Yo,

R.A.R (Une review fera toujours plaisir)

Trolocat: Merci beaucoup pour ce touchant commentaire. D'abord sur Shunsui et Byakuya parce que je me suis surprise à découvrir qu'ils faisaient bien la paire donc je suis contente que leur rencontre t'aie plu ! Et aussi par rapport aux grands questionnements que proposent cette fic à propos de la justice. Ce n'est pas un thème qui a été facile à mettre en place ni à manipuler alors je suis contente que tu le remarques et l'apprécies. Bonne lecture à toi !

Voici le chapitre 19. Bonne lecture à tous !


Deux jours plus tard,

Saint Luc International Hospital, Tokyo

20h47

— Ça risque de piquer un peu, d'accord ? Mais fais-moi confiance, ça va aller.

Le jeune adolescent d'une douzaine d'années semblait bien plus effrayé par ses parents, qui se disputaient à murmures bien trop forts dans son dos, que par l'alcool à désinfecter que présentait Grimmjow sur un coton.

Le bleuté ne fit pas plus de commentaire et poursuivit ses soins, faisant pression sur la main à la paume ouverte du garçon. Ce dernier émit un léger cri de douleur due à l'impression de piqûre fulgurante que provoquait l'alcool sur une plaie ouverte encore à vif. Aussitôt, le bleuté usa de son autre main pour -professionnellement- attraper le bout du nez du jeune garçon et imprimer une légère pression pour que son cerveau focalise son attention sur bien autre chose que sur main. Le garçon eut un soubresaut et tenta de repousser la main du docteur à l'aide de la sienne, seule libre à disposition, mais ce fut sans compter sa force. Au final, cela lui fit plus sourire qu'autre chose de se faire pincer le nez et, déjà, la douleur à la main était partie. Grimmjow lui sourit en retour :

— Voilà, le plus dur est passé.

Il jeta le coton dans une poubelle et fit rouler le tabouret sur lequel il était assis vers un placard aux immenses et longilignes tiroirs. Il tira l'un d'eux et en sortit de la gaze, des bandages, une paire du ciseau et de l'adhésif. Il mit le tout dans une petite corbeille et revint vers le garçon qui était toujours assis sur la couchette d'urgence, la main en évidence posée sur sa cuisse. Ils se faisaient face mais Grimmjow portait son attention sur le couple en arrière-plan qui attendait près des rideaux séparateurs entre les couchettes des urgences.

La femme d'une quarantaine d'années serrait la hanse de son sac à main comme si sa vie en dépendait, arrangeant aussi sans cesse sa mèche qui retombait sur son nez alors qu'elle gigotait sur place à frapper en rythme avec ses talons, mordue d'inquiétude. L'homme à côté était un peu plus vieux et gardait les bras croisés, à mâchouiller un chewing-gum l'air perdu, cherchant à avoir le dernier mot. Les deux se disputaient clairement sur ce qu'il s'était passé avec leur fils.

— C'est les jeux-vidéos; répétait la mère en vain; c'est les jeux-vidéos ! Ça lui bouffe l'intérieur de la tête à force ! Il n'arrête pas avec son ordinateur, H24 ! Toutes ses technologies, ça le fait devenir violent !

— C'est toi aussi qui lui permets sans cesse ! Tu le laisses toujours jouer, pas étonnant qu'il devienne dingo !

D'après ce qu'avait pu comprendre Grimmjow du couple quand il avait vu l'état du blessé, le fils s'était ouvert la main tout seul dans sa chambre après avoir trouvé un couteau à viande dans la cuisine. Et le hic d'après les parents, à entendre leur discussion, ce n'était pas qu'il s'automutile aussi sévèrement, mais qu'il se filme en train de le faire pour ensuite le mettre sur Internet.

— C'est toi qui lui as acheté ses jeux de guerre à Noël ! J'étais contre ! Et voilà comment ça finit !

— En attendant, moi, j'ai pas de problème d'autorités avec mon fils, que je sache !

C'était pitoyable. Les murmures étaient assez forts pour que l'adolescent entende tout mais, à l'admiration de Grimmjow, il semblait honteusement tout tenter pour ne pas écouter et faire comme si de rien n'était. Le bleuté enroulait la main avec des bandages alors qu'il avait appliqué la gaze en premier lieu sur la méchante fente rougie qui barrait sa main :

— Ça va durer une dizaine de jours à te lancer un peu; expliqua-t-il; je vais te prescrire des autres bandages. Tu vois ? C'est tout simple à faire.

L'adolescent acquiesça. Peu importe ce que pouvaient dire les parents, le bleuté ne voyait absolument pas dans ce garçon perdu et en manque de confiance en lui un quelconque problème de violence ou de délinquance marquée. C'était même tout le contraire.

— Alors, tu veux me raconter pourquoi tu as fait ça ? dit-il doucement.

Ils échangèrent tous deux un regard mais l'adolescent le fuit bien vite :

— J'suis pas obligé, si ?

— Non, bien sûr que non. Tu n'es obligé de rien. Mais… Je pense que ça peut te faire du bien d'en parler. C'est quand même assez grave, tu ne trouves pas ?

— Mes parents me prennent pour un fou, mais c'est pas ça…

— Je sais bien que ce n'est pas ça. Je ne crois pas un mot de ce qu'ils pourraient dire sur toi.

Grimmjow sentait que le garçon avait envie de se confier mais qu'il hésitait à parler. Ou plutôt… il cherchait les bons mots.

— Je l'ai pas postée la vidéo, vous savez... Je... Je l'ai pas postée... Mais j'y ai pensé, c'est vrai… C'est ce que le Message nous demandait de faire.

Le médecin fut soudain interdit et stoppa son geste. Il planta un regard bien plus inquiet dans celui de l'adolescent qui semblait encore plus nerveux, comme s'il venait de dire une énorme bêtise.

— Attends, c'est quoi le message dont tu parles ?

Le garçon hésita encore puis, jouant de sa main valide avec les plis de son pantalon, il raconta :

— C'est des liens qui apparaissent et disparaissent sur les réseaux sociaux. C'est des vidéos. Ça dure toujours peu de temps et on ne comprend pas vraiment de quoi ça parle… En tout cas, c'est impossible de retracer les vidéos, elles sont protégées, et elles changent tout le temps de nom et d'adresse. Je sais pas pourquoi ça apparaît sur mes réseaux. Mais en un rien de temps, ça peut disparaître si on ne clique pas.

— C'est quoi ?… Un virus ?

— Non, ça n'a rien fait à mon ordinateur. Au début ça m'a un peu étonné. J'ai voulu en savoir plus. Alors, avec un pote, on a commencé à chercher et à tout le temps cliquer. Et plus on cliquait, plus les liens apparaissaient rapidement et souvent. Alors on cliquait encore plus. Au final, on faisait plus que ça. Et c'était vraiment des vidéos étranges...

L'étrange et le bizarre, dans le quotidien de Grimmjow –et indirectement d'Ichigo- était toujours lié à Anarkheia. Aussi se méfia-t-il d'autant plus de l'histoire du garçon :

— Tu saurais me dire un peu de quoi ça parlait ces vidéos ?

— Je comprenais pas vraiment. C'était des messages. Parfois ça flashait très vite. Mais ça parlait souvent de punir les mauvaises actions des autres ou de purifier celles qu'on a nous-mêmes faites.

— Les mauvaises actions ?

— Ouais, avec mon pote, on avait carrément l'impression que ça s'adressait directement à nous. Il y a cette bande de musclors au collège… Ces idiots se moquent toujours de nous. Le pire c'est pendant les heures de sport… Bref, on les déteste. Et le message sur la vidéo c'était un peu comme Zorro qui nous disait : la chance tourne ! On espérait vraiment qu'ils soient punis. Et au bout d'un moment, j'ai commencé à penser à ce que j'avais moi-même fait de mal…

— Tu as fini par faire ce que demandait la vidéo ?

— Oui… L'image du couteau revenait sans cesse dans les messages. Ça a fini par m'y faire constamment penser. Dès que je mangeais, j'y pensais. Je dormais plus. Je me disais que je devais être puni moi-aussi.

— Mais, pourquoi ?

— Je… J'ai pas envie d'en parler. Mais… c'était pas bien.

Grimmjow avait fini avec sa main et avait écrit la prescription. Il restait concentré sur ce gamin qui cherchait un quelconque moyen d'être plus à l'aise mais qui rougissait sans cesse.

— Petit…; conclut-il à la fin de son récit; j'aimerais que toi et ton ami vous ne cliquiez plus sur ces liens internet. Et que vous empêchiez à d'autres élèves d'y aller. C'est très dangereux et ce n'est pas normal que ça existe, d'accord ? La police va faire en sorte que ça disparaisse pour éviter ce genre d'accident… ou pire encore.

Le garçon hocha la tête vigoureusement. Il avait l'air tout aussi convaincu de ne plus jamais recommencer et cela rassurait Grimmjow.

— Et en ce qui concerne ce pour quoi tu t'aies fait du mal… ou ces idiots du collège qui vous harcèlent, tu sais que tu peux en parler aussi, hein ?

— Oui mais j'ai pas vraiment envie que les gens de ma classe me voient.

— Tu peux peut-être trouver un horaire plus discret pour le faire ? Après le club, par exemple ? Ou à la pause déjeuner ?

Sur ce, comme une idée qui venait de fuser dans sa tête, le garçon retrouva le sourire. Grimmjow se leva, remit droite sa blouse et soutint le garçon pour qu'il puisse descendre de la banquette sans utiliser sa main.

— Bon, champion, je crois que tu vas pouvoir rentrer.

— Merci, docteur !

Au même moment, l'estomac de l'adolescent cria famine. Le garçon rougit encore, ce qui fit sourire le bleuté qui se pencha pour lui dire tout bas en pointant quelque part dans la salle des urgences :

— Tu vois le type en blouse là-bas qui a l'air de s'ennuyer ? Va lui demander des chocolats, il en a toujours. Tu lui dis que tu viens de la part de Grimm', impossible qu'il t'en refuse.

Cela fit rire le garçon qui partit en un « Okay ! » motivé.

Les parents arrivèrent au même instant face au médecin qui se remettait droit. La mère n'arrêtait pas de se pencher en avant en signe d'excuses :

— J'ai honte ! Honte ! Veuillez pardonner notre enfant ! S'il n'était pas collé à son ordinateur tout le temps, il n'en serait pas venu à de telles extrémités ! Quelle horreur !

— On va tâcher de le discipliner un peu, c'est sû; rajouta le père.

— Tâchez plutôt de connaître votre gosse avant de vous plaindre de lui. Ce qui importe le plus c'est de comprendre pourquoi il essaie de s'échapper dans ses jeux-vidéos, pourquoi il en vient à se persuader qu'il doit s'automutiler.

La mère, qui allait bientôt faire craquer la hanse de son sac à main, resta béate dans un « oh » bouche-bée.

— Vous devriez mieux apprendre des conséquences avant de blâmer les causes et de chercher des coupables. Sur ce, bonsoir.

L'enfant de douze ans revenait, du chocolat dans la bouche. Sa mère lui prit sa main valide en réarrangeant ses cheveux et entreprit de prendre le chemin de la sortie. Le père, resté silencieux au discours de Grimmjow, suivait, les mains au fond de ses poches de veste, dépité.

— Grimmjow !

C'était Di Roy Rinker, son collègue, le fameux passeur de sucreries, qui l'interpellait alors qu'il rangeait son plan de travail. Le médecin paraissait encore joyeux comme à son habitude, les mains dans les grandes poches de sa blouse.

— Je te cherchais ! Ce gamin m'a dit que tu refilais la combine du chocolat, celle que J'AI instaurée ! Alors, monsieur croit enfin au pouvoir du sucre sur les gosses ?

— Tss… Il avait juste faim, je me voyais mal lui proposer une intraveineuse.

— Mh… N'empêche… T'as meilleur mine, mec !

Grimmjow devait lui donner raison. Depuis qu'Ichigo était tout proche de lui, il dormait plus et mieux, ce qui avait eu un grand impact sur sa forme physique et mentale pendant ses temps de travail.

— Le médecin-chef m'a dit de te dire que ton service est terminé.

Grimmjow en fut assez étonné. Il était loin d'être minuit. La suite ne l'enchanta guère :

— Y'a une voiture de flic sur le parking des urgences qui t'attend. Tu devrais te dépêcher.

Rinker ne savait pas trop ce que cela signifiait mais comprit que la situation pouvait être assez urgente quand il vit Grimmjow filer au vestiaire et défaisant sa blouse et revenir moins d'une minute plus tard, ses cheveux en bataille, avec sa veste mise rapidement et son sac à dos sur une épaule.

— J'y vais, merci pour l'info'; se sentit-il obligé de lui dire en repassant à côté de lui.

Puis il prit les portes automatiques des urgences pour rejoindre le parking.

Un homme en uniforme attendait en dehors de la voiture et salua le jeune médecin urgentiste en pinçant sa casquette accompagné d'un signe de tête puis il lui ouvrit la portière arrière. Grimmjow ne dit rien de plus et s'engouffra dans la voiture. Ichigo était là. Il enlevait ses écouteurs. Le bleuté n'eut pas besoin d'être son amant pour comprendre qu'il était nerveux. Son genou sursautait à chaque seconde, ses mains s'entremêlaient autour de son téléphone portable qu'il ne cessait d'allumer et d'éteindre, et ses yeux regardaient partout à la fois en une seule minute.

Le temps que Grimmjow s'assoie, la voiture avait démarré :

— On va où comme ça ?! demanda Grimmjow qui ne supportait déjà pas de voir de l'anxiété traverser l'esprit de son amant.

— On a des ordres. Veuillez vous montrer coopératifs.

Grimmjow émit un « Tch » qui en disait long sur sa vision de la coopération, et accrocha sa ceinture alors que la voiture prenait de la vitesse sur les grandes avenues. En regardant à nouveau Ichigo, il ne put que lui prendre la main pour tenter de le calmer. Il n'avait pas vraiment envie de l'embrasser aux yeux des deux policiers et Ichigo le refuserait certainement aussi.

— Tu sais ce qu'il se passe ?

Ichigo fit « non » de la tête.

— Ils sont venus me chercher à la maison. C'est Kuchiki qui veut nous voir.

Grimmjow fit une grimace. À cette heure, ça n'avait pas de sens. Et pour les voir, c'était évidemment à propos de l'enquête et d'une possible évolution.

Après un certain temps de trajet, qui fut bien plus long à vivre qu'il ne dura réellement, en grande partie à cause du silence insupportable qui s'était installé dans la voiture, ils arrivèrent à un lieu que Grimmjow reconnut sans problème :

— L'H.P de Matsuzawa…

Ichigo se dressa soudain. Il était au courant de l'histoire de cet hôpital :

— Quoi ? Qu'est-ce qu'on fait ici ?

— On suit les ordres du Boss. Descendez-maintenant et tâchez de nous suivre.

Le quatuor entra dans l'hôpital qui s'endormait peu à peu. De moins en moins d'aides-soignant(e)s traversaient les couloirs lumineux de blancs. Quelques cris çà et là confortaient les hommes dans le fait qu'ils étaient bien dans un hôpital psychiatrique. Ils entrèrent finalement dans une pièce qui paraissait à l'écart des dortoirs et salles de soin. C'était clairement un bureau de conseil et quelques membres du personnel étaient assis à plusieurs endroits tandis que des policiers finissaient de remplir la salle. Au premier plan se détachaient un homme en blouse blanche aux longs cheveux blancs maladroitement attachés en queue de cheval basse qui lui retombait sur l'épaule, ainsi que le capitaine Byakuya Kuchiki.

— Bien, docteur Ukitake, je vous présente les deux principaux témoins de notre enquête, Kurosaki Ichigo et Jaggerjack Grimmjow.

Le médecin eut une double surprise incarnée sur le visage. La première fut de savoir que le jeune Kurosaki était le fils du regretté Isshin qu'il avait pu connaître et admirer dans le temps. Puis la deuxième surprise fut de reconnaître l'autre homme :

— Mais oui, bien sûr, le légiste du DPM aux cheveux bleus ! enchaîna-t-il d'un air jovial.

— Pardon ? fit plus froidement Byakuya.

Bien sûr, cela mettait Grimmjow dans une situation plus que gênante. Même s'il pouvait tenter de se dédouaner en expliquant que c'était l'idée de son collègue Hirako, il n'était pas sûr que Byakuya le croie. Aussi chercha-t-il à rester discret sur cette bavure. Mais c'était sans compter la jovialité du médecin :

— Mon patient Ayasegawa vous a bien remarqué, vous savez ! Il m'a même demandé si vous alliez repasser !

Byakuya prit le bras de Grimmjow et l'éloigna un peu plus :

— Qu'est-ce que c'est que ça, Jaggerjack ? Vous continuez votre petite enquête solo ? dit-il d'une voix basse mais non moins colérique.

— Eh bien… à vrai dire, mon nom était encore sur celui du légiste de l'enquête à ce moment.

— Ne faites pas votre malin ! Combien de fois faut-il que je vous dise à tous les deux de ne pas jouer les héros solitaires à vous croire plus forts que tout le monde ?

Grimmjow en avait sincèrement marre de se faire crier dessus comme un gamin de six ans. Il resta donc stoïque, les mains dans ses poches, et afficha un visage neutre et froid :

— On fait que not' boulot de survivant, vous savez. On assure nos arrières et on essaie de comprendre celui qui a voulu nous faire la peau pour mieux le voir arriver. Vous, votre boulot de flic c'est de calmer la presse qui frappe à votre porte et de faire comme si vous stabilisiez la situation.

Grimmjow sut qu'il avait touché juste quand il remarqua l'étonnement passer en un éclair sur les pupilles du capitaine avant de reprendre un profond mélange de colère et d'impatience.

— Et à propos d'assurer nos arrières, l'idée d'Anarkheia se propage sur Internet, j'en suis sûr maintenant; poursuivit Grimmjow sur sa lancée; un gamin a fini à l'hôpital en suivant ces apparitions sur les réseaux sociaux. Des sortes d'URL éphémères, vous devriez mettre vos agents sur le coup avant que ça ne se propage encore plus !

Byakuya passa une main sur sa bouche, la glissa sur son menton puis vint rejoindre sa nuque. Grimmjow croyait au départ qu'il ne serait pas écouté, que son interlocuteur trouverait de quoi rétorquer. Mais, rien ne se passa. Même, Byakuya baissa les yeux et acquiesça :

— Je vais voir ce que le DPM peut faire.

Il était déjà assez fatigué pour ce soir et ne voulait pas encore jouer les chefs d'autorité :

— Maintenant, restez tranquilles. Ce soir, vous êtes ici pour que je vous garde à l'œil. Je préfère vous surveiller pour chaque étape de l'enquête.

— Et pourquoi ici ? On en est à quelle étape exactement ?

Byakuya allait s'en aller il regardait déjà ailleurs. Mais il lui répondit quand même dans le vent, en un murmure :

— L'étape où je tente d'éviter l'anarchie totale…

Pendant ce temps, Ichigo et Ukitake étaient restés ensemble, à ne pas trop savoir quoi se dire. Ichigo demeurait coincé dans une terreur permanente et avait presque greffé son portable à sa main. Il savait que, si tout ce manège se mettait en place, c'était parce qu'Anarkheia préparait une attaque. Et qu'Äs Nödt attendait possiblement quelque chose de lui en échange de son frère. Il avait déjà posé la question dans la voiture aux policiers qui avaient (enfin) bien voulu répondre quelque chose de concret : Bazz-B était installé dans une des geôles de la prison et était laissé de côté pour le moment. Ichigo était rassuré. Si Bazz-B allait bien, son frère aussi. Il espérait juste qu'il n'y ait pas eu d'interrogatoire musclé au DPM.

— J'ai connu votre père, vous savez.

Ces mots le tirèrent dans sa bulle de pensées. Il regarda plus à propos Ukitake :

— On était à la fac de médecine ensemble et on s'entendait bien… Quand il est devenu l'expert psychologique au service du DPM j'étais encore en interne parce que j'avais foiré le concours deux fois… ; poursuivit-il les yeux dans le vide avec un petit sourire en coin.

Ichigo le laissait raconter. C'était comme l'image de son père qui se recomposait dans sa mémoire au gré des histoires particulières qu'on lui racontait :

— C'est lui qui m'a parlé de ce poste. Quand… on a attrapé cet homme et qu'il y a eu le procès, j'étais passé directeur de l'établissement peu de temps auparavant, et Isshin a conseillé mon hôpital au Juge. Il me faisait confiance.

Ukitake leva la tête, en regardant toujours un pan de mur au loin plutôt que les yeux ambrés du garçon près de lui qui lui rappelaient trop le regard d'Isshin.

— J'ai… J'ai trahi sa confiance. Je me dis souvent que si j'avais mieux agi, avec de meilleures précautions… Il ne se serait pas enfui… Il n'aurait pas tué votre père et votre mère… Il ne vous aurait pas enlevé alors que vous n'étiez qu'un enfant…

Ichigo vit les pupilles du docteur briller alors qu'il fuyait son regard. Puis il se mit à se courber face à lui, solennellement, alors que d'autres personnes dans la pièce regardaient. Ichigo se mit à rougir de la situation, gêné :

— Je voulais vous présenter mes excuses depuis longtemps et j'ai été trop lâche pour le faire… Cela serait normal que vous ne les acceptiez pas mais…

— Non, non ! Relevez-vous, docteur ! Je… Je n'ai pas à être en colère contre vous…

Ukitake le regarda, stupéfait. Ichigo poursuivit :

— Cela fait longtemps que… Je ne cherche plus des coupables à blâmer. Il n'y en a qu'un seul, et c'est celui qui a tué mes parents.

Le médecin resta coi et bouche-bée, se redressa lentement en le regardant comme par admiration.

— Vous êtes si jeune… Et pourtant déjà très sage…

Ichigo aurait voulu répondre quelque chose, sans savoir vraiment quoi dire, mais le médecin fut appelé ailleurs et il s'excusa face à lui dans un dernier sourire reconnaissant. Grimmjow vint alors directement auprès de lui, glissant une main discrète dans le bas de son dos.

— Tout va bien ?

— O-Oui… à peu près…

— Byakuya veut nous avoir à l'œil, apparemment…

Ichigo remarqua que le capitaine, plus loin dans la pièce, le regardait de manière encore plus froide et détestable que d'habitude :

— Mais ça me dit rien de rester ici… S'il se passe quelque chose, on est au premier rang. Quelle idée stupide…

Ichigo trouvait au contraire que le capitaine agissait plutôt de manière réfléchie. Son regard sur lui en disait long. Il semblait tout à coup se douter du secret qu'il cachait. Et Ichigo comprenait que cela puisse le rendre suspicieux aux yeux du capitaine.

— Le capitaine veut être sûr que l'on ne fait rien dans son dos.

Grimmjow se douta qu'Ichigo faisait référence à ce jour où il était allé sauver son frère d'adoption et s'était mis en danger pour lui. Il l'observa regarder une nouvelle fois son téléphone.

— Dis-moi, Ichi'… Tu sais que tu peux me faire confiance…

Grimmjow se tenait maintenant face au rouquin et lui parlait à voix basse, après l'avoir entraîné dans un coin de la pièce. Ichigo sentit son cœur battre plus vite.

— Je te fais confiance; clama-t-il sans hésiter.

— Alors… Tu me dirais pourquoi tu regardes sans cesse ton portable ?

La question frappa l'esprit d'Ichigo. Instinctivement, il cacha son portable dans la poche de son gilet mais sut que c'était puéril et inutile :

— Je… J'attends quelque chose.

Grimmjow ravala sa salive. Il avait trouvé idiot et ridicule que Byakuya Kuchiki se sente obligé de « garder un œil sur eux » mais, à entendre Ichigo en ce moment, il commençait à douter et à se sentir de plus en plus perdu :

— Ichi'; murmura-t-il; tu vas pas me dire que… ce que tu attends… ça a à voir avec tout ça, hein ?

Grimmjow espérait sincèrement que non. Mais il vit le visage de son amant se durcir, son regard se raffermir, semblant obscurcir la couleur de ses yeux.

— Grimm'… Si toi aussi tu me fais confiance… Alors ne me demande plus rien…

L'effet fut celui d'une décharge électrique dans le cerveau du bleuté. Aussitôt, des dizaines d'images lui venaient en tête. Comme s'il se sentait trahi… trompé… comme si ce secret était un précipice entre lui et son amant.

— Ichi'… putain… qu'est-ce que tu as fait…

Ichigo resta concentré à regarder encore une fois son portable. Il essayait d'oublier sa respiration tendue, son ventre qui se tordait, son cœur qui sursautait à chaque fois que Grimmjow parlait. Il pensait à son frère. À sauver son frère.

— Pourquoi pas en parler à Kuchiki ?

— S'il te plaît, Grimm'… Fais pas ça…

Mais Grimmjow ne savait plus quoi croire.

— Tu sais; reprit Ichigo en plongeant son regard dans le sien; quand je t'ai dit que j'avais besoin de toi… que je n'arriverais pas à continuer tout seul… c'était pour ce moment-là…

— Ichi'…

— Alors, je t'en prie, fais-moi confiance… Et aide-moi si j'en ai besoin…

Grimmjow avait du mal à garder la tête froide. Il pensa en premier lieu qu'Ichigo avait menti sur toute la ligne, qu'il n'était pas qui il était, qu'il avait fait quelque chose de préjudiciable, qu'il était bien différent que ce qu'il avait imaginé… qu'il était du côté d'Äs Nödt. Mais comment expliquer tout le reste ? Ses angoisses, ses cauchemars, ses pleurs et ses peurs ? Et l'amour qu'il lui portait, il en était sûr, était sincère. Certes hasardeux, encore récent et petit, mais sincère tout de même. Ichigo ne lui mentait donc pas sur tout. Il lui cachait une chose. Une chose qu'il ne pouvait sans doute pas dire. Il n'était pas l'allié d'Äs Nödt, il était sa victime. Son jouet. Et il lui demandait de l'aide pour s'en sortir.

— Bien. Dis-moi… Dis-moi ce que je dois faire quand ça va arriver…

Ichigo acquiesça, peut-être aussi inquiet que Grimmjow sur ce qui allait se passer.

OoOoOoOoOoOoOoOo

Plus d'une heure passa. Les angoisses premières s'étaient transformées en une morne inquiétude. Ichigo et Grimmjow en avaient appris un peu plus, davantage des bribes qu'ils arrivaient à cueillir des conversations de policiers que de la part du capitaine qui ne leur adressait aucune considération, si ce n'était un regard méfiant de temps à autre. L'hôpital psychiatrique de Matsuzawa était devenu le centre des attentions sur ordre de Byakuya, car il supposait que c'était l'endroit idéal pour Anarkheia afin de commettre un nouveau crime. Et le dit crime passait de commérages en commérages et changeait à chaque tour de garde. Mais Ichigo avait entendu l'hypothèse d'une bombe et son cœur avait manqué de battre.

Le médecin, qui était parti pour s'occuper de ses derniers patients encore éveillés et diriger son équipe, revint à un moment en murmurant quelque chose au capitaine. Ce dernier faisait jusqu'alors les cents pas dans la pièce, entre deux coups de téléphone. Ichigo le trouvait irrité et fatigué, sans doute attendait-il comme lui qu'il se passe quelque chose. Au vu de sa réaction à la suite des mots d'Ukitake, la dite chose pouvait apparemment arriver à tout instant et dès maintenant.

— Ce n'est pas normal, nous devrions intervenir…

— Mais vous aviez dit qu'il était inoffensif !

— Si c'est une crise, il n'y peut rien… je parle en tant que médecin…

Ichigo ne comprenait pas tout et Grimmjow, qui lui tenait toujours la main discrètement, l'air moins alerte, ne devait pas suivre non plus. Ils étaient toujours assis dans un coin de la pièce, loin des regards indiscrets mais tout de même présents. Il décocha son portable. Aucun nouveau message. Pourtant, il était persuadé que cette émotion forte d'inquiétude qui prenait le médecin n'était pas sans lien avec la suite.

Soudain, une violente alarme rugit dans la pièce à travers des petits appareils installés en haut des murs. Il y eut en une seconde des échos dans tous les couloirs comme faisant vibrer l'hôpital entier d'une sonnerie aigue et grinçante. Grimmjow sursauta, sortant de sa somnolence et Ichigo plaqua ses mains à ses oreilles, se courbant à la douleur du stress que ce bruit lui produisait, remuant encore plus son ventre.

— C'est le code rouge ! Un patient de Haute Sécurité s'est échappé de sa chambre ! expliqua Ukitake en saisissant son talkie-walkie à la ceinture; Appel à toutes les unités, indiquez le numéro de chambre qui a déclenché l'alarme !

Byakuya avait instinctivement posé sa main sur son revolver et tous les policiers le regardaient maintenant, en attente des ordres.

— C'est lui. C'est le patient de la chambre 56; fit Ukitake en regardant le capitaine de police.