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COMPLICATIONS


Ce fut une longue journée démoralisante.

Bella se joignit à Alice et Esmée pour faire ce qu'elle pouvait. Elles allèrent dans les deux chariots intacts pour faire l'inventaire de ce qu'il restait.

"Si l'un de nos chariots devait brûler j'aurais aimé que ce soit celui-ci," déclara Alice alors qu'elles inspectaient le plus petit chariot de leur groupe. "Tout cela semble être un tel gaspillage maintenant. De petites choses inutiles." Elle toucha une petite table de chevet qui avait été dans sa chambre à la maison. "La plupart des choses ont été envoyée en avance par bateau mais ce sont des choses dont nous pensions avoir besoin."

Bella lui toucha le bras. "Nos affaires sont importantes pour nous, parfois nous tenons les vies humaines pour acquises car elles ne sont pas aussi fragiles que les choses."

Alice souffla et regarda autour d'elles. "Je me sens fragile ici," dit-elle d'une petite voix.

"Et impuissante," acquiesça Bella. Elle serra son amie contre elle et elles tremblèrent ensemble un moment.

"Oh Bella ! J'étais tellement inquiète pour toi hier. Quand nous avons découvert que tu t'étais éloignée nous t'avons cherché et cherché encore mais je n'ai pas pu te trouver. Et puis tout ça." Elle désigna l'épave avec un bras. "J'ai imaginé les choses les plus horribles."

L'estomac de Bella se tordit. Pendant que sa famille traversait toute cette panique et cette douleur, Edward et elle avaient été en sécurité et au chaud. "Tu n'avais pas à t'inquiéter pour moi."

Alice recula. "Pouah." Elle tapa du pied de frustration en cherchant un endroit pas trop sale sur sa jupe pour essuyer ses larmes. N'en trouvant aucun elle remonta le tablier de Bella et se tamponna les yeux. "Edward et toi semblez être bien. Vous n'avez rien. Comment vous êtes-vous protégés de la tempête ?"

Bella commença au début, se rappelant à quel point elle avait paniqué en se réveillant sans trouver Edward. Elle réussit à briser l'ambiance oppressante avec son récit. Alice gloussa. "Tu es tellement étrange," déclara son amie. "Penser que tu pourrais suivre un cheval..."

"Eh bien James a dit que ce serait facile."

"Facile… pour lui, j'en suis sûre. Ces gars ont l'habitude de faire ce genre de choses."

Bella leva les yeux au ciel et continua à raconter comment Edward l'avait trouvée juste avant la tempête et qu'ils avaient chevauché sous la pluie battante.

Alice soupira. "Pas beaucoup de pluie ici. C'était la moitié du problème. Je suppose qu'elle vous poursuivait. Mais vous devez avoir été trempés."

"Nous l'étions mais apparemment il y a des cabanes de trappeurs disséminées. Ça

a du sens maintenant que j'y pense. Carlisle nous a dit que la piste était à l'origine empruntée par des trappeurs. Edward connaît bien leurs sentiers et il savait où se trouvait la cabane la plus proche."

"Isabella Sw… grrr… Masen. Tu veux dire que vous avez passé la nuit à l'intérieur ?"

Bella baissa la tête et Alice soupira. "Seigneur ! Je rêve d'avoir un toit au-dessus de ma tête depuis des mois maintenant." Elle gloussa et s'approcha plus près de Bella. "Si j'avais eu ce genre de temps seule avec mon mari…"

Elle s'interrompit de manière suggestive et Bella détourna les yeux. Elle pouvait sentir un rougissement furieux chauffer ses joues et espérait qu'Alice était trop occupée avec leur tâche pour le remarquer.

Pas de chance.

Alice haleta et attrapa le bras de Bella. "Voyons, Mme Masen. Dis-moi que ton mari a finalement fait de toi une femme."

Bella leva les yeux au ciel mais même le bout de ses oreilles brûlait à cet instant. Alice couina et la serra dans ses bras. "Bien sûr, qu'il l'a fait. Imagine-le à cheval protégeant sa belle dame de la foudre. Vous deux, froids et humides et tous seuls dans une petite cabane. Tout est terriblement romantique."

"Romantique ?" Bella se recula pour regarder son amie. "Tu penses que c'est romantique alors que j'étais… que nous étions…" Elle fit un geste impuissant. "Vous tous, ma famille… pourriez être en train de mourir…"

"Et alors ? Si tu avais été ici qui pourrait dire que ce n'est pas toi qui serait morte ? Le feu qui a balayé le camp a été si rapide. Qui peut dire que tu n'aurais pas été sur son chemin ?"

"Mais si je ne m'étais pas enfuie en premier lieu, vous ne seriez pas restés à cet endroit."

"Peut-être pas. Peut-être aurions-nous pu arriver à la Cité du Granit. James nous a dit à quel point le granit est dangereux."

Bella hocha la tête, se souvenant ce qu'Edward lui avait dit mais elle n'était pas convaincue que que toute cette destruction n'était pas de sa faute.

Alice lui prit la main et la lui serra. "Bella, il ne sert à rien de se demander si ça aurait pu se passer autrement. Nous avons fait nos choix. Nous avons fait nos erreurs. Et peut-être que si tu n'avais pas fait ce que tu as fait les choses auraient été mieux. Mais aussi peut-être qu'autre chose aurait pu arriver. Si tu te mets à penser comme ça tu vas devenir folle.

Cette piste… ce n'est pas la vraie vie. Ou peut-être qu'elle est trop réelle. Je ne suis pas sûre. Ce que je sais c'est qu'aucun de nos jours n'est comme ceux que nous vivions avant d'entreprendre ce voyage. C'est comme ce que tu m'as dit avant. Edward et toi n'auriez pas eu ces moments tranquilles. Vous n'auriez pas eu la chance de vous reposer et d'être ensemble. Je suis contente que vous ayez pu le faire. Je suis contente que vous n'étiez pas ici et je suis plus particulièrement contente que tu sois saine et sauve."

Bella serra férocement son amie dans ses bras une nouvelle fois. "Nous reviendrons à ce qui est normal. Nous retournerons à la vraie vie bientôt."

Alice sourit. "Oui et avec de la chance nous trouverons un terrain pas très loin du vôtre. Nous pourrons être voisins. Nos enfants pourront être meilleurs amis, comme nous."

Bella sourit en retour s'autorisant pour la première fois à imaginer un petit garçon avec les cheveux d'Edward ou une fille avec ses yeux. La pensée l'excitait et lui faisait peur à la fois. Elle n'était pas encore habituée à la façon rapide dont sa vie avait changé et à cette possibilité d'avoir un bébé rapidement, son bébé, dans ses bras… bientôt.

Elle pensa à comment c'était de sentir Edward en elle et elle posa une paume sur son ventre plat.

Ça arriverait tôt ou tard.

Bella repoussa cette pensée lorsqu'elle entendit des voix se diriger vers elles. James et les autres étaient de retour, y compris son mari. Bella se précipita vers le bord du chariot, désireuse de voir, bien que ce soit absurde, qu'il allait bien.

C'était le cas. Victor et lui avaient un baril carbonisé entre eux. Le riz, si Bella se rappelait correctement.

Alice et elle sautèrent du chariot. Bella embrassa son mari sur sa joue pleine de suie, comme tout le monde maintenant et puis elle se mit au travail.

Oo FH oO

Le groupe travailla tout le reste de la journée et jusqu'à la nuit. Le coucher du soleil était bien passé au moment où Jasper et Emmett arrivèrent dans leur camp. Ils avaient des nouvelles du reste du convoi.

Une vingtaine de familles avait subi une perte. Pour la plupart le convoi s'était rassemblé pour aider ceux qui pouvaient l'être. Le bétail perdu avait été récupéré. Les chariots qui pouvaient être réparés l'étaient. Les effets personnels de nombreuses personnes avaient dû être réorganisés pour faire de la place aux familles blessées ou aux petits animaux.

Au total trois chariots y compris celui des Hale avaient été complètement perdus. Quinze animaux avaient été tués dans l'incendie et environ sept autres blessés au point de devoir être abattus. Il n'y avait pas de compte sur le nombre de blessés. Carlisle n'était toujours pas revenu. Il était debout depuis près de deux jours complets à ce moment-là mais il y avait des blessures à soigner.

"Il a passé beaucoup de temps avec une famille dont le petit garçon était mal en point," déclara Emmett, le ton inhabituellement doux et triste. "Tellement étrange. Il avait l'air bien. Sale comme tout le monde mais extérieurement ça allait."

Il avait tenu bon toute la journée mais quand le soleil s'était couché il avait lâché prise.

Emmett était dévasté. Ses épaules étaient tombantes et il posa sa tête sur l'épaule de Rosalie comme s'il portait tout le poids du monde. Elle lui caressa la joue et il passa sa main sur son énorme ventre. Ses lèvres se soulevèrent et il leva sa tête pour l'embrasser.

Mais contrairement au reste du camp qui pleurait la perte d'une vie si jeune, Carlisle n'avait pas eu le temps de pleurer. Il y avait encore des blessures à soigner et d'autres souffraient des effets néfastes de l'inhalation de fumée. Esmée était inquiète mais Emmett lui avait dit que Carlisle allait bien sachant sa famille en sécurité.

James dit : "Nous terminerons notre inventaire d'ici midi demain puis j'espère que nous pourrons nous mettre en route quelques heures au moins pour passer City of Rocks. Je saurai dans quel état nous sommes alors mais ce n'est pas terrible.

Nous avons de la nourriture pour moins de la moitié du voyage restant à partir de maintenant mais ce n'est pas le pire. Vous êtes bien portants, nous pourrons peut-être acheter des produits alimentaires au fort où nous allons bientôt arriver. Il n'y en a pas beaucoup qui vont pouvoir se permettre de se réapprovisionner si tard sur la piste. Le magasin n'aura pas grand-chose et ce qu'ils auront, ils le vendront cher. Mais je connais bien Carlisle maintenant et il paiera ce qu'ils demanderont.

"Ce qui est plus inquiétant, c'est deux choses. Premièrement même si le fort a assez de nourriture pour nous permettre de finir le voyage, ils n'auront pas assez de viande. Nous en avons un peu mais la viande est importante. J'ai vu des gens en bonne santé tomber malade quand ils n'avaient rien d'autre que du riz et du céleri séché à manger.

"La deuxième chose est que nous n'avons plus qu'une seule pièce de rechange maintenant donc nous ne nous pouvons nous permettre aucune erreur avec les chariots qui nous restent. Nous allons faire attention mais Emmett je vais avoir besoin de ton aide pour surveiller les autres chariots. Nous devons nous assurer de réparer les petites choses avant qu'elles ne deviennent de grandes choses."

Emmett acquiesça.

Ensuite Esmée incita tout le monde à aller dormir. Tout le monde était épuisé. Bella alla vers sa mère d'accueil et la prit dans ses bras. "Je peux rester avec toi." Elle connaissait suffisamment Esmée pour savoir qu'elle ne dormirait pas tant que Carlisle ne serait pas rentré.

Esmée sourit et fit signe de la tête vers Alice qui aidait Jasper, Emmett, Rosalie. "Il faut que tu t'occupes de ton mari," expliqua Esmée. "Vas-y. Je veillerai sur nous tous."

Alors Bella se retira là où son mari l'attendait en la regardant. Elle avait mis de côté un bol d'eau et il s'en servait pour essayer même vainement de se nettoyer le visage. Il grimaça. Plus tôt Bella avait vu ses mains rosées et sensibles à cause de brûlures mineures qu'il avait subies dans l'épave encore chaude. Elle lui prit le chiffon en s'agenouillant. "Laisse-moi le faire," dit-elle.

Edward soupira et se rassit.

"Ferme les yeux," dit-elle en levant le chiffon humide jusqu'à sa tempe. Ses yeux rencontrèrent les siens et s'attardèrent quelques secondes avant de faire ce qu'elle lui avait demandé. Il ferma les yeux et elle laissa l'eau toucher la racine de ses cheveux. Elle regarda les gouttes creuser des ruisseaux dans la saleté noire et la cendre qui tachaient sa peau. Elle essuya son front, ses yeux et le long de l'arête de son nez. Elle souhaitait pouvoir effacer l'épuisement qu'elle voyait partout sur son visage.

Quand elle tira le chiffon sur ses joues et au-dessus de ses lèvres, ses yeux s'ouvrirent lentement et l'atmosphère entre eux changea, chargée. L'air se réchauffa. La main de Bella vacilla.

Comment ? Comment était-ce la première chose qu'elle ressentait quand ils n'étaient que tous les deux ? Toute la journée ils avaient été entourés par la destruction. Des vies étaient en jeu. Juste une heure avant elle avait entendu Alistair pousser le cri d'agonie le plus horrible quand ils l'avaient changé. Au nom du ciel pourquoi se souvenait-elle de son toucher maintenant ?

Elle amena le linge sur ses lèvres et lui caressa la barbe. Ses yeux étaient tournés vers elle. Même dans la lumière vacillante du feu, elle reconnut cette expression. Elle eut l'impression qu'il se battait comme elle pour ne pas laisser cette passion les dépasser.

Avec deux doigts sous le menton, elle lui releva la tête, faisant glisser le linge le long de son cou. Elle sentit sa pomme d'Adam bouger sous ses doigts. Elle s'arrêta.

"Bella," chuchota-t-il, en mettant ses mains sur ses poignets. Il grimaça en essayant de lui prendre les mains.

Elle brisa finalement leur regard pour pouvoir regarder ses mains. Elle le tint par les poignets, en regardant la peau tendre. Se souvenant de la peau détruite d'Alistair, Bella frissonna. Elle souleva ses mains à ses lèvres et appliqua le plus léger des baisers sur sa peau.

En la regardant, il prit son visage entre les mains. Il grimaça de nouveau mais il ne recula pas. Au lieu de cela, il se pencha en avant et l'embrassa. Au bout d'un moment, il la tira vers le bas avec lui, en s'allongeant sur leur literie. Il avait vaguement un goût de cendre et de terre. Elle ne s'en souciait pas. Elle se blottit contre lui autant qu'elle le pouvait, se laissant envelopper dans son étreinte.

Ils étaient vivants.

Cette piste, ce n'est pas la vraie vie, avait dit Alice, mais Edward était réel. Ils étaient réels.

Edward se recula avec un gémissement et un soupir. Il embrassa son front et le bout de son nez.

"Dors, Bella."

Elle traça un doigt le long des lignes de son visage. "Toi aussi ?"

Il sourit et l'embrassa à nouveau sur le front, un baiser prolongé. "Moi aussi."

Oo FH oO

Il semblait qu'une minute seulement s'était écoulée lorsque Bella rouvrit les yeux. Ils la brûlaient. Elle n'avait pas... assez dormi. Elle cligna des yeux, essayant de comprendre ce qui l'avait réveillée.

Le feu était faible. Bella cligna des yeux et ses yeux se concentrèrent sur une silhouette de l'autre côté du cercle. Elle entendit à peine le halètement d'Esmée et la façon soulagée dont elle a prononcé le nom de son mari. Ils s'embrassèrent.

Bella regarda à travers ses yeux qui lui faisaient mal et ses pensées floues, Esmée le tira vers le bas à côté d'elle et le bercer doucement, pendant qu'ils chuchotaient.

Lorsque ses parents adoptifs se couchèrent, Bella ferma de nouveau les yeux. Elle était en sécurité dans les bras de son mari avec presque tous ceux qu'elle aimait à proximité. A ce moment, son avenir, leur avenir, semblait certains, et Bella s'endormit en sachant qu'ils s'en sortiraient tous d'une manière ou d'une autre.

Oo FH oO

Sûrement peu de temps après Bella se réveilla à nouveau. Il était encore nuit. Le feu brûlait encore faiblement. Mais maintenant, des voix s'exprimaient de façon urgente. Bella ouvrit les yeux.

De l'autre côté du cercle, Jasper était accroupi près de Carlisle et Esmée. Carlisle était relevé sur un bras, il écoutait. Il se leva et suivit Jasper jusqu'à l'endroit où Vera était assise avec la tête du mari sur les genoux. Les voix se firent plus pressantes et Bella pouvait entendre les cris de douleur d'Alistair que trop facilement.

"Non. Non."

"Je suis désolé, Alistair," entendit-elle Carlisle dire. "Ta fièvre devient beaucoup trop élevée. C'est la seule solution."

"Je vais surmonter ça."

"Si on ne coupe pas la jambe, tu vas sûrement mourir."

"Je préfère mourir," criait l'autre homme.

Derrière Bella, Edward bougea. Elle savait qu'il avait compris l'essentiel de ce qui se passait rapidement car ses bras se resserrèrent autour d'elle et elle sentit le souffle chaud de son grognement contre l'arrière de sa tête.

La dispute continua pendant quelques minutes encore avant qu'une autre silhouette ne surgisse du côté opposé de leur cercle. Une silhouette encombrante. Emmett.

"Papa". Il n'essayait même pas de baisser le ton et Bella pensait savoir exactement ce qu'il allait dire. "Rose... Je pense que le bébé arrive."

Le cœur de Bella menaçait de battre à tout rompre.

"C'est donc réglé," dit Alistair. "Tu t'occupes de ma fille. Tu fais en sorte que notre petit-fils arrive en sécurité dans ce monde."

Les épaules de Carlisle étaient tendues et affaissées tandis qu'il restait assis sans bouger. Bella ne pouvait pas imaginer ce qui lui passait par la tête. La situation d'Alistair était certainement désastreuse et la vie des mères en couches n'étaient jamais certaines. De plus, Carlisle n'avait pas dormi depuis deux jours.

Ce n'était pas bon.

"Jasper, va chercher le docteur Snow," dit Carlisle, sa voix bien trop posée et rationnelle au vu de la situation. "Ou une femme. Elle est peut-être à un demi-kilomètre de là. Elle s'appelle Sasha. Elle est sage-femme. Prends l'un ou l'autre ou les deux."

Il commença à se lever mais la main d'Alistair agrippa son bras. "Carlisle, tu ne vas pas laisser l'un d'entre eux mettre au monde mon petit-fils. Tu m'entends ? Prends soin de ma fille. Je vais... aller bien. Prends soin d'elle."

"Chut." Carlisle posa une main ferme sur la poitrine d'Alistair et repoussa. "Repose-toi, mon ami. Juste du repos. Je vais m'occuper d'elle. Je te le promets. Repose-toi, et ne me contredis pas. Pense à notre petit-fils. Pense à vivre assez longtemps pour le tenir, quel qu'en soit le prix."

Oo FH oO

Comme le destin le lui permit, Alistair Hale vécut assez longtemps pour voir naître son petit-fils.

Ce fut encore une longue journée.

Le travail de Rosalie s'avéra difficile et, pour Bella, terrifiant. Elle n'avait jamais vu autant de sang. Comme le jour s'écoulait, la force de Rosalie diminuait jusqu'à ce qu'elle soit devenue molle et pâle comme la mort.

Quant à Alistair, sa fièvre s'aggrava rapidement. Le temps de trouver un outil adéquat pour amputer sa jambe, il était trop tard pour lui.

"A ce stade, nous ne ferions que servir à tourmenter davantage l'homme avant l'inévitable," déclara le docteur Snow à Carlisle.

La priorité passa à Rosalie et au bébé. Pendant un certain temps, il semblait que Rosalie et son bébé précéderaient Alistair dans la mort.

Ils se mobilisèrent. Rosalie se réveilla suffisamment pour pousser une dernière fois, et Bella regarda avec horreur et admiration alors qu'un petit corps glissait de son amie dans les mains de Carlisle qui l'attendait.

Il y eut dix secondes d'agonie d'un silence horrible alors que Carlisle s'efforçait de dégager les voies respiratoires du bébé puis le plus beau son au monde retentit : le cri rauque de ressentiment et de mécontentement du bébé d'être délogé de sa cachette.

Rosalie gémit et bougea la tête. Ses lèvres remuèrent mais sa voix était trop faible pour que Bella puisse entendre les mots.

"C'est un garçon," dit finalement Carlisle, rassuré que le bébé respire et qu'il allait probablement continuer à le faire.

"Rosie." Emmett se pencha près de sa femme et posa un long baiser sur sa tempe. "C'est un garçon. Tu entends ça ? Nous avons notre garçon."

Elle semblait respirer plus facilement après ça, bien qu'elle n'ait été que semi-consciente pendant quelques minutes avant de fermer les yeux.

"Elle dort, c'est tout," déclara Carlisle après l'avoir examinée.

Sasha, la sage-femme qui ne parlait pas un mot d'anglais, fit un sourire béat à Emmett alors qu'elle lui remit le nouveau-né, maintenant propre et emmailloté. Elle guida le bébé dans ses bras fatigués et non coordonnés, hochant énergiquement la tête et en reculant.

Pendant un instant, juste un instant, il n'y eut que la perfection. Bella regarda avec tous les autres Emmett bercer son fils, vérifiant, comptant ses petits doigts. Il se pencha pour appuyer un autre baiser sur la tempe de Rosalie. Bella était assez proche pour entendre les mots doux qu'il lui murmura à l'oreille. "Tu l'as fait, mon cœur et il est parfait. Je t'aime tellement. Je l'aime tellement et je vais vous protéger. Je te promets qu'il n'y a rien que je ne ferais pas pour vous deux."

Il pleura. Ils le firent tous.

La vie.

Alistair garda ses forces juste assez longtemps pour tenir son premier petit-enfant près de lui. Son visage, comme celui de sa fille, était d'une pâleur extrême mais il fut capable de tenir et d'embrasser le garçon.

Il dit à Emmett de s'occuper de sa fille et de son petit-fils. Il leva une main tremblante pour caresser le visage de Jasper et ensuite celui de ses deux petits garçons. Il leur dit d'être les gentils hommes qu'il leur avait enseignés d'être. Sa main s'attarda sur la joue de Vera et il lui dit qu'il l'aimait. Il a dit "Merci" à Carlisle.

Puis sa main tomba sur le côté et il sombra dans le délire. Aux petites heures du lendemain matin, ses respirations superficielles s'arrêtèrent.

La mort.

Un cycle parfait, le pire et le meilleur jour.

Bella pleura dans les bras d'Esmée parce que son mari était parti aux côtés de Carlisle. Elle regardait Edward éloigner doucement Carlisle de la famille qui s'était rassemblée autour du corps immobile d'Alistair.

Carlisle bafouillait quelque chose d'absurde, délirant de chagrin et d'épuisement mais Edward le fit taire.

"Vous avez fait bien plus que ce que quiconque aurait pu faire. Vous avez besoin de repos," dit Edward, en le conduisant là où Esmée et Bella attendaient.

Carlisle s'arrêta net. "Il faut..." Il s'est frotté les yeux. "Il faut que nous..."

"Vous avez pris soin de nous tous," déclara Edward, en le guidant quelques pas de plus. "Laissez-nous prendre soin de vous."

Bella relâcha Esmée pour pouvoir amener Carlisle jusqu'à leur campement. Elle se leva et alla près d'Edward, le laissant enrouler un bras autour de sa taille et la tirer contre lui.

Ils attendirent qu'Esmée convainque enfin Carlisle de s'allonger. Presque à l'instant même où il le fit, il était parti vers le monde des rêves.

Edward et Bella retournèrent à leur place pour se reposer car ils avaient tous besoin de leur force pour ce qui les attendait.

A quoi ressemblerait le lendemain ? Pour la première fois, même sur cette piste de dangers sans fin, Bella réalisa qu′elle n'en avait honnêtement et véritablement aucune idée.