Bonsoir bonsoir !
Cela fait des mois que je pense à ce chapitre, que je le tourne dans tous les sens pour qu'il aille bien dans le sens que je voulais.
Cela fait des mois que je jubile en pensant à vos têtes, alors je vous le laisse le découvrir sans plus attendre
Bonne lecture !
WARNING : Ce qui devait arriver est arrivé, mort de personnage !
Disclaimer : Tout appartient à Oda, sauf les OCs.
Échec et Mat
La Guilde bruissait de monde et de bruits, au point qu'Émeraude avait mis des bouchons dans ses oreilles et un foulard devant son nez pour protéger son ouïe et son odorat sensibles. Elle ne serait sinon pas sortie de sa chambre et aurait gardé sa tête sous l'oreiller pour atténuer le son et les odeurs.
La mort du chef des Chasseurs entraînait toujours de nombreuses complications. Il fallait continuer à travailler sans ordres précis, tout en organisant les élections pour décider de celui qui reprendrait les rênes.
Pour la jeune femme de désormais vingt ans, cela arrivait au pire moment. Deux semaines de plus et elle aurait passé son examen de fin d'apprentissage sans encombre. Deux semaines et elle aurait été libre de l'emprise de Janus, qu'elle se serait empressée de dénoncer.
Cadfaël, Enat et elle n'avaient trouvé que cette solution pour s'en sortir, alors que la drogue dévorait de plus en plus leur corps et leur esprit. Ils avaient eu beau investiguer, ils n'avaient pu réunir que de maigres preuves et n'avaient toujours aucune idée de ce que leur responsable leur faisait boire. Jørgen et Laufey tentaient bien de les aider, mais les conséquences si Janus apprenait qu'ils étaient au courant les obligeaient à être discrets.
La détentrice du Fruit du Coyote gronda quand un adulte passa trop près d'elle et des larmes perlèrent à ses yeux, tandis qu'elle respirait les effluves de l'eau de Cologne qu'il portait. Trop fort. Un hoquet la secoua et elle baissa la tête, essuyant du revers de sa manche l'eau qui glissait sur ses joues. Elle détestait être aussi sensible, aussi proche de ses sens animaux alors qu'elle était sous forme humaine.
Elle maudit Janus entre ses dents, marchant un peu plus vite vers l'extérieur en espérant vite passer les portes d'entrée et sortir du bâtiment. Soudain, au détour d'un couloir, une odeur qu'elle connaissait bien lui sauta au nez et elle freina brutalement, dans l'optique de faire demi-tour. Elle n'avait toujours pas le courage de discuter avec son ancien professeur. Depuis qu'il avait mis sa vie en danger pour sauver la sienne, elle n'arrivait plus à le regarder en face. Il ne lui rappelait que trop qu'elle était faible, incapable, et que cette faiblesse l'avait faite céder à un vice plus grand encore.
Cependant, il fallait croire que Grim ne l'entendait pas de cette oreille. Dès qu'il tourna dans le couloir et qu'il l'aperçut, il courut pour la rattraper, la saisissant fermement par l'avant-bras avant qu'elle ne puisse pas s'enfuir. Un frisson parcourut sa peau constellée d'écailles et Émeraude gronda, montrant ses dents.
Pour quiconque ne connaissant pas sa particularité, cela aurait ressemblé à de l'agressivité exagérée, et elle aurait pu se reprendre sans que cela ne parût trop étrange. Mais Grim la connaissait bien, trop bien même, et ses yeux se plissèrent. Sa bouche se pinça alors qu'il resserrait sa prise sur elle avec autorité.
Malgré toute sa volonté, la jeune femme baissa la tête, montrant sa nuque. Le coyote en elle considérait encore le Chasseur comme supérieur ; il l'obligeait alors à se comporter avec plus de soumission qu'elle n'en avait jamais montré, et cela lui était presque insupportable.
De sa main libre, et dans un geste saccadé par l'agacement, elle ôta ses bouchons d'oreilles pour pouvoir mieux l'entendre.
— Suis-moi, lui ordonna-t-il.
Sans lâcher son bras, comme par crainte – justifiée – qu'Émeraude ne tente de prendre la poudre d'escampette, il la traîna derrière lui jusqu'à un débarras voisin. L'apprentie se laissa faire, consciente que sa trop grande proximité avec son coyote qu'elle ne maîtrisait pas l'empêcherait de désobéir à un tel ordre direct.
Elle aurait aimé revenir à l'époque où son corps était encore libre de toute drogue. Elle aurait alors tempêté contre Grim, se serait défaite de sa poigne et serait partie rejoindre ses camarades. Elle l'aurait évité, encore, mais elle n'avait désormais plus autant de latitude avec son propre comportement.
Elle était tout autant prisonnière de la drogue que de son propre Fruit, désormais.
Son aîné la relâcha finalement et elle s'adossa au mur, entre deux seaux vides et un balai, tout en fuyant son regard. L'homme soupira, avant de s'accroupir pour l'obliger à l'observer. Il semblait en avoir marre de jouer au chat et à la souris avec elle ; sans doute voulait-il comprendre pourquoi elle avait autant changé.
La jeune femme retint un rire amer. Quoi qu'il fasse, elle refuserait de répondre. Janus était toujours un danger pour ses proches et, tant qu'il n'était pas tombé, elle ne leur confierait rien. Leur vie dépendait de ses choix et elle refusait d'être à nouveau faible, de céder pour qu'enfin l'odeur d'inquiétude qu'ils exhalaient disparaisse.
Law avait pris ses distances, finissant par respecter ses choix, tandis que Simen s'entêtait à vouloir renouer avec elle. À chaque confrontation, Émeraude finissait en larmes entre les bras de Laufey, incapable de dire à la doctoresse qu'elle lui manquait, qu'elle ne voulait qu'une chose, se réfugier dans ses bras et dénoncer Janus comme un enfant dénoncerait celui qui le martyrisait. Mais, pieds et points liés, elle ne pouvait rien avouer et leurs discussions finissaient toujours en dispute bruyante.
Bepo avait fini par prendre ses distances aussi, copiant son comportement sur celui du jeune médecin. Les jumeaux étaient ceux qui étaient restés le plus proche d'elle, ne disant mot sur son éloignement et son agressivité. Avec eux, elle pouvait être aussi animale qu'elle en ressentait le besoin, ils gardaient ça pour eux et l'aidaient à se défouler. Elle n'aurait pas tenu aussi longtemps sans eux, elle le savait.
Elle baissa son foulard pour dégager sa bouche, veillant à ce que la limite de ses gants reste sous sa veste pour masquer les quelques écailles qui colonisaient désormais ses poignets.
— Que me voulez-vous ? demanda-t-elle sèchement.
Son coyote hurla de ce manque de politesse, mais l'apprentie ne se laissait pas le choix. Elle se gratta nerveusement la cuisse, sentant à travers ses vêtements les fines écailles éparpillées sur sa peau. Elle aurait voulu les arracher, marque honnie de sa consommation, mais elle ne ferait que se blesser en vain. Ses yeux tentaient d'échapper au regard de Grim, mais ils y revenaient irrémédiablement, comme un aimant.
— Simplement comprendre ce qui t'arrive. Et ne me dis pas rien, je sais que ce n'est pas le cas. L'enfant que j'ai connue ne se serait pas éloigné à ce point de sa famille.
Les mots se plantèrent dans son cœur comme un poignard. Sa famille. Instinctivement, elle sut qu'il parlait de Law, de Simen, de Bepo, de Théo et Théa. Il savait qu'il parlait de ses proches, liés à elle en tout sauf le sang. Elle se mordit la lèvre, sentant les pièces éparses de son cœur dans sa poitrine se déchirer encore en d'autres pièces.
— Ma famille est morte avant que je n'arrive sur cette île. Je ne vois pas de qui vous parlez.
Le mensonge lui brûla les lèvres et la gorge pour rien. Grim ne semblait clairement pas dupe et elle retint un geignement. Elle voulait juste la paix, alors même que sa liberté semblait à nouveau inatteignable. Tant qu'un nouveau chef ne serait pas élu, elle ne pourrait passer son examen et révéler au grand jour les agissements de Janus. Le temps s'était suspendu dans le sablier et elle ignorait quand les grains de sable reprendraient leur chute.
— C'est exactement de ça dont je veux parler, gamine.
Son ancien professeur se releva et la jeune femme sentit son estomac se nouer quand ses yeux tombèrent sur le bras manquant. Sa culpabilité fut un coup de poing dans son ventre. Elle inspira profondément, retenant un tremblement de justesse.
Malgré toute la lâcheté du geste, la fuite lui semblait soudain la meilleure option. Elle se redressa légèrement, son regard dérivant vers la porte. Grim s'en aperçut cependant et fronça les sourcils. Il se leva et se mit entre la porte et elle. L'apprentie se sentit soudain prise au piège. Un grondement s'échappa de sa gorge, alors que les petits cheveux sur sa nuque se hérissaient.
— Tu ne veux rien dire, d'accord.
L'adulte posa son bras contre sa hanche, le regard sévère. Elle se ratatina contre le mur, de plus en plus mal à l'aise. Sa respiration s'accéléra, alors que des gouttes de sueur commençaient à dégouliner le long de son cou, sous son foulard désormais bien trop épais.
— Faisons un compromis. Une seule question à laquelle tu me réponds honnêtement et je te laisse partir, ton groupe doit t'attendre, lui promit Grim. Une seule question. On a un marché ?
Émeraude hésita, avant de se dire qu'elle ne pourrait pas obtenir mieux. Si elle ne lui accordait pas cette question, elle ne sortirait pas de la pièce qui lui semblait rapetisser de seconde en seconde. Elle hocha la tête en silence, la gorge sèche, et le Chasseur se détentit légèrement. Sa main retomba le long de son torse, mais l'air était toujours lourd, chargé du poids du secret que la jeune femme portait.
— Le fautif est-il Janus ?
Elle écarquilla les yeux, surprise, alors que sa cage thoracique enserrait ses poumons à les faire éclater. Elle passa sa langue sur ses lèvres devenues sèches, se demandant comment l'homme savait que l'enseignant était derrière son changement d'attitude, plutôt que l'attaque où elle avait failli y laisser la vie. Un goût de sang remplit sa bouche et elle acquiesça, la langue trop lourde pour parler.
Grim se décala alors pour la laisser passer et elle se rua vers la porte avec un soulagement indicible et sa culpabilité qui ne voulait pas la lâcher. Mais, alors qu'elle appuyait sur la poignée, son ancien professeur reprit une dernière fois la parole.
— Je me présente aux élections, pour la succession au poste de dirigeant. Si je gagne et qu'il y a quelque chose dont tu voudrais me parler… Je t'écouterais sans te juger.
La détentrice du Fruit du Coyote claqua la porte derrière elle avec un sourire profondément soulagé et plein d'espoir, qu'elle masqua sous son foulard.
Il n'y avait soudain plus de raison d'avoir peur. Elle pourrait tout avouer dès que Grim serait élu, parce qu'il ne pouvait pas en être autrement.
Les grains de sable se remirent à couler dans le sablier.
— Mais tu peux pas te couvrir plus, tu me donnes froid, Em ! râla Enat.
La rousse frotta ses mains gantées contre ses bras, jetant un regard noir à sa camarade. Simplement en pull alors que ses amis étaient couverts de manteaux épais, Émeraude sourit derrière son foulard. Chantonnant d'un air guilleret, elle le baissa pour lui tirer la langue, surprenant tout le petit groupe.
— Em… T'es sûre que tu vas bien ? s'enquit Laufey.
— Elle a peut-être passé une bonne nuit, avança Jørgen avec un sourire canaille.
La tireuse d'élite claqua l'arrière de la tête de son camarade avec un regard réprobateur, tandis que les yeux de Cadfaël brillaient d'amusement, derrière le lourd passe-montagne qui couvrait les écailles sur ses joues. La détentrice du Fruit du Coyote fronça les sourcils et pencha sa tête, ne comprenant pas où voulait en venir son ami, avant de saisir le sous-entendu.
Elle resta cependant perplexe, se demandant ce qui avait pu pousser Jørgen à lâcher ça. Le peu qu'elle avait expérimenté en matière de relations amoureuses, avant l'attaque, ne l'avait jamais autant enthousiasmée qu'elle l'imaginait. Alors maintenant, avec ses écailles ? Enfin, elle avait l'habitude de l'indélicatesse du rouquin, alors elle haussa simplement les épaules.
— Grim m'a dit qu'il se présenterait pour diriger la Guilde.
Les yeux de Laufey s'écarquillèrent et Émeraude pouvait presque voir les engrenages qui s'enclenchaient dans son esprit, additionnant sa bonne humeur et cette nouvelle à première vue pas particulièrement réjouissante.
— Il sait quelque chose ?
— Il soupçonne Janus de mon changement de personnalité. Il m'a obligé à confirmer ses soupçons, sans me demander les détails.
Cadfaël lâcha un soupir de soulagement, alors que le visage fatigué d'Enat retrouvait des couleurs. Elle sourit de toutes ses dents, sautant sur son ami d'enfance pour un câlin. L'espoir que lui avait insufflé Grim se répandait sur tous les membres du groupe, dont le soulagement était palpable. Même avec leurs maigres preuves, si le Chasseur devenait le Chef de Guilde, il était presque certain qu'il croirait leur version. Janus serait puni et ils seraient libres, enfin.
Leur addiction serait encore un problème à résoudre, mais Émeraude ne doutait pas un seul instant que Law pourrait les y aider. S'il avait réussi à se soigner d'une maladie incurable, un problème de drogue dans le sang et les tissus ne serait pas insurmontable pour lui.
Sa bonne humeur ne semblait pas pouvoir diminuer. Même la neige qui arrivait à mi-mollet ne pouvait la ralentir, portée par sa joie. Elle ignorait encore comment elle s'excuserait de son silence et de son agressivité envers Simen, Bepo et Law, mais elle ne doutait pas d'y arriver. Puis, ils comprendraient bien, non ? Elle les avait éloignés pour les protéger autant de Janus que d'elle-même.
Un bruit sourd de corps tombant dans la poudreuse brisa ses rêveries plus vite qu'un marteau. Émeraude se retourna, pour voir Cadfaël penché sur son amie, effondrée dans la neige. Sa peau était redevenue d'une pâleur maladive et elle toussait douloureusement, tâchant de son sang les flocons au sol. La jeune femme pâlit, comme Laufey et Jørgen, et ils se rapprochèrent de leur camarade qui semblait vomir le contenu de ses veines.
Le liquide rougeâtre s'écoulait aussi de ses yeux et une odeur que l'étrangère ne connaissait que trop bien commença à se répandre dans l'air. Elle écarquilla les yeux, reculant d'un pas, avant de s'effondrer à genoux. Elle mit ses mains devant le foulard qui couvrait sa bouche, étouffant son premier sanglot.
La mort était en train de s'emparer d'Enat, et ils ne pouvaient rien faire.
— Non. Non, lâcha-t-elle à travers ses doigts. Pas maintenant !
À ses yeux, la situation était injuste. Alors que Janus pouvait payer, alors qu'Enat avait pu toucher sa liberté du bout des doigts, son corps lâchait. Ils étaient trop loin de la ville pour la ramener à temps, même si elle se transformait en coyote et courait à perdre haleine. Même s'ils avaient pu, les médecins n'auraient peut-être même pas été en mesure de la sauver.
Émeraude ferma les yeux, alors que ses amis réalisaient à leur tour la situation. Le cri déchirant de Cadfaël lui arracha un nouveau sanglot et des larmes coulèrent sur ses joues. Son cœur battait à mille à l'heure pour s'échapper de sa poitrine, qui se compressait de plus en plus.
— Enat ! S'il te plaît, ne pars pas, ne m'abandonne pas ! Je t'en supplie, tu n'as pas le droit…
— Dé… désolé….
Le murmure de la rousse sembla lui déchirer les tympans, avant que la détentrice du Fruit du Coyote n'entende son dernier frémissement de vie, vite soufflé par la mort. Ses mains migrèrent vers ses oreilles quand Cadfaël hurla à nouveau, préférant ne plus rien entendre. C'était tellement plus facile que d'affronter la réalité.
Ses sanglots résonnaient pourtant, faisant écho à ceux de ses amis. Enat avait été une amie durant ces deux années sous l'égide de leur persécuteur et son âme déjà meurtrie réclamait du sang. Elle vengerait sa camarade, elle se le jurait. Janus paierait, même si elle devait le tuer de ses propres mains pour cela.
L'or dans ses yeux brûlait d'une haine animale lorsqu'elle souleva ses paupières.
Le retour fut long et silencieux.
Cadfaël donnait l'impression qu'une partie de son âme s'était éteinte en même temps qu'Enat et, si Jørgen ne l'obligeait pas à avancer de temps en temps, il en oubliait de marcher. Laufey avait ramassé le corps de leur amie pour le porter, épargnant cette tâche ingrate à Émeraude.
De toute façon, ses pupilles dorées et les crocs qui pointaient avaient convaincu la tireuse d'élite de ne pas lui laisser prendre le cadavre. Sa haine et sa soif de sang était presque palpable, mais aucun d'eux ne savait comment l'apaiser.
La jeune femme ne les aurait en aucun cas laissé faire. Elle aimait la rage qui l'animait, qui grondait en elle. Elle était à deux doigts de se transformer pour laisser libre cours à sa furie sauvage, se fichant bien de ce qui lui arriverait ensuite. Janus avait tué son amie et elle le lui ferait payer. Elle ne retiendrait pas l'animal cette fois ; elle mordrait dans sa gorge, ou lui arracherait les membres pour le regarder agoniser en se vidant de son sang.
Lorsque la ville fut à portée de vue, maintenir sa forme humaine fut trop dur et elle laissa le coyote prendre sa place. Sa peau se recouvrit de fourrure, ses membres se transformèrent en pattes et elle tomba dans la neige, qui lui arrivait presque au ventre sous cette forme.
Elle bascula la gueule en arrière et hurla. Elle hurla la perte d'un membre de sa meute. Elle hurla un appel à la vengeance, au sang et au meurtre. Elle hurla jusqu'à ne plus pouvoir, sous les regards effrayés et interdits de ses camarades.
— Em… chuchota Jørgen en s'approchant d'un pas.
Émeraude tourna sa tête vers lui et gronda, montrant les crocs. Il fit un pas en arrière, effrayé, et elle tourna à nouveau le regard vers la cité. Son pelage se hérissa et elle se replia sur elle-même, prête à bondir, avant de se tendre soudain. Ses oreilles se tournèrent vers la source du bruit qu'elle avait cru percevoir, avant qu'une silhouette floue orangée ne bondisse sur elle pour l'écraser dans la neige. Elle couina, tandis que l'odeur familière – bien que teintée d'inquiétude – de Théo imprégnait ses muqueuses.
— Bordel, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi Em est dans cet état-là ? Attendez, ne me dites pas que… Oh putain.
Théa termina sa phrase à voix basse, tandis que son jumeau maintenait difficilement le coyote contre terre. Il grattouilla longuement l'espace entre les deux oreilles, espérant la calmer ainsi, ce qui finit par être efficace. Émeraude avait beau être hors d'elle, elle refusait de blesser des membres de sa meute. Elle cessa de se débattre, reprenant lentement forme humaine alors que sa rage refluait.
Pour l'instant.
Théo la serra alors à lui en faire mal dans ses bras, ses doigts venant masser sa nuque pour continuer à la détendre et à la calmer. La jeune femme avait la gorge sèche et le cœur battant de haine contenue, mais se laissa aller à son étreinte.
— Vous… Vous devriez la ramener à la Guilde, Laufey. Nous, on s'occupe de calmer Em.
La voix de Théa était ténue et en arrière-plan aux oreilles de la concernée, comme si elle était à plusieurs mètres de la Mink renarde. Elle entendit ses amis s'éloigner après quelques secondes de concertation à voix basse et releva les yeux, pour tomber dans le regard compatissant de Théo.
— Comment… Comment vous avez su ? demanda-t-elle d'une voix rauque.
Elle se lécha les lèvres pour les humidifier, avant de lever une main tremblante pour baisser son foulard qui étouffait les sons. Théa s'assit derrière elle et l'enlaça à son tour, frottant son museau contre son dos. Elle posa alors sa tête dans le creux de l'épaule de l'autre Mink, ses tremblements s'étendant à tout son corps.
— Ton hurlement. On a su que c'était toi, on était tellement inquiet qu'on a tout laissé en plan… Tu veux parler de ce qui s'est passé ?
Émeraude revit Enat, écroulée dans la neige, crachant et pleurant du sang. Elle entendit une nouvelle fois le hurlement de Cadfaël, sentit à nouveau l'odeur de la mort. Des larmes apparurent de nouveau, de rage et de peine, alors que la douleur enserrait son cœur dans un étau.
— Non. Juste… Serrez-moi fort et empêchez-moi de faire une bêtise, les supplia-t-elle.
Elle ne voulait pas mettre des mots sur sa souffrance. Elle ne voulait pas se rappeler pour alimenter le feu grondant de sa haine, elle voulait oublier, pour l'instant. Janus paierait de toute façon. Les gens poseront des questions sur la mort de son amie, ils verraient les écailles, et Janus tomberait.
Si elle le tuait, elle s'attirerait des ennuis pour rien. Peut-être même que la vérité n'éclaterait même jamais au grand jour.
La lueur d'or dans ses yeux disparut et elle fondit en larmes dans les bras de ses frère et sœur de cœur.
Émeraude fixa le plafond de sa chambre. Elle avait fini par rentrer à la Guilde, malgré l'insistance des jumeaux pour qu'elle revienne à la maison, rien que ce soir, après le traumatisme qu'elle venait de vivre. Mais elle s'y était refusée. En revoyant Law, Simen ou Bepo… Elle aurait craqué et Janus était encore libre, il pouvait encore leur faire du mal.
Elle avait déjà perdu Enat. Perdre un autre membre de sa meute, perdre un membre de sa famille… La culpabilité l'écraserait jusqu'à ce que la vie ne la quitte.
Cependant, sa rage grondait toujours sous sa peau, n'attendant qu'un moment d'inattention pour ressurgir. Elle se tournait et retournait dans son lit depuis plusieurs heures, incapable de trouver le sommeil, de peur de perdre la bataille avec sa soif de sang.
Elle finit par arriver à la conclusion qu'elle devait prévenir Grim maintenant, tout lui raconter et se libérer de ce fardeau. Laufey lui avait dit qu'ils seraient interrogés demain, mais elle ne pouvait pas attendre. Elle ne se faisait pas assez confiance, elle se savait trop faible pour résister aux émotions que la drogue provoquait en elle.
Elle se leva et descendit silencieusement l'échelle, avant d'enfiler son pantalon et le pull posés sur le dossier de la chaise de bureau. Puis, elle entrouvrit la porte, priant pour qu'elle ne grince pas, avant de se glisser dans le couloir. En rasant les murs, elle marcha rapidement vers les appartements de Grim, courant presque, quand l'odeur de l'homme qu'elle détestait le plus après Doflamingo lui sauta à la gorge.
Janus se trouvait dans le couloir suivant.
Elle se stoppa brutalement, cherchant une échappatoire à l'inévitable rencontre, alors que ses veines s'embrasaient sous sa rage qui se réveillait. Sa gorge s'assécha et, lorsqu'il apparut, elle gronda, ses crocs pointant en menace.
— Ce n'est pas très gentil de grogner sur son supérieur, Émeraude, souffla-t-il avec agacement. Sois un gentil cabot et retourne te…
— Non. Je vais dire tout ce que je sais à Grim et je m'assurerai que vous soyez puni comme il se doit pour avoir tué Enat ! le coupa-t-elle, ses yeux virant lentement au doré.
Elle ne l'avait jamais considéré comme son supérieur. Son coyote ne l'avait jamais reconnu comme figure d'autorité, pas comme son premier instructeur. Au contraire, il était un ennemi et les ennemis de la meute étaient exterminés.
Elle grogna d'autant plus, alors que ses yeux passaient du vert à l'or. Des griffes apparurent au bout de ses doigts, perçant ses gants, tandis que Janus restait impassible. Ou plutôt, il se permit un petit sourire en coin, qui enflamma d'autant plus sa rage.
— Comment vous pouvez être aussi… C'était votre élève et vous l'avez tué !
— Oh, elle était juste trop faible. Son corps n'a pas supporté la drogue et la force qu'elle octroie, commenta-t-il.
Il observa ses ongles, et cette nonchalance fut de trop pour la jeune femme. Dans un aboiement, elle se transforma à moitié et se jeta sur lui. Aveuglée par la rage, elle ne le vit pas sortir un objet de sa poche. Lorsqu'il lui lança le poivre au museau, ses muqueuses s'enflammèrent et elle glapit de douleur. Il s'écarta alors et elle retomba au sol dans un gémissement plaintif, reprenant totalement forme humaine pour tenter de calmer la douleur.
Un premier coup de pied cueillit alors Émeraude sous le menton, l'envoyant contre le mur. Son dos s'écrasa contre la brique et un pic de douleur traversa sa colonne vertébrale. Tout air fut expulsé de ses poumons et elle ne put crier, même si elle l'avait voulu.
Elle vit arriver le second avec la certitude qu'elle était dans les ennuis, et les limbes de l'inconscience l'accueillirent.
Une odeur métallique fut la première chose qui frappa Émeraude quand elle revint à elle. La tête bourdonnante et douloureuse, elle sentait les pavés des rues lui rentrer dans le dos et ses vêtements coller à son corps, poisseux.
Elle tenta de se redresser et d'ouvrir les yeux, pour être agressée par les rayons de l'aube. Aveuglée, elle porta sa main devant son visage, pour s'apercevoir que ses gants, toujours déchirés aux extrémités, étaient couverts de sang.
Et elle perçut alors, malgré son odorat saturé par le-dit sang, les effluves d'un cadavre. Elle eut un haut-le-cœur, l'inquiétude lui serrant le ventre, et elle enleva sa main, s'obligeant à examiner les alentours. Ses yeux s'écarquillèrent quand elle s'aperçut qu'elle était étalée au sol dans l'une des rues principales et elle se redressa totalement en position assise.
Son cœur tomba dans sa poitrine et éclata en pièces.
À ses pieds, le visage figé dans une expression de terreur et les yeux ouverts, Théo reposait, la gorge arrachée et le corps couvert de griffures. Même si elle savait, même si elle sentait qu'il n'y avait plus rien à faire, elle se pencha sur lui, tentant de trouver le moindre pouls sous ses doigts. Un sanglot déchira le silence de la rue alors que les larmes commençaient à rouler sur ses joues, tombant sur le torse immobile de son ami.
— S'il te plaît Théo, arrête ta blague, elle est pas drôle… Réveille-toi, je t'en supplie !
Elle hoqueta bruyamment, alors qu'elle cherchait le moindre signe de vie, en vain, et elle passa sa main sur la figure de son ami pour lui clore les paupières. Un hurlement de douleur lui écorcha la gorge. Elle ignorait ce qui s'était passé, ce qui était arrivé, mais c'en était trop, en trop peu de temps.
Elle resta prostrée sur le corps du Mink, incapable de penser à autre chose. Elle le souleva en tremblant de tous ses membres pour le serrer une dernière fois dans ses bras, se fichant bien de se mettre du sang partout. Il était presque déjà froid, trop immobile et calme.
Théo, son Théo, son petit frère de cœur, était parti.
Elle n'entendit pas les bruits de bottes qui claquèrent contre le pavé. Elle ne broncha même pas quand des gens l'entourèrent, mais hurla à nouveau et se débattit quand des mains tentèrent de lui arracher son ami.
Elle fut brutalement mise à terre et, à travers ses larmes, aperçut le visage de Janus qui la surplombait.
— Oui, c'est bien elle que j'ai vue agresser ce pauvre adolescent, paix ait son âme. Elle était totalement hors de contrôle, un vrai monstre !
Un instant, la pensée qu'elle était responsable de la mort de Théo la traversa. Mais même sous sa rage, même emportée par sa soif de sang, elle ne l'avait pas attaqué. Cela ne pouvait pas être elle.
La réalisation que ses pires craintes s'étaient avérées fondées fut un coup supplémentaire dans son cœur déchiré. Et lorsque des menottes enserrèrent ses poignets et qu'elle fut traînée loin de son frère de cœur, sous le regard satisfait de Janus, Émeraude sut que la partie était terminée.
Et elle avait entraîné Théo dans sa chute.
... Pour être honnête, au départ, c'était Simen qui mourrait, et Théo décédait plus tard.
Vous avez évité un mort, si c'est pas sympa *sue d'angoisse*
*tend les mouchoirs* (oui, j'ai chialé aussi en l'écrivant, donc je propose... avant de me planquer dans mon nouveau bunker)
N'hésitez pas à m'incendier en review... Et à août normalement pour la suite !
*décampe à toute vitesse*
A peluche !
