[Règle n°15 – Ouvrir les yeux]
Bonjour, bonjour ! Voici la règle n°15, en espérant qu'elle vous plaise !
Bonne lecture~
« Faire une croix sur nos principes et vivre en fuyards…
ce n'est pas notre genre. »
Naruto leva son verre à la santé de Shikamaru, suivi de près par Kiba et Sasuke. Les garçons s'étaient donné rendez-vous dans un bar prisé de la capitale, situé sur le toit d'un immeuble d'où l'on pouvait voir la ville s'illuminer à la nuit tombée. Gaara n'avait malheureusement pas pu se joindre à eux, mais il avait tout de même souhaité un bon anniversaire d'avance à Shikamaru.
La soirée battait son plein et les éclats de rire fusaient facilement. La musique détendait les esprits des quatre lycéens, et leur faisait doucement oublier leurs soucis. Un seul d'entre eux semblait ne pas apprécier entièrement la soirée…
— Allez, juste une bière, Shika ! S'il te plaît !
— Non. répondit-il d'un ton sans appel.
— Mais rien qu'une, c'est tout !
— Naruto, j'ai déjà eu du mal à convaincre ta mère de te laisser venir avec nous. Si jamais elle sent la moindre odeur d'alcool sur toi en rentrant, c'est pas seulement à toi qu'elle va fracasser le crâne, mais à moi aussi, d'accord ?
Le blond se mit à maudire le destin pour l'avoir doté d'une mère aussi effrayante que Kushina, et il se vengea en descendant son verre de soda au melon d'un seul coup. Pourquoi était-il né en octobre ? Pourquoi devait-il regarder les autres descendre leurs pintes tandis que lui devait se contenter de sodas et de jus de fruits ? Il y avait quelque chose d'injuste dans cette situation.
— Déso' mec, j'aurais bien aimé être ton complice sur ce coup-là mais Shika a raison, ta mère est trop flippante pour tenter le coup.
— Merci du soutien, Kiba…
En détournant le regard pour faire semblant de bouder, Naruto remarqua que la situation semblait beaucoup amuser Sasuke, qui observait la scène sans rien dire. Le léger sourire qui flottait sur ses lèvres, ainsi que ses yeux brillants, en disaient long sur ce qu'il pensait.
— Aucune solidarité, même de ton côté… T'es décevant Sasu. se plaignit Naruto en feignant un air dramatique.
Puis il se leva et fit quelques pas parmi la foule pour s'accouder à la barrière du rooftop. Le léger vent de la nuit vint caresser ses joues rougies par l'exaltation de la soirée. Tōkyō avait une température agréable en cette fin de septembre, et le blond ne put se retenir d'esquisser un grand sourire. Malgré ce que son numéro de cirque suggérait, il passait une excellente soirée, loin de toutes les préoccupations de son quotidien.
À quelques mètres de lui, Sasuke se leva en saisissant son verre, bien décidé à dérider Naruto, mais se fit interpeller par Kiba, qui le dévisageait, bras croisées, enfoncé dans son fauteuil, avec un regard désapprobateur.
— Te laisse pas prendre à son jeu ! Il part bouder pour qu'on le prenne en pitié et pour obtenir ce qu'il veut. Il a toujours fait ça, c'est une vraie drama queen !
Shikamaru approuva en hochant la tête, mais cela ne sembla pas affecter Sasuke, qui se contenta de hausser les épaules en arborant son éternel rictus.
— Je sais… ! lâcha-t-il en s'éloignant lui aussi.
Il joua des coudes pour rejoindre son ami pendant que Kiba et Shikamaru le suivaient des yeux en susurrant des choses qu'il n'avait sûrement pas envie d'entendre. Quand il arriva à côté de Naruto, il s'adossa à la barrière et se remit à siroter sa bière sans dire un mot. C'est le blond qui brisa le silence au bout de quelques instants.
— J'ose espérer que tu viens pour t'excuser… !
Sa remarque fit ricaner Sasuke, qui tourna un regard faussement hautain vers lui.
— M'excuser de quoi au juste ?
— Tu pourrais au moins me proposer une gorgée, non ?
Le brun esquissa un sourire et répliqua que ce n'était pas parce qu'il ne connaissait pas la mère de Naruto qu'il ne pouvait pas la craindre.
— Quoi ? Toi, le grand Uchiwa Sasuke, qui n'a peur de rien, tu flipperais devant ma mère ? Je vais le lui dire, ça la rendra fière !
— Je vais me faire bien voir, moi, dis donc…
— Ah ben c'est toi qui t'es amusé à dire ça aussi. Mais c'est vrai que t'es jamais venu chez moi, j'avais pas capté…
Sasuke, en se retournant pour s'accouder lui aussi au garde-corps, soupira d'un ton volontairement forcé qu'il n'avait en effet pas eu cette chance. Naruto eut un petit rire en constatant que son ami jouait au même jeu que lui, puis lui promit de réparer cette erreur en organisant une soirée jeux vidéo avec Kiba et Shikamaru – ainsi que Gaara, s'il en avait envie.
— Ça vous arrive souvent d'en faire ? voulut savoir Sasuke.
— Moins depuis quelques temps… mais l'année dernière, on en faisait pas mal. En général, on passe la soirée à jouer, à manger des pizzas et à boire du Coca, plutôt sympa, non ?
Naruto affichait un air enthousiaste contagieux, qui contamina bien vite Sasuke. Il approuva totalement le programme type que le blond venait de lui décrire et avoua être curieux de voir à quoi pouvait bien ressembler l'une de ces soirées. Puis ils partirent à discuter du peu de variété dans la playlist du bar, tout en allant se chercher de nouvelles boissons au comptoir. Naruto commanda une limonade à la pêche, sous le regard attentif de Sasuke qui, lui, choisit une autre bière. Mais alors qu'ils retournaient à l'endroit qu'ils venaient de quitter, le brun ne put s'empêcher de remarquer le regard envieux de son ami, vissé sur son verre. Avec un soupir exaspéré, il s'empara de la limonade de Naruto pour lui refourguer sa bière, sous le regard dubitatif du blond.
— Une gorgée, une seule ! le prévint-il en lui présentant son verre pour trinquer.
Une étincelle s'alluma dans le regard de Naruto quand il entrechoqua leurs verres, ce qui fit bien plus plaisir à Sasuke qu'il ne l'aurait imaginé. Quand ils échangèrent à nouveau leurs boissons, le brun en profita pour faire glisser ses doigts sur la main de Naruto, en prenant le temps d'apprécier le grain de sa peau, la douce chaleur qui s'en dégageait et le léger tressautement que ce contact avait provoqué chez le blond. Toutefois, il ne put s'empêcher après coup de lui lancer une petite pique :
— Ça te fait tellement plaisir ? C'est de l'alcool, quand même, faudrait peut-être que tu commences à t'inquiéter !
Naruto esquissa une moue coupable en plongeant son regard dans sa limonade à la pêche. Après quelques secondes d'un silence éloquent, il releva les yeux vers l'horizon avec un air beaucoup plus sérieux.
— Si ma mère arrêtait de me surprotéger, aussi… Je sais que c'est pas une excuse et que cette histoire d'alcool est juste puérile, mais il y a des fois où j'ai envie de tester un peu mes limites aussi, de découvrir la vie, quoi ! C'est bien ça, être ado, non ? Mais ma mère voudrait m'emballer dans du papier à bulles.
— Elle a toujours été comme ça ? demanda Sasuke en pensant connaître d'avance la réponse.
Et en effet, Naruto secoua la tête de gauche à droite en sortant son paquet de cigarettes de la poche arrière de son jean. Il en cala une entre ses lèvres et actionna son briquet, qui illumina un instant son visage d'une douce lueur. Puis il le rangea en tirant sa première taffe de la soirée.
— C'est depuis qu'elle nous gère toute seule…
— Elle sait que tu fumes ?
— Putain, non ! Elle me passerait cinq heures de reportage non-stop sur les cancers du poumon et de la gorge avant de me forcer à découper mon paquet en petits morceaux devant elle.
Sasuke se laissa aller à un léger sourire, davantage pour lui-même que pour répondre à Naruto. Il se souvenait du jour où Itachi avait appris qu'il fumait. Il lui avait fait la leçon pendant vingt bonnes minutes en lui expliquant pourquoi le tabac était « la pire chose au monde », et le plus jeune l'avait regardé déblatérer ses inepties d'un œil lointain, sans répliquer le moindre argument, sans même vraiment l'écouter. Quand Itachi s'était finalement rendu compte que son discours n'avait même pas eu le plus insignifiant des effets sur son petit frère, il avait juste levé les bras en signe d'impuissance, et avait clôt son monologue en concluant qu'après tout, Sasuke pouvait bien faire ce qu'il voulait de sa santé. Et en effet, il en faisait ce qu'il voulait. C'est pour cela qu'il sortit son paquet de sa veste et s'alluma lui aussi une cigarette.
En inspirant la fumée, Sasuke chercha un sujet de conversation pour retenir Naruto à ses côtés, pour passer un peu plus de temps seul à seul avec lui avant d'aller rejoindre leurs deux amis. Étant rarement la personne qui parlait en premier, le brun, mal à l'aise, demanda un peu au hasard :
— Qu'est-ce que tu aimes, toi, dans la musique ?
Naruto le scruta d'un regard quelque peu surpris, avant de se plonger à nouveau dans la contemplation de la ville qui s'étendait devant eux.
— Je dirais que c'est un peu comme ma porte de sortie, mon échappatoire quand j'accumule trop de pensées négatives et que je voudrais crier. Quand j'écoute de la musique, que je compose ou que je joue, c'est… un peu comme si je criais intérieurement, tu vois ?
Sasuke voyait parfaitement. En écoutant son ami, il se prit à l'observer ; quand il partait dans ses pensées, Naruto avait un air rêveur presque magnétique. Les lumières de la ville se reflétaient dans ses yeux et les faisaient pétiller, tandis que ses lèvres pulpeuses s'étiraient en un léger sourire à croquer, débordant d'assurance, qui creusait sur sa joue droite une petite fossette. La brise faisait danser les cheveux désordonnés du blond d'une manière si douce que Sasuke ressentit l'envie soudaine et presque incontrôlable de glisser ses doigts dedans. Étaient-ils aussi doux qu'ils le paraissaient ?
— Et puis la musique prend facilement toute la place dans ma tête, alors quand j'ai besoin d'oublier, ça m'aide à faire le vide.
Naruto porta sa cigarette à ses lèvres pour en inspirer une bouffée avant de laisser doucement filer la fumée. Ses gestes semblèrent à Sasuke d'une lenteur calculée, presque provocatrice.
— C'est comme une manière de parler, mais en mieux. C'est que mon avis, mais je trouve qu'avec la musique, déjà t'as pas la barrière de la langue, et en plus tu peux dire tellement plus de choses qu'avec des mots…
En terminant sa phrase, Naruto se retourna vers Sasuke en accrochant le regard sombre et insondable de ses yeux si bleus. Et quand les lèvres du blond s'étirèrent en un sourire franc, qui creusa sa fossette, Sasuke sentit son estomac se tordre d'une manière délicieusement douloureuse. Comment Naruto n'était-il pas conscient de l'image qu'il projetait ? Le brun aurait voulu être le seul que Naruto regarde avec de tels yeux ; il aurait voulu dévorer les lèvres si tentantes du blond qui l'appelaient d'une manière irrésistible.
S'il avait écouté son cœur, en cet instant, Sasuke aurait emprisonné le visage de Naruto entre ses mains pour l'embrasser sans retenue. Seulement, le brun savait pertinemment que s'il laissait parler ses pulsions, il avait de grandes chances de braquer son ami plutôt que de le mettre dans son lit… L'embrasser sans préavis dans un endroit noir de monde, avec deux de leurs amis non loin, ce n'était, sans aucun doute, pas la meilleure manière de séduire Naruto. Non sans une pointe de frustration, Sasuke fit donc taire ses envies et inspira une dernière taffe avant d'écraser son mégot dans un cendrier posé près d'eux.
Puis ils rejoignirent Shikamaru et Kiba, qui discutaient avec animation du chien de ce dernier, Akamaru, qui avait réussi un parcours de dressage à la perfection l'après-midi-même.
Quand Itachi ouvrit la porte de son appartement à Kisame, ce soir-là, il le trouva presque courbé en deux, à reprendre son souffle accoudé au chambranle de la porte. Deidara, qui discutait avec Sasori à l'entrée de la cuisine, se précipita alors sur le nouvel arrivant en lui demandant si tout allait bien.
— T'as pris les escaliers au lieu de l'ascenseur, c'est ça ? railla Itachi.
Kisame leva les yeux au ciel sans répliquer, avant de pénétrer dans l'appartement tout en rassurant Deidara.
— Ça va, c'est juste que je suis tombée sur des fans complétement fêlés qui m'ont reconnu dans le métro et qui m'ont suivi. Heureusement que j'ai réussi à les semer avant d'arriver ici… ! Moi qui croyais que je passais inaperçu sans maquillage, faut croire que non…
— La prochaine fois, garde ta tête de requin et cours-leur après, peut-être qu'ils auront peur. proposa Sasori avec un petit rictus.
L'idée eut au moins le mérite de faire ricaner Kisame pendant qu'il enlevait ses chaussures, puis ils montèrent tous à l'étage pour rejoindre le reste du groupe qui les attendait dans le studio. Quand ils entrèrent dans la petite pièce, Yahiko étaient en grande discussion avec Hidan, tandis que Konan riait avec Kakuzu en essayant de le déconcentrer pendant que celui-ci réajustait la clef de tension de sa cymbale crash.
Lorsqu'ils furent tous réunis, Yahiko leur demanda un petit moment d'attention pour discuter avant la répétition. Ils récupérèrent les poufs entassés le long du mur et s'installèrent pêle-mêle dans la petite pièce, tandis que Konan prenait place sur les genoux de son petit ami. Quand tous les regards furent tournés vers le leader, celui-ci se décida à prendre la parole.
— Je reviens de l'agence, j'ai discuté avec le directeur et Orochimaru. Donc, d'abord, l'album se vend très bien. Les ventes dépassent ce qui était prévu et la tournée s'organise peu à peu. Selon comment ça va se passer, ils pensent même à faire quelques dates à l'étranger pendant les vacances l'été prochain, mais ça reste un projet.
Son annonce souleva une vague de fierté parmi les membres du groupe, qui ne s'attendaient guère à ce que leur succès encore récent leur offre la possibilité de se produire en-dehors du Japon. Leur précédente tournée, organisée pour la sortie de leur deuxième album, ne les avait pas emmenés très loin ; pourtant le concert qu'ils avaient fait à Okinawa les avait déjà enchantés. Alors entendre parler de dates à l'étranger, c'était un peu comme un rêve qui se réalisait. Le silence revint cependant bien vite quand Yahiko enchaîna.
— Si je vous dis ça, c'est pour deux choses. D'abord, parce que je pense qu'on peut tous se féliciter pour le boulot accompli. C'est la première fois qu'on fait tout nous-mêmes et on peut être fier de nous. annonça-t-il en commençant à taper dans ses mains, ce qui eut tôt fait d'entraîner les applaudissements et les cris de victoire du reste de l'équipe, qui savouraient leur réussite après plus d'un an de travail acharné. Mais je vous dis ça aussi pour une autre raison. reprit Yahiko quand le calme fut revenu. Je crois qu'on est tous d'accord pour dire que supporter Orochimaru, c'est plus possible. – Sa remarque fut largement approuvée. – J'ai longuement réfléchi à tout ça et je pense qu'on a deux possibilités qui s'offrent à nous, parce que j'ai écarté direct le procès, ce serait beaucoup trop long et compliqué.
Si Itachi n'avait écouté que d'une oreille jusque-là, trop concentré à jeter des coups d'œil qu'il espérait discrets vers Deidara, la tournure que prit le discours de Yahiko l'intéressa soudain beaucoup plus et il accorda toute son attention à leur leader, comme tous les autres membres du groupe.
— On peut attendre la fin du contrat dans neuf mois pour quitter l'agence et en intégrer une autre, ou se démerder plus ou moins tous seuls. Puisqu'on a gagné en popularité, un certain nombre de fans devraient suivre si on fait ça bien. Par contre, ça veut dire qu'on n'a plus l'appui de l'agence pour la communication, et que pour tout ce qui est des événements, ça va être beaucoup plus compliqué. Il faudra au moins qu'on signe avec une maison de disques.
« Sinon, on a peut-être une autre solution. continua-t-il en dardant un regard instigateur sur tous ses amis. Ça va pas plaire à tout le monde, mais… on pourrait se servir du succès de l'album, demander à changer de manager en mettant dans la balance que s'ils n'acceptent pas, on quitte l'agence en leur collant un procès. Si on menace de partir, ils nous écouteront.
— Ça veut dire qu'on prend le risque qu'ils acceptent le procès, non ? demanda Kakuzu qui écoutait attentivement assis sur le tabouret de sa batterie, les coudes posés sur ses genoux.
Yahiko acquiesça avec un air grave, en ajoutant que c'était justement parce que c'était une entreprise risquée qu'il leur fallait prendre cette décision tous ensemble.
— On a commencé tous seuls, renchérit Konan, en enregistrant des vidéos sur un portable, dans la salle de musique du lycée Konoha alors qu'on n'avait même pas le droit d'y être. Aucune agence n'a créé Akatsuki et aucune n'en viendra à bout ; c'est à nous de choisir ce qui va nous arriver, pas à Orochimaru.
Il y eut un moment de silence dans le studio. Même si tout le monde était d'accord sur le principe et voulait se débarrasser de leur manager trop directif, l'idée de faire chanter leur agence ne paraissait pas faire l'unanimité. Hidan, en particulier, était le plus sceptique. En tirant sur sa cigarette électronique – il l'avait acheté uniquement pour faire plaisir à Itachi, qui ne voulait pas qu'on fume dans le studio – il s'inquiéta du fait que le rock n'était pas le style de musique le plus populaire, et que cela ne les aiderait certainement pas à trouver une nouvelle agence.
— On chante en anglais, c'est déjà ça, mais aujourd'hui ce qui marche c'est l'électro, le rap ou la pop, faudrait pas oublier qu'on va à contre-courant. fit-il avec un regard inquiet.
— On allait déjà à contre-courant quand on a commencé, répliqua Kisame, et pourtant c'est eux qui sont venus nous chercher, pas le contraire. Moi, je crois que Yahiko a raison, on a des arguments.
Sasori avoua que lui aussi nourrissait quelques inquiétudes à l'égard de la proposition de leur leader.
— On prend un gros risque en faisant ça. poursuivit-il. Vous êtes sûrs qu'on peut pas tenir encore jusqu'à la fin du contrat ?
Itachi, qui n'avait pas desserré les dents depuis le début de la discussion, se redressa soudain sur son pouf avec un air décidé.
— « Tenir jusqu'à la fin du contrat » ? répéta-t-il sans parvenir à cacher l'exaspération qui pointait dans sa voix. Je suis d'accord sur le fait qu'il faille que ce soit une décision de groupe, prise à l'unanimité. Mais je considère qu'Orochimaru s'est assez servi de nous comme ça. Les remarques sur le physique ; les reproches sur mon choix de ne pas faire d'études et sur ton boulot, Hidan ; les menaces à peine voilées pour nous obliger à changer de style musical ; sans parler de nos débuts où il n'hésitait pas à nous insulter pour nous déstabiliser ! C'est plus possible, j'en peux plus. Alors s'il y a une chance, même infime, de se débarrasser de ce fou, je la saisirai. conclut-il sans trémolo dans la voix.
— Je suis d'accord avec Itachi. renchérit Deidara, provoquant sans le savoir un léger pincement au cœur du brun. Il voudrait qu'on soit des robots, mais c'est pas ce qu'on est. Il faut qu'on lui montre qu'on est plus fort que lui, et qu'il peut pas nous forcer à faire ce qu'on ne veut pas.
Le blond coula ensuite un regard discret à Itachi, et un petit sourire complice étira ses lèvres fines. C'était sa manière de s'excuser, de se racheter après l'avoir quitté. Le brun sentit sa gorge se nouer, sans trop savoir si c'était à cause de l'affection qu'il ressentait encore pour Deidara ou de la douleur de l'avoir perdu. Quoi qu'il en soit, il décida d'ignorer cet étrange sentiment. Il fallait à tout prix qu'il tire un trait sur leur histoire, pour son propre bien et pour celui du groupe. Pour le moment, Akatsuki faisait partie intégrante de sa vie et lui apportait beaucoup, et il comptait bien tout mettre en œuvre pour que cela dure le plus longtemps possible.
Il ne remarqua pas le regard inquiet de Yahiko, qui faisait la navette entre lui et Deidara.
— Je te fais confiance, reprit Hidan en s'adressant à leur leader, d'ailleurs je suis sûr que c'est le cas pour tout le monde ici. C'est juste que, même si c'est pas rose tous les jours, on a quand même une chance énorme de vivre notre rêve et j'ai pas envie qu'on joue avec ça.
Yahiko acquiesça en répondant :
— Je comprends tout à fait. De toute façon, c'est pas comme si on allait faire quoi que ce soit dans les heures à venir ; il faut qu'on prenne le temps de réfléchir.
Kakuzu avait suivi l'échange tout en jouant avec ses baguettes – cela l'aidait à se concentrer. Il pesait le pour et le contre, et ses doutes commençaient à s'amenuiser sérieusement. Akatsuki n'était pas un de ces groupes formés de toutes pièces et qui craquerait au premier obstacle trop sérieux, certainement pas. Voilà plus de quatre ans qu'ils ne s'étaient plus quittés, et même pas deux ans et demi qu'ils avaient signé avec leur agence. Ils s'étaient débrouillés seuls avant, alors pourquoi pas maintenant ? Et puis Yahiko n'avait pas tort, leur popularité grandissante leur offrait un avantage de poids. Dans un élan de volonté, il claqua ses baguettes entre elles et se leva d'un bond de son siège en clamant :
— T'as raison Ita, c'est plus supportable. Il y en a marre de se laisser marcher sur les pieds sans rien dire. Yahiko, on t'a suivi jusqu'ici, on le fera encore. J'ai confiance en toi. De toutes façons, je préfère de loin repartir à zéro avec vous que supporter cette sangsue d'Orochimaru pendant encore neuf mois.
En face de lui, Sasori eut un sourire en coin approbateur. Il leva un regard confiant vers Yahiko, et déclara :
— Peut-être qu'on est tous fous à lier, mais au pire… Allez, on va dire que je te suis. Après tout, on pourra pas tomber plus bas qu'à nos débuts, Konan a pas tort… !
— C'est pas encore fait. modéra le leader, non sans adresser un sourire reconnaissant à Sasori. Tant que tout le monde n'est pas d'accord, on ne fait rien, de toutes façons. Bon, on reparlera de tout ça plus tard. On répète un peu ?
Hidan acquiesça en remerciant intérieurement Yahiko pour son sens aigu de l'équité. Heureux de pouvoir enfin se défouler sur leurs instruments respectifs, les membres d'Akatsuki se levèrent comme un seul homme en rangeant les poufs et rejoignirent leurs places. Quand les derniers instruments furent accordés, et les voix bien échauffées, Kisame demanda par quel morceau ils commençaient.
— J'ai envie de me défouler un peu ! s'eclama Konan en finissant d'attacher ses cheveux. Ça vous dit "I want to Live"* ?
Les membres se concertèrent du regard et finirent par acquiescer de concert.
— Fuck… lâcha soudain Hidan.
Un regard perplexe plongé sur l'écran de son portable, il serrait les dents dans une expression mêlée d'énervement et de surprise. Il ne semblait pas s'être rendu compte que le reste des personnes présentes dans le studio, intrigué par son exclamation, s'était retourné vers lui et le fixait en attendant de savoir ce qu'il se passait.
— Eh, tu sais quoi Yahiko ? poursuivit-il en relevant les yeux. T'as raison, on va le faire ce putain de chantage, parce que ce connard n'hésite pas à en faire lui aussi.
— Comment ça ? s'interrogea le leader d'Akatsuki avec un froncement de sourcils.
Le jeune homme fulminait de rage lorsqu'il raconta au groupe que son patron venait de lui envoyer un message l'informant qu'Orochimaru lui avait proposé de l'argent pour virer Hidan, et lui demandant des explications. Fort heureusement, le gérant du bar de nuit n'avait pas cédé à l'offre, étant parfaitement satisfait du travail sérieux de son employé, et plus particulièrement du nombre de clientes qui venaient grâce à lui.
— Alors ouais, l'idée ne me rassure toujours pas, mais j'en ai pas de meilleure alors va pour le chantage. Il est temps qu'on lui ferme son claque-merde à ce bâtard !
Habitué aux accès de colère de Hidan, Yahiko ne s'en formalisa aucunement et hocha la tête avec un air sérieux et décidé, en proposant de discuter des détails après la répétition. Il savait pertinemment que la musique apaiserait la tension électrique qui régnait dans la petite pièce. Par ailleurs, il ne semblait pas être le seul de cet avis, car les autres approuvèrent tous, certains même avec un regard chargé de colère.
Sachant que l'ambiance pesante ne disparaîtrait pas tant que personne ne se déciderait à lancer la répétition, Konan cala son violon entre son épaule et son menton, et, sans hésitation aucune, fit glisser l'archet sur les cordes dans un mouvement souple, faisant naître les premières notes puissantes du morceau. Quelques sourires approbateurs lui répondirent, et tout le monde se concentra sur ses partitions. Kakuzu la rejoignit bientôt, faisant résonner sa batterie avec de plus en plus de force, avant d'entraîner les guitaristes et le bassiste dans la danse. Deidara se lança en faisant voler ses longs cheveux blonds, savourant la puissance de la musique qui avait soudain pris possession de son corps et de son esprit.
Après un court passage plus calme, la voix de Yahiko se joignit à la mélodie, toujours aussi douce et rocailleuse à la fois.
In a grave of roses, while the night is closing in*
My soul is so cold, but I want to live again
Konan, après avoir relâché la pression sur les cordes de son violon, s'approcha du micro et fit porter sa voix dans le studio.
I know you'll come to me, I wait in misery
I wanna fight for this, save me from this darkness
I reach for the light
Achevant d'une voix douce, Konan laissa de nouveau la place à Yahiko qui entama le refrain d'une voix puissante, secondé par sa petite amie et Sasori en écho.
I want to live my life
The choice is mine, I've made up my mind
Now, I'm free to start again
The way I want to live (to live) and breathe (and breathe)
Konan reprit d'une voix pleine d'assurance ces deux mots si significatifs pour eux, particulièrement en ce jour, avant de chanter la phrase suivante en levant un poing décidé vers le ciel.
The way I want that's right for me
Puis Yahiko et Sasori se joignirent à elle pour clamer la fin du refrain.
I may not know nothing else
But I know this, I want to live
Akatsuki était décidé à ne pas plier sous la pression d'un manager qui tentait vainement de les faire devenir ce qu'ils n'étaient pas. Jamais.
Un léger bruit retentit dans le grand bureau froid de Fugaku Uchiwa. Quelqu'un toquait à sa porte. D'une voix calme et posée, il autorisa la personne à entrer. Une petite silhouette entrouvrit le battant en laissant couler un filet de lumière et se faufila dans l'ouverture pour avancer de quelques pas saccadés dans la pièce. Tout en restant à une bonne distance du bureau, il s'inclina mécaniquement avant de déclarer :
— Votre rendez-vous de dix-neuf heures est arrivé, monsieur.
— Merci, Kishimoto. Vous pouvez y aller pour ce soir.
— Bien monsieur.
Fugaku entendit les petits pas de son secrétaire s'éloigner, une voix basse parler dans le couloir, puis des pas plus francs entrer dans la pièce en ouvrant la porte en grand. Le battant se referma ensuite, et la personne se dirigea jusqu'à son bureau.
— Bonsoir, monsieur Uchiwa.
Un froissement de tissus lui indiqua que la personne s'était inclinée. Il s'irrita de ce comportement si faussement respectueux qu'il en devenait presque arrogant et cracha d'une voix persiflante :
— Ne perds pas de temps en salutations inutiles et viens-en au fait.
Un léger rire vide d'amusement se fit entendre dans la grande pièce, avant que son invité ne déclare :
— Vos inquiétudes se sont confirmées, monsieur. Il semblerait en effet que votre fils ait de nouveau quelqu'un dans sa vie.
Fugaku serra les poings en se retenant de faire voler le vase en cristal posé, à portée de main, sur un rutilant meuble bas qui longeait le mur. Il fit volte-face avec un regard plein d'animosité pour faire face à son interlocuteur. Celui-ci ne cilla pas, soutenant les yeux assassins d'un air suffisant.
— Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda-t-il en enfonçant ses ongles naissants dans le cuir noir de son fauteuil.
— Ils passent beaucoup de temps ensemble, Sasuke ne rechigne pas aux contacts physiques avec lui, ils ont l'air très complices et ils se réservent tous les jours un petit moment seuls. Si on rajoute à cela le fait qu'ils soient déjà arrivés ensemble un matin et que l'ex-petit ami de votre fils lui ait piqué une crise de jalousie à la fin du semestre dernier, avant de quitter définitivement le lycée, je pense qu'on peut raisonnablement penser qu'ils sont ensemble.
Fugaku ravala sa colère sans rien laisser paraître. Son fils n'apprendrait donc jamais ? Aussitôt débarrassé de l'un de ces gêneurs, il fallait qu'il retombe dans les bras d'un autre ? Non décidément, il lui fallait faire quelque chose pour empêcher cela. En retrouvant doucement son calme, il contourna son fauteuil pour s'y installer et passa ses doigts fins dans son bouc tout en réfléchissant. Les rumeurs sur la vie sentimentale décalée de son fils aîné qui étaient parvenues à ses oreilles l'avaient déjà fait grincer des dents, mais savoir qu'en plus, le plus jeune ne tirait strictement aucune leçon de ses erreurs passées le rendait fou. Il s'occuperait d'Itachi plus tard, si les rumeurs se confirmaient, mais dans l'immédiat, que pouvait-il bien faire pour que Sasuke revienne dans le droit chemin et qu'il arrête de jeter ainsi l'opprobre sur son nom de famille ?
— Comment s'appelle celui-là ?
— Uzumaki Naruto. répondit Suigetsu avec un sourire sardonique.
Quand il sortit du bureau de Fugaku quelques minutes plus tard, Suigetsu était particulièrement satisfait de lui-même. Il n'avait aucune preuve confirmant que Sasuke et Naruto soient réellement en couple, mais depuis que le blond s'était interposé pour protéger son ami en prenant à sa place le poing destiné à Sasuke, Suigetsu ressentait l'indicible envie de les faire plonger, tous les deux. Naruto avait osé donner au fils de Fugaku un semblant d'espoir, et Suigetsu ne pouvait pas supporter la joie qui, depuis quelques temps, se dessinait sur les traits de Sasuke.
Alors s'il fallait qu'il mente pour obtenir sa vengeance, il le faisait sans le moindre regret. Il ne craignait en rien l'ire d'Uchiwa Fugaku, puisque son cher paternel le protégeait ; et la tentation de voir la gueule d'ange de Sasuke se déformer de souffrance était bien trop grande. Il était déjà fier d'avoir réussi à faire flancher Neji. En lui racontant que Sasuke n'avait eu aucune considération pour lui, et qu'il l'avait bien vite remplacé, il était parvenu à manipuler l'esprit embrouillé du jeune homme et à faire de sa peine une haine savoureuse. Il avait beaucoup apprécié le spectacle que les deux garçons avaient offert à tout le lycée quelques semaines auparavant, et il n'était certainement pas prêt de s'arrêter en si bon chemin. Rirait bien qui rirait le dernier…
* I want to Live – Skillet.
Ohohoho ! L'engrenage est enclenché ! Fugaku et Suigetsu en action, ça va faire des étincelles !
J'ai particulièrement apprécié écrire le passage avec Akatsuki. J'essaie de les garder rares, car ce ne sont pas à proprement parler les réels personnages principaux, mais j'ai bien aimé mettre en scène leur complicité de groupe ! (Fuck off Orochimaru !)
Et puis Naruto et Sasuke se rapprochent doucement, c'était aussi un moment très agréable à écrire. ^^
J'espère que vous aurez apprécié ce chapitre au moins autant que moi, donnez-moi vos impressions ! Bye !
