19

LA GRANDE INQUISITRICE DE POUDLARD

- C'est vraiment – Ron déchira en deux la lettre de Percy – le plus grand – il la déchira en quatre – crétin – il la déchira en huit – du monde.

Il jeta le tout au feu.

- Allez viens, il faut finir ça avant l'aube, dit-il à Potter en reprenant son devoir d'astrologie.

Megan fixa les morceaux de parchemin qui se consumaient dans l'âtre de la cheminée, le visage fermé. Bill avait fait preuve de méfiance à son égard dès qu'il avait eu vent de son lignage, mais il avait fini par la laisser lui faire entendre raison. Charlie s'était inquiété lui aussi, mais une rapide discussion avec elle et les jumeaux l'avait convaincu qu'elle ne présentait pas de danger, et elle n'avait pas eu vent de soupçons de sa part depuis la fin de l'année dernière. Mais Percy n'avait jamais manifesté la moindre animosité à son égard. Leurs relations étaient formelles, ils n'avaient rien en commun, mais jamais elle n'aurait imaginé qu'il pourrait la pointer du doigt ainsi et inciter Ron à couper les liens avec elle. Personne n'avait jamais osé s'opposer ainsi à leur amitié, et elle s'en sentait furieuse.

- Donnez-nous vos devoirs, on va les corriger, dit soudain Megan en se levant du bras de fauteuil où elle était assise.

- Oui, allez, donnez-nous ça, acquiesça Hermione.

- Vous parlez sérieusement ? Ah, Megan, Hermione, vous nous sauvez la vie, dit Ron. Qu'est-ce que je pourrais...

- Tu pourrais dire par exemple : « Nous promettons de ne plus jamais accumuler un tel retard dans nos devoirs », répondit Hermione en tendant les deux mains pour prendre leurs copies.

Mais en même temps, son expression était légèrement amusée.

- Merci mille fois, les filles, dit Potter d'une petite voix.

Megan se fichait bien de Potter, qui se laissa tomber dans le fauteuil devant le feu. Elle prit la copie de Ron et s'y attela soigneusement : Percy pouvait répandre tout son venin dans ses lettres, elle allait en faire la meilleure copie que Sinistra ait jamais vue. Pendant de longues minutes, on n'entendit plus que le crissement des plumes de Megan et Hermione qui raturaient des phrases ici ou là et le bruissement des pages qu'elles tournaient en vérifiant certaines données dans les livres étalés sur la table. Il était plus de minuit et ils étaient seuls dans la salle commune.

- Bon, voilà ce que tu vas écrire, dit Megan lorsqu'elle eut terminé.

Elle tendit à Ron son devoir et le document qu'elle venait de rédiger.

- Ensuite, tu ajouteras la conclusion que j'ai rédigée pour toi.

- Megan, tu es vraiment la personne la plus extraordinaire que j'aie jamais rencontrée, dit Ron d'une voix faible. Et si jamais je me montrais à nouveau grossier avec toi ou Hermione...

- ... On saura que tu as retrouvé ton état normal, acheva-t-elle.

- Harry, ce que tu as écrit est très bien à part la fin, dit Hermione en tendant à Potter son devoir. Tu as sans doute mal entendu ce que disait le professeur Sinistra, le satellite de Jupiter qu'on appelle Europe est recouvert de glace, pas de garces... Harry ?

Potter avait glissé de son fauteuil et s'était agenouillé sur le vieux tapis brûlé, le regard fixé sur les flammes.

- Heu... Harry ? dit Ron d'une voix hésitante. Qu'est-ce que tu fais par terre ?

- Je viens de voir la tête de Sirius dans le feu, répondit calmement le garçon.

Cette fois ce n'était pas La Gazette du Sorcier qui le disait, il était véritablement devenu fou.

- La tête de Sirius ? répéta Hermione. Tu veux dire comme le jour où il a voulu te parler pendant le Tournoi des Trois Sorciers ? Mais il ne pourrait plus faire ça maintenant, ce serait trop... Sirius !

Elle sursauta en regardant le feu. Ron laissa tomber sa plume. Megan fronça les sourcils. Sous leurs yeux, au beau milieu des flammes qui dansaient dans l'âtre, la tête de Sirius venait d'apparaître avec ses longs cheveux noirs qui encadraient son visage souriant.

- Je commençais à craindre que vous n'alliez vous coucher avant que les autres soient partis, dit-il. J'ai vérifié toutes les heures...

Surprise mais ravie, Megan vint s'asseoir en tailleur devant la cheminée.

- Tu veux dire que, toutes les heures, tu as passé la tête dans le feu ? s'étonna Potter en riant à moitié.

- Juste quelques secondes pour voir si la voie était libre.

- Et si on t'avait surpris ? s'enquit Megan.

- Je crois qu'il y a une fille – de première année, d'après sa tête – qui a dû m'apercevoir tout à l'heure, mais ne t'inquiète pas, dit Sirius précipitamment en voyant Hermione plaquer une main contre sa bouche. J'étais déjà parti quand elle a voulu regarder de plus près. Elle a sans doute pensé que j'étais une bûche avec une drôle de forme ou quelque chose comme ça.

- Mais Sirius, c'est un risque énorme..., commença Hermione.

- On dirait Molly, répliqua Sirius. C'était la seule façon de répondre à la lettre d'Harry sans recourir à un code – les codes, on peut les percer.

Megan, Ron et Hermione tournèrent tous trois les yeux vers Potter. Il leur avait été formellement interdit de communiquer avec les membres de l'Ordre afin de ne pas risquer de révéler des informations au ministère ou, pire, aux Mangemorts.

- Tu ne nous avais pas dit que tu avais écrit à Sirius ! s'exclama Hermione d'un ton accusateur.

- J'ai oublié, assura Potter. Ne me regarde pas comme ça, Megan, il était impossible que quiconque y découvre la moindre information, pas vrai, Sirius ?

- En effet, elle était très bien, répondit Sirius avec un sourire. Mais il faut qu'on se dépêche au cas où quelqu'un viendrait nous déranger... Ta cicatrice.

- Quoi ? Qu'est- ce que... ? commença Ron, mais Hermione l'interrompit.

- On te racontera plus tard. Continuez, Sirius.

- Je sais que ce n'est pas drôle quand ça fait mal mais ne pensons pas qu'il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Elle est restée douloureuse toute l'année dernière, non ?

- Oui, et Dumbledore a dit que ça arrivait chaque fois que Voldemort éprouvait une très forte émotion, répondit Harry, indifférent comme toujours aux grimaces de Ron et d'Hermione. Alors peut-être que le soir où j'avais cette retenue, il était très en colère ou je ne sais quoi...

- Maintenant qu'il est de retour, la douleur reviendra plus souvent, dit Sirius.

- Alors, tu penses que ça n'a rien à voir avec le fait qu'Umbridge m'ait touché ? demanda Potter.

Megan n'avait aucune idée de ce dont ils parlaient. Elle n'était pas suffisamment attentive au garçon pour savoir quand sa cicatrice lui faisait mal.

- J'en doute, répondit Sirius. Je la connais de réputation et suis sûr que ce n'est pas une Mangemort.

- Elle est suffisamment ignoble pour en être une, dit sombrement Potter.

Ron et Hermione approuvèrent d'un vigoureux signe de tête.

- Oui, mais le monde ne se divise pas entre braves gens et Mangemorts, fit remarquer Sirius avec un sourire désabusé, je sais bien qu'elle est épouvantable, vous devriez entendre Remus quand il en parle.

- Lupin la connaît ? demanda précipitamment Potter.

- Non, mais il y a deux ans, elle a rédigé quelques textes de loi anti-loups-garous qui lui interdisent pratiquement de trouver du travail.

Megan se rappela Remus qui lui expliquait que depuis que sa condition avait été rendue publique, il avait eu du mal à se faire embaucher.

- Qu'est-ce qu'elle a contre les loups-garous ? demanda-t-elle avec colère.

- J'imagine qu'elle en a peur, répondit Sirius qui souriait devant son indignation. Apparemment, elle déteste les hybrides. L'année dernière, elle a fait campagne pour qu'on recense les êtres de l'eau et qu'on les marque. Vous vous rendez compte ? Perdre son temps et son énergie à persécuter les êtres de l'eau alors que des immondices comme Kreacher ne sont pas inquiétées ?

Megan et Ron éclatèrent de rire, mais Hermione parut outrée.

- Sirius ! s'exclama-t-elle d'un ton de reproche. Si vous faisiez quelques efforts avec Kreacher, je suis sûre qu'il réagirait favorablement. Vous êtes le dernier membre de la famille qui lui reste et le professeur Dumbledore a dit...

- Alors, comment se passent les cours d'Umbridge ? coupa Sirius. Elle vous apprend à tuer les hybrides ?

- Oh non, répondit Potter, indifférent à l'expression offensée d'Hermione, interrompue dans sa défense de Kreacher. Elle ne veut pas que nous fassions de la magie !

- On passe notre temps à lire ce stupide manuel, dit Ron.

- Oui, ce n'est pas étonnant, répondit Sirius. D'après nos informations au sein du ministère, Fudge ne veut pas qu'on vous entraîne au combat.

- Qu'on nous entraîne au combat ! répéta Potter, incrédule. Qu'est-ce qu'il croit ? Qu'on veut devenir une armée ?

- C'est exactement ce qu'il pense, dit Sirius. Ou plutôt, il pense que c'est Dumbledore qui essaye de former sa propre armée pour s'emparer du ministère de la Magie.

Il y eut un moment de silence, puis Ron reprit :

- C'est la chose la plus idiote que j'aie jamais entendue. Même Luna Lovegood ne dit pas des trucs pareils.

- Alors, on nous empêche d'apprendre la défense contre les forces du Mal parce que Fudge a peur qu'on utilise des sortilèges contre le ministère ? dit Megan, furieuse.

- En effet, répondit Sirius. Fudge pense que Dumbledore ne reculera devant rien pour prendre le pouvoir. Il devient chaque jour un peu plus paranoïaque. Il finira par monter une machination pour faire arrêter Dumbledore, c'est une question de jours.

- Est-ce que tu sais s'il va y avoir quelque chose sur Dumbledore dans La Gazette du sorcier de demain ? s'enquit Potter. Percy, le frère de Ron, prétend que oui...

- Je ne sais pas, dit Sirius. Je n'ai vu aucun membre de l'Ordre pendant le week-end, ils étaient tous trop occupés. Il n'y avait plus que Kreacher et moi, là-bas...

On sentait une très nette amertume dans sa voix.

- Alors, tu n'as pas eu de nouvelles de Hagrid non plus ?

- Ah... dit Sirius. Je crois qu'il aurait déjà dû revenir, personne ne sait très bien ce qui lui est arrivé.

Voyant leur expression atterrée, il s'empressa d'ajouter :

- Mais Dumbledore n'est pas inquiet, alors ne vous mettez pas dans tous vos états. Je suis sûr que Hagrid va très bien.

- Mais s'il aurait déjà dû revenir... dit Hermione d'une petite voix anxieuse.

- Madame Maxime était avec lui, nous avons eu un contact avec elle et elle nous a dit qu'ils étaient rentrés séparément, mais rien ne laisse penser qu'il ait pu être blessé ou... Bref, rien n'indique qu'il ne soit pas en pleine forme.

Megan, Ron, Hermione et Potter, qui n'étaient pas convaincus, échangèrent des regards inquiets.

- Écoutez, ne posez pas trop de questions sur Hagrid, reprit Sirius. Vous ne pourriez qu'attirer l'attention sur le fait qu'il n'est pas encore revenu et je sais que Dumbledore veut éviter ça. Hagrid est un dur, il s'en sortira très bien.

Comme ils ne semblaient pas retrouver le sourire, il ajouta :

- A quel moment aura lieu votre prochaine sortie à Pré-au-Lard ? Je me disais qu'on pourrait faire comme pour la gare de King's Cross, personne n'a remarqué le chien...

- NON ! s'écrièrent Hermione et Potter d'une même voix.

- Sirius, vous n'avez donc pas lu La Gazette du sorcier ? demanda Hermione d'un ton anxieux.

- Ah oui, ce petit article..., répondit-il avec un sourire. Ils essayent toujours de deviner où je me trouve. En fait, ils n'en ont pas la moindre idée...

- Cette fois, c'est différent, dit Potter. Dans le train, Malfoy a fait une allusion... et on a tout de suite pensé qu'il savait que le chien, c'était toi. Son père était sur le quai, Sirius – tu connais Lucius Malfoy – alors, quoi que tu fasses, ne viens pas ici. Si Draco Malfoy te reconnaît...

Megan n'avait pas eu vent de cette remarque de Draco non plus, mais elle n'en était pas surprise : il devait désormais savoir que Sirius était un Animagus, grâce à Pettigrew, et devait bien s'amuser à alimenter les peurs de Potter. Se doutait-il du mal qu'il lui ferait à elle également si quelque chose arrivait à Sirius ?

- D'accord, d'accord, j'ai compris, répondit le fugitif, visiblement mécontent. C'était juste une idée, je pensais que ça vous ferait plaisir qu'on se retrouve.

- Bien sûr que ça nous ferait plaisir mais je ne veux pas qu'on te renvoie à Azkaban ! s'exclama Potter.

Il y eut un silence pendant lequel Sirius, la tête au milieu des flammes, observa son filleul. Un pli s'était dessiné entre ses yeux enfoncés dans leurs orbites.

- Tu ne ressembles pas autant à ton père que je le pensais, dit-il enfin avec une nette froideur dans la voix. Pour James, c'était justement le risque qui était amusant.

- Et James est mort, lui fit froidement remarquer Megan.

Il y eut un lourd silence.

- Bon, je ferais bien d'y aller. J'entends Kreacher qui descend l'escalier, dit Sirius. Je t'écrirai pour t'indiquer le moment où je pourrai revenir te parler dans le feu, d'accord ? Si tu acceptes d'affronter un tel risque...

Il y eut un petit pop ! et les flammes s'élevèrent à nouveau à l'endroit où la tête de Sirius s'était trouvée un instant auparavant.

- Si je le vois traîner à Pré-au-lard, je le ramène illico presto à Londres, marmonna Megan à sa meilleure amie lorsqu'elles regagnèrent leur dortoir une dizaine de minutes plus tard.

Hermione approuva d'un vigoureux signe de tête. Elles n'allumèrent pas la lumière pour ne pas réveiller Lavender et Parvati et se changèrent dans le noir.

- Cette histoire d'armée… C'est vraiment dingue, chuchota Hermione lorsqu'elles eurent toutes deux rejoint leur lit. Umbridge va vraiment tout faire pour qu'on n'apprenne rien en classe.

- McGonagall m'a dit de faire attention, lui révéla Megan. A priori, Umbridge aurait plus de pouvoir qu'on ne le croit. S'opposer à elle frontalement pourrait mettre Poudlard en danger.

Il y eut quelques secondes de silence, et Megan pouvait presque entendre Hermione réfléchir.

- Il ne faut pas que tu t'énerves, la prochaine fois, dit-elle enfin. Tu sais ce qu'on va faire ? On va finir de lire ce fichu bouquin, on va l'attaquer sur son propre terrain.

Ce fut donc avec des cernes profonds comme des canyons que les deux filles retrouvèrent Ron et Potter dans la Grande Salle le lendemain matin. Le livre de Wilbert Slinkhard était d'un ennui redoutable et elles avaient dû lutter avec force pour ne pas céder à la fatigue avant d'en avoir terminé l'épilogue.

Ils s'attendaient à devoir éplucher soigneusement La Gazette du sorcier pour y trouver l'article dont Percy avait parlé dans sa lettre. Mais, à peine le hibou livreur de journaux s'était-il envolé de la cruche lait sur laquelle il était venu se poser que Megan émit un brui outragé. Elle étala aussitôt le journal sur la table, montra une grande photo d'Umbridge qui souriait largement et clignait lentement des yeux sous la manchette :

LE MINISTÈRE VEUT RÉFORMER L'ÉDUCATION

DOLORES UMBRIDGE NOMMÉE GRANDE INQUISITRICE

- Umbridge... Grande Inquisitrice ? murmura Potter d'un air sombre, sa tartine à moitié mangée lui glissant des doigts. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Hermione lut à haute voix :

Dans une initiative inattendue, le ministère de la Magie a publié hier soir un nouveau décret qui lui permettra d'exercer un contrôle sans précédent sur l'école de sorcellerie de Poudlard.

« Depuis un certain temps déjà, les responsables du ministère étaient de plus en plus préoccupés par certains agissements qu'on pouvait observer à Poudlard, nous a déclaré Percy Weasley, le jeune assistant du ministre. Il s'agit aujourd'hui de répondre aux inquiétudes exprimées par des parents alarmés qui sentent que l'école prend une direction qu'on ne saurait approuver. »

Ce n'est pas la première fois, ces dernières semaines, que le ministre, Cornelius Fudge, établit de nouvelles lois pour améliorer le fonctionnement de l'école de sorcellerie. Déjà, le 30 août dernier, le décret d'éducation numéro vingt-deux établissait que, dans le cas où l'actuel directeur ne serait pas en mesure de proposer un candidat à un poste d'enseignant, le ministère serait chargé de choisir lui-même la personne qualifiée.

« C'est ainsi que Dolores Umbridge a pu être nommée professeur à Poudlard, indique Weasley. Dumbledore était incapable de trouver quelqu'un. Le ministre a donc choisi Umbridge qui, bien entendu, a remporté un succès immédiat...

- A remporté QUOI ? s'exclama Potter.

- Attends, ça continue, dit Megan d'un air sombre.

...un succès immédiat. Elle a en effet totalement révolutionné l'enseignement de la défense contre les forces du Mal et a pu fournir au ministre des informations recueillies sur le terrain à propos de ce qui se passe réellement dans l'école. »

C'est cette dernière fonction que le ministère a désormais officialisée grâce au décret d'éducation numéro vingt-trois qui crée à Poudlard le poste de Grand Inquisiteur – en l'occurrence de Grande Inquisitrice.

« Il s'agit d'une nouvelle étape passionnante dans le projet du ministère de traiter concrètement le problème de ce que certains appellent la "baisse de niveau" à Poudlard, souligne Weasley. L'inquisitrice aura le pouvoir d'inspecter ses collègues enseignants et de veiller ainsi à ce qu'ils se montrent à la hauteur de leur tâche. Le professeur Umbridge s'est vu offrir ce poste en plus de celui d'enseignante et nous avons le très grand plaisir de vous annoncer qu'elle a accepté d'en assumer les responsabilités. »

Ces nouvelles initiatives ont reçu le soutien enthousiaste des parents d'élèves de Poudlard.

« Je me sens beaucoup plus tranquille, maintenant que je sais que Dumbledore est soumis à une évaluation juste et objective de la façon dont il exerce ses fonctions, nous a ainsi déclaré Lucius Malfoy, quarante et un ans, que nous avons pu joindre hier dans son manoir du Wiltshire. Nombre de parents d'élèves soucieux des intérêts de leurs enfants se sont inquiétés de certaines décisions excentriques de Dumbledore au cours de ces dernières années. Aujourd'hui, nous sommes heureux de savoir que le ministère surveille la situation de près. »

Parmi ces décisions excentriques, on rappellera diverses nominations dont nous avons déjà fait état dans ces colonnes, notamment celles du loup-garou Remus Lupin, du demi-géant Rubeus Hagrid et de l'Auror paranoïaque Maugrey « Fol Œil ». Les rumeurs ne manquent pas, bien sûr, pour affirmer qu'Albus Dumbledore, autrefois manitou suprême de la Confédération internationale des sorciers et président-sorcier du Magenmagot, n'est plus état de diriger la prestigieuse école de Poudlard.

« Je pense que la nomination de l'inquisitrice est un premier pas pour garantir à l'avenir que Poudlard sera dirigé par quelqu'un en qui nous pourrons avoir toute confiance », nous a déclaré hier soir un membre du ministère.

Deux juges du Magenmagot, Griselda Marchbanks et Tiberius Ogden, ont démissionné pour protester contre la création du poste de Grand Inquisiteur à Poudlard. « Poudlard est une école, pas un poste avancé du cabinet de Cornelius Fudge, affirme Mrs Marchbanks. Il s'agit une fois de plus d'une tentative abjecte de discréditer Dumbledore » (Pour plus de détails concernant les liens présumés de Mrs Marchbanks avec des groupes subversifs de gobelins, voir page 17.)

Hermione acheva sa lecture puis regarda Megan, Ron et Potter.

- Maintenant, on sait pourquoi on a cette Umbridge sur le dos, Fudge a fait passer un « décret d'éducation » et nous l'a imposée. Et à présent, elle a le pouvoir d'inspecter les autres profs !

Les yeux d'Hermione étincelaient et sa respiration s'était accélérée.

- Je n'arrive pas à y croire. C'est absolument scandaleux !

- Je sais bien, dit Potter.

L'attitude d'Umbridge vis-à-vis du retour de Voldemort était frustrante. Son attitude mielleuse était indigne. Son projet d'empêcher les élèves d'apprendre quoi que ce soit en cours de défense contre les forces du mal était révoltante. Mais cette fois, c'était à l'institution même de Poudlard qu'elle entendait s'attaquer. Megan sentit grandir en elle une colère sourde. Ça, elle n'allait pas le laisser passer. Un sourire était cependant apparu sur le visage de Ron.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonnèrent Megan, Hermione et Potter en se tournant vers lui.

- J'ai hâte de voir McGonagall inspectée, dit-il d'un ton joyeux. Umbridge ne verra pas le coup venir !

- Allez, venez, dit Hermione en se levant d'un bond. On ferait bien d'y aller, si elle inspecte Binns, il ne faut pas qu'on soit en retard...

Mais Umbridge n'inspecta pas leur cours d'histoire de la magie qui fut tout aussi ennuyeux que le lundi précédent. Elle ne se montra pas davantage dans le cachot de Snape lorsqu'ils arrivèrent pour leur double cours de potions où le devoir de Megan sur la pierre de lune lui fut rendu avec E aux angles pointus griffonné dans le coin de la page.

- Je vous ai mis les notes que vous auriez obtenues si vous aviez rendu ces copies-là à l'épreuve de BUSE, dit Snape avec un sourire narquois tandis qu'il passait entre les tables pour distribuer les devoirs corrigés. Voilà qui devrait vous donner une idée assez réaliste de ce qui vous attend le jour de l'examen.

Megan haussa les épaules. Tant pis si elle n'obtenait pas un « Optimal » en potion, cela ne l'empêcherait pas de poursuivre ses études en la matière, un « Effort Exceptionnel » était tout à fait suffisant. Snape revint à l'autre bout de la salle et se tourna face aux élèves.

- La moyenne générale de ce devoir se situe à des profondeurs abyssales. Si ce sujet vous avait été soumis à l'examen, la plupart d'entre vous auraient été recalés. J'espère que vous ferez un plus grand effort pour votre devoir de cette semaine qui portera sur les divers types d'antidotes aux venins, sinon, je serai obligé de donner des retenues aux ânes qui n'arrivent pas à obtenir plus qu'un D.

Il eut un petit rire lorsque Draco murmura assez fort pour que tout le monde puisse l'entendre :

- Ah tiens, il y en a qui ont eu un D ?

Il était doué en potions, et Snape faisait de toutes façons toujours en sorte de ne pas lui mettre de mauvaises notes – c'était son parrain, après tout. Mais Megan aurait parié que cette remarque visait plus spécifiquement Potter, à qui Hermione jetait des regards en biais pour apercevoir sa note. Le garçon se hâta de glisser son devoir dans son sac, confirmant les soupçons de Megan.

- C'était moins terrible que la semaine dernière, non ? dit Hermione lorsqu'ils montèrent l'escalier qui menait au hall d'entrée pour aller déjeuner dans la Grande Salle. Et les devoirs n'étaient pas si mal que ça, qu'est-ce que vous en pensez ?

Voyant qu'aucun de ses trois amis ne répondait, elle poursuivit :

- Je veux dire, bon, d'accord, je ne m'attendais pas à avoir le maximum, surtout s'il note comme aux BUSE, mais déjà, obtenir une note passable à ce stade, c'est quand même encourageant, vous ne trouvez pas ?

Potter émit un bruit de gorge intraduisible.

- Bien sûr, beaucoup de choses peuvent se passer entre maintenant et le jour des examens, nous avons tout le temps de faire des progrès, mais les notes qu'on obtient aujourd'hui sont une sorte de base sur laquelle on peut construire quelque chose...

Ils s'assirent ensemble à la table des Gryffondor.

- Évidemment, j'aurais été enchantée si j'avais obtenu un O...

- Hermione, dit Megan, si tu veux savoir quelles notes ils ont eu, tu n'as qu'à le demander.

- Oh, je ne... je ne voulais pas... enfin, si vous avez vraiment envie de me le dire...

- Moi, j'ai eu un P, dit Ron en se servant un bol de soupe. Alors, heureuse ?

- Il n'y a pas de quoi en avoir honte, dit Fred.

Il venait d'arriver à la table en compagnie de George et de Lee et s'assit à la droite de Megan.

- C'est très bien, un bon vieux P.

- Mais P, dit Hermione, ça signifie...

- « Piètre », oui, acheva Lee. Mais c'est toujours mieux que D qui veut dire « désolant ».

Megan tourna les yeux vers Potter, devenu écarlate, qui se mit à tousser.

- Oh, je ne savais même pas qu'on pouvait avoir un D…, dit Hermione sans lui prêter attention. Attendez, il faut qu'on revienne sur les résultats possibles. Alors, les meilleures notes, c'est O pour Optimal et ensuite A...

- Non, E, rectifia Megan. E pour « effort exceptionnel ».

- D'ailleurs, j'ai toujours pensé que Fred et moi aurions dû avoir un E dans toutes les matières parce que le simple fait de nous présenter aux examens constituait en soi un effort exceptionnel, commenta George.

Tout le monde éclata de rire à l'exception d'Hermione qui insista pesamment :

- Alors, après le E, il y a le A pour « acceptable » et c'est la dernière note qui permet de passer, c'est ça ?

- Ouais, dit Fred.

Il trempa un petit pain entier dans sa soupe et l'avala d'un coup.

- Après, c'est P pour « piètre » (Ron leva les bras en signe de triomphe) et D pour « désolant ».

- Il y a aussi T, lui rappela George.

- T ? s'inquiéta Hermione, l'air effaré. Encore pire que D ? Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire, T ?

- « Troll », répondit George.

Potter éclata de rire.

- Vous avez déjà eu un cours inspecté, vous ? leur demanda Fred.

- Non, répondit aussitôt Megan. Et vous ?

- Juste avant le déjeuner, dit George. Sortilèges.

- Comment ça s'est passé ? demandèrent ensemble Megan, Hermione et Potter.

Fred haussa les épaules.

- Pas trop mal. Umbridge était tapie dans un coin et griffonnait sur son bloc-notes. Tu connais Flitwick, il l'a traitée comme si c'était une invitée, ça n'avait pas l'air de le déranger le moins du monde. Elle n'a pas dit grand-chose, simplement posé quelques questions à Alicia sur la façon dont se passent les cours d'habitude. Alicia a répondu qu'ils étaient toujours intéressants et ça s'est arrêté là.

- Je ne vois pas comment on pourrait donner une mauvaise note à ce vieux Flitwick, dit George. En général, ses élèves sont toujours reçus aux examens.

- Vous avez qui, cet après-midi ? demanda.

- Trelawney, lâcha Megan avec mépris.

- Elle, c'est sûr qu'elle mérite un T.

- Et Umbridge aussi, renchérit Potter.

- Ecoute, sois gentil et contrôle tes nerfs avec Umbridge, aujourd'hui, d'accord ? dit Fred. Angelina va devenir cinglée si jamais tu rates encore une séance d'entraînement.

Megan lui jeta un coup d'œil en souriant. Elle aimait beaucoup le couple qu'ils formaient tous les deux. Mais au fond d'elle-même, cela la mettait mal à l'aise vis-à-vis d'elle-même et Kevan.

Megan, Ron et Potter furent confrontés à Umbridge dès le début de l'après-midi : alors qu'ils s'installaient dans la salle de Divination, ils la virent émerger de la trappe aménagée dans le sol. Les élèves qui bavardaient allègrement se turent aussitôt. La chute brutale du niveau sonore éveilla l'attention du professeur Trelawney, occupée à distribuer des exemplaires de L'Oracle des rêves.

- Bonjour, professeur Trelawney, dit Umbridge avec son large sourire. Je pense que vous avez dû recevoir mon petit mot ? Celui dans lequel je vous indiquais le jour et l'heure de mon inspection ?

Trelawney hocha sèchement la tête puis, l'air très mécontent, tourna le dos à Umbridge et continua de distribuer les livres. Toujours souriante, la Grande Inquisitrice saisit le dossier du fauteuil le plus proche qu'elle emporta à l'autre bout de la classe pour l'installer à quelques centimètres derrière celui de Trelawney. Puis elle s'assit, prit son bloc-notes dans son sac à fleurs et attendit que le cours commence. Les mains légèrement tremblantes, Trelawney resserra ses châles autour d'elle et contempla la classe à travers les énormes verres grossissants de ses lunettes.

- Aujourd'hui, nous allons poursuivre notre étude des rêves prémonitoires, dit-elle dans une courageuse tentative pour retrouver ses habituelles tonalités mystiques, bien que sa voix fût quelque peu chevrotante. Répartissez-vous en équipe de deux, s'il vous plaît. A l'aide de L'Oracle, vous échangerez vos interprétations de vos visions nocturnes les plus récentes.

Elle voulut retourner vers son fauteuil mais quand elle vit Umbridge assise juste derrière, elle bifurqua aussitôt vers la gauche en direction de Parvati et Lavender qui s'étaient déjà lancées dans une grande discussion autour du dernier rêve de Parvati. Son insuffisance allait être révélée à tous. Megan regretta qu'Umbridge n'ait pas eu l'occasion d'inspecter Gilderoy Lockhart, un autre des professeurs incompétents que Dumbledore avait jugé amusant d'embaucher.

- C'est ton tour, cette fois, lui annonça timidement Roger Malone.

Le journal de rêves de Megan était rempli d'inventions stupides : elle ne rêvait que de Voldemort et de Cedric, ou des sévices qu'elle avait subis.

- Je ne crois pas non, répondit-elle sans daigner le regarder.

Elle observait Umbridge, qui écrivait déjà sur son bloc-notes. Quelques minutes plus tard, elle se leva et se mit à arpenter la pièce dans le sillage de Trelawney, écoutant ses conversations avec les élèves, posant une question de-ci, de-là.

Malone ouvrit la bouche pour protester, mais un regard noir de Megan l'en dissuada. Il se mit donc à lui raconter, alors qu'elle n'écoutait que d'une oreille, qu'il avait rêvé d'un homme roux à lunettes qui tenait une imprimerie. Pendant ce temps, Umbridge continuait de gribouiller dans son bloc-notes.

- Eh, souffla Malone. Tu… tu dois l'interpréter, maintenant.

Distraitement, Megan ouvrit son Oracle des rêves.

- Imprimerie, marmonna-t-elle. Rêver d'une imprimerie révèle la droiture d'esprit du rêveur. « Persévérez à vous instruire, et vous réussirez ». Il faut cependant prendre garde aux adversaires qui complotent contre vous.

- Tu penses que des gens complotent pour m'empêcher de réussir mes BUSE ?

- Je m'en fous, Malone.

Le garçon se renfrogna et jeta un coup d'œil envieux à Neville et Dean, qui échangeaient avec enthousiasme sur la signification d'une inondation onirique.

- Euh, la dernière fois, tu avais oublié de faire le calcul, dit-il d'un ton hésitant après quelques secondes. Normalement, tu dois additionner mon âge et la date où j'ai fait le rêve, puis le nombre de lettres du sujet.

- Tu te rends bien compte que d'une langue à une autre le mot pour désigner le sujet change, et son nombre de lettres aussi, alors que la date et l'âge non, lança Megan d'un ton glacial. C'est absolument ridicule d'accorder la moindre importance à ce bouquin stupide, alors fais ton calcul toi-même.

Au même moment, Umbridge, qui avait fini d'interroger Neville sur son journal de rêves, s'approcha de leur table. Megan lui jeta un regard de défi, mais la Grande Inquisitrice passa devant eux comme si elle ne les avait pas vus. Megan fronça les sourcils : quelque chose clochait.

- Dites-moi, demanda Umbridge en levant les yeux vers Trelawney, depuis combien de temps occupez-vous ce poste exactement ?

Le professeur Trelawney se renfrogna, les bras croisés, les épaules voûtées, comme si elle cherchait à se protéger le mieux possible de l'indignité d'une telle inspection. Après un bref silence au cours duquel elle parut estimer que la question n'était pas offensante au point de refuser d'y répondre, elle déclara avec une profonde amertume :

- Près de seize ans.

- Une longue période, commenta Umbridge en écrivant quelque chose sur son bloc-notes. Et c'est donc le professeur Dumbledore qui vous a nommée ?

- Exact, répondit sèchement Trelawney.

Umbridge écrivit à nouveau.

- Vous êtes une arrière-arrière-petite-fille de la célèbre voyante Cassandra Trelawney ?

- Oui, répondit le professeur Trelawney en redressant un peu la tête.

Encore quelques mots jetés sur le bloc-notes.

- Mais je crois, vous me corrigerez si je me trompe, que vous êtes la première dans la famille depuis Cassandra à avoir le don de double vue ?

- Ces choses-là sautent souvent... heu... trois générations, assura le professeur Trelawney.

Le sourire de crapaud d'Umbridge s'élargit.

- Bien sûr, dit-elle d'une voix douce en écrivant encore quelques mots. Alors, peut- être pourriez-vous me prédire quelque chose ?

Toujours souriante, elle la regardait d'un air interrogateur. Le professeur Trelawney se raidit, comme si elle n'en croyait pas ses oreilles.

- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, répondit-elle en serrant son châle d'un geste convulsif autour de son cou décharné.

- J'aimerais bien que vous me fassiez une prédiction, dit très clairement le professeur Umbridge.

A présent, la plupart des élèves, fascinés, observaient à la dérobée le professeur Trelawney qui s'était redressée de toute sa taille, ses colliers et ses bracelets de perles s'entrechoquant bruyamment.

- Le troisième œil ne voit pas sur commande ! déclara-t-elle, scandalisée.

- Je comprends, dit le professeur Umbridge à mi-voix en prenant encore quelques notes.

- Je... mais... mais... attendez ! dit soudain le professeur Trelawney.

Elle fit une tentative pour reprendre son habituel ton éthéré, mais ses accents mystiques étaient gâchés par la colère qui faisait trembler sa voix.

- Je... je crois que je vois quelque chose... quelque chose qui vous concerne vous... Oui, je sens quelque chose... quelque chose de sombre... une très grave menace...

Le professeur Trelawney pointa un index tremblant sur le professeur Umbridge qui continuait de lui sourire aimablement, les sourcils levés.

- J'ai bien peur... j'ai bien peur que vous ne soyez en grand danger ! acheva le professeur Trelawney d'un ton dramatique.

- Comme d'habitude, ricana Megan sans prendre la peine de baisser la voix.

Il y eut un silence. Umbridge continuait de hausser les sourcils.

- Bien, dit-elle à voix basse en écrivant encore sur son bloc-notes, si vous ne pouvez pas faire mieux...

Elle se détourna, laissant Trelawney plantée sur place, la respiration haletante. Lorsque celle-ci eut recouvert ses esprits, elle se précipita à la table de Ron et Potter.

- Alors ? dit-elle avec une brusquerie inhabituelle, en claquant des doigts sous le nez de Potter. Montrez- moi un peu le journal de vos rêves, je vous prie.

Elle entreprit alors de donner de toute la force de sa voix son interprétation personnelle des rêves du garçon (dont chacun, même celui dans lequel il mangeait du porridge, annonçait apparemment une mort atroce et prématurée). Pendant tout ce temps, Umbridge était restée tout près et continuait d'écrire sur son bloc-notes. Quand la cloche retentit, elle fut la première à descendre l'échelle d'argent et, dix minutes plus tard, elle les attendait au cours de défense contre les forces du Mal.

A leur entrée dans la classe, elle chantonnait et souriait toute seule. Ron et Potter racontèrent à Hermione, qui revenait du cours d'Arithmancie, ce qui s'était passé en divination. Entre temps, tout le monde avait sorti son livre sur la Théorie des stratégies de défense magique et, avant qu'Hermione ait pu poser la moindre question, le professeur Umbridge avait demandé le silence, qu'elle obtint aisément.

- Rangez vos baguettes, ordonna-t-elle avec un sourire.

Les quelques élèves suffisamment optimistes pour les avoir sorties durent les remettre tristement dans leur sac.

- Puisque nous avons fini de lire le premier chapitre au cours précédent, je voudrais maintenant que vous ouvriez vos livres à la page 19 et que vous commenciez la lecture du chapitre deux : « Les théories de défense les plus communes et leurs dérivés ». Bien entendu, il sera inutile de bavarder.

Arborant toujours son large sourire satisfait, elle s'assit à son bureau. La classe tout entière laissa échapper un long soupir parfaitement audible et se reporta d'un même mouvement à la page 19 – tous sauf Megan et Hermione. Toutes deux, suivant leur stratégie élaborée la veille, avaient levé la main. Umbridge les avait vues, mais apparemment, elle avait mis au point une nouvelle stratégie pour faire face à ce genre d'éventualité. Au lieu de regarder ailleurs comme si elle n'avait rien remarqué, elle se leva et s'approcha de leur table. Puis elle se pencha vers elle et murmura, de telle sorte que le reste de la classe ne puisse l'entendre :

- Qu'y a-t-il, cette fois, Miss Granger, Miss Buckley ?

- On a déjà lu le chapitre deux, répondit Megan.

À l'inverse d'Umbridge, elle ne murmurait pas mais parlait d'une voix claire, forte et assurée qui attira l'attention de toute la classe.

- Dans ce cas, passez donc au chapitre trois.

- Celui-là aussi, nous l'avons lu, répondit Hermione, qui parlait également d'une voix claironnante. En fait, nous avons lu tout le livre.

Umbridge cligna des yeux mais elle reprit aussitôt contenance.

- Très bien, dans ce cas, vous devriez pouvoir me répéter ce que Slinkhard dit des contre-maléfices au chapitre quinze.

- Il dit que le terme de contre-maléfice est impropre, répondit aussitôt Megan.

- Et que les gens donnent le nom de contre-maléfice à leurs propres maléfices pour les rendre plus acceptables, ajouta Hermione avec un air de défi.

Umbridge haussa les sourcils : elle ne pouvait s'empêcher d'être impressionnée.

- Mais on n'est pas d'accord avec ça, poursuivit Megan avec un air de défi.

Les sourcils d'Umbridge se levèrent un peu plus et son regard devint nettement plus froid.

- Vous n'êtes pas d'accord ?

- Non, dit Hermione. Mr Slinkhard n'aime pas les maléfices, mais nous, nous pensons qu'ils peuvent se révéler très utiles lorsqu'on les utilise pour se défendre.

Megan approuva d'un hochement de tête, sans lâcher Umbridge des yeux.

- Ah vraiment, voyez-vous cela ? répliqua Umbridge.

Elle avait oublié de murmurer et s'était redressée.

- Eh bien, je crains que ce soit l'opinion de Mr Slinkhard et non les vôtres qui importe dans cette classe, Miss Granger et Buckley.

- Mais..., commença Hermione.

- Ça suffit, coupa Umbridge.

Elle revint vers son bureau et se tourna face aux élèves. L'enjouement dont elle avait fait étalage jusqu'à présent avait totalement disparu.

- Miss Granger, Miss Buckley, dit-elle, j'enlève dix points à la maison Gryffondor.

Des marmonnements s'élevèrent aussitôt dans toute la classe.

- Et pourquoi ? demanda Potter avec colère avant que Megan ait pu répondre.

Elle était profondément agacée de l'intervention de Potter. Il allait commettre les mêmes erreurs que la semaine dernière, sans comprendre qu'une nouvelle approche était à privilégier.

- Ne t'en mêle pas ! lui murmura précipitamment Hermione.

- Pour avoir perturbé mon cours avec des interruptions intempestives, répondit Umbridge de sa voix doucereuse. Je suis ici pour vous apprendre à utiliser une méthode approuvée par le ministère et qui ne nécessite aucunement que les élèves donnent leur opinion sur des sujets auxquels ils ne comprennent pas grand-chose. Vos professeurs précédents vous ont peut-être accordé une plus grande licence mais comme aucun d'entre eux n'aurait passé avec succès l'épreuve de l'inspection – à part le professeur Quirrell qui, au moins, s'était limité à l'étude de sujets adaptés à l'âge de ses élèves...

- Ah oui, ça, c'était un grand professeur, Quirrell, l'interrompit Potter. Son seul petit défaut, c'est qu'il avait Lord Voldemort collé à l'arrière de la tête.

Cette déclaration fut suivie d'un des silences les plus assourdissants que Megan ait jamais entendus. Puis...

- Je crois qu'une autre semaine de retenue vous ferait le plus grand bien, Mr Potter, dit Umbridge d'une voix onctueuse.

Angelina allait être folle. Megan la croisa justement alors qu'elle sortait de table le soir-même. Avec un regard énigmatique, la capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor l'entraîna à l'écart.

- Je ne sais pas si on te l'a dit, mais les Serpentard sont venus assister à notre entraînement, avant-hier, dit-elle à voix basse lorsqu'elles se furent éloignées.

- Oui, Fred et George me l'ont dit. Vous devez les ignorer, c'est bien parce qu'ils savent que vous êtes doués qu'ils essayent de vous déstabiliser.

- Oui, peut-être, mais ce n'est pas… Leurs horaires d'entraînement sont bien gardés par Montague, et je ne connais toujours pas la composition de leur nouvelle équipe.

Megan observa son amie d'un air circonspect. Pourquoi lui disait-elle cela ?

- Tu… Tu t'entends bien avec Draco Malfoy, non ? ajouta Angelina avec une timidité qui ne lui ressemblait pas.

- C'est une blague ? C'est Fred qui t'a dit ça ?

Le visage de la jeune femme suffit à lui répondre.

- Je vais lui tordre le cou. Je vais lui coller les deux jambes l'une à l'autre pour qu'il ne puisse plus jamais remonter sur un balai. Il t'a vraiment fait croire que je pourrais aller voir Draco et lui demander la composition de son équipe et les horaires de ses entraînements ?

- Non, non, non ! Il a dit que c'était plus compliqué que ça, mais il a laissé sous-entendre que, peut-être, ce serait plus facile pour toi de… d'en savoir plus.

- Je n'irai pas voir Draco, ni aucun autre Serpentard pour lui poser des questions sur l'équipe de Quidditch…

Elle se tut alors qu'un groupe de sixième année arborant l'uniforme vert et argent passait près d'elles, puis reprit :

- … mais je peux peut-être obtenir des informations discrètement.

Le visage d'Angelina s'illumina.

- C'est vrai ? Oh, merci mille fois, Megan ! Je te revaudrai ça.

- Tu peux payer ta dette envers moi en donnant un coup de pied bien placé à ton petit ami, maugréa la jeune fille.

Angelina rougit autant que le lui permettait sa carnation. De toute évidence, elle n'avait encore jamais employé ce terme pour désigner sa relation avec sa Fred.

- Tu, euh… Je…

Megan éclata de rire en la voyant bafouiller : Angelina ne perdait pas souvent pied.

- Ce n'est pas grave, rit-elle, je m'en chargerai moi-même.

- Dis, euh… Harry a fait des progrès avec Umbridge ? reprit Angelina pour changer de sujet.

- Non, grogna Megan. Il est incapable de se taire quand il le faut, il a encore écopé d'une semaine de retenue, l'idiot.

- QUOI ?

La nouvelle fit entrer Angelina dans une colère noire. Ne pouvant lui mettre la main dessus le soir-même compte tenu du fait qu'il se trouvait dans le bureau d'Umbridge, elle intercepta le fautif dès le lendemain matin lorsqu'il arriva à la table de Gryffondor pour le petit-déjeuner. Elle se mit alors à crier si fort que le professeur McGonagall quitta la table des enseignants pour se précipiter vers eux.

- Miss Johnson, comment osez-vous faire un tel vacarme dans la Grande Salle ? Cinq points de moins pour Gryffondor !

- Mais, professeur... il s'est encore arrangé pour avoir une retenue...

- Qu'est- ce que c'est que ça, Potter ? demanda sèchement le professeur McGonagall. Qui vous a donné une retenue ?

- Le professeur Umbridge, marmonna Potter, le regard fuyant.

- Êtes-vous en train de me dire, répondit-elle, en baissant la voix pour que les curieux assis derrière eux à la table des Serdaigle ne puissent l'entendre, que malgré mon avertissement de lundi dernier, vous avez de nouveau perdu votre calme dans la classe du professeur Umbridge ?

- Oui, grommela Potter, les yeux fixés sur le sol.

- Potter, vous devez vous ressaisir ! Vous vous exposez à de sérieux ennuis ! Encore cinq points de moins pour Gryffondor !

- Mais... que... ? Non, professeur ! J'ai déjà été puni par elle, pourquoi en plus nous enlever des points ?

- Parce que les retenues ne semblent avoir aucun effet sur vous ! répliqua le professeur McGonagall d'une voix tranchante. Non, plus un mot de protestation, Potter ! Quant à vous, Miss Johnson, vous êtes priée à l'avenir de limiter vos performances vocales au terrain de Quidditch si vous ne voulez pas courir le risque de perdre votre poste de capitaine de l'équipe !

Le professeur McGonagall retourna à grands pas à sa table. Angelina lança à Potter un regard de profond dégoût puis s'éloigna tandis qu'il se laissait tomber sur le banc à côté de Ron, l'air furieux.

- Elle nous enlève des points parce que je me fais charcuter la main tous les soirs ! C'est juste, ça, hein ? C'est juste ?

Megan haussa un sourcil : copier des lignes n'était pas ce qu'elle pouvait appeler « se faire charcuter la main ». Mais lorsqu'elle baissa les yeux sur la main gauche du garçon, elle y découvrit une plaie sanguinolente qui, lorsqu'on la regardait bien, prenait la forme d'une phrase : « je ne dois pas dire de mensonges ». Qu'est-ce que cela signifiait, est-ce qu'Umbridge passait toute la retenue à graver ces mots dans la main du garçon avec une lame de rasoir ? Elle n'avait pas l'intention de poser la question à Potter, peu désireuse de lui témoigner une quelconque forme d'intérêt, mais nota dans un coin de sa tête de poser la question à Hermione un peu plus tard.

- Je sais, mon vieux, je sais, répondit Ron d'un ton compatissant en servant à Potter quelques tranches de bacon. Elle est complètement à côté de la plaque.

Hermione, elle, se contentait de feuilleter La Gazette du sorcier sans dire un mot.

- Toi, tu penses que McGonagall a raison, c'est ça ? dit Potter avec colère en s'adressant à la photo de Cornelius Fudge étalée à la une derrière laquelle se cachait Hermione.

- J'aurais mieux aimé qu'elle ne t'enlève pas de points, mais je crois qu'elle a raison de t'inciter à garder ton calme avec Umbridge, répondit la voix d'Hermione, tandis que Fudge gesticulait avec force comme s'il prononçait un discours.

Le garçon n'adressa plus la parole à Hermione pendant tout le cours de sortilèges, ce qui laissa à Megan l'occasion de la questionner sur la blessure qu'il arborait à la main.

- C'est Umbridge, souffla la jeune fille en se dissimulant derrière son exemplaire de Réussir ses sortilèges. Elle lui fait copier « je ne dois pas dire de mensonges », mais elle lui a donné une plume qui fait qu'il écrit avec son propre sang pendant que la phrase s'inscrit dans sa chair ! C'est absolument révoltant, mais il ne veut rien dire à Dumbledore ou à McGonagall, il ne veut pas se plaindre parce qu'il pense que ce serait une victoire pour elle…

- Il est stupide, souffla Megan. Il se laisse faire !

Une chose était sûre, elle n'aurait jamais laissé un professeur lui infliger un châtiment corporel. Si Umbridge avait tenté de lui coller une telle plume entre les mains, celle-ci aurait terminé sa course dans l'œil du professeur.

- Ça me rappelle que j'avais prévu de lui préparer une solution filtrée de tentacules de Murlap marines, chuchota Hermione, ignorant la remarque insultante. Je lui donnerai ce soir, ça soulagera sa douleur.

Umbridge leur infligea le déplaisir de sa présence dès le cours suivant : lorsqu'ils entrèrent en classe de métamorphose, ils la trouvèrent assise avec son bloc-notes dans un coin de la salle.

- Parfait, dit Ron tandis qu'ils s'asseyaient à leurs places habituelles. Umbridge va enfin avoir ce qu'elle mérite.

Le professeur McGonagall s'avança dans la classe sans manifester le moindre signe indiquant qu'elle avait remarqué la présence du professeur Umbridge.

- Bien, ça suffit, dit-elle et le silence se fit aussitôt. Mr Finnigan, ayez la gentillesse de venir prendre les devoirs corrigés que vous distribuerez à vos camarades... Miss Brown, s'il vous plaît, prenez cette boîte de souris... Allons, ne soyez pas stupide, elles ne vous feront aucun mal...Vous en donnerez une à chaque élève...

- Hum, hum, fit Umbridge, avec cette même petite toux stupide qui avait interrompu Dumbledore le soir de la rentrée.

Le professeur McGonagall ne lui accorda aucune attention. Seamus rendit son devoir à Megan, qui découvrit avec satisfaction qu'elle avait obtenu un O, tout comme Hermione. Elles échangèrent des sourires.

- Alors, écoutez-moi bien, tous – Dean Thomas, si vous refaites ça à cette souris, vous aurez une retenue –, la plupart d'entre vous sont parvenus à faire disparaître leurs escargots et même ceux à qui il est resté un peu de coquille ont compris l'essentiel du sortilège. Aujourd'hui, nous allons...

- Hum, hum.

- Oui ? répondit le professeur McGonagall qui se tourna vers Umbridge, les sourcils si rapprochés qu'ils semblaient former une seule ligne, longue et rigide.

- J'étais en train de me demander, professeur, si vous aviez reçu mon petit mot vous indiquant le jour et l'heure de mon inspec...

- Bien sûr que je l'ai reçu, sinon je vous aurais demandé ce que vous faisiez dans ma classe, répliqua le professeur McGonagall, en tournant résolument le dos à la Grande Inquisitrice.

De nombreux élèves échangèrent des regards réjouis. Megan arborait un large sourire carnassier.

- Comme je le disais, nous allons pratiquer aujourd'hui une Disparition plus difficile, celle d'une souris. Le sortilège de Disparition...

- Hum, hum.

- Je ne vois pas très bien, dit le professeur McGonagall avec une colère froide, comment vous espérez vous faire une idée de mes méthodes d'enseignement si vous persistez à m'interrompre sans cesse. En règle générale, je ne permets à personne de parler en même temps que moi.

On aurait dit que le professeur Umbridge venait de recevoir une gifle. Elle ne répondit pas un mot mais ajusta son parchemin sur son bloc-notes et se mit à écrire frénétiquement. L'air suprêmement indifférent, le professeur McGonagall s'adressa à nouveau à la classe :

- Comme je le disais, le sortilège de Disparition devient d'autant plus difficile que l'animal à faire disparaître est plus complexe. L'escargot, qui n'est qu'un simple invertébré, ne présente pas d'obstacle majeur. Mais la souris, qui est un mammifère, offre une plus grande résistance. Ce n'est donc pas un acte magique qu'on peut accomplir en pensant à ce qu'on va manger le soir. Alors, maintenant... vous connaissez l'incantation, montrez-moi ce que vous êtes capables de faire...

Umbridge ne suivit pas le professeur McGonagall dans toute la classe comme elle l'avait fait avec le professeur Trelawney. Sans doute se rendait-elle compte que McGonagall ne l'aurait pas toléré. Elle prit cependant beaucoup de notes sans quitter le coin où elle s'était assise et, lorsque leur professeur annonça aux élèves qu'ils pouvaient ranger leurs affaires, elle se leva avec une expression sinistre.

- C'est quand même un début, dit Ron.

Il tenait entre les doigts une longue queue de souris qui se tortillait et la laissa tomber dans la boîte que Lavender passait entre les rangées. Megan reçut un coup de coude de Ron, qui lui désigna Umbridge qui s'approchait du bureau de McGonagall. Megan adressa à son tour un coup de coude à Hermione, et tous les quatre s'attardèrent délibérément pour entendre ce qui se disait.

- Depuis combien de temps enseignez-vous à Poudlard ? demanda Umbridge.

- Ça fera trente-neuf ans en décembre, répondit le professeur McGonagall avec brusquerie en fermant son sac d'un coup sec.

Umbridge écrivit quelque chose.

- Très bien, vous recevrez les résultats de votre inspection dans un délai de dix jours.

- Je les attends avec impatience, répliqua le professeur McGonagall avec une froide indifférence avant de se diriger à grands pas vers la porte de la salle. Dépêchez-vous, tous les quatre, ajouta-t-elle en poussant Megan, Ron, Hermione et Potter devant elle.

Ron était pressé de raconter l'inspection de McGonagall aux jumeaux tandis qu'ils se dirigeaient vers la Grande Salle pour le déjeuner. Mais lorsqu'elle aperçut Fred, Megan attrapa le garçon par le bras et recourut à toute sa force physique pour le plaquer contre le mur du couloir. Ron, Hermione, Potter et George la regardèrent faire avec des yeux écarquillés.

- On vous rejoint, lança-t-elle sans les regarder, dardant sur Fred un regard noir.

- Qu'est-ce que…

- Laissez, on vous rejoint dans deux minutes, lança tranquillement Fred en adressant aux quatre autres un sourire rassurant.

Ron, Hermione et Potter hésitèrent, mais George les entraîna vers la Grande Salle. Il jeta cependant un regard inquiet derrière lui.

- Toi, tu as discuté avec Angelina, devina Fred.

- Tu lui as dit que je m'entendais bien avec Draco et que je pourrais aller lui parler de l'équipe de Quidditch ? siffla Megan entre ses dents serrées, son visage à quelques centimètres de celui de Fred.

- Je ne l'ai pas dit comme ça.

- Il n'y a aucune façon de dire ça ! Tu sais très bien qu'on ne se parle plus !

- Je sais surtout que personne n'a le droit de l'insulter devant toi, et que je ne l'ai jamais vu s'en prendre à toi ou laisser un de ses macaques s'en occuper. Il y a toujours de l'amitié entre vous deux. De l'amitié, ou quelque chose d'autre.

- Rien, Fred Weasley, il n'y a rien ! tonna Megan. Et je ne te permets pas d'aller discuter de ça avec qui que ce soit !

Fred tendit les bras et attira Megan contre lui.

- Je suis désolé si je t'ai blessée, Meggie, murmura-t-il. Ça n'arrivera plus.

Aucun d'eux n'aperçut, un peu plus loin dans le couloir, Kevan qui les observait, figé.


Le début de l'après-midi apporta avec lui la désagréable surprise de retrouver Umbridge et son bloc-notes attendant à côté du professeur Grubbly-Plank.

- D'habitude, ce n'est pas vous qui assurez ce cours, c'est bien cela ? entendit Megan alors qu'ils arrivaient devant la table à tréteaux sur laquelle les Botrucs captifs s'agitaient en tous sens à la recherche de cloportes, telles des branches douées de vie.

- C'est bien cela, répondit le professeur Grubbly-Plank.

Les mains derrière le dos, elle se balançait d'avant en arrière.

- Je remplace le professeur Hagrid en son absence.

Megan échangea des regards inquiets avec Ron et Hermione. Draco chuchotait avec Crabbe et Goyle. Il serait certainement ravi de saisir cette occasion pour raconter des histoires sur Hagrid à une représentante du ministère. Megan l'observa à la dérobée. Qu'avait voulu dire Fred, toute à l'heure ? La seule fois où Draco lui avait adressé la parole cette année, c'était pour lui transmettre un message de Voldemort, et il l'avait repoussée dès qu'elle avait évoqué la possibilité qu'il la rejoigne dans la guerre qui s'annonçait. Elle ne représentait rien pour lui. Et

- Mmmm, dit Umbridge.

Elle baissa la voix, mais Megan parvenait quand même à l'entendre clairement.

- Je me demande... Le directeur semble étrangement réticent lorsque je lui pose des questions à ce sujet... Mais vous, pourriez-vous me dire la raison de cette absence très prolongée du professeur Hagrid ?

Draco leva les yeux d'un air avide, prouvant qu'il n'en savait pas plus que l'Ordre du Phénix sur la question.

- Bien peur de ne pas pouvoir vous répondre, dit le professeur Grubbly-Plank d'un air jovial. N'en sais pas plus que vous sur la question. Reçu un hibou de Dumbledore, est-ce que je voulais un travail d'enseignante pendant deux semaines. J'ai accepté. Voilà tout ce que je sais. Bon... alors je commence ?

- Oui, je vous en prie, dit Umbridge en écrivant sur son bloc-notes.

Elle adopta une autre méthode durant ce cours. Elle se promenait parmi les élèves en leur posant des questions sur les créatures magiques. La plupart donnèrent les bonnes réponses au moins, la classe faisait honneur à Hagrid. Après avoir longuement interrogé Dean Thomas, Umbridge retourna au côté du professeur Grubbly-Plank.

- D'une manière générale, dit-elle, en tant que membre provisoire de l'équipe pédagogique – un observateur objectif, en quelque sorte –, comment trouvez-vous Poudlard ? Pensez-vous que vous bénéficiez d'un soutien suffisant de la part de la direction ?

- Oh oui, Dumbledore est un excellent directeur, répondit le professeur Grubbly-Plank avec chaleur. Je suis très heureuse de la façon dont les choses sont organisées, vraiment très heureuse.

Avec un air d'incrédulité polie, Umbridge griffonna un mot sur son bloc-notes et poursuivit :

- Qu'est-ce que vous avez l'intention d'étudier cette année avec cette classe - en supposant bien sûr que le professeur Hagrid ne revienne pas ?

- Oh, je leur ferai faire un tour d'horizon des créatures qui reviennent le plus souvent aux épreuves de BUSE, répondit le professeur Grubbly-Plank. Il ne reste plus grand- chose, ils ont déjà vu les licornes et les Niffleurs. Je pensais ajouter les Porlocks et les Fléreurs, leur apprendre à reconnaître les Croups et les Noueux, voilà...

- Vous, au moins, vous semblez savoir ce que vous faite remarqua le professeur Umbridge en traçant une croix bien nette sur son bloc-notes.

Elle se tourna ensuite vers Goyle :

- J'ai entendu dire qu'il y avait eu des blessés dans cette classe ?

Goyle eut un sourire stupide et Draco s'empressa de répondre à sa place :

- C'est moi qui ai été blessé, dit-il, un hippogriffe m'a fait une entaille au bras.

- Un hippogriffe ? s'exclama Umbridge.

Elle se mit soudain à griffonner avec frénésie sur son bloc-notes.

- C'est simplement parce qu'il a été trop bête pour écouter ce que Hagrid lui a dit, intervint Potter avec colère.

Megan inspira un grand coup pour ne pas se mettre en colère contre lui. Ron et Hermione poussèrent tous deux un gémissement. Umbridge tourna lentement la tête vers Potter.

- Voilà qui nous fera une soirée de retenue supplémentaire, dit-elle à mi-voix. Eh bien, merci, professeur Grubbly-Plank. Je n'ai plus besoin de rien. Vous recevrez les résultats de votre inspection dans un délai de dix jours.

- C'est parfait, répondit le professeur Grubbly-Plank.

- Celle-là, tu ne l'as pas volée, dit Megan à Potter d'un ton abrupt.

Et Umbridge s'éloigna sur la pelouse en direction du château.

- Tu es sérieuse ? s'exclama Potter.

- Tu devrais apprendre à te taire, asséna Megan avant de se détourner de lui pour se consacrer à l'étude de son Botruc.

Hermione et Ron poussèrent des cris étranglés d'indignation auxquels elle ne prêta pas attention. Aucun des trois autres ne lui adressèrent la parole pendant le cours de Botanique, ce qui ne la dérangea pas. Peu désireuse de supporter leur mauvaise humeur, elle préféra prendre congé dès qu'ils quittèrent la serre. Elle se posta près d'une fenêtre dans le château pour guetter le terrain de Quidditch, voir si elle y apercevait l'équipe de Serpentard, mais après une demi-heure de surveillance, elle estima qu'aucun entraînement ne devait être prévu ce soir-là. Elle prit donc la direction de la salle commune de Serdaigle, espérant croiser Kevan en chemin – un vœu qui fut exaucé. Le garçon avait encore les cheveux humides, signe qu'il venait de prendre sa douche.

- Je ne suis jamais rentrée dans la salle de bain des préfets, tu me montrerais un jour ? minauda-t-elle en se hissant sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur ses lèvres.

Renonçant à retourner dans sa salle commune, il l'entraîna vers le parc pour qu'ils y savourent ensemble les derniers rayons du soleil. Ce n'était pas dans les habitudes de Megan de passer du temps ainsi avec Kevan, mais elle se sentait redevable de quelque chose envers lui.

- Tu as eu des cours inspectés par l'horrible crapaud ? demanda-t-elle alors qu'elle s'installait entre ses jambes, son dos contre son torse.

- Oui, hier soir, en astrologie.

- Et alors ?

- Et alors rien du tout, qu'est-ce que tu veux qu'elle reproche à Sinistra ?

Le ton de Kevan était plus sec que d'ordinaire, et son esprit semblait ailleurs tandis qu'il jouait machinalement avec une mèche des cheveux de Megan. La jeune fille leva les yeux vers lui en fronçant les sourcils.

- Euh, si je te soûle, je m'en vais.

- Tu ne me soûles pas…

Il y eut un long silence, et lorsqu'il comprit que sa petite amie n'en démordrait pas, il détourna le regard et reprit :

- C'est avec Fred que tu couchais, quand on était séparés ?

Megan écarquilla les yeux, entrouvrit la bouche, ne trouva pas quoi répondre, fronça les sourcils puis interrogea Kevan du regard, mais celui-ci regardait obstinément vers la rive opposée du lac noir, la mâchoire crispée.

- Euh… Mais alors non. Alors pas du tout.

Kevan hocha imperceptiblement la tête mais ne dit rien.

- C'est quoi cette plaisanterie ? insista Megan. Tu te rends compte de l'absurdité de ce que tu dis ?

- Je ne vois pas en quoi c'est absurde. Tu l'aimes bien non ? Plus que George, ou Lee, ou Chad…

Megan fronça à nouveau les sourcils. Oui, elle avait au fond d'elle une préférence pour Fred, mais cela ne s'était jamais exprimé de quelque manière que ce soit, et certainement pas sexuellement.

- Fred, c'est… Je l'adore. Mais comme j'adore George. Lee et Chad sont mes amis – mais pourquoi je suis en train de t'expliquer ça ?

- Tu n'as jamais couché avec lui ?

- Mais enfin mais non !

Elle s'était retournée pour pouvoir le regarder en face, mais il persistait à détourner les yeux. Elle fit claquer ses doigts sous son nez, agacée.

- Je suis là, oh ! Qu'est-ce que tu racontes ? C'est quoi ces questions stupides tout à coup ? Tu as respiré trop de bulles de savon sous la douche ou quoi ?

- Tu as dit que toi aussi tu avais quelqu'un avec qui « c'était physique », répondit Kevan d'un ton accusateur en se tournant enfin vers elle.

Des flashes de ses moments avec Cal s'imposèrent à Megan, mais elle les chassa rapidement.

- Eh bien ce n'était pas Fred, répondit-elle en se retournant, les bras croisés sur sa poitrine.

- Qui est-ce que c'était ?

- Peu importe.

- Moi, tu le sais !

- Et je n'ai pas envie d'y penser !

Elle se leva et attrapa ses affaires. Kevan la regarda d'un air soupçonneux.

- Je fais comment pour ne pas me méfier –

- Tu me fais confiance ! le coupa Megan, furieuse. Qu'est-ce que tu crois ?

- J'aimerais juste savoir si je mange tous les jours à côté du mec qui s'est tapé ma copine et qui, lui, le sait parfaitement, alors que moi –

- Personne ne s'est « tapé ta copine », Garrow ! Tu m'avais quittée, tu te souviens ? Et il n'est même pas à Poudlard !

Furibonde, elle remonta le chemin qui menait au château d'un pas rapide, et Kevan ne tenta pas de la rattraper. D'une humeur massacrante, elle se rendit tout droit dans la Grande Salle pour dîner. Ron et Hermione étaient déjà remontés dans la salle commune, et Potter était en retenue avec Umbridge, ce qu'elle constata avec satisfaction. En revanche, Fred et George se trouvaient là, pliés de rire après avoir réussi à faire avaler à Geoffrey Hooper un des bonbons qui colorait les cheveux. Écarlate, le garçon aux cheveux noirs arborait désormais une touffe de cheveux jaune fluo. Le spectacle n'amusa cependant pas Megan, qui s'assit aussi loin d'eux que possible et entreprit d'avaler son dîner en silence.

- Tu es toute seule ?

Il n'avait fallu aux jumeaux que cinq minutes pour la remarquer et changer de place pour venir s'installer avec elle, délaissant leur auditoire.

- Tu as deviné ça tout seul ou ce sont les places libres autour de moi qui t'ont mis sur la piste ? répliqua-t-elle sans lever les yeux de son assiette.

Fred et George échangèrent un regard surpris. Ce n'était pas dans ses habitudes de s'adresser à eux ainsi.

- Tu m'en veux encore pour toute à l'heure ? s'enquit Fred.

Pour toute réponse, elle planta rageusement sa fourchette dans une pomme de terre.

- Kevan croit qu'on a couché ensemble.

Elle enfourna la pomme de terre dans sa bouche, préférant se brûler que poursuivre sa phrase. Les jumeaux l'observèrent d'un air parfaitement ahuri. George fut le premier à reprendre contenance :

- Tous les trois ? bafouilla-t-il.

- Non, juste avec Fred, grommela Megan.

- Et pourquoi pas avec moi ? s'indigna George.

Megan le regarda en secouant la tête, les yeux écarquillés.

- Mais pourquoi il croit ça ? bégaya Fred, ahuri.

Peu désireuse de se lancer des explications, Megan continua de mâchonner ses pommes de terre avec application.

- Mais tu as vraiment… Enfin, est-ce que tu l'as déjà…

- Trompé ? Vous me prenez pour qui, exactement ?

- Non, bien sûr que non, tu n'aurais jamais fait ça. Mais vous avez été séparés, n'est-ce pas ?

- Et ce qui s'est passé à ce moment-là ne le concerne donc pas.

- Mais vous étiez séparés cet été, et cet été tu étais… Tu étais... au square…

Fred et George échangèrent un regard horrifié. Megan posa sa fourchette pour les observer d'un air inquiet.

- C'est quoi cette tête ? s'enquit-elle.

- Ron, souffla George. Quelle horreur.

- Mais ça ne va pas bien ? hoqueta Megan. Je ne pourrais jamais –

- Oh, non, je sais, dit précipitamment Fred, oh Merlin, c'est pour ça que vous êtes aussi distants, mais après ce que vous avez vécu ensemble l'année dernière, c'est compréhensible !

- Tu parles de Potter ? suffoqua Megan, un peu plus ahurie chaque fois qu'un des jumeaux énonçait une hypothèse.

- Qui ça pourrait être d'autre ? Oh non, oh ne me dis pas que c'est Bill, pas après tout ce qu'il a dit sur toi –

- Mais vous n'avez pas bientôt fini de raconter n'importe quoi ? glapit Megan.

Elle regarda autour d'elle pour s'assurer que personne n'avait pu entendre leurs affreuses suggestions.

- Je ne suis pas arrivée au square Grimmaurd tout de suite après la fin de l'année, d'accord ?

- Oh là là, mais avec qui est-ce que tu étais ? souffla Fred.

- Ça, ça ne vous regarde pas.

Elle n'avait aucune envie de leur parler de Cal. C'était son secret, chaque fois qu'elle pensait à lui elle avait envie de sourire, et la semaine qu'elle avait passée avec lui à Stourbridge avait été une véritable bouffée d'air. Elle ne voulait rien dire ou faire qui pourrait faire éclater la bulle dans laquelle elle vivait lorsqu'elle était avec lui.

Elle avala d'un trait le fond de son verre de jus de citrouilles et quitta la Grande Salle. Malgré l'absence de toute menace concrète de Voldemort, elle ne passait pas exactement l'année qu'elle avait espéré. Tous les invariables de sa vie avaient été bousculés : les Boyd avaient quitté le pays, elle se disputait avec Hermione à cause des jumeaux, elle se disputait avec les jumeaux à cause de Kevan et Draco, et elle se disputait avec Kevan à cause d'Ally Collins. Il ne manquerait plus qu'Umbridge vienne bouleverser l'équilibre normal de Poudlard.

Hermione préparait un bol d'essence de Murlap lorsque Megan entra dans la salle commune de Gryffondor.

- Où est-ce que tu étais passée ? lança Ron, qui s'occupait de ses devoirs.

Megan haussa les épaules et s'installa près de la cheminée pour s'y réchauffer. L'ambiance de la pièce était calme, et ses deux amis ne semblaient plus lui en vouloir pour son attitude en cours de soins aux créatures magiques. Cette atmosphère contribua à apaiser sa colère, et quelques heures plus tard elle écoutait avec entrain Hermione lui expliquer combien Umbridge était une catastrophe pédagogique et qu'il était nécessaire de trouver un autre angle d'attaque que la lecture de son livre vide de sens. Il était presque minuit, et la salle commune avait été désertée. Ron et Hermione refusaient d'aller se coucher tant que Potter ne serait pas revenu de sa nouvelle soirée de retenue, et Megan n'avait pas sommeil.

Lorsque le garçon émergea du trou caché derrière le portrait, le foulard dans lequel il avait enveloppé sa main gauche était tâché de sang.

- Tiens, dit Hermione en poussant vers lui le bol qu'elle avait préparé. Trempe ta main là- dedans, c'est une solution filtrée de tentacules de Murlap marines, ça devrait te faire du bien.

Potter y plongea sa main ensanglantée tandis que Crookshanks s'enroulait autour de ses jambes en ronronnant bruyamment puis sautait sur ses genoux et s'y installait.

- Merci, dit-il avec reconnaissance en grattant Crookshanks derrière les oreilles avec sa main gauche.

- Je pense toujours que tu devrais te plaindre auprès de quelqu'un, dit Ron à voix basse.

- Non, répondit Potter d'un ton catégorique.

- McGonagall serait folle de rage si elle savait ça...

- Oui, sans doute. Et combien de temps crois-tu qu'il faudrait à Umbridge pour faire passer un nouveau décret stipulant que quiconque se plaindra de la Grande Inquisitrice sera immédiatement renvoyé ?

Ron ouvrit la bouche mais aucune réplique ne lui vint à l'esprit et il finit par la refermer, dépité. Megan elle-même dut admettre que la remarque n'était pas dénuée de sens.

- Cette bonne femme est abominable, dit Hermione d'une petite voix. Abominable. Tu sais, j'étais justement en train de dire à Ron et Megan au moment où tu es arrivé... Il faudrait qu'on fasse quelque chose à son sujet.

- Je suggère un maléfice, dit Megan d'un air mauvais.

- Non... je voulais dire quelque chose par rapport à ses cours où on n'apprend rien du tout pour se défendre, dit Hermione.

- Qu'est-ce qu'on y peut ? répondit Ron en bâillant. Trop tard, non ? Elle a décroché le poste et elle est là pour longtemps. Fudge y veillera.

- En fait, risqua Hermione, je me disais ce matin...

Elle jeta un coup d'œil un peu inquiet à Potter, puis se lança :

- Je me disais que le moment est peut-être venu de... de faire les choses nous-mêmes.

- Nous-mêmes ? répéta Potter d'un ton soupçonneux, sa main flottant toujours dans l'essence de tentacules de Murlap.

- Oui... Apprendre la défense contre les forces du Mal par nous-mêmes, reprit Hermione.

- Qu'est-ce que tu racontes ? grogna Ron. Tu veux nous donner du travail en plus ? Est-ce que tu te rends compte qu'Harry et moi, on a encore pris du retard dans nos devoirs ? Et on n'en est qu'à la deuxième semaine !

- Oui, mais ça, c'est beaucoup plus important que les devoirs, dit Hermione.

Ron et Potter la regardèrent avec des yeux ronds et Megan fronça les sourcils.

- Je ne savais pas qu'il y avait dans tout l'univers quelque chose de plus important que les devoirs ! Dit Ron.

- Ne sois pas stupide, bien sûr que si, répliqua Hermione.

Son visage s'était soudain animé d'une ferveur semblable à celle que lui inspirait généralement l'évocation de la S.A.L.E.

- Il s'agit de nous préparer, comme l'a dit Megan au premier cours d'Umbridge, à ce qui nous attend dehors. De faire en sorte que nous puissions véritablement nous défendre. Si nous n'apprenons rien pendant une année entière...

- On n'arrivera pas à grand-chose tout seuls, soupira Ron d'un ton accablé. Oh, bien sûr, on peut toujours aller à la bibliothèque pour étudier des maléfices et essayer de les appliquer...

- Non, cette fois, je suis d'accord, nous avons dépassé le stade où l'on n'apprend les choses que dans les livres, dit Hermione. Il nous faut un professeur, un vrai, qui sache nous montrer comment utiliser les sortilèges et nous corriger en cas d'erreur.

- Si tu penses à Lupin..., commença Potter.

- Non, non, je ne pense pas à Lupin, coupa Hermione. Il est trop occupé avec l'Ordre et de toute façon, nous ne pourrions le voir que pendant nos week-ends à Pré-au-Lard, ce qui ne serait pas du tout suffisant.

- Alors, qui ?

Hermione poussa un profond soupir.

- C'est évident, non ? dit-elle. Je veux parler de toi, Harry.

Il y eut un moment de silence. Une légère brise nocturne fit vibrer les carreaux de la fenêtre, derrière Ron, et les flammes vacillèrent dans la cheminée. Megan grimaça d'un air dédaigneux : Potter n'avait rien à lui apprendre.

- De moi à propos de quoi ? interrogea le garçon, éberlué.

- De toi comme professeur de défense contre les forces du Mal.

Potter la contempla avec des yeux ronds. Puis il se tourna vers Megan et Ron. Ce dernier,le front légèrement plissé, semblait réfléchir.

- C'est une idée, dit-il.

- Qu'est-ce qui est une idée ? demanda Potter.

- Toi. Que tu deviennes notre professeur.

- Mais...

Potter souriait à présent, comme s'il pensait que Ron et Hermione le faisaient marcher. Megan était pourtant convaincue qu'ils étaient très sérieux.

- Je ne suis pas professeur, je ne peux pas...

- Harry, tu es toujours le meilleur en cours de défense contre les forces du Mal, dit Hermione.

- Moi ? s'étonna-t-il, en souriant de plus en plus. Bien sûr que non, toi et Megan m'avez battu à tous les examens...

- Non, ce n'est pas vrai, répliqua froidement Hermione. Tu m'as battue en troisième année, la seule année où on ait tous les deux passé l'examen avec un professeur qui savait de quoi il parlait. Mais il ne s'agit pas d'examens, Harry, pense plutôt à ce que tu as fait !

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu sais, finalement, je n'ai pas très envie d'avoir comme prof quelqu'un d'aussi idiot, dit Ron à Megan et àHermione, avec un petit sourire moqueur.

Il se tourna vers son meilleur ami.

- Réfléchissons, dit-il, en imitant Goyle en plein effort de concentration. Heu... première année, tu as sauvé la pierre philosophale des mains de Tu-Sais-Qui.

- Simple coup de chance, dit Harry. Ce n'était pas mon habileté personnelle...

- Il n'y serait jamais arrivé sans nous, ajouta Megan avec dédain.

- Deuxième année, l'interrompit Ron, tu as anéanti Riddle.

- Oui, mais si Megan n'avait pas tué le Basilic, je...

- Troisième année, poursuivit Ron en élevant la voix, tu as affronté une centaine de Détraqueurs à la fois...

- Là encore, un coup de chance, si le Retourneur de Temps n'avait...

- L'année dernière, reprit Ron qui criait presque à présent, tu as combattu Tu-Sais-Qui une nouvelle fois...

- Écoutez- moi ! s'exclama Potter, presque avec colère, avant que Megan n'intervienne à nouveau.

Ron et Hermione avaient maintenant un petit rire moqueur.

- Vous m'écoutez, oui ? Ça paraît très bien quand vous en parlez comme ça, mais c'était uniquement de la chance, la moitié du temps, je ne savais pas ce que je faisais, je n'avais rien prévu, j'ai simplement improvisé comme je le pouvais et j'ai presque toujours eu de l'aide...

Ron et Hermione continuaient de ricaner. Megan secouait la tête, consternée.

- Ne restez pas là à sourire comme si vous saviez tout mieux que moi ! dit-il en s'emportant. C'est moi qui étais là, non ? Je sais bien ce qui s'est passé ! Et si j'ai réussi à faire tout ça, ce n'est pas parce que j'étais brillant en défense contre les forces du Mal mais parce que... parce que j'ai reçu une aide au bon moment ou parce que j'avais bien deviné... mais, croyez-moi, j'ai complètement pataugé, je n'avais aucune idée de ce que je faisais – ET ARRÊTEZ DE RIGOLER !

Potter bondit sur ses pieds. Le bol d'essence de Murlap tomba par terre et se brisa. Crookshanks fila se réfugier sous un canapé. Le sourire de Ron et d'Hermione avait disparu, mais Megan avait au contraire esquissé un rictus moqueur.

- Vous ne savez pas ce que c'est ! Vous n'avez pas eu à l'affronter ! Vous pensez qu'il suffit de se souvenir de quelques sortilèges et de les lui jeter à la figure, comme si on était en classe ? Pendant tout le temps où vous êtes face à lui, vous savez qu'entre vous et la mort, il n'y a plus rien d'autre que votre... votre cerveau, vos tripes, ou je ne sais quoi. Comme si on pouvait réfléchir normalement quand on sait que dans une fraction de seconde, on va se faire tuer, torturer ou voir ses amis mourir... Ils ne nous ont jamais appris ça en classe, ce que c'est que d'affronter ce genre de choses... Et vous deux, vous êtes là à faire comme si j'étais un brave garçon bien intelligent sous prétexte que je suis vivant, comme si Diggory, lui, n'était qu'un idiot qui a raté son coup...Vous n'y comprenez rien, j'aurais très bien pu mourir à sa place, c'est ce qui se serait passé si Voldemort n'avait pas eu besoin de moi...

- Et si je ne t'avais pas couvert et ramené au trophée, lui rappela Megan.

- On n'a rien dit de tout ça, mon vieux, se défendit Ron, effaré.

- Personne ici ne s'en est jamais pris à Cedric, ajouta Megan. Tu es à côté de la plaque, Potter.

Ron jeta un regard désemparé à Hermione qui paraissait pétrifiée.

- Harry, dit-elle timidement, tu ne comprends donc pas. C'est... c'est exactement pour ça qu'on a besoin de toi... on a besoin de savoir co-comment c'est... de... de l'affronter... d'affronter V-Voldemort.

C'était la première fois de sa vie qu'elle prononçait le nom de Voldemort. Megan se tourna vers Hermione, impressionnée et fière d'elle. Pendant leur dispute, elle n'avait pu s'empêcher d'y réfléchir sérieusement. Elle n'avait pas besoin des cours de défense contre les forces du mal de Poudlard, ses compétences naturelles et ses cours avec Dumbledore étaient un bagage suffisant pour lui permettre d'affronter Voldemort et ses sbires, mais Hermione, les Weasley ou encore Kevan n'avaient pas cette « chance », et elle ne pourrait probablement pas les protéger seule, d'autant plus que le Seigneur des Ténèbres était maintenant susceptible de s'en prendre spécifiquement à eux.

- Crois-moi, Potter, lui lança Megan alors qu'il se laissait retomber dans son fauteuil, je n'ai aucune envie de t'avoir comme prof, je m'en sors au moins aussi bien que toi (elle tâcha de ne pas penser au fait qu'elle ne savait toujours pas lancer un Patronus correctement). Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Voldemort est là-dehors, et la majorité des gens n'en est pas consciente, et encore moins préparée à l'affronter. Ce n'est pas de ton ego qu'il s'agit ici, mais de donner une chance à d'autres personnes de survivre.

- Écoute... penses-y, dit Hermione à voix basse. S'il te plaît.

Potter ne trouva rien à répondre. Il se contenta d'acquiescer d'un signe de tête. Hermione se leva.

- Bon, je vais me coucher, dit-elle d'une voix qu'elle s'efforçait de rendre la plus naturelle possible. Heu... Bonne nuit.

Ron s'était levé à son tour.

- Tu viens ? demanda-t-il maladroitement à Potter.

- Oui. Dans une minute, le temps de nettoyer.

Il montra le bol fracassé par terre. Ron fit un signe de tête s'en alla.

- Reparo, marmonna Potter en pointant sa baguette magique sur les morceaux de porcelaine.

Ils se recollèrent aussitôt, reformant un bol tout neuf, mais vide. Megan sortit sa propre baguette et la pointa sur le récipient, qui se remplit aussitôt d'essence de Murlap. Le garçon leva les yeux vers elle.

- Tu ne sais rien que je ne sache déjà, Potter, dit-elle froidement. Mais puisque tu penses en savoir si long sur l'affrontement contre un mage noir, montre-nous autre chose que des belles paroles.