my fire never goes out (i rise from my scars)

Chapitre 23

oOo

Cersei va accepter.

Cersei va accepter et la seule pensée d'accéder de nouveau au pouvoir (peut-être sa plus grande histoire d'amour après Jaime) devrait la remplir de joie, elle devrait exulter à l'idée de s'élever, de devenir une sorte de reine à Pentos, une femme puissante et intouchable.

Elle devrait ressentir tout ça alors pourquoi se sent-elle aussi vide ?

La mauvaise herbe appelée culpabilité n'a pas disparu. Au contraire, Cersei a l'impression qu'elle grandit un peu plus chaque jour, surtout à chaque fois que Tyrion pose les yeux sur elle et ça la rend furieuse, pourquoi ce sentiment l'empoisonne t-il à ce point ?

Tyrion n'a pas besoin d'elle. Il saura s'en sortir comme il l'a toujours fait. Seul.

(Ne me laisse plus jamais seul.)

Elle serre les lèvres et essaye de chasser la voix de son petit frère dans son esprit – sans grand succès. Elle ne devrait pas se soucier de l'abandonner parce qu'elle est censée le détester, ce monstre qui a tué sa mère, ce valonqar qui causera sa parte et pourtant, alors qu'elle pense à sa réaction quand elle lui annoncera la nouvelle, c'est elle-même qu'elle déteste.

En acceptant d'épouser Gaelon Nargaris, elle le laissera tomber. Encore une fois.

(La fois de trop.)

Il s'agit du prix du pouvoir, celui qu'elle a toujours accepté de payer, mais ne serait-il pas trop élevé, cette fois-ci ?

Tu m'as déçu.

Ce reproche brûlant est gravé dans sa mémoire.

Tu m'as déçu.

Ça ne devrait pas l'atteindre parce qu'elle ne devrait pas se soucier de ce que Tyrion pense d'elle et pourtant ça fait mal, vraiment mal.

Elle imagine sans mal son regard trahi, sa colère, son désespoir et elle en a presque la nausée.

Mais cela en vaut la peine, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ?

Je vais perdre Tyrion mais je vais récupérer le pouvoir. C'est tout ce qui compte.

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(Mais peu importe le nombre de fois où elle se répète cette phrase dans sa tête, Cersei ne parvient jamais entièrement à y croire.)

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« Je vais te raconter une histoire, Joanna. »

« Histoire ! Histoire ! » gazouille la petite fille en s'accrochant à ses jambes, le regard brillant.

Un sourire attendri sur les lèvres, il attrape sa petite main et la guide jusque la bibliothèque avant de s'asseoir dans un fauteuil et de la prendre sur ses genoux. Impatiente, elle essaye de lui prendre le livre qu'il tient dans les mains pour l'ouvrir elle-même.

« Doucement, petit lionceau, » sourit-il.

Elle rit et frappe des mains. Le cœur de Tyrion se remplit de joie autant qu'il se serre à chaque fois qu'il regarde sa nièce parce qu'elle est véritablement la seule personne au monde qui soit heureuse de passer du temps avec lui.

Cersei s'est complètement refermée sur elle-même. Si elle l'a un temps laissé entrer, juste un peu, cette époque semble définitivement révolue.

(Que s'est-il passé ? Que s'est-il passé pour qu'elle semble brutalement redevenir la femme froide et distante qu'elle était à Port-Réal ?)

Il commence à lire d'une voix claire et assurée mais il à peine conscience du sens des mots, c'est comme si son esprit s'était détaché de son corps.

Cersei lui manque.

Et, au vu de son comportement, Tyrion croit savoir qu'il ne lui manque pas du tout.

Ses yeux s'humidifient et il se ressaisit pour ne pas pleurer devant Joanna.

Va t-elle le priver définitivement de l'affection qu'elle avait consenti à lui donner ? Va t-elle le condamner à une solitude triste et glaciale ?

Il sursaute quand il sent une présence dans la pièce.

« Mère ! » s'exclame Joanna en tendant les bras vers Cersei.

Celle-ci s'approche et vient l'embrasser sur le front. Tyrion est mal à l'aise quand sa peau effleure la sienne, depuis combien de temps n'ont-ils pas partagé le moindre contact physique ?

(Depuis qu'il a renoncé à essayer de la prendre dans ses bras après s'être aperçu que ça ne faisait que l'agacer et qu'elle se forçait.)

Cersei se plante devant eux, étrangement raide.

« Est-ce que... est-ce que je peux rester avec vous ? »

Surpris, il fait un léger signe de tête.

« Bien sûr. Je... je racontais une histoire à Joanna. »

Elle s'assoit dans le fauteuil situé juste à côté du sien et croise les mains sur ses genoux, pensive.

La gorge nouée, Tyrion reprend sa lecture.

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(Si proche et si lointaine à la fois.)

.

Cersei ne dort plus.

Gaelon va bientôt revenir de son voyage, il va exiger d'elle et une réponse et elle ne sait pas.

Tout aurait été plus simple avant, avant qu'elle ne perde tout, avant que son monde ne se réduise qu'à Tyrion et Joanna, quand elle se raccrochait désespérément au pouvoir, quand elle était cette reine froide et solitaire.

(Que reste t-il de cette femme aujourd'hui ?)

Deux choix s'offrent à elle et elle se retrouve bien incapable de déterminer lequel est le bon.

Que dois-je faire ?

Alors que le jour se lève à peine, elle sort de son lit, incapable de rester allongée plus longtemps.

« Cersei ? »

La voix de Tyrion l'interrompt alors qu'elle s'apprête à quitter la pièce.

« Tout... tout va bien ? »

Elle hausse les épaules. Il se redresse et s'assoit sur le bord du lit.

« Nous... nous pouvons en discuter, si tu veux. Peut-être que ça t'aiderait. »

Elle se mord la lèvre. Comment pourrait-elle lui annoncer qu'elle a l'intention d'épouser Gaelon Nargaris, faisant fi de ses avertissements et de ceux d'Alyssa ? Comment pourrait-elle lui annoncer qu'elle va le laisser tomber ?

(Encore une fois.)

Cersei consent à s'asseoir à côté de lui.

« Je n'ai pas envie d'en parler, » lâche t-elle.

Je ne peux pas t'en parler. Je ne peux pas t'en parler parce que je sais déjà ce que tu veux me dire. Tu vas penser que je t'ai trahi, et tu auras raison.

« D'accord. Dans ce cas, nous pouvons simplement... »

Il s'interrompt. Cersei sait très bien ce qu'il a en tête – ce qu'il n'a pas osé dire.

Elle passe un bras autour de sa taille et l'attire contre elle. Voilà des semaines qu'il a cessé de la prendre dans ses bras et elle sait que c'est entièrement de sa faute.

Elle se demande s'il s'agit là de la dernière étreinte qu'ils partageront jamais.

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« Gaelon Nargaris m'a demandée en mariage. »

Cersei observe avec appréhension la réaction d'Alyssa et elle est exactement comme elle l'avait imaginée.

L'horreur apparaît dans ses yeux mordorés.

« Et... et qu'avez-vous répondu ? » parvient-elle à articuler.

« Rien. Je suis censée lui répondre lors de son retour de voyage. »

« Demain, donc. »

« Oui. »

Alyssa lui saisit la main et la serre fort.

« Je vous en prie, Cersei, ne faites pas ça. Ce serait la plus grosse erreur de votre vie. »

« Comment pouvez-vous en être aussi sûre ? Gaelon est l'homme le plus puissant de Pentos. Il assurerait ma sécurité, et celle de ma fille. »

Mais Alyssa balaye aussitôt ses objections en secouant frénétiquement la tête.

(Un sentiment de malaise grandit dans son cœur.)

« Non, Cersei ! Vous ne feriez que quitter une prison pour une autre. Ce pouvoir que vous recherchez... il l'exercerait sur vous, à ne pas en douter. »

Sans lui laisser le temps de répondre, Alyssa poursuit :

« Ce que votre mari vous a fait... il vous le ferait aussi. »

Il y a tant de conviction dans sa voix que Cersei s'en retrouve chamboulée. Les paroles de Gaelon lui reviennent en mémoire.

Vous me donnerez un fils.

Oserait-il la chevaucher de force nuit après nuit, jusqu'à ce qu'elle lui donne ce fils tant espéré ?

Des questions qu'elle avait plus ou moins réussi à occulter jusqu'à présent l'assaillent.

Lui permettrait-il de l'aider dans son travail ou ne la considérerait-il que comme un objet décoratif ? Comme une poulinière ? Et Joanna ? S'occuperait-il aussi bien d'elle que le fait Tyrion ?

Ce pouvoir qu'il lui a promis ne serait-il en fait qu'un mirage, une illusion ?

« Je vous l'ai dit, et je vous le répète... son âme est noire, » insiste Alyssa avec désespoir. « Vous êtes forte, Cersei, vous n'avez pas besoin de lui pour vous en sortir. Je vous en prie... promettez-moi que vous ne l'épouserez pas. »

La gorge nouée, Cersei est incapable de répondre.

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« Tu vas rester avec les domestiques ce soir, petit lionceau, » dit Tyrion à Joanna. « Tu seras bien sage, d'accord ? »

« Moui... »

Tyrion rit et l'embrasse sur le front sous le regard songeur de Cersei.

« Je t'aime. »

Pourtant, toute sa joie part bientôt en fumée. Un horrible sentiment étreint son cœur et il ne parvient pas à en déterminer la provenance, bien qu'il soit certain que les yeux verts de sa sœur n'y soient pas étrangers.

Même revoir Norio, qu'il considère à présent comme un véritable ami, ne parvient pas à le faire se sentir mieux.

« Un problème ? » demande celui-ci.

« Je ne sais pas... » soupire Tyrion.

« Gaelon est revenu, » remarque Norio d'un ton ennuyé. « On ne peut pas dire qu'il m'avait manqué... »

« Ça, c'est vrai. »

La sensation que son monde est sur le point de s'effondrer revient quand certains magistrats, Stallor le premier, jettent des regards insistants à Cersei et Gaelon.

« J'ai manqué quelque chose ? » demande Norio.

« Pas à ma connaissance... »

Lorsque Gaelon sort dans les jardins en compagnie de Cersei, son sang se glace dans ses veines.

« Je n'aime pas ça. Je n'aime pas ça du tout. »

Le magistrat serait-il la cause de la façon dont sa sœur s'est comportée avec lui ces derniers mois ?

Tyrion résiste à l'envie de les suivre pour espionner leur conversation parce qu'après tout, dans une relation saine, on est supposé se faire confiance, n'est-ce pas ?

Moins de dix minutes plus tard, il parvient à la conclusion que sa relation avec Cersei ne peut définitivement pas être qualifiée de saine, pas encore, et surtout pas après ces mois passés à s'éloigner, alors il se rend dans les jardins pour partir à sa recherche et tombe sur Gaelon.

« Où est ma sœur ? »

Les yeux du magistrat sont froids comme la glace. Un sourire calculateur étire ses lèvres.

« Sans doute partie à votre recherche pour vous annoncer la bonne nouvelle. »

« Comment ça ? »

« Nous allons nous marier. »

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Cersei suit lentement Gaelon dans les jardins, les poings crispés.

Je veux le pouvoir, je veux protéger Joanna. Je veux être en sécurité.

Lorsque le magistrat se tourne vers elle et la regarde dans les yeux, Cersei repense aux paroles d'Alyssa, essaye de percevoir la noirceur de son âme.

Je ne suis pas une lionne en cage. Je ne suis pas un objet. Je ne suis pas une poulinière.

« Alors ? Avez-vous réfléchi ? »

Son sourire indique qu'il ne doute pas un seul instant de sa réponse. Elle pince les lèvres.

Tu m'as déçu.

Tyrion croit en elle. Tyrion supporte sa froideur et sa colère en faisant tout pour ne pas s'énerver. Tyrion aime Joanna comme si elle était de lui.

Tyrion est sa famille, et on n'abandonne pas sa famille.

Je vaux mieux que ça.

« Oui. Je suis... flattée par votre proposition, mais j'ai le regret de devoir la refuser. »

« Quoi ? »

Gaelon est totalement pris au dépourvu.

« Je ne veux plus jamais dépendre d'un homme. Je veux exister par moi-même et non pas en étant la femme de quelqu'un. Et... vous vous trompez sur mon frère. Il est drôle, gentil, et intelligent. Et il ne m'embarrasse pas. »

Sur ces paroles, elle lui tourne le dos, plus légère qu'elle ne l'a été depuis une éternité.

(Pour la première fois de sa vie, elle a véritablement l'impression d'avoir pris la bonne décision.)

Elle ne voit pas le regard brûlant de colère de Gaelon dans son dos.

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Cersei part à la recherche de Tyrion mais ne le trouve nulle part. Ce n'est qu'après l'avoir cherché dans toute la maison qu'elle revient dans la salle de réception et tombe sur Alyssa, qui lui fonce littéralement dessus.

« Comment avez-vous pu faire ça ? »

« Faire quoi ? »

« Je viens de croiser votre frère, il m'a dit que vous aviez accepté d'épouser Gaelon ! »

« Quoi ? J'ai refusé ! »

Alyssa se fige et cligne des yeux.

« Vous... vous avez refusé ? »

Elle soupire de soulagement.

« Tout ceci est un malentendu, » dit Cersei. « Où est mon frère ? »

« Je crois qu'il s'est réfugié dans les jardins. »

Sans rien ajouter, Cersei sort de la maison et s'élance sur ses traces. Lorsqu'elle le retrouve assis sur le rebord d'une fontaine, sa gorge se noue.

« Tyrion ? »

Elle sursaute quand elle croise son regard glacial.

« Je crois que les félicitations sont de mise, » ironise t-il.

« Écoute, Tyrion... »

« Non ! »

Furieux, il se lève et vient se planter devant elle.

« Comment as-tu pu me faire ça ? »

« Je ne... »

« Après tout ce que j'ai fait pour toi, tu es encore capable de me laisser tomber ? Tout ça pour quoi, pour devenir la poulinière d'un autre homme ? »

Dans sa colère, il ne lui laisse pas le temps de répondre. Elle ne croit pas l'avoir déjà vu dans cet état.

« Je ne peux pas y croire... mais pourquoi suis-je surpris ? Le pouvoir est ton véritable amour, Cersei, tu n'aimeras jamais personne autant que lui ! Pas même ta propre famille ! Tu... tu es... »

Sa voix tremble, les larmes lui montent aux yeux.

« As-tu seulement pensé à ce que je ressentirais en te voyant emmener Joanna loin de moi ? En te voyant m'abandonner comme si je n'étais rien ? J'étais tellement stupide ! Comment ai-je pu croire que tu pourrais changer ? »

« Tyrion... »

« Non ! »

Il lui tourne le dos.

« Ne t'approche plus jamais de moi. »

Trop sonnée pour réagir, Cersei le regarde s'éloigner sans chercher à le rattraper.

Comment la situation a t-elle pu dégénérer à ce point ?

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Alors qu'elle retourne dans la salle de réception, Cersei a les larmes aux yeux.

« On dirait que vous avez besoin d'un verre. »

Sans réfléchir, elle saisit le verre de vin que lui tend Gaelon et le boit d'une traite.

« Pourquoi avez-vous dit à mon frère que j'allais vous épouser ? » l'attaque t-elle.

Il hausse les épaules.

« J'étais déçu et en colère. Je n'ai pas réfléchi. »

« C'est évident, » rétorque t-elle, glaciale. « Il a très mal réagi et ne veut plus me parler à cause de vous. »

« Je suis sûr que vous parviendrez à vous réconcilier avec lui. »

Après un dernier regard noir, Cersei s'éloigne de lui et balaye la pièce du regard, fermement décidée à attendre que Tyrion refasse son apparition pour aller s'expliquer avec lui. Toutefois, alors que les minutes passent, elle a l'impression que sa vision se trouble, que tout son corps se met à fonctionner au ralenti. Même le cours de ses pensées semble perturbé.

« Un problème ? » demande Gaelon en la rejoignant.

« Je... je ne me sens pas très bien. »

Tyrion revient dans la pièce. Alors qu'elle tente de faire un pas vers lui, elle manque de tomber sur le sol. Gaelon la rattrape juste à temps.

« Vous avez besoin de repos, » lui dit-il. « Venez avec moi, je vais vous raccompagner jusqu'à votre chambre. »

« Non... lâchez-moi... mon frère... »

Faisant fi de ses faibles protestations, il passe un bras autour de sa taille avant de l'entraîner hors de la pièce. Un horrible pressentiment fait hurler son cœur dans sa poitrine.

Alors qu'elle passe devant Tyrion, leurs regards se croisent.

Elle tente de dire quelque chose, ne sait pas si elle y parvient.

Tyrion détourne les yeux.

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Tyrion regarde Cersei et Gaelon s'éloigner d'un air dégoûté. Le vin a un goût amer.

Elle vend son corps pour le pouvoir. Elle ne vaut guère mieux qu'une prostituée.

A peine quelques minutes plus tard, Alyssa se précipite sur lui.

« Tyrion ! Vous êtes là. Gaelon ne vous a pas dit la vérité. Cersei a refusé de l'épouser. »

« Quoi ? Mais alors... »

Il se tourne vers la porte.

« Je viens de les voir partir tous les deux. »

L'horreur qu'il lit dans les yeux d'Alyssa est un parfait reflet de celle qu'il ressent.

Quand il réalise ce que Cersei essayait de lui dire avant d'être entraînée hors de son champ de vision, il lâche son verre de vin.

Il se fracasse sur le sol et le liquide écarlate se répand, comme une flaque de sang.

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Aide-moi.