Chapitre 17 : mondanités

Arrivés dans les appartements du maître de potion, les amants ôtèrent leurs vêtements et se couchèrent, nus. Severus avait déshabillé Hermione, le charme empêchant quiconque à part lui de le faire. Il avait bien semblé à la jeune femme l'entendre murmurer « la mienne » pendant qu'il s'exécutait lentement, savourant cette étape en caressant sa peau.

De son côté, elle lui avait fait promettre de remettre un kilt un de ces jours. Elle avait considéré le son indéfini qu'il avait produit comme un oui.

Quelques heures plus tard, la lumière du petit jour les réveilla doucement. Severus entreprit de prouver à sa compagne qu'une chemise de nuit était un accessoire parfaitement inutile, et elle tomba rapidement d'accord avec lui : dormir nu était nettement plus gratifiant.

Hermione put également confirmer par ce biais à son partenaire qu'elle avait toujours envie de lui même sans la compulsion des animagi.

En observant paresseusement la chambre, pendant qu'elle récupérait de son orgasme, elle remarqua :

«Severus, regarde, les vêtements sacrés ne sont plus là.

– Oui, je crois qu'ils disparaissent avec la lumière du jour. Je suis très reconnaissant qu'on soit ici plutôt que sur la pelouse.

– Les couronnes sont restées, par contre. Et les masques et les peintures corporelles sont partis aussi »

Penché au-dessus d'elle, il recommençait à lui pincer un téton. Elle lui attrapa le poignet gauche en riant. Il se débattait pour la faire lâcher. Elle insista : « Arrête, on ne sera jamais prêts à ce rythme là ! A quelle heure doit venir Minerva ? Tu veux qu'elle nous trouve dans cette tenue ?»

Elle manqua une respiration quand l'avant-bras du sorcier arriva à la hauteur de ses yeux. Il perçu sa surprise et s'arrêta.

« Hermione ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

Sans un mot, elle lui montra la peau totalement blanche. Sans marque.

Le sorcier cligna des yeux plusieurs fois, incrédule. Sa main droite frotta son avant-bras, comme pour enlever ce qui cacherait la marque des ténèbres. Il finit par regarder ses deux bras, côte à côte devant lui, paumes vers le ciel. Identiques. La marque s'était évanouie. Complètement. Totalement disparue.

A cette réalisation, pour la première fois depuis quinze ans, Severus Rogue pleura.

Mais cette fois, c'était de gratitude. Et sa compagne le berça contre elle de longues minutes, l'entourant de ses bras accueillants et lui murmurant des paroles apaisantes.


Un peu plus tard, le couple attendait la visite de Minerva McGonagall dans le salon. Severus avait revêtu ses austères robes noires d'enseignement. Et il était agacé. A l'exception de ses yeux rouges, il aurait parfaitement pu reprendre son rôle de terreur du donjon.

« Je n'aurais jamais cru devoir mon salut à un sort cosmétique de Miss Brown !

– Un sort de Sorcière Magazine que m'avait donné Lavande. Visum derubere ! Voilà, on ne voit plus rien. Tu vas pouvoir fusiller du regard tout le monde, comme avant, le rassura Hermione avec humour. Comme quoi, Severus, il ne faut jamais préjuger de rien. Ça fait déjà deux miracles pour la journée et il n'est pas dix heures. Méfie-toi, les druides disent jamais deux sans trois !

– Le miracle serait que nous arrivions à faire illusion. Je n'ai aucune envie de me mêler à la foule, et encore moins de supporter les questions qui ne manqueront pas d'arriver sur notre absence. Voir les élèves énamourés se bécoter dans les coins me fait horreur.

– Aucun souci, mon sombre sorcier. Jusque là, il me semble que tu ne fais que décrire ta délicieuse personnalité sociale habituelle. Personne ne se doutera du moindre changement ! »

Il s'approcha de la jeune femme, bien trop enjouée à son goût, et lui souleva le menton pour la regarder dans les yeux.

« Arrête de te moquer de moi, mon amour. Je n'ai aucune envie de perdre mon temps avec d'autres au lieu de profiter de toi.

– Tu sais que je ne me moque pas, Severus. Je suis juste tellement contente pour toi ! »

Neuf heures trente sonnèrent. Les flammes de la cheminée tournèrent au vert et le couple se sépara pour accueillir Minerva McGonagall. Son regard fut immédiatement attiré par le sorcier.

« Bonjour Severus ! Ma parole, on dirait que vous avez rajeuni de dix ans ! »

Il se tourna vers Hermione avec un haussement de sourcil interrogateur et légèrement agacé. Elle nia farouchement, secouant les mains devant elle.

« Ah non, je n'y suis pour rien ! Le sort ne s'occupe que des yeux gonflés. Tu es absolument le même que ce matin. Et qu'hier soir, d'ailleurs. »

A ce moment là, il se rappela de son impression dans le miroir, la veille, avant le rituel. Encore une chose pour laquelle il devrait remercier la déesse ! Il se contenta de soupirer et de croiser les bras sur sa poitrine. Encore des questions en plus.

Minerva se tourna vers la jeune femme avec un large sourire pour la saluer.

« Mada –

Elle s'interrompit brusquement, les yeux ronds, la regarda, regarda Severus, puis Hermione de nouveau, avant de fixer Severus en articulant lentement.

« Madame Rogue ? »

Hermione la reprit en riant.

« Oh non, professeur. Nous n'avons pas fait d'union des mains. Plus tard, peut-être. »

Elle se tut en réalisant que les deux autres sorciers ne riaient pas. Severus avait décroisé les bras, reculé d'un pas, et s'était laissé choir dans le fauteuil en cuir le plus proche, le regard fixe.

« Severus ? demanda Hermione, un peu alarmée, qu'est-ce qui se passe ?

– J'en conclus que ce n'était pas prévu, Severus ? » demanda doucement Minerva.

Il ne put qu'en convenir d'un signe de la tête.

La directrice de maison d'Hermione se tourna vers elle et lui expliqua : « Il existe un sortilège attaché à Poudlard et à ses professeurs. Avec le nombre d'élèves que nous avons, nous pourrions facilement oublier un nom ou confondre des élèves. Le sortilège nous fait utiliser automatiquement le nom juste de l'élève que nous interpellons. Aucune erreur ni aucune tricherie possible... Madame Rogue, déclara Minerva.

– Nous sommes mariés ? comprit la jeune femme, avec stupeur.

– C'est ce qu'il semblerait. On m'avait bien dit qu'il y avait eu un second feu d'artifice, hier soir, mais j'avais mis ça sur le compte du rituel. J'avoue que je ne suis pas très au fait des rites druidiques. »

Hermione s'approcha de son … mari, et s'accroupit près de lui, serrant la main du sorcier dans la sienne. Même si la sensation était moins forte que dans les jours précédents, le contact les apaisait toujours.

« Severus, tu m'inquiètes. Est-ce que ça te pose un problème ?

– Je suis désolé, murmura-t-il. Je ne sais pas comment c'est arrivé. Tu n'as même pas eu ton mot à dire. »

La jeune femme se releva, les poings sur les hanches, soudain très en colère.

« Non mais tu plaisantes, j'espère ? Rappelle-moi qui t'a proposé le mariage. Deux fois ! Je ne suis pas du genre à dire des choses que je ne pense pas ou sur un coup de tête ! Je t'accorde que le timing est un peu plus rapide que prévu, mais franchement, au moins nous n'aurons plus de discussions sans fin sur le fait que tu es trop vieux, moi trop pure et innocente ou je ne sais quelle bêtise du genre ! Et puis je me connais, ne pas être au courant de mon mariage est la meilleure façon pour que je ne sois pas une boule de nerf le jour J.

Maintenant, Severus Rogue, est-ce que tu as encore d'autres raisons stupides pour ne pas être heureux de ce qui t'arrive ? Et je te rappelle au passage que la déesse nous a choisis. Elle ne se trompe pas. Est-ce que tu serais mieux informé qu'elle ? Et j'imagine que le mariage ne nous est pas tombé dessus comme ça, nous avons bien dû dire qu'on était d'accord à un moment ou à un autre. »

Minerva observait en souriant sa tigresse préférée. L'échange la rassurait sur le fait que la relation ne serait pas déséquilibrée, mais qu'Hermione saurait parfaitement faire entendre sa voix. Severus releva la tête.

« Alors ça ne te gêne pas ? Vraiment ?

– Severus, en sortant d'ici j'envoie un hibou à Arthur Weasley pour avoir le nom de cet homme médecine immédiatement. Ton insécurité affective va nous tuer, si ce n'est pas moi qui le fait avant ! Accio deux Philtre de paix ! Non, je ne te demande pas ton avis, Severus. Madame Pomfresh va nous étriper si elle nous trouve dans cet état !» rétorqua-t-elle quand il ouvrit la bouche pour protester.

McGonagall s'éclaircit la voix légèrement en essayant de masquer son petit rire.

« Et bien, félicitations à tous les deux, alors ! En demandant gentiment, je suis sûre qu'Albus vous prêterait sa pensine. Ça vous permettrait de comprendre comment s'est fait votre mariage. Heu... Pour le brunch, donc...

– Asseyez-vous, Minerva. Je suis désolé, je manque à tous mes devoirs, » proposa Severus.

Hermione attrapa les flacons qui arrivaient, en fourra un dans la main de son mari et se laissa tomber sur le canapé en avalant l'autre. La vieille écossaise s'assit en reprenant :

« Nous avons fait passer le mot qu'Hermione avait fait un burn-out à force d'avoir trop travaillé pour ses ASPICs, expliqua-t-elle avec un petit air contrit, sachant très bien qu'Hermione était capable de gérer sa charge de travail. Severus, nous n'avons rien dit, mais Albus proposait le prétexte d'un problème familial très loin d'ici.

Pour les quatre semaines de cours qui restent, j'avais pensé conserver le prétexte du burn-out pour excuser Hermione du cours de potion, mais aussi de métamorphose et d'histoire de la magie, afin d'être cohérents. Severus vous pourrez superviser la transformation d'Hermione en vous mettant où vous voulez à part dans le parc. Cuthbert n'a pas changé ses cours depuis cinquante ans, donc il est facile de les étudier à partir des notes des années précédentes. Nous pourrons aussi réduire les rondes de la Préfète-en-chef. Les autres préfets se sont bien réparti le travail pendant son absence, ça ne devrait donc pas poser de problème. Ça vous convient ?

– Et la question du nom d'Hermione ? remarqua le sorcier. Le premier professeur qui va vouloir s'adresser à elle va révéler que nous sommes mariés. Je sais bien que ce n'est pas une première dans l'histoire de Poudlard, mais franchement, je préférerais éviter les nuées de messages d'insulte le matin au petit déjeuner.

– Effectivement, Severus. Je vais voir ça tout de suite avec Albus. Il aura peut-être une idée. Bien. Je vous laisse et je vous retrouve dans un moment pour le brunch. »

Une fois le professeur repartie par la cheminée, Severus proposa : « Poppy ? Ce sera fait. »

Hermione hocha la tête. Il appela la médisorcière et quand elle arriva à son tour par la cheminette, il commença : « Avant toute chose, Poppy : il semblerait qu'Hermione et moi nous soyons mariés pendant le rituel. C'était involontaire, mais nous sommes très heureux tous les deux. »

Il ignora le « Ah ! » ferme de sa nouvelle femme devant son aveu et poursuivit : « La matinée a été chargée en surprises et nous avons chacun pris un philtre de paix.

– Vous m'en voyez ravie ! Félicitations, alors ! Je suis très heureuse pour vous ! Severus, je ne sais pas si c'est le repos, le rituel, ou le mariage d'ailleurs, mais je ne vous ai jamais vu aussi détendu ! » approuva-t-elle.

La vue de son bras indemne de marque des ténèbres lui donna les larmes aux yeux. Elle le prit dans ses bras. « Oh le vieux renard ! Albus devait s'attendre à ça ! Severus c'est formidable !»

La médisorcière s'essuya les yeux avant de lancer plusieurs sorts de diagnostic.

« Parfait. Vous êtes en pleine santé tous les deux. Aucune trace résiduelle de magie noire, Severus. C'est comme si vous n'aviez jamais pris la marque ! Voyons, est-ce que nous pourrions refaire la même expérience que l'autre jour ? Severus, allez dans le laboratoire pendant qu'Hermione remonte dans la chambre. Merci. »

Leurs auras se mêlaient toujours, reflétant un bleu turquoise homogène. C'était le plus haut degré de sérénité qu'on pouvait atteindre. Le philtre de paix en était évidemment à l'origine.

Mais en s'éloignant, les auras prirent une teinte bleu canard, puis verte. Le lien s'affinait, mais ne se rompit pas, même réduit à l'équivalent d'un ruban.

« Bon. A refaire quand vous ne serez plus sous l'influence de la potion, mais c'est ce que je pensais : il reste des traces de la magie animagi. Avec le philtre de paix, la couleur ne devrait pas changer. Rien que cela montre que votre sensibilité émotionnelle est accrue. Et le lien entre vous persiste, même s'il est moins fort. Hermione ne devrait plus se sentir aussi mal que lundi quand vous êtes énervé, Severus, mais elle ne sera pas complètement sereine. Vous vous souvenez de ce sorcier qui fait des cours de méditation ?

– Pitié, Poppy !

– Bon. Je vous laisse aller profiter du repas. Des protéines, rappelez-vous ! Et Severus, merci d'apporter la potion du lendemain, je vais être présente au buffet pour rappeler à l'ordre les distraits.»

Une fois partie, le couple se rejoignit dans le laboratoire. Hermione but une fiole de potion pendant que Severus rassemblait les autres dans deux petites boites.

« J'en prends une, Severus. Au moins j'aurai une raison valable d'arriver avec toi. »

Il se tourna vers la jeune femme et se pencha pour l'embrasser.

« Les événements ont été particulièrement éprouvants pour moi, ce matin. Et ça ne signifie pas que je ne suis pas heureux. C'est simplement un peu trop de surprises à la fois. Je te propose qu'on en parle calmement quand nous rentrerons. Ça te convient ?

– Complètement, mon amour !» murmura-t-elle en passant tendrement les doigts dans ses cheveux noirs.

Severus passa par son bureau envoyer un message, puis ils rejoignirent l'infirmerie par la cheminée avant de se diriger vers le parc. Le détour devrait permettre quelques questions en moins sur leur arrivée conjointe.

A la surprise du sorcier, Minerva semblait être le seul professeur présent sur la pelouse. Les élèves batifolaient un peu partout, certains déjà assis dans l'herbe ou près des arbres, d'autres en train de se promener. De nombreux couples se tenaient par la main. Certains avaient l'air d'avoir passé la nuit dehors. Un attroupement se pressait autour des nouveaux époux Londubat.

Le professeur de potion avait envie de retourner se terrer dans ses appartements avec sa femme, mais le philtre de paix tempérait ses réactions.

« Ah, Severus ! Réunion urgente des professeurs. Ils vont arriver d'ici quelques minutes avec Albus. Vous et moi sommes désignés comme chaperons en attendant, déclara Minerva quand il posa la boite de potion sur un espace vide du buffet. Bonjour... Miss Granger ! articula-t-elle lentement en souriant à Hermione.

– Bonjour professeur. Comment est-ce que … Je croyais que vous ne pouviez pas …

– Et bien Albus a pensé à une petite astuce : vous m'avez peut-être entendu qualifier vos camarades d'autre chose que leur nom, quand ils sont particulièrement pénibles ?

– Heu, honnêtement, ça ressemble plutôt au professeur Rogue, murmura Hermione avec un sourire en coin en pensant à la créativité de son partenaire pour trouver des noms d'oiseaux.

– Et bien, il suffit que je considère que je ne vous appelle pas par votre nom, mais par un qualificatif, et la magie est satisfaite, » confia Minerva à voix basse.

Severus leva les yeux au ciel.

« Albus a inventé une nouvelle insulte : espèce de Miss Granger !

– Sev – vraiment pas drôle, professeur. » Hermione rattrapa in extremis son dérapage verbal. Des élèves se rapprochaient du buffet et risquaient de les entendre. Elle réfléchit, pris une inspiration et déclara à voix basse : « Je crois qu'il serait plus prudent que j'aille féliciter Luna et Neville, je risque de dire des bêtises. Et peut-être que mon félin préféré daignera me rejoindre tout à l'heure. »

Celui-ci lui répondit d'un grognement indistinct.


Un peu plus loin, près de l'eau, Harry et Ginny avaient retrouvé Ron et Hannah, qui avaient dormi à la belle étoile. Grâce à quelques sortilèges, ils étaient tout de même présentables. Hannah avait raccourci un peu sa robe pour ne pas se prendre les pieds dedans.

« Alors ? » demanda le rouquin, le bras autour de la taille d'Hannah. Sa sœur lui montra la bague de fiançailles. « Félicitations à tous les deux ! »

Hannah embrassa Ginny. Ron tapa dans le dos d'Harry. Une fois la nouvelle discutée et intégrée, Ron ramena le sujet du rituel.

« Pour hier soir, je suis désolé mais nous n'avons rien pu confirmer. La seule chose qu'on a pu voir, c'est que les cheveux des élus correspondaient à ceux de notre couple préféré.

– Vous n'avez pas vu les patronus de tigre ? demanda Ginny, surprise.

Ron et Hannah se jetèrent un regard coquin.

« Et bien, franchement, Gin, je te dirai qu'on était un peu occupés. Dès que le roi a embrassé la reine... Tu vois, quoi ! On n'a plus vu grand chose.

– De toutes façons, poursuivit Harry, on a la réponse. Ginny a pensé à conjurer la carte du maraudeur et... C'était bien eux. »

Ron leva les yeux au ciel.

« Ça valait bien la peine d'essayer de les reconnaître ! J'aurais pu profiter du spectacle ! La reine de mai était bien gaulée, de ce que m'a dit Seamus. Savoir que c'était peut-être Hermione m'a bloqué toute idée salace. »

Hannah lui répondit d'un coup de coude dans les côtes et ajouta : « Je te signale que le roi de la forêt était sacrément bien fichu aussi ! » Elle regarda Ginny avec un clin d'oeil. « Torse nu et en kilt. Je peux te dire qu'Hermione n'a pas à se plaindre ! Quand je pense à ce qu'il cache sous ses robes... »

« Non ? répondit Ginny sur le même ton gourmand que Ron avait perçu chez la sorcière de la veille. En kilt ? J'y crois pas ! On était trop loin pour voir les détails. »

Hannah hocha la tête avec un regard entendu et les deux sorcières tournèrent en même temps la tête vers leur fiancé respectif, l'œil brillant de convoitise.

« Et il y a autre chose, reprit rapidement Harry, craignant presque que sa fiancée ne lui saute dessus en public.

– Oh Hermione ! l'interrompit Hannah. Contente de te voir ! Comment vas-tu ? »

La jeune femme se dirigeait vers son groupe d'amis après avoir salué Neville et Luna, qui l'avait félicitée également. La lunatique Serdaigle ressemblait parfois étrangement à Dumbledore, avec cette façon de sous-entendre des choses sans qu'on sache vraiment s'ils avaient des informations ou si c'étaient des remarques en l'air.

« J'adore ta robe en madras, dit Ginny. Tu n'en mets jamais, d'habitude, à part pour les grandes occasions. C'est une nouvelle tendance ?

– Bonjour tout le monde. C'est vrai, Ginny ? Tu la trouves jolie ? Je te dirai que j'ai métamorphosé mon pyjama, je n'en ai pas vraiment d'autre. Il faudra qu'on aille faire les magasins. J'ai découvert récemment qu'il y a plein d'avantages à une robe large. »

Ron jeta un coup d'œil à la robe d'Hannah et rougit d'un coup.

Le Directeur et les professeurs s'étaient massés devant les grandes tables recouvertes de nourriture et de boissons. Avec un sonorus, Dumblerore remercia les élèves qui avaient participé au rituel – le plus beau depuis mille neuf cent quarante-six, avaient bien précisé les grands druides – et leur indiqua la présence de potions du lendemain et de Madame Pomfresh pour répondre à ceux qui s'étaient laissé emporter par la passion la veille au soir. Il expliqua que le professeur Rogue était de retour après avoir géré une question familiale et que le buffet était accessible dès à présent.

« Vous venez manger ? » proposa Harry.

– Oh oui, je meurs de faim ! » s'exclama Hermione. Elle ne vit pas les sourires en coin de ses camarades.


Sa délicieuse personnalité sociale habituelle avait permis à Severus d'éloigner les quelques professeurs assez inconscients pour essayer de venir le féliciter. Mais ça n'avait pas suffit à repousser Pomona, qui avait osé l'embrasser sur les deux joues et le serrer dans ses bras.

« Un rituel, Severus ! Un rituel... Il faut absolument que vous veniez au convent à la prochaine pleine lune ! »

Il avait grogné quelque chose d'indistinct.

Après ça, Lupin lui était tombé dessus avec un verre de whisky pur feu. L'offrande du loup-garou fut la seule chose qui retint Severus de lui accorder le même traitement qu'aux autres.

« Félicitations, Severus ! fit-il en entrechoquant son verre avec celui du maître de potion. Il paraît que vous avez fait des étincelles, hier soir !

– Je n'ai pas vu. J'étais occupé, » répondit celui-ci d'une voix traînante. Pomona avait sous-entendu quelque chose à ce propos, mais sans entrer dans les détails. Il regardait droit devant lui, appuyé contre une table. Lupin suivit son regard vers Hermione et ses amis.

« Il faudra demander ses souvenirs à Harry. Apparemment ils ont eu une vue magnifique, de la tour d'astronomie, avec Ginny.

– Je laisserai ma tendre épouse le leur demander.

– Quoi, pas plus de sarcasme que ça ! C'est le mariage qui te ramollit déjà ? se moqua Lupin.

– Non, le philtre de paix que Madame Rogue m'a fait avaler avant de venir. »

Rémus lui tapa sur l'épaule avec un grand sourire.

« C'est ce que je dis ! En tout cas, ça fait plaisir de te voir si reposé et heureux ! Tu l'as bien mérité.

– Pas la peine de me flatter. Ta potion sera prête à temps. »

Le loup-garou partit en riant rejoindre Potter, qui lui faisait signe. Plus qu'à manger un peu avant de rejoindre Hermione. Il testait vaguement sa capacité à rester loin d'elle. Mais le fait qu'elle soit en permanence dans son champ de vision ne devait pas rendre le test très significatif. Dumbledore le rejoignit, une assiette à moitié remplie de bonbons à la main.

« Ah Severus ! C'est à vous que je dois l'assortiment de deux cent kilos de bonbons qui sont apparus dans mon bureau ?

– Je ne vois pas de quoi vous parlez, Albus.

– Tiens ? J'avais pourtant cru reconnaître votre écriture sur le petit mot de remerciement. »

Severus haussa les épaules et demanda à voix basse.

« Vous saviez que la marque allait disparaître avec le rituel ? »

Le vieil homme sourit. « J'avoue que je l'espérais. J'ai préféré ne rien dire pour éviter les déceptions. Quand j'ai vu que vous aviez trouvé une âme sœur animagus, j'ai pensé que ça valait la peine d'essayer de conjuguer les deux magies. D'ailleurs je n'ai pas encore eu l'occasion de vous féliciter, mon garçon ! Le plus beau rituel depuis mille neuf cent quarante-six !

– J'avais compris la première fois.

– Félicitations aussi pour ce mariage imprévu ! Vous et Madame Rogue êtes radieux et je suis certain qu'on ne peut trouver mieux assorti. Et elle a déjà une influence positive sur votre humeur. Vos élèves de Serpentard vont être soulagés en voyant que vous avez suivi leur conseil. »

Le maître de potion regarda son aîné d'un air curieux.

« Quel conseil, Albus ?

– Et bien quand vous êtes reparti de la salle commune de Serpentard, hier soir... Particulièrement de mauvaise humeur, je dois dire. Si, si, j'ai remarqué. Oh, ils ne l'ont pas dit à haute voix, bien sûr ! Mais un certain nombre d'entre eux espéraient que votre caractère s'améliorerait quelque peu si vous aviez l'occasion de vous envoyer en l'air, je crois que c'étaient leurs mots. Ah, professeur Watt, quelle belle journée, n'est-ce pas ! »

Severus apprécia le fait d'avoir terminé sa gorgée de whisky de feu, qu'il aurait sinon recrachée de manière peu élégante. Les petits vauriens. Ils allaient voir ! En attendant, il alla discrètement se transformer pour retrouver sa … femme ! Il fallait qu'il pense à ne pas trop sourire, les élèves allaient finir par se douter de quelque chose.


L'assiette d'Hermione débordait de protéines : œufs, charcuterie, poulet froid mayonnaise, poisson fumé, et même des crevettes. Elle avait empilé tout ce qu'elle pouvait, mourant de faim après les activités de la nuit. Assise sous l'arbre près du lac, comme pour le pique-nique, elle écoutait Ginny et Hannah parler projets de mariage quand elle sentit un picotement dans son dos.

Elle se retourna pour voir Severus dans sa forme de tigre s'avancer vers eux. Ils s'étaient quittés depuis une heure, mais elle se sentait heureuse de le retrouver comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis plusieurs jours.

Il frotta sa tête contre la joue de la jeune femme, grogna en direction du reste du groupe en guise de salutation et s'allongea, la tête sur les genoux d'Hermione. Elle commença à caresser distraitement sa fourrure.

Ginny le salua d'un « Bonjour monsieur, heureux de vous revoir ! » qui fut repris par les autres. Severus eut la surprise de sentir de la sincérité dans leurs voix.

Luna et Neville les avaient rejoints et la jeune mariée posa la question : « Au fait, Hermione, et le rituel ? Tu étais présente, finalement ? »

Avant qu'elle ne puisse répondre, Severus s'était relevé pour observer les trois sorcières qui s'étaient approchées sans bruit dans le dos d'Hermione. Quand elle se retourna, Millicent s'adressa à elle, la voix pleine de mépris.

« Oui, dis-nous, Miss Parfaite-en-chef, comment s'est passée ta soirée toute seule avec ton bouquin ? Ou alors vous vous êtes tenus la main avec ton blanc-bec ? J'ai un pari à gagner, figure-toi. »

La sorcière ne remarqua pas les regards consternés de ceux qui connaissaient l'identité du tigre. Même si elle était à Serpentard, ils se doutaient que Millicent ne s'en tirerait pas sans dommage auprès de son directeur de maison. Luna intervint : « Tu sais, Millicent, ce n'est pas très poli de parler comme ça de quelqu'un que tu ne connais pas. Qui sait ? C'est peut-être le fils du ministre de la magie ?

– Arrête, l'allumée ! Tous les élèves de McCoulm sont des intellos qui n'y connaissent rien aux filles ! »

Hermione se retourna vers ses amis en demandant calmement : « Qu'est-ce que c'est que cette histoire de pari ? »

Ginny expliqua comment elle avait cloué le bec de Millicent qui se moquait d'Hermione pendant un repas, en pariant sur son orgasme pendant le rituel.

« Un pari sur quoi ? » s'étrangla Hermione. Et encore, le philtre de paix agissait toujours, ce qui expliquait aussi que Severus n'avait pas encore étripé son élève sur place. Au sens propre.

C'est Ron qui détourna habilement la conversation.

« De toutes façon, Millicent, tu as déjà perdu : Jonas t'a laissée tomber pendant la danse. Il est parti avec Morag Macdougal. Donc niveau orgasme, ça n'a pas dû être très brillant pour toi ! Et puis le défi c'est devant un témoin. Comme on ne connaît pas l'identité de monsieur tigre, je ne le considère pas comme un témoin. Tu n'auras qu'à poser ta question plus tard. Laisse nous manger, en te voyant j'ai envie de vomir ! »

Humiliée, la Serpentard tourna les talons.

« Merci Ron. Mais franchement, Ginny ! Tu n'as aucun respect pour notre vie privée ? »

Harry se garda bien de regarder Hermione dans les yeux. Il préférait qu'elle lui passe un savon après que Millicent lui pose la question fatale. Et là, Rogue se chargerait de crucifier la Serpentard, il en était certain.

Luna reposa sa question. Un peu embarrassée, Hermione resta évasive. « Oui, nous y étions.

– C'est drôle, je ne t'ai pas vue.

– C'est que... Nous sommes arrivés un peu plus tard, et nous sommes repartis dans les premiers.

– Ah ? Vous avez vu les patronus de tigre s'élever du roi de la forêt et de la reine de mai quand ils se sont unis ? C'était magnifique ! »

Hermione et Severus échangèrent un regard surpris. Ah. Si peu discret que ça ? Hermione toucha sa baguette discrètement pour communiquer par la pensée avec lui : « De toutes façons, un jour ou l'autre ils sauront. Pourquoi ne pas clarifier ça tout de suite ?

Si tu veux. Mais pas le reste. » Elle acquiesça, soupira et dit : « Ok, c'était nous. Le roi de la forêt et la reine de mai. »

Étonnamment, seul Londubat parut un peu surpris.

« Rassure-toi, Hermione, précisa Ron, on ne vous reconnaissait pas. J'ai essayé de voir si tu étais là, mais impossible de dire que c'était toi. Tu as de jolies jambes, tu sais ! Hé !

– Ron ! »

Hermione rougissait, Hannah venait de donner un nouveau coup dans les côtes de son fiancé et le tigre grognait.

« Quoi ? C'était juste pour la rassurer, pour sa confiance en elle, ces trucs là. Vous savez très bien que je suis avec Hannah ! Mais même Seamus et Dean ont dit qu'elle était bien gaulée !»

Luna regarda le tigre.

« Impossible de vous reconnaître non plus, monsieur. »

Ron en convint. Hannah ajouta tout de même : « Mais franchement Hermione, tu as fait l'envie de toutes les sorcières présentes ! »

Les tigres ne pouvant pas rougir, Rogue put se sentir mortifié en toute discrétion. Sans le savoir, Colin vint le sauver en proposant de faire la photo des fiancés, de Ron et de Rémus. Hermione félicita Harry et Ginny, très excitée par la nouvelle. Elle profita de leur absence pour dévorer son assiette et nourrir son partenaire.

Un peu plus loin, Lavande et Padma se chamaillaient autour d'un journal. Le pari de Ginny avait été entendu par d'autres élèves et avait fait des émules.

Les deux Griffondors arrivèrent près d'Hermione.

« Hé, Hermione, comment ça va ? commença Padma.

– C'était toi la reine de mai ? demanda franchement Lavande. Padma pense que oui. Moi je crois que non.

– Non mais vous avez fini avec ma vie privée ? Vous avez fait un pari, vous aussi ? s'indigna la sorcière.

– Oui ! Et pour ta vie privée... » Padma lui fourra le journal sous le nez. En première page, une photo des patronus de tigre s'élevant de leurs corps enlacés occupait la moitié de l'espace. Heureusement, la photo était prise de loin, on ne les reconnaissait pas et on ne voyait pas grand chose.

Hermione grommela en lisant : « Le plus beau rituel depuis 1946. Ça on le saura ! »

Lavande reprit : « Franchement, Hermione, on sait que ça ne peut pas être toi. Enfin, on te connaît. Tu n'es juste pas le genre à te lâcher comme ça !

– Moi je te dis que je l'ai bien entendue certains soirs, et je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle arrive à avoir un orgasme, » répliqua sa compagne, comme si elle parlait d'une enfant maladroite.

Severus était consterné. Mais pour qui prenaient-elles sa femme, toutes ces imbéciles ? Et il sentait la colère monter chez Hermione.

Hermione, qui essayait de se contenir. Il y avait des limites au philtre de paix. Elle se concentra sur un merveilleux moment, sortit sa baguette et repensa à la complétude qu'elle avait ressenti avec Severus la veille au soir. Elle entendit à peine Neville essayer de défendre sa dignité et sa vie privée et Hannah commencer à insulter les deux indélicates.

« Expecto patronum ! »

Comme elle le pensait, une tigresse jaillit de sa baguette et encercla les deux Griffondors avec un air menaçant.

Un peu surprise, ne voulant pas avouer qu'elle avait perdu, Lavande n'en démordit pas.

« Oui, mais ça ne veut rien dire, il faut être deux pour le rituel. J'attends de voir l'autre patronus. »

Hermione regarda Severus. A sa grande surprise, il lui transmit : « Pose ta baguette par terre, je vais essayer. »

Elle plaça sa baguette devant le tigre. Il posa la patte droite dessus, essayant de s'accorder à la magie d'une baguette qui n'était pas la sienne. Quand Hermione posa la main sur son épaule, l'accordage se fit presque parfaitement. Il ferma les yeux pour retrouver leur union, la veille, quand elle l'avait accepté entièrement, accueillie en elle sans réserve. Le contact de sa compagne sur sa fourrure renforça le souvenir.

Même sans formuler le sort à haute voix, il réussit à obtenir un patronus. Un tigre, même s'il n'était ni très brillant ni très stable.

Adieu, Lily, pensa-t-il, sans tristesse.

Lavande sortit un gallion de sa poche et le donna rageusement à Padma avant de tourner les talons. Neville regardait Severus avec stupeur.

« Alors là, monsieur, je suis impressionné ! Un patronus informulé, avec une baguette qui n'est pas la votre, sous forme animale. Je ne voudrais pas être votre ennemi ! »

Harry, Ginny et Rémus avaient croisé Lavande en revenant de la photo et du buffet, où ils avaient laissé Ron.

Rémus alla taper sur l'épaule du tigre.

« Un patronus sous forme animal ! Alors là, mon vieux, je n'en reviens pas ! Je ne savais même pas que c'était possible. »

Luna, qui parcourait le journal abandonné par Lavande, remarqua : « Ils parlent du second feu d'artifice. Ceux qui connaissent les rites druidiques vont tout de suite comprendre qu'un autre couple s'est mariés. »

Hermione se leva et s'exclama : « Désolée, ça commence à faire beaucoup pour la matinée ! Rentrons ! On vous verra plus tard. »

Des murmures compréhensifs saluèrent leur départ précipité. Ron s'approcha nonchalamment, une assiette pleine dans une main et un pilon de poulet dans l'autre.

« Qu'est-ce qui se passe ? Ils partent déjà ? »

Neville et Hannah résumèrent rapidement l'altercation avec Lavande.

Harry regarda Rémus et lança un sort pour éviter les oreilles indiscrètes.

« Luna a raison, il y a eu un autre mariage : celui d'Hermione. »

Ron lâcha son morceau de poulet.

« Avec... Heu... le... Heu...

– Avec le tigre, oui. Avec Rogue. » confirma Ginny.

Neville laissa tomber son assiette. Luna lui tapota la cuisse en souriant.

Rémus prit la parole : « La nouvelle doit rester discrète jusqu'à la fin de l'année. Ce n'était pas prévu, apparemment il ont réalisé l'union des mains sans le faire exprès. Rien ne l'interdit, mais ce serait plus serein pour tout le monde si Hermione et Severus ne recevaient pas de beuglante d'ici là.

– Quand je pense qu'ils n'ont même pas réalisé qu'ils se mariaient. C'est triste que nous ayons des souvenirs de leur mariage alors qu'ils ne se sont rendus compte de rien. » nota Harry.

– Et je crois qu'ils ont bien mérité un peu de respect de leur vie privée. J'ai un peu honte de cette histoire de pari, après-coup, mais franchement ce torchon, ça a été le coup de grâce, » désapprouva Ginny en faisant exploser le journal.


Merci à Lia9749 pour son travail de béta-reader ! Avoir des retours sur comment est perçu mon texte est très important pour moi, ça m'aide à l'améliorer.

Merci pour vos reviews : l'effet n'est pas loin de celui d'une drogue :-)

Encore/plus que deux chapitres et un épilogue. Mais vous savez quoi ? J'ai eu une autre idée, et je commence à écrire une nouvelle fic... Regardez en cliquant dans mon profil ou suivez moi comme auteur pour savoir quand je vais publier. Je préfère avoir quelques chapitres prêts avant de la mettre en ligne pour éviter un interruption trop longue.