— Eli…akim ? appela-t-il d'une voix rauque.
Ses mains semblaient soudées aux draps et il était soulagé que quelqu'un tienne le téléphone à sa place parce qu'il tremblait de toute manière bien trop pour pouvoir faire le moindre geste. Sa respiration se calma doucement, guidée par le chant hypnotisant, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau capable d'inspirer normalement et profondément. Il cligna des yeux, chassant les larmes, et soupira de soulagement en sentant la panique s'évanouir peu à peu. La mélodie décrut lentement, jusqu'à ne plus laisser qu'un écho apaisant.
— Je suis désolé, Jesse, déclara Eliakim d'un ton penaud dans le silence. Matt m'a dit que tu ne voulais pas me parler mais… tes parents ont appelé pour demander que je chante parce que tu n'allais pas bien…
— Ils ont bien fait, le coupa Jesse avec douceur. Je suis heureux de pouvoir te parler, et je n'ai jamais dit que je ne voulais pas le faire. C'est seulement que… ta voix ne me quitte pas et que j'ai l'impression que je vais devenir fou.
— Le mal des sirènes, souffla Eliakim. Oh, Jesse, je suis désolé ! Je ne pensais pas… Évidemment que je n'y pensais pas !
La suite de sa phrase se perdit dans un marmonnement mécontent qui fit sourire Jesse parce qu'il devinait qu'il s'agissait de jurons colorés dans un langage qui lui était étranger. Puis un nouveau chant s'éleva du téléphone, dans une tonalité tout à fait différente. Il lui sembla que son coeur s'allégeait et que son esprit s'éclaircissait peu à peu. Lorsqu'Eliakim se tut pour de bon, il ne laissait aucun écho derrière lui, seulement un silence bienvenu.
— Et voilà, dit-il. Tu ne devrais plus ressentir les effets du chant d'attirance, du moins tant que je ne le chante pas à nouveau pour toi. J'aurais dû briser ça bien plus tôt mais tout s'est passé si vite que je n'y ai pas pensé et… je suis vraiment, vraiment désolé. Est-ce que… tu te sens mieux ?
Un peu timidement, Jesse prit une profonde inspiration et fit de son mieux pour écouter son corps. La plupart de ses douleurs s'étaient atténuées, sa jambe l'élançait à peine, les démangeaisons s'étaient calmées et il respirait facilement. Mieux encore, il avait l'esprit clair.
— Beaucoup mieux, sourit-il en raffermissant sa prise sur le téléphone. Merci…
— Notre chant est très puissant, il peut provoquer la folie et la mort, mais aussi soigner et apaiser. Lorsqu'une sirène est malade, les autres chantent pour elle jusqu'à ce qu'elle aille mieux, tout comme on chante pour les bébés et les blessés. Si tu veux, je chanterai pour toi autant qu'il le faudra pour que tu guérisses et que tu reviennes.
— J'ai hâte de rentrer à la maison, soupira Jesse. J'en ai marre d'être ici, loin de vous, loin de l'océan, et de me dire que je ne sortirai de la clinique que pour partir en Angleterre. J'ai envie de me tenir de bout, de marcher, de surfer et de pouvoir me blottir dans tes bras. Si tu penses pouvoir accélérer ma guérison en chantant alors… chante tant que tu le peux. Chaque jour que je passe ici au lieu d'être avec toi me donne l'impression d'être gâché.
Même s'il savait que c'était important et qu'il devait travailler sérieusement pour pouvoir reprendre sa vie, il était las d'être loin de sa famille et de devoir lutter chaque jour pour ressembler de plus en plus à celui qu'il était avant l'attaque. Il y eut des murmures à l'autre bout du fil, puis la voix de Matt remplaça celle d'Eliakim.
— On t'appellera tous les soirs, annonça-t-il. Je descendrai sur la plage avec Kim, comme ça tu auras aussi le bruit des vagues en fond. Avec un peu de chance, ça te motivera à rentrer plus vite.
— J'ai déjà les meilleures raisons de vouloir rentrer rapidement et tu le sais. Prends soin de ma sirène, Matt.
— Comme si c'était mon mec ! se moqua-t-il en retour avant qu'Eliakim ne reprenne la parole.
— Reviens-vite, Jesse. Je veux chanter pour toi sans avoir à passer par le truc qui parle de Matt.
Un nouveau sentiment de manque se réveilla dans le coeur de Jesse qui poussa un soupir étranglé. C'était le manque des bras d'Eliakim autour de lui, de son sourire et de la douceur de ses lèvres. Le manque d'un coeur amoureux trop longtemps séparé de celui qu'il aimait.
— Je fais de mon mieux, promit-il. J'ai déjà fait de gros progrès !
Avec fierté, il lui raconta ses premiers pas avec la prothèse, lui parla des exercices, et lui assura qu'il travaillait dur pour progresser rapidement. Eliakim le félicita et l'encouragea, ce qui lui allégea encore plus le coeur, et lorsqu'il finit par raccrocher, il se sentait mieux qu'il ne l'avait été depuis son réveil à l'hôpital.
— Définitivement, déclara son père avec un demi sourire, Eliakim est vraiment le petit ami qu'il te faut. Je compte sur toi pour trouver un moyen de le rendre heureux et de le convaincre de rester avec toi plus longtemps que ces quelques semaines.
— On y travaillera, assura Jesse. Je l'aime trop pour accepter de le perdre.
Son optimisme se réveillait enfin, encouragé par l'amour de sa sirène. Il se sentait capable de soulever des montagnes, ou du moins il se sentait prêt à essayer de le faire, ce qui était une sacrée amélioration.
Elody fut heureuse de le trouver de si bonne humeur le lendemain, reposé et souriant, et elle le charria gentiment lorsqu'il lui avoua que c'était parce qu'il avait pu appeler son petit ami. Avec enthousiasme, il reprit ses exercices et travailla dur pour muscler ses bras et renforcer sa hanche, décidé à faire au moins quelques pas sans tomber avant la fin de la semaine. Chaque soir, lorsque Matt appelait, Jesse leur racontait fièrement ses progrès que les médecins qualifiaient presque de "spectaculaires", prenait des nouvelles de tout le monde, puis écoutait Eliakim chanter pour lui. Il avait l'impression que sa voix le guérissait de l'intérieur, effaçant la douleur et la peur comme une vague qui efface les traces de pas sur le sable.
— Ils disent que je vais bientôt pouvoir rentrer ! annonça-t-il avec excitation le jeudi soir. Personne ne comprend comment j'ai pu aller aussi mal puis aussi bien d'un seul coup, mais j'ai fait de très gros progrès et mon état de santé s'est stabilisé bien plus vite que prévu. Je marche avec des béquilles sans trop de mal et j'arrive à faire quelques pas sans aide. Pour le moment je ne peux pas encore tenter les escaliers mais au moins le sol plat n'est plus un problème.
L'explosion de joie qu'il reçut en échange lui tira un sourire encore plus grand alors que son coeur bondissait à l'idée de retrouver bientôt sa maison et sa famille. Les médecins lui avaient dit que, étant donné son rétablissement si rapide, le garder en clinique de rééducation trop longtemps ne servait pas à grand chose, si ce n'était lui plomber le moral.
— On en saura davantage ce week-end, ajouta-t-il. Quand Papa et Maman viendront, ils prendront une décision avec la clinique.
Il espérait de toutes ses forces que les médecins accepteraient de le laisser partir et il commençait à penser que ce serait effectivement le cas. Ils n'avaient aucune raison de le garder alors qu'il tenait debout et pouvait marcher un peu sans aide. Les progrès qu'il lui restaient à faire, il les ferait aussi bien chez lui.
Le samedi matin, lorsque ses parents arrivèrent à la clinique, Jesse était déjà debout, occupé à marcher lentement dans sa chambre, les bras écartés pour conserver son équilibre. La prothèse était étonnamment confortable et articulée, suffisamment pour lui donner l'impression qu'il avait seulement perdu toute sensation dans sa jambe. Il savait qu'au fil des années il deviendrait aussi habile avec qu'il l'avait été avec sa jambe et il se rappelait les premiers pas de son frère une fois son plâtre retiré, aussi maladroits que ceux qu'il faisait à présent.
— Je ne suis pas encore prêt à inviter Kim à danser au bal de promo, déclara-t-il avec un large sourire, mais de toute manière il ne tient pas plus debout que moi.
— Du moment que tu marches, c'est déjà un bon début, sourit sa mère. Ta cuisse ne te fait pas trop mal ?
— Ça a cicatrisé très vite et ça devient douloureux au bout d'une heure ou deux mais, dans l'ensemble ça va franchement bien. Elody prétend que mes progrès sont surtout dus à ma volonté de retrouver Kim et… elle a carrément raison en fait.
Comme s'il avait suffit de parler d'elle pour la faire apparaître, la kiné frappa deux coups à la porte de la chambre avant d'entrer, accompagnée de l'orthopédiste. Ils avaient tous les deux l'air content, ce qui fit battre le coeur de Jesse un peu plus vite.
— On a une super nouvelle pour vous, commença Elody. Les examens que tu as passés cette semaine montrent que tu es parfaitement capable de te débrouiller tout seul et que ton moignon a très bien cicatrisé. C'est extrêmement rare de guérir aussi vite mais il nous faut bien un miraculé, de temps en temps. Ça fait des histoires à raconter pour rassurer les nouveaux arrivants et c'est une bonne raison de faire la fête.
— Je vais pouvoir rentrer, alors ? releva Jesse avec espoir.
— Il n'a jamais été question de te garder ici à tout jamais, rit-elle. Mais, oui, ça veut dire que tu vas pouvoir rentrer chez toi plus tôt que prévu.
— En fait, ajouta l'orthopédiste, on est là pour te donner des conseils et des consignes, te faire signer deux ou trois documents, et tu pourras repartir avec tes parents.
S'il l'avait pu, Jesse aurait sauté de joie et fait une petite danse, mais il tenait à montrer qu'il était suffisamment responsable pour être laissé sans supervision, et se blesser comme un idiot ne l'y aiderait pas. Alors à la place il pressa ses mains contre sa bouche pour retenir le petit cri étranglé qui remonta le long de sa gorge et il ferma les yeux le temps de prendre une profonde inspiration.
— Je vous écoute, dit-il sagement.
Il savait que ses parents seraient aussi attentifs que lui, comme le prouvait le carnet subitement apparu dans les mains de son père. L'orthopédiste commença par lui rappeler les règles de soins à son moignon puis les choses qu'il pouvait ou non faire avec sa prothèse en lui recommandant de l'appeler dès qu'il avait une question ou un problème.
— J'aimerais te revoir avant que tu ne fasses ta rentrée, pour vérifier que tout va bien. Dans l'idéal, il faudrait prendre des rendez-vous réguliers de vérification, au moins la première année, le temps que ton moignon prenne sa forme définitive, mais j'ai cru comprendre que tu partais pour l'Angleterre.
— J'ai été admis dans l'université que je voulais à Londres, acquiesça Jesse avec fierté.
— Raison de plus pour qu'on se voie au moins une fois avant ton départ, pour s'assurer que tu passeras l'année dans les meilleures conditions. Mais tu devras aller voir un orthopédiste là-bas, au moins une fois par mois, jusqu'à ce que ton moignon soit stabilisé. Quand est-ce que tu comptes revenir en Australie ?
— L'été prochain, si tout se passe bien. Sans doute à la fin du mois de juin, comme cette année.
Le médecin hocha la tête et lui recommanda de revenir le voir dès son retour, puis il lui confia ses coordonnées à transmettre à l'orthopédiste qu'il rencontrerait en Angleterre afin de pouvoir le suivre. Malgré son impatience, Jesse écouta attentivement parce que ces conseils déterminaient ce qu'allait être le reste de sa vie. Elody lui donna une liste d'exercices à faire et lui promit de lui en envoyer d'autres qu'il pourrait faire en l'Angleterre, même à l'internat de l'université. Pendant qu'elle parlait, l'orthopédiste sortit les documents qu'il aurait à remplir et Jesse sentit son coeur accélérer parce que cela voulait dire qu'il n'était plus qu'à quelques heures de chez lui et d'Eliakim.
Une fois tous ces papiers lus, remplis, signés et soigneusement rangés, il eut enfin la permission officielle de quitter sa chambre et la clinique pour de bon. Alors que ses parents parlaient encore avec l'orthopédiste, Elody le prit à part avec ce petit sourire en coin qu'elle avait chaque fois qu'elle le charriait au sujet d'Eliakim.
— Tu vas pouvoir retrouver ton petit ami, chuchota-t-elle avec un regard entendu. Mais fais attention à ta jambe, ce serait idiot de te blesser à nouveau. Ce sera l'occasion pour vous de devenir créatifs au lit… ou dans la baignoire.
— Sachant qu'il ne peut pas utiliser ses jambes plus que moi, on va effectivement devoir faire preuve d'imagination, rit Jesse malgré ses joues rouges. Je suis certain qu'il va adorer la suggestion de la baignoire.
Et s'il gardait sa queue au lieu de ses jambes, il serait encore plus à l'aise et ça réglerait le problème de la "logistique" plutôt bien. Jesse avait envie de s'abandonner à nouveau dans ses bras et de le laisser lui faire l'amour à sa manière douce et sauvage, et il lui faisait confiance pour trouver un moyen de s'adapter à sa jambe raccourcie. Avec un rire complice, Elody lui souhaita un bon retour chez lui et l'invita à surveiller ses mails pour y recevoir les exercices qu'elle lui enverrait.
— Tu vas me manquer, assura-t-elle. Des patients comme toi, on n'en a pas assez. Non pas que je veuille plus de jeunes accidentés, mais je ne dirai pas non à plus d'optimisme et de bonne humeur.
— Hélas, tout le monde n'a pas la chance d'avoir une super kiné et un mec merveilleux à la maison. Tu vas me manquer aussi, Elody. Je n'oublierai pas de suivre tes précieux conseils.
Elle lui sourit lorsqu'il passa enfin la porte de la chambre, claudiquant encore un peu maladroitement avec sa prothèse, soutenu par sa mère qui lui tenait le bras. Il aurait voulu courir jusqu'à la voiture mais il était déjà bien content d'être capable de marcher jusque-là. S'y asseoir, en revanche, demanda un peu d'efforts et il grimaça lorsque le mouvement tira dans ses muscles amputés et que sa prothèse resta plus inerte qu'il l'avait cru.
— Il va encore me falloir du temps pour m'y adapter, remarqua-t-il en s'attachant. Mais ce sera plus facile à la maison, je me sentirai moins isolé. J'ai tellement tellement hâte d'être arrivé !
Son impatience lui valut un petit rire tendrement amusé de sa mère alors qu'elle s'engageait hors du parking de la clinique pour s'insérer dans le trafic de Melbourne.
— Tu étais bien plus calme que ça lorsqu'on t'a récupéré de l'avion en juin, se moqua-t-elle gentiment.
— C'est parce qu'en juin je ne connaissais pas Eliakim, rétorqua-t-il. Maintenant que je sais qu'il est à la maison et qu'il m'attend, j'ai hâte de le retrouver. J'ai passé trop longtemps loin de lui alors que nous n'avons que jusqu'à fin août et je compte bien le convaincre de chercher avec moi un moyen pour que nous ayons plus que ça.
Ses parents lui sourirent dans le rétro et il le leur rendit parce que, tout compte fait, il n'avait perdu que sa jambe et il avait gagné bien plus que ça. Il était arrivé à Melbourne mi-juin avec le coeur en miettes et le moral dans les chaussettes et depuis il avait rencontré et sauvé une sirène, il était tombé fou amoureux depuis la première fois depuis longtemps, il avait appris que son frère et son cousin allaient se marier, qu'ils allaient avoir des enfants, et il avait été admis à l'USM. À côté de tout ça, l'attaque du requin ressemblait presque à une plaisanterie et il n'avait pas l'impression que sa vie s'était arrêtée. Au contraire, c'était comme si elle venait tout juste de vraiment commencer et il était plus que motivé pour la vivre pleinement cette fois. Il allait réapprendre à marcher comme avant, à courir et à surfer, il allait trouver un moyen d'être avec Eliakim plus que deux mois par an sans le priver de sa liberté et il allait vivre une année universitaire géniale, il se le promettait.
Les deux heures de trajet jusqu'à Fairhaven lui parurent encore plus longues que d'ordinaire, mais la vue de l'océan suffit comme toujours à le calmer et à lui redonner patience. Il se demanda si Eliakim nageait où s'il l'attendait à la maison avec Matt, et il pensa à Keahi et Berhan qui avaient apparemment joué un rôle très important lors de l'attaque. Il voulait les remercier, d'abord de l'avoir sauvé, mais aussi de veiller sur son amoureux lorsque Matt ne pouvait pas le faire. Si ça avait été Eliakim le blessé, Jesse savait qu'il se serait fait un sang d'encre et aurait sûrement fait une bêtise si on l'avait laissé tout seul.
Tout en répondant aux questions de ses parents et en leur racontant sa dernière semaine à la clinique, il s'imagina ce qu'il allait faire sitôt arrivé. Sachant qu'il aurait besoin d'aide pour sortir de la voiture, il pouvait déjà oublier la scène ultra romantique comme on en voit dans les films, avec la musique, le ralenti et le coucher de soleil. S'il essayait de faire ça, il allait se casser la figure avant même d'avoir posé un pied par terre, prothèse ou non. Il allait donc devoir attendre que quelqu'un vienne l'aider à sortir et, malheureusement, ce ne serait pas Eliakim qui était à peu près aussi agile sur ses jambes que lui en ce moment. De toute façon il n'était même pas sûr que sa sirène sache qu'il rentrait chez lui aujourd'hui, donc il aurait peut-être à l'attendre, ou bien à descendre sur la plage, en espérant ne pas abîmer sa prothèse à cause du sable. Il se demanda aussi ce qu'Eliakim penserait de sa jambe artificielle, même s'il savait que les sirènes n'avaient pas les mêmes standards que les humains. Il serait sans doute curieux ou perplexe, mais ne le repousserait pas pour autant parce que la superficialité ne faisait pas partie de son code génétique.
À la vue de la Pole House, il sentit son impatience se muer brusquement en appréhension et en stress, ce qui le poussa à déglutir alors qu'il frissonnait. Son cerveau se vida, seulement rempli par le bruit frénétique de son coeur qui battait bien trop vite. Un peu comme au ralenti, la voiture quitta la Great Ocean Road pour s'engager dans la rue, puis tourna dans l'allée et s'arrêta devant le garage dans un silence que Jesse trouva assourdissant. Son père fut le premier à descendre pour venir l'aider et Jesse chancela en se mettant lentement debout. Les yeux fermés, il prit une profonde inspiration de l'air marin mêlé au vent chaud soufflant des terres et à ces odeurs typiques qui n'existaient que chez lui.
— Ça fait vraiment du bien d'être de retour à la maison, murmura-t-il. Je me sens déjà beaucoup mieux.
Sur le côté, il entendit la porte s'ouvrir mais il garda les yeux fermés et le visage tourné vers l'océan, sans savoir ce qu'il redoutait le plus entre voir Eliakim ou ne pas le voir. Pourtant, le son doux et interrogateur qui s'éleva près de lui le fit sourire et apaisa l'affolement de son coeur. Une main un peu sèche recouvrit sa joue et, lorsqu'il se décida enfin à ouvrir les yeux, ce fut pour sombrer dans les profondeurs océanes de ceux d'Eliakim.
— Tu es là, murmura ce dernier contre ses lèvres.
Il se tenait debout, le fauteuil roulant nulle part en vue, et ce fut au tour de Jesse d'émettre un petit son brisé en se blottissant entre ses bras puissants. Eliakim l'embrassa sur le front, sur la joue, puis recouvrit ses lèvres pour un long baiser à la fois sauvage et tendre, qui laissa Jesse essoufflé tout contre lui.
