my fire never goes out (i rise from my scars)

Chapitre 24

oOo

Cersei essaye de se débattre mais ses jambes ne lui répondent plus, elle s'est transformée en poupée de chiffon sans défense, elle est à la merci de Gaelon et à mesure qu'ils s'éloignent de la salle de réception, elle réalise peu à peu quel est le sort qui va être le sien.

Oh, non. Pas ça, je vous en prie. Pas encore. Non, non, non.

« Non... non... » tente t-elle de protester.

Gaelon l'ignore complètement et l'entraîne à travers les couloirs. Cersei comprend qu'il a dû verser quelque chose dans son verre, probablement de l'essence de belladone, ses paupières s'alourdissent, elle sent qu'elle va bientôt perdre connaissance.

Finalement, le magistrat ouvre la porte d'une chambre au hasard et la pousse sur le lit. Cersei a envie de se lever et de courir hors de la pièce, de hurler pour appeler à l'aide mais ses membres sont de plomb, tout comme sa langue.

« Non... »

(Elle ne sait pas si elle le dit vraiment ou si elle ne fait que l'imaginer.)

Elle n'a plus la force de réagir quand Gaelon lui arrache sa robe, elle a à peine conscience de se retrouver entièrement nue devant lui, de le voir détailler son corps d'un regard sombre de luxure.

« J'obtiens toujours ce que je veux, » dit-il d'un ton légèrement méprisant. « D'une façon ou d'une autre. »

Il lui écarte les jambes.

« Vous auriez dû accepter de m'épouser, vous savez. Les choses auraient été bien différentes. »

C'est la dernière chose que Cersei entend avant de sombrer dans l'inconscience.

.

J'aurais dû écouter Tyrion.

Il est trop tard, maintenant.

.

« Où a t-il pu l'emmener ? Cette maison est immense, » fait Tyrion, tremblant, alors que son cœur cogne dans sa poitrine et que d'horribles images viennent danser dans son esprit.

La panique le prive de ses capacités de réflexion, il est paralysé, ne sait pas quoi faire. Alyssa, une main sur la poignée de son épée, pose l'autre sur son épaule.

« Ressaisissez-vous, Tyrion ! » ordonne t-elle d'un ton sec. « Il faut que nous nous dépêchions. Vérifions toutes les chambres. »

Elle doit légèrement le pousser pour qu'il se remette à marcher.

Un malentendu. Ce n'est qu'un malentendu.

Les couloirs et les escaliers lui semblent interminables.

Pourquoi ne l'ai-je pas écoutée ?

Constatant qu'il n'est pas en état de le faire, Alyssa entreprend d'ouvrir rapidement les portes de toutes les chambres et de jeter un œil à l'intérieur.

Ma sœur va se faire violer parce que je ne l'ai pas écoutée.

Une douleur cuisante le fait brusquement revenir à la réalité. Il écarquille les yeux et masse sa joue rougie.

Il reconnaît à peine les yeux d'Alyssa : d'ordinaires si doux et si chaleureux, ils sont aussi brûlants que ceux de Cersei lorsqu'elle est en colère.

« Tyrion, j'ai besoin de vous maintenant. Cersei a besoin de vous. Vous ne pouvez pas vous laisser aller de la sorte ! »

(Gentille mais aussi féroce lorsqu'il le faut – un peu comme Sansa Stark, tiens.)

« Oui... oui... »

Il secoue la tête. Alyssa a raison, il doit se ressaisir, il n'est peut-être pas trop tard, pas trop tard pour la sauver, pour lui éviter une nouvelle blessure immonde.

Au bout de quelques minutes qui lui semblent durer des heures (Cersei, Cersei sans défense, Cersei à la merci de ce monstre), alors qu'il pousse une nouvelle porte, il se fige brusquement.

Cersei est entièrement nue, les jambes écartées, inconsciente, et son agresseur est penché au-dessus d'elle et s'apprête à...

« Éloignez-vous de ma sœur ! »

Sans réfléchir davantage, Tyrion se précipite à l'intérieur de la pièce et le bouscule de toutes ses forces. Surpris, il tombe à la renverse. Tremblant, il ne se démonte pas quand Gaelon se relève aussitôt et le toise avec mépris.

« Ce n'est pas un nain qui va m'empêcher de faire quoi que ce soit. »

« Peut-être que ceci va vous en empêcher. »

Alyssa entre en trombe et pointe son épée vers lui. Nullement impressionné, Gaelon éclate de rire.

« Allons, ma chère Alyssa. Nous savons tous les deux que si vous vouliez me tuer, vous l'auriez déjà fait. »

Elle tremble de rage et le bout de sa lame frôle la gorge du magistrat.

« Ne me sous-estimez pas. Je ne suis plus cette fille de seize ans incapable de se défendre. Sortez d'ici. Sortez, où je vous jure que je vous tranche la gorge. »

Tyrion fronce les sourcils et se demande quel passé unit ces deux-là. Toutes ces questions devront cependant attendre. Seule Cersei importe.

Gaelon doit comprendre qu'Alyssa est sérieuse : il leur jette un dernier regard dégoûté et consent à sortir de la chambre. Tyrion s'empresse de refermer la porte et se laisse glisser sur le sol, comme si ses jambes ne le portaient plus.

« Est-ce que... est-ce qu'elle va bien ? » demande t-il d'une petite voix.

« Oui, » répond Alyssa en touchant la joue de Cersei. « Elle est inconsciente. Il a dû verser quelque chose dans son verre. »

Elle rabat les couvertures sur elle pour couvrir sa nudité.

« Une minute... » murmure Tyrion. « Si nous étions arrivés une minute plus tard... »

Il se sent mal et a l'impression que lui aussi va sombrer dans l'inconscience.

« Tyrion. Nous sommes arrivés à temps. C'est tout ce qui compte, d'accord ? »

Elle s'approche de lui et le tire par le bras pour le relever.

« Où est Joanna ? » demande t-elle.

« Avec les domestiques. »

« Je vais aller la chercher pour aller la coucher. Je la surveillerai cette nuit. Il ne faut pas qu'elle voie sa mère dans cet état. Vous, vous allez rester avec Cersei. D'accord ? »

Il l'écoute distraitement et hoche la tête, toujours dans un état second.

« Il ne faut pas qu'elle soit seule. Elle aura besoin de quelqu'un pour l'écouter, ou simplement rester près d'elle si elle n'a pas envie d'en parler. C'est bien compris ? »

« Oui... oui... »

« Bien. »

Après un dernier regard, elle s'éclipse. Tyrion s'assoit sur le bord du lit et observe Cersei, toujours profondément endormie.

(Une minute. Ça s'est joué à une minute, et peut-être même moins.)

Tyrion ne lui a pas fait confiance, il a pensé qu'elle allait le trahir, il a cru un homme comme Gaelon Nargaris, il a refusé de l'écouter et à cause de lui, elle a failli se faire violer.

C'est de sa faute.

Tout est de sa faute.

Il se prend la tête entre les mains et se met à pleurer.

.

Tyrion finit par s'endormir. D'horribles monstres viennent hanter ses rêves, des monstres qui ont une apparence humaine et une âme plus noire que la nuit, des monstres qui ignorent les cris et les pleurs des femmes qu'ils ne considèrent que comme des objets.

Quand il se réveille, il sent toujours les yeux pâles de Gaelon sur lui.

Cersei dort encore, le soleil se lève à peine. Ses rayons éclairent son visage tranquille. Tyrion effleure sa joue du bout des doigts, la gorge nouée.

Une minute.

Il retient son souffle quand elle bat des paupières et reprend connaissance. Leurs regards se croisent.

« Tyrion ? »

« Je suis là, » murmure t-il. « Tout va bien. »

Comme si elle recouvrait brutalement la mémoire, elle se redresse brusquement. Tyrion détourne pudiquement le regard de sa poitrine nue.

« Gaelon, » souffle t-elle.

« Il n'est plus là. C'est terminé. »

« Est-ce qu'il... est-ce qu'il... »

« Non, » s'empresse t-il de la rassurer. « Alyssa et moi sommes arrivés à temps. »

« Alyssa ? » répète t-elle, confuse.

« Oui. Il est parti, Cersei. Il ne te fera plus jamais de mal. Alyssa est avec Joanna. Tout le monde va bien. »

Cersei, prenant subitement conscience de sa nudité, s'enroule dans les couvertures comme pour se protéger. Lorsqu'il relève la tête, Tyrion s'aperçoit qu'elle pleure.

« C'est de ma faute. Je ne t'ai pas écoutée... je pensais que tu m'avais trahi. Oh, Cersei, je suis tellement désolé. »

Et il se met lui aussi à pleurer.

(Ils pleurent pour cette nouvelle brûlure dans leur mémoire, pour ce qui a failli arriver, ils pleurent parce qu'une fois encore ils n'ont pas su se parler et qu'une fois encore ça leur a coûté très cher.)

« Non... c'est de ma faute. Tu m'as avertie. Alyssa m'a avertie. Vous m'avez dit ce qu'il était... je n'ai pas écouté. J'ai été si stupide ! »

« Ne te sens pas coupable, je t'en prie ! Tu n'es pas responsable. C'est ce monstre le seul fautif. »

Elle essaye de se calmer – en vain. Tyrion n'essaye pas de la toucher, il se contente de rester près d'elle jusqu'à ce que ses larmes se tarissent un peu.

(Jamais, au grand jamais il ne l'a vue aussi désespérée, aussi brisée, et ce triste spectacle est à crever le cœur.)

« C'est... c'est pour ça que tu t'es éloignée de moi, pas vrai ? » demande Tyrion. « Parce qu'il t'a demandée en mariage. »

Elle acquiesce sans le regarder.

« Tu avais raison de douter de moi, » lâche t-elle. « Je voulais accepter. Je voulais ce pouvoir qu'il me promettait. Je pensais que j'en avais besoin. »

« Pourquoi as-tu refusé, alors ? »

« Je... je pensais que je valais mieux que ça. Je ne voulais pas devenir le faire-valoir d'un autre homme. Et... »

Elle lève les yeux vers lui.

« Je ne voulais pas te décevoir une nouvelle fois. »

Tyrion se remet à pleurer sans même s'en rendre compte. Tout doucement, il lui prend la main et si elle se raidit, elle ne se dérobe pas.

« Je suis tellement désolé, Cersei. Je... j'aurais dû savoir. J'aurais dû comprendre. Je vais faire mieux... pardonne-moi, je t'en supplie. »

Elle acquiesce d'un léger signe de tête, honteuse.

« Je vais aller te chercher une chemise de nuit, » dit Tyrion. « Tout va s'arranger, d'accord ? Je te le promets. »

Son cœur cogne toujours aussi fort quand il quitte la pièce.

(Une minute. Une minute et les dégâts auraient peut-être été irrémédiables.)

.

Cersei observe Tyrion sortir, le regard vide. Des images de ce qui s'est passé la veille – de ce qui a failli se passer – lui reviennent par intermittence.

(Les mains de Gaelon sur son corps, son corps qui n'est plus qu'un objet, cette horrible sensation d'impuissance.)

Elle se met debout et d'approche du miroir de la chambre.

Tout en observant son reflet, elle trace du bout des doigts les contours de son corps nu, ses épaules, ses seins, son ventre, son corps de femme, un corps qu'elle déteste, un corps qui a été de trop nombreuses fois souillé, traité comme une vulgaire marchandise, quelque chose dont on peut disposer à sa guise.

Cersei ne peut plus supporter cette vision qui la dégoûte.

Le miroir se brise lorsque son poing s'abat sur lui.

.

Lorsque Tyrion revient dans la pièce, il se fige en apercevant Cersei debout face au miroir maintenant brisé.

« Cersei... »

Du sang coule de sa main mais elle ne semble même pas s'en apercevoir.

« Fille. Jumelle. Fiancée. Épouse. Reine. Mère. Veuve. J'ai été beaucoup de choses dans ma vie... mais ce ne sont que des illusions, pas vrai ? Des mirages. Au fond, je ne suis qu'une femme. Et les femmes ne sont rien. Elles ne sont que des corps mis à disposition des hommes. »

Il s'approche d'elle et secoue la tête.

« Ce n'est pas vrai. Tu es Cersei Lannister. »

« Cersei Lannister... »

Elle laisse échapper un rire sans joie.

« Cersei Lannister est morte à Port-Réal. C'est toi qui l'as dit, tu ne te souviens pas ? Elle n'existe plus. »

« Bien sûr que si ! Tu n'es pas rien, Cersei. Tu es ma sœur, tu es la mère de Joanna. Et tout ça... c'est quelque chose. Notre famille est quelque chose. »

Elle se tourne vers lui, les yeux humides.

« Je me fiche de ton corps. Ça ne m'intéresse pas et ça ne m'intéressera jamais, d'accord ? Tu es tellement plus que ça. »

Il se concentre sur son visage, détaille son expression légèrement égarée.

Lorsqu'il lui tend la chemise de nuit qu'il a apportée pour elle et qu'elle la saisit, leurs mains se touchent. Leurs doigts s'entrelacent.

Comme une promesse.

.

Cersei ordonne aux domestiques de lui préparer un bain. Alors que Tyrion s'apprête à quitter la pièce, elle le retient.

« Non... reste, s'il te plaît. Je... je n'ai pas envie d'être seule. »

« D'accord. »

Il ferme les yeux quand elle se déshabille et entre dans l'eau et se laisse glisser contre la baignoire.

Il l'entend se frotter la peau avec une rage désespérée pendant plusieurs minutes dans une tentative acharnée de se débarrasser de la sensation du toucher répugnant de Gaelon sur elle, de s'arracher à son emprise fantôme, de reprendre le contrôle de la situation.

Quand il l'entend fondre en larmes une nouvelle fois, il comprend qu'elle n'y est pas parvenue. Prudemment, toujours sans la regarder, il lui tend la main.

Elle la saisit et s'y accroche comme si elle allait se noyer.

.

Quelques heures plus tard, alors que Cersei serre Joanna contre elle et lui murmure des paroles réconfortantes à l'oreille, Tyrion les observe de loin sans trop savoir comment se comporter.

« J'aurais aimé parler à Alyssa, » murmure Cersei.

« J'imagine qu'elle a voulu te laisser un peu d'espace... » avance t-il.

(Lui aussi aimerait parler à Alyssa, il doit la remercier parce que sans elle, il serait arrivé trop tard, il le sait.)

« Il faut que... il faut que nous apprenions à nous faire confiance. A nous faire vraiment confiance... à ne plus douter l'un de l'autre en permanence, » dit Tyrion.

Ils échangent un long regard intense où brille encore le fantôme du drame qui aurait pu achever de les déchirer.

« Oui... tu as raison, » admet Cersei.

« Très bien. »

Il s'assoit à côté d'elle.

« Tu as refusé sa proposition... tu m'as choisi moi plutôt que lui, plutôt que le pouvoir et... j'ai envie de penser que ça veut dire quelque chose. Que tu tiens à moi. »

Tyrion sait que Cersei n'aime pas mettre à nu ses sentiments, laisser tomber les barrières qu'elle maintient en permanence autour d'elle, mais il a besoin que les choses soient claires entre eux pour qu'il n'y ait plus jamais de malentendu.

« Je... je tiens à toi. Je t'ai choisi et... ça veut dire quelque chose. »

Il sourit et acquiesce.

« Bien. Sache que... je vous choisirai toujours, toi et Joanna. Tu n'as pas à craindre que je t'abandonne. Je suis ton frère et je serai toujours là pour toi. »

Cersei pose Joanna sur le sol, la petite fille se met alors à trotter partout dans la pièce.

« Je n'aurais pas dû agir comme je l'ai fait avec toi, ces derniers mois, » admet-elle. « C'était... mal de te repousser. Ça ne se reproduira plus. »

Comme pour appuyer ses paroles, elle lui ouvre ses bras et il s'y réfugie volontiers. Il s'agit de l'étreinte la plus sincère qu'ils aient partagée depuis un très long moment.

« Merci de m'avoir sauvée, » murmure t-elle. « Encore une fois. »

« Je suis très heureux de l'avoir fait. »

« J'ai une dette envers toi, maintenant. »

« Ne sois pas ridicule. »

« Un Lannister paye toujours ses dettes. J'insiste. »

« Alors... sois juste là pour moi, et cette dette sera payée. D'accord ? »

Elle l'embrasse sur le front.

« D'accord. »

.

« Tyrion ? »

« Oui ? »

« Est-ce que... est-ce que c'est ce que Père te faisait ressentir ? La sensation de n'être rien ? »

Silence.

Il acquiesce tristement.

Alors Cersei s'approche de la boîte à reproches et en sort un petit papier pour la deuxième fois.

Je t'en veux d'avoir tué Père.

Et elle le déchire parce qu'elle comprend plus que jamais auparavant, elle comprend ce que ça fait de n'être rien dans les yeux de quelqu'un.

Et elle comprend cette terrible envie de vengeance.

Un feu brûlant s'est allumé en elle et tout ça a un goût de feu grégeois.

.

Je vais le tuer.


Je vous annonce que je vais modifier le rythme de publication, à partir de demain je passerai à un chapitre tous les deux jours, malheureusement avec ma rentrée qui approche j'ai moins de temps pour écrire et je n'ai presque plus de chapitres d'avance. ^^"