Chapitre 18 :
– « Raven... »
Elle entendit son nom et ouvrit les yeux.
La jeune femme était seule, assise sur une chaise, ne pouvant visiblement pas bouger, dans une pièce qu'elle ne connaissait pas.
Raven se concentra et regarda plus en détail autour d'elle, réalisant que non ce n'était pas la première fois qu'elle se trouvait dans cet endroit.
Elle ferma les paupières pour ne pas sursauter quand la main chaude de la femme derrière elle se posa sur son épaule et que son souffle caressa son oreille.
– Oui, lui disait-elle comme pour lui confirmer ce qu'elle savait déjà. Tu es à Polis avec moi...
Les bruits des pas contournèrent sa chaise et Becca vint s'assoir sur celle libre à ses côtés. Raven, étrangement, s'interrogea sur sa tenue. Jouait-elle dans la nostalgie avec ce peignoir en soie rouge, le même qu'abordait une Octavia aux yeux rouges quand elle avait découvert le secret de la métamorphe noire, ou s'agissait-il tout bonnement du sien ?
Alie sourit sensuellement en captant le regard de la Fidèle sur son vêtement.
– Préfèrerais-tu que je l'enlève ?Demanda-t-elle un brin aguichante.
Raven ne put empêcher la coloration de ses joues, restant silencieuse, ne voulant pas répondre à cette provocation. Becca se fichait d'elle et le rire qui s'échappa de sa gorge devant son trouble n'arriva pas à l'énerver, accentuant, au contraire, une certaine excitation qui s'empara d'elle.
Alie redevint sérieuse et scruta les traits de la jeune femme face à elle.
– Tu me désires...
– Non.
Face à cette réponse brute, un nouveau sourire charmeur mit à mal la jeune femme de vingt ans.
– Pourquoi le nier ? Moi je te désire depuis si longtemps...
Raven détourna les yeux, remarquant le volcan dans le lointain puis décida de tenter le tout pour le tout en croisant à nouveau le regard de Becca.
– A quoi jouez-vous ? Embrassez-moi et vous aurez gagné !
La métamorphe noire arqua un sourcil puis se leva et vint s'asseoir sur les cuisses d'une Raven impuissante, dont la blessure sous le poids d'Alie ne lui arracha aucune douleur, comme si le sort dans sa jambe reconnaissait son maître.
– Le voudrais-tu ? Que je t'embrasse ? Demanda la métamorphe noire en plongeant son regard dans le sien.
– Je...
– Oui ?
Les doigts de Becca sous son menton ramenèrent vers elle le visage d'une Raven qui avait tourné la tête pour échapper aux yeux si provocants.
– Voudrais-tu connaître mon nom ? Je veux dire mon nom de métamorphe ? Interrogea la femme plus âgée qu'elle.
La jeune métamorphe blanche s'était attendue à beaucoup de choses, mais pas à ça.
– Oui, dit-elle malgré elle.
– Alie, mon nom est Alie désormais...
– Alie, répéta Raven.
– Oui, confirma l'orpheline du feu. Et j'ai hâte de te l'entendre dire avec délice lorsque je t'emmènerai sur les rivages d'une jouissance que je veux te faire connaître... Lorsque toi et moi régnerons sur le monde...
Raven s'accrocha à ses mots, à cette chimère atroce que voulait lui imposer cette folle, et puisa en elle les forces nécessaires pour articuler une réponse qui semblait ne pas vouloir franchir ses lèvres.
– Nous ne serons jamais ensemble...
La main d'Alie caressa sa joue avec une douceur infinie tout en commentant :
– Tu ne vois en moi que ce que tu détestes pour l'instant. Ce qu'on t'a enseigné sur ma race et mes ancêtres, mais je t'assure Raven que toi et moi serons liées, unies... d'une manière ou d'une autre.
– Oui, quand vous m'aurez donné votre baiser de malheur ! Cria Raven.
Le souffle lui manquait. Une simple phrase de refus l'avait vidée de son énergie et Alie toujours aussi impassible ne paraissait pas gênée par son accès de fureur.
– Comme tu voudras, dit-elle simplement avant de poser ses lèvres contre les siennes. Appuyant sa main sur sa nuque pour l'empêcher de bouger.
Raven n'arrivait pas à briser le contact. Elle sentit la langue d'Alie se frayer un chemin entre ses dents, remarquant que toute la puissance qu'elle pouvait encore drainer en elle pour contrer son ennemie était inefficace. La jeune femme finit par abandonner à bout de force et bascula, acceptant cette intimité entre elle puis... se réveilla.
Que venait-il de se passer ? Se demanda Raven allongée sur le lit de sa chambre, le plafond au-dessus d'elle.
Pourquoi, alors qu'elle ne combattait plus, Alie l'avait-elle relâchée ?
.
La femme portant le peignoir de soie rouge sourit seule dans la chambre de Bellamy à plusieurs milliers de kilomètres de là.
Raven avait craqué. Elle avait accepté son baiser... Et se détesterait pour ça.
Alie soupira. Pourquoi fallait-il que les personnes à Elrach lui aient brossé un portrait d'elle si lamentable ?
Elle ferma les yeux et disparut en une gerbe d'étincelles.
Elle réapparut vêtue de son ancien habit noir de gardienne, devant l'homme à genoux, la barbe blanche mangeant une partie de son visage, courbé en deux, luttant désespérément contre une force qui l'écrasait.
Alie le contempla un long moment, son regard s'accrochant à sa tunique sale. Appréciant la dignité qu'il dégageait encore dans cette position soumise qui lui donnait des allures de martyres. La métamorphe sentait toute sa détresse, sa hargne aussi à ne pas plier, à continuer le combat coûte que coûte.
Après un moment à chercher encore en quoi sa pugnacité avait une quelconque utilité, pourquoi cet homme qui avait parfaitement compris que son fils était mort, que tout ceci n'avait été qu'un piège, continuer à résister, elle expliqua :
– Ça ne sert à rien, Dante. Tu t'épuises, accepte la défaite et tu seras libre...
– Non, grinça le grand prêtre entre ses dents.
– Pourquoi ? Ne comprends-tu pas ? La magie primordiale autour de toi t'offrira tout ce que tu désires... Rejoins-moi, accepte l'ordre de Novae. Accepte-la puissance de la première métamorphe. Aide-moi dans mon ascension dans ce monde...
– Jamais...
Son refus s'était voulu crié avec force, mais n'avait été qu'un murmure dans ce temple immense.
Alie secoua la tête et s'accroupit devant lui, relevant son menton maculé d'un barbe crasseuse. Voulant que sa tête courbée se redresse face à elle, ne prêtant aucune attention à ses bras en croix tirés vers l'arrière comme enchaînés à des fers invisibles, réussissant enfin à croiser le regard vert d'un homme à l'agonie.
– Pourquoi me détestes-tu ?
La sueur à ses tempes illustrait les difficultés qu'il ressentait, et ses yeux possédaient déjà ce voile qui annonçait sa fin prochaine.
– Tu... es... l'ennemie... de... la Magie, articula-t-il avec peine.
– Tu te trompes, répondit-elle avec gentillesse. Je sers la Magie tout comme toi...
– Mais... du... mauvais... côté...
– Vraiment ? Qui te dit que les métamorphes noirs sont réellement les méchants dans toute cette fable ? Ne dit-on pas que l'Histoire est écrite par les vainqueurs ? Comment peux-tu prouver que ma race n'est pas celle qui a souffert ?
Alie scruta le regard où l'ombre d'un doute se matérialisa. Elle ne lui laissa pas le temps de riposter et reprit.
– Je te laisse réfléchir à cette possibilité. Demande-toi si les Dieux que tu sers avec tant de fidélité et d'acharnement sont aussi innocents que tu le crois... Où sont-ils aujourd'hui alors que tu es aux portes de la Mort ?
Elle se releva, partit en direction de l'entrée du temple et s'arrêta en l'entendant préciser d'une voix cassée :
– Si tu es... ce... que tu prétends... être... alors... détache-moi.
Alie se retourna et le considéra avec un intérêt nouveau.
– Je sais que tu m'attaqueras si je le fais...
Il leva la tête vers elle, grimaça à ce simple geste et répondit difficilement :
– Non... je... te donne... ma parole.
– Jure-le plutôt sur la Flamme.
– …
– Crois-tu réellement que j'ignore que tu as prêté serment ? Que quoi qu'il arrive tu te sacrifieras pour la Flamme ? Tu essaieras de me tuer si je t'en donne l'occasion.
Dante baissa la tête, donnant la preuve aux yeux d'Alie qu'elle avait vu juste.
– Adieu, Dante dit-elle d'une voix plus émue qu'elle l'aurait voulue. Je t'ai laissé ta chance, j'ai essayé de te faire voir l'autre côté du miroir, de t'offrir une vie de liberté sans eux, sans ceux qui t'ont enchaînés et qui te laissent mourir...
Alie atteint l'entrée du temple, en sortit, se retourna et poussa les lourds battants, replongeant l'homme dans l'obscurité en murmurant un « je suis désolée » sincère, entendant le cris de douleur qu'il poussa avant que le claquement bruyant des portes closes n'étouffe totalement sa voix.
La métamorphe marcha jusqu'au bord du ravin, laissant ses yeux caresser la vallée qu'elle avait fait revivre. La vallée qui était morte pendant plus de trente ans part la faute d'un homme, qui aujourd'hui dans ce même lieu, qu'il avait sacrifié cinquante ans plus tôt, disparaissait entouré d'une vie luxuriante qu'il ne connaîtrait jamais.
L'équilibre avait été rétabli grâce à elle.
Le bourreau allait mourir et la victime survivrait...
Si seulement il avait accepté son offre, se dit une dernière fois Alie en appréciant l'œuvre dont elle était si fière. Cette vallée et elle-même lui auraient pardonné...
Elle ne prolongea pas ses réflexions, jetant un coup d'œil à sa bague et repartit pour Polis en une gerbe d'étincelles.
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Dikoros attendait la métamorphe dans l'antre du prêtre du feu.
Plus d'une semaine s'était écoulée depuis le couronnement du roi Bellamy et leur mission de rapprocher les royaumes continuait son cours lentement mais sûrement. Comme elles l'avaient prévue Roan avait proposé sa sœur Lexa pour contrebalancer son refus d'épouser Octavia.
La voleuse d'âmes tourna la tête à l'apparition d'Alie.
– Que se passe-t-il ? Demanda celle-ci.
– Lexa...
– Oui ?
– Roan reste discret sur ce point et mes renseignements viennent d'ailleurs mais... il semblerait que la princesse de l'eau ait disparu...
Alie sourit à son second :
– Comment ?! Serais-tu en train de me révéler que le roi Bellamy n'est pas son genre ?
– Nous nous en étions doutées...
– Oui, affirma Alie. Ce qui signifie qu'elle est en route pour Xas. Son refus sera jugé comme une trahison par son roi, sauf si la porteuse de la Flamme elle-même l'absout de sa faute.
– Oui.
Alie se tut un instant en réfléchissant et s'assit sur le petit lit guère confortable pour faire face à la voleuse d'âmes qui attendait ses ordres :
– Je ne sais pas toi, mais je commence en avoir marre de ce roi que tout le monde déteste et méprise. Bellamy est un boulet que toutes les femmes craignent... et forcer les servantes n'est pas mon genre, quant aux hommes... Un roi possédant quelques amants fera encore plus jaser sur son compte...
– Que veux-tu faire ?
– Donner une chance à Octavia. Dans la peau de Bellamy, je suis coincée ici et j'ai besoin de me déplacer comme je le désir...
– Je vois... Crois-tu qu'elle réagira comme tu le penses ?
Alie hocha la tête :
– Je crois qu'il ne faut pas la sous-estimer.
– Et le baiser de la mort ?
La métamorphe sourit avec méchanceté.
– Ce sera le test ultime...
Dikoros ne commenta pas et soupira :
– Comme tu voudras.
Alie s'inquiéta du manque d'enthousiasme de Dikoros :
– Tu penses que ce n'est pas une bonne idée ?
La voleuse d'âmes croisa le regard de la métamorphe et la rassura :
– Alie, le chemin que nous suivons pour arriver à notre fin a plus d'une fois pris quelques détours. Je te fais confiance. Tu es l'héritière de Novae. J'ai parfois du mal à voir aussi loin que toi dans le comportement des gens, mais je sais que tu te trompes rarement.
Alie parut convaincue et croisa les jambes en tailleurs sur le matelas dur, pendant que Dikoros changeait de sujet :
– Et Dante ?
– Il ne nous rejoindra pas...
– Combien de temps lui reste-t-il ?
– Pas très longtemps...
Dikoros se tut puis reprit :
– A ton avis qui le remplacera ?
– Le plus sage serait de le proposer à ce professeur de la terre...
– Newman ?
– Oui.
La voleuse d'âmes acquiesça puis posa la question qui la taraudait :
– Et Cage ?
– Bellamy vient de signer l'ordre que sa disparition étonnante depuis un peu plus d'une semaine sans la moindre nouvelle te désigne aujourd'hui comme la prêtresse du feu en titre s'il ne réapparaît pas très bientôt.
– Personne ne dira rien ?
– Que veux-tu qu'ils disent ? De toute façon, même s'ils refusent, la nouvelle que nous leur apporterons demain, leur fera vite oublier le nouveau rôle de Lorelei Tsing au royaume du feu.
Dikoros sourit et précisa :
– Quand comptes-tu y aller ?
– Je ne vais pas tarder. Après bientôt deux semaines sans la moindre visite, l'épreuve n'en sera que plus pénible... Fais simplement en sorte qu'il soit présent et qu'elle le voit...
La voleuse d'âmes hocha la tête positivement. Les deux femmes se sourirent complices puis Alie se mit debout et se changea en un Bellamy aux yeux rouges.
– De quoi ais-je l'air ? Plaisanta-t-elle.
Dikoros entrant dans son jeu répondit souriante :
– Vous êtes irrésistible votre majesté...
Le rire de Bellamy emplit la pièce, pendant qu'Alie, pointait du doigt une dague sur une petite table.
– C'est celle-là ? Demanda-t-elle après s'être remis de sa gaîté.
– Oui.
La métamorphe s'empara de la lame, l'observa quelques instants, et leva un sourcil appréciateur.
– Magnifique, commenta-t-elle. Je n'aurais pas fait mieux.
– Merci, répondit humblement Dikoros
« Bellamy » accrocha l'arme à sa ceinture et se dirigea vers la sortie en lançant :
– Souhaite-moi bonne chance...
Ce fut au tour de la voleuse d'âmes de rire franchement.
Le roi ne se retourna pas, souriant au succès de sa plaisanterie en sortant de la pièce.
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Octavia tournait et retournait la situation dans sa tête depuis des jours. Elle ne pouvait pas faire appel à sa magie dans cette pièce et elle ne pouvait pas s'échapper par la fenêtre trop en hauteur. Même sur le bord de la fenêtre se matérialiser était impossible, elle l'avait tenté et manqué de se tuer stupidement.
La princesse faisait les cent pas. Pourquoi son frère n'était-il pas revenu la voir depuis ce jour où Tsing l'avait sortie d'une situation franchement désagréable. A quoi jouait-il ?
Le doute était une chose, mais l'attente mettait ses nerfs à vif. Elle ne dormait quasiment plus, sursautait au moindre bruit et était à deux doigts de craquer.
Face au volcan qu'elle voyait au loin, Octavia implorait les Dieux de lui venir en aide.
Elle entendit la porte s'ouvrir et se retourna pour faire face à un Bellamy aux yeux rouges qu'elle ne distinguait pas.
Le choc fut brutal. Son corps tout entier manqua de la trahir. Une envie violente de se jeter à son coup la traversa et seul le reste d'un peu de lucidité lui permit de ne pas effectuer un geste qui la dégoûtait au plus au point.
Depuis combien de temps ressentait-elle un tel désir pour le roi du feu ?
L'avait-on drogué à son insu, lui avait-on lancée un sort ?
Bellamy lui souriait avec sensualité et s'approchait tranquillement d'elle, un désir visible au fond des yeux, augmentant la pulsation dans son propre corps qui répondait à son appel.
Octavia ferma les paupières, inspirant profondément pour tenter de se calmer et gémit au simple contact de la main de son frère sur sa joue qui murmurait :
– Je t'ai manqué ?
La princesse serra les dents apeurée à l'idée de lui répondre positivement.
– O', insista-t-il.
Elle rouvrit les paupières et résista encore une fois, sentant ses muscles tirer douloureusement contre sa propre volonté. Comment pouvait-elle désirer cet homme ? Lincoln ne comptait-il plus à ses yeux ?
L'évocation du prince de la terre s'apparenta à une bouée de sauvetage à laquelle elle s'accrocha intérieurement et désespérement pendant que le roi toujours aussi près d'elle continuait d'un ton implorant :
– Ne veux-tu pas me faire plaisir ?
La princesse avait envie de crier qu'elle était prête à tout pour lui, qu'il n'avait qu'à lui ordonner et elle le ferait. Au lieu de ça, elle pensa à la forêt dont lui avait parler Lincoln, se concentra pour essayer de visualiser les arbres, d'entendre le vent dans leur feuilles. De revoir le sourire si doux d'un homme qui lui manquait terriblement et sentit la force invisible qui lui commandait de toucher son frère diminuer quelque peu.
Alie regardait le combat effréné sur le trait de la jeune princesse, en se disant qu'il était temps. Elle dégaina la dague et la tendit à la jeune femme.
– Prends-la...
Octavia obéit et regarda l'arme sans comprendre pendant qu'il reprenait :
– Tu sais ce que je veux... Que tu sois mienne, que tu me sois totalement soumise, que tu devienne la reine du feu et me comble à chaque fois que j'en aurais envie...
La princesse, les mains sur le manche, ne quittait pas la dague des yeux, toujours en proie à la lutte de son corps qui voulait terriblement accepter son offre, espérant faire chavirer la toute petite parcelle de son esprit qui essayait encore de résister.
Le roi du feu s'approcha et toucha le bout de la lame avec son abdomen.
– Si tu n'es pas capable de me donner ce que je veux, alors tue-moi O', car je refuserai de te laisser quitter cette chambre... Tu seras à moi ou à personne d'autre... Et si tu refuses, la prochaine fois je reviendrai sans arme et ne te donnerai pas le choix...
Octavia leva les yeux vers lui et comprit qu'il ne plaisantait pas. Soit elle blessait son frère, soit il ferait d'elle ce qu'il voudrait sans son assentiment.
Elle savait que ses mains allaient la trahir d'un instant à l'autre en lâchant l'arme, approuvant la « proposition » de son frère. Qu'il lui attraperait le poignet et l'emmènerait vers le lit où sa conscience n'aurait plus le moindre pouvoir sinon l'acceptation totale de sa nouvelle servitude.
Il posa la main sur les siennes reprenant d'un ton plus doux :
– Toi et moi... imagine, O'... Nous pourrions gouverner le monde, tu pourrais porter mon fils, continuer la lignée des Blake... Ne serait-ce pas merveilleux ?
La princesse referma les yeux refusant de se focaliser sur la caresse de sa main qui remontait vers son poignet, n'acceptant pas de voir qu'il se penchait pour se rapprocher de sa bouche attentif à la lame toujours entre eux.
– Tu seras une mère formidable. Notre fils sera conçu dans un amour sincère...
Son frère énonçait des paroles qu'elle rêvait d'entendre dans la bouche d'une autre personne, d'un homme qu'elle ne verrait plus si elle acceptait ce marché.
Octavia réalisa que même si elle refusait sa vie serait fichue. Au fond, elle l'était déjà. Elle pouvait dire adieux à sa liberté.
Face à cette pensée horrifiante, elle chassa avec plus de conviction la nouvelle vague de désir qui l'envahit et murmura un « non » misérable qui fit sourire l'homme dont la bouche se rapprochait dangereusement de la sienne :
– Tu ne le penses pas, O'... et sais-tu pourquoi ? Parce que tu m'appartiens déjà.
La façon dont fut prononcé cette dernière phrase fit apparaître l'image d'une femme dans une ruelle quelques semaines plus tôt et lui revint en mémoire son avertissement « Tu n'es pas folle Octavia... tu es simplement... à moi... ».
Ce souvenir affirma la crainte en elle qui lui chuchotait qu'elle n'était la victime que d'un sort, lui permettant de faire appel au courage qui lui manquait. Elle poussa sur le manche enfonçant la dague dans le ventre de son frère, réalisant vraiment ce qu'elle venait de faire quand il tomba à genoux, abasourdi et qu'il leva les yeux vers elle sans comprendre.
— O'...
Il retira la dague et la laissa tomber sur le sol, maculée de son sang. Octavia jeta un coup d'œil épouvantée aux mains déjà rouges de son frère. Ne voyant pas le sort se briser. Comprenant qu'encore une fois, son esprit s'était joué d'elle, Octavia dépassa le roi blessé, courant vers la porte, s'enfuyant, préférant de pas faire face à l'atrocité qu'elle venait de commettre.
Dans le corridor, elle se cogna à un homme portant un bandeau rouge sur un œil, s'excusa vaguement et reprit sa fuite.
Il fallait qu'elle disparaisse, qu'elle quitte le royaume du feu au plus tôt.
Entendant la voix de Tsing un peu plus loin qui annonçait son arrivée, Octavia disparut en une gerbe d'étincelles.
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Cela faisait plus d'une semaine qu'elles étaient revenues de Polis, qu'Anya les avait quitté et se terrait dans la grotte qui la cachait depuis bientôt sept ans.
La chamane attendait impatiente l'esprit de la femme qu'elle aimait, faisant les cent pas près du gour.
– Anya...
Elle se retourna en entendant son nom et se dirigea vers la reine de l'air.
– Enfin ! J'ai cru qu'ils vous étaient arrivées quelque chose !
Abby la rassura doucement. La chamane ne supportait pas d'être à Elrach, et ne rêvait que d'une chose, partir pour Xas au plus vite.
– Comment va Raven ?
– Elle se remet...
L'apparition de John Newman à quelques mètres les surprirent toutes les deux. Dante lui avait donc donné accès à la grotte ?
Il marcha dans leur direction le visage troublé.
– Que se passe-t-il, John ? Demanda Abby.
– Raven...
– Oui ? S'inquiéta Anya.
– Nous avions raison, Becca l'a marquée. Mais le sort qui se trouve dans sa blessure est bien plus vicieux que ce a quoi j'aurais pu pensé...
Il se gratta le menton où une barbe de quelques jours indiquait qu'il n'avait pas dû s'occuper de lui et passer son temps à faire des recherches sur la magie primordiale.
John revint vers la chamane et reprit :
– Nous devons partir pour Xas au plus vite.
– John, insista Abby. Que se passe-t-il ?
Il soupira et précisa :
– Je pense que Becca a trouvé la façon de faire venir Raven a elle. Le sort dont elle est victime est un sort à retardement... Il n'est pas vraiment activé. Si Raven utilise ses pouvoirs alors la magie primordiale se répandra dans son corps...
– Dieux, souffla Abby.
John hocha la tête en ordonnant :
– Prévenez-la, nous vous rejoignons au plus vite...
Abby opina, lançant un regard à Anya et disparut.
– John, l'appela Anya. Raven pourra résister à la magie primordiale, non ? Je veux dire, elle est bien plus forte que nous...
– C'est un peu plus compliqué que ça, Anya. Oui, elle pourra résister, mais Becca a bien fait les choses... Sa lutte nécessitera qu'elle fasse appel à sa magie...
– Et donc qu'elle répande elle-même le poison dans son corps, comprit Anya.
– Oui... Et pas n'importe quel poison. Son sang mutera et deviendra noir...
– Non, murmura Anya.
– Si, Becca n'avait peut-être pas prévue ta venue, mais elle avait de toute façon un plan « B » si Raven parvenait à s'échapper. Et pour ça, il lui suffisait de la blesser, de faire en sorte qu'elle utilise sa magie, l'amenant ainsi de son côté, la transformant en une métamorphe noire...
Anya se tut. Newman était en train de révéler le pire avenir possible. Raven n'avait aucune chance, elle était déjà infectée, ils allaient perdre.
– N'y-a-t-il aucune solution ?
– Comme je l'ai dit, il ne faut surtout pas qu'elle se serve de la magie... Je dois être en mesure d'emprisonner le sort dans sa jambe, mais cela signifie... qu'elle ne guérira jamais vraiment, que sa cuisse lui fera toujours mal, qu'elle boitera à vie, à moins que nous n'arrivions à tuer Becca...
– Mais...
– Anya, la coupa-t-il. Nous verrons le reste plus tard. Pour le moment j'ai besoin que tu viennes avec moi à Xas. Sans ses pouvoirs, Raven est encore plus vulnérable et tu dois être près d'elle pour la protéger !
La chamane acquiesça, un air déterminé sur le visage.
– Très bien, prends quelques affaires. Je t'attends aux portes d'Elrach, dit-il avant de disparaître.
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La nuit encerclait la cité magique. Anya se matérialisa auprès d'un John qui fixait les étoiles songeur.
– Tu as tout ce qu'il faut ? Lui demanda-t-il.
– Oui.
– Bien.
Il se tourna vers les grilles, leva les mains, exécuta quelques sorts et regarda la porte en fer s'ouvrir lentement. Anya passa la première. Il la suivit puis fit face à la tour qu'il distinguait dans le lointain. Le phare blanc symbole de la Magie et de la paix se dressait dans un calme centenaire.
Il sourit vaguement à cette image et tomba à genoux, portant une main à sa poitrine, grimaçant de douleur. Anya se précipita vers lui en criant :
– John ! Que se passe-t-il ?
Il leva une main dans sa direction pour l'arrêter et respira difficilement sous le regard impuissant de la chamane. Après un petit moment, il finit par se relever et baissa la tête en révélant :
– Elle est plus forte que je ne l'aurai cru... Elle l'a tué...
– Qui ?
– Dante Wallas... Le grand prêtre vient de mourir.
