Draco flottait agréablement dans de l'ouate. Le calme, la plénitude l'enveloppait. L'inconfort, la douleur, et même la conscience n'existait plus.
Le réveil fut loin d'être aussi confortable.
Il se sentit plusieurs fois tomber dans une lumière vive et crue, luttant pour rester inconscient, mais sa lutte ne faisait que le réveiller d'avantage.
La douloureuse lumière fut la plus forte. Il ouvrit les paupières et reprit pied dans la réalité de la douleur lancinante dans sa tête et plus globalement dans tout son corps.
- Grbl…
- Prends ton temps, mon vieux. Qu'est-ce que tu veux dire ?
Draco chercha d'où cette voix provenait.
La lumière était trop violente. Il ne distinguait que des ombres.
Il fouilla dans sa mémoire pour retrouver à qui elle appartenait. Quelqu'un qu'il méprisait. Non. Quelqu'un qu'il craignait. Non. Non, ça avait changé. Quelqu'un qu'il estimait. Une sorte d'ami de l'âge adulte.
- Potter ?
- Comment tu te sens Malfoy ?
La reprise de conscience s'accompagna d'une violente angoisse, d'une peur viscérale.
- Gabrielle !
- Elle va bien, elle est juste sortie accompagner ta mère prendre un café au réfectoire.
- Avec ma mere ? Ma mère et Gabrielle ?
- Oui, au réfectoire de sainte Mangouste.
- Ma mère est sortie de son refuge pour un endroit aussi public que sainte Mangouste ?!
- J'imagine que l'etat gravissime de son fils a dû jouer. Elle a mis une voilette très élégante, j'ai failli ne pas la reconnaître.
- Une voilette ?
- Bon, écoute, tu ne vas pas répéter tout ce que je dis. Une voilette, une sorte de rideau en filet sur son chapeau, mima Harry.
- En tulle, s'agaça machinalement Draco.
- Si tu le dis, c'est que tu te sens mieux.
Sa vision s'éclaircissait assez pour qu'il distingue Potter.
L'auror, encore vêtu de sa tenue moldue boueuse, semblait épuisé mais soulagé.
- Ta mère a eut l'air étonnée de rencontrer Gabrielle, dit-il pour parler.
- Je ne les avais pas encore présenté.
- Ah bon ? Pourquoi ? Demanda Harry.
Malfoy haussa les epaules, fataliste.
- Des vieux restes de cet esprit sang-pur si mal tourné.
- Mais elle est sang-pur pourtant… Oh, oui, non. Pas vraiment.
- Tu te souviens de ma chère tante et de sa réaction à la naissance de son petit-neveu fils de loup-garou.
- Je n'y pensais plus. J'avais oublié que son sang de vélane pouvait être un obstacle.
- Moi aussi. Je l'oublie, jusqu'à ce que je me demande si pour notre mariage, Gabrielle voudra porter la tiare Malfoy et que je me souvienne qu'il va falloir parler d'elle à ma famille.
- C'est vraiment un obstacle ?
Draco soupira.
- On se mariera quoi qu'il en soit. Mais je crois que je peux etre renié de la lignée Malfoy officielle.
Pour Harry, qui avait toujours rêvé d'une famille, une telle chose était inenvisageable.
- Laisse un peu de temps à ta mère.
- On est un peu à court de temps. Et quand elle saura pourquoi, ma mère ne devrait pas être celle qui m'effacera de l'arbre généalogique.
- Qui alors ? Ton père ? Mais il est en prison.
Draco grimaça.
- Potter… reprit-il
- Harry. Corrigea Harry.
- …
- Si, si. Je t'assure.
- C'est vraiment indispensable ?
- Oui.
- Ma foi… Harry, est-ce que… Merlin, ça veut dire que tu dois m'appeler Draco ?
- Oui, je n'étais pas très fan de Dray de toutes façons, répondit Harry.
- Je ne courais pas après non plus, mais enfin… Enfin, j'imagine que c'est la marche normale du temps.
- Oui.
Après un silence pensif, le blond prit une grande aspiration.
- Harry ?
- Oui ?
- Je peux te demander un truc ?
- Ce que tu veux.
- Tu peux m'obtenir une visite à Azkaban ?
- Je vais faire mon possible.
Draco souffla.
- Merci.
Tenir sa parole coûta beaucoup à Harry.
Il avançait d'un pas décidé sur les pavés gluants d'Azkaban. La pluie sale et froide mouillait ses cheveux et battait ses épaules.
Arrivé devant la grande porte rivetée, il attendit.
L'attente fut très courte. Un planton essoufflé et tres intimidé dévala le mirador pour venir lui ouvrir.
- Capitaine Potter ! Si je m'atten… Entrez Chef… Je veux, monsieur… Euh, Capitain…
- Je voudrais voir le détenu Malfoy.
- Le… Mais, je… Oui, bien sûr.
Un plus haut gradé traversait au pas de course la sinistre cour dallée où le planton l'avait fait pénétrer. Flanqué de deux autres matons qui boutonnaient en courant leurs capes officielles.
- Capitaine Potter ?! Quelle surprise… Est-ce…Est-ce qu'on doit comprendre qu'il s'agit d'une inspection surprise ?
- Non, non. Rien de tel, Surveillant général. Je viens juste vous demander la faveur d'une visite à prisonnier.
- D'une visite ? Nous n'avons rien à vous refuser, capitaine.
- C'est très aimable, mais il ne s'agit pas de moi. Un de mes amis aimerait parler à son père, et j'ai cru comprendre que les visites étaient refusées depuis son incarcération.
- Oui, ça arrive pour des raisons de sécurité, vous n'êtes pas sans savoir que…
- Oui, tout à fait. Mais je me porte garant et m'assurerait que la sécurité de la prison soit assurée avant, pendant et après la visite.
Le surveillant général resta bras balant et hésitant. Harry connaissait le phénomène. On ne pouvait rien refuser au survivant mais les risques étaient importants en cas d'imprévu.
- Je vous propose de m'y engager par écrit auprès du ministre et obtenir des autorisation de la part de la secrétaire à la justice.
Cette dernière phrase sembla soulager l'homme.
- Dans ce cas, pas de problème. Dès que j'aurai reçu les autorisations…
- Les voilà.
Seul le sourcil du surveillant général traduisit son étonnement. Il examina sous la pluie drue les documents, puis haussa les épaules.
- La visite pourra avoir lieu au parloir lundi prochain. Aucun objet ne pourra être échangé. Aucun contact physique.
Harry acquiesça.
- Je souhaiterais rencontrer M. Malfoy pour préparer la visite.
- Oui, prendre vos propres précautions. C'est naturel vu le risque. Suivez-moi.
Le parloir était une très petite pièce illuminée par seulement une petite lucarne trop haute.
Meublée d'une table et deux tabourets. La pièce était séparée du couloir par un mur de barreaux qui permettait aux gardiens de surveiller ce qu'il se passait.
Harry attendait depuis un moment quand on fit entrer Malfoy.
Malgré l'expulsion des détracteurs de la prison, Malfoy semblait aussi marqué par la prison que ne l'avait été Sirius. Décharné, les cheveux clairsemés et filasses. Il tentait de retrouver son attitude altière d'antan, mais l'effet était gâché par les nombreux tics qui agitaient son visage.
- Capitaine Potter ? Je crains que votre visite ne soit une parfaite surprise. Que puis-je pour vous ? Dit le prisonnier d'un ton sirupeux mais éraillé.
Harry aurait aimé être partout sauf en compagnie de cette homme. Avalant sa répulsion, il tenta de n'afficher qu'un visage froid.
- Monsieur Malfoy. Je viens de la part de votre fils.
Lucius Malfoy eut soudain une expression d'effroi profond.
- Draco ? Ou Narcissa ? Quelque chose leur…
- Non ! Non, tout va bien.
Harry réalisa que malgré ses airs précieux, l'homme n'avait pas pas vu de visage extérieur depuis dix ans et qu'une telle visite pouvait être extrêmement inquiétante.
Se forçant à plus d'humanité, il reprit.
- Votre fils et moi avons développé une certaine amitié.
- Une amitié ? Oui, une amitié, reprit Harry d'un ton de défi.
Le Malfoy prisonnier semblait surprit.
- Et bien… je suppose que c'est une bonne chose… dit l'homme avec une reserve froide.
- Oui, votre fils est quelqu'un que j'apprécie. Il m'a demandé de lui dégoter un entretien avec vous.
- Je vais voir Draco ? Dit Lucius soudainement agité.
- Lundi prochain.
- Merlin, Draco ici… Lundi prochain.
Il eut un regard désolé sur le parloir et sur lui-même.
- Il veut vous parler parce qu'il va se marier et craint votre réaction.
- Se marier ? Demanda Lucius étonné.
- Avec une jeune fille très bien, ayant du sang de vélane et apparentée à ma famille Weasley.
Malfoy père eut un hoquet de surprise.
- Ils sont très amoureux. Il n'a jamais été aussi heureux que depuis qu'elle porte la bague qu'il lui a offert, reprit Harry.
- Ah.
- Ils font un peu trainer l'annonce des fiançailles. Mais ils vont devoir se décider ou attendre la naissance du bébé.
Le dernier mot paru ramener Malfoy dans la pièce.
- Du bébé ?
- Du bébé.
Le silence s'installa dans le parloir.
- Félicitations monsieur Malfoy. Vous serez bientôt grand-père. Je vous dis tout ça pour que la surprise ne vous empêche pas de réagir comme un bon père.
Malfoy père n'avait toujours pas repris pied après les annonces.
Harry se leva, ne parvenant pas à lire la sur le visage prisonnier si la nouvelle lui faisait plaisir ou pas.
- Monsieur Potter ?
- Monsieur Malfoy ?
- Merci.
Harry s'en alla, sans savoir si l'entrevue entre le père et le fils s'annonçait sous de bons augures.
