. Trois survivantes de nos familles et nos amies. Devais-je remercier la chance ou une divinité quelconque d'être toujours en vie ? Non. Si nous étions là, c'était grâce à nos propres actions, à nos efforts, au fait que nous n'avions traversé les difficultés sans capituler.

En silence, épaule contre épaule, nous regardâmes s'éloigner notre terre natale, voguant vers – je l'espérais de tout cœur – un horizon un peu moins sombre. Peut-être que nous n'allions pas vivre longtemps, peut-être qu'on n'allait pas voir nos vingt ans, non, je n'en voulais pas tant, j'avais le simple espoir qu'avant notre mort, on puisse profiter moments joyeux, que l'on puisse passer quelques jours sans agoniser de faim, sans se demander quelle partie de notre corps allait se faire mutiler la prochaine fois, que l'on puisse simplement vivre au lieu de survivre.