Chapitre 26 : Agir comme si on était guéri
Le meilleur moyen de se guérir, c'est encore d'agir comme si on était guéri.
- François Hertel, Six femmes, un homme
Hermione hésita quelque peu une fois qu'elle sortit de l'infirmerie et se retrouva seule dans le couloir. Un rapide tempus lui indiqua que le petit déjeuner était fini dans la grande salle. Elle décida donc de se diriger vers la tour de Gryffondor où elle imaginait trouver ses amis en ce dimanche matin.
Elle angoissait quelque peu de se retrouver ainsi de nouveau seule à déambuler dans les couloirs mais se força à avancer sans s'arrêter. Elle ne pouvait pas se laisser aller. Elle ne le voulait pas. Elle avait réussi à prétendre avoir surmonté l'épreuve du Manoir Malfoy, elle pouvait faire de même à présent. Il le fallait.
- Hermione…, entendit-elle résonner dans son dos alors qu'elle n'était plus qu'à quelques pas du tableau de la Grosse Dame donnant sur la tour.
Elle se retourna sur Sirius qui s'avançait rapidement vers elle. Il l'attrapa par le bras et l'entraîna à sa suite dans son bureau situé juste à côté de l'entrée de la salle commune de Gryffondor. Il ne la lâcha qu'une fois la porte refermée sur eux avant de la serrer dans ses bras. Hermione le laissa faire tout du long, profitant lâchement de l'étreinte pour trouver un peu de courage pour surmonter la suite de la journée.
- Hermione comment vas-tu ? lui demanda Sirius en s'éloignant juste assez d'elle pour détailler son visage de ses yeux inquiets.
- Je vais bien Sirius, désolée de vous avoir inquiétés.
Elle entendit distinctement l'homme gronder, pas dupe du mensonge qu'elle lui sortait. Elle fit une légère grimace sous l'œil sévère de Sirius.
- Ne me mens pas, Hermione.
- Ça va aller, lui indiqua-t-elle avec plus de conviction.
Ce n'était plus un mensonge cette fois. Elle savait que ça irait par la suite. Soit parce qu'elle réussirait à surmonter tout ça. Soit parce qu'elle retrouverait de nouveau, et de façon définitive cette fois, les ténèbres dans lesquelles elle avait plongé la veille lorsqu'elle s'était noyée. Dans les deux cas, les choses allaient s'arranger, pour elle tout du moins.
Sirius la détailla en silence pendant quelques secondes, cherchant à saisir les sous-entendus des paroles de la jeune femme. Cherchant à savoir s'il devait s'inquiéter. Il poussa un long soupir.
- Est-ce que tu l'as fait exprès ?
Hermione le regarda pendant plusieurs secondes sans répondre. Sirius fouillait son regard du sien, essayant d'y percevoir la réponse à sa question sans lui laisser l'occasion de mentir. Mais Hermione avait beau chercher au plus profond de son cœur, elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'était la vérité.
- Je ne sais pas, avoua-t-elle finalement avec un soupir.
- Comment ça ?
- Je ne sais pas, Sirius, c'est tout. J'avais juste besoin d'oublier.
Sirius regretta sa question en entendant la réponse de la jeune fille. La voix éteinte d'Hermione attisait le brasier d'inquiétude qui flambait au creux de son ventre.
- Tu n'imagines pas à quel point nous nous sommes inquiétés pour toi Hermione… Severus et moi, mais aussi Ron et Harry… Ainsi que Nott…
L'homme détourna son regard sur ses derniers mots, n'osant regarder la réaction de la jeune femme, ignorant tout de l'arrangement existant entre elle et Théodore. Hermione se contenta de baisser les yeux en inspirant profondément, cherchant du courage. Elle ne voulait pas le contredire. Parce que c'était un moyen de le protéger, en le gardant éloigné d'elle, aussi cruel cela soit-il.
Elle avait repoussé Severus, c'était au tour de Sirius. Elle en avait besoin, encore plus que lorsqu'elle avait appris pour sa grossesse. Elle ne se sentait pas digne d'eux. Elle avait honte de ce qu'il lui était arrivé parce qu'elle avait abandonné trop facilement dans ce couloir et même dans la baignoire. Elle n'avait pas réellement essayé de se battre et elle se sentait coupable. Mais elle était fatiguée de tout ça.
- Je devrai aller retrouver mes amis pour les rassurer alors.
Sirius releva des yeux orageux sur elle. Un élan de possessivité gonflait en lui, lui hurlant qu'elle était à lui et qu'il ne devait pas la laisser partir pour retrouver Nott.
- Pourquoi fais-tu ça, Hermione ? s'énerva Sirius. Cherches-tu à te venger de nous ? À nous punir ?
- J'ai simplement enfin saisi tous les avertissements que tu as pu nous faire depuis le début de notre relation, Sirius. Tu avais entièrement raison. Nous n'aurions jamais dû aller aussi loin. Il aurait mieux valu que nous suivions les règles depuis le début. Les conséquences sont bien trop risquées.
- Vois où cela nous mène lorsque nous nous éloignons de toi…
Hermione ignora le soupir de l'homme et se dirigea vers la porte après avoir récupéré sa baguette que Sirius avait posée sur son bureau.
- Je ferai mieux d'y aller…, souffla-t-elle en posant sa main sur la porte.
- Hermione, la rattrapa Sirius avant qu'elle ne fuie. Je suis désolé.
- De quoi, Sirius ? soupira la brune.
- Je suis désolé pour tout. Pour ne pas avoir su tenir ma langue auprès de Snape. Pour t'avoir amenée à t'éloigner de nous. Pour ne pas avoir été là…
- Ce n'est pas de ta faute, Sirius.
- Ce n'est pas non plus de la tienne.
Hermione plongea ses yeux dans les siens quelques secondes avant de soupirer. Elle avait conscience de la véracité de ses propos, elle le savait mais pourtant, elle n'arrivait pas à s'en convaincre. Les souvenirs ne la quittaient pas et elle luttait de toutes ses forces pour ne pas les laisser se matérialiser devant ses yeux.
Et chaque seconde passée avec Sirius lui faisait mal et rendait les choses terriblement compliquées. Parce qu'elle venait de réaliser à quel point le gris de ses prunelles était semblable à l'acier du regard de Malfoy. Elle avait besoin de fuir pour ne pas faire d'amalgame entre eux, pour ne pas laisser le blond gagner ainsi, pour ne plus mettre Sirius en danger, pour se protéger elle-même.
Lorsqu'elle se précipita en dehors de la pièce sans plus d'explication, elle entendit tout juste l'homme prononcer son nom avant que le tableau ne se referme sur elle, étouffant un juron poussé par Sirius. Celui-ci attrapa une bouteille de whisky et s'en servit un verre qu'il avala d'une traite.
Ce n'était pas du tout comme ça qu'il avait imaginé leurs retrouvailles. Il ne s'était pas attendu à trouver Hermione comme ça, aussi éteinte et distante. Minerva lui avait raconté ce qu'il s'était passé après la disparition d'Hermione et les événements lui avaient fait oublier toute la distance qui existait entre eux depuis près de deux mois. Il avait oublié toute la rancœur et la jalousie qui s'était immiscée entre eux. Il avait juste été terriblement inquiet.
Et quand il l'avait vue près de l'entrée de la salle commune de Gryffondor, il n'avait pas résisté. Il avait eu besoin de la sentir contre lui, de humer son odeur, de vérifier par tous ses sens qu'elle était bel et bien vivante.
Mais elle ne l'avait pas laissé faire bien longtemps. Elle s'était éloignée de lui, aussi bien physiquement que sentimentalement. Il avait presque eu l'impression de faire face à quelqu'un d'autre. Il voulait être là pour elle, plus que jamais. Mais jusqu'à quel point pouvait-il la forcer si elle ne voulait pas de lui ? A partir de quel moment tout cela allait-il se transformer en un harcèlement malsain ?
Il avait l'impression qu'elle lui cachait des choses. Il espérait de tout son cœur que son attachement pour eux était toujours présent mais il avait peur de se voiler la face. Était-il temps pour lui de renoncer et de laisser tomber ? L'idée lui paraissait ridicule et terriblement douloureuse.
Il était perdu au milieu de tout ça, tiraillé entre son intuition qu'elle avait besoin de lui et les paroles, faits et gestes de la brune qui semblaient lui prouver le contraire. Il n'avait même pas compris pourquoi la brune avait fui comme elle l'avait fait. Il avait essayé de s'excuser, essayer de renouer le dialogue mais elle était restée hermétique à ses tentatives et il ne savait plus quoi faire.
De son côté, Hermione pénétra dans la salle commune de Gryffondor sans attendre, de façon à ne pas laisser le temps à Sirius de la rattraper. Il ne lui fallut que quelques secondes avant de finir étouffée dans les bras de Ron, Harry et Ginny. Ses amis l'embarquèrent à leur suite dans le couloir pour se diriger vers la salle sur demande où ils pourraient discuter tranquillement.
Hermione se laissa faire, essayant d'oublier son entrevue avec Sirius et réfléchissant à ce qu'elle pourrait leur dire pour expliquer ce qu'il lui était arrivé. Elle leur avait tant menti depuis le début de l'année. Elle ne savait plus comment expliquer ce qu'elle ressentait.
Harry fit quelques allers-retours dans le couloir pour faire apparaître la porte de la salle sur demande. Ils y pénétrèrent rapidement tous les quatre, vérifiant au passage que personne ne les voyait faire.
La pièce était un petit salon, avec plusieurs fauteuils positionnés en arc de cercle autour d'une cheminée dans laquelle flambait un léger feu. L'ensemble était très chaleureux, réconfortant. Hermione se lova dans un fauteuil et se recouvrit d'un plaid, même si elle n'avait pas réellement froid.
Harry, Ron et Ginny s'installèrent dans les autres fauteuils. Leurs regards étaient posés sur la jeune femme, attendant qu'elle commence à leur expliquer ce qu'il lui était arrivé. Hermione hésitait, silencieuse, sur comment commencer son récit.
- De quoi êtes-vous au courant ? questionna-t-elle pour gagner du temps.
Elle pensa qu'elle avait beaucoup trop tendance à répondre aux questions par des questions ces derniers temps. C'était le meilleur moyen pour ne pas en dire plus que le nécessaire. Un bon moyen pour garder les mensonges qu'elle fournissait à la pelle depuis quelques mois. Elle avait presque du mal à se reconnaître. Elle était bien loin la gamine qu'elle avait été…
- Malfoy t'a agressée. Et puis tu as disparu. C'est tout ce qu'on sait, répondit Ron rapidement.
- Et aussi que Malfoy a été emmené à Azkaban…, ajouta Ginny d'une petite voix. Qu'est-ce qu'il t'a fait Hermione ?
Hermione ne put s'empêcher de frissonner au nom du blond. Elle essaya de masquer son trouble, ne voulant pas inquiéter ses amis outre mesure.
- Hier Malfoy m'a attirée dans un couloir désert, commença Hermione en butant sur le nom du blond. Et puis il m'a torturée… Un peu à la manière de sa tante…
- Qu'est-ce qu'il voulait ? questionna Ginny d'une voix faible.
- Me faire comprendre comment marchait le monde et où était ma place, répondit Hermione dans un souffle.
- Il est complètement malade ! s'estomaqua Ron. Heureusement maintenant, il n'est pas près de sortir d'Azkaban, il ne pourra plus faire de mal à personne.
La voix de Ron se voulait rassurante. Pour autant Hermione eut du mal à cacher sa déception. Elle avait fait une promesse au blond. Celle de le tuer. Elle avait l'impression qu'une fois encore, elle n'allait pas être maîtresse de sa réaction. Comme avec Bellatrix. Et le poids de son incapacité à se venger pesait lourd sur ses épaules.
Bien sûr, elle n'avait pas réellement envie de se retrouver face au blond. Mais d'un autre côté, elle avait ce besoin de vengeance qui tiraillait son ventre en continu, si bien qu'elle avait l'impression que cette sensation ne s'en irait jamais plus.
- Le professeur Snape nous a trouvé, déclara-t-elle de la voix la plus neutre dont elle était capable parce qu'elle sentait le regard de Ginny s'accrocher un peu trop longtemps sur elle.
- Pour une fois qu'il sert à quelque chose celui-là ! lança Ron d'une voix quelque peu amère.
Hermione ne manqua pas le regard qu'Harry lança au roux, sans bien savoir comment l'interpréter. Elle ne s'en inquiéta pas plus que cela toutefois. Quand bien même aurait-il des doutes, elle doutait qu'il soit proche de la vérité. Et puis de toute façon, tout était fini. Même s'il découvrait la vérité maintenant, ça n'aurait plus vraiment d'importance. Elle les avait repoussés de manière plus qu'équivoque ce coup-ci et elle espérait qu'ils respecteraient son choix, même si c'était douloureux.
Elle ne s'imaginait pas renouer avec eux dans l'immédiat parce que, comme elle l'avait dit à Severus, elle se dégoûtait elle-même. Elle avait besoin de gérer tout ça seule, même si elle n'était pas certaine d'en être capable. Elle n'arrivait pas à parler de ce qu'elle avait traversé. Elle préférait prétendre, encore une fois, que tout ça n'était pas réel. Si elle n'en parlait pas à voix haute, les choses semblaient avoir moins d'emprise sur elle. Et elles en avaient déjà bien assez.
La discussion changea lentement de sujet, tandis que Ginny essayait d'entraîner ses amis sur une pente plus joyeuse, pour leur changer les idées à tous.
Hermione ne participa que peu. Elle se sentait coupable de voir ses amis si inquiets pour elle alors qu'elle ne leur avait révélé qu'une partie de toute cette histoire. Se rendaient-ils compte qu'elle avait passé nombres détails sous silence ? Avaient-ils conscience qu'elle avait arrêté de leur raconter tous les détails de sa vie depuis plusieurs mois ? Voyaient-ils à quel point elle avait changé depuis la chasse aux horcruxes ? Ils avaient été tellement proches à ce moment-là…
Depuis, elle n'avait fait que leur mentir. Encore et encore. Si bien qu'elle n'était plus bien sûre de pouvoir encore les appeler ses meilleurs amis. Là encore, elle ne leur avait pas dévoilé le pire. Peut-être parce qu'elle avait peur que leurs regards à son égard ne changent. Peut-être parce qu'elle n'avait pas envie que le dégoût qu'elle ressentait pour elle-même ne s'affiche sur leurs visages. Parce qu'elle n'aurait plus d'autre choix que de l'affronter alors et qu'elle n'en avait réellement pas envie.
C'était plus simple avec les deux hommes de la maison. Parce qu'ils étaient tout aussi fichus qu'elle. Parce qu'ils ne valaient pas mieux. Et elle n'avait de toute façon pas eu le choix de le leur annoncer car les deux hommes étaient déjà parfaitement au courant de ce qu'elle avait traversé.
Alors que ses amis étaient encore innocents, malgré tout ce qu'ils avaient vécus. Ils avaient réussi à garder cette lueur qu'elle leur enviait et qu'elle n'avait vraiment pas envie de leur enlever. Mieux valait leur mentir. Le mensonge était bien plus simple.
Ils ne se rendirent pas à la grande salle de la journée. Ils la passèrent dans la salle sur demande et demandèrent à un elfe de leur fournir des petits sandwichs le midi et le soir. Pour qu'Hermione n'ait pas à affronter les regards des autres, même si personne ne prononça cette raison à voix haute.
Ginny questionna la brune pour lui demander si elle devait aller chercher Nott en début d'après-midi. Hermione lui répondit d'un geste négatif de la tête.
- Je le verrai plus tard, c'est bon. Ça fait longtemps qu'on n'a pas passé un moment juste entre nous, avait-elle répondu avec un petit sourire.
Elle n'avait encore une fois pas manqué les regards que les trois autres avaient échangés. Peut-être n'étaient-ils pas si dupes que ce qu'elle avait pensé des mensonges qu'elle leur fournissait à la pelle. Peut-être n'insistaient-ils juste pas par respect pour elle, préférant attendre qu'elle veuille se livrer d'elle-même. Peut-être n'avait-elle pas besoin de tous les mensonges qu'elle inventait…
Le soir venu, Hermione se coucha sans faire sa ronde de préfète-en-chef, incapable de se retrouver seule au milieu des couloirs de l'école. Elle prit une longue douche, résistant à l'envie de se faire couler un bain. Elle enfila une nuisette avant de s'allonger dans son lit. La journée passée avec ses amis lui avait permis de penser à autre chose mais à présent qu'elle était seule, ses démons revenaient la hanter avec force. Elle garda les yeux fixés sur le plafond, sans parvenir à les fermer.
Elle essaya de se concentrer sur ses barrières mentales avant de réaliser qu'il n'en restait que quelques ruines. Tout s'était encore effondré et elle n'était même plus sûre d'être capable ou d'avoir envie d'essayer de les réparer.
D'un geste de baguette, elle raviva le feu dans la cheminée et plongea son regard dans les flammes. Elle s'endormit ainsi de longues heures plus tard, après plusieurs crises de larmes qu'elle avait difficilement retenues toute la journée. Elle se réveilla tout juste quatre heures après, tremblante, moite, en pleurs et terrifiée.
« Ce n'était qu'un rêve… Tu es en sécurité… »
Elle mit de longues minutes à réussir à se lever et prit une nouvelle douche. Un coup de baguette masqua les marques sur son visage. Elle descendit dans les cuisines pour prendre un toast. Elle n'aurait pu avaler plus de toute manière.
Plaquant un air impassible sur son visage, elle prit ensuite une profonde inspiration avant de se rendre en cours de sortilège. Elle était fin prête à prétendre, encore une fois, que rien n'était arrivé, que tout ça était derrière elle, qu'elle pouvait parfaitement tout surmonter. Elle n'avait pas le choix de toute manière, étant donné les mensonges qu'elle avait sortis à ses amis.
Ceux-ci la rejoignirent plusieurs minutes plus tard alors qu'elle attendait près de la salle de cours. Ils se saluèrent et aucun ne dit un mot quant à l'absence de la jeune fille au petit déjeuner.
La matinée se passa lentement. Hermione essaya de se concentrer sur la leçon pour ne pas laisser ses cauchemars refaire surface. Elle savait qu'elle devait dormir et manger davantage si elle ne voulait pas se retrouver dans le même état que lors de la rentrée.
Dès la fin du cours, elle se rendit à l'infirmerie. Elle indiqua à ses amis que Pomfresh lui avait demandé de passer pour contrôler son état suite à ce qu'elle avait vécu. Ils proposèrent de l'accompagner mais elle refusa en les invitant à aller prendre leur repas.
L'infirmière la regarda rentrer dans son antre, inquiète. Hermione lui expliqua à demi-mots qu'elle n'arrivait pas à dormir à cause de ce qu'elle avait vécu. La femme la regarda d'un air doux et compréhensif. Elle lui donna quelques fioles de sommeil sans rêve, de quoi tenir deux nuits, parce qu'elle en prenait bien trop souvent. Elle lui donna aussi quelques potions nutritives. Hermione la remercia avant de fuir l'endroit où elle ne se rendait que bien trop à son goût cette année-là.
Elle prit une potion nutritive avant de se rendre dans un couloir proche de la salle d'arithmancie dont elle avait cours cet après-midi. Elle ne voulait pas arriver trop en avance. Elle ne voulait croiser personne. Et si elle était un peu honnête avec elle-même, elle ne voulait surtout pas croiser Nott.
Elle savait qu'il n'était pour rien dans ce qu'il lui était arrivé. Et pourtant les mots de Malfoy tournaient inlassablement dans son esprit. Ça remettra aussi Nott à sa place…
Elle n'en voulait pas au brun. Pas vraiment. Elle savait qu'il n'y était pour rien. Mais elle ne savait pas quoi lui dire. Et elle avait peur de se retrouver face à lui. Parce qu'elle avait l'impression qu'il était celui qui la connaissait le mieux depuis quelques temps. Parce qu'elle savait qu'elle n'avait pas à lui mentir à lui. Mais même si elle taisait les choses dont elle ne voulait pas parler, elle avait toujours cette impression qu'il lisait en elle comme dans un livre ouvert.
Alors elle avait peur d'affronter son regard. Peur de ce qu'il verrait en elle et qu'elle n'osait pas tout à fait s'avouer à elle-même. Peur de ne pas réussir à se relever si elle se laissait aller tel qu'elle en avait envie au plus profond d'elle.
Et surtout, elle avait peur que Théodore la comprenne. Peur qu'il la laisse faire, par compassion ou compréhension. Elle n'était pas sûre du tout qu'il soit ce qu'il lui fallait actuellement. Pas si elle voulait tenir un tant soit peu la promesse que Severus avait voulu lui faire faire. Pas si elle voulait prétendre que tout allait bien et que Malfoy ne l'avait pas définitivement détruite.
Elle ne rejoignit la salle de classe qu'au tout dernier moment et se glissa sur une place libre au dernier rang, ignorant le regard que lui lança Théodore quelques rangs plus en avant. Elle passa l'ensemble du cours à ignorer les tentatives de Nott d'attirer son attention. Ses affaires étaient déjà rangées lorsque la fin du cours arriva et elle partit de la salle sans un regard en arrière.
Elle entendit vaguement Nott l'appeler alors qu'elle tournait au détour du couloir et elle accéléra le pas pour qu'il ne puisse la rattraper.
Le soir même, elle se rendit finalement dans la grande salle. Elle prit sur elle pour ignorer l'ensemble des regards qui se posèrent sur elle, suivant le moindre de ses faits et gestes. Elle s'installa à la table de Gryffondor avec ses amis, dos au reste de la salle.
Elle ne releva les yeux ni vers Nott, ni vers la table des professeurs où les regards de Sirius et Severus ne cessaient de revenir sur elle. Elle se força à manger un peu, essayant de prêter attention aux discussions de ses amis pour ne pas laisser ses pensées dériver.
- Hermione, l'interpella Ginny vers la fin du repas. Je ne sais pas ce qu'il se passe entre vous mais j'ai bien l'impression que tu ne veux pas le voir alors saches que Nott vient de se lever et qu'il est en train de se diriger vers ici…
Hermione ne prit même pas le temps de la remercier avant d'attraper ses affaires et de fuir la grande salle. Elle savait qu'elle était ridicule. Elle savait qu'une confrontation avec le jeune homme était inévitable. Mais elle espérait avoir quelques heures ou même jours de plus avant que cela n'arrive. Nott s'arrêta en la voyant fuir et sortit de la grande salle plus lentement, sans bien savoir comment réagir face au comportement de la brune.
Deux jours passèrent ainsi avant que ladite confrontation n'arrive finalement.
Hermione était en train de faire sa ronde, baguette au poing, sens aux aguets, le cœur battant fort. Elle n'était toujours pas rassurée de se retrouver ainsi seule dans les couloirs mais la potion de sommeil sans rêve avait au moins eu l'avantage de lui permettre d'éloigner ses cauchemars, ce qui lui permettait de bloquer les réminiscences des récents événements.
La brune se retourna d'un bond lorsqu'une voix résonna dans son dos.
- Stupefix !
- Protego ! jeta-t-elle en retour, par réflexe.
Elle lança un regard estomaqué à Nott qui se tenait à quelques pas d'elle.
- T'es complètement malade ! Alors maintenant tu m'attaques dans le dos ?
- Ne me traites pas de lâche alors que tu me fuis depuis trois jours, la mît-il en garde d'une voix dure.
Hermione le regarda s'approcher de quelques pas, hésitant à fuir de nouveau. Elle était complètement ridicule. Elle en avait pleinement conscience. Et pourtant, elle ne se sentait toujours pas prête à l'affronter. Elle n'était pas bien sûre de l'être un jour.
- N'y penses même pas, Hermione, lança Théodore en suivant parfaitement le cours de ses pensées. Ça suffit maintenant. Explique-moi le problème.
La voix du Serpentard était froide. Pourtant, seule de l'inquiétude se reflétait dans ses yeux. Il s'arrêta à un pas d'elle, attrapa son poignet et la tira dans une salle de classe vide quelques mètres plus loin.
Hermione se laissa faire et s'assit sur le bord d'un bureau, résignée, quand il referma la porte sur eux et la barda de sortilèges. Il se retourna sur elle et lui fit ensuite face. Hermione garda ostensiblement son regard fixé au sol, ne sachant que dire.
- J'ai tout mon temps tu sais, lui lança-t-il d'un ton ironique, pour la faire réagir.
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? demanda Hermione d'une voix faible.
- Qu'est-ce que Malfoy t'a fait ?
- Il m'a piégée et agressée.
- Jusqu'où est-ce qu'il a été ?
La jeune fille ne put s'empêcher de relever ses yeux à la question du brun. Elle crut un instant l'avoir rêvé tant sa voix avait été basse. Comme s'il connaissait déjà la réponse mais qu'il en avait peur. Sans doute connaissait-il suffisamment Malfoy pour avoir tout deviné.
Une boule d'angoisse bloquait la gorge d'Hermione alors qu'elle faisait remonter lentement son regard sur le corps du Serpentard. Elle sentait ses mains moites trembler légèrement et les larmes commencer à obstruer sa vue. Elle ne voulait pas craquer. Mais elle avait terriblement peur de regarder le brun en face.
Elle croisa finalement son regard. Il semblait presque aussi hanté que le sien. Les paroles de Malfoy semblaient flotter entre eux. Ça remettra aussi Nott à sa place.
Elle ne vit aucun dégoût dans les yeux de Nott. En tout cas, pas dirigé vers elle. Elle n'y vit aucune pitié, aucun reproche, aucune répulsion. Son regard ne reflétait que la culpabilité qu'il semblait ressentir. Et le cœur d'Hermione se serra brusquement.
- Ce n'est pas de ta faute Théodore, ne put s'empêcher de lui dire Hermione d'une voix tremblante.
Elle avait appris à réellement apprécier le Serpentard. Alors autant pouvait-elle lui en vouloir un peu, égoïstement, autant ne pouvait-elle pas le laisser s'en vouloir à lui-même.
- Malfoy est dérangé. Comme sa tante…, ajouta-t-elle dans un souffle. C'est à moi qu'il en voulait, tu n'y es pour rien.
- Alors pourquoi me fuis-tu depuis ?
Toute la faiblesse du brun ressortait dans ces quelques mots. Il avait besoin de leur relation, comme elle avait eu besoin de celle qu'elle entretenait avec ses deux hommes. Pour se reconstruire et pour ne pas laisser les ténèbres envahir chaque pensée.
Elle n'avait pas pensé avoir pris tant d'importance dans la vie du brun. Elle n'avait pas pensé qu'il pourrait tant souffrir lorsqu'elle avait eu désespérément besoin de se retrouver seule.
- Je ne sais pas…, avoua-t-elle. J'avais besoin d'être seule.
- C'est pour ça que tu es partie de Poudlard l'autre jour ?
Hermione hocha la tête pour toute réponse.
- Où es-tu allée ?
- Là où seules certaines personnes penseraient à me chercher. Là où je pouvais prétendre que rien n'était arrivé…
- Qu'est-ce qui te lie aux professeurs Black et Snape ?
Hermione releva une fois de plus son regard sur le jeune homme qui se tenait face à elle, surprise par la question à laquelle elle était loin de s'être attendue. Il était bien trop perspicace à son goût.
- Pourquoi cette question ?
Une question pour une question.
- Parce qu'ils te regardent d'une façon différente des autres.
- J'ai vécu avec eux à la fin de la guerre, rien d'autre.
- Ils ne sont pas juste inquiets pour toi, Hermione.
- Tu racontes n'importe quoi !
Un petit rire nerveux s'échappa de sa gorge. Elle espérait dissiper ses doutes ainsi. Elle se leva du bureau et commença à se diriger vers la porte.
- Allez viens, on ferait mieux d'aller dormir tu ne crois pas ?
- Hermione, la rappela-t-il.
- Quoi ? lui demanda-t-elle en se retournant vers lui de nouveau. Qu'est-ce que tu veux entendre Théo ?
- Ne me mens pas s'il-te-plaît. Pas après tout ce que je t'ai confié moi-même.
- Il y a des choses qu'il vaut mieux garder sous silence. C'est mieux pour tout le monde.
- Hermione.
- Il n'y a rien entre les professeurs Snape, Black et moi. Il n'y a plus rien tu m'entends ? Inutile de chercher plus loin.
Encore une fois, Théodore l'empêcha d'ouvrir la porte. Il posa sa main sur son poignet tandis qu'elle essayait vainement de tourner la poignée.
- Hermione.
- Quoi Théodore ? Qu'est-ce que tu veux à la fin ? À quoi ça sert tout ça ?
- Hermione arrête.
Elle le regarda sans comprendre avant de réaliser qu'elle grattait férocement son avant-bras où la marque de ce que Bellatrix et Draco lui avait infligé se trouvait. Des gouttes de sang coulaient le long de son bras, mélangées aux larmes qui s'échappaient de ses yeux sans qu'elle ne s'en soit rendue compte.
Théodore attrapa son poignet pour la faire lâcher prise. D'un coup rapide de baguette, il referma les plaies, laissant pour autant les marques, comme elle l'avait fait pour lui quelques temps plus tôt dans une situation similaire.
Il la fit ensuite se retourner entièrement avant de la prendre dans ses bras. Hermione se fondit dans son étreinte et laissa couler librement les larmes qu'elle n'avait plus la force de retenir.
Ils restèrent ainsi pendant de longues minutes, laissant le temps à la brune d'évacuer ses doutes, sa tristesse, sa solitude et ses peurs. Le brun frottait le dos de la Gryffondor avec ses mains en un geste apaisant.
- Tu sais Hermione, je ne peux pas te dire que je comprends ce que tu trouves auprès d'eux mais si je peux te donner un conseil, ne t'éloignes pas d'eux à cause d'une certaine morale ou à cause de ce que pourraient en penser les autres. Je sais ce que c'est que de traverser trop de choses. J'ai bien compris que tu as trouvé auprès d'eux ce moyen qui te fait tenir debout malgré tout.
- Je ne peux pas…, souffla Hermione. Je ne peux plus…
- A cause de Malfoy ? Vas-tu le laisser gagner aussi facilement ?
- Malfoy ou Bellatrix, peu importe. Quel intérêt de vouloir à tout prix reprendre le dessus ?
- Parce que si tu laisses tomber, tu risques d'entraîner bien trop de monde avec toi Hermione… Moi le premier.
- Et si je n'ai pas envie de vivre pour les autres ?
- Ne vis-t-on pas que pour les autres au bout du compte ?
Hermione ne sut que répondre. Ils restèrent de longues minutes supplémentaires dans les bras l'un de l'autre avant de finalement se décider à aller se coucher.
- Théo…, l'interpella Hermione alors qu'il s'éloignait après l'avoir déposée devant les appartements des préfets en chef.
Le jeune homme se retourna vers elle en attendant qu'elle continue, ce qu'elle fit à voix basse, après quelques secondes d'hésitations.
- Est-ce que tu veux rester dormir avec moi ce soir ?
Ses stocks de potion de sommeil sans rêve étaient vides. Elle craignait le retour de ses cauchemars, surtout après la discussion qu'ils venaient d'avoir. Le jeune homme la regarda un instant sans savoir quoi répondre. Puis il haussa les épaules et revint vers elle. Au point où ils en étaient…
Hermione eut un instant d'hésitation en le faisant rentrer dans sa chambre. Tout semblait soudain étrange et déplacé. Parce qu'elle savait qu'elle ne se servait de lui que comme un moyen de substitution. Parce qu'elle aurait préféré que l'un de ses deux hommes soit à la place du jeune homme. Parce qu'elle n'était plus bien sûre d'avoir envie qu'il la découvre hantée par ses ténèbres au beau milieu de la nuit, même s'il connaissait déjà tout ce qui la hantait.
Et peut-être aussi parce qu'elle avait peur de découvrir à quel point il pouvait être lui-même hanté par ses propres démons. Elle avait peur de réaliser ce à quoi elle ressemblait en le voyant se débattre avec ses ténèbres.
Pour autant, elle enfila rapidement une nuisette et se glissa dans le lit à ses côtés. Théodore lui jeta un regard amusé.
- Essaierais-tu de me séduire Hermione ?
- Si c'était le cas, j'aurais plutôt enfilé un boxer, se moqua la brune en souriant faiblement.
Théodore prit un air faussement outré avant de rire de bon cœur, ravi d'avoir pu tirer un sourire à la jeune fille. Le silence s'installa ensuite entre eux, légèrement gêné. Le jeune homme finit par soupirer avant de soulever l'un de ses bras pour proposer à Hermione de venir se blottir contre lui. Celle-ci accepta avec un grand sourire. Elle s'endormit quelques minutes après, concentrée sur la respiration du brun pour ne penser à rien d'autre.
- Non… Pitié… Tout est de ma faute… Pas eux…
Elle sentit que des mains l'agrippaient au niveau de ses épaules et elle ne put retenir un cri, anticipant la douleur qui n'allait tarder. Elle rouvrit brusquement des yeux qu'elle n'avait pas eu conscience de fermer et croisa un regard paniqué, sortant de son cauchemar.
- Severus ? chuchota-t-elle d'une voix rauque.
- Non Hermione, c'est Théo…
Il lui laissa quelques secondes pour comprendre la situation avant de reprendre.
- Tu as fait un cauchemar. Tout va bien. C'est fini.
Hermione fit tourner ces quelques mots en boucle dans son esprit, comme pour se persuader de leur véracité. Elle avait ressenti son cœur se pincer en réalisant que ce n'était pas Severus à ses côtés. Et que ce ne serait peut-être plus jamais lui. Elle était persuadée d'avoir pris la bonne décision en éloignant ses deux hommes d'elle. Ça n'en restait pas moins terriblement douloureux.
- Est-ce que tu veux en parler ? lui demanda Nott quand elle se fut calmée.
Hermione nia d'un geste de la tête. Elle se blottit ensuite contre le jeune homme, oubliant toute pudeur. Ainsi calée dans ses bras, elle pouvait presque prétendre qu'il était Severus et que tout ceci était parfaitement normal. Elle sentit néanmoins Théodore se tendre face à son geste. Il n'était pas dupe de ce qui se jouait dans l'esprit de la jeune fille.
- Pour revenir sur ce que je te disais hier, tu devrais leur parler. Je me doute que ce doit être dangereux comme relation, car interdit… Mais honnêtement Hermione, si ça te fait du bien, je ne vois pas pourquoi risquer de devenir folle à cause de quelques règles. Et puis je pourrai toujours te servir d'alibi si tu as besoin.
Hermione le regarda dans les yeux en se redressant quelque peu. Elle avait envie de croire à ses paroles mais avait peur de l'espoir qu'elles faisaient renaître en elle.
- Pourquoi fais-tu tout ça pour moi Théo ?
- Je ne sais pas… Peut-être parce que réussir à te sauver me permet d'avoir quelque chose sur quoi me concentrer. Peut-être que ça me déculpabilise de ne pas avoir réussi à sauver Blaise. Peut-être parce que je culpabilise malgré tout vis-à-vis de ce que tu as vécu samedi. Ou peut-être simplement parce qu'au fond je t'aime bien et que ça me fait mal de te voir ainsi…
Hermione lui donna une petite tape sur le bras en souriant.
- Ah bah si tu remercies comme ça quand on te dit qu'on t'apprécie, je vais éviter à l'avenir ! se moqua-t-il gentiment en se frottant le bras.
Hermione se leva en haussant les épaules pour se rendre dans la salle de bain. Elle profita d'une longue douche et sursauta quand elle entendit la voix de Nott à la porte.
- Hermione, je retourne dans mon dortoir me changer et me préparer. Ne t'endors pas sous ta douche !
Hermione tira quelque peu le rideau pour le regarder et lui tira la langue dans une pulsion immature.
- Ne te gêne pas surtout ! Rentre comme tu veux dans ma salle de bain alors que je suis nue !
- Il est un peu tard pour t'offusquer ! Après t'avoir vue dans ta petite nuisette, il ne me reste plus grand chose à imaginer tu sais !
Le garçon partit sur ces quelques mots en riant. Hermione leva les yeux au ciel pour toute réponse même si un sourire vint déformer ses lèvres.
Elle remercia intérieurement Théodore pour lui avoir changé les idées suite à son cauchemar. Elle le remercia aussi pour ne pas avoir insisté pour la faire parler de tout cela. Elle était loin d'être prête. Mais le soutien qu'il lui avait apporté lui avait fait tellement de bien qu'elle n'arrivait plus à se souvenir pourquoi elle avait tant tenu à le fuir depuis le dimanche dernier.
Elle commençait à se demander si au final, elle ne pourrait pas trouver auprès de lui un équivalent de ce qu'elle avait trouvé auprès de ses deux hommes dans la maison. En beaucoup plus simple, moins passionnel certes, mais surtout beaucoup moins dangereux.
Lorsqu'elle descendit au petit déjeuner, ses amis n'étaient pas encore présents. Elle s'installa donc seule à la table de Gryffondor et, pour la première fois depuis plusieurs jours, elle s'autorisa à relever son regard vers la table des professeurs. Elle croisa immédiatement le regard sombre de Sirius, fixé sur elle.
Elle lui fit un petit sourire, espérant rassurer l'homme sur son état. Celui-ci détourna les yeux une seconde plus tard sans réagir. Severus n'était pas encore arrivé dans la grande salle. Hermione reporta son attention sur son petit déjeuner, se servant quelques toasts et un verre de jus de citrouille.
Elle n'avait pas reparlé à ses deux hommes depuis son retour à Poudlard et elle aurait été bien en vaine de savoir ce qu'ils pouvaient bien penser ou ressentir. Tout juste les avait-elle croisés alors qu'elle n'avait pas encore eu de nouveau cours avec eux.
Contrairement à quand elle s'était éloignée d'eux après avoir appris pour sa grossesse, les deux hommes ne laissaient transparaître aucune émotion. Les conseils de Théodore tournaient en boucle dans son esprit mais elle n'arrivait à s'y accrocher. Les deux hommes avaient été sa bouée de sauvetage lors de son retour du Manoir Malfoy mais à présent, malgré tout l'attachement qu'elle ressentait à leur égard et qui la poussait vers eux, elle avait peur de se retrouver avec eux. Trop de choses avaient changé.
Et peut-être aussi avait-elle peur que, contrairement à ce que lui avait pourtant dit Severus, ils ne la voient plus telle que la femme dont ils s'étaient épris. Elle savait qu'ils s'étaient attachés à elle malgré ce que lui avait fait Bellatrix. Mais avec Draco, tout était différent. Ce qu'il lui avait fait… C'était différent.
Et toujours, quelque part, un regard d'acier semblait l'observer dans l'ombre, malveillant, terrifiant. C'était bien sa vaine que l'un de ses deux hommes soit affilié à son agresseur.
Ses amis arrivèrent quelques minutes après et tous se saluèrent rapidement. Hermione répondit à Ginny que tout était réglé avec Théodore alors que la rouquine la questionnait comme chaque matin depuis quelques jours.
Ils furent interrompus rapidement par le professeur McGonagall. La femme s'était en effet levée de son siège et quémandait le silence dans la grande salle. Celui-ci se fit en quelques secondes. Hermione ne put s'empêcher d'être légèrement inquiète malgré elle. Cela faisait bien trop longtemps qu'une annonce faite ainsi n'avait pas été porteuse de bonne nouvelle.
- Chers élèves, cette année est une année de célébration. Pour la première fois depuis trop longtemps, aucune menace immédiate ne pèse au-dessus de nos têtes suite à la déchéance de Voldemort. Pour célébrer cela, et rendre hommage à tous ceux qui ont péris pour nous permettre de vivre, je souhaite vous annoncer la tenue d'un bal pour la nuit d'Halloween, symbole de la fin de la première guerre.
Elle s'interrompit le temps que les exclamations de joie en provenance des élèves se calment.
- Celui-ci sera ouvert à tous les élèves de l'école, quelle que soit l'année. Mais un couvre-feu sera adapté en fonction de votre âge. De plus, afin de pimenter quelque peu les choses, un code vestimentaire sera de rigueur. Après concertation avec les différents professeurs, nous avons décidé qu'il s'agirait d'un bal masqué.
Nouvelles exclamations des élèves. Hermione se sentait presque en marge de la liesse qui se répandait de plus en plus. Elle n'arrivait pas à ressentir l'excitation que tous semblaient partager face à la nouvelle.
- Une sortie exceptionnelle à Pré-au-lard est organisée ce weekend, afin que chaque élève souhaitant participer puisse se trouver une tenue adéquate. Pour les premières et deuxièmes années, cette sortie se fera sous la surveillance des professeurs. Vous pouvez maintenant reprendre le cours de votre journée !
De longues minutes plus tard, Hermione finit par convaincre ses amis de quitter la grande salle pour se rendre en cours.
- C'est facile pour toi ou pour vous deux ! s'indigna Ron en désignant tour à tour Hermione, Harry et Ginny. Vous savez avec qui vous allez vous rendre à ce bal ! Pensez à ceux qui ne sont pas en couple un peu ! On a à peine plus d'une semaine pour trouver quelqu'un !
L'air réellement catastrophé du roux fit rire ses amis de bon cœur et tira un sourire compatissant à Hermione. Ginny se sépara d'eux un peu plus tard, déposant un petit baiser sur les lèvres d'Harry sous une grimace de Ron. Hermione leva les yeux au ciel en poussant les deux garçons à se dépêcher s'ils ne voulaient pas être en retard au cours de défense.
Harry argua qu'ils ne risquaient pas grand-chose avec Sirius comme professeur mais ils accélérèrent tout de même le pas sous le regard noir d'Hermione. Les trois amis arrivèrent dans la salle, une minute à peine avant le début du cours. Sirius était sur le point de fermer la porte de la salle et leur lança un regard désapprobateur vis-à-vis de leur retard.
- Désolé Sirius…, lança Harry en passant à côté de l'homme.
Hermione n'osa pas relever son regard vers lui, se souvenant de l'air qu'il avait eu au petit déjeuner alors qu'elle avait osé lever les yeux sur lui pour la première fois depuis plusieurs jours. Elle n'était pas non plus prête à affronter l'orage de ses yeux.
La jeune fille s'installa aux côtés de Nott en vitesse. Elle osa à peine regarder le professeur des trois heures que durèrent la classe et ne participa pas le moins du monde. Tout juste s'entraîna-t-elle pour la partie pratique. Le professeur ne fit pas non plus le moindre geste vers elle, l'évitant clairement, et elle en était à la fois soulagée et triste. Elle sentait le regard appuyé que posait quasi continuellement Théodore sur elle, vis-à-vis de la discussion qu'ils avaient eue la veille et le matin même.
- Tu devrais leur parler, lui lança-t-il à la fin du cours.
Hermione fit mine de ne pas l'avoir entendu et rangea ses affaires avant de fuir la salle de classe. Elle était complètement perdue entre ses convictions et les conseils de Théodore et ne savait plus à quoi se raccrocher dans toutes les contradictions qui composaient sa vie.
Bonjour à tous et à toutes !
J'espère que ce chapitre vous aura plu, on retrouve un peu Sirius (même si ce n'est que le début), beaucoup Théodore et on s'éloigne peu à peu des passages trop sombres !
Le prochain chapitre arrivera je pense mardi prochain ;)
Un grand merci, comme d'habitude, à vous tous lecteurs assidus et encore plus à tous ceux qui me laissent un petit commentaire !
Et pour finir, petite réponse aux review guest :
Jenny : Au final, quasiment tout le monde s'est douté qu'Hermione reviendrait à la vie mais je suis ravie d'avoir tout de même fait palpiter ton coeur ! Quant à la demande en mariage, ravie aussi qu'elle t'ai plu ! J'avoue que ce n'était pas le passage le plus simple à écrire pour expliquer les sentiments perturbés de Severus. J'espère que ce chapitre t'aura plu également ! Au final, peut-être qu'Hermione va se servir de Théo comme psychomage ^^ Ou peut-être va-t-elle suivre ses conseils, qui sait ? Un grand merci en tout cas pour ta review et ta fidélité à cette histoire ! :D
