L'orgasme le plus rapide du monde
Harry est assis à la table des Gryffondor pour le déjeuner en ce vendredi avec Ron et Hermione de son côté, et Malefoy et Greg en face. Ils ont à peine commencé à manger quand Greg annonce sans préambule :
— On a tous reçu des tickets pour une connerie culturelle moldue en classe aujourd'hui. On est censés emmener quelqu'un avec nous pour partager la joie de la molditude ou je ne sais quoi. Tu veux venir avec moi, Hermione ?
Harry manque de tomber du banc et Hermione n'a pas l'air moins choquée que lui, même elle lève bravement le menton et dit :
— Oui, d'accord. Mais c'est quoi ?
Ron, qui a toujours la bouche pleine, fait la moue et ses sourcils se froncent alors qu'il est clairement en train d'essayer de déterminer s'il devrait être jaloux ou non qu'un autre homme ait invité Hermione à sortir. Il considère Greg à nouveau et les rides d'inquiétude disparaissent de son visage. Harry le voit clairement penser : « Naaaan ».
Greg prend une autre bouchée de quiche.
— Chais pas, dit-il en postillonnant des miettes.
Malefoy, assis à côté de lui, frissonne d'effroi.
— Un ballet, informe-t-il Hermione avec un sourire ironique. Je te souhaite bien du plaisir.
— Je ne vois pas pourquoi tu as l'air si content de toi, dit Greg qui mâche toujours. Toi aussi il faut que t'ailles à un truc.
— Oui… je vais devoir supporter l'atrocité d'une chorale moldue, dit Malefoy en repoussant son assiette comme si elle l'avait offensé.
— Qui est-ce que tu vas inviter ? insiste Greg.
Malefoy continue à regarder son assiette.
— Harry, tu veux y aller avec Drago ? demande Greg. Il veut t'inviter, mais je crois qu'il est trop trouillard.
— Alors ! C'est quoi comme ballet ? interroge Hermione d'une voix forte, ce qui ne couvre pas vraiment le bruit de Ron qui fait une crise cardiaque la bouche pleine, mais au moins la mort de Ron fournit un peu de distraction.
— Oui, d'accord, dit Harry en essayant de ne pas avoir l'impression d'avoir accepté un truc d'une importance phénoménale.
Harry décide – en tout cas, il décide de se le dire fermement – avant son espèce de quasi pas tout à fait sortie en amoureux avec Malefoy, qu'il ne va pas s'inquiéter de savoir si c'est ou non une sortie en amoureux. Ou de savoir s'il a envie, ou non, que ça en soit une. Pour être franc, il en a sa claque de se faire des nœuds dans le ventre ; si ça continue, il va finir par s'étrangler de l'intérieur.
C'est plus facile de se dire que ce n'est pas un rendez-vous en amoureux quand il passe dans la chambre samedi soir pour se préparer et qu'il y trouve Malefoy en train de faire ses lacets. Malefoy, son camarade de chambrée avec qui il est juste ami – enfin, plus ou moins. Des amis qui se regardent beaucoup et dont l'un d'eux a le nom de l'autre tatoué autour du cou. Ce genre d'amis.
Malefoy se lève, sa posture maladroite, sur la défensive, comme s'il n'était pas très sûr de lui.
— Je me sens un peu con, dit-il avec mauvaise humeur. De quoi j'ai l'air ?
Harry déglutit.
— Tu as l'air…
Merlin.
— Bien, finit-il.
Malefoy porte un costume trois pièces sombre, si bien ajusté qu'on pourrait presque croire qu'il a été taillé sur mesure. C'est probablement le cas, pense Harry en se rappelant que Pansy était toute excitée parce qu'ils allaient chez un couturier il y a une ou deux semaines de cela. Il porte une chemise parme et des boutons de manchette en argent qui scintillent à ses poignets. Il a l'air…
Harry ne trouve pas de mots pour décrire à quel point il est superbe.
— Bien, hein ? Ton enthousiasme me submerge, dit Malefoy d'une voix traînante.
Il se détend un peu.
— Je me suis dit que je sortirai ma meilleure tenue moldue, vu l'occasion.
— Je ne suis pas sûr d'avoir un truc aussi élégant, dit Harry qui s'inquiète soudain.
— Je serai heureux de te surpasser pour une fois, Potter, dit Malefoy.
Sa lèvre se relève en quelque chose qui n'est pas exactement un sourire et Harry se demande s'il va juste rester là à le regarder paniquer à cause de sa tenue, mais il dit :
— Bon, je t'attends dans la salle commune alors.
Et il sort. Harry fouille dans sa malle et se décide pour un jean noir et une chemise blanche. Il essaie de se rappeler un sort de repassage avant de se souvenir qu'il a tout un tas de bouquin dans sa malle, alors il en sort un. Il s'habille rapidement et fait la moue devant le miroir. Il n'est pas sûr d'avoir l'air super classe, mais il ne pense pas non plus que les gens vont éclater de rire en le voyant, ce qui est le plus important. Mais il lui faut un pull sinon il va se geler. Sa robe aura l'air trop bizarre à côté de la tenue moldue parfaite de Malefoy, et il n'a pas de manteau. Il fouille dans sa malle et découvre que c'est soit son pull d'école, soit un sweat à capuche, soit un tricot de Mrs Weasley. Aucune de ces options n'est acceptable. Alors il hésite et attrape un pull Weasley ; au moins, il n'oubliera pas son nom pense-t-il en prenant le pull vert sombre embelli d'un H qui lui ébouriffe les cheveux quand il l'enfile. Il a grandi depuis la dernière fois qu'il l'a porté et il est presque trop serré mais il jette un regard rapide dans le miroir et pense que ça va.
Il sort du dortoir avant de commencer à paniquer pour de bon. Il sent la crise monter, depuis son ventre pour se hisser, toute frémissante, dans sa poitrine. Malefoy est avachi dans l'un des canapés avec les autres quand il arrive dans la salle commune mais il se dresse d'un bond quand Harry arrive. Ses cheveux sont en désordre, comme s'il avait été en train de jouer avec.
— C'est pourquoi le H, Potter ? demande Pansy, une étincelle dans les yeux. Héros ?
— Heureux en amour, sûrement, dit Millicent en jetant un drôle de regard à Harry.
— Hypertrophié de l'égo, plutôt, dit Malefoy, pince-sans-rire.
Il regarde Harry des pieds à la tête d'une façon qui le glace de l'intérieur.
— Allez viens, ou on va être en retard.
Le Portoloin les dépose à un endroit à Londres que Harry ne connaît pas. Il y a de riches Moldus partout, et les voitures sont basses et brillantes, visiblement chères et conduites par des connards. Malefoy regarde autour d'eux en fronçant les sourcils.
— Par ici, je crois, dit-il.
Il les conduit vers une grande église très décorée. À l'intérieur, Malefoy montre leurs tickets à un portier souriant et on leur donne un programme chacun avant de les laisser trouver leurs sièges par eux-mêmes. Les chaises sont en bois, dures, et l'église en elle-même est moderne mais très décorée, avec un gigantesque orgue doré au bout.
— Tu crois en Dieu ? demande Harry en s'asseyant.
Il se demande pourquoi le sujet n'a jamais été abordé à Poudlard – en tout cas, il ne s'en rappelle pas. Est-ce que les sorciers croient en Dieu ? Les Dursley étaient des chrétiens Anglicans, ce qui veut dire qu'ils savaient distinguer le bien du mal mais n'allaient jamais à la messe, sauf à Noël, des fois, sans emmener Harry avec eux. Si bien que celui-ci n'a jamais développée une très haute opinion de la religion, même si parfois il se demande s'il n'y a pas quelque chose là-dedans.
Malefoy y réfléchit.
— La religion c'est plus un truc de Moldus, Potter, dit-il en posant le programme sur ses genoux. Je veux dire, ça fait aussi partie de l'histoire sorcière, ce que tu saurais si tu avais prêté attention aux cours de Binns. Mais c'est moins nécessaire d'avoir foi en la magie quand tu sais qu'elle existe pour de vrai. Je suppose que c'est pour ça que ça n'a plus trop d'attrait dans le monde sorcier, en tout cas.
Le vicaire se place derrière la chaire et commence son discours, il parle un peu de l'église avant de présenter l'orchestre et le chœur. Harry ne sait pas franchement si ça va lui plaire ; il n'a jamais vraiment eu l'occasion d'écouter de la musique classique et il est tendu parce qu'il a peur que Malefoy commence à chuchoter de façon audible que la musique moldue c'est de la merde, ou un truc comme ça. Mais Malefoy ne se comporte pas de façon gênante, il reste juste assis et écoute en consultant le programme de temps en temps, et il suit le public moldu pour applaudir poliment aux bons moments.
À l'entracte, il se lève sans commentaire et revient bientôt avec deux petits gobelets de vin. Il en tend un à Harry et prend une gorgée du sien.
— C'est presque buvable, dit-il avec un sourire de travers avant de prendre une gorgée de plus.
Harry se demande ce que ça veut dire, que Malefoy boive en sa compagnie. Est-ce que la musique est si mauvaise que ça ? Ou bien c'est sa présence qu'il a besoin d'oblitérer ? Ou bien – ça semble bizarre – c'est que Malefoy commence enfin à être suffisamment détendu avec Harry pour se permettre de se relâcher un peu ?
La musique recommence bientôt mais Harry n'arrive pas à se concentrer. Il n'aurait pas dû boire l'estomac vide, se dit-il. Mais ce n'est pas vraiment ça. C'est Malefoy – évidemment. Malefoy vide ce qu'il reste de son verre d'un coup et se penche pour poser le gobelet en plastique à côté de lui par terre. Et puis il écarte les jambes. C'est juste un petit mouvement mais ça veut dire que sa jambe vient appuyer contre celle d'Harry, que leurs cuisses se touchent.
Harry essaie de ne pas respirer mais c'est un peu trop difficile, alors il essaie de respirer normalement, et découvre que c'est presque aussi compliqué. Inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer. L'orchestre joue un peu fort et Malefoy s'étire avec désinvolture, et pose sa main, avec tout autant de désinvolture, sur la jambe d'Harry. C'est assez intime, mais le genre de geste tout à fait acceptable qu'on peut faire dans un couple, en signe d'affection envers son partenaire.
Quelque chose de bizarre se produit en lui. Harry ne sait pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose, juste que c'est en train d'arriver. Il respire une fois, deux fois. Et puis, de façon très délibérée, il pose sa main gauche par-dessus celle de Malefoy.
Quand la musique s'arrête, Harry retire sa main pour applaudir et Malefoy applaudit à côté de lui, en se décalant si bien qu'il n'est plus aussi proche. Harry se demande ce qu'il va se passer, au juste, maintenant, mais il a oublié que Malefoy a été diplômé avec mention pour ignorer ce genre de choses. Il devient bientôt évident que Malefoy compte juste faire comme s'ils n'avaient pas été assis là à se tenir la main, jusqu'à ce que le cœur de Harry semble prêt à jaillir hors de sa poitrine.
— Quelques fausses notes, dit Malefoy alors qu'ils se lèvent pour partir, mais avec de jolis moments, je suppose. Qu'est-ce que tu en penses ?
Harry en pense qu'il n'a pas du tout écouté la musique ; il était trop occupé à tenir la main de Malefoy.
— Oui, c'était pas mal, dit-il.
— Tu as une belle carrière de critique musical devant toi, dit Malefoy en ricanant tandis qu'il les conduit à l'extérieur.
Il fait froid, mais le temps et sec et les vitrines des boutiques chics qui s'alignent le long de la rue dégoulinent de bijoux et étincellent de lumières.
— Tu veux aller prendre un verre ? demande Malefoy.
Il n'attend pas la réponse et continue à marcher. Il est déjà en train d'ouvrir la porte d'un bar rattaché à un hôtel très luxe quand Harry le rattrape. Il le suit dans l'obscurité chic d'un intérieur aux meubles en cuir.
Malefoy leur commande à boire et quand ça arrive, il engloutit son verre en renversant la tête en arrière et ne s'arrête que quand il est presque vide pour s'essuyer la bouche du revers de la main.
Harry commence à se sentir un peu nerveux. Il boit plus lentement et essaie de ne pas stresser quand Malefoy commande une seconde tournée et répète le processus.
— Euh, est-ce que ça va ? demande-t-il quand Malefoy se dépêtre avec un troisième verre.
Ses joues ont viré au rouge, même s'il ne fait pas si chaud que ça dans la pièce, et il se débarrasse de sa veste de costume et défait le premier bouton de son gilet.
— Très bien, dit Malefoy fermement avant de commander un quatrième verre. Bois, Potter.
Harry n'a pas vraiment envie de se bourrer la gueule l'estomac vide, surtout après la dernière fois. Il se demande, à nouveau, si c'est une bonne chose que Malefoy boive avec lui, qu'il soit capable de se détendre devant lui. Mais en fait, il n'a pas l'impression que Malefoy est en train de se détendre. Plutôt qu'il est en train de complètement péter un câble. Est-ce qu'il est en train de prendre son élan pour faire un truc ? Si c'est le cas, Harry n'est pas sûr de vouloir savoir quoi. Si Malefoy a besoin d'être ivre pour ça, ça ne peut pas être quelque chose de bien.
Quand Malefoy se jette enfin à l'eau, ce n'est pas bien du tout. Parce que… il essaie de draguer Harry et Harry a vraiment, vraiment, vraiment envie de dire oui. Mais Malefoy est tellement bourré maintenant qu'il chancelle sur ses pieds. Il n'arrive pas à se concentrer correctement sur Harry tandis qu'il se penche et chuinte à son oreille :
— Tu veux baiser, dis, Potter ?
Et il pose à nouveau la main sur la jambe d'Harry. Ce n'est pas aussi agréable cette fois-ci ; il serre trop et Harry sent la tension qui irradie de lui. Est-ce que Malefoy a seulement envie de… de faire ce qu'il dit ? On a l'impression qu'il se force à le dire, comme s'il était en train de lire un script que quelque d'autre a écrit pour lui. C'est peut-être la nervosité, se dit Harry, en sentant ses propres nerfs crépiter. Ou bien peut-être que c'est parce que Malefoy a abandonné, qu'il a décidé que la marque sœur n'allait jamais partir et qu'il essaie de se forcer à l'accepter.
S'il y a ne serait-ce qu'un soupçon de la deuxième explication, Harry ne veut rien avoir à voir là-dedans. Et puis, Harry est à peine prêt à accepter que Malefoy lui plaît. C'est une sacrée étape que de passer de, peut-être, accepter qu'il existe une attirance mutuelle entre eux, à coucher ensemble.
— Heu, je crois que tu es un peu ivre, dit Harry en essayant de reculer un peu. Peut-être qu'on devrait retourner à Poudlard et…
Malefoy essaie de se pencher vers lui à nouveau et glisse de son siège. La seule chose qui l'empêche de se retrouver les quatre fers en l'air, c'est que Harry le rattrape en se levant de son propre siège pour redresser Malefoy. Ils se retrouvent dans une sorte d'étreinte, Malefoy enfouit son visage dans l'épaule de Harry et celui-ci essaie de ne pas laisser son cœur exploser hors de sa poitrine.
— Tu n'as pas envie de moi, alors ? demande Malefoy doucement.
Sa voix est… bizarre.
Si, dit le pénis de Harry, et son cœur pulse son approbation.
— Euh, dit-il. Je vais aller te chercher un verre d'eau, et ensuite on pourra…
Malefoy ne le laisse pas partir. Il respire, très lourdement, contre son cou. Harry essaie de faire passer suffisamment de sang dans son cerveau pour réfléchir à quoi faire ensuite. Il n'a pas de potion anti-ivresse sur lui. Il ne pensait pas qu'il en aurait besoin.
— Heu, tu veux bien me donner le Portoloin, Malefoy, suggère-t-il.
— J'crois que je l'ai laissé à l'église, marmonne Malefoy contre son cou. J'me sens pas très bien.
Harry est-il capable de ramener Malefoy jusqu'en Écosse en les faisant transplaner ? Lui-même a un peu bu et il soupçonne que s'il essaie, il les désartibulera tous les deux. Une idée terrible, pas bonne du tout, se fait jour dans son cerveau, et une fois qu'il l'a eue, il n'arrive à penser à aucune autre option. Ils sont dans le bar d'un hôtel, non ? Il peut… prendre une chambre avec des lits doubles, ou dormir sur le canapé ou un truc du genre.
Harry parvient à traîner Malefoy hors du bar et jusqu'à la réception de l'hôtel où il ignore la mine réprobatrice du réceptionniste à l'uniforme impeccable. Heureusement, il y a un ascenseur si bien qu'ils n'ont pas à s'attaquer aux escaliers, et ils arrivent jusqu'à la chambre d'un pas vacillant. Harry doit faire plusieurs essais pour que la carte magnétique fonctionne, mais ça finit par marcher.
Malefoy se débarrasse de ses chaussures et de ses chaussettes et trébuche jusqu'à l'énorme lit double en se débarrassant de son gilet de costume, de sa chemise et son pantalon et il se laisse tomber à l'extérieur de la couverture, juste en caleçon. Harry envisage de s'enfermer dans la salle de bain mais il décide que c'est trop lâche. Au lieu de cela, il remplit un verre à dents au robinet et l'apporte à Malefoy, qui le vide d'un coup, et puis tire Harry vers lui. Harry tombe maladroitement sur le lit, toujours tout habillé.
Malefoy essaie de lui arracher son pull, est l'espace d'un instant, Harry le laisse presque faire. Malefoy est si… rouge, et son expression si bizarre et vulnérable. Quand Harry baisse les yeux vers sa marque sœur, elle est douce et amicale, et Harry a juste envie de se laisser aller dans les bras de Malefoy et… laisser le reste se produire naturellement. Mais… Malefoy est ivre. Et il ne boit pas, d'après Zabini. Ce qui suggère qu'il a dû se bourrer la gueule pour être capable de… quoi ? Avouer ses sentiments ? Ce n'est pas franchement romantique, ce qui est en train de se passer, pense Harry en se retirant pour aller chercher un autre verre d'eau à Malefoy.
Quand il revient, Malefoy est à moitié endormi, même s'il sourit à Harry, sans arriver à bien faire le point sur lui. Harry se prépare mentalement, et avec un peu d'effort, il parvient à faire passer Malefoy sous la couette et à le border. Il éteint la lumière et rejoint le canapé de l'autre côté de la pièce à tâtons. Il se laisse tomber dessus, tout habillé. Ce n'est pas très confortable mais il pense qu'il y a une chance pour qu'il parvienne à dormir là. Il sait qu'il n'y a pas la moindre chance qu'il arrive à dormir dans le même lit que Malefoy.
Harry se réveille en sursaut. Quelque lui jette des trucs à la tête. Il bouge juste à temps pour éviter une chaussure qui vole au-dessus de son nez et atterrit sur l'accoudoir du canapé.
— Qu'est-ce que… ? demande-t-il.
Il cligne des yeux sans comprendre. Il semble avoir dormi avec ses lunettes et elles s'enfoncent douloureusement dans son nez.
— Espèce de veule, de couard… dit Malefoy.
Ça n'a ni queue ni tête, et il balance son gilet de costume à Harry. Celui-ci le rattrape, s'assied, et balance ses jambes sur le côté du canapé.
— Sérieusement, arrête ! dit-il. Qu'est-ce que tu fous ?
Malefoy grogne et s'assied au bord du lit. Il porte toujours son caleçon mais il a enroulé le drap autour de lui.
— J'ai mal au crâne, dit-il en se prenant la tête dans les mains. Abrège mes souffrances, pour l'amour de Salazar.
— Je demanderai une potion pour la migraine à Poppy quand on sera de retour à l'école, propose Harry.
— Je crois que ma tête risque de tomber si j'essaie de transplaner, marmonne Malefoy dans ses mains.
Il relève les yeux et tente de fusille Harry du regard.
— Je t'arracherai bien la tienne, espèce de sale branleur, mais ensuite je me retrouverais à Azkaban et je refuse de faire ça pour quiconque. Mon père ne semble pas en avoir très haute opinion d'après ses lettres.
— Moi ? dit Harry avec raideur alors que plein d'images de la veille lui reviennent en une succession de flashes embarrassant.
Il se demande de quoi Malefoy se rappelle, exactement, au milieu des vapeurs d'alcool.
— Qu'est-ce que j'ai fait ?
Malefoy pince les lèvres.
— C'est plutôt ce que tu n'as pas fait.
Il vire pivoine mais il ne détourne pas le regard et Harry se demande combien de courage ça requière. Il pense qu'il va mourir, personnellement. Peut-être que c'est le but de Malefoy. Le tuer pour qu'ils n'aient pas à en parler davantage.
— C'est pour ça que tu n'as pas de marque sœur, Potter ? continue Malefoy d'une voix méprisante alors même qu'il devient écarlate. Parce que tu es trop prude ? Ou qu'il n'y a personne d'assez bien pour toi ou je ne sais quoi ? Saint Potter et sa parfaite bite à jamais intouchée. Ou peut-être que c'est juste moi et…
Harry en a marre.
— Pour l'amour de Dieu, Malefoy, arrête ! Tu étais complètement bourré. Qu'est-ce que j'étais censé faire ?
Ça semble décontenancer Malefoy. Il cligne des yeux, très lentement, comme un serpent.
— Pardon, dit-il, avec moins de fureur désormais. Est-ce que… est-ce que tu viens de suggérer que tu as refusé de me toucher parce que j'étais ivre ?
— Heu, oui, dit Harry.
Malefoy ferme ses paupières très fort un instant, et il se pince l'arête du nez avec les doigts. Et puis il se lève, laisse le drap glisser au sol et avance de quelques pas vers Harry.
— Lève-toi, dit-il d'une voix irascible. Si quelqu'un m'avait jamais laissé entendre que je trouverais un jour un putain de pull Weasley sexy, je lui aurais fait promettre de me tirer une balle quand ça arriverait.
— Heu.
— La ferme, Potter. Ma tête est sur le point d'exploser et je te déteste et je déteste l'effet que tu me fais, et je me déteste un petit peu en ce moment mais…
Malefoy fait un pas de plus, et encore un autre, jusqu'à ce qu'il tienne juste devant Harry, avec sa peau nue, son tatouage argenté et ses cheveux blond argenté. Il n'a pas l'air réel.
— Merlin, j'ai envie de te toucher et j'ai encore plus envie que toi tu en aies envie. Ne te barre pas comme une licorne effarouchée.
— Mais je… je… je ne crois pas que ce soit ce que tu veuilles, bafouille Harry, avec l'impression que le regard aigu de Malefoy le transperce.
Il n'est pas en train d'avoir cette conversation, pense-t-il. Un sentiment d'irréalité dépose son brouillard partout. Non, il n'est pas en train d'avoir cette conversation.
Malefoy étrécit les yeux. Il est trop près et il est trop… pas vraiment beau, pas tout à fait, mais saisissant. Charismatique. Harry est incapable de détourner le regard.
— Pourquoi ça ? demande Malefoy. Ne dis pas un truc débile. J'ai trop mal à la tête pour ça.
— Parce que tu ne peux pas me supporter ! proteste Harry, même si ça a l'air minable à ses oreilles. Et…
Il déglutit, sans trop savoir où il comptait aller avec cette phrase.
— Oui, Potter, parce que apprécier quelqu'un c'est décisif dans le fait d'avoir envie de sauter la personne en question, dit Malefoy en retroussant sa lèvre supérieure. Et d'aucune manière, le fait que j'ai ton nom calligraphié sur le torse ne pourrait être interprété comme un indice que je pourrais, éventuellement, avoir certains sentiments à ton égard, n'est-ce pas ?
— Mais…
— Allez, dit Malefoy, la voix débordante de frustration. Je n'avais vraiment pas envie d'avoir cette conversation, au cas où tu ne l'aies pas compris. Je voulais juste…
Me bourrer la gueule et laisser l'alcool parler à ma place, pense Harry.
Mais ensuite, il trouve ça difficile de penser tout court. Malefoy franchit le dernier pas vers lui, si bien que leurs corps se touchent presque et il fait glisser ses mains sur la taille de Harry pour venir les poser sur ses hanches. Il se penche, le nez dans les cheveux de Harry, et il souffle la question à son oreille :
— Alors ?
Le cœur de Harry bat à toute allure. Son sexe est prisonnier de son jean, dur et gonflé. Il déglutit. Malefoy est si proche. S'il bouge juste d'un centimètre, il…
Malefoy bouge d'un centimètre et sa cuisse vient appuyer doucement entre les jambes de Harry et effleure son érection couverte par le tissu. Harry ne sait pas s'il l'a fait exprès – Malefoy tremble, en dépit de son attitude bravache – mais quoi qu'il en soit, Malefoy touche son pénis.
— Dis oui, souffle Malefoy, très bas, à son oreille.
— O… o… oui, parvint à articuler Harry, même s'il ne sait pas trop à quoi il dit oui, à part à l'idée que si une main ne se pose pas très vite sur son sexe, il va en crever.
Malefoy s'attaque au bouton de son jean et le bruit de la fermeture éclair est incroyablement fort dans la chambre d'hôtel silencieuse. Malefoy fait descendre son pantalon, juste sous ses fesses, et tire son boxer en même temps. Il ne fait pas mine d'embrasser Harry, et il ne dit rien non plus, il se contente de respirer, fort, contre son cou et…
La main de Malefoy est très chaude et ses doigts sont très longs. Harry ne peut pas s'empêcher de gémir tandis que Malefoy bouge avec précaution. Son sexe goutte déjà de liquide pré-éjaculatoire et la sensation des doigts de Malefoy qui étale la substance lubrifiante sur sa peau manque le faire jouir, mais il serre le ventre et il parvient à se retenir.
— Tu as autant envie de ça que moi, dit Malefoy à son oreille, très bas, intense, en colère.
Son pouce passe sur le gland de Harry et celui-ci manque tomber en avant, mais Malefoy a son bras autour de sa taille et le tient fermement.
— Tu peux jouir, si tu veux, dit-il en continuant à bouger sa main. J'ai envie que tu jouisses, ajoute-t-il d'une voix brûlante, lourde, sombre.
Il retire son bras de la taille de Harry et le laisse tomber entre ses jambes pour tirer, délicatement, sur ses testicules. Harry jouit sans pouvoir rien faire d'autre et s'accroche à Malefoy, la respiration hachée, tandis que son pénis pulse dans la main de Malefoy qui a ralenti son rythme.
Ils se tiennent comme ça un moment. Malefoy garde délicatement son sexe dans sa main tandis que les secousses de son orgasme retentissent encore et que son rythme cardiaque ralentit alors qu'il essaie de reprendre sa respiration. Et puis Malefoy renifle, le lâche, et s'essuie la main sur le ventre de Harry.
— Je promets que je ne dirai pas à Blaise que tu as tenu si peu de temps, dit-il.
Il se détourne et marche rapidement jusqu'au lit où il récupère ses vêtements, parsemés sur le sol.
— Heu, dit Harry, très cohérent, avant de remonter son boxer et son jean tandis que Malefoy s'habille, dos à lui.
Malefoy se tourne en boutonnant sa chemise. Son expression est triomphante mais il y a quelque chose d'autre dans ses yeux. Il a l'air mort de trouille, en dessous.
— Tu ne veux pas que je… ? marmonne Harry en rougissant.
Il n'a jamais touché le sexe d'un autre homme mais il soupçonne que Malefoy est probablement novice en la matière, lui aussi, et c'était quand même génial.
La terreur s'étend avec plus de vigueur dans le regard de Malefoy, mais il garde le menton dressé.
— Et puis quoi, être en retard en cours ? demande-t-il. Merci, mais je ferais mieux d'y aller.
Il prend une grande inspiration et disparaît en transplanant. Vers Poudlard, peut-être.
Mais pas en cours, pense Harry en s'asseyant lourdement sur le canapé. Parce qu'on est dimanche. Il se relève, pour suivre Malefoy, et se rassoit à nouveau. Qu'est-ce qu'il est censé faire ? Il s'aperçoit qu'il tremble et n'arrive pas à arrêter. Est-ce qu'il plaît vraiment à Malefoy ? Ça semble plutôt évident. Il vient de fourrer sa main dans le pantalon de Harry, après tout. Mais… ça n'a pas eu l'air de lui faire très plaisir et il n'est pas resté pour que Harry lui rende la pareille. En fait, il lui a donné l'impression que s'il essayait, il risquait de lui balancer un maléfice d'émasculation, et tant pis pour les conséquences.
Est-ce que c'est… juste du sexe, alors ? Harry retire ses lunettes et se passe la main sur le visage. Il pense que si Malefoy voulait juste du sexe, il pourrait facilement trouver quelqu'un d'un peu plus… évident que Harry pour ça. Il y a Zabini, pour commencer. En dépit de ses assurances répétées qu'il est complètement hétéro, il a l'air tout à fait du genre à savoir se montrer flexible.
Mais peut-être que Malefoy croit aux marques sœur, pense Harry sinistrement. Et si c'est le cas, alors il croit qu'il est destiné à aimer Harry tandis que Harry est… destiné à ne pas l'aimer. S'il croit vraiment ça, alors… eh bien. Ce n'est pas étonnant qu'il se soit montré aussi imprévisible ces derniers temps. À passer d'un tempérament bravache, à de la terreur, à un profond abattement, et puis à repartir pour un tour.
Harry gémit de façon audible. Qu'est-ce qu'il va faire, putain ? Soudain, la pièce lui semble trop petite, comme si les murs se refermaient sur lui. Il est incapable de retourner à la réception pour régler la nuit normalement – il ne veut parler à personne – alors il compte l'argent qu'il pense devoir et le pose sur l'oreiller. Il lui faut un moment avant d'être capable de se concentrer suffisamment pour transplaner, mais il s'ordonne de ne pas être idiot et finit par y parvenir.
Il lui faut bien plus longtemps avant de parvenir à se convaincre de traverser l'allée qui mène au château. Malefoy est peut-être à l'intérieur, et Harry ne pense pas que son cœur puisse gérer ça.
