Coucouuuu ^^

Me revoici me revoilà, entre deux gueules de bo... entre deux grosses semaines évidemment XD ! Enfin la bataille de Remise, un des tournants de l'histoire ! je suis certaine que vous mourrez d'impatience de savoir comment Luna va gérer ça hein ... comment ça non ? XD ! En tout cas voici le chapitre, je l'ai voulu un peu plus "intime" dans le sens où Luna y évoque vraiment plus ses sentiments. Tout ça va avec le fait qu'elle tente d'être plus honnête, pour elle et pour les autres !

Je vous laisse donc avec la lecture de ce chapitre 17 ! on approche de la fin de la première partie, c'est terrifiant XD ! Bonne lecture et à bientôt !

La review des reviews :

- Zak : hahaha ! tu m'as fait rire avec tes envies sur le Hapi x Luna ! je n'y avais jamais songé mais c'est une idée ! après elles sont très amies et partagent un lien particulier (la brigade anti spoil va me tabass' si j'en dis plus). Je suis contente que tu ai noté l'évolution de Luna, elle a encore beaucoup de progrès a faire !

- Mijo : c'est rigolo, vous avez tous les deux relevés les même choses XD et non ce n'est pas Cornélia ! ça aurait pu être marrant XD Après, je pense que Luna a refusé l'aide de Dorothea surtout pour éviter que le Régent lui fasse du mal ^^ et pour la question des 16 ans, j'en avais vaguement parlé (peut-être top vaguement) mais dans l'Empire, les filles sont majeures à 16 ans (ceci n'est pas canon).

Bonne lecture !


Sous les cendres

Chapitre 17 :

Page brûlée

Les flammes, le brasier qui gronde et les cris assourdissants. J'ai eu beau avoir passé plusieurs fois les portes des enfers, ici, tout est pire. La sueur dégouline de mon front et mes poumons commencent à me brûler. L'air est saturé de braises, mon champ de vision est réduit.

Sauver ?

On nous a dit qu'il fallait sauver ce village, mais il n'y a déjà plus rien à sauver, à Remire. La seule chose qui y vit et y profère encore c'est la désolation. Nous venons à peine d'arriver et c'est comme si le temps nous avait bouté hors du monde des vivants. J'ai hésité à fouler le sol du village, de peur d'être à mon tour aspirée par ce désastre. Mais il faut bien que quelqu'un se jette dans les flammes. C'est Byleth et Jeralt qui s'y sont précipité les premiers. Ils ont sauvé les premières âmes et il a bien fallu un tel miracle our nous redonner espoir.

J'avance à tâtons dans le brasier.

Je ne sais pas ce qu'il reste ici. Ni les murs ni les hommes, tout part en fumée. Il n'y aura bientôt que le souvenir de ceux qui sont passé en des temps meilleurs, mais ce village, Remire est déjà mort.

Mercedes s'occupe des blessés à l'arrière, les chevaliers de Jeralt les ont allongés à même le sol parmi les braises. Elle a tout juste eu le temps de tremper un pan de sa cape dans une eau croupie avant de la déposer sur son visage. Je l'ai laissé pour suivre Sylvain et Dimitri qui avancent.

Désormais seule, j'ai du mal à mettre un pied devant l'autre.

Ce n'est pas le brasier qui m'étouffe, et malgré les cendres qui remplissent mes poumons c'est ma tête qui souffre le plus. Dans ce paysage incandescent, le souvenirs du passé se mêlent au présent. La chaleur des braise réchauffe ma poitrine, ces maisons qui s'effondrent, et si c'était la mienne. Ces cris, et si c'étaient ceux de mon frère. De plus en plus mon esprit se force à recouvrer la moindre trace de son visage, peut-être le son de sa voix. J'ai vécu les dix dernière années, amnésique de sa présence, et il aura suffit d'un simple songe pour raviver ce vide en moi. Il me manque. Alors je m'engouffre dans une chaumière ardente, à la recherche d'une trace de vie. Entre les poutres qui s'effondrent, je cherche un son, un cri, n'importe quoi. Dites-moi qu'il est toujours en vie.

Mais ici, il n'y a plus rien.

Le parquet craque sous mon passage et les lattes calcinées céderont bientôt. Dehors, l'air est aussi sinistre. La cohue infernale résonne et parfois, j'entends le tintement des lames qui s'affrontent. Si ce n'est pas la mort, alors qu'est-ce que c'est ?

La désolation.

- Aidez-moi !

Des gravas s'effondrent encore et alors que je pensais avoir rêvé, l'écho reviens, d'une voix , quelque part sous les décombres de cette ville désolée. Je bondis et déploie mes sens engourdis, réveille tout mon être pour tenter de repérer cette présence, cette trace de vie qu'il me faut sauver.

- Où êtes-vous ?

Je crie jusqu'à ce que ma gorge s'enflamme, puis je crie encore, pour qu'il m'entende.

- Derrière le mur. Je vous en prie, sauvez-moi !

Le mur ?

Je m'agite et regarde autour de moi, mes yeux peinent à déceler quelque chose de convenable dans cette nuée, mais il me semble apercevoir un semblant de construction, toujours debout. Je m'y précipite. Ma cape se coince dans les décombres qui la déchirent et je chute, les mains dans la braise et les genoux recouverts de cendres. Quel genre d'enfer est devenu Remire ?

Je me relève et continue ma route en direction de ce mur, sinistre survivant du désastre qui se dresse devant moi. A tâtons, je passe mes mains sur sa surface brûlante. Le feu ne me fait pas mal, il réveille mes sens et ma peau. Je colle mon oreille contre les pierres et entends derrière, les battements affolés de la victime apeurée. Je n'entends qu'un seul coeur.

Les sourcils froncés, je me concentre et décèle une faible arythmie, complètement déréglée, un coeur fou. Ma joue frotte contre la paroi ébréchée, je dois trouver une solution.

A ma droite, les buissons sont en flammes. Le traverser serait un véritable pari sur mes capacités. J'ai beau ne pas trop pâtir du feu, je n'ai jamais encore eu à traverser un tel …

- Aidez-moi !

Mes canines s'enfoncent dans mes lèvres. Je grogne et siffle en entendants les assauts offensifs et les cris du villageois.

- Raaah !

Saleté de brasier ! L'autre côté est éboulé, je ne peux pas l'emprunter, ça prendrait trop de temps pour déloger les débris. Je cogne mon front contre le mur de pierres, il me faut une solution et vite. Je cogne encore plus fort et … le mur vacille. Encore une fois et certains débris s'effondrent.

Ce sera la solution la plus absurde qu'il soit.

Mes bras n'ont que peu de force, mais ma magie elle, est puissante. Alors je charge un sort et m'en remet à l'invisible.

- Tsss… par toutes les culottes de la Déesse … COUCHEZ-VOUS !

Je hurle tandis que le maléfice nait entre mes mains. Dans les brasiers, les étincelles magiques s'illuminent et absorbent les flammes jusqu'à les écraser. Le cercle enchanté fait résonner ses échos violets autour de moi et lorsque la puissance concentrée atteint le niveau nécessaire, je relâche la puissance du Hades Ω. L'énergie magique sort de mes paumes et jaillit avant de se fracasser contre le mur de pierres. L'impact fait résonner la blessure du mur qui s'effondre. Je n'ai qu'une seconde pour réaliser. Réaliser à quel point cette solution était effectivement absurde.

Les coudes refermés sur mon visage, je tends le dos mais les briques me percutent déjà. L'éboulement dure, encore et encore, mes genoux se sont enfoncés dans le sol sous les mitrailles des projectiles. Mes doigts scellent ma bouche pour m'empêcher de crier. Je dois tenir, après une idiotie pareille, hors de question de laisser s'achever la vie du villageois.

Le dernier gravas tombe enfin.

Puis le temps reprend son court, j'avale ma salive. Elle a un goût de sang et de larmes. Mais je dois faire l'impasse sur la douleur, il faut que je tienne encore un peu. Mes genoux chancellent sous la robe de velours, il faut que je les relève. Mon dos vouté et endoloris, il faut que je le redresse. Je dégage mon visage de mes mains et agrippe… ma lance brisée.

- Tsss …

C'est alors que je sens une petite poigne enserrer ma cheville gonflée. Mon regard s'abaisse et je croise pour la première fois les yeux de cet être qu'il faut que je sauve. Il est jeune, mais sans doute plus âgé que moi. Le ventre rampant que le sol, il m'attrape, comme si j'étais le dernier rempart qui le liait à la vie. Ses yeux ne sont pas encore éteints, ils brillent de terreur et d'effroi. Mais brillent encore plus d'espoir.

Du coin de l'oeil, j'aperçois son opposant mais je n'ai pas le temps de le détailler davantage, il se rue sur moi. Malgré les décombres et le délabrement du terrain qui nous sépare, il avance, la lance levée. Qu'il compte me tuer ou me dévorer je ne saurais dire, mais dans tous les cas, il n'est pas question de le laisser faire. J'arrache ma cape et la déploie sur le corps du jeune paysan, il se recroqueville dedans et rabat la capuche sur son visage pour cacher à ses yeux, l'horreur qui l'entoure. Il me relâche.

Dans ce chaos, ce n'est pas sa place.

Je plie les genoux et dépose ma main sur la capuche de ma cape. De l'autre, je signe de mes doigts, les cornes de la Bête et fouille en moi pour trouver la force. Derrière, l'arme du fou fend l'air et je l'évite de justesse tant mes mouvements sont restreints. Mais il ne faut pas que je songe à la douleur, j'y penserai plus tard. Au loin, quelque chose s'effondre encore, des cri et des appel à l'aide. Le fou grogne. Dans la nuée, je ne le distingue que trop peu, ses mouvements sont si désordonnés. Les mots magiques défilent sur mes lèvres et l'invocation réussi, juste à temps.

A travers la fumée, les flammes protectrices de mon bouclier m'encerclent. Le fou les contemple, avec une large avidité. Sous ma cape, le jeune villageois sursaute, persuadé qu'un nouveau malheur va s'abattre sur lui, je ne saurais complètement le rassurer, alors je me contente de lui dire:

- Sous ma cape, elles ne vous feront rien. Ne bougez pas.

Il gémit et se recroqueville sur lui-même tandis que je me relève et quitte mon abris. C'est la première fois que je sors de ce cercle, la première fois que je l'invoque pour la survie exclusive de quelqu'un d'autre. La première fois que je le vois de ce côté. Une pensée perce mon esprit, encore ces maudits souvenirs.

- C'est donc ce que vous voyiez …

Le fou me contraint au présent, dans la fumée, il se jette sur moi. Les mains agrippées sur sa lance il hurle. Son arme bien haute, il laisse son ventre à découvert. J'enfonce mon genou dans se cotes et en profite pour récupérer sa lance. De nous deux, je ne sais pas qui a le plus souffert de cette attaque. Ni lesquels de nos os on craqué. Vite je profite de sa confusion pour le frapper. A cause de l'impact, sa vitesse est déplorable alors je mets toute mon énergie dans cette double frappe.

Il s'effondre.

Je m'effondre.

Sa masse remue sur le sol, il jappe, cri, exulte et succombe. Mes organes se contractent et des relents de sang et de bile s'échappent de mes lèvres. Je crache sur l'herbe brûlée. Peu à peu les sens s'émoussent et une douleur vient percuter mon crâne. Puis tout le reste de mon corps. J'observe mes mains, leur couleur à changé: mon teint d'ordinaire ivoire est à présent constellé de taches violettes et de plaies sanguinolentes. Sur mon front je sens un liquide épais s'écouler au rythme lent de ma respiration douloureuse. Plus aucune larme ne s'écoule de mes yeux, alors je vois, nettement désormais, le visage blafard et de l'être que j'ai abattu. Je le pensais fou, j'aurai juré que ses yeux révulsés ou que sa face inerte porterait les stigmates de la folie. Mais à la place, ce que je vois, ce sont d'énormes veines verdâtres. Je m'étouffe et me traine pour contempler de plus près ce corps. De nouveaux souvenirs rejaillissent de mon esprit. Thales, sa grotte. Ses expériences. J'avais déjà trouvé que la face des cadavres traités par son poison était sinistre, mais lui, celui-ci, il l'est encore plus. C'est comme s'il avait été ravagé plus terriblement encore.

Thales.

Qu'a-t-il encore inventé ? Qu'a-t-il fait à Remire ?

- Vous… vous m'avez sauvé.

Ah, je l'avais oublié dans ma tourmente. Le jeune villageois blotti sous ma cape, il s'est relevé. Je siffle entre mes lèvres et laisse lourdement mes fesses écraser le sol.

- Sauver ? Je ne pense pas vous avoir sauvé. Ni vous... ni lui.

Regardez Remire, pensais-je. Regardez ce désastre. La lance du possédé crépite et s'enflamme. Je n'ai fait que vaincre un adversaire désarmé, quelle piètre victoire. Et si l'ombre de Thales est derrière ce chaos, alors je n'ai décidément rien fait, rien d'autre que de jouer à son jeu morbide. Du bout des doigts, j'effleure les cheveux fins de l'homme que j'ai abattu, nous devions les sauver, mais il est mort. Mes mâchoires se crispent et mon poing tremble. Combien de fois faudra-t-il que Thales me fasse passer pour un monstre ?!

- Il …. C'est Alphonse, le bûcheron. Il vit un peu plus bas, sa maison est … était …. Aux portes du village.

J'acquiesce légèrement de la tête, il vient s'asseoir près de moi. Et commence à pleurer.

- Est-ce qu'il va falloir enterrer tout le monde ?

Soudain, un hennissement perce le chaos tonitruant et je vois bientôt une monture armée aux couleurs des Lions. Le bleu saphir jaillit du brasier et l'azur de ses yeux perce quant à lui, jusqu'à mon coeur.

- Luna ! J'ai entendu l'effondrement !

Son visage est couvert de suie et ses cheveux sont en bataille. Des cendres crépitent sur le crin de son destrier, il a du passer entre les flammes pour venir me rejoindre.

- Allez jusqu'à l'orée du village, le poste de soin a été placé en dehors des flammes !

Le jeune villageois me regarde, j'opine du chef en sentant craquer chacune de mes vertèbres. Puis il s'en va, à toute allure. Un nouveau spasme me retourne les entrailles et me force à expulser encore un peu de sang.

- Luna vient, le combat n'est pas encore terminé.

Il l'est pour moi, je n'ai plus la force. Me battre encore et encore, sans cesse ni répit. Contre … trop, c'est trop. Je voudrais que tout s'arrête.

Derrière, ce qui restait de la chaumière en flammes, elle craque et cède. La dernière poutre est morte. Sous mes cils, au coin de ma paupière je distingue les débris qui s'effondrent. Je ne bouge pas, sauf ma tête qui s'abaisse.

Le sang soule sur mon front et j'attends l'impact.

Il ne vient pas.

A la place, c'est un fracas, de la pierre qui se brise. La roche a éclaté sous la poigne de fer de Dimitri. Il a détruit poutres et morceaux de mur qui allaient s'abattre sur moi. Entre mes cils, je vois son regard, droit et furieux. Je claque des dents et il s'avance vers moi, toujours immobile, pétrie dans ma douleur.

- Le combat n'est pas terminé !

Dimitri m'attrape par le bras, fais fis de ma douleur et me hisse dans ses bras. Comme un poupée, ma tête vacille lorsqu'il nous hisse sur sa monture. Mes jambes glissent de part en part du corps de l'animal et le bras de Dimitri enserre ma taille. C'est vrai, nous avions pris cette habitude, de rentre au monastère à deux, partager la même monture après nos balades. Ma tête cogne contre le métal froid de son armure. Je lève les yeux et vois son visage, les traits crispés et suant sous la chaleur des brasiers. Je tends une main tremblante et la pose contre sa joue. L'allure du destrier me fait tressauter mais je parviens tout de même jusqu'à sa peau tendre et chaude. Son contact agit comme un baume pour mon esprit abîmé. Dimitri ne quitte pas l'horizon et ne quitte pas non plus mon corps.

- Ensemble.

Je murmure entre mes lèvres, les yeux mis clos et fait doucement revenir ma main sur ma poitrine.

- Oui Luna, ensemble, nous nous battrons.

Nous gravissons des marches et les sabots du cheval claquent contre les dalles. Il me semble distinguer un autre destrier, puis la lueur orangée d'une Relique. Jamais encore je n'avais été aussi ravie d'apercevoir la Lance de la Destruction. Dans le brouillard, Sylvain apprit, il ne nous voir pas arriver, son attention est focalisée sur le centre du village, cette espèce de promontoire où me semble deviner la silhouette d'un être qui m'est étrangement familier.

- Je ne suis pas Tomas, je suis Solon, le sauveur du peuple.

J'ai cligné des yeux et il avait changé. Son apparence désormais, même de loin, n'est plus la même. Nous avons rejoint Sylvain et les montures s'agitent. Moi aussi je le sens, ce picotement qui se glisse le long de ma peau malgré la douleur.

- Qu'avez-vous ? La surprise vous cloue-t-elle le bec ? Mon déguisement vous a si aisément dupé.

Je n'entends pas la suite, il me semble que cet être étrange s'adresse à quelqu'un mais sa voix ne parvient pas à mes oreilles. D'autant plus que les picotements s'intensifient. Je me redresse et me dégage du corps de Dimitri.

- Quelque chose arrive …

Les yeux de Sylvain s'agitent et les deux cavaliers calment leurs montures apeurées.

- Je me suis infiltré à Garreg Mach pour prendre le sang de la jeune Flayn. Ce sang nous permettra de nous rapprocher un peu plus de notre objectif. Vous n'avez été que des jouets pour moi.

Vite, c'est là ! J'attrape les rênes pour faire marche arrière. Il faut fuir ! Mais Dimitri bloque ma main.

- Amusons-nous un peu.

Le sortilège a éclot sur la silhouette cornue du Chevalier Macabre. Il est là, à quelques foulées de nous et sérieusement entouré de combattants dont l'aura maléfique me hérisse le poil. La monture de Sylvain a reculé et elle s'agite sérieusement. Comme je la comprends, toutes les forces qui jaillissent du Cheva… du professeur Jeritza, tout est terrifiant. Une fois encore mes mâchoires claquent et je ne sais qu'entreprendre. Je n'ai aucune envie de l'affronter et ne même temps, aucune envie de le voir disparaitre.

- Ne faites pas ça !

Au loin j'entends la vois de Constance, elle hurle et se précipite auprès de Byleth. L'autre professeur, notre professeur s'avance, et cette fois, il n'a pas hésité. A notre dernière rencontre, Byleth avait laissé une marge au Chevalier, une marge d'erreur et peut-être de repentir. Mais cette fois, à Remire, l'Epée du Créateur a illuminé la brume dès sitôt que les cornes du Chevalier sont apparues.

Dimitri repousse ma main et broie les rênes de sa monture, il se rue jusqu'en haut des marches. Sylvain, et désormais Byleth, à sa suite.

La Lance de la Destruction fait son office et Byleth fini par nous rejoindre après avoir détruit la palissade. Le premier cavalier obscure est tombé et Sylvain me lance la faucille qu'il a récupéré juste avant que la dépouille ne disparaisse. Encore cette mauvaise magie. Je réceptionne l'arme et fais grincer mes paumes sur son manche. Elle est lourde, beaucoup plus qu'une lance classique. La lame courbée de la faucille rase le sol de Remire tandis que la monture de Dimitri prend de l'élan. Il me lance un regard et je balaye le corps du prêtre obscure qui s'effondre. L'ennemis disparait lui aussi dans cette poussière magique nauséabonde. Sylvain charge contre l'archet et Dimitri cabre sa monture pour s'attaquer à l'autre cavalier qui garde encore le Chevalier.

Les deux s'effondrent sous les assauts des Lions, quant à moi, je maintiens fermement la faucille entre mes mains et ne quitte pas Byleth des yeux. Une fois les ennemis disparus, il reste encore un duel à livrer. Mais cet affrontement le terrifie. Il faut empêcher ça.

Le cheval de Jeritza henni, la poigne de Byleth crisse sur le manche de son épée. Le silence se fait à Remire. Puis il se rompt.

Byleth s'élance vers le chevalier qui dégaine sa lance.

- Arrêtez !

Constance et … Mercedes ! Elles passent toute les deux devant les montures des Lions et s'interposent. Qu'est-ce qu'elles tentent de faire ? Elles sont inconscientes !

Je saute à terre et maudis ces chevilles fragiles. Constance tente de faire diversion face à Byleth, son rire résonne et jamais encore il ne m'avait paru aussi faux. Derrière, Mercedes a les bras tendus en face du Chevalier. Elle parle mais je n'entends rien .

- Mercedes ! C'est beaucoup trop dangereux !

Elle ne me répond pas. A la place, elle charge un sort, elle utilise sa foi pour abattre une lueur bleutée sur le chevalier dont l'armure s'illumine le temps de l'impact. Cela ne lui cause aucun dégât, mais sa monture recule, elle se rapproche de la lisière de la foret et nous entendons soudain la plainte du nommé Solon. Notre attention à tous dévie et c'est assez pour que le Chevalier s'enfui. Et pour que Byleth rejette le corps de Constance et se jette à la poursuite du Chevalier. Mercedes hurle, s'effondre et se relève, aidée de Constance, en direction de la forêt. Mon corps chancèle et je m'appuie sur la faucille pour avancer.

Je repousse les branchages en claudiquant, à la recherche de …

- Hiiiiiii

La monture du Chevalier jaillit à travers la végétation. Elle est seule. J'ai tout juste le temps d'attraper ses rênes avant qu'elle ne s'enfuie. Je dépose mon front contre son museau humide, elle est terrifiée.

- Où est ton maître ?

Pour réponse, c'est Byleth qui jaillit des feuillages. Jamais encore son silence ne m'avait autant fait peur. Sans doute parce que jamais encore je ne lui avais vu un tel regard. Byleth est pétri de colère et d'une douleur qui me foudroie. Lui qui est toujours si détaché, loin et inébranlable. Dans le clair-obscure de la lisière, à l'abri des hurlements de Remire, Byleth s'avance vers moi. Son épée a retrouvé son fourreau et à la place, c'est le casque du Chevalier qu'il tient. Par la corne, plus aucune lueur rouge ne brille, juste des éclats de sang projetés sur le masque de la mort.

- Professeur …

Jeritza, Byleth, mes deux modèles au monastère, mes deux professeurs. Le Chevalier Macabre, l'être dont la noirceur résonnait avec la mienne et dont la puissance m'émerveillait. Quoi d'autre encore ai-je perdu à Remire ?

Byleth s'avance, il expire fortement et dépose dans mes mains la casque du Chevalier Macabre. Puis il effleure de son gant, le sommet de mon crâne. Je sers contre ma poitrine ce morceau de métal encore chaud.

- Qu'avez-vous fait ….

Juste avant de partir, Byleth tourne légèrement le visage dans ma direction, puis il s'en va, remuant quelques unes de mes boucles et disparait. Lui aussi avalé par Remire.

/

Les affrontements ont cessé maintenant.

Nous nous employons à nettoyer la zone et tenter de déblayer les corps, ce sont les habitants qui enterrerons leurs morts. J'ai monté la jument de Jeritza, elle était terrifiée et ne m'a pas quitté, refusant d'être guidée par quelqu'un d'autre. Elle déambule avec moi, dans les ruelles détruites, sans vraiment savoir ce que nous y trouverons.

- Hé là !

Je me retourne et distingue plusieurs individus sur le pas de la porte d'une chaumière.

- Toi là !

La jument s'agite et je lui caresse le flanc pour nous rapprocher tout doucement. Quelque part, elle me rend un énorme service en me portant, je ne sais pas si j'ai encore la force de marcher. Je remarque alors que la personne qui m'appelle, c'est le jeune villageois de tout à l'heure. Il est en compagnie d'autres garçons, tous du même âge que lui.

- Tiens c'est … à toi.

Il me tend ma cape et j'hésite plusieurs secondes avant de tendre mon bras pour m'en saisir. J'aurais préféré qu'elle brûle. Qu'elle disparaisse et peut-être, ma douleur et mes peines avec elle. Sur le flanc de l'animal sans maître, le velours vert dégringole doucement. J'ai beau être puissante, je n'ai rien pu faire ou protéger, tout ce que j'ai fait, c'est tuer et détruire. Et perdre. De la fumée s'échappe désormais des toits de chaume de Remire, l'air, tout est brumeux, étouffant et périt.

Les jeunes garçons ont tous des pelles en mains, ils s'apprêtent à jouer les apprentis fossoyeurs pour leurs anciens voisins. Ces autres qu'ils ont croisé tous les jours et qui sont désormais disparu. Pour quoi ? Pour Thales et Solon ? Et leurs plans sur concernant ce monde ? Quelle vaste farce.

- Dans les bois …

Je balbutie ces quelques mots et je sens leur attention m'accorder tout l'espace nécessaire.

- Dans la forêt, derrière Remire, il y a le corps de l'un de mes professeurs. S'il vous plait… enterrez-le comme l'un des vôtres… Je ... pardon.

Inutile de penser donner à la dépouille de Jeritza les honneurs d'un serviteur de l'Ordre de Seiros :il est mort en traitre. Mort …. Cette idée me retourne encore plus le ventre. Je repense alors à toutes ces nuits et soirées passées à ses côtés, à entendre le faible son sa voix. Chaque mot est si précieux. Etais si précieux. Pour moi, mais aussi pour Byleth.

- Je pensais pourtant….

Que vous l'aimiez.

- On s'en occupera.

Ma main s'agite machinalement sur la corne du casque du Chevalier et je réprime un sourire amer. Au moins aura-t-il une sépulture, c'est après tout, le moindre des hommages que je puisse lui obtenir. J'ai beau le retourner dans tous les sens, je ne parviens pas à lui en vouloir d'avoir enlever Flayn. Seulement je ne comprends pas le rôle qu'elle aurait à jouer dans cette expérimentation monstrueuse. Son sang aurait servi à quelque chose dans ce processus ? Mon pauvre esprit n'y voit plus clair.

Je salue de la tête les jeunes garçons et tire doucement les rênes de la monture.

Quand l'un d'eux attrape ma cheville. J'ai mal et tourne vivement ma tête dans sa direction. Son visage est … balafré. Couvert de croutes et de ravages. Ses lèvres sont dans un piteux état, mais étrangement, je pense que ça ne date pas d'aujourd'hui. C'est plus ancien. Il relâche ma cheville et dépose sa main sur mon pied. Je me penche légèrement et voit à son poignet, un morceau de tissu noué. Il me le pointe du doigt, sans rien dire.

Un morceau de tissu marron…

Je fronce les sourcils et réfléchi tandis qu'il saisi mon bras pour le déposer sur son poignet. Soudain, je reconnais le tissu, je le connais. Puisque je l'ai porté ! C'est un morceau de l'ancien caleçon que je portais. Avant d'être enlevée par Thales.

- Comment … Tu ..?

Alors je fais un effort pour déceler sous les balafres de son visages les traites furtifs qui restent encore dans ma mémoire. Ceux de cet autre survivant à l'horreur de Thales. Nous n'étions que deux encore en vie dans la grotte ce jour-là, il était blessé et je lui avais fait un garrot avec un pan de mon caleçon. Puis tout me revient, les autres victimes venaient aussi de Remire.

Les yeux exorbités je le regarde et tente de comprendre. Lui, ne me dit rien. Il ne pourra plus jamais dire quoi que ce soit d'ailleurs. La bouche ouverte, il me laisse admirer l'oeuvre de nos bourreaux. Ils l'ont laissé en vie, mais lui ont coupé la langue. Ses yeux brumeux et ses lèvres arrachées, je n'aurais jamais pu le reconnaitre. Rien n'est semblable, sauf ce regard, étincelant de vie. Je dépose ma main sur la sienne, faisant fit des larmes qui coulent sur mes joues et je le regarde, droit dans les yeux malgré toutes les balafres qui lui ont retiré une portion de son humanité. Nous nous perdons l'un et l'autre dans les remous de ces souvenirs affreux et c'est le craquement de Remire qui nous remet au présent.

Nous avons survécu tous les deux.

Il est entouré de ses proches, silencieux lors de cet échange, ils ne doivent pas avoir la moindre idée de ce que nous avons vécu lui et moi. C'est mieux ainsi.

- Enterrez-le …

Je le supplie et il hoche la tête. Il me serait impossible de douter de sa parole et quelque part, je veux croire en lui. En eux tous, les survivants. En ce que nous sommes.

Il est à présent l'heure de reprendre la route jusqu'au monastère, les ordre fusent et les sabots des chevaux claquent. Derrière, la jument et moi remontons lentement les pas du reste du convoi, à notre propre pas, nous rentrons. L'esprit rempli de l'aura du professeur Jeritza.

J'ai toujours son casque dans les mains quand je retrouve le sol couver de paille des boxes du monastère. Personne ne voulait s'occuper d'elle alors je m'en charge, maladroitement, mais elle m'accorde une certaine indulgence. Je la déleste de la scelle et des étriers. C'est alors que je remarque, malgré sa robe noire, deux jolies tâches blanches sur son dos. Elle est unique, belle et droite. Je lui caresse le museau et lui souhaite une douce nuit avant de m'en aller prendre la route en direction de ma chambre.

Je boite, j'ai mal partout et le sang séché dans mes cheveux me gratte. Mais je n'ai envie de rien d'autre que de m'effondrer dans mon lit. J'envoie valser ceux qui tentent de m'accompagner à l'infirmerie, je ne veux pas qu'on me touche ce soir, pas même qu'on m'effleure. J'en veux à la terre entière.

Pourquoi a-t-il fallut que Byleth tue Jeritza ? Et pourquoi cela m'énerve-t-il autant ?

Parce que l'amour.

Même s'ils n'en avaient jamais ouvertement parlé, c'est ce que je ressentais, entre eux, pour eux deux. Mais l'amour, encore une fois, n'a servi à rien. Pas même à rester en vie. Je le sais pourtant, que l'amour ne sauve pas, et qu'il n'épargne pas non plus. C'est pourquoi Byleth a tué Jeritza. Et c'est pourquoi Volkhard me tuera.

Arrivée en haut des marches du dortoir, je passe devant les portes sans prêter attention aux noms qui y sont marqués. A cette heure, ce ne sont que des lettres, plus des personnes. Le casque toujours coincé contre mon coeur, je pousse la porte de ma chambre en retenant ma respiration. Bientôt je vais m'effondrer, et ce sera tant mieux. Je ne veux voir personne, tout ce que je veux c'est vivre avec ma douleur jusqu'à ce qu'elle m'étouffe et m'empêche de parler ou de penser.

Mon lit est dur et froid, mais c'est exactement ce dont j'avais besoin ce soir. Je dépose mon faible corps et laisse des traces sanglantes sur les draps rêches. Ma tête vacille et mon esprit s'égare.

Si je ferme les yeux, j'ai comme l'impression d'y être encore. A Remire.

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« Tout à l'heure, l'un des gardes est venu me trouver dans ma chambre. Il m'a dit qu'on m'avait fait livrer deux tonneaux. J'ai ris, croyant à une farce, puis il m'a dit qu'ils venaient de Remire. Alors je me suis levée. Cela faisais plusieurs jours que je n'avais pas quitté mon lit mais j'ai sentis que c'était important.

Les deux tonneaux ont été déposés dans le boxe de la jument de Jeritza, c'est l'endroit le plus facile d'accès que j'ai pu trouver. Aucun des garde n'acceptait de monter les livraisons jusqu'à ma chambre. Et de toute manière personne ne veut approcher de la jument « maudite », tout ce qui touche à Jeritza est désormais taxé d'impie. Le boxe est donc le meilleur compromis.

Avant d'ouvrir les tonneaux, sur l'un d'eux, il y avait le morceau de tissu que portait le balafré. Le morceau de mon caleçon, j'ai donc tout de suite compris qu'il s'agissait d'un « retour de paiement ». Alors ,j'ai ouvert les tonneaux, tremblante et la boule au ventre. Je ne sais pas ce que je pensais y trouver, mais en tout cas, c'étais loin de la vérité.

Car ces tonneaux contenaient l'armure de Jeritza. »

Je dépose le buvard sur la page tout juste encrée et masse doucement mes cervicales. Je n'ai pas encore récupéré et malgré mes soins magiques, j'ai tout de même un étrange sentiment de vide… Quelque chose que je n'arrive pas à combler.

Une fois la page sèche, je referme mon carnet et le glisse dans son tiroir avant de quitter ma chambre, en direction de la classe des Aigles de Jais.