Avant de mettre au point un plan d'attaque concret, Cassiopea insista pour s'adresser aux Sentinels. Toute la base avait été secouée par l'annonce de son enlèvement et personne n'était encore au courant de son retour et de son rétablissement. La simple vue de leur leader descendant les marches de l'observatoire fit hurler les rebelles de joie. La jeune femme mit plusieurs heures à faire le tour complet de la base. Elle avait l'intention d'aller s'entretenir avec les pilotes d'élite afin de voir avec eux ce qu'ils préconisaient pour l'assaut à venir mais elle dut s'arrêter à chaque station et dans chaque hangar car les rebelles refusaient de la laisser passer à moins qu'elle ne réponde à des douzaines de questions à la fois. Cassiopea fit également la connaissance de Villie – qui s'avéra avoir effectivement embouti un vaisseau cargo en essayant de prendre un raccourci avec son chargement – qui la retint un long moment pour la féliciter. Étant un rebelle dans l'âme il s'était très vite senti à l'aise parmi les Sentinels. Alors que le groupe faisait un arrêt à la station de ravitaillement pour faire le point sur leurs réserves et qu'Emiliana dressait un bilan complet à Cassiopea qui semblait impressionnée par son travail, Quinlan s'approcha subrepticement d'Obi-Wan.
« Je les trouvais motivés avant, lui glissa-t-il. Mais là j'ai l'impression qu'ils sont remontés à bloc. Ça court dans tous les sens et je n'ai pas le sentiment que l'attaque imminente les inquiète plus que de raison. D'où sortent tous ces gens d'ailleurs ? Je n'ai pas eu l'impression qu'ils étaient si nombreux lorsque je suis arrivé. Et j'ai passé les dernières semaines avec les pilotes donc je n'ai pas vraiment eu le temps de me balader sur le site.
- Je pense qu'ils sont encore plus nombreux, répondit Obi-Wan. Ils ont construit une organisation complète ici. Il y a les combattants certes, mais pour que ça fonctionne, il faut que tous les corps de métiers soient représentés. Il doit se passer beaucoup de choses en coulisses. Mais tu as raison, ils sont particulièrement en forme et très motivés. Ils sont chez eux ici, les Sentinels protégeront leur sanctuaire de leur vie s'il le faut.
- Quand même. C'est un Destroyer interstellaire. Même sous-équipé, ça reste le modèle de vaisseau le plus puissant sur le marché. Ils ne devraient pas être plus inquiets que ça ?
- C'est l'effet El-Solar, Quinlan. Tu devrais le savoir mieux que personne. Elle a toujours été capable d'entraîner ses troupes. Elle a un don pour ça.
- C'est vrai que toute cette organisation lui ressemble bien. J'espère que nous réussirons à descendre ce Général. Les Sentinels sont la première véritable lueur d'espoir que la galaxie ait connu depuis l'avènement de l'Empire. Il faut qu'ils continuent à se battre.
- Et nous allons tout faire pour les aider, conclut Obi-Wan. Je me suis toujours demandé ce qu'il y avait vraiment dans ces Archives. Nous sommes proches de le découvrir à présent.
- Les petits secrets cachés de Maître Yoda ?
- Tu es vraiment irrécupérable.
- Quoi ? Il a presque neuf cent balais ! Tu ne vas pas me faire croire qu'il n'a pas quelques squelettes dans ses placards. Je suis sûr qu'il a des enfants cachés.
- Pour l'amour de la Force, Quinlan. Et c'est toi qui dis ça?
- Au moins j'ai toujours été transparent concernant mes aventures. Ce n'est pas le cas de tout le monde, n'est-ce-pas monsieur parfait ?
- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles, dit Obi-Wan en faisant mine de s'intéresser à ce que racontait Emiliana.
- Je vais le dire à Cassiopea.
- Si tu fais ça, je te rase le crâne dans ton sommeil.
- Tu n'oserais pas toucher à ma parfaite toison de Kiffar !
- Je rêve ou je viens d'entendre le mot toison ?, Cassiopea en avait visiblement terminé avec l'inventaire des provisions.
- Mes cheveux font partie de mes attributs les plus chers je te rappelle !
- Je ne veux même pas savoir de quoi vous parliez, la jeune femme secouait la tête d'agacement. Je pense que nous avons fait le tour. On remonte à l'observatoire, il faut que tout soit vite mis en place pour l'assaut. »
En empruntant les passages internes, toute la bande fut vite de retour dans le quartier général. Wolf et Cassiopea faisaient un point sur leurs forces d'attaque tandis que Navo actualisait tout le système de défense digital. Elle allait avoir besoin de toute la technologie dont la base disposait car il lui faudrait sûrement percer les pare-feux du Destroyer pour l'affaiblir.
« Que s'est-il passé durant les trois dernières semaines ?, demanda Cassiopea. J'ai besoin de connaître tous les détails pour avoir une vision d'ensemble de la situation.
- Après la première tentative de Sélène, expliqua Navo. J'ai renforcé les boucliers au maximum. Nous avions compris qu'il ne risquait pas de décoller après l'affront de sa fille et j'ai eu raison. Il a sacrifié plusieurs vaisseaux pour mitrailler deux fois encore. Comme je ne pouvais pas les descendre pour les recharger, les boucliers ont pratiquement absorbé la totalité de l'énergie qu'ils peuvent supporter. Ils ne résisteront pas à un assaut supplémentaire.
- Ce qui me conforte dans l'idée d'un combat aérien, opina Cassiopea. Nous devons agir avant qu'ils ne décident de lancer une nouvelle attaque. Si les boucliers cèdent, je n'ai aucun doute sur la suite des évènements. Vénusii-Arcadia va envoyer ses chasseurs droit sur la base et descendra probablement au maximum avec son Destroyer. Kidron est loin d'être le terrain idéal pour des combats rapprochés. L'environnement est bien trop hostile et nous serions désavantagés étant donné que la base occupe la moitié de la surface de la planète. Ils pourraient nous attaquer de tous les côtés. Seule solution, les prendre de vitesse. Il faut les attaquer par le ciel. Nous pouvons ouvrir une brèche de l'autre côté de la planète. Il nous faudra attendre le bon moment, lorsque la petite lune se couche et avant le lever de la grande. À cet instant, le soleil les aveuglera complètement et ils ne pourront pas nous voir sortir. Avec les bonnes formations de combat, nous pouvons espérer les prendre par surprise et gagner une longueur d'avance. Si nous restons sur l'idée que le Destroyer est sous-équipé et qu'un certain nombre de TIE se sont déjà écrasés contre les boucliers, les combats entre chasseurs devraient être parfaitement gérables, je fais entièrement confiance à Wolf pour ça. Le souci principal restera donc le Destroyer et le Général à son bord. Il est clairement déterminé et il ne reculera devant rien. La perte de ses fighter et de ses hommes ne lui fera ni chaud ni froid et nous pouvons donc nous attendre à une réponse massive provenant des armes intégrées à son vaisseau. Les canons sont importants et je suppose qu'il dispose des moyens pour les faire fonctionner même s'il est en manque d'hommes. Nous devrons donc mettre nos Croiseurs sur le coup. Leur force de frappe est la seule à pouvoir rivaliser mais je refuse de les mettre en danger. Nous avons besoin de ces vaisseaux et leurs opérateurs sont des membres bien trop précieux pour les Sentinels, hors de question que nous prenions le risque de les perdre. Ils devront donc se contenter d'attirer l'attention des impériaux et de les tenir en respect tandis que nous nous débarrasserons d'eux d'une autre manière. Je ne suis pas encore certaine de la méthode à employer mais je pense que tu peux immédiatement te mettre au travail sur les pare-feux, Navo. Ils doivent être hors d'usage au moment de l'attaque. Bien sûr, je ne te précise pas que nos amis ne doivent se rendre compte de rien. Je te fais confiance pour les rouler, tu es la meilleure.
- Tu m'a tellement manqué, si tu savais, dit Wolf en riant après la tirade de Cassiopea. Avec toi, les choses ont toujours l'air évidentes.
- Nous ne pouvions rien faire tant que tu n'étais pas là, approuva Ann-Mary. Nous aurions risqué de trahir ton absence auprès du Général et de perdre toutes nos chances de partir à ta recherche.
- Vous avez protégé la base, dit Cassiopea. C'est ce qu'il fallait faire et je n'aurais pas aimé apprendre que vous aviez attaqué sans moi. J'ai bien le droit de m'amuser un peu.
- Tu es certaine d'être en état de te battre ?, s'enquit Matylda. Tu as subi un gros choc.
- Je sais mais je me sens bien. Je pense que mon organisme s'est mis en pause pendant ces trois semaines pour me permettre de récupérer. Tu sais, lorsque nous sommes sensibles à la Force, nous ne guérissons pas de la même manière. De plus, ce ne sont pas des atteintes physiques qui m'ont mise dans cet état, pas vraiment en tout cas. Hell a utilisé la Force sur moi. Comment, c'est encore un mystère, mais il n'empêche que ce sont des blessures différentes. Et, concernant celles qu'il m'avait infligées sur Jedha, les rituels de la chamane Modeleuses y ont remédié.
- Je m'inquiète un peu quand même, renchérit Wolf. Matylda n'a pas tort.
- Mais tu t'inquiètes toujours, Wolf, sourit Cassiopea. Je vais bien. Vénusii-Arcadia n'a qu'à bien se tenir. Il va voir ce qui arrive à ceux qui se frottent d'un peu trop près aux Sentinels.
- On va le faire pleurer, ricana Sor en esquivant une tape sur la tête en provenance de Sélène.
- Ne reste plus qu'à trouver comment le mettre définitivement en déroute, enchaîna Cassiopea. Il faudra nous occuper de ça tandis que les Croiseurs et les fighters feront front. Je pense qu'une bonne petite attaque en traître fera l'affaire. Il va nous falloir le prendre par surprise. Des idées ? Vous avez probablement tenté des choses au cours des dernières semaines. Je vous connais par cœur, vous ne tenez pas en place.
- Alors là, dit Wolf. Il faut s'adresser aux spécialistes de l'opération. Nous, nous nous sommes contentés de protéger la base et de préparer un potentiel assaut.
- Les spécialistes ?, Cassiopea leva un sourcil interrogateur.
- Sélène et Sor planchent sur la question depuis le début, expliqua Navo. Ils te raconteront ça bien mieux que nous.
- Et on ne peut pas dire que nous n'avons pas tout essayé, dit le Twi'lek.
- Racontez-moi, demanda Cassiopea.
- Et bien, commença Sélène. Une fois que nous avions établi que je n'irai nulle part avec mon père, nous avons réfléchi à une autre solution pour le forcer à partir sans risquer une attaque. J'avais à moitié espéré que mon chantage suffirait mais il s'est finalement avéré que cela n'a pas servi à grand chose si ce n'est à le mettre encore plus en colère. Visiblement, il me considère à présent comme une traître à l'Empire et à sa famille et il est bien déterminé à m'empêcher de parler. J'avais compris qu'il était loin d'être quelqu'un de bien, mais comme je reste sa fille, je pensais quand même qu'il ferait preuve d'un peu de compassion. Visiblement, je me suis trompée.
- Sélène, dit Sor. Il a littéralement menacé de te jeter en pâture à l'Empire pour monter en grade et être couvert de gloire. Nous sommes relativement loin de la médaille du père de l'année si tu veux mon avis. Et ensuite, tu lui as dit que tu ferais croire à tout le monde que c'était lui qui t'avait fait intégrer les Sentinels parce qu'il cherchait un moyen de détrôner l'Empereur. Il ne faut pas trop s'étonner qu'il n'ait pas apprécié.
- Le fait que tu le traites de tous les noms possibles n'a pas franchement arrangé la chose, je te rappelle.
- Certes, maugréa le Twi'lek. Mais il l'avait mérité. Il est fort probable qu'il me prenne pour cible avec son plus gros canon pour se venger, par contre.
- Tu es vraiment incapable de te tenir tranquille, soupira Cassiopea.
- Et encore, tu ne connais pas la suite, dit Sélène. Je cherchais donc une autre solution quand monsieur ici présent a décrété qu'il voulait aller lui rendre visite à bord de son Destroyer pour lui réitérer ses propos fort colorés en face à face.
- Tu plaisantes j'espère.
- Malheureusement, non. J'ai cru que j'allais devoir détruire les moteurs du Phoenix pour l'empêcher de monter à bord et de se lancer en mission suicide.
- Tu m'as tiré par les lekkus dans toute la base !, s'indigna Sor. C'est de la maltraitance de Twi'lek. Et après, elle m'a attaché à une chaise dans l'observatoire !
- Tu ne voulais pas comprendre quand je te disais que ton idée était stupide et suicidaire !, Sélène regardait Sor avec un mélange d'agacement et d'affection. Il a bien fallu que je prenne les choses en main.
- Les choses en question étant mes lekkus ! Elle est dangereuse, Cass ! On ne dirait pas comme ça avec ses airs d'aristocrate, mais c'est une véritable furie!
- Je me demande juste pourquoi elle ne t'a pas laissé attaché plus longtemps, Cassiopea observait la scène avec un amusement grandissant. Tu aurais mérité d'être puni une bonne semaine de plus.
- Étant donné qu'il a fini par se calmer, reprit Sélène. Nous avons enfin pu envisager la chose sérieusement.
- N'empêche que je suis certain que mon plan aurait fonctionné, grommela le Twi'lek.
- Sor, tu n'avais pas de plan. Tu voulais juste foncer dans le tas, comme d'habitude. Tu es du genre à taper d'abord et à réfléchir ensuite. Personnellement, je préfère étudier toutes nos options avant de prendre une décision hâtive. Les négociations sont très souvent plus efficaces que l'emploi de la force brute. Alors c'est ce que nous avons tenté de faire.
- Attends, coupa Cassiopea. Tu as réussi à convaincre Sor'Leku, la pire tête brûlée que je connaisse, de réfléchir avant d'agir et de fonctionner de façon calme et organisée ?
- Écoute, il se trouve qu'à la réflexion, se défendit Sor. Son idée était beaucoup plus intelligente que la mienne.
- Où étais-tu durant ces trois dernières années, Sélène ?, demanda Cassiopea. Tu m'aurais évité bien des explosions inutiles.
- Je n'ai rien fait de spécial, répondit la jeune femme. Mis à part l'attacher à une chaise évidemment, conclut-elle en souriant.
- Elle a su avancer des arguments convaincants, poursuivit Sor. Et mes lekkus me faisaient mal et j'avais un peu peur pour ma vie si je tentais encore une fois de foncer dans le tas.
- Finalement, Sélène tira d'un coup sec sur l'un des lekkus de Sor qui poussa un cri d'outrage. Je me suis dit que, foutus pour foutus, nous pouvions peut-être tenter d'engager des négociations avec quelqu'un d'autre. Mon père est déterminé mais je connais bien son second, Kormac. J'ai toujours trouvé qu'il gaspillait son talent à travailler pour mon père. Il est vraiment très intelligent et il aurait fait un bon politicien s'il n'avait pas été forcé de choisir l'académie militaire. D'aussi loin que je m'en rappelle, il a toujours travaillé pour ma famille et il s'est montré très gentil avec moi. Lorsque j'étais plus jeune et que j'étais parfois forcée de passer des jours à bord du vaisseau de mon père parce que, je cite, il me fallait apprendre la réalité de la République pour que je puisse constater à quel point elle était mauvaise et corrompue, il essayait toujours de passer du temps avec moi pour que je me sente moins seule. Je savais qu'il ne refuserait pas de me parler si je le contactais. Il est plus ouvert que mon père et bien plus compréhensif. Mais surtout, c'est peut-être bien la seule personne lui étant subordonnée qui a encore une once d'influence sur lui. Il dispose d'une ligne directe dans le Destroyer et je connais son contact. Nous avons donc engagé le dialogue.
- Tu as vraiment un don pour la politique, dit Cassiopea. J'avoue que je serais immédiatement passée à la phase attaque massive.
- Les autres allaient partir à ta recherche et, sans Wolf, hors de question de risquer une attaque de la part de mon père. Je n'avais pas non plus beaucoup d'espoir mais je me suis dit que nous pourrions peut-être gagner du temps.
- Et qu'est-ce-que ça a donné ?
- Pas grand chose, malheureusement.
- Tu dramatises, dit Sor. Il n'avait clairement aucune envie de te faire du mal et l'idée de bombarder la planète en te sachant dessus ne le réjouissait pas. Mais nous n'avons pas réussi à le convaincre de parler au Général en notre faveur ou de lui faire croire à un appel urgent qui l'aurait forcé à rentrer sur Coruscant. Sa loyauté à l'Empire est malgré tout infaillible et la défection de Sélène envers la rébellion a semblé l'avoir déçu.
- Tu as assisté à l'échange ?, s'enquit Cassiopea.
- Il n'a pas assisté, expliqua Sélène en levant les yeux au ciel. Il s'est posté en arrière-plan, canon-blaster à la main et il a pris son air le plus menaçant. Kormac n'arrêtait pas de lui lancer des regards paniqués.
- Je n'allais tout de même pas te laisser entrer en contact avec ses malades toute seule ! Ton père aurait encore été capable de débarquer. J'aurais explosé l'écran à l'instant où il aurait pointé sa tête. Ne me regarde pas comme ça, Navo. Ton matériel passe en second plan dans ce genre de situation. Et puis, à ce que je sache, lorsque les politiciens engagent des négociations, ils ont toujours des gardes du corps qui protègent leurs arrières.
- Je suis obligé d'approuver, intervint Obi-Wan. J'ai passé de nombreuses années à remplir ce rôle. Sélène ne pouvait pas se retrouver seule, même par écran interposé. Au moins, ils ont compris le message.
- Il a saisi que nous ne lâcherions rien, soupira Sélène. Il a encore une fois tenté de me convaincre de les rejoindre, prétextant que mon père se calmerait et que tout redeviendrait comme avant mais je n'ai pas cédé. Sor ayant choisi ce moment pour enclencher le magasin de son arme, je crois que le message était clair.
- Nous avons quand même appris des choses intéressantes, précisa Sor. Comme elle a rapidement compris qu'il ne nous aiderait pas, Sélène s'est mise à le faire parler. Je ne sais pas comment elle fait ça, mais c'était impressionnant ! En partant d'un minuscule détail, le type a commencé à nous lâcher des informations qu'il aurait probablement dû garder secrètes. Je suppose qu'il devait se sentir en confiance avec elle et, comme j'ai l'impression que le général l'exploite un peu, ça a dû lui faire du bien de se confier.
- Il m'a dit comment ils avaient fait pour échapper à la surveillance de l'Empire, expliqua Sélène. D'ordinaire, tous les Destroyer ont un système de traçage extrêmement performant qui permet au gouvernement de savoir où ils se trouvent à tout moment. Pour pouvoir partir à ma recherche sans risquer de se faire prendre, mon père a dû faire détraquer tout le système. Pour une fois, je pense que son égo surdimensionné pourrait être un atout. Il était tellement obsédé par l'idée d'être le premier à trouver la base des Sentinels et à capturer Cassiopea, qu'il a pris des risques irréfléchis avec sa flotte. S'il avait parlé de son plan à Palpatine, alors ce dernier aurait sûrement mis quelqu'un d'autre sur le coup, quelqu'un de plus influent et de plus proche des sphères internes. Comme ce fameux Stanford par exemple. J'ai cru comprendre que mon père le détestait mais qu'il jouait un rôle primordial au sein de l'Empire.
- Et comme Vénusii-Arcadia voulait récolter tous les honneurs et monter dans les grâces de Palpy, poursuivit Sor. Il s'est arrangé pour que personne ne puisse se douter de son plan. Il a fait croire à tout le monde qu'il était dévasté par l'enlèvement de sa fille et qu'il lui fallait à tout prix rentrer chez lui sur Corulag pour voir sa famille. L'Empereur lui aurait apparemment promis une mission de sauvetage – ce que Sélène pense être un gros mensonge – et aurait accepté, dans sa grande magnanimité, que le Général prenne un peu de temps pour se remettre de ses émotions auprès de ses proches avant de revenir en pleine forme le servir.
- En réalité, dit Sélène. Palpatine a très certainement décidé qu'il était hors de question de perdre du temps à me courir après et il a juste voulu écarter mon père le temps qu'il se calme pour qu'il ne le gêne pas et ne le harcèle pas avec la demande d'une mission de sauvetage. Les Archives et les cristaux sont clairement sa priorité et même les Sentinels sont passés au second plan. Par contre, comme nous sommes à présent en possession des dites Archives et que je pense qu'il va tout de même finir par l'apprendre, son avis sur la question risque de changer.
- Un problème à la fois !, la coupa gentiment Sor. Ton cerveau travaille beaucoup trop vite, il faut que tu ralentisses un peu. Le plus important, c'est que ton père ignore tout des Archives. Nous avons vite compris qu'il n'était absolument pas dans la confidence et que, s'il a pu en entendre parler, il ne sait pas quel rôle elles doivent jouer ni même que nous étions également sur leurs traces.
- Bref, reprit Sélène après avoir réorganisé ses idées. Le fait est que mon père a fait croire à Palpatine qu'il rentrait sur Corulag pour retrouver ma mère et mon frère. En réalité, il n'y a pas mis les pieds. Il a entièrement recalibré le traçage du vaisseau pour le verrouiller sur Corulag et comme il n'a pas pu dire à tous les membres de son équipage, et je parle là des informaticiens, qu'il défiait les ordres de leur chef adoré, il lui a fallu faire avec les moyens du bord et tout le système s'en est trouvé détraqué. En fait, il n'y a que Kormac qui sache que leur mission est clandestine et, Sor a raison, il ne doit pas apprécier et c'est pour cela qu'il a lâché les informations.
- Du coup, comme il fallait que sa couverture soit crédible, compléta Sor. Il n'a pu emmener que le minimum vital de son personnel et de son armement. À quoi peut bien servir un Destroyer sur-équipé pour un simple saut vers Corulag ? Surtout qu'il a du matériel là-bas. D'après ce que nous avons compris, il a pu enrichir ses équipements en cours de route grâce à un contact mais il est encore loin du compte. Je ne sais pas pour quoi il nous a pris, mais il a dû être surpris à l'arrivée.
- Grandement en sous-effectif, mission hautement clandestine, système informatique à moitié détraqué, énuméra Cassiopea. Je pense que nous avons une bonne longueur d'avance. Navo ?
- Je suis dessus, répondit l'informaticienne en pianotant. J'ai une idée mais je veux vérifier avant.
- Je suis impressionnée, dit Cassiopea à l'attention de Sélène et Sor. Vous avez fait de l'excellent travail.
- C'est à peine s'ils ont quitté l'observatoire, renchérit Emiliana. Même une fois l'affaire du second réglée, ils ont continué à chercher des solutions. Bon, je crois que Sor a encore tenté de lancer une ou deux attaques éclairs, mais à part ça, ils n'ont pas lâché l'affaire.
- Il a fait deux tentatives, approuva Sélène. Mais il s'est vite calmé.
- Elle m'a menacé. Je t'ai dit qu'elle était dangereuse.
- En tout cas, conclut Cassiopea. Vos investigations vont certainement nous apporter l'élément qu'il nous manquait pour finaliser notre plan d'attaque. À en croire l'expression de jubilation totale de Navo, elle est sur quelque chose.
- Ils ne se cassent vraiment pas la tête en concevant les systèmes internes de ces Destroyer, commenta la Miralan. Ils se croient vraiment tout puissants.
- Tu peux y entrer ?, demanda Sor. J'ai bien essayé mais Sélène m'a ordonné de me tenir loin de toute forme de système informatique. Elle a dit que je risquais de tout faire exploser rien qu'en tapant la date du jour. Je suis encore particulièrement outré par cette affirmation d'ailleurs.
- Elle n'a pas tort, dit Navo. Tu ne t'approches pas de mon matériel. Mais oui, je peux y entrer et j'ai même mieux. Il s'avère que tout est connecté à l'intérieur. Donc, en jouant avec le traçage, ils ont déréglé les trois quarts du système. Une étincelle et je pourrai tout faire partir en fumée.
- L'objectif reste le même Navo, dit Cassiopea en coulant un regard vers Sélène. Nous n'allons pas assassiner le général, c'est le père de Sélène. Il faut juste qu'il fiche le camp. Nous devons donc trouver un moyen pour le forcer à faire demi-tour.
- J'ai bien une idée mais je ne pourrai pas tout piloter d'ici, expliqua l'informaticienne.
- Dis toujours.
- Je pense que je peux faire sauter leur hyper-propulsion. En jouant avec leurs systèmes, je peux la modifier suffisamment pour qu'elle cesse tout simplement de fonctionner. Leurs alarmes se mettront automatiquement en marche et ils auront le choix entre, faire demi-tour tant qu'ils ont encore de la puissance ou rester coincés dans le feu de nos Croiseurs. Si nous partons du principe que nos pilotes sont bien meilleurs que les siens, le général va vite se retrouver à cours de TIE et la situation tournera à son désavantage. S'il avait tous ses techniciens avec lui, il pourrait tenter de réparer l'avarie mais ce n'est pas le cas. Nous pouvons donc hautement supposer qu'il pliera bagages.
- Ça me semble parfait, où est le souci alors ?, demanda Cassiopea.
- Je peux faire une bonne partie de la manoeuvre depuis nos commandes mais la manette finale est à enclencher manuellement, c'est la seule vraie sécurité posée sur les Destroyer. L'hyper-propulsion ne peut pas être entièrement désactivée à distance.
- Alors il faut monter à bord, dit simplement Cassiopea. Tu pourras le faire directement.
- Je ne peux pas quitter les commandes. Nous ne voulons pas détruire l'hyper-propulsion, nous voulons juste la faire sauter. Une fois la manette enclenchée, je dois être immédiatement ici pour pouvoir jouer avec les réacteurs. Voyant les ratés de son vaisseau, il fera demi-tour. Si les propulsions se mettent complètement hors-service…
- Alors il partira du principe qu'il n'a plus rien à perdre, comprit Cassiopea.
- Exact. Il faut lui offrir une unique porte de sortie, mince mais bien réelle. Alors il la saisira.
- Très bien, Cassiopea réfléchit un moment. Alors voilà ce que nous allons faire. »
