Salut salut !
J'avais envie de faire un chapitre à la deuxième personne. Pour aucune raison en particulier, juste, cette fic c'est déjà n'importe quoi de base alors je tente des trucs.
Bonne lecture !
Des bruits étranges s'insinuent dans ton état de mi-conscience mi-rêve, achevant de te réveiller tout à fait. D'habitude, ça n'est pas suffisant, mais là, les sons sont inhabituels pour ton oreille délicate.
Voyons voir. Auparavant, tu étais habitué à te lever au son du réveil, ou à ne pas te lever du tout. Depuis quelques mois, tu as appris à ignorer les bruits de la machine à laver, de la télévision, de la vaisselle, et ceux de Ventus tambourinant à ta porte en braillant.
Aujourd'hui cependant, il y a autre chose. La voix de Ventus qui parle – beugle – à quelqu'un – quelque chose – d'autre que toi. Tu ne comprends pas tout, encore embrumé par le sommeil. Des bruits de pas légers et rapide, aussi, et des… aboiements ?
« Non Obi, pas le canapé ! Vilain Obi ! Ah, allez, c'est pas grave, je t'aime trop pour te gronder ! »
Merde, c'est quoi Obi, déjà ? Une nouvelle lubie de la chose en décomposition qui te sert de colocataire ?
En tout cas, la nouvelle lubie – à moins que ce ne soit Ven, ce ne serait qu'à demi-surprenant – grattait quelque chose. Le canapé, peut-être. Hé merde, le canapé ! Étonnamment, personne ne frappa dans les murs pour protester contre la dislocation des fournitures. Mais bon, ce serait quand même pénible de ne plus avoir de meubles, quoi.
Même si tu hésites à t'en foutre, tu te lèves, donc, de fort méchante humeur. Le protocole de réveil n'a pas été respecté. En général, dans ce genre de cas, il y a des morts. Mais bon, tu ne peux pas tuer Ventus une deuxième fois; c'est déjà un zombie. Enfin, tu peux toujours essayer, peut-être que la dix-millième fois sera la bonne…
Tu ouvres la portes de ta chambre, qui mène directement au salon, et te fait assaillir par un machin gris à la langue pendante. Bon sang, ça existe, des rats aussi gros ?
« Obiwan, dis bonjour ! Gentiment, s'il te plaît. »
La monstruosité gratte ton bas de pyjama en gémissant, avec des yeux suppliants. Ce pelage mité… Soudain, ça te revient. Hier, tu as fait la pire connerie de ta vie. Quelque part, tu es assez fier de toi, d'avoir redonné vie à une abomination pareille. C'est pas donné à tous les sorciers maléfiques, dis donc.
« Salut, Vani ! Ça va ? »
Il ose vraiment t'adresser la parole, là ?
« Non.
-Ok, cool ! Maintenant que t'es levé, on peut aller à l'animalerie !
-À la nimaquoi ?
-L'animalerie ! Pour notre nouveau chien !
-Pourquoi faire ? Il mange pas, il est canné. »
Ça te coûte, d'aligner des phrases de plus de deux mots à cette heure indue. Il est quelle heure, d'ailleurs ? Peu importe. Si tu dis que c'est trop tôt, alors c'est trop tôt.
« Ben, il lui faut une laisse ! Et un panier tout doux ! Et des petits jouets ! Et une couverture, et d'autres paniers ! Et après on peut passer à Confo pour racheter un nouveau canapé parce que euh, il a un peu éventré celui-ci. »
Plûtot une aiguille et du fil, pour le canapé.
« Et qui va payer pour tous ces trucs, hein ? »
C'et du sarcasme, évidemment, mais ton coloc' te répond très franchement et très joyeusement :
« Toi ! »
Tu te rends compte que tu as désormais deux parasites qui vivent au crochet de ton maigre salaire. Tu te sens comme un parent célibataire qui ne toucherait pas le RSA ni la pension alimentaire. En plus, qu'est-ce qu'ils sont bruyants, ces deux-là ! Et le chien pue.
Tu capitules.
« Je déjeune avant. »
Tu te ramollis, franchement. Mais bon, tu peux faire quoi ? Pas les tuer. Pas les foutre dehors non plus. Te tuer toi, peut-être, et encore, pas sûr que ça réglerait tes problèmes.
C'est un peu abstrait la mort, dans cette maison.
Une heure et demi plus tard, les cheveux gras et un mal de tête en tâche de fond, tu te retrouves dans un bus avec ton zombie et son chien mort qui pue la mort. Ou alors c'est toi qui pue. T'as même pas pris la peine de mettre du déo, tant pis, ça fera les pieds à tous ces connards de passagers qui vous regardent bizarrement.
Obiwan aboie. Tout. Le. Temps. Toute la durée du trajet. Et Ventus le regarde avec un amour indiscible. C'est terrible, ce qu'il se passe. Terrible. Comment la journée pourrait-elle être pire ? Oh, dès que tu penses cette phrase, tu la regrettes. Aussi tentant que ce soit, ce n'est jamais une très bonne idée de défier le destin.
Vous descendez devant la zone commerciale et pénétrez dans l'animalerie. Les gens ouvrent des yeux ronds devant votre bestiole à moitié décomposée et son absence de dents. Ou alors, c'est parce que tu pues.
Tous les gens, sauf un vendeur qui s'approche de vous avec un sourire colgate sur les lèvres.
« Bonjour ! Je peux vous aider ? »
Qu'est-ce que tu détestes ces employés qui te collent au cul à peine entré dans le magasin ! Tu t'apprêtes à lui dérouiller verbalement sa grande race, mais Ventus te prend de court en bafouillant.
« Oh ! Euh, hum, on...Cherche… Hum. »
Tu te figes. Qu'est-ce que c'est que ça ? Il a avalé sa langue ou quoi ? Le vendeur penche la tête, patient – comme s'il avait le choix, t'façon. Il est jeune, genre votre âge, avec l'air de s'être coiffé dans un réacteur nucléaire et des yeux bleus qui vomissent la joie de vivre. Un peu comme Ventus mais pas pareil.
Le cabot aboie dans les bras de son maître, attirant l'attention de l'employé, qui ne fait pas mine d'être dégoûté. Woah, professionnel, le gars, tu dois bien lui reconnaître ça.
« Oh, comment il s'appelle ce choupinou-là ? »
Il en fait trop, vraiment.
Ventus met en moment à répondre. Non sérieux, il a quoi, il bugue ? Tu comptes pas l'aider, en tout cas. T'es là en qualité de portefeuille sur pattes, il est hors de question que tu dépenses ta salive pour ce genre de bavardages mondains.
« C'est Obi.
-Bonjour, Obi ! »
Et là, le vendeur fait un truc de fou : il approche délibérement sa main du chien pour le caresser. Sans grimacer et sans vomir. Le machin grogne d'appréciation.
« Il est trop mignon ! »
Le visage de Ven s'éclaire, toute trace de gêne dispersée par l'enthousiasme qu'il a à présenter sa bestiole.
« Oui, hein ? On l'a depuis hier !
-Oh, c'est un sauvetage en refuge ?
-Hum, oui… C'est ça… »
Comme aucun des deux n'embraye tout de suite sur le sujet principal – à savoir, acheter un putain de panier où un truc du style – ils se regardent dans le blanc des yeux quelques secondes.
Et là tu comprends.
Ton colocataire est en train d'avoir un coup de foudre pour le vendeur.
Nope nope nope. Trop tôt pour ces conneries.
L'air irradie comme une espèce d'atmosphère cotonneuse et sucrée. Si tu restes plus longtemps, tu vas vomir. Ce serait assez drôle, remarque, rien que pour la tête qu'ils tireraient, mais t'as pas tellement envie de salir tes godasses. Vite, il faut trouver une issue !
« Bon euh, j'vais me balader, hein, en attendant que… Bref. »
Seul Obi paraît t'avoir entendu. Tes pieds effectuent un demi-tour rapide et tu te perds dans les allées. Il y a un petit coin avec des animaux à vendre. Tu ne t'attardes pas trop sur les rongeurs, qui te rappelent Paquet-de-chips, ton rat tragiquement décidé – ton premier meurtre, maintenant que t'y penses, même s'il fut accidentel.
Tu te diriges donc vers les poissons et te demande, vaguement, en dormant à moitié, si s'occuper d'un aquarium te distrairait. Peut-être. Tu penses à ce qu'on t'as dit sur les poissons rouges, qu'ils ne sont pas faits pour tenir dans un bocal, que c'est de la maltraitance. Apparemment, dans la nature, ils atteignent la taille de carpes et peuvent vivre jusque vingt ans. Du coup, ça te donne encore plus envie d'en acheter un. Au moins il sera plus misérable que toi.
Ça ou des axolotls. C'est masse cool, ces bêtes-là, leurs membres repoussent quand ils sont arrachés. Et puis, t'aimes bien te démarquer de la norme en achetant des trucs pas communs. Après l'adolescence, tu as bien essayé de réprimer cette soif d'originalité qui te rendait plus ridicule que réellement spécial, puis tu as finalement décidé d'assumer ton côté présomptueux.
Oubliant vite ces considérations, tu passes faire des grimaces aux serpents et aux iguanes et cogner contre leurs vitres pour les déranger en pleine sieste.
Après un moment d'errance au rayon plantes, dont tu reviens avec un cactus sous le bras, tu te dis que bon, il doit avoir fini de te faire honte, l'autre abruti.
Tu le trouves au rayon des jouets pour chiens, toujours collé aux basques de l'autre vendeur, et tu constates que non, il a pas fini. Les autres clients jettent des mines atterrées à votre détritus ambulant, qui se gratte et sème ses puces partout. Ça te fait rire.
Tu repars vers les plantes pour acheter un cache-pot pour le cactus. Ça te fait râler. Bordel, pourquoi c'est jamais à la bonne taille pour le pot, ces trucs. Ou bien sinon c'est moche. Tu en casses deux, que tu remises à l'arrière de l'étagère ni vu ni connu, avant d'opter pour un truc discret, bleu uni. Tu veux prendre un paquet de terreau aussi, tant qu'à faire, mais tu te rend compte que tu n'as que deux bras. Tu fais léviter tout ça sous les regards agacés des autres clients – va savoir pourquoi, les moldus ne sont pas fans des démonstrations gratuites de magie. C'est vrai que tu pourrais prendre un panier à l'entrée pour ne pas surprendre les honnêtes gens, mais bon, giga flemme.
Du coup, tu vas retrouver tes deux animaux de compagnie. Ventus a l'air d'avoir presque fini de palabrer devant le vendeur, puisqu'ils se dirigent vers les caisses. Tu t'incrustes dans le groupe avec ton cactus et le reste. C'est à peine s'ils te regardent. Eh beh dis donc ! Tu te promets qu'il va en entendre parler pendant des semaines. Ça fait un moment que tu guettes une occasion de te venger de lui, rapports aux allusions – totalement dénuées de sens – qu'il fait sur Riku.
Tu alignes le cactus sur le tapis roulant avec le million de choses que Ventus a choisi – tu sens ta santé mentale s'envoler en imaginant le prix.
Quand le vendeur annonce la somme et que c'est toi qui t'avances, carte bleue en main, il affiche une moue que tu reconnais trop bien et qui te fait sourire cruellement. Il croit que vous êtes en couple, ah ah. Tu pourrais le laisser y croire mais bon, y a ton ego en jeu, et puis ce sera marrant de les embarasser un peu. Alors tu lâches un parfaitement étudié :
« On baise pas ensemble hein, on est juste colocs. Mais lui il est pauvre, alors c'est moi qui paie. »
Le vendeur cligne de ses yeux bleus, ouvre la bouche.
« Euh… Ok. »
Tu ramassses tes affaires avec un rictus poli et tu te barres, Ventus et Obi sur les talons, satisfait de toi. Très, très satisfait. Même si bon, t'aurais préféré rester à la maison.
Ventus te rattrape, l'air absolument ou-tré. Tu ris avant même qu'il ne se mette à crier.
« Vani ?! C'était quoi, ça ?! »
S'il pouvait rougir, il serait sûrement couleur tomate.
« Oh, fallait bien le rassurer, il avait l'air de se faire de fausses idées ! »
Le visage de ton colocataire passe par tout un tas d'expressions. Tu devines qu'il ne sait plus trop comment exprimer sa consternation. Il est pas souvent outré, après tout, bien que tu fasses toujours tout pour l'emmerder.
Obi décide d'aboyer. Il a l'air d'être le genre de cabot idiot qui aboie pour un oui ou pour un non. Ventus ne le calcule même pas. Le chien est d'ailleurs toujours logé dans ses bras comme un caniche à sa mèmère. Ok, sur le trajet de l'allée, il n'avait pas de laisse, donc ça se comprenait, mais maintenant…
« Je vois pas de quoi tu parles !
-Oh, à d'autres ! tu balances gaiement. L'air sentait la barbapapa.
-J'ai pas compris.
-On aurait dit que t'allais le demander en mariage au milieu des boîtes de pâtée pour chats ! C'était pathétique, hein. Il s'en est forcément rendu-compte.
-C'est pas vrai !
-Bien sûr. J'te préviens, tu vas en entendre parler jusqu'à l'hiver prochain !
-Mais c'est pas vrai, tu te fais des idées ! Vani !
-Aaaah, si tu nies, c'est que t'as quelque chose à te reprocher ! »
Il n'a pas l'air d'apprécier que tu lui renvoies sa rhétorique à la tronche. C'est marrant parce que dans son cas, ça s'avère vrai. Pas dans le tien, évidemment.
Vous arrivez à l'abribus. Obiwan bave sur la manche de son propriétaire, qui ne s'en offusque pas le moins du monde. Il boude. Tu décide d'en rajouter une couche.
« C'est encore plus drôle parce que tu le reverras jamais.
-Bah… pourquoi pas ?
-Hé ho c'est bon, t'as acheté tout ce qu'il fallait pour ton éponge de compagnie, là ! Il mange pas. T'as aucune raison d'y retourner.
-À ce propos, j'ai peut-être pris deux paquets de croquettes Royal Canin…
-Putain quoi ?! »
Tu les avais vues sans même y prêter attention. Bordel, ça coûte cher ces trucs-là !
« Comment j'étais sensé lui dire que mon chien est un mort-vivant qui n'ingère pas de nourriture !
-Bah vas-y, crie-le plus fort, c'est pas comme si on devait être discrets ! Et t'avais qu'à lui dire qu'on a déjà acheté des trucs au supermarché.
-… Ah oui c'est vrai. »
Ça va être compliqué, ce mois-ci. T'as toujours mis un point d'honneur à ne pas faire d'heures supplémentaires au boulot – pas envie de donner de ton temps au capitalisme – mais tu peux peut-être vendre des potions sur Le Bon Coin. C'est pas hyper légal m'enfin, ça t'as jamais vraiment arrêté.
« Pfff… À ce train-là, va falloir que tu te trouves un job… »
Enfin, évidemment, c'est pas possible. Vu qu'il est mort, qu'il a pas d'existence légale et tout. Puis c'est trop dangereux, si quelqu'un s'aperçoit de son secret.
Ventus ne répond pas.
Ce qu'il faut retenir de ce chapitre, c'est que Vanitas est tout cassé dans sa tête et que maintenant ils ont un cactus et des croquettes pour chiens. Voilà.
Je n'ai plus de chapitres d'avance pour cette fic, hum. Mais ça va revenir. Un de ces jours. J'écris ce machin par périodes en fait.
Tchô !
