Bonsoir à toutes et à tous, et bienvenu
pour la deuxième partie du chapitre quatorze du Souffle du Dragon !
Tout d'abord, je tiens à tous vous remercier pour vos ajouts en favoris ou vos likes, chers lecteurs, mais plus encore pour vos messages. Les reviews sont les seules récompenses que nous, auteurs de Fanfictions, ayons, alors je vous remercie réellement de prendre de votre temps pour ne serait-ce que me laisser un j'aime ou bien me dire ce qui vous dérange dans cette histoire. Vous êtes des amours !
Ensuite, comme je vous en ai fait l'annonce précédemment, depuis quelques semaines, les chapitres sont sectionnés en deux afin de laisser à ma bêta et moi-même la possibilité de prendre de l'avance, que ce soit sur la correction ou bien l'écriture. Certes, vous trouverez peut-être qu'avoir des chapitres de 10 000 mots, c'est court, mais il est important que Pelote et moi gardions le plaisir de lire et écrire cette histoire, plutôt que d'en faire une contrainte.
Autre point extrêmement important, nous avons passé la barre des 200 000 mots mes amis ! Ça y est, c'est officiel ! 3 vous n'imaginez même pas ce que ce genre de choses peut me faire, surtout en sachant qu'à la fin de ce chapitre, nous aurons officiellement passé la fin du premier quart de cette histoire ! Au passage, pour ceux qui souhaitent le savoir, Le Souffle Du Dragon fera en tout et pour tout 52 chapitres + 2 ou 3 Bonus + un épilogue ! Alors préparez vos vendredis pour encore une année, parce qu'on n'est pas couché…
Encore une chose, chers amis : nous approchons de la 100 ème review ! À cette occasion, je vous aie proposé la semaine dernière un petit jeu : la personne qui postera la 100 ème review aura le droit de me demander ce qu'elle voudra, que ce soit un cours de soin aux créatures magiques, des précisions sur l'évolution de l'intrigue ou des personnages, ou que sais-je encore ! Vous aurez carte blanche, cher lecteur et reviewers ! Alors lâchez-vous, envoyez vos review à la fin du chapitre, n'hésitez plus !
Enfin, à l'attention de Dramionymus, Keep Hope, Elexa, Calire de l'aube et JusteMarianne, je vous ai envoyé un MP en réponse à vos commentaires !
Réponse aux reviews anonymes :
Maddy : coucou Maddy ! Tellement heureuse de te retrouver encore une fois cette semaine ! C'est toujours un plaisir de te lire, tu le sais bien !
Ah la torture de Charlie par Fred… Un de mes moments préférés je dois bien l'avouer et j'ai trouvé ça tellement… Serpentard de sa part ! En vrai, j'ai toujours imaginé un petit côté serpent chez les jumeaux ! Après tout, il faut bien de la ruse et de la roublardise pour créer et vendre leurs gadgets dans Poudlard !
Je pensais que tu le savais déjà que j'étais une réelle sadique dans l'âme voyons ! Ah ah ! Ce n'est pas une nouveauté pour toi, si ? À moins que tu aies cru que mon côté Poufsouffle (qui s'élève à réellement rien) allait s'exprimer… Dans ce cas, je suis presque désolée mdr
En effet, s'il ne valide pas son cours, elle va redevenir une simple élève, ce qui veut dire quitter le dortoir commun aux professeurs et étudiants-Professeurs… Hum… C'est un choix intéressant lol mais oui, Hermione, Harry ou peu importe quel étudiant pourra participer !
Pour la petite Edgecombe, ne t'en fais pas, Hermione va te trouver LA solution pour la faire redescendre d'un cran ?
Je te remercie de tes idées concernant les possibles idées pour les épreuves du nouveau Tournois ! Je ne te dirais pas ce que je vais y mettre, mais en effet, tu lis beaucoup de trucs romanesques on dirait ! Ça ne me gêne pas, j'adore ça mdr
Je te souhaite une très bonne lecture sur cette fin de chapitre et j'espère avoir de tes nouvelles rapidement (j'avoue, j'adore savoir ce que vous appréciez et détestez dans mon histoire ahah)
Bisou,
Mya
J'espère vraiment que cette histoire continue de vous plaire ! Au programme de ce soir : La fin du cours d'Histoire de la Magie et une revisite de l'Histoire de Poudlard, une nouvelle manière de voir Severus Rogue, des Dragons et des Dragonniers ! Alors, je vous ai donné envie ?
Comme d'habitude, je vous souhaite à tous de passer un très bon moment sur ce chapitre, nous nous retrouvons en bas pour la seconde partie de mon Blablas d'auteur !
*** Bonne lecture ! ***
Précédemment dans Le Souffle Du Dragon :
Parfois, après sept années dans le monde des sorciers, j'en oublie la petite née-Moldue que j'étais en débarquant à Poudlard. Mais les personnes comme la petite Wayts me le rappellent. Née-Moldue, la première sorcière de sa famille depuis des siècles, et ne sachant rien avant son arrivée ici.
— Avez-vous déjà entendu parler de peuple parlant, Miss Wayts ?
— Non, secoue-t-elle la tête, vite reprise par de nombreuses personnes. Pourquoi ?
— Du temps de Merlin, commencé-je, nombre de peuples que les sorciers appellent maintenant des créatures magiques, pouvaient communiquer en parole ou en pensées avec des sorciers qu'elles jugeaient dignes.
— Alors pourquoi ne le font-elles plus ? demande-t-elle, rougissant lorsqu'elle voit qu'elle m'a coupé la parole. Désolée.
— Maintenant, le champ est plus restreint, mais les anciens peuples continuent de communiquer avec nous grâce aux runes qu'ils forment.
— Les runes ?
Nott n'est pas le seul à s'interroger sur ce dernier point. De part et d'autre des gradins, certains sorciers, peu importe leur année, chuchotent entre eux, ou même parlent plus fort, comme les trois Serpentard de la tribune professorale.
— Quels jeux de runes enseignes-tu aux troisième et quatrième année, en ce moment, Nott ? souris-je discrètement à son intention.
— Les runes nanesque, celtiques et elfiques pour la plupart, fronce-t-il les sourcils. Pourquoi ?
— Je peux me débrouiller avec ça, hoché-je la tête.
Traçant rapidement quatre runes dans les airs, je me tourne ensuite vers ceux que je sais avoir pris l'étude des Runes comme option, haussant un sourcil vers eux.
— Qui peux me dire ce qu'elles représentent ? Monsieur Delaunay ?
— Celle du milieu est la rune elfique de l'eau, celle de droite est celle celte de la chance, se concentre-t-il. Mais je ne connais pas les deux autres.
— Pourtant, vous la connaissez, ris-je doucement. Vous la voyez à chaque Gallion que vous prenez en main.
Intrigué, il plonge sa main dans sa poche, vite imité par quelques autres, pour en ressortir un Gallion qu'il examine sous toutes les coutures avant de relever un sourcil étonné dans ma direction.
— Je ne l'avais jamais vu, souffle-t-il.
— Et pourtant, il s'agit du moyen de communication qu'ont gardé les gobelins depuis le temps de Merlin, hoché-je la tête. De même que, par exemple, le point d'impact d'un jet de flamme de dragon.
D'un signe, je demande à Norberta de cracher ses flammes dans le sable de l'arène. La chaleur est suffocante, mais lorsque le sable finit de voler de part et d'autre, sur le sol, nous pouvons tous voir une sorte de H et de R stylisé et entremêlé.
— Trop fort ! s'écrie Abraham Zilkonys. Il sait faire quoi d'autre ? Vous croyez qu'il sait faire de la magie comme nous ? Qu'il sait invoquer les quatre éléments ? Qu'il sait…
— Doucement, monsieur Zilkonys, soupiré-je, amusée par son entrain.
Mais ses questions sont reprises par nombre d'autres, et très rapidement, sous les pas fiers de Norberta, le torse bombé, je me retrouve à crouler sous des demandes auxquelles je ne sais pas répondre. Auxquelles seules deux personnes pourraient répondre. Et j'ai autant de mal à me décider laquelle est la pire à contacter…
— Putain, je n'aurais jamais cru devoir faire ça, soupiré-je en soufflant, faisant apparaître ma loutre argentée. S'il te plaît, peux-tu aller porter un message pour moi ?
Le calme s'est fait à l'instant où elle est apparue, mais les murmures appréciateurs devant la beauté de l'apparition me réchauffent le cœur. La jeune génération n'a pas perdu de son émerveillement, et en soi, c'est une nouvelle victoire sur Voldemort…
— « J'ai besoin de toi dans la Grande Salle immédiatement. Elle peut très bien se finir en solitaire », ris-je sur la fin, certaine qu'il comprendra. Va porter le message à Charlie Weasley, s'il te plaît, ma belle.
— Pas la peine, Granger, je suis déjà là.
Levant le sortilège d'invisibilité qui le protégeait depuis le début du cours, visiblement, il passe la balustrade de la tribune professorale, caressant doucement Norberta au passage qui se met à ronronner, avant de me rejoindre. Il vient de faire un saut de deux mètres, et il parait en bien meilleur état que moi après un duel acharné ! Décidément, la vie n'est pas juste…
— Tu sais qu'en temps normal, il est vivement recommandé de ne pas appeler d'aide pendant un examen ? sourit-il narquoisement, visiblement très amusé. Surtout quand ladite personne appelée est l'examinateur ?
Parfait ! Vraiment, parfait ! De toutes les personnes auxquelles je puisse penser assister à ce cours et m'observer, il a fallu que ce soit à lui que McGonagall et Rogue aient refilé le bébé ! La vie est cruelle, et je n'ai décidément pas de chance.
— Pourquoi m'as-tu fait mander avec tant de délicatesse, Granger ? hausse-t-il un sourcil moqueur.
Je le savais. Je savais qu'il s'agirait d'une erreur regrettable si j'envoyais mon Patronus à cet abruti de rouquin ! Mais non ! Il a fallu que je fasse passer le besoin de connaissance de mes élèves avant mon propre bien-être !
Résultat des courses, il est là, devant moi, à me regarder avec son air narquois, les bras croisés sur le torse, et pourtant, j'arrive quand même à m'accorder une pensée totalement stupide : il est vraiment sexy comme ça… Reprends-toi, Granger ! Ce n'est pas le moment de flancher !
— Non, laisse tomber, c'était une erreur, soupiré je.
— Dans ce cas, je t'en prie, réponds donc à monsieur Zilkonys, rit-il doucement.
Il sait parfaitement qu'il me tient en me faisant une proposition comme celle-ci ! Comment veut-il que je réponde au torrent de questions du petit Poufsouffle de première année, alors que mes connaissances des dragons se limitent au peu que j'ai lus dans les livres ?
— Tu sais très bien que je ne peux pas, grimacé-je de mécontentement. Les dragons ne sont pas ma spécialité, alors que toi, c'est la tienne !
— Que me donnes-tu, en échange ? Soulève-t-il un sourcil intrigue et calculateur.
— Je te demande de parfaire leurs connaissances, m'énervé-je, pas de leur fournir des secrets d'État !
Il devrait sauter sur l'occasion de montrer qu'il est le meilleur dans son domaine, et pourtant, il reste là, son sourire narquois aux lèvres, plus amusé que jamais, visiblement ! Qu'il peut m'énerver cet abruti de Weasley !
— Non, chérie, reprend-il toujours aussi narquois. Ce que tu me demandes, c'est de leur donner des secrets que seuls les dresseurs de dragons, les soigneurs et les dragonniers possèdent. Alors je te repose la question, Granger, que m'offres-tu en échange ?
Sa voix s'est faite soyeuse à la fin de sa demande. Pourquoi ai-je l'impression de me retrouver devant une sirène ? Mais c'est le murmure des élèves, ainsi que celui des étudiants présents dans la tribune officielle, qui me rappelle à l'ordre. Nous ne sommes pas seuls dans cette conversation.
D'un mouvement ample du poignet, j'érige une bulle assourdissante, nous procurant un semblant d'intimité. J'ai l'impression qu'il s'agit d'une très mauvaise idée…
— Que veux-tu pour faire ce que je te demande ? fais-je, mal à l'aise. Qu'attends-tu de moi en échange ?
— Passe la nuit avec moi, déclare-t-il mortellement sérieux. Cette nuit, avec moi.
Et maintenant :
Hermione
Il n'a pas pris une seule seconde pour répondre à ma demande. Non, celle-ci est sortie automatiquement, ses yeux semblant me brûler alors qu'ils ne quittent pas les miens. Après un rapide examen de mes barrières d'occlumancie, je me permets de reprendre un rôle que je maîtrise bien plus.
— Et qu'en dira ta blondasse ? ricané-je ironiquement. Tu sais aussi bien que moi qu'elle n'appréciera pas l'idée !
— Peur qu'elle ne t'éventre dans ton sommeil, bébé ? sourit-il en coin. Moi qui te prenais pour une vraie Gryffondor, je suis déçu, je dois bien l'avouer !
Ma fierté est piquée à vif par cette simple réplique. J'avais raison, hier, en disant à Fred que son frère était la personne qui me connaissait le mieux au monde. Il sait parfaitement sur quel bouton appuyer pour faire pencher la balance.
— Une seule nuit ? redemandé-je d'une faible voix.
— Une seule, hoche-t-il la tête, les lèvres pincées.
Colère qu'il n'y en ait qu'une seule ? Ou bien qu'il ait été assez stupide pour me faire cette demande ? Je ne saurais dire à quoi correspond cette crispation labiale, mais je compte bien le découvrir !
Pourtant, c'est la petite voix à l'intérieur de moi, celle qui me dit que je regretterais très certainement l'issue de cette nuit, qui m'inquiète. Suis-je assez dévouée à mes élèves pour accepter de me « vendre » de cette manière-là à lui ?
— Dis leur tout ce que tu sais, déclaré-je, la mort dans l'âme.
Je préfère fermer les yeux pour ne pas voir son expression satisfaite. Cette sensation d'avoir signé un pacte avec le diable est horrible… J'annule le sortilège assourdissant, faisant un pas en arrière pour lui laisser la scène.
— Lequel d'entre vous peut me faire la différence significative entre un soigneur, un dresseur de dragon, et un dragonnier ? hausse-t-il la voix. Vous, là, au premier rang.
Paulus McPherson, un Serpentard de quatrième année, sévèrement marqué par une estafilade sur la joue, et une autre dans le cou, se redresse bien droit dans son siège, un regard bleu glacial implacable terminant de le décrire.
— Il n'y en a pas, affirme-t-il. Ce sont les trois noms qu'on donne à la même profession.
— Et vous auriez raison si vous ne parliez qu'à un anglais ! rit-il doucement avant de se tourner vers moi. Tu devrais faire sortir ton Pourpre des Indes, ça vous ferait du bien à tous les deux.
Fronçant les sourcils d'interrogation, j'accède cependant à sa demande. Tracer la rune invocatrice dans les airs est bien plus simple cette fois-ci qu'avec Norberta, et le Pourpre des Indes semble jaillir de la rune, comme si le dragon sortait d'un portail.
Plus massif que ne l'est le Magyar, il a pourtant une grâce incroyable lorsqu'il s'envole dans la Grande Salle restant cependant dans un périmètre restreint, avant de venir se poser à mes côtés. J'ai presque l'impression de comprendre son amusement, ce qui, encore une fois, me fait plisser les yeux.
— Que se passe-t-il ? hausse-t-il un sourcil interrogateur dans ma direction. Pourquoi as-tu l'air si stupéfait ?
— Rien, ne t'inquiète pas, c'est juste une impression étrange, soupiré-je en agitant la main.
Une impression de piqûre dans ma paume droite me fait légèrement grimacer, alors que je la frotte sur mon pantalon de cuir de dragon. Le regard de Charlie se fixe sur mon geste, passant d'interrogateur à surpris.
— Quelle impression ?
— Comme une sorte de brûlure, accepté-je de répondre.
— Dans la main ? plisse-t-il les yeux. Comme si on te dessinait quelque chose sur la paume ?
— Oui, sursauté-je, surprise qu'il comprenne de quoi je suis en train de parler. Tu connais ça ?
Sa surprise se mue en intérêt de plus en plus grandissant, jusqu'à ce qu'il comble l'espace nous séparant, attrapant vivement la main endolorie, faisant fi de mon geste de recul. Là, sur ma paume, une rune est en train de luire très faiblement.
— Impressionnant, murmure-t-il en l'étudiant du regard. Uniquement avec un seul dragon ?
— Comment ça ? froncé-je les sourcils.
— As-tu eu l'impression de comprendre ou d'entendre un dragon dans ta tête ? Ou même plusieurs ?
— Un seul, acquiescé-je. Le Pourpre.
— C'est la première fois que tu le fais apparaître ? s'excite-t-il.
— Je ne savais pas que je pouvais le faire avant d'essayer de faire apparaître Norberta, levé-je les yeux au ciel.
À vrai dire, avant aujourd'hui, je n'avais pas ressenti le besoin de faire un acte de magie aussi conséquent. Mais avoir fait apparaître Norberta m'a fait un bien fou, et la facilité avec laquelle est sorti le Pourpre était phénoménale.
— Veyser, corrige-t-il en souriant. Elle s'appelle Veyser.
Le Magyar se rengorge, visiblement ravit de savoir que son dresseur parle de lui. Je suppose que, dans son monde, s'appeler Norberta doit paraître bien moins imposant que Veyser ! Veyser… Pourquoi ce nom semble me dire quelque chose ?
— Je suppose que c'est plus agressif que Norberta, en effet, ris-je doucement, oubliant mes précédentes pensées.
— À vrai dire, ça signifie « mère du monde », sourit-il tendrement en regardant le Magyar. Mais je suppose qu'elle appréciera de savoir que tu la trouves agressive !
Mère du monde ? Pour le dragon qui a failli tuer Harry durant la première épreuve, je trouve que ce nom est un peu trop poétique, mais s'il dit qu'elle aimera ce compliment lorsqu'il lui en fera part…
— Attends ! m'exclamé-je, ahurie. Ça veut dire qu'elle te comprend ?
— Elle me comprend, et elle me répond ! rit-il. C'est ce qui fait de moi un dragonnier, et pas seulement un dresseur de dragon.
D'accord, cette fois-ci, je suis définitivement perdue… Les deux noms ne définissent-ils pas la même profession ? Et pourquoi semble-t-il si fier de le dire, alors que, jusqu'à présent, il ne m'avait jamais repris sur l'alternance des qualificatifs ?
— Quelle est la différence ? froncé-je les sourcils. Je pensais qu'il s'agissait de la même chose !
— C'est parce que tu es anglaise, hoche-t-il la tête. Si tu demandais la différence entre les deux métiers à Krum, il te répondrait sans hésiter, parce que chez lui, comme sur tous les continents autres que notre île, les gens se souviennent de la différence.
Ça ne paraît pas illogique. En Angleterre, les sorciers ont l'air passablement inquiet à chaque fois où le terme même de dragon est évoqué. Pourtant, durant la première tâche, je me souviens que, ni Fleur, ni Viktor ne paraissaient plus effrayés que ça.
J'avais mis ce fait sur leur connaissance préalable de l'étendue de ce que les juges leur demandaient, mais maintenant que j'y réfléchis bien, Cédric paraissait tétanisé les jours qui ont suivi après que Harry lui en a fait part.
— Katya, le professeur Sermirov, se reprend-il rapidement, est un dresseur de dragon, alors que moi je suis un dragonnier. Où elle ne peut que les contrôler plus ou moins et leur offrir des soins, elle ne peut rien faire d'autre.
Je ne peux empêcher la pointe de satisfaction que je ressens, à savoir qu'elle n'est pas aussi importante qu'elle se plaît à le dire à tout va. Comme quoi, tout arrive à point à qui sait attendre !
— Est-ce vrai qu'un dresseur de dragon n'a pas le droit d'approcher un bébé ? fronce les sourcils Nightwood.
— Hors cas de menace ou mort imminente, en effet, elle ne peut pas les approcher, approuve-t-il. Auriez-vous un lien particulier avec Chloé Nightwood ?
— Ma sœur, hoche-t-elle l'a tête avec un léger sourire. Elle était extatique quand je lui ai dit que vous étiez notre professeur. D'après elle, c'est un honneur pour nous d'apprendre sous vos ordres.
— C'est l'une des meilleures soigneuses du camp, sourit-il doucement. Si elle avait le gène, je suis persuadé qu'elle surpasserait même Ivan.
— Pas sûre qu'il apprécierait de se faire détrôner par sa femme, grimace-t-elle.
Je n'ai absolument aucune idée de qui sont Chloé ou même Ivan, mais le visage plutôt fermé de Charlie s'est subitement ouvert, comme si parler de sa vie à la réserve roumaine lui manquait vraiment. Et dans le fond, je crois que c'est le cas…
— Il faut comprendre que le monde des dragonniers a grandement évolué depuis l'ère de Merlin, recommence-t-il à faire les cent pas. À l'époque, les dragons n'avaient pas peur de vivre en parfaite symbiose avec les humains. Le problème, c'est que lorsque les Moldus ont commencé à avoir peur des sorciers, les dragons ont pris peur. Mais c'est lorsque le dragon de Circé a été traqué, qu'ils ont décidé de se retirer dans leur monde.
Je ne connais pas cette partie de l'histoire. J'ai honte de le dire, mais je suis presque autant accrochée à ses lèvres que ne le sont mes élèves…
— Pourquoi le fait que le dragon de Circé soit poursuivi a conduit au départ des autres ? Je veux dire, c'était un simple dragon, non ? fronce les sourcils Barton.
— Non, monsieur Barton, secoue la tête Charlie. Il n'était pas un simple dragon. Connaissez-vous la particularité des jumeaux, triplés ou quadruplés monozygotes ?
Il est vraiment en train de leur faire un cours de biologie humaine ? Non, la vraie question c'est : quel est le rapport entre cette question, et la réponse attendue par Barton…
— Ils partagent le même cœur magique, répond Strange.
— Pour les dragons, c'est la même chose, hoche-t-il doucement. Le Pourpre des Indes que vous voyez là, a une jumelle : Warts, la dragonne protectrice de Poudlard. Celui que vous voyez ici se nomme Hog. Quand Hog s'est fait pourchasser, Circé a demandé à sa propre jumelle, Viviane, de mettre Warts en lieu sûr. Elle l'a donc plongée dans le sommeil, dans les catacombes de Poudlard.
— Warts est aussi un Pourpre des Indes ? lève la main Zilkonys.
Sa curiosité insatiable ne fait pas sourire que nous. Une bonne partie des Poufsouffle, de même que les Gryffondor, arborent des sourires en coin emplis d'amusement. Mais il ne paraît pas les voir, perdu dans les explications que lui donne Charlie.
— Un Bleu arctique, corrige Charlie. C'est pour ça que les autres dragons les considéraient comme les Seigneurs des dragons. Les dragons jumeaux sont puissants et reconnus, et Hog et Warts l'étaient plus que n'importe lesquels. Eux seuls connaissaient le chemin jusqu'au monde des dragons.
C'est fascinant. Réellement, je trouve que son explication est fascinante. Le côté historique du peuple Draconnique est si peu connu, que pouvoir avoir ces informations de la bouche même d'un dragonnier est un miracle !
— Alors quelle est la différence entre un dragonnier et un dresseur de dragon ? le ramené-je au sujet de base.
Il se détourne de la classe, m'envoyant ce regard scrutateur qui me met mal à l'aise. J'ai l'impression incongrue qu'il cherche à scruter le fond de mon âme, et ce n'est pas une sensation très agréable…
— On va faire une expérience, d'accord ? sourit-il en coin.
— Pourquoi ? froncé-je les sourcils.
— Tu me fais confiance ? demande-t-il, masquant son amertume.
— Tu sais parfaitement que oui, soupiré-je.
— Alors monte sur le dos de Hog.
Il ne peut pas être sérieux, n'est-ce pas ? Il sait parfaitement que j'ai le vertige ! Pourtant, il est malheureusement plus que sérieux.
Me laissant tétanisée sur place, il pose son pied sur l'aile de Hog, grimpant avec une facilité déconcertante sur son dos, avant de me tendre la main, un sourire confiant sur le visage. Comment fait-il pour ne ressentir aucune peur alors qu'il est à plus de deux mètres du sol ?
Sa certitude me met en confiance – ou peut-être est-ce la lueur de défi qui brille au fond de ses yeux bleu nuit - et je pose à mon tour un pied sur l'aile de Hog, retenant fortement mon souffle, les yeux clos, tandis que ma main broie la sienne.
Il me fait m'asseoir devant lui sur le dos du dragon, un bras sécurisant ma taille et ses doigts jouant lentement sur la peau de mon ventre, sous la chemise fine que je porte, tandis que de l'autre main, il serre la mienne.
Le sentir dans mon dos, après tant de temps passé « loin » de lui me fait stupidement chavirer. Mon corps adore le contact du sien, alors que ma tête me dit de m'en éloigner le plus possible. Mais si je m'éloigne, je tomberai de Hog, et des deux maux, je choisis le moindre sans hésiter !
— Pose ta main sur son encolure, tu vas comprendre ce que j'ai essayé de t'expliquer tout à l'heure, souffle-t-il.
— Il était temps, héritière ! gronde la voix profonde.
La réaction est immédiate. À peine cette voix rocailleuse s'est-elle élevée dans ma tête, j'ai enlevé la main du cou du dragon, malgré la poigne ferme que Charlie exerçait dessus, me reculant sur le dos de Hog pour venir me coller au torse de Weasley.
— Il… Il me parle…, bégayé-je.
— Dans ta tête ? sourit-il. Oui, c'est normal. Tu es son dragonnier, tout comme Circé l'était. Recommence.
Peu sûre d'être en mesure de parvenir un jour à expliquer ce que je ressens en cet instant, je me laisse guider par la voix douce de Charlie, sa main où s'entremêlent nos doigts venant se poser sur l'encolure écailleuse du dragon.
— Je commençais à désespérer de pouvoir un jour te parler, héritière ! soupire-t-il.
— Pardon ? m'excusé-je.
— Sors-moi plus souvent, et là tu pourras dire que je t'excuse, héritière, gronde-t-il encore.
J'ai la sensation qu'il est amusé de mon hébétement, qu'il s'amuse de voir la réaction que j'ai en cet instant. Mais je suis en train de parler à un dragon légendaire, en train de faire très exactement une chose dont j'ai toujours rêvé, étant petite.
Je me souviens encore du jour où la directrice est venue chez nous pour m'apporter ma lettre d'acceptation à Poudlard. Ce jour-là, mes parents étaient horrifiés, alors que moi, je ne rêvais que d'une chose : pouvoir un jour être libre de tout, chevaucher un dragon et m'enfuir loin des moqueries des autres à l'école, loin des surnoms désagréables, loin des ennuis et des problèmes…
— Pourquoi pleures-tu, jeune fille ? demande-t-il d'une voix inquiète.
— Je n'aurais jamais cru vivre une chose comme celle-là un jour. C'est un rêve de petite fille qui vient de se réaliser, et je ne sais pas comment te remercier, soufflé-je.
Là, sur ce dragon, entourée d'une sorte d'aura protectrice, je me sens bien, en paix avec moi-même et loin de tous mes tourments. Pour la première fois depuis la fin de la guerre, j'ai l'impression de pouvoir enfin voir la fin du tunnel.
— Ce n'est pas moi que tu dois remercier, mais ton compagnon, ricane-t-il. Je suppose que les mœurs n'ont pas trop changé depuis Circé, n'est-ce pas ?
Je ne sais pas comment fonctionne ce lien télépathique entre nous, mais j'ai vraiment la sensation de ressentir sa lubricité dans son ton. À moins que ce soit moi qui ai pensé cela ? Le rire puissant et profond du dragon me répond, mais il ne m'offre aucun éclairage.
— Merci, Charlie, soufflé-je en tournant légèrement la tête vers lui. Merci pour ça. C'est l'un des plus beaux jours de ma vie.
Il a cette expression tendre sur le visage qui fait chavirer mon cœur. La même que lorsqu'il m'a accompagné dans mon esprit pour réparer mes boucliers d'occlumancie. La même qu'il arborait avant de m'embrasser. Je rougis à cette pensée.
— Je suis content de t'avoir offert ça, bébé, sourit-il doucement. Tu vois que toutes les malédictions n'ont pas que du mauvais !
C'est le cas de le dire ! J'étais partie du principe que la malédiction de la Dame Dragon était uniquement ça : une malédiction. Mais aujourd'hui, il vient de me montrer le côté positif de celle-ci, et je suis sûre de chérir ce jour pendant encore très longtemps !
— Tu as raison, ris-je doucement.
— Tu veux voir quelque chose d'encore plus cool ? sourit-il en coin.
— Un autre secret de dragonnier ? fais-je de la même manière.
— Exactement !
Il a l'air excité comme un gamin de cinq ans, et pour le moment, même le monde extérieur ne pourrait faire exploser la bulle dans laquelle nous nous sommes enfermés. Pour la première fois depuis un très long moment, j'ai l'impression de retrouver le Charlie de nos nuits à la Chaumière, celui ouvert et souriant, et ça me fait un bien fou…
Dans notre bulle, il n'y a ni Sermirov, ni réminiscence de la guerre, ni souvenirs de torture, ni même Tonks ou Ron. Il n'y a que nous. Deux âmes égarées sur le bord du chemin, qui cherchent en vain quelqu'un qui le comprenne et qui l'accepte.
Resserrant sa prise sur ma taille, en me chuchotant de fermer les yeux, il applique une légère pression du talon sur Hog et je sens ses ailes se mettre à battre doucement, m'indiquant que nous avons pris de la hauteur.
Faisant ce qu'il me dit, les yeux toujours clos, je me concentre sur le point de jonction entre ma main et l'encolure, ressentant la magie pulser entre nos deux entités, inspirant lentement pour ne pas me laisser endiguer par la pression exercée.
— Et maintenant, chérie, ouvre lentement les yeux, souffle-t-il à mon oreille. Je te promets que tu ne le regretteras pas.
Le pire, dans tout ça, c'est que je lui ferais très certainement confiance les yeux fermés, comme je l'ai fait en le laissant conduire Hog pour qu'il prenne de la hauteur.
Lentement, je desserre mes paupières, agressée par la lumière, avant de comprendre quelque chose de très important. Ce n'est pas de la lumière. Non, ce sont des halos de lumière oscillant entre le blanc et le bleu pâle, qui entourent les corps des élèves.
— Waouh, souffle-je. Ce sont leur aura ?
— Leur magie, rectifie-t-il. Les dragons peuvent voir la magie dans les êtres, qu'ils soient humains ou créatures magiques.
— C'est..., commencé-je, ne parvenant pas à trouver le mot adéquat.
— Magique ? me propose-t-il en riant.
— Oui, soufflé-je, amusée.
Je voudrais vraiment savoir si, sur une créature magique, le halo de lumière est différent. Est-ce que chaque espèce possède sa propre couleur ? Est-ce qu'elle varie en fonction d'un être de lumière et un des ténèbres ?
— Redescendons, m'offre-t-il après quelques minutes en altitude. Veyser va commencer à mal vivre cet abandon.
— Jalouse ? ricané-je.
— Autant que toi, chérie, sourit-il.
Le vol de retour est bien plus court que celui de l'aller, mais je sens ce vent dans mes cheveux, cette sensation de liberté si magique, que c'en est presque trop pour moi ! Mais pas assez, cependant, pour en oublier sa dernière remarque.
À peine Hog a-t-il touché terre, que Charlie saute au sol, sa main tendue dans ma direction pour me permettre d'en faire de même, ses yeux recommençant à me brûler. Pourquoi a-t-il cette chaleur indicible dans le regard ?
— Je ne suis pas jalouse ! grondé-je.
J'ai bien conscience d'avoir l'air d'une parfaite enfant en répliquant de cette manière-là, et son sourire narquois s'accentuant me le prouve. Mais là, alors que je le dépasse la tête haute, tout ce que je ressens, c'est l'envie de remonter sur le dragon et reprendre de la hauteur. Retourner m'enfermer dans la bulle que nous avions, lui et moi.
Parce que je sais que la prochaine fois où ce sera le cas, ce sera dans très longtemps, et je ne peux pas empêcher le pincement au cœur que je ressens. Fred avait raison, hier. En faisant l'amour avec lui, à Vegas, quelque chose s'est brisé, et je ne sais pas encore à quel point c'est grave…
— Alors tu l'imites vraiment bien, bébé, souffle-t-il en me retenant par la taille. Et tu n'imagines même pas l'effet que ça me fait.
Je sais qu'il a le regard rivé sur Hog tout comme moi j'ai les yeux vissés à Veyser. Je sens mon cœur faire une embardée et mes jambes se mettre à flageoler. Que se passe-t-il encore ? Pourquoi me sens-je faible ?
Je sens mes yeux me brûler furieusement, et je ne peux même pas mettre ce fait sur le partage de la vision draconnique, puisqu'elle s'est éteinte il y a déjà quelques minutes. Non, cette fois-ci, c'est bien mon âme humaine qui parle, et elle fait bien plus mal que la cicatrice laissée par Bellatrix.
Je m'en veux. Je m'en veux de l'avoir privé de cette liberté qui lui est si chère et qu'il revendique avec tellement d'amour. Parce que, là-haut, dans les airs, sur le dos du dragon, il avait l'air vraiment libre, vraiment serein, vraiment en paix.
Je le laisse faire un résumé de ce que j'ai appris de première main sur le dos de Hog, me contentant de regarder fixement un point au-dessus des grandes portes, espérant que mon cœur cesse de se serrer. Mais peine perdue…
— Les sorciers anglais ont oublié la différence entre les deux termes, et c'est pour ça qu'il n'y a plus de réserve en Angleterre, parce que les dresseurs en 1930 ont cru qu'ils pouvaient tous monter des dragons puisque Wyatt Hurst, le directeur de la réserve à l'époque, pouvait le faire. Ce qui a conduit à la révolte des dragons.
S'il est aussi passionné durant ses cours qu'il ne l'est en ce moment, aussi calé que ce qu'il leur montre là, alors je comprends parfaitement l'engouement que ses élèves ont pour les cours de Soins aux créatures magiques !
— La plupart ont migré jusqu'à la colonie la plus proche, à savoir dans les Alpes françaises, tandis que les autres sont partis dans les régions slaves. La réserve de Roumanie est la plus grosse et la plus renommée de toutes les réserves mondiales de dragons. Pour résumer, termine-t-il en riant, on peut dire que tous les dragonniers sont dresseurs de dragon, en revanche, tous les dresseurs de dragon ne sont pas dragonniers.
L'heure et demie que j'accorde au cours théorique est depuis bien longtemps terminée, mais je peux affirmer que, Edgecombe mis à part, tous ont apprécié cette leçon sortant très clairement des sentiers battus. Mais, encore une fois, c'était bien une première pour moi de faire des illustrations imagées durant un cours !
— Je vous propose que nous passions à la partie débat, reprends-je la tête de la leçon. Que voulez-vous que soit le sujet de cette semaine ?
— Le nouveau tournoi ! s'écrie une bonne partie des élèves.
J'aurais dû me douter qu'ils me le demanderaient, mais je ne m'attendais pas à tant d'engouement de leur part, cependant. M'adressent un très léger hochement de tête, Charlie retourne dans la tribune officielle, s'installant entre Luna et George.
— D'accord, approuvé-je. De quoi voulez-vous parler ?
— Pourquoi l'avoir réinvesti cette année ? demande Phoebe Selwyn, de Poufsouffle. Je veux dire par là que la guerre vient à peine de se terminer, et les morts sont très nombreux. Pour la plupart, les gens se remettent encore de leurs blessures, alors pourquoi avoir voulu remettre au goût du jour un tournoi qui offre la gloire et la célébrité ? Ne devrions-nous pas plutôt honorer les morts ?
C'est lorsque je l'entends faire des remarques comme celles-ci, que je comprends pourquoi Phoebe a été celle des triplettes à se retrouver chez les Poufsouffle. Là où Alyssa est l'exemple même de l'intelligence de Serdaigle, Maria, elle, est la tête brûlée du trio.
— C'est justement pour honorer les morts, expliqué-je doucement. Parce que le dernier tournoi a vu le premier acte de Voldemort sur l'échiquier qu'est devenue la Grande-Bretagne.
— Alors le tournoi est dédié à Cédric Diggory ? demande Élisabeth Dubois, gardienne des Gryffondor.
— Tout juste, hoché-je la tête.
— C'est donc un acte hautement symbolique, que vous faites là, approuve un petit Serdaigle.
— Pas seulement, souris-je. Cette fois, nous allons faire en sorte qu'aucune épreuve ne soit dangereuse, ou même mortelle. Un peu dans l'esprit du premier tournoi, celui du temps des Fondateurs.
Si nombre de mes petits Serpentard et Serdaigle hochent cérémonieusement la tête, pour les deux autres maisons, je rencontre plus de regards vides qu'autre chose…
— Alors sur quoi vont porter les épreuves ? demande Alyssa.
— Pendant un hommage funéraire, il est de coutume de vanter les qualités du défunt, souris-je douloureusement. Alors je vous le demande, quelles sont les qualités de Cédric Diggory, pour ceux qui l'ont connu ?
Même si je me doutais que, au vu de leurs âges, aucuns n'auraient de réponses à me donner, j'aurais pensé que les rubriques nécrologiques parues à la fin du précédent tournoi les auraient au moins mis sur quelques pistes.
— C'est lui qui a lancé l'idée des paris sur les champions du tournoi, déclare doucement Fred, le visage sombre.
— Et tu te souviens, rit faiblement son jumeau, c'est lui qui nous a permis de faire de la contrebande d'alcool et de sucreries dans le château !
Même si je réprouve totalement l'idée qu'il ait pu y avoir une quelconque contrebande, et encore plus de boisson dans cette vénérable institution, l'anecdote fait sourire Harry qui envoie un regard de remerciement à son voisin.
— Et n'oublions pas que, malgré son statut de préfet, il est quand même resté trois années de suite capitaine de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle ! s'exclame la triplette tête brûlée, les yeux brillant d'étoiles. J'ai vu un de ses matchs de sa sixième année, celui contre Serpentard. Cédric volait comme un ange !
— C'était aussi le major de sa promotion cette année-là, et celle qui a suivi, malgré sa participation au tournoi ! renchéris sa sœur.
— Souviens-toi, Aly, renchéris la dernière, il a même voulu faire rejouer le match où les Détraqueurs ont envahi le stade, parce qu'il refusait qu'on puisse croire qu'il avait gagné pour autre chose que son talent !
— Papa et Amos en étaient verts de rage, ricane la première. Toute victoire est une victoire, fils !
— Et vous aussi, les filles, vous devez vous rappeler qu'un ennemi à terre, c'est un ennemi qui n'attrapera jamais le Vif d'or ! renchérissent les deux dernières.
Je ne sais pas ce qui met en premier les larmes aux yeux de Padma. Le fait qu'elles aient caractérisé Cédric d'ange, ou le fait que, malgré son décès, elles se souviennent encore de toutes ces choses qui ont fait de lui le champion de Poudlard.
— Il faut dire que Ced, c'était quand même une sacrée superstar, sourit tendrement celle de Gryffondor. Courageux, loyal, intelligent et rusé, il avait vraiment tout pour plaire.
— Ouais, souffle celle de Poufsouffle. Il me manque quelquefois. Ça me fait toujours bizarre de ne pas le voir pour mon anniversaire me proposer un tour de balai. C'était toujours mon cadeau préféré.
Nombre de sanglots étouffés me parviennent dans la salle. Peut-être est-ce le fait qu'il s'agit d'un élève comme eux, peut-être est-ce parce qu'il n'avait que dix-sept ans au moment de sa mort, peut-être est-ce parce que chaque élève peut se retrouver en lui, mais les triplettes ont exprimé tout ce pour quoi ce nouveau tournoi verra le jour. Pour ne jamais oublier, mais garder le souvenir des bonnes choses.
— C'était un fabuleux duelliste aussi, fait la voix étourdie de Padma. Il s'est entraîné avec le professeur Flitwick pendant le tournoi.
— Il a pris le trophée avec Harry pour que ce soit l'école et non l'un d'eux qui gagne, renchérit Neville.
— Il ne s'est pas dégonflé dans le cimetière, soupire la voix de Harry. Il savait parfaitement qu'il pouvait y rester, et pourtant, il est resté à mes côtés jusqu'à ce que Pettigrow…
Malgré les trois années et demie qui se sont écoulées depuis ce jour funeste, il n'a jamais pu oublier. Parfois, lorsque je dormais avec lui, cet été, je l'entendais demander pardon à Cédric et mon cœur se broyait pour lui.
— La ruse du serpent, déclaré-je, d'une voix que je peine à maîtriser, l'intelligence et la sagesse de l'aigle, le courage et la hardiesse du lion, la loyauté et la bravoure du blaireau. C'est pour ça que Cédric était le représentant idéal de Poudlard. Il mettait chacune des qualités des Fondateurs en avant dans chacune de ses actions.
— Si le concours avait eu lieu entre les professeurs, qui penseriez-vous que la Coupe de Feu aurait choisi pour représenter Poudlard, professeur Granger ?
Je pourrais très facilement me faire à cette appellation ! Avant la guerre, je me voyais bien suivre Harry et Ron chez les Aurors, mais maintenant, je me vois bien derrière mon bureau, à corriger des copies chaque soir…
Cependant, la question d'Erza Blye n'est pas dépourvue de sens. À l'époque où j'étais encore une élève, j'aurais dit sans hésiter le professeur Dumbledore. Mais la quête des Horcruxes m'a appris une vérité cuisante : parfois, Merlin ne se réincarne pas en homme… Mais alors qui ?
— Je pense que si la Coupe avait dû choisir un champion, alors elle aurait choisi le professeur Rogue, affirmé-je.
— Sérieusement, Mione ? rit doucement Harry. Tu trouves les qualités de Poufsouffle chez Rogue ?
— Toi, plus que n'importe qui, devrait le savoir, déclaré-je, implacable.
— Fais nous rêver, Granger, ricane Pansy. Mais si j'étais toi, je ferais attention à ce que je dis !
Oubliant totalement mes élèves, je me place droite face à mes collègues, les yeux brûlants de hargne. Parkinson a osé remettre en doute l'une de mes théories, et je vais me faire un plaisir de lui démontrer à quel point elle a tort !
Visiblement, cette hargne fait rire Charlie. Détournant légèrement le regard, je fais apparaître un tableau dans les airs, les quatre blasons flottant au-dessus d'une des colonnes, avant de les lister à Pansy.
— Commençons par ses qualités de Serpentard, débuté-je furieusement. À la fin de sa septième année, Voldemort et ses Mangemorts se faisaient de plus en plus présents dans le paysage politique. Chaque matin, des articles de La Gazette relataient des familles mortes de leur main, des clans exterminés parce qu'ils refusaient de se soumettre à sa politique.
— Ça ne fait pas de lui un Serpentard, ça, Granger, réfute Nott.
— Non, c'est vrai, mais le fait de se faire insulter, brimer et blâmer par un petit groupe très célèbre dans l'école à cette époque, qui le caractérisait de Mangemort en herbe, ça, c'est important !
— Pourquoi ? fronce les sourcils Fred.
— Parce qu'entre deux maux, tu choisis toujours celui qui te blessera le moins. Et dans le cas présent, choisir les Mangemorts était le choix le plus avisé pour lui, affirmé-je.
Jamais je n'aurais cru un jour défendre l'homme qui m'a brimé durant mon adolescence, et pourtant, je suis en train de me faire l'avocate du diable. Ironique, n'est-ce pas ?
— Je te l'accorde, il a le pragmatisme et la ruse des Serpentard, sourit en coin Drago. Et pour ses qualités de Serdaigle ?
— Il est le plus jeune maître des potions depuis environ cinq cents ans, levé-je les yeux au ciel, amusée cependant par son sens du spectacle. Depuis Circé. Il est aussi le créateur de la potion Tue-loup améliorée et un maître en Occlumancie, tout comme l'était Rowena Serdaigle. Ajoute à cela sa maîtrise en duel, médicomagie et magie noire, et tu en fais un parfait petit aigle !
Je ne sais pas ce qui est le plus drôle. Les murmures étouffés de mes élèves, ou bien les sourires en coin de mes collègues. Mais j'avoue apprécier grandement l'exercice en tout cas !
— Je t'accorde qu'il est un Serdaigle honoraire, rit Luna. Susan, d'après toi, fait-il un bon Poufsouffle ?
— Je préfère voir ce qu'elle va dire pour la partie Gryffondor, éclate-t-elle de rire. Je t'en prie Hermione !
— Vous l'avez tous appris au mois de mai, mais le directeur était un espion pour le camp de la Lumière. J'estime qu'il faut énormément de courage pour tourner le dos à tout ce qu'on a toujours connu, du courage pour devenir un paria pour le camp que l'on protège au péril de sa propre vie. Du courage pour affronter sa propre mort avec un calme olympien. Du courage pour ne pas pleurer ce qu'on perd, ne pas crier quand un putain de serpent est en train de vous lacérer la gorge.
Pour ma part, la mienne est totalement obstruée par un sanglot refoulé. Les images encore vives des derniers instants de Rogue dans la Cabane hurlante, le soir de la bataille finale me hantent encore, et en reparler rouvre la blessure.
— Il faut du courage pour accepter de rester une empreinte sur Terre, alors que tout ce qu'on souhaite, c'est obtenir enfin le repos éternel pour tous les sacrifices que l'on a fait au cours de sa vie. Ce n'est pas le fait qu'il soit un espion pour le camp de la Lumière qui devrait nous le faire voir comme un héros, mais plutôt les raisons derrière l'acte. Ce sont ses qualités de Poufsouffle qui font de lui un homme bien, un héros.
— Et quelles sont-elles, Miss Granger ?
C'est peu glorieux, mais le cri de peur que je pousse est à la hauteur de l'amusement qu'il a mis dans sa voix susurrée par-dessus mon épaule. Et les éclats de rire des autres dans la tribune me font clairement comprendre que, depuis le début, il était très certainement là. D'où leurs souris en coin et les murmures frénétiques des élèves…
— Vous êtes sûr de pouvoir encaisser le choc, professeur ? haussé-je un sourcil sarcastique.
— Essayez donc, ricane-t-il.
C'est étonnant de voir à quel point, depuis qu'il ne peut plus me jeter de sorts, je le trouve bien moins imposant et terrifiant que de son vivant !
— Dans ce cas…, souris-je en coin, faisant un ample mouvement du bras. Devons-nous parler en premier de Lily Evans, ou bien de Narcissa Black ?
— Granger…, gronde-t-il, menaçant.
— C'est vous qui m'avez demandé d'exposer mes théories, je vous rappelle !
— Moi j'aimerais beaucoup l'entendre, Granger, ricane Drago en souriant au directeur. Viens donc t'asseoir à côté de moi, parrain, je suis sûr que tu vas adorer !
De mauvaise grâce, il rejoint son filleul, mimant le fait de s'asseoir sur la chaise laissée vacante par un Blaise Zabini toujours hilare au fond de la loge…
— J'attends, Granger ! susurre-t-il. Éclairez-nous de vos brillantes lanternes !
— Vous êtes devenu un Mangemort par ruse et pragmatisme, c'est vrai, commencé-je calmement, mes yeux rivés aux siens, fantomatiques. Mais vous l'êtes aussi devenu par amitié et loyauté envers Narcissa Black.
— Comment êtes-vous au courant de ça ? grince-t-il.
Je me retiens du mieux que je le peux, mais mon regard dévie dans la direction de Charlie, attendant qu'il me donne la preuve que je n'ai pas commis une bourde irréparable en dévoilant ce qu'il m'a dit durant notre transe à la Chaumière.
Malheureusement, mon regard, certes discret, est intercepté par Rogue, et le regard brûlant de haine qu'il lui envoie me fait frémir de peur pour le dragonnier. Alors, vaillamment, et surtout pour essayer de détourner son regard, je reprends, après l'accord silencieux de Harry.
— Vous êtes ensuite devenu espion pour le camp de la Lumière par loyauté et dévotion envers votre toute première amie, une née-Moldue du nom de Lily Evans, future Potter. La mère de Harry. Vous l'avez protégé pour ces mêmes raisons au péril de votre vie, vous l'avez d'ailleurs laissée pour le protéger. Ce qui fait de vous l'exemple même du Poufsouffle.
— Oh, nom d'une gargouille, elle a osé ! rit encore plus fort Blaise. Merci, Granger. J'ai rêvé du jour où quelqu'un serait assez suicidaire pour faire quelque chose comme le traiter de Poufsouffle, uniquement pour voir si un fantôme pouvait s'évanouir.
Au moins, lorsque je serais morte, je saurais que j'ai réalisé le rêve de quelqu'un… Parce que le regard mêlant haine viscérale et honte cataclysmique que Rogue m'envoie pourrait faire geler l'enfer…
— Vous allez connaître la douleur, Miss Granger, susurre-t-il froidement. Je vais me faire un plaisir de faire durer la conversation de demain en longueur, juste pour vous voir vous liquéfier de peur et de honte sur votre petit fauteuil ridicule, avec votre buisson-ardent sur la tête et vos dents de castor !
— Voilà ! m'exclamé-je, ayant retrouvé le sourire maintenant qu'il se montre bien plus Rogue. Là, vous faites honneur à l'image que vous vous donnez ! Là, on retrouve bien le côté chauve-souris des cachots !
— Hermione, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de le pousser à bout, souffle Fred.
Le sourire purement terrifiant que le maître des potions m'envoie me poursuivra très certainement dans mes rêves… Mais je dois rétablir un fait, cependant.
— Oh, je t'en prie, Fred ! m'énervé-je. Des hommes comme lui, ou même comme Salazar Serpentard, ça ne court pas les rues ! Nombre de sorciers qui se disaient puissants ont cherché à surpasser leur génie, mais aucun n'est arrivé à leur cheville !
— Serait-ce une manière détournée de vous excuser, Granger ? susurre-t-il.
— Comment vous, plus que n'importe qui, pouvez défendre Serpentard ? C'était un suprémaciste Sang-Pur qui cherchait à exterminer tous les nés-Moldus ! Vous-Savez-Qui, à côté, était du menu fretin !
J'ai eu beau les oublier durant mon discours enflammé, il n'en reste pas moins que mes élèves sont toujours là, et que, visiblement, le débat n'est toujours pas clos… Mais c'est la conviction qui me brûle les veines qui me fait me retourner lentement vers le petit Poufsouffle de quatrième année.
— Dites-moi, monsieur Faraway, avez-vous lu le chapitre consacré à la discorde entre les Fondateurs comme je vous l'ai demandé, il y a deux semaines ? demande-je, venant jouer avec mes ongles sur le rebord de pierre de l'amphithéâtre.
— C'est-à-dire que… J'ai voulu, mais je n'ai pas eu le temps, bégaye-t-il.
— Pas eu le temps, ou pas eu l'envie, monsieur Faraway ? susurré-je.
— Un peu des deux, professeurs, souffle-t-il en baissant la tête.
— Ce n'est pas grave, souris-je curieusement.
— Vraiment ? s'exclame-t-il, clairement surpris par le tour que prend la conversation.
Je crois que je comprends enfin le plaisir sadique qu'avaient Rogue et le professeur McGonagall en faisant le même genre de scène durant nos cours. Surtout celui de potions, d'ailleurs, et Harry doit bien s'en souvenir, à mon avis…
— Bien sûr que non ! fais-je, mon sourire froid s'étendant sur mes lèvres. Après tout, vous aurez parfaitement le temps de mettre à jour vos connaissances sur nos Fondateurs durant votre retenue de mardi soir, heure durant laquelle vous lirez les chapitres huit à douze, et desquels vous me ferez soixante centimètres de parchemin pour m'expliquer à quel point vous ne connaissez pas l'histoire de l'école dans laquelle vous avez le privilège de pouvoir étudier.
— Mais madame ! s'écrie-t-il, horrifié. J'ai entraînement de Quidditch le mardi !
— C'est vous qui choisissez, monsieur Faraway, souris-je. Soit vous faites votre retenue en compagnie de Madame Pince, mardi soir, ou alors je la décale à mercredi, et vous la passerez dans la tanière d'Aragog ! À vous de décider, moi je ne veux que votre bonheur.
Oh putain ce que c'est bon de pouvoir voir la peur dans ses yeux ! J'aurais aimé que, durant notre scolarité, Harry et Ron soient aussi terrorisés par moi, lorsque je les menaçais à chaque fois qu'ils préféraient aller jouer aux échecs ou au Quidditch, plutôt que de prendre leurs études au sérieux.
— Qui est Aragog ? ose-t-il demander bravement.
Mon mouvement est plus vif que je ne l'aurais voulu, mais en a peine quelques secondes, une Acromantule, sortie des souvenirs que Harry m'a montré cet été, envahie l'espace réduit entre le bord de l'amphithéâtre et mon bureau.
Dans un mouvement qui pourrait être pris pour quelque chose de répéter, quasiment chacun des cent élèves se recule vivement, attrapant son sac pour le mettre en bouclier devant leurs corps, avant de se rendre compte que, si pour Veyser et Hog, il s'agissait d'illusions palpables, pour Aragog, ce n'est pas le cas.
Heureusement que Ron n'est pas là, il serait sûrement mort d'une crise cardiaque sinon, lui qui est arachnophobe… Mais le fait que cette illusion soit différente des dragons m'interpelle. Pourquoi, alors que pour les dragons, ce fut si simple et demandait une grande quantité de magie cependant, pour l'araignée, ce soit si différent ?
— Je vous présente Aragog, ancien roi des Acromantules de la Forêt interdite. Il est mort maintenant, soupiré-je faussement déçue. Mais ne vous en faites pas ! Sa compagne Mosag a repris le flambeau !
Il n'est peut-être pas arachnophobe comme Ron, il a peut-être conscience qu'il ne s'agit, cette fois, que d'une illusion, mais il déglutit sévèrement, son regard ne quittant pas la multitude d'yeux et de pattes de la créature. Pourquoi ne pas en remettre une couche pour qu'il comprenne que le savoir est le pouvoir ?
— À ce qu'il paraît, elle est deux ou trois fois plus grande et féroce que lui. Un rapport avec le besoin de faire comprendre que les femmes valent tout autant que les hommes, si j'ai bien compris, fais-je d'un ton badin. Mais après tout, se retrouver dans la toile d'une araignée de deux ou six mètres de haut, ça ne fait pas de réelle différence, n'est-ce pas ?
Il est d'une pâleur cadavérique, de quoi faire pâlir Rogue de son vivant. Mais je crois que, si sur les garçons, la menace n'a pas fonctionné, sur lui, en tout cas, c'est un succès !
— Du coup, monsieur Faraway, souris-je doucement, quand dois-je placer votre retenue ?
— Ma… mardi, bégaye-t-il. Mardi ça ira très bien.
— Excellent choix ! hoché-je la tête. Vous allez voir, la bibliothèque est un lieu fabuleux ! C'est la grande porte, au cinquième étage. Celle qui sent la culture et la connaissance, vous ne pourrez pas la rater !
Pour un peu, je me féliciterais presque de lui avoir flanqué la peur de sa vie. Mais dans le fond, je suis juste triste de voir que, comme les autres étudiants nouvellement promus l'ont déjà remarqué, maintenant que la guerre est terminée, les élèves ne veulent plus apprendre.
— Je vous engage tous très vivement à prendre des notes sur ce que je vais dire maintenant, parce que je ne me répéterais plus une seule fois, soupiré-je en retournant m'asseoir sur le bureau, croisant les jambes dans la position du lotus.
Finalement, ce cours aura été bien plus éreintant que je ne l'aurais cru. Je m'étais attendu à ne parler que du Tournoi des Trois Sorciers à travers les âges, et finalement, j'ai découvert que j'étais un dragonnier, j'ai menacé un élève et perdu mon contrôle avec une autre. Mais plus que tout, ce sont les réactions de mon propre corps qui me mettent mal à l'aise.
Là-haut, proche du plafond de la Grande Salle, je me sentais si bien, si en paix, que je n'avais pas pris en compte qu'à notre retour sur terre, les choses redeviendraient comme avant, que son regard de petit garçon se muerait en celui de l'homme repoussant les femmes plus que tout.
Et dans le fond, c'est ça qui m'a fait le plus mal, je crois. Je crois aussi que c'est la raison pour laquelle je me suis déchaîné sur Faraway. Parce que lui ne pouvait pas répliquer. Et cette situation est intolérable.
— Que vous souhaitiez rester inculte toute votre vie, c'est votre choix, je n'ai pas à m'imposer dans cette décision, soupiré-je en me recentrant. Mais vous devez comprendre que c'est parce qu'il a pu jouer sur la peur et la méconnaissance, que Voldemort est parvenu au pouvoir. Que ce soit dans les années quatre-vingt, ou l'année dernière.
— Granger, appelle doucement Blaise. Je ne suis pas sûr que ce soit…
— Vous n'avez pas envie d'apprendre, et vous n'avez pas envie de comprendre non plus, balayé-je son interruption d'un geste de la main. Mais ce n'est en n'analysant pas les faits du passé, que vous vous retrouverez avec un nouveau Seigneur des Ténèbres. Vous êtes jeunes, et pour la plupart, vous avez connu les horreurs de la guerre. Vous avez vu vos familles en danger, torturées ou tuées.
— Miss Granger ! s'écrie McGonagall depuis les portes de la Grande Salle. Ces enfants n'ont pas besoin d'entendre ce genre de choses !
Il y a tellement de souffrances dans ses yeux quand elle dit cela… Comme si, elle aussi, revoyait les corps dans cette même salle, il y a cinq mois… Comme nous autres… Mais elle aussi doit comprendre…
— Connaissez-vous l'Histoire de Poudlard, professeur McGonagall ? haussé-je un sourcil.
— Il est au programme lorsque l'on devient directeur, oui, hoche-t-elle la tête, incertaine de la direction que prend cette conversation.
— Dans ce cas, pourriez-vous dire à mes élèves quelle était la matière dans laquelle excellait Godric Gryffondor ?
Le choc s'inscrit dans ses prunelles, et je vois le moment où la réalisation se fait, à la conclusion de mon discours. Oui, Minerva McGonagall n'a pas volé son poste de directrice, au contraire même !
— Il était maître de duel et de magie noire, affirme-t-elle en s'avançant entre les travées pour aller s'asseoir aux côtés de Rogue.
Un véritable tollé s'échappe de la tribune des Gryffondor, ceux-ci n'acceptant pas facilement le fait que leur Fondateur soit un « mage noir », repris en chœur par Lavande et Parvati.
— Tu ne peux pas affirmer ça, Granger ! s'écrie, outrée, la blonde.
— Si tu le souhaites, tu peux aller rejoindre monsieur Faraway en retenue, Brown, souris-je, cette fois-ci amusée. Je suis sûre qu'il doit bien y avoir un peu de place pour toi à la bibliothèque ou dans la tanière d'Aragog.
— Excusez-moi, professeur Granger, lève la main le petit Shafiq de Serpentard. Est-ce vrai qu'Helga Poufsouffle était Vetomage ?
— En effet, souris-je doucement à l'enfant aux traits amérindiens. Elle partageait son temps entre l'enseignement de la botanique, son emploi d'infirmière et ses expériences sur les animaux avec Gryffondor.
J'en vois plusieurs ressortir une feuille de parchemin, encrier et plume pour commencer à noter les nouvelles données, ce qui me fait sourire. Visiblement, mon petit discours a eu un certain impact sur eux ! Si seulement la S.A.L.E. avait eu autant d'auditeurs…
— Je vais vous raconter une petite histoire, souris-je en faisant signe à Susan de descendre dans l'arène avec moi. Cette histoire, est celle qui a conduit à la séparation des Fondateurs, celle qui a conduit, aussi, au tout premier Tournoi des Trois Sorciers.
Expliquant plus ou moins rapidement ce que j'attends d'elle à Susan, je les fais tous se lever pour rendre à la Grande Salle son rôle de réfectoire et renvoyer Hog et Veyser dans les abîmes, avant de changer l'amphithéâtre de pierre pour des fauteuils confortables, des poufs et des canapés.
— Rajoutez-en, Miss Granger, m'informe gentiment la directrice.
— Il y en a assez pour tout le monde, pourtant, haussé-je un sourcil, inquiète que mes calculs ne soient pas bons.
— Le professeur Rogue et moi-même avons fait un appel pour que les élèves des autres années viennent nous rejoindre, de même que les professeurs le souhaitant.
Il nous faut attendre près de dix minutes pour voir débarquer une autre centaine d'élèves, pour la plupart en pyjama. Des chocolats chauds distribués par les elfes plus tard, eux aussi prennent place dans le fond de la salle, sur une couverture douillette métamorphosée par George.
— Cette histoire se passe en l'an 952, commencé-je, une fois que les lumières sont éteintes. Cette époque est l'âge d'or de Poudlard, l'ère des découvertes magiques et de l'ouverture sur le monde. Elle met en scène Godric Gryffondor, maître en magie noire, Salazar Serpentard, maître en potions, Rowena Serdaigle, maîtresse des arts de l'esprit, et Helga Poufsouffle, maîtresse en botanique et soins aux créatures magiques.
Les mêmes exclamations que plus tôt explosent, mais les illusions créées par Susan les convainquent de prendre leur mal en patience. Petit à petit, le silence se fait à nouveau dans la salle, et je peux reprendre mon histoire.
— Helga et Godric étudiaient les interactions des phases de la Lune sur un jeune né-Moldu mordu par un loup-garou dans les cachots de Poudlard. Rowena étant en travail, Helga, en tant qu'infirmière, l'aidait à mettre au monde son premier enfant, et a fait venir le papa pour qu'il puisse assister à la naissance.
Les images d'une infirmerie sensiblement semblable à celle d'aujourd'hui apparaissent du néant. Sur celles-ci, une magnifique femme brune aux cheveux longs est allongée sur un lit, entouré d'un grand rouquin robuste et d'une autre femme, cette fois-ci blonde comme les blés et rondouillette.
— Pendant ce temps, dans sa pièce spéciale, appelée Chambre des Secrets puisqu'il y étudiait les créatures magiques vivipares et qu'il était le seul sorcier Fourchelang de l'époque, Salazar était occupé à dresser un Basilic d'environ deux mètres, prénommé Sassly, le soir où Godric et Rowena devinrent parents pour la première fois.
Cette fois-ci, c'est moi qui fais apparaître une réplique de la Chambre des Secrets, m'épatant moi-même pour la représentation de Sassly. Aussi exacte que dans les souvenirs de Harry, et aussi authentique que celle qui garde ma propre Chambre des Secrets.
— Mais Serpentard n'était pas qu'un potionniste de génie doublé d'un Fourchelang, c'était aussi un mari aimant et attentionné envers sa femme, Eleanor.
Chuchotant discrètement mes indications à l'oreille de Susan, elle fait apparaître une femme d'environ dix-sept ans, blonde comme une Vélane, pâle comme un vampire, mais aux yeux si pleins de douceur et de tendresse qu'ils en paraissent inhumains.
— Sa femme, dans son rôle de disciple, était occupée à parlementer avec le premier groupe de centaures à avoir occupé les terres de la Forêt interdite lorsque le jeune loup-garou, sous l'effet de la pleine lune, s'est enfui de son cachot.
L'image d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, au teint buriné et aux cheveux mi long noir se transforme lentement en un loup-garou semblable à ceux de nos livres de cours de défense contre les forces du Mal de troisième année. Je ne doute pas que Rogue apprécie le petit clin d'œil…
— Après une course effrénée, et parce que le château avait dressé des boucliers de protections pour lui éviter de monter dans les étages, il s'est attaqué à la seule humaine accessible : Eleanor. Emprisonnant le jeune né-Moldu dans une cage de runes, Cicéron prit Eleanor sur son dos pour la conduire à Poudlard pour que Salazar puisse s'occuper d'elle.
Une réplique de Firenze portant la femme blonde sur son dos joue sur le sol de la Grande Salle, sous les yeux émerveillés des première année.
— Fou de douleur et de chagrin en voyant sa femme souffrir et se tordre de douleur sous l'action du poison contenu dans la morsure du jeune loup-garou, il s'en est pris à Godric et Helga qu'il pensait être responsable de cette situation. Pour lui, s'ils n'avaient pas relâché leur concentration sur lui, sa femme ne serait pas en train de mourir.
L'opposition entre les quatre Fondateurs de Poudlard est clairement marquante dans l'illusion que produit Susan. À n'en pas douter, elle ne démérite pas le poste que lui a proposé le professeur McGonagall !
— Dans un premier temps, ce fut le cas, elle est presque morte. Et ce fut la première vraie dispute entre les Fondateurs dont les textes de l'Histoire de Poudlard parlent, continué-je doucement. Au bout de quelques jours, les effets de la lune se dissipant, il a étudié les effets sur la jeune femme. Pour lui, le loup-garou s'en était pris à elle en raison de son origine, ne prenant pas en compte les défenses du château face à un héritier. Ce fut le fondement même de sa théorie pour que les nés de moldus ne viennent jamais étudier à Poudlard.
— Quelle origine ? ose demander un Serpentard de cinquième année.
— Elle était une née-Moldue, souris-je doucement, m'attendant aux cris.
Et la réaction ne se fait pas attendre ! Entre les Gryffondor qui se rient de leurs ennemis naturels, les Serdaigle qui jugent illogiques les faits, et les Poufsouffle qui prennent plus ou moins parti, c'est finalement Paulus McPherson qui calme tout le monde en élevant la voix.
— Que vous aimiez ou non l'histoire, on n'en a rien à faire ! s'énerve-t-il. Personne ne vous retient ! Mais si j'étais vous, je me sortirais la baguette que j'ai dans le cul pour voir les choses en face. Si le professeur Granger le dit, c'est qu'il doit au moins y avoir un fond de vérité.
— Tu te ranges du côté des Sang-de-Bourbe, maintenant, McPherson ? ricane un Serpentard de septième année. Tes parents doivent se retourner dans leur tombe !
— Les miens, au moins, n'ont jamais commis de génocides de masse ! fait-il, la fureur froide faisant trancher sa voix. Et si j'étais toi, je ferais attention à la manière dont je lui parle, à ladite Sang-de-Bourbe. Elle a mis Edgecombe sous les ordres d'une Vélane et d'un loup-garou accouplé le soir de Samain, le soir de la prochaine pleine lune. Oh, et elle a aussi proposé à Faraday d'aller exécuter une retenue dans la tanière d'une Acromentule. Je suis sûr que, toi aussi, tu apprécierais d'aller y faire un petit tour.
C'est bien la première fois que j'entends un Serpentard défendre une née-Moldue, et plus encore moi ! Mais je ne peux empêcher la vague de chaleur qui m'étreint. Peut-être que la nouvelle génération porte plus d'espoir en elle que l'ancienne…
— Excusez-nous pour le dérangement, professeur Granger, hoche-t-il la tête dans ma direction. La situation ne se reproduira plus, je peux vous l'assurer.
— Champion des quatrième année ? haussé-je un sourcil.
— En effet, madame, sourit-il brièvement.
Et c'est là où je comprends comment faire pour faire cesser les luttes intestines à Poudlard. En ne faisant aucunes discriminations, et en misant tout sur l'intelligence des plus jeunes.
Avant d'être leur professeur, j'aurais placé mes espoirs sur un Gryffondor, ou, au pire un Serdaigle, mais jamais sur un Serpentard. Comme quoi, la vie nous apporte toujours de belles surprises !
— Le mois suivant, reprends-je calmement, Eleanor fut encore une fois sujette aux effets de la lune, se transformant en loup-garou. Il commença alors à penser à un antidote. Mais il ne pouvait pas faire ses expériences et donner cours en même temps, d'autant plus qu'il avait perdu sa disciple.
Susan suit assidûment l'histoire, changeant les illusions à chaque fois pour faire de l'histoire une sorte de petit film.
— Dressant en secret Sassly dans la Chambre des Secrets pour qu'elle se balade les yeux fermés dans l'école si un nouveau loup-garou commençait à agir sur les terres entourant Poudlard, il la mit en hibernation.
— Oh putain ! s'écrie Charlie en faisant sursauter une bonne partie de l'assistance. Je viens de me souvenir où j'ai pu voir cette fille-là !
J'aurais cru qu'il découvrirait plus tôt de qui il était question, mais lui aussi paraît pris dans l'histoire, et je dois dire que j'apprécie l'assistance plutôt assidue que j'ai ce soir.
— Mais les trois autres Fondateurs ont refusé de voir et de comprendre la raison de sa peur. Pas uniquement pour sa femme, mais aussi pour tous les autres nés-Moldus. Ils décidèrent, quelques mois plus tard, de retourner sur les terres d'Eleanor.
Les images changent pour un climat plus ou moins enneigé, où les plaines verdoyantes sont remplacées par des montagnes, et où le château de Poudlard est remplacé par un château encastré dans l'une d'elles.
— Cela lui prit plus de huit mois pour créer et expérimenter la potion Tue-loup de base. Mais une fois le loup enfermé, il a voulu reprendre sa première passion : l'enseignement. Alors, Eleanor et lui décidèrent de créer la première école de sorcellerie sur les terres de sa femme.
— C'est elle ? Sérieusement ? demande, soufflé, Charlie.
— Oui, hoché-je la tête, souriant doucement.
— Mais comment as-tu découvert ça ?
— Grâce à un ami que tu connais, qui m'a permis de visiter son bureau, ris-je, cette fois-ci. C'est en lisant Durmstrang Istoriya que j'ai compris qui elle était.
— Mais je croyais que le livre ne s'ouvrait qu'en…, s'arrête-t-il brusquement. Oublie ma question.
En effet, révéler à tous que le grimoire de la créatrice de cette école ne s'ouvrait qu'en Fourchelang parce que son mari en était un, voilà qui ferait se dresser les cheveux sur la tête à de nombreux Sang-Pur ! Mais les rituels magiques permettent bien des choses, et du temps de Merlin, chacun d'eux étaient de véritables concentrés de magie.
— Eleanor Durmstrang, fille d'un seigneur russe, fut la créatrice, avec Salazar, et la première directrice de Durmstrang, école de sorcellerie qui prône l'excellence et la tolérance.
— Et toi qui disais qu'il n'y avait que des Sang-Pur qui allaient à Durmstrang, Malefoy ! éclate de rire Harry. Qu'est-ce que ça fait de savoir que ton père a voulu t'envoyer dans une école créée par une née de moldus, et atteinte de lycanthropie, en plus ?
— Je crois que j'ai envie de mourir, soupire Drago. J'ai l'impression que toute ma vie n'a été qu'un mensonge… Severus, s'il te plaît, dis-moi que, toi au moins, tu es un vrai Sang-Mêlé, que j'ai au moins une base sur laquelle continuer de me tenir en équilibre !
— Tu n'as pas écouté le discours de rentrée de la directrice, Drago ? ricane-t-il. Je suis un Lord !
— Ma vie est un mensonge…
— Allez-y, Miss Granger, il se remettra, ricane encore Rogue.
À vrai dire, c'est assez étonnant de voir Malefoy briser son masque de Sang-Pur quasi inébranlable, ailleurs que dans notre salle commune, s'entend… Oh, certes, il le fait rarement, mais comme pour le reste des Serpentard, il ne sait plus où il doit placer l'ancienne loyauté qu'il vouait à son ancienne maison.
À vrai dire, il n'est pas le seul dans ce cas-là. Les luttes internes à Poudlard qui ont sévi entre nous durant des années ont du mal à se dissoudre, mais dans l'optique de former un front commun dans une situation commune, nous avons tous, plus ou moins, décidé de devenir une seule et même maison.
Mais le directeur à raison, et les première année commencent à fatiguer, ce qui n'est pas étonnant, puisqu'il est plus de minuit passé…
— Près de deux ans après la création de l'école, Eleanor et Salazar reprirent contact avec les trois autres Fondateurs et mirent en place les prémices du tout premier Tournoi des Trois Sorciers, en accord avec le mari d'Helga, Edgard Beaubois.
— Ça, en revanche, c'est impossible, Granger, ricane Lavande. Tout le monde sait qu'Helga Poufsouffle était quasiment nonne !
— Si tu ouvrais d'autres livres que Sorcière-Hebdo, souris-je froidement dans sa direction, tu saurais qu'elle a eu six enfants avec Beaubois, et que la famille Londubat est l'héritière de cette lignée ! D'où le gène de la botanique que possède Neville.
— Dans quel livre l'as-tu lu, Hermione ? demande le chef de la résistance Poudlarienne. Pour que je puisse en envoyer un exemplaire à ma grand-mère.
Lady Augusta Londubat, du haut de ses soixante-dix ans, est un véritable requin dans le monde de la politique et, d'après Kingsley, l'une des plus ferventes opposantes à l'ostracisation de l'Angleterre sorcière.
— La Grande Histoire d'une École faite d'un Beaubois, lui souris-je. Il est disponible à la bibliothèque magique internationale de Paris, ou si tu le souhaites, je peux demander à Fleur de te prêter son exemplaire lorsqu'elle viendra pour le tournoi.
— Je veux bien que tu lui demandes, rit-il. Mais je l'achèterais quand même. Après tout, il fait partie de l'histoire de ma famille. Mais continue ton histoire, désolé de t'avoir interrompu.
— Beaubois, marié et père des six enfants qu'il eut avec Poufsouffle, comme je le disais, sifflé-je en direction de Lavande, accepta avec plaisir de faire concourir ses élèves les plus méritants dans ce qu'ils appelèrent alors, le concours amical inter école. Ce tournoi se solda par la victoire incontestable de la jeune championne de Beauxbâtons : Viviane Dulac.
— Viviane Dulac ? sursaute Daphnée. Tu veux dire LA Dame du Lac ?
— Elle-même, ris-je doucement. Celle qui sera la femme de Merlin.
— Étonnant, souffle-t-elle, presque émerveillée en regardant l'illusion de Susan.
Et il y a de quoi, à vrai dire. La petite rousse de Poufsouffle s'est surpassée dans son illustration de la fée légendaire.
Brune, les cheveux aussi longs qu'elle est grande, des yeux d'un bleu azur, un teint de pêche et des formes généreuses, elle est l'image même de ce que les livres historiques décrivent. Féerique, angélique, gracieuse et puissante. Elle rayonne de beauté et de magie.
— La leçon est terminée depuis un bon moment déjà, alors je vous suggère de retourner à vos quartiers, jeunes gens, souris-je lentement. Pour mes élèves, je vous demanderais de lire les chapitres douze à quatorze de l'Histoire de Poudlard, et me faire soixante centimètres de parchemin sur l'importance des grandes familles Sang-Pur sur l'histoire du monde magique.
— Soixante centimètres plus les dix-huit de pénalité, madame ? demande l'une des première année, les yeux embués de fatigue.
— En effet, Miss Roselys, ris-je. Je n'ai pas oublié le manquement au protocole.
— J'aurais essayé, au moins, hausse-t-elle les épaules.
Les trois dernières années continuent de débattre sur l'histoire racontée un peu plus tôt, chacun ne souhaitant démordre de son propre avis sur la véracité de mes informations. Mais pour le moment, je préfère savourer l'instant, tout simplement.
— Professeur ?
M'étant perdue dans mes pensées, je n'ai pas remarqué que la Grande Salle s'est vidée de la quasi-totalité des élèves. Ne restent plus que mes camarades, ainsi que les professeurs, débâtant entre eux. Et les triplettes Selwyn, chacune souriant maladroitement en me regardant.
— Que puis-je faire pour vous, mesdemoiselles ? fais-je, avenante.
— Nous voulions juste vous remercier, rit celle de Serdaigle. Pour ce que vous avez dit.
— Il va falloir être un petit peu plus précise, fais-je de la même façon.
— Ce que vous avez dit sur Cédric, et l'hommage que vous voulez lui rendre, soupire celle de Poufsouffle.
— Vous savez, Cédric était cousin des Selwyn par notre mère, et savoir que le tournoi lui sera dédié est un honneur, sourit tristement celle de Gryffondor. Si nous n'étions pas aussi jeunes, nous aussi, nous aimerions pouvoir participer au tournoi en son honneur.
Un fin sourire s'étale sur mon visage. D'une certaine manière, et même si les raisons ne sont pas forcément les mêmes, elles me font penser aux jumeaux, durant ma quatrième année. Eux aussi, voulaient participer au tournoi. J'espère simplement qu'elles ne vont pas tenter de faire des choses aussi improbables qu'eux à ce moment-là…
— Nous voulions aussi vous remercier d'avoir éclairci la discorde entre les différents Fondateurs, reprend Alyssa. J'ai eu beau lire les chapitres concernés, je n'ai pas compris ce dont il était question. Mais avec vos explications, ça me parait bien plus clair.
— Et la « leçon » que vous nous avez faite sur le fait de prendre en main notre culture était vraiment bonne, renchéris Maria. Quand nous étions plus jeunes, nous ne comprenions pas pourquoi papa rentrait si tard du travail, ni même pourquoi il n'avait pas de temps pour jouer avec nous. Mais maintenant que vous nous avez parlé des discordes entre les sorciers de Grande-Bretagne et les créatures magiques, je crois que nous comprenons mieux.
Aurelius Selwyn ! Voilà ! Maintenant, je me souviens lequel des cinq frères est le père des triplettes ! De prime abord, j'aurais pensé à Julius, mais Aurelius était, durant la guerre, le directeur du bureau de liaison sorcière auprès des créatures magiques.
— Je crois que c'est le meilleur compliment qu'on pouvait me faire, souris-je grandement.
— Vous comptez refaire des cours comme ce soir ? demande vivement la Gryffondor.
— Pourquoi ? froncé-je les sourcils.
— C'était génial ! s'extasie-t-elle. Les dragons, les histoires, même l'araignée était top !
Je retiens difficilement un rire à son air. Elle me fait penser à Colin et Dennis lorsqu'ils étaient en présence de Harry, durant leurs premières années.
— Je pense refaire des cours comme ceux-ci assez souvent si vos camarades ont aimé, eux aussi. Mais pas toutes les semaines.
Elles ont l'air déçu, mais elles acceptent tout de même la sentence. Après tout, entre un cours avec Binns, et un cours par mois où je fais intervenir des « personnes » étrangères, il y a un monde, je suppose…
— Phoebe ? retiens-je celle de Poufsouffle alors qu'elles vont passer les portes. Dites à monsieur Zilkonys que je vais laisser sortir Hog et Veyser samedi prochain dans l'après-midi, dans le parc. S'il souhaite venir les voir de plus près, je serais enchantée de pouvoir les lui présenter officiellement.
L'idée m'est venue subitement, mais j'en suis très heureuse. Il avait les yeux tellement brillants, lorsque je les ai fait sortir, que je ne peux pas faire au moins cela pour lui. La jeune génération mérite d'avoir encore de l'espoir et voir ses rêves se réaliser.
Et le sien est clairement de rencontrer un dragon. Alors pourquoi ne pas faire d'une pierre, deux coups ? Je me suis sentie si bien, en lâchant ma magie pour les faire sortir… J'ai vraiment envie de ressentir, encore une fois, ce bien-être.
— Sérieusement ? hausse un sourcil Phoebe. Vous allez vraiment faire ça pour lui ?
— Pourquoi pas ? haussé-je les épaules.
— Vous êtes vraiment un prof très particulier, soupire la Poufsouffle.
Je les laisse partir toutes les trois, mes pensées tournées vers ce qu'elle vient de dire. Suis-je si particulière ?
Après tout, George apprend à ses élèves des sorts que McGonagall réprouverait catégoriquement, et Fred a appris à ses petits première année à concocter une potion pour changer les cheveux de quelqu'un en rose fluo pour son premier cours. Pour leur apprendre les différences entre les ingrédients, a-t-il dit.
Alors en quoi suis-je si différente ? Peut-être est-ce comparé aux cours donnés par les autres professeurs-étudiants ?
Je sais que Drago a décidé de se concentrer sur des potions spécifiques à chacun des domaines dans lesquelles ses élèves souhaitent se diriger. Harry, lui, a axé son cours sur la pratique, un peu comme avec le faux Maugrey durant notre quatrième année, pareillement à Charlie.
Susan a privilégié l'aspect théorique des sortilèges, de même que Blaise, pour le moment, mais je sais de sources sûres qu'il a bon espoir de pouvoir bientôt passer à des cours un peu plus détendus, dans le même genre que celui de George.
— Tu as été exceptionnelle, ce soir, bébé.
Le souffle de Charlie à mon oreille, de même que ses bras venant enserrer ma taille alors qu'il est toujours dans mon dos me font frissonner et revenir sur terre. En temps normal, je ne me serais pas laissé emporter si facilement dans mes pensées, surtout lorsqu'il est près de moi…
— Pourquoi frissonnes-tu, ou bien sursautes-tu à chaque fois que je t'appelle « bébé » ?
Je peux entendre l'étonnement, voire une légère pointe d'énervement, dans le ton de sa voix. Comment parvient-il à ce phénomène alors que je ne le vois même pas ? Comment fait-il pour me faire comprendre si facilement ce qu'il ressent alors que sa tête est toujours sur mon épaule ?
Me tournant lentement dans l'espace réduit que m'offre son étreinte, je pose mes mains sur son ventre, appréciant la dureté de sa musculature au travers de son tee-shirt.
— C'était bien plus simple à la Chaumière, soupiré-je en rencontrant ses yeux. Je savais où j'allais, je savais ce que je voulais. J'étais libre, j'étais normale, j'étais une adolescente, simplement une adolescente.
— Ça ne répond pas à ma question, ça, tu sais ? sourit-il en coin.
— Cet été, à la Chaumière, continué-je en balayant son intervention d'un froncement de sourcil, quand j'étais avec toi dans ta chambre, c'est à partir de ce moment-là, que tu as commencé à m'appeler comme ça.
Il se tend significativement à ça. Je n'avais pas prévu de lui dire ce genre de chose. Jamais. Mais je suis fatiguée de me trouver face à un mur, ou même de ne pas savoir ce qu'il a en tête en laissant sa chienne de maîtresse se défouler sur moi à longueur de cours ou de soirée…
J'ai besoin que cette situation ne soit pas définitive, j'ai besoin que les choses bougent, parce qu'il est sûr que, pour ma part, je ne resterais pas passive toute ma vie.
— Ce Charlie-là me manque, soupiré-je en laissant ma tête retomber contre son torse. Le Charlie gentil, celui qui me parlait de ses dragons, celui qui me laissait dormir avec lui la nuit parce qu'il savait que je finissais par avoir peur de dormir. Celui qui n'avait pas peur d'être enfantin avec moi, même si ça changeait totalement de sa façon d'être habituelle.
— C'est compliqué, soupire-t-il encore.
— Je sais, soufflé-je. Il n'y avait pas de Ron, pas de Sermirov, pas d'après-guerre, pas de souvenirs atroces et pas de lendemain, quand on était à la Chaumière. Et c'est ça qui me manque.
Je combats l'humidité qui prend forme dans mes yeux. Lui parler de cette manière ne m'est pas familier. Mais pour une fois, j'ai eu besoin d'être honnête, d'être sincère… J'espère ne pas le regretter. Sa prise se resserre autour de mon corps alors qu'il soupire lourdement.
— C'est ce qui m'énerve avec toi, Granger. Tu penses tout le temps. Tu ne vis pas, tu survis, et dans le cas précis, tu es en train de mourir.
— Ce n'est pas vrai ! m'écrié-je en me repoussant de son corps.
— Bien sûr que si, lève-t-il les yeux au ciel. Si ce n'était pas le cas, tu ne t'en voudrais pas de me priver de ma liberté, tu ne t'en voudrais pas de ce qu'il s'est passé après le jugement. Tu verrais ça comme un nouveau mouvement, de nouveaux points sur notre échiquier. C'est pour ça que je t'ai demandé une nuit avec toi.
Certes, il a raison, je m'en veux pour tout ça, mais je ne comprends pas quel est le lien entre ce qu'il a dit, et la condition qu'il a posée pour révéler les secrets de dragonniers !
— Sois plus clair, murmuré-je froidement.
— Tu n'aurais jamais vendu ton corps pour des informations, en temps normal. Et pourtant, cette fois-ci, tu l'as fait. Alors pourquoi ?
— Parce que c'était un petit prix à payer, serré-je les dents.
— Mais pourquoi ? Il doit bien y avoir une raison particulière sous toute ta bonne volonté, n'est-ce pas ?
Sermirov… C'est elle que je veux faire payer. Pour le Significat Laesae, pour les insultes, pour les sorts qu'elle me lance à tour de bras dans la salle commune parce qu'elle a bien vu que je refusais de répondre tant que Charlie ne serait pas calmé.
Et lui. Lui parce qu'il prend du bon temps avec elle toutes les nuits, n'en ayant rien à faire de savoir que je crie de torture toutes les nuits à cause du lien de fidélité, parce que ça l'amuse de me voir si passive, parce qu'il se plaît à afficher sa relation avec elle dans notre salle commune.
— Je vois que tu as compris, sourit-il en coin. Tu as autant besoin que moi de reprendre le combat. Kat va finir par croire que je suis sa propriété exclusive, et je refuse de me laisser enchaîner.
Que c'est bon de le voir comme ça ! J'ai l'impression de retrouver l'ennemi de l'avant-guerre, l'ennemi de cet été. Et rarement j'ai été aussi satisfaite à l'idée de me battre.
— Pourtant, moi j'y suis parvenue, susurré-je avec amusement.
— Pour six mois seulement, bébé, gronde-t-il. Mais je te promets que, le jour où nous serons enfin divorcés, je te ferais payer pour le petit tour que tu m'as joué au ministère.
— Je n'y peux rien si ton avocat est un Souafle, levé-je les yeux au ciel. C'est à se demander si tu voulais vraiment divorcer, mon amour.
Je ricane très fortement à ce surnom. Par Merlin, que c'est niais, surtout entre nous. Mais la flamme de la revanche qui s'allume dans ses yeux est un pur délice, et il ne faudrait plus grand-chose pour que je le remette à mes pieds, j'en suis persuadée !
Je sais qu'il me faudra plus que de simples surnoms dégoulinant de niaiserie pour le mettre à genoux, plus que le simple rappel que je l'ai enchaîné, mais je sais que je ressortirais vainqueur de cette bataille. Parce que je suis une survivante.
— Je te laisse une dernière nuit de liberté, Granger, siffle-t-il narquoisement, mais je m'attends à ce que tu reprennes le jeu dès demain matin !
— Impossible, secoué-je la tête. Demain matin, j'ai rendez-vous avec le professeur Rogue et Narcissa Malefoy pour l'annulation du contrat de fiançailles.
Son sourire en coin ne me dit rien qui vaille… Mais au moins, je suis désormais sûre d'une chose : je viens de retrouver mon adversaire, et je n'ai que rarement été aussi heureuse ! Le jeu reprend, et je ne le laisserais plus m'abattre si facilement que ces dernières semaines !
Le chapitre vous a plu ? N'hésitez plus ! Laissez une review, nous en sommes presque à 100 ! Je réponds toujours à vos messages, et ils m'aident toujours à m'améliorer !
À vos claviers ! Dites-moi tout ! Qu'en avez-vous pensé ? Que pensez-vous de cette fin de cours d'Histoire de la Magie sur le Tournois des Trois sorciers ? Avouez, il n'est pas trop chou mon Charlie quand il laisse sa carapace de Sans-Cœur de côté ? Et n'est-il pas aussi un super dragonnier ? Parlons maintenant de cette revisite de l'Histoire de Poudlard, vous a-t-elle plu ? Et cette fin de chapitre ? Qu'attendez-vous de la suite de cette histoire ? Allez, je vous laisse sur ces questions, j'en aurais un million d'autres à vous poser sinon… C'était un assez lourd chapitre, et pourtant, je ne vous laisse que quelques questions, vous voyez, je suis magnanime !
Je vous dis donc à vendredi prochain pour la première partie du chapitre 15 ! Au programme : des serpents sous tension, un syndrome de Stockholm, une conversation qui tourne un peu au vinaigre et un fantôme bougon ! Je vous ai donné envie ? Si c'est le cas, ne manquez pas notre prochain rendez-vous, et mettez cette histoire en favori ! Les reviews sont appréciées, si vous en doutiez ?
Je vous embrasse et vous souhaite une très bonne semaine à tous,
Bisou,
Mya
