Ca y est, on y est les gens. C'est la fin, le dernier chapitre.
J'ESPERE que cette fois tout va bien marcher, que les commentaires fonctionneront et que tout le monde aura la notification sinon je vais très mal le vivre.
Dans tous les cas, je vous laisse lire ces dernières lignes paisiblement !
…Enfin, CW : suicide, sang et violence. Quand même.
– Je sais que tu es derrière tout ça, gronde Doflamingo, les poings serrés.
C'est amusant. Et dire qu'il y a quelques mois c'était moi qui l'accusais de manigances et j'étais dans le même état que lui en ce moment.
Je l'ai rarement vu aussi énervé, je crois qu'il ne rêve que d'une seule chose : m'étrangler. Par chance, il reste calme. Je le soupçonne de vouloir garder la face devant Crocodile, qui s'est installé face à la baie vitrée pour pouvoir fumer tranquillement. Je ne sais pas pourquoi il est là, mais lui aussi à l'air de jubiler de ce qu'il se passe. Presque autant que moi.
J'aurais là de quoi être inquiet mais passé la montée d'adrénaline et le choc d'avoir frôlé la mort, je me sens plutôt satisfait et je savoure ma petite victoire. Les émeutes ont pris une ampleur totalement inattendue, ça a duré toute la journée, jusqu'à ce que la nuit tombe. Les directeurs ont eu le plus grand mal à nous contenir. Ils n'ont pas eu d'autre choix que d'attendre que les choses se calment d'elles-mêmes. Personnellement, je m'étonne de tenir encore debout je n'ai pas arrêté de courir et de fracasser tout ce que je pouvais et j'ai les muscles en compote. Mais je ne peux pas me permettre de flancher, pas tant que Doflamingo continuera de me fusiller du regard.
– Et qu'est-ce qu'il fait là, lui ? Aboie-t-il en désignant Kid du menton.
– Je ne bougerai pas de là, grogne Kid en réponse.
Je n'avais pas spécialement besoin qu'il m'accompagne mais il ne m'a pas demandé mon avis, il m'a juste suivi dans le bureau et maintenant il fixe rageusement Doflamingo, prêt à bondir au moindre signe d'agressivité de sa part. Sa présence à quelque chose d'angoissant, je crains qu'il déclenche une bagarre mais je me sens moins seul. C'est sûrement grâce à lui que je suis aussi sûr de moi en ce moment, car je sais qu'il sait quel genre d'homme se trouve en face de nous et pourtant je n'ai pas peur.
Sûrement las que les choses tardent, Crocodile se tourne vers nous et m'interroge.
– Si tu commençais par nous donner une explication ? Propose-t-il, avec sa voix doucereuse qui m'empêche de déterminer ses arrière-pensées.
– Et dépêche-toi, ajoute Doflamingo, en tapant des doigts sur la table. Je peux savoir pourquoi Mihawk t'a aperçu, suspendu dans le vide ?
Je dois faire appel à toutes mes forces pour ne pas rire, ce n'est pas le moment.
– Je n'ai pas sauté de gaieté de cœur…
– Sans blague ?
– …On m'a poussé à le faire. Comme Ace a été poussé, il y a quelques mois, tu te souviens ? Cette affaire est la raison pour laquelle tu voulais que je me fasse discret. Et pour laquelle lui – je désigne Crocodile – m'a fait enquêter dans le but de te confondre.
Tous les deux froncent les sourcils et échangent un regard lourd de sens, comme s'ils ne croyaient plus avoir des nouvelles de cette histoire. A la tête que fait Doflamingo, je devine qu'il est abasourdi d'apprendre que quelqu'un vient d'essayer de me tuer juste sous son nez.
– Quoi ? Demande-t-il bêtement.
Je prends une grande inspiration et lui explique ce qu'il s'est passé sur le toit, tout en livrant la vérité sur ce qui est arrivé à Ace et l'implication du père de Sabo et Stelly. J'occulte la plupart des détails qui ne le regardent en rien. Tout ce que je veux, c'est qu'il sache qu'il s'est fait avoir par un de ses propres sous-traitants. Je sais qu'il se moque de la mort de Ace dans le fond mais que tout ceci ce soit passé dans son environnement sans qu'il ne voit rien, je sais qu'il va se sentir stupide et ça me réjouit.
– …Et il pensait que mettre en scène mon suicide passerait crème alors il m'a forcé à sauter. Coup de chance, Kid était là et je ne suis pas mort. Ensuite, et bien il a bien fallu faire un peu de boucan pour éviter qu'il ne revienne sur ses pas pour finir le travail. D'où l'émeute. J'admets volontiers que c'était mon idée mais sache que j'étais bien obligé. C'était le minimum pour empêcher un tueur particulièrement efficace de m'atteindre.
Je ne sais pas s'il me croit. Il enlève ses lunettes, se frotte les yeux et soupire bruyamment. Je ne l'ai jamais vu aussi fatigué et j'adore ça. De son côté, Crocodile fixe le vide, réfléchissant à tout ce que je viens de dire.
– Ca me paraît cohérent, finit-il par trancher. Ce n'est pas la première fois qu'on a des problèmes avec cette famille.
– Et tu ne pouvais pas juste : venir me voir ? Au lieu de déclencher l'apocalypse ? Se fâche Doflamingo en ignorant complètement Crocodile.
Je pense d'abord lui répondre un truc pragmatique du style « j'aurais pas eu le temps » mais la tentation de le provoquer est trop forte.
– Non, je me contente de répondre, sans pouvoir m'empêcher de sourire.
Doflamingo grimace et Kid laisse échapper un ricanement depuis le fond de la pièce. Il marmonne un « pardon » hypocrite face au regard de Crocodile, plus si amusé que ça par la situation. Je comprends qu'il se fiche des problèmes que Doflamingo a avec moi et qu'il ne veut recentrer le sujet sur l'essentiel.
– C'est un gros problème qui nous tombe dessus, Teach connaît beaucoup trop de choses sur nos affaires et il est certain qu'il a déjà dû nous trahir maintes et maintes fois. Qui sait pour le compte de qui il travaille, en plus de nos donateurs les plus véhéments.
Evidemment, comme prévu, mon sort ou celui d'Ace : ils s'en fichent. Seuls leurs intérêts comptent, ce qui me conforte dans l'idée que lancer une émeute était une bonne idée, ils méritent de s'en prendre encore plus sur les bras.
Doflamingo soupire encore. Son visage est inexpressif mais je le devine à bout de nerfs. Je m'étonne encore de ne pas m'en être pris une.
– Ce qui m'épate le plus, c'est qu'il a eu le cran d'essayer de buter ce petit con presque DEVANT MOI, s'offusque-t-il, en me toisant avec mépris, comme si c'était ma faute. Et ça, ça va se payer.
– Ou alors, peut-être que tu pourrais en profiter pour reconsidérer les choses sur la façon dont tu traites les membres de ta famille et comme ils se retrouvent systématiquement en danger par ta faute ? Ne puis-je m'empêcher de lancer.
Ses yeux n'étant pas dissimulés derrière ses lunettes, pour une fois, j'y perçois une lueur de rage pure et violente qui me fait immédiatement regretter ma hardiesse. Un frisson glacial me remonte le long de la colonne vertébrale et je me fige.
Mais la seconde d'après, il cligne des yeux et la lueur vengeresse disparaît. Il repose ses lunettes sur son nez et me congédie.
– Allez, barre-toi. Je m'occupe du reste, ne t'en mêle plus.
Je suis surpris. C'est… trop facile ?
Je n'ai pas rêvé : j'ai lu dans son regard qu'il voulait me faire payer mon insolence, ce n'est pas son genre de céder aussi facilement. Ce n'est pas possible que ce soit aussi simple que ça.
– Il te faut un bon de sortie ? Répète-t-il. Lève ton cul de là et foutez-moi le camp, toi et l'autre manchot.
J'hésite encore un peu avant de me lever mais finalement j'obéis. Je suis sûr que lui et Crocodile vont reprendre la discussion dès que j'aurais fait un pas en dehors de la pièce. Ca m'embête de ne pas savoir ce qu'ils comptent faire mais je n'ai pas le temps de me poser trop de questions, Kid m'agrippe le col et me traîne hors du bureau. Je pense qu'il en a marre.
Nous quittons la pièce sans dire un mot et parcourons quelques mètres. Kid paraît soulagé :
– Ca c'est bien passé, non ?
– Mh.
Quelque chose me chiffonne. Il a abdiqué trop facilement et ce n'est pas son genre. Surtout après un fiasco pareil. Je sais que la tentative de meurtre a permis de remettre les pendules à l'heure mais il n'est pas assez crédule pour croire que je n'ai pas profité de l'occasion pour foutre la merde – car c'est ce que j'ai fait. J'ai bien peur qu'il me réserve encore quelques mauvaises surprises.
– Je pensais me faire engueuler un peu plus que ça…
Kid soupire.
– Tu ne peux pas être content, pour une fois ?
– Si tu le connaissais aussi bien que moi, tu saurais que c'est louche qu'il ne…
– On s'en fout, ce sera un problème demain. Pour l'instant, je résume : t'as fait croire à un tueur qu'il t'avait eu alors que non et t'as déclenché une énorme émeute en même pas dix minutes…
– C'était Sabo, pas moi.
– Peu importe, pour l'instant t'as gagné. T'étais censé mourir, t'es vivant et t'as tenu en échec les patrons. C'est tout ce qu'i retenir.
Vu comme ça, j'aurais du mal à ne pas être d'accord avec lui. J'imagine qu'il a raison, on verra plus tard ce qui risque de me tomber dessus.
Les couloirs sont si calmes, c'est très déstabilisant. Et dire qu'il y a encore quelques heures, le vacarme était si puissant que les villages alentour l'ont certainement entendu. A présent, toutes les lumières sont éteintes et le seul son que l'on entend est celui de nos pas, il ne reste plus que les traces du carnage : des statues explosées, des murs martelés, des rideaux arrachés, des tags insultants. Je ressens une certaine mélancolie à cet instant, en marchant sur les gravats.
Il ne faut guère plus de dix minutes pour que la fatigue m'assomme enfin. J'ai les yeux qui piquent, les muscles endoloris, les jambes lourdes et la gorge sèche à force d'avoir hurlé. C'est comme si le poids de ces dix dernières années venaient de s'envoler de mes épaules après m'avoir collé une énorme baffe. Kid a raison : j'ai survécu. J'aurais pu mourir et je suis vivant. Je ne pensais pas que je m'en réjouirai un jour, pourtant je suis content d'avoir pu assister à tout cela. Tout ce qu'il me faut à présent, c'est m'allonger et dormir paisiblement d'un sommeil sans rêve.
Il reste encore quelques tourments qui s'acharnent à me maintenir éveillé – notamment la vérité qu'il va bien falloir dire à Sabo – mais ce ne sont plus que des échos lointains qui s'évanouissent dans mon crâne et la présence de Kid à mes côtés suffit à apaiser mon stress.
Je lui jette un petit coup d'œil discret lui aussi à l'air épuisé, même s'il a meilleure mine que moi. Il arbore ce même petit air triomphant que je l'ai vu prendre à de nombreuses reprises quand il revenait dans la chambre avec des infos sur lui. Je m'en veux terriblement de ce que je lui ai fait je suis sûr que c'est par ma faute s'il a d'aussi grosses cernes sous les yeux – elles sont encore loin d'égaler les miennes cela dit. Avec ce qu'il m'a raconté, je suis sûr qu'il a passé plus de nuits dehors que dans la chambre avant que j'arrive, et alors qu'il commençait enfin à baisser sa garde, je l'ai renvoyé dehors. Pas volontairement mais c'est ce qui s'est passé.
Je ne sais pas s'il m'a vraiment pardonné, même si notre discussion a mis fin aux hostilités, je le sens toujours distant. Il ne m'a pas lâché d'une semelle depuis mon saut de la foi, au point de s'incruster dans le bureau de Doflamingo, mais maintenant que nous sommes seuls et que tout est terminé, il s'efforce de rester à un mètre de moi. Ca me fait mal au cœur. Je ne peux pas lui en vouloir, c'est entièrement ma faute si j'ai perdu sa confiance mais je ne peux pas m'empêcher d'être un peu triste. C'est bien beau d'avoir résolu ce foutu mystère qui me prend la tête depuis mon arrivée et c'est bien gentil d'avoir mis Doflamingo hors de lui, mais quel intérêt si je me retrouve aussi seul qu'avant ?
D'un geste presque suppliant, plus proche du réflexe de survie qu'autre chose, j'attrape le bas de son t-shirt et je serre un peu. Je ne sais pas quoi faire d'autre. Je ne croyais pas qu'il y réagirait mais il ralentit immédiatement son allure et réduit la distance entre lui et moi.
J'ai l'impression d'être un gamin qui s'accroche à la seule chose qu'il connaît après s'être perdu dans un grand magasin. J'en ai un peu honte mais ça m'aide à me sentir mieux. Encore une fois, la communication non-verbale est ce qui marche le mieux entre lui et moi. Je le sens moins tendu et moi, je peux mettre mon cerveau en veille et laisser mon corps suivre le mouvement : je fais confiance à Kid pour me ramener à bon port.
Le reste du trajet semble se dérouler en quelques secondes. Le temps que je reprenne pied – je me demande si je ne me suis pas un peu endormi debout – on se retrouve devant la porte de notre chambre. Est-ce que je peux dire notre ?
Je lâche sa chemise et me frotte les yeux. Je me sens « froissé », je n'ai jamais eu autant envie de dormir de ma vie mais je ne peux pas franchir le seuil, mes jambes sont vissées au sol. Je sais ce qu'il va se passer maintenant, ça devait arriver : c'est le moment gênant où nous allons devoir décider de ce qu'on doit faire de nous même.
– Te voilà de retour au bercail, dit-il, d'une voix fatiguée.
Je ne trouve rien à répondre et je dois faire appel à mes dernières forces pour soutenir son regard. J'espère encore une fois lui faire comprendre ce que je veux autrement que par la parole, même s'il est à bout de forces, lui aussi. Malheureusement, ça ne marche pas. Le silence s'installe entre nous et prend toute la place. Ce ne serait pourtant pas compliqué de lui dire : « Je t'interdis de retourner sur le toit, rentre dans cette chambre et on en parle plus. » mais je n'y arrive pas. Plein de choses me bloquent, notamment la peur de le blesser encore davantage en lui imposant quelque chose dont il ne veut pas. De son côté, il n'a toujours pas bougé non plus, je ne sais pas ce qu'il attend. S'il ne me donne pas un signe, on risque de rester là encore longtemps.
– Bon, j'y retourne. A demain, dit-il simplement, en reculant d'un pas.
– Retourner où ?
– Bin, sur le toit.
– C'est TA chambre, t'as le droit d'y rester.
Un nouveau silence s'impose. Mais cette fois, il attend patiemment la suite pendant que je puise dans mes dernières réserves d'énergie pour trouver les mots justes. Au bout du compte, puisque je n'ai aucune idée de comment faire pour ne pas être trop rentre-dedans, j'y vais franco. Au moins il sera fixé.
– Et même si je comprends que tu n'aies pas envie de rester dans la même pièce que moi après ce que j'ai fait, j'insiste pour que tu le fasses.
– Pourquoi ?
Il veut vraiment me faire cracher le morceau, le sadique.
– Parce que tu me manques.
– Oh.
Pourquoi est-ce qu'il a l'air aussi étonné ? Moi qui croyais qu'il faisait exprès de jouer au con, je me trompais. Et il n'a pas de chance, il est tellement pâle de peau que même dans le noir je remarque tout de suite qu'il pique un fard. J'ai d'abord envie de jubiler, parce que c'est rigolo de le voir tout embarrassé, mais la panique chasse vite toute autre sentiment. Est-ce que j'ai encore dit une connerie ? Pourquoi il ne dit plus rien ? Je l'ai fait flipper, je suis allé trop loin ?
Il est si immobile que j'ai l'impression d'avoir arrêté le temps. Entre ça, le silence assourdissant et la pénombre ambiante, j'ai l'impression que le monde vient d'exploser. C'est atroce.
J'aurais mieux fait de la boucler. Je n'ai plus qu'à aller dormir, en me maudissant d'avoir dit ça. Cela dit, il m'agace, il pourrait au moins réagir un minimum. Vu ce qu'on s'est dit plus tôt dans la journée, je ne pensais pas qu'il serait en état de choc comme ça.
– Abrège mon supplice et dis moi juste ce que tu comptes faire, je t'en supplie parce que même si je l'ai mérité c'est assez humiliant à vivre ce qu'il se passe là.
J'ai à peine le temps de finir ma phrase qu'il me saute dessus, me plaque contre la porte qui s'ouvre au passage et entraîne notre chute contre le sol de la chambre – et je suis bien content de n'avoir rien rangé, pour une fois. La couette qui traînait par terre amortit le choc. J'en demandais pas tant mais je ne vais pas me plaindre.
Je ne perds pas un quart de seconde et je réponds à l'étreinte en l'enlaçant avec mes jambes, comme une grosse araignée. Qu'il essaye d'aller sur le toit maintenant, pour voir. Mais je ne m'en fais pas trop, à la façon dont il me dévore la bouche, je crois qu'il était aussi frustré que moi et qu'il n'a plus du tout l'intention de partir. Comme la première fois dans l'armoire, peut-être qu'il attendait simplement que je lui donne le signal.
La furie passionnée dure encore quelques minutes, jusqu'à ce que nous ayons besoin de reprendre une bouffée d'air. Je soupire un grand coup, soulagé. Cette fois, c'est définitivement sûr, je peux me détendre.
Peu importe la suite, je ne suis plus tout seul.
[Ellipse]
Quelques jours ont passés depuis les émeutes et l'ambiance n'a jamais été aussi agréable au château. C'est un vent de liberté qui souffle dans les couloirs, il n'y a pas eu de casse depuis le jour fatidique où j'ai failli me faire tuer et tout le monde se comporte comme si la bataille était gagnée. Je suis le seul à ne pas me réjouir de ce calme plat. Les directeurs n'ont toujours pas montré leur nez depuis et ça ne me dit rien qui vaille.
C'est d'autant plus étonnant qu'aujourd'hui ils sont censés accueillir leurs plus généreux donateurs pour une assemblée qui concerne l'avenir de cet endroit. J'avais complètement oublié cet évènement dont Sabo m'a vaguement parlé l'autre jour, quand il m'a confiée une coquette somme d'argent que Teach a finalement volé sans vergogne. J'aurais cru que les effectifs de gardiens doublerait où que Mihawk nous tomberait dessus par surprise pour nous calmer avant leur arrivée mais il ne s'est rien passé. Je ne crois pas que cette réunion, pourtant d'une extrême importance pour Doflamingo, ait été annulée. Et c'est bien ce qui m'inquiète.
Kid m'a dit que je me prenais trop la tête mais j'ai l'impression que notre « réconciliation » de l'autre soir l'a tellement mis en orbite que même un séisme, il ne le sentirait pas. Je sais ce que je dis, c'est encore trop facile et extraordinairement louche. Je suis sûr que Doflamingo n'a pas dit son dernier mot et qu'on risque d'avoir une mauvaise surprise. Cependant, j'ai autre chose à l'esprit aujourd'hui. J'ai honte mais depuis l'accident, je n'ai toujours pas trouvé le courage de dire la vérité à Sabo, ni à Luffy. Ils auraient dû être les premiers au courant de tout ce qu'il s'est vraiment passé mais je n'ai pas réussi à savoir comment je devais le leur annoncer. Toutefois, il est temps plus question de faire semblant de ne rien savoir encore une seule journée. Je leur dois bien ça.
Je descends à la cafétéria, maintenant que tout le monde s'y réunit sans trop se préoccuper des « clans », j'espère y trouver Sabo. Je ne dirais pas que les émeutes ont mis fins aux castes mais je remarque que les résidents les plus timides sont aujourd'hui plus visibles. Malheureusement, il n'est pas là.
Alors que je demande à un de ces amis s'il sait où il est, un grésillement se fait entendre. C'est encore le haut-parleur. Une voix inconnue s'élève dans la verrière et nous invite à nous rassembler dans le hall pour une annonce, je cite : « de la plus haute importance. » Les visages se crispent. Tout le monde est d'accord : c'est sûrement le moment de payer l'addition pour tout ce qui est arrivé et c'est aussi mon avis. J'ai un mauvais pressentiment.
Je suis le mouvement de foule jusqu'à me retrouver face aux trois grands escaliers, comme la dernière fois, avant que Mihawk ne sacrifie Killer sur l'autel. Même si nous sommes nettement moins nombreux que la dernière fois à avoir répondu à l'appel – la révolte a fait naître un esprit de contestation qui empêche les absents d'obéir – je suis obligé de donner quelques coups d'épaule pour me frayer un chemin jusqu'à un emplacement d'où je peux avoir une vue bien dégagée. Je scrute la foule pour essayer de voir Kid mais il n'est pas là. Je n'en suis pas surpris, il doit encore être sur le toit. Pour la première fois depuis un petit moment, j'aperçois nos directeurs, comme toujours : postés en haut des marches, tels des souverains. Ils ne sont pas seuls autour d'eux s'affairent un groupe d'hommes en costumes cintrés et élégants qui ne laissent pas de place au doute au sujet de leur identité. Ce sont les mécènes de l'établissement. Je n'en reconnais aucun mais à la façon dont ils commentent notre rassemblement, je devine qu'ils se sentent infiniment supérieurs à nous. Les directeurs ont l'air nerveux, peut-être craignent-ils que les choses partent de nouveau en vrille ?
A cette distance, je suis incapable de percevoir les traits de Doflamingo mais je jurerai qu'il me cherche dans la foule et ça ne me rassure pas du tout.
Il se tourne vers le groupe d'hommes élégants qui papote derrière lui et leur demande de se taire – du moins, c'est comme ça que je l'interprète. Une fois qu'il a leur attention, il descend les marches et rien qu'à sa façon de marcher, mon inquiétude se fait de plus en plus intense. Il n'est pas nerveux, il est excité.
Il attire notre attention sur lui et obtient un silence relatif, uniquement dû à la curiosité du public. Personnellement, je me fais le plus discret possible. Je ne veux pas perdre une miette de ce qui va se passer.
Une fois certain d'avoir tous les yeux rivés sur lui, Doflamingo élève la voix.
– Bien. Nous n'avons pas trop eu l'occasion de discuter de ce qu'il s'est passé l'autre jour, n'est-ce pas ? Vous nous avez tous mis dans une situation délicate, rigole-t-il, le ton léger. Heureusement que vous n'avez pas mené votre petite guérilla aujourd'hui hein ? Bref, au moins, de cette façon, nos généreux donateurs que voici voient directement ce dont vous êtes capables. Vous êtes des durs à cuir, des vrais. On ne vous la fait pas et vous savez obtenir ce que vous voulez.
Tout cela ne me dit rien qui vaille…
– Aussi, voilà ce que je voulais vous dire : nous avons entendu vos revendications. C'est pourquoi, nous avons pris la décision de faire rapatrier votre camarade – Killer c'est ça ? Il devrait regagner le château d'ici quelques jours, ça vous va ?
Une salve de cris enthousiastes et victorieux suit cette annonce. Tous ont l'air ravi que les directeurs aient cédé. De mon côté, ma gorge se serre de plus en plus. Ce n'est pas normal, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et je n'ai pas hâte de savoir quoi. Je devrais me réjouir mais je connais trop bien Doflamingo pour ça. Et il est hors de question que je l'applaudisse d'avoir fait le strict minimum.
Il accueille les sifflements de joie et les exclamations avec petite révérence puis il poursuit.
– Parfait, je suis ravi que cette journée démarre du bon pied pour tout le monde. Maintenant, laissez-moi vous expliquer une chose. Ces messieurs, que vous voyez là, sont ceux qui financent l'établissement. C'est aussi grâce à eux que votre monde tourne. S'ils sont venus aujourd'hui, c'est pour voir si leurs fonds sont utilisés à bon escient. Malgré les dégradations que l'on peut voir un peu partout, votre enthousiasme devrait suffire à les rassurer car beaucoup d'entre eux commençaient à perdre espoir à cause de certains récidivistes.
Il se tourne vers le petit groupe de mécènes et fait signe à l'un d'entre eux d'approcher. Celui qu'il désigne semble d'abord refuser poliment puis il finit par céder face à l'insistance de Doflamingo. C'est un grand homme au visage toute en longueur et à la moustache finement taillée. Il n'a pas l'air content du tout de devoir quitter le cortège de ces semblables pour rejoindre un truand à la chemise ouverte jusqu'au nombril comme Doflamingo. Il s'approche mais se tient à l'écart de lui, comme s'il avait peur d'être contaminé par un quelconque virus. Il n'a aucune gêne à afficher son mépris et ne semble pas du tout intimidé alors qu'il est bien deux fois plus petit que lui.
– Monsieur, par exemple, commence Doflamingo, la voix chantante. Il commençait à désespérer que, je cite : « nous soyons incapables de gérer les éléments perturbateurs. » Maintenant, il peut être rassuré. Plus personne ne perturbera quoi que ce soit, n'est-ce pas ? A part peut-être son propre fils. Quelle ironie.
Oh mon dieu.
Les résidents échangent des regards interloqués, ils n'ont pas compris. Moi, mon cœur commence à s'emballer. Qu'est-ce qu'il fait ?
Le père de Sabo réalise que quelque chose se passe mais il ne bouge pas. La voix de Doflamingo part de plus en plus dans les aigus, comme pour nous inciter à rire de la situation.
– Ca me fait penser que j'ai quelque chose à vous raconter. Vous vous souvenez de votre regretté camarade Ace ? Et bien, figurez-vous que sa mort n'était pas un suicide.
Des murmures étonnés s'élèvent de la foule. J'espère que Luffy n'est pas là, ce serait horrible qu'il l'apprenne de cette façon.
– Ca n'a pas été facile de le découvrir mais c'est bien ce qu'il s'est passé. Et en soi, je m'en fiche, seulement il semblerait que le responsable de sa mort ait été payé pour le faire, par ce même monsieur. Connaissant l'identité du tueur et ses tarifs, je sais qu'il faut un sacré budget pour se le payer. C'est dommage d'avoir gaspillé de l'argent qui aurait pu nous servir si vous voulez mon avis. En même temps, tuer la mauvaise graine qui empêche l'ascension que vous destiniez à votre fils, c'est la moindre des choses, je le reconnais, dit-il au moustachu, qui commence à suer à grosses gouttes en comprenant qu'il est pris au piège.
Derrière eux, les autres mécènes ne disent rien mais échangent des regards inquiets, ils n'avaient pas prévu tout ça. Les résidents aussi sont complètement perdus.
– Par contre, poursuit Doflamingo en posant un doigt sur ses lèvres. Ce que j'apprécie moins voyez-vous, c'est qu'on essaye supprimer mon poulain pour favoriser quelqu'un d'autre. Et il faut un sacré culot pour oser se tenir devant moi après tenté de le faire. Aussi, soyons-clairs : je ne pardonne pas qu'on touche à un membre de ma famille. Alors laissez-moi rafraîchir la mémoire de tout le monde à ce sujet.
Sur ces mots, il sort une arme de sa poche.
Une exclamation étouffée s'empare de l'assemblée, comprenant ce qu'il va se passer, mais personne n'a le temps de faire quoi que ce soit : il vise la tête et appuie sur la gâchette. Une détonation spectaculaire retentit dans le hall tandis que le corps du père de Sabo s'écroule dans les marches.
Plus personne n'ose faire un seul mouvement, tout le monde est sous le choc. Les invités sont stupéfaits et même Crocodile et Mihawk ont l'air surpris.
De mon côté, je suis persuadé que ce n'est pas fini. Doflamingo me donne raison quand il range son arme et se tourne vers nous.
– Une petite explication s'impose, je récapitule : cet homme a essayé de tuer votre compère Law parce qu'il savait que j'en ferais un roi. Vous n'en avez rien su parce que cet idiot – il me pointe du doigt – n'a strictement rien dit. Ce n'est pas son style de partager ce genre d'anecdotes puisqu'il tient à ce que son lien avec moi se fasse oublier. Et comme une tentative de meurtre à son encontre, c'est forcément lié à moi, il ne pouvait rien dire. Bref, tout ça pour vous montrer comment ça marche : œil pour œil, dent pour dent. C'est ce que je veux que vous reteniez. Mais nous ne sommes pas encore totalement quittes. Il se trouve que cet homme, précise-t-il en désignant le corps de sa victime, a aussi eu la bonne idée de placer ses deux fils ici. La justice voudrait que je les tue aussi, mais ça ne me paraît pas être la meilleure solution. Alors voici ce que je vous propose…
Mon sang se glace et mes poings se serrent.
– A vous de leur faire payer et de leur faire comprendre comment ça doit marcher ici. Faites leur regretter d'être venus au monde, soyez créatifs. Je veux qu'ils vous supplient de les achever. Et si vous n'êtes pas convaincus, j'offre une petite récompense pécuniaire, un poste – et la liberté, par la même occasion – à celui qui les conduira à se jeter du toit par eux-mêmes. Vous savez ce qu'il vous reste à faire.
Une fois son laïus terminé, il me cherche du regard dans la foule, me fixe quelque secondes, puis me tourne le dos et remonte les marches jusqu'aux autres, comme si de rien était, avant de les inviter à le suivre dans un couloir plus lointain. Je tremble de la tête aux pieds.
Je savais que c'était loin d'être terminé mais je ne pensais pas qu'il irait aussi loin. Quelle sale ordure. A chaque fois que je crois l'avoir battu, il revient à la charge et me rappelle sa domination. Son petit regard final, qui m'était destiné, visait à me faire comprendre que toute tentative de rébellion serait tuée dans l'œuf. Cette manœuvre est la plus fourbe qu'il ait jamais tenté : corrompre la foule avec des promesses de pouvoir pour leur faire oublier toute envie de changement, avec Sabo pour bouc émissaire. Il a été assez malin pour ne pas s'en prendre à moi directement, il savait que ce serait plus efficace.
Mais pas cette fois. Je ne le laisserai pas gagner. Il est plus que temps qu'il périsse. Il ne sait pas que j'ai un coup d'avance.
Il veut le chaos ? Il l'aura.
[Ellipse]
Comme prévu, je trouve Kid sur le toit, complètement ignorant de tout ce qu'il vient de se passer. Il est là, assis, en train de siffloter sur les tuiles. Il n'est même pas en train de construire quoi que ce soit, il est juste en train de rêvasser. Je m'en veux un peu de l'interrompre alors qu'il est aussi paisible, mais c'est urgent.
Comme il a les yeux fermés, il ne me voit pas arriver. Je dois lui tapoter le crâne pour qu'il s'aperçoive de ma présence. Il n'ouvre même pas les yeux et me lance un « c'est pas trop tôt » râleur. J'aime bien comme il fait semblant de n'en avoir rien à faire de moi alors qu'il lui faut une demie heure pour me laisser quitter le lit tous les matins maintenant. Hélas, je n'ai pas le temps de jouer avec lui pour le moment.
– J'ai un truc à te demander, l'argent que tu as retrouvé dans la chambre de Ace, tu l'as toujours ?
Il ouvre un œil étonné.
– Oui, pourquoi ?
– J'en ai besoin.
Il observe mon visage et comprend qu'il s'est passé quelque chose. Il ouvre la bouche pour avoir une explication mais je l'interromps.
– Je t'expliquerai plus tard, c'est urgent.
Il se lève et va fouiller sous le tas de couvertures dans lequel il m'avait invité après ma nuit au mitard. Il en sort un sac et me le donne sans plus de questions.
– Je l'ai planqué là quand j'ai su que t'avais fouillé dans mon coffre, désolé.
– T'excuses pas, tu as bien fait. Je reviens dans pas longtemps.
– Besoin d'aide ?
– Non, ça va aller.
Je me relève et m'apprête à quitter le toit mais je pense à une chose qui me pousse à revenir vers lui.
– Au fait, tu devrais appeler Killer. Il est censé revenir ici, ce serait bien d'avoir une confirmation.
[Ellipse]
Quand j'entre dans sa cachette, je trouve Sabo allongé par terre, les mains derrière la tête. Je comprends en voyant son visage qu'il est déjà au courant de tout. Il n'a pas l'air triste, ni même inquiet. Il est simplement ailleurs. Je suis soulagé de voir que personne n'est encore venu le trouver mais ce n'est qu'une question de temps. Si beaucoup d'entre nous lui sont reconnaissants, je sais que certains saisiront l'occasion donnée par Doflamingo pour se débarrasser de lui.
En me voyant, il semble déconcerté.
– Law ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
– Je suppose que tu es au courant de…
Il a un petit sourire triste.
– Oui, difficile de manquer ça.
J'aurais voulu que notre dernière conversation se passe autrement.
– Je suis désolé de ne pas t'avoir dit dès que je l'ai su pour Ace. Je ne savais pas comment…
– Ne t'excuses pas, je savais déjà que ce n'était pas un accident. De là à ce que le coupable soit mon père, ça je ne l'ai pas vu venir.
Sa voix s'éteint à la fin de sa phrase. Je ressens sa culpabilité dans toute la pièce. Je voudrais pouvoir l'aider, mais le temps presse.
– Ecoute, je ne suis pas venu pour te parler de ça. Je suis venu t'aider.
– Ne te vexe pas mais je ne t'ai rien demandé. Et je ne crois pas que les autres me puniront de toute façon.
– Tu es trop optimiste.
– Et toi tu ne l'es pas assez, s'énerve-t-il. Les émeutes de l'autre jour devraient te prouver que tout n'est pas perdu.
– Justement, Doflamingo a fait exprès de lancer les représailles sur la seule personne capable de nous rassembler pour flinguer le peu de cohésion qu'on avait. Si un seul gars se s'en prend à toi, ta disparition sera une énorme perte pour tout le monde.
Il fronce les sourcils. Il ne voit pas où je veux en venir, alors je précipite les choses. Je sors le sac plein d'argent et je le lui dépose dans les mains.
– C'est l'argent que tu avais donné à Ace pour lui permettre de faire sortir Luffy d'ici. Il n'a jamais eu l'occasion de s'en servir et il l'avait bien caché. Sers t'en et tire toi d'ici.
Il se relève d'un seul coup, presque offensé que j'ose lui donner cet argent.
– Mais alors c'est à Luffy qu'il faut le donner, pas à moi !
Cette fois, c'est à mon tour de m'énerver.
– Mais ça suffit avec ça ! Il va parfaitement bien, s'il y a quelqu'un ici qui n'a besoin de l'aide de personne, c'est bien lui. C'est le seul qui a réussi à nous rendre la vie a château un peu moins insupportable ! Il a même été à la fois assez intelligent et assez bête pour poster les horreurs qui se passent ici sur internet. Et personne ne l'a encore remarqué ! Crois-moi, Luffy est parfaitement à son aise ici. Kid était le seul à l'emmerder et il ne recommencera pas, au pire s'il tente quoi que ce soit, ce sera à moi de lui botter le cul. Alors sois-gentil, prends ce pognon, casse-toi, et fais ce pourquoi t'es doué : dénonce tout ce qu'il se passe ici. Aux yeux du public !
Ma tirade semble faire son petit effet. Il serre le sac d'argent contre lui et réfléchit une minute.
– Je ne sais pas si je peux faire ça…
– Bien sûr que si. Et tu as des alliés à l'intérieur. D'ailleurs, avant de partir, passe voir Drake. Je suis sûr qu'il te sera utile.
Il se mord la lèvre et regarde par terre. Je n'ose imaginer à quoi ressemblent ses pensées en ce moment. Il n'a pas beaucoup de temps pour agir et c'est une lourde responsabilité qui pèse sur ses épaules maintenant. Mais je sais qu'au fond, c'est tout ce qu'il souhaite. Il ne s'est pas donné tout ce mal pour ne pas être sincère à ce propos. Et maintenant que son père est mort, il est libre.
– Je suppose que je devrais embarquer mon frère avec moi, marmonne-t-il. Ce n'est pas de gaieté de cœur mais je ne peux pas le laisser se faire massacrer.
– Tu es extrêmement gentil, je m'épate.
Il rigole. Puis finalement cède. Il redresse la tête et me jette un regard déterminé.
– Très bien. J'imagine que tu as raison, dit-il simplement. Et toi, qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?
– Je ne suis pas aussi sympa que toi, je ne vais pas prendre ta suite, ne compte pas sur moi. Par contre, faire péter les plombs à Doflamingo, ça devrait pouvoir se faire. »
[Epilogue – Quelques jours plus tard]
« Qu'est-ce que tu fous encore ? Arrête d'y toucher là c'est bon !
– Ca me serre trop je te dis !
– C'est ça ouais, t'as juste le vertige.
Kid m'a confectionné la même ceinture que lui, et quoiqu'il en dise, c'est la chose la plus inconfortable que je n'ai jamais eu à porter. Il avait raison en ce qui concerne le plaisir qu'i se balader incognito contre les remparts mais les lanières qui me lacèrent les cuisses, je m'en serai bien passé. Et il peut dire ce qu'il veut : je n'ai pas le vertige. Il a vite oublié qu'il m'a rattrapé au vol, cet imbécile.
En attendant, je n'arrive pas à me concentrer sur ce que nous sommes en train de faire à cause de ce truc. Après un soupir exaspéré, il pousse sur ses jambes et d'un seul bond, il arrive juste à côté de moi et me tape la main.
– Arrête d'y toucher j'ai dit !
– Ca me fait mal, t'es bouché ou quoi ?
– T'es vraiment une drama queen, dit-il en roulant des yeux. Tout ce que tu vas faire c'est péter la lanière et tomber comme une merde, c'est ce que tu veux ?
Je finis par céder. Je me vengerai plus tard de son petit ton condescendant.
Malheureusement, je me sens ridicule de le voir me tripoter les jambes et encore plus quand je sens la pression s'alléger une fois qu'il a fini d'ajuster les réglages de ma ceinture. Je déteste quand il a raison. Dès que je relève les yeux, il affiche son éternel sourire satisfait de mec trop content d'avoir gagné.
– Dégage, je marmonne en le poussant du pied.
Evidemment, il ne bouge pas d'un centimètre. Foutu tas de muscle, c'est impossible de le déplacer. Et maintenant qu'il a vu que je boudais, il va me taquiner tout l'après-midi. Il faut que je réfléchisse à ma vengeance tout de suite.
Par chance, son attention est détournée par la sonnerie de son téléphone. Il le sort de sa poche et consulte l'écran. A son sourire, je devine qui est l'expéditeur.
– C'est Killer ?
– Ouais, il vient de descendre du bateau. C'est cool, il va être le premier à voir notre chef d'œuvre, ricane-t-il en contemplant la peinture qu'il a déjà étalé sur toute la façade. On rajoute un truc, genre « bienvenue » ? Une connerie de ce style ?
– Ah, pourquoi pas. Ca ajouterait une touche d'ironie. Mais du coup, je ne suis pas sûr qu'il capte le message.
– Ah ouais, t'as raison.
Depuis que Sabo est parti – pour le plus grand énervement de Doflamingo, qui n'a pas compris comment il a pu disparaître aussi rapidement – je me suis donné pour mission de rendre la vie infernale aux directeurs et aux propriétaires de cette prison. Quitte à être intouchable, autant que ça serve à quelque chose. Je suis d'autant plus content de le faire que Kid a accepté de garder son rôle de partenaire dans cette histoire. Lui non plus n'a plus rien à perdre et il déborde d'imagination. Par exemple, c'était son idée de venir taguer la façade du château avec un message vindicatif, afin que toute l'île soit au courant de ce qu'il se passe entre ses murs. Je ne m'attendais pas à ce qu'il me confectionne ma propre ceinture pour que je puisse lui donner un coup de main, mais j'avoue que j'apprécie le geste. C'est presque une marque d'affection venant de lui.
En tout cas, c'est comme ça que je l'interprète. De toute façon, ce n'est pas comme si nous communiquions comme un « couple » standard à la base. Et ça me va très bien, ça n'a pas à être normal, tant qu'on se comprend.
– Je m'arrête deux secondes, j'ai la dalle, dit-il en attrapant la corde qui lui permet de monter en rappel le long du mur.
N'ayant rien avalé depuis ce matin, je m'empresse de l'imiter. Je maîtrise encore assez mal le système mais plus ça va et plus je prends de plaisir à m'en servir. Même si je déteste cet endroit, je dois bien admettre que j'aime bien être ici.
Une fois remonté sur les tuiles, comme à chaque fois, je m'arrête et je contemple la vue. La sensation est toujours aussi agréable, je suis content que Teach ait échoué à m'en dégoûter.
Kid, arrivé là avant moi, se précipite sur un reste de gâteau qu'il a volé dans la cuisine. Et l'engloutit à une vitesse ahurissante.
– Ton repas de midi c'est un gâteau ?
Il lève son nez vers moi et me fusille du regard.
– Je refuse tout commentaire de la part d'un mec qui se nourrit exclusivement de café, bafouille-t-il, la bouche pleine.
Il me dit ça à chaque fois. Ca devient lassant, mais ça me fait rire. Je viens m'assoir à côté de lui en soupirant. C'est crevant l'escalade. Mais ça valait le coup, j'espère que notre œuvre se voit d'aussi loin que ce que l'on pense. Maintenant, il va falloir qu'on planque les affaires de Kid qui sont sur le toit, car ils vont forcément envoyer quelqu'un pour faire le ménage et ce serait dommage qu'ils tombent dessus.
Ce ne lui pose pas de problème, il a définitivement pris ses aises dans la chambre. Et si je râle à cause de son bordel, je suis ravi qu'il y reste toutes les nuits maintenant.
– Eh, on voit le bateau qui repart.
– Killer ne va plus tarder.
– Est-ce que c'est vraiment une bonne chose qu'il revienne ? Me demande Kid. On l'a peut-être privé de sa liberté en le faisant revenir.
– Crois-moi, Doflamingo ne nous a pas fait « une fleur » en le libérant. Il voulait juste garder un œil sur quelqu'un qui connaît trop de secrets. Parce qu'il croit toujours que c'est secret, le pauvre.
– …Il n'est toujours pas au courant pour le podcast ?
Il y a vraiment de quoi rire. En effet, Luffy a bel et bien continué son podcast et l'hypothèse de la creepypasta n'a pas tenu très longtemps après les enregistrements de l'émeute. Et maintenant que Sabo est dehors, ce n'est pus qu'une question de temps avant qu'on ne découvre notre existence.
– Non. C'est désespérant, je soupire. C'est assez fabuleux comme leur génération ne pige rien à comment marche internet.
Après quelques minutes d'autocongratulation sur nos propres actes de vandalisme, nous revenons au silence. Avant, dès qu'il y en avait un qui s'installait entre nous, j'étais gêné. Maintenant ça va mieux, je m'en fiche. C'est satisfaisant de ne pas avoir à se préoccuper de ce qui se passe dans nos têtes et de juste profiter du calme.
Juste quand je me dis ça, Kid plante ses écouteurs dans ses oreilles et met la musique à fond. Bon, d'accord, un calme relatif.
Je reconnais la chanson qu'il écoute et je me dis que je tiens là ma vengeance. J'adore me payer sa tête à ce sujet-là, il part toujours au quart de tour et je trouve ça très distrayant.
– Et bin, c'est moi la drama queen ?
– Quoi, qu'est-ce qu'il y a encore ?
– Le néo-métal. C'est si… daté.
Il hausse un sourcil enjoué. Il a envie de jouer.
– T'es sûr que tu veux me lancer là-dessus ?
Je lui réponds avec les yeux. Je suis prêt à tout.
– Ok. Dans ce cas, je peux te poser une question ?
– Vas-y ?
– Pourquoi avoir choisi de te faire tatouer le mot « death » sur les doigts ?
…Merde. Je ne pensais pas qu'il attaquerait direct là-dessus. Et comme toujours, mes expressions faciales me précèdent. Je ne sais pas quel tête je fais, mais son sourire triomphant me confirme qu'il savait où il allait dès le départ.
– Aha, jubile-t-il. Touché !
– Oui bon, ça va. J'ai mon côté émo, j'avoue.
– Un côté seulement, la bonne blague.
Je le pousse encore en essayant de me retenir de rougir comme un niais.
– Non mais sérieusement, demande-t-il sans rire cette fois. Pourquoi « death » ?
– Je sais même plus, j'avais quatorze ans. J'imagine que je trouvais ça cool.
Au silence prolongé qui suit ce que je viens de dire, je regrette immédiatement mon aveu. Je me tourne vers Kid. Il a un rictus qui commence à naître sur son visage, je le sens mal.
– Sérieusement ?
Je commence par soutenir son regard, bien décidé à ne pas perdre la face, mais il est beaucoup trop souriant. Je ne tiens même pas une minute, la honte. A peine-ai-je tourné la tête qu'il explose de rire. Littéralement.
– PFOUHA HA HA ! QUATORZE ANS ?!
– RAH, TA GUEULE !
Et zut. Je sens que mes joues chauffent et il ne fait rien pour m'aider à avoir moins honte. Ma seule réaction est pathétique, j'essaye de lui écraser son maudit gâteau sur la tronche. Mais il est tout de même mort de rire.
– J'y crois pas, le tatouage de merde !
– TU VEUX QU'ON PARLE DE TES CHEVEUX ?
Il s'arrête de rire d'un seul coup pour afficher un visage préoccupé.
– Quoi mes cheveux ?
– Ah, sujet sensible ? Parce que soyons francs, c'est pas hyper naturel comme couleur. Et si tu crois que je ne t'ai jamais vu vérifier si tu ne les perdais pas. Du coup, je t'ai imaginé avec une calvitie, et...
A son tour de tenter de me foutre la tête dans la nourriture. A chaque fois c'est le même cirque, ça part en vrille au bout de deux minutes de pause.
Mais très franchement, je crois que c'est la première fois de ma vie que je me bagarre sans que ça ne soit malveillant, qui aurait cru que ça arriverait dans un cadre pareil. Ca tombe bien, j'ai une enfance et une adolescence à rattraper.
Autant le faire avec quelqu'un qui en a été privé aussi.
- FIN -
Et voilà, un dernier petit chapitre qui se clos sur une scène peut-être un peu trop mignonne, mais qui j'espère mettra du baume au cœur.
Red Snitch, c'est terminé.
(Enfin, presque. Il reste le chapitre bonus que je vous ai promis. Donc si la scène où ils se sautent dessus vous a frustré, patience.)
Je vais préparer une petite note de fin que j'ajouterai plus tard, histoire de faire un bilan de toute cette petite aventure, parce qu'il y en a des choses à dire. En attendant, merci à tous pour tout vos encouragements, vos commentaires et votre enthousiasme.
Je suis tellement contente que vous ayez été aussi nombreux à lire cette fanfic. Sachant que c'était la première fois que j'en écrivais une, je ne pense pas que j'aurais pu la terminer sans tous ces retours trop gentils.
Ca m'a fait énormément plaisir de partager ça avec vous.
Et en attendant de revenir plus tard avec une conclusion plus préparée, il est temps de reprendre les bonnes habitudes avec ce petit bonus :
Kid & Killer :
Killer : Je viens de descendre du ferry, me revoilà.
Kid : ok cool
Kid : dis moi quand t'arrives
Killer, à 12h45 : Ah ouais. Sympa la peinture. Je crois que j'ai loupé deux trois trucs non ? Pourquoi « Bienvenue Prison » ?
Kid : Ufjsyy tu comme ça r non je
Kid : Jshdp je capc'egal
Kid : Nncn
Killer : ?
Killer : Soit c'est l'enthousiasme de me voir, soit t'as un souci de clavier.
Kid : c'est pas moi c'est Law, mon téléphone s'est retrouvé pris dans la mêlée et j'ai du gâteau sur l'écran, bref je te raconterai
Killer : …
Killer : Ah oui, j'ai oublié de te dire que je ne voulais pas les détails en fait
Kid : non c'est VRAIMENT pas ce que tu crois
Killer : Bien sûr Kid.
